20/01/2020
Ire
Vivre ou mourir :
Que choisir ?
Mieux vaut sortir
Et sourire
Sans renchérir
ou obéir
Séduire
Ne pas s’enfuir
Et chérir
Sans défaillir
Concourir ?
Quel rond-de-cuir !
© Loup Francart
07:20 Publié dans 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, écriture, poème, littérature |
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19/01/2020
Chaise
Chaise : un escalier auquel il manque une marche.
L'avantage est de pouvoir le déplacer sans peine,
mais tous ses maux viennent de l'absence de cette marche.
07:10 Publié dans 45. Maximes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : absurde, sur la tête |
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18/01/2020
Locédia, éphémère (52)
Une semaine plus tard, j’allais à un concert avec des amis. Le théâtre se trouvait dans la vieille ville, entourée d’une place où les boutiquiers installaient leur abri et vendaient toutes sortes de choses, comme des arêtes de poissons fossilisées, des mouchoirs cartonnés dépliant, des vidéolivres qui permettaient au lecteur de voir sur son écran ce qu’il imaginait avec deux secondes de décalage. J’y ai même vu un autre jour un marchand qui vendait du vide interstellaire en boite de conserve. Il s’est depuis fait arrêter parce qu’il avait omis de préciser sur l’étiquette qu’il était dangereux d’ouvrir ce style de souvenir. En effet, et l’affaire fit pas mal de bruit lorsqu’elle sortit, un jeune couple l’avait ouverte sans précaution chez eux et avait provoqué un trou dans l’atmosphère. Ils avaient disparu, aspirés par le vide. Les forces d’attraction étaient aussitôt intervenues, avaient installé un périmètre de sécurité, enfilé leurs combinaisons anti-vide et avaient fouillé la vacuité, encordés pour éviter que l’un d’eux ne soit à son tour aspiré. Arrivé en bout de cordée, ils avaient dû se faire treuiller pour revenir, bredouilles.
L’approche du théâtre était difficile en raison de la foule qui achetait sans discontinuer des trésors insolites. Heureusement, nous connaissions les lieux et savions qu’il fallait du temps pour atteindre la loge où l’on pouvait acheter les billets. Arrivé légèrement en avance, nous pûmes entrer dans la salle de concert, où la foule de mélomanes discutait du dernier concert du chef d’orchestre qui avait mal tourné parce qu’un spectateur avait éternué, provoquant une réaction en chaine sur les percussions. Il avait fallu reprendre le morceau intégralement pour que cesse le phénomène. Nous nous assîmes dans le parterre, à côté d’une jeune femme élégante, papillonnant avec un homme en smoking vert foncé. Le bruit allait s’amplifiant, chacun jouant la comédie des connaissances et du baise-main. Dans l’allée centrale, se tenait plusieurs couples en grande conversation, s’échangeant très activement, comme des passes de rugby, des citations acidulées. La gêne occasionnée par ces spéculations passionnées ne semblait pas les atteindre. Ils bouchaient le passage avec une telle inertie qu’il fallut l’intervention du directeur du théâtre pour les contraindre à cesser ce match verbal.
07:37 Publié dans 44. Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman, amour, recherche de soi |
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17/01/2020
Éclair
Deux éclairs en un
bonheur à portée de main
Qui s'y frotte s'y pique !

07:27 Publié dans 31. Pictoème | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : coupant, piquant, gelant, doigts |
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16/01/2020
Déchirure
Déchiré…
Les fils du papier flottent au vent
La rectitude des bords écarte la maladresse
Comment attaquer le parfait ?
Et pourtant combien il est tentant
De se réduire au simple fil du rasoir
Elle attaque des dents le tranchant
Explose d’un hochement de tête
Enrage de ne pouvoir déchirer sa minceur
Jusqu’au moment où il faiblit
Quelle victoire cette déchirure !
Alors elle poursuit son œuvre destructrice
Sans guide, sans règle de droiture
Se laissant aller par instinct et jeu
Les fibres se séparent indistinctement
Pouces et mains maintenant l’ouverture
L’œil égaré, impuissant et inquiet
Du plein naît le vide entraperçu
Une brèche ouverte sur l’inconnu
Comme un déchirement de l’être
Et un fer rouge dans le corps
Cette fois-ci elle sait que le cœur
A une autre consistance que le corps
Qu’il peut saigner sans déchirure visible
Rien que parce qu’il a cru, un moment
A la musique des anges, à l’attendrissement
Du couteau sur la gorge offerte
Adieu la consistance et la fidélité
C’est un monde sans valeurs
Qui te convoque au tribunal
Et rien ne t’a préparé à cette mascarade
De l’être englué dans la société
Va…
Ne te retourne pas
Garde ta virginité de prêtresse
Et pleure les larmes de ton cœur
En admirant l’incision sur ton flanc
Qui verse sa liqueur odorante
Pour protester de son innocence…
© Loup Francart
07:46 Publié dans 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poème, écriture, poésie, littérature |
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15/01/2020
Locédia, éphémère (51)
Entré dans le café, je te cherchais dans un coin tranquille. Rien. Une jeune fille semblait attendre également quelqu’un, mais ce n’était pas toi. J’entendis des voix fortes qui criaient sur ma gauche et tournais la tête par curiosité. Tu étais là, assise au milieu d’un cercle de garçons et de filles, objet de toutes les attentions, parlant haut, légèrement rosie par l’entrain que tu mettais à raconter une histoire apparemment drôle. Les autres t’écoutaient, riant, te regardant, semblant te caresser mentalement. Interdit, je te voyais en me demandant si c’était bien toi.
Tu avais bu, le désordre de tes vêtements l’attestait. Tu me lanças fortement : « Viens, viens donc, nous avons besoin de tes lumières ! » Tu me montras une chaise, dans le cercle, assez loin de toi, et tu repris ton récit, affairée de verbe. Tu parlais de Mondrian, le peintre aux couleurs primaires dont l’usage du blanc et du noir fermait les espaces perpendiculairement. Tu le citais : « Si nous ne pouvons nous libérer nous-mêmes, nous pouvons libérer notre vision ! ». Que sous entendais-tu derrière ces paroles de l’artiste, je ne sais. Mais tu fis courir un frisson dans le groupe qui révélait ainsi ton emprise sur lui. Locédia, magicienne des espérances, traductrice des désirs, reconnue par ses pairs comme celle qui fait vivre des moments plus intenses. Et je me laissais prendre au jeu de ton intelligence. J’admirais ton aisance, ta culture, ton excitation également devant ces hommes et femmes qui te regardaient et t’écoutaient. Prêtresse mystique, tu manipulais heureusement les visions de tes congénères, les entrainant dans un imaginaire impossible où les lignes horizontales et verticales se couvraient de couleurs enchantées. Locédia, tu étais belle malgré tout dans cette passion que tu mettais à convaincre. Et pourtant, tu repartis au bras d’un autre, me faisant un signe, comme si je n’existais plus. Il se réjouissait de t’avoir à ses côtés, mettant en évidence ta personne, te couvrant de ses mains sur tes épaules, cherchant dans tes yeux une satisfaction que tu semblais lui donner. Je pris moi-même un autre chemin, plus long, plus difficile, passant par les rues où nous nous étions promenés, m’efforçant de découvrir de nouveaux attraits à ce quartier connu. Pourtant, je te voyais dans mon souvenir, la tête penchée vers moi, m’offrant tes lèvres, innocente et altière. Pourquoi t’avais-je rencontré ? Pourquoi t’avais-je regardé jusqu’à ne plus te voir dans ta réalité ?
07:12 Publié dans 44. Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman, amour, recherche de soi |
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14/01/2020
Tabeaux vivants
https://www.youtube.com/watch?v=nIeyulbiB0A
Une belle mise en scène et un réalisme émouvant !
07:10 Publié dans 12. Trouvailles diverses | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tableaux, caravage |
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13/01/2020
Sur le sable
Architecture
Rectitude de la pensée
Et pourtant le vent !

© Loup Francart
07:15 Publié dans 31. Pictoème, 46. Haïku | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, écriture, haïku, dessin, peinture abstraite |
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12/01/2020
La cité perdue
Les tours d’acier se penchent sur le nid de la cité
Regard de leurs hublots sur le jardin des plantes
L’écureuil tressaille et le serpent avance en catimini
Comme les bras de velours sur la plage des plaisirs
Sans un bruit ni même un clin d’œil coquin
Paris te tient et l’air s’évade vers d’autres cieux
Ceux du rêve adouci de peaux de pêche
Enrobé des éclats de verre des amants séparés
Hommes debout sur leurs certitudes et envies
Femmes retournées aux seins vigoureux
Mêlés par inadvertance dans la sauce onctueuse
Des frottements insolites et des caresses osseuses
Le cri acerbe du veilleur engendre le trouble
Et tait les rires sous l’oreiller de la jeunesse
Sous le soleil couchant se lève les ombres
Qui auscultent les caves où danse l’avenir
Rien ne va plus dans la cité extasiée et frivole
La poésie prend son envol et s’exile dans sa maigreur
Laissant à l’abandon les cancrelats charognards
© Loup Francart
07:38 Publié dans 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, écriture, poème, littérature |
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11/01/2020
Locédia, éphémère (50)
J’ai compris que l’on parlait de moi. Je me voyais dans sa chambre, allongé sur son lit, elle-même à mes côtés, me regardant rieuse, tout en m’entretenant sur les peintres flamands. Contraste saisissant entre une Locédia éphémère et une femelle provocante. Pourtant, je préférais la Locédia aux échanges stimulants et au rire encourageant des après-midis d’automne. La femme ne transparaissait qu’à certain moment, lorsque mes yeux se décillaient et que ses gestes évoquaient de loin l’attitude aguichante des péripatéticiennes. Que choisir, qui croire, quel comportement adopter devant la double face de ta consistance ? Je te revoyais m’entrainant dans les bas quartiers de Saint Traminède. Détachée, tu errais dans les rues comme si tu les connaissais toutes, et tu me tirais vers les bistrots de perdition en riant à pleine gorge. Je venais de comprendre que tu avais tes habitudes et que tu connaissais ces gens, vulgaires et arrogants. Que même tu t’étais promené aux bras de quelques uns, soulevant tes seins pour te mettre en valeur et t’offrir, provocante, au premier venu. Et moi, je n’osais te prendre la main, te regarder dans les yeux et baiser tes lèvres minces comme une lame de couteau. Locédia, pourquoi m’as-tu trahi ? Pourquoi t’es-tu laissé aller dans les bras d’inconnus ? Tu me connaissais, tu avais deviné mon attrait pour tes conversations, tes attitudes et ta lente approche de notre compréhension. Tu jouais avec moi et je venais de m’en rendre compte. D’ailleurs était-ce vrai ? Je ne sais plus.
Je te revis à Cipar un soir de cette semaine. Tu m’avais donné rendez-vous dans un bar, me disant le plaisir que tu éprouvais à t’asseoir dans un lieu inconnu pour qu’il devienne un nid de réflexion. Tu pouvais y rester plusieurs heures, parlant aux inconnus, lisant un livre avec tant d’assiduité que tu ne voyais plus ce qui se passait autour de toi. Je t’imaginais, en attente, rêvant de ce que nous allions faire.
07:07 Publié dans 44. Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman, amour, recherche de soi |
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10/01/2020
Haïku
Today, nobody
Où sont ces corps qui flanchent
L’ombre est là. Veille
07:24 Publié dans 46. Haïku | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : poésie, haïku, poème |
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09/01/2020
Impossible
Tout est impossible, même la possibilité de concevoir l’impossible. Le possible n’est qu’une illusion qui aide à porter le poids de la vie.
Encore plus impossible est de monter au-delà du tout et du rien, au-delà de l’impossible. Le concevoir même dans la totalité de son être est impossible.
07:44 Publié dans 61. Considérations spirituelles | Lien permanent | Commentaires (0) |
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08/01/2020
Chien
Il est revenu le tout-fou
Il n’a pas les yeux dans sa poche
Il sait tout de suite où se trouve le meilleur
Alors il tire la laisse du bonheur
Jappe de petits sons aigus par intermittence
Agite son museau partout où il peut
L’extase le prend, il en rit d’aise
Et met son menton sur vos cuisses
Fermant les yeux avec soupir
Esquissant un animal sourire serein
La fidélité est un bonheur
Qui oserait l’abandonner
Et pourtant que de contradictions
D’atermoiements et de non-dits
Il est là, simple. Il te regarde
Et tu vois dans son attitude
La naissance d’un bonheur parfait
Au-delà de la raison et du naturel
© Loup Francart
07:30 Publié dans 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, écriture, poèmes |
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07/01/2020
Locédia, éphémère (49)
12
Retour dans la vie qui pétille et s’offre à l’être en dehors de toute arrière pensée. Reprise du travail passionnément, malgré un climat maussade. La pluie rouge descend du ciel, appauvrissant le paysage d’une couleur brique, d’une poussière pourpre qui pénètre sous les portes et vient jusque dans les lits, les couvrant d’une fine pellicule. Je te voyais déjà dans ta chambre, perchée sur ton lit, luttant désespérément face à cette invasion de résidus avec un masque de voile blanc sur le visage. Mais rien, rien ne m’y autorisait. Tu étais absente, loin de ma présence, loin de mes rêves, hors d’une réalité arrachée au climat.
Aussi un soir, ai-je été tenté, avec deux amis, d’aller boire quelque chose au café des glaces tournantes. Attraction de notre ville, il projetait ces clients dans leurs souvenirs par le fait qu’on entendait les conversations des uns et des autres, sans savoir d’où elles venaient. Parfois, il arrivait qu’une conversation engendre une bagarre avec des inconnus qui n’étaient pas concernés par ce qui s’était dit. Tant que l’on parlait entre nous, la soirée se passait plutôt bien. Mais dès que la conversation s’arrêtait, les bribes échangés entre d’autres groupes venait troubler la quiétude et rompait l’unité de la table. Je t’attendais, je t’espérais, je me désespérais. Je ne parlais pas et me contentais d’écouter mes deux amis raconter la course mécanique du week-end précédent. Soudain, j’entendis parler de toi. J’avais beau regarder, je ne vis pas ceux qui discouraient. Je les entendais très clairement, comme s’ils étaient à côté de moi.
_ Elle sort beaucoup le soir dans les soirées où elle rencontre des hommes. Je l’ai vu un jour, dans les bras d’un grand et fort idéal masculin, sorte d’homme gominé qui ne pense qu’à ça. Elle se pelotonnait contre lui, comme une chatte, lui embrassant la poitrine. Elle semblait prête à s’exhiber devant tous, les lèvres ouvertes et l’œil fiévreux. Je n’ai pu en voir plus étant moi-même occupé.
_ Moi, je crois qu’elle ne sait pas ce qu’elle désire. Elle excite les hommes, mais va rarement au bout des choses.
_ Tu rigoles ! Je l’ai vu un jour dans la rue, pendue au bras d’un voyou, lui roulant un baveux de manière très décontractée. Je suis sûr qu’il l’emmenait chez lui ou dans une chambre de passage.
Comment avais-je deviné qu’il s’agissait de Locédia ? Je ne sais pas. Mais j’en avais une intuition aigüe, une certitude perverse. Plus rien ne serait comme avant, lorsque notre inconnaissance restait entière. Locédia, que raconte-t-on de toi ? Tu sembles devenue plus réelle, mais plus opaque aussi. Je te revoyais la première fois dans le jardin, soignant une plante grise, les cheveux en désordre, occupée à placer un pansement sur une morsure de taupe. Je ne savais pas alors que tu deviendrais mon unique préoccupation, une recherche vaine de bonheur annoncé mais jamais survenu.
_ Et lui, il attend quoi ? Pourquoi ne va-t-il pas droit au but ? Avec tous les hommes qu’elle a possédés, elle ne devrait pas lui dire non. Il n’ose pas alors qu’elle ne demande que çà.
07:05 Publié dans 44. Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman, amour, recherche de soi |
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06/01/2020
Au-delà
La verticalité s’empare de toi
Elle gonfle tes poumons et te propulse
Au-delà de toi-même dans la clarté
Réjouissant l'ouverture de ton être
L’horizontalité te défie et t’active
Elle court sous tes pas et t’entraîne
A, malgré tout, survivre et agir
Pour découvrir ce qui est au-delà de toi
Entre les deux, la beauté des bras étendus
La force qui sort de leurs troncs puissants
Oasis de vie, permanence de l’amour
Une boursouflure d’innocence naturelle
Ces trois aspects forment l’entier
Du désir de vie et d’amour de l’univers
Qui te distend les joues et t’entraîne
Vers cet au-delà inconnu à découvrir
© Loup Francart
07:30 Publié dans 27. Création photos, 31. Pictoème, 42. Créations poèmes, 46. Haïku | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nature, puissance, simplicité |
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05/01/2020
Rire de soi-même
Vaincre l’orgueil par l’humiliation.
Les autres s’en chargent déjà, par humour ou méchanceté.
Acquérir l’humour vis-à-vis de soi et savoir rire de soi-même.
Le rire est la libération d’une tension et par là entraîne la libération de son personnage.
07:15 Publié dans 45. Maximes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rire, humilité, humour, libération de soi |
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04/01/2020
Tromperie (Pictaïku)
Une élévation
Ou l’anéantissement
La forme trompe !
© Loup Francart
07:00 Publié dans 31. Pictoème | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tromperie, optique, illusion |
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03/01/2020
Locédia, éphémère (48)
En approchant du bas de l’immeuble, nous pénétrâmes dans la partie réservée aux gros requins, monstres gracieux à la bouche fendue. Un scaphandrier, revêtu de plaques de fer, les nourrissait au bout d’une immense fourchette. A tour de rôle, chacun des requins venaient prendre les poissons plats qui leur servaient de nourriture, sortes de boursouflures jaunâtres qui ouvraient la bouche de terreur. Parfois l’un d’eux arrivait à se détacher du présentoir et partait le plus loin possible en nageant avec peine, comme s’il était ivre. Mais très vite l’un des requins le pourchassait et l’engloutissait dans un tourbillon prodigieux. Un brouillard de particules les entourait comme celui produit par des chevaux sur une carrière poussiéreuse au soleil de midi. Tu fus subjuguée par ces animaux dont la sensualité te déconcertait. Les yeux écarquillés, les lèvres entrouvertes, tu les regardais, puis me regardais, jusqu’au moment où tu te tournas vers moi, ouvrant les mains, entrouvrant les bras, les jambes légèrement écartées, comme prise d’une irrésistible bouffée de plaisir sensuel, voire même sexuel. Je contemplais ta gorge qui vibrait sous ta respiration accélérée, repoussant les boutons de ton chemisier. Locédia, qu’étais-tu donc à ce moment ? L’arrivée à l’étage d’un vieux couple trébuchant te ramena à la raison, et nous sortîmes au soleil, éblouis, hébétés, inconscients de l’agitation qui nous entourait. Assis sur le mur de pierre qui ceinturait l’aquarium, nous laissions notre corps reprendre vie, avec hésitation, comme s’il sortait d’hibernation.
Dernier jour de vacances, étendue sur les rochers, tu contemplais le mouvement des vagues, une tristesse imperceptible dans une attitude d’abandon. Tu te léchas le doigt, l’enduisant de salive, puis le promena sur ma poitrine, d’un mouvement circulaire. Tu te penchas vers moi, me regardant dans les rayons du soleil, et posa avec tendresse tes lèvres sur ma bouche, dans une immobilité inquiétante, mais avec une chaleur envoutante.
_ Es-tu satisfait de ces vacances ? me demanda-t-elle. Et sans me laisser le temps de répondre, elle me prit la main, la posa sur son sein droit et avec son autre main, m’attira à elle. Ses lèvres chaudes éclatèrent dans ma tête. Plus rien n’existait en dehors de son souffle. J’aspirais ses baisers avec avidité, je la regardais, les paupières closes, offerte, livrée à moi, sans retenue, se donnant entièrement. Heureusement, ou malheureusement, nous étions sur la plage, entourés de baigneurs et de cris d’enfants. Je dus faire un effort considérable pour faire cesser l’irrésistible pulsion de mon corps, me lever avec patience, l’entrainer vers la voiture et me diriger vers la maison pour une dernière soirée. Tu me dis alors :
_ Rien ne saurait nous séparer, et pourtant demain sera un autre jour. Lorsque nous serons à Cipar, pourra-t-on être aussi proche ?
07:45 Publié dans 44. Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman, amour, recherche de soi |
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02/01/2020
Lever de soleil
Ce matin, le soleil a fait un looping dans le ciel.
Tout s’est trouvé sens dessus-dessous.
Les arbres pourtant si forts s’en sont mêlés,
Ils se sont mis à danser malgré leurs chaînes aux pieds
Ce fut un vrai miracle que tout retrouve sa place.
Le résultat fut beau, plus même, enchanteur et délirant.
La terre fut transformée et s’éleva dans les cieux,
Les cieux descendirent chez les humains et s’y trouvèrent bien.
Seul mot d’ordre : la beauté simple et gratuit
Pour ceux qui se lèvent de bon matin avec frère soleil
Et laissent se dilater leur cœur, s’exorbiter leurs yeux,
Tendre leurs mains au miracle de ces rougeoyants
Et prier à travers leurs doigts le créateur inconnu,
Si lointain et pourtant si proche qui réchauffe le cœur
Et fait mentir arrogants, septiques et aveugles
A ce spectacle unique qui fait monter les larmes aux yeux.
© Loup Francart
07:28 Publié dans 31. Pictoème | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, écriture, photo, arbres, lever de soleil |
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01/01/2020
Bonne année 2020
Selon chacun, l’année passe
Enchante, déprime, laisse indifférent
Une année est une vie en bocal
Un condensé de rêves et de phantasmes
J’étais il y a une minute
Je suis depuis une seconde
Je deviendrai dans quelques dixièmes
Où est-elle cette vie adulée ?
La vraie vie n’a pas de durée
Elle coule, immuable
Et, heureuse, te regarde vivre
Hors du temps et de l’espace
Le paradis est là, ouvre les yeux !
Bonne année dans la nuit des temps !
© Loup Francart
00:05 Publié dans 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvel an, voeux, souhaits, bonheur |
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31/12/2019
Où mettre son bonheur ?
Injurie-toi, injurie-toi, ô mon âme ! Tu n’auras plus l’occasion de t’honorer toi-même. Brève, en effet, est la vie pour chacun. La tienne est presque achevée, et tu n’as pas de respect pour toi-même, car tu mets ton bonheur dans les âmes des autres.
Marc-Aurèle, pensées pour moi-même, 1963, Grenier-Frères, Paris, p.45
Car tu mets ton bonheur dans les âmes des autres…
On peut très certainement s’attacher au bonheur des autres. C’est même une preuve de sagesse.
Mais ce que Marc-Aurèle explicite est plus profond et plus difficile à réaliser : ne pas mettre son bonheur dans ce que pensent les autres de soi-même. C’est-à-dire être libre de toute opinion sur soi-même venant d’autrui.
Et par retournement, se rendre libre de toute opinion de soi-même sur les autres. Alors commence la vraie liberté.
07:53 Publié dans 61. Considérations spirituelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pensée, opinion, autrui, soi |
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30/12/2019
Locédia, éphémère (47)
Vers seize heures, grillés quelque peu par le soleil d’été, nous décidâmes de visiter l’aquarium de Licentès, une petite merveille de biologie et de technologie. Arrivés au parking, nous fûmes aussitôt abordés par les rabatteurs qui nous convièrent à une visite complète qui ne duraient que deux heures. Nous entrâmes dans la tour de béton noir, contraints de progresser doucement dans une semi-obscurité, jusqu’au sas principal s’ouvrant sur la verrière de bois et l’aquarium géant. Il était possible de commencer la visite par le haut ou par le bas selon notre bon vouloir. Prenant l’ascenseur, nous nous retrouvâmes au dernier étage, à 70 mètres au dessus du sol, avant de chausser les patins à roulettes qui nous permettraient de redescendre sans trop user nos chaussures. Ces patins disposaient de freins hydrauliques que l’on manipulait grâce à une poire munie d’un bouton sur lequel il suffisait d’appuyer plus ou moins fortement. Un petit volant, situé sous le bouton, permettait d’effectuer de rapides changements de direction sans être obligés de trop se pencher. Il fallait être prudents, car de nombreux jeunes garçons empruntaient cette descente non pour admirer les merveilleux animaux qui se prélassaient dans l’aquarium, mais pour entamer une course de vitesse jusqu’au rez-de-chaussée. Certaine d’entre eux, ayant pris trop d’accélération, se fracassaient au pied de la tour et il fallait faire appel aux balayeuses municipales pour nettoyer le sol jonché de milliard de petits débris. De plus, les roulements à billes en or de leurs patins étaient recherchés avidement par leurs camarades qui auscultaient les caniveaux à quatre pattes pour y déceler les petites boules dorées. Une confusion certaine régnait lorsque de tels accidents survenaient. Nous eûmes beaucoup de chance, ce ne fut pas le cas ce jour-là.
Descente prudente dans la lueur bleutée. On ne voyait que l’aquarium aux vitres impeccablement propres. Le couloir était maintenu dans l’obscurité, les murs étant peints en noir. Les espèces de poissons étaient divisées selon leur affinité grâce à des grilles disposées tous les 10 mètres sur la hauteur du cylindre empli d’eau, c’est-à-dire environ 60 mètres. Les ingénieurs ayant mis au point cette structure avaient été surpris le jour où l’on avait introduit des poulpes dans l’aquarium. Passant leurs longues tentacules entre les barreaux, ils avaient trouvé le moyen de les tordre, puis de les descellés. Il avait fallu fermer l’aquarium, déménager les poissons dans d’autres aquariums pour remplacer les deux grilles encadrant les poulpes par des plaques d’aluminium lisses comme du verre et inatteignables à leurs tentacules. Depuis, de nombreuses personnes passaient beaucoup de temps à leur étage, admirant leurs contorsions et tressautements, sans que les poulpes aient quelques succès. Nous descendions lentement, admirant le lent et voluptueux déhanchement des urbifènes, le long bâillement édenté des tulapes, la majestueuse danse sur place, grâce à leurs nageoires tourbillonnantes, des hénicorptères. Nous nous laissions glisser au fil de la descente. Je te tenais la main, éprouvant tes sensations au travers de leurs paumes, caressant tes doigts agiles, te guidant dans la foules des curieux par des pressions que nous connaissions tous deux depuis notre promenade le long de la palissade du jardin. Arrivés devant l’horangoutan, un des poissons les plus laids, tu te serras contre moi dans un frisson de crainte. Je pris ton visage entre mes mains et déposais un baiser sur tes yeux mis clos. Alors tu semblas rassérénée et tu te laissas guider un étage plus bas, face aux milliers de petits éclatères, espèce si minuscule qu’elle donne une impression de frémissements multiples de l’eau, comme les étincelles des cierges magiques que l’on allume dans les arbres de Noël.
07:41 Publié dans 44. Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman, amour, recherche de soi |
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29/12/2019
Retour (pictaïku)
La tête lui tourne
Il ne sait plus où il va
Retour sur lui-même !

07:32 Publié dans 22. Créations numériques, 31. Pictoème, 46. Haïku | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ébroulement, nosée, absence, retour en soi |
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28/12/2019
Le mal comme le bien
Le mal pour le mal : voilà qui est contraire à la nature humaine. Grâce au progrès de la psychanalyse, on considère maintenant ce fait comme une maladie, une tare du cerveau. Sans doute est-ce bien le cas : désir de domination exacerbé jusqu’au sadisme physique ou moral. Il est des êtres pour qui l’amour est un mot qui n’a pas de signification, mais ces êtres sont malades.
Le mal fait pour l’amour d’un être, d’une idée ou d’une chose est naturel et inscrit dans la nature humaine. Le mal pour le mal est une anomalie psychique.
Mais ne peut-on pas dire l’inverse ? Le bien pour le bien peut également sembler contraire à la nature humaine. L’homme ne cherche qu’une chose : le bien pour son moi. C’est le moi qui emprisonne l’homme dans sa nature humaine. Sort de ton moi et le bien te semblera naturel ! Alors, tu seras délivré.
07:21 Publié dans 61. Considérations spirituelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ego, moi, homme, nature humaine |
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27/12/2019
Fleurs
Les femmes aiment qu’on leur offre des fleurs. Les hommes s’y plient, mais le plus souvent ne comprennent pas pourquoi.
Au premier degré, ils l’expliquent par deux raisons. D’une part, les femmes aiment se parer et s’entourer de belles choses, d’autre part, c’est une coutume et une forme de politesse à laquelle l’homme sacrifie en hommage à la femme. Mais ces deux raisons n’expliquent rien, elles ne sont qu’extérieures.
Dans un deuxième degré, se cachent les raisons intérieures qui ont créé ce qui est devenu une coutume. Les fleurs font vibrer chez une femme une sensation et un sentiment physique, écho du sentiment de faire naître et de laisser s’épanouir un enfant en son sein. Plus profondément encore, les fleurs éveillent en elles un sentiment d’épanouissement, de plénitude face à la vie, d’ouverture et de fraîcheur intuitive que l’homme, plus intellectuel, ne perçoit plus en lui.
La fleur est symbole de jeunesse et d’étonnement au monde face au créateur qui entretient à chaque instant la vie.
07:46 Publié dans 11. Considérations diverses | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nature, sentiment, étonnement, ouverture |
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26/12/2019
Locédia, éphémère (46)
Le soir, tu voulus aller danser. Nous prîmes la voiture, vêtus moins légèrement, mais de vêtements suffisamment souples pour pouvoir nous glisser dans les anfractuosités du dancing, là où le bruit devient tremblement, où le tremblement devient transe, jusqu’au moment où plus rien ne trouble l’incroyable chaleur ressentie sur et dans tout le corps. Alors les corps se rapprochent se palpent, se reconnaissent, s’enlacent jusqu’au matin, avant qu’ils ne reviennent à la conscience individuelle. Tu fis en sorte que nous soyons séparés. Tu me laissas dans une anfractuosité verte et te glissa dehors pour errer sans fin dans les étages du dancing. Qu’y fis-tu ? Je ne sais et je ne voulus pas savoir. Au petit matin nous rentrâmes sans parler, sans nous regarder, légèrement hagards, le cerveau pleins de sons, sans pensées cohérentes.
Levés tard, si tard que nos hôtes étaient déjà partis. Tu entras dans ma chambre, en pyjama, déjà coiffée, mais pas vraiment éveillée, l’œil espiègle. Tu ouvris mon lit et y pénétras. Sans te laisser toucher, tu me racontas ton enfance, ton amour de la peinture, tes rêves d’avenir, exceptés ceux de ta vie sentimentale. Je regardais ton profil, je laissais mes paupières te caresser le visage, j’enfouissais mes lèvres dans ta chevelure, je respirais l’illusion de te posséder. Je devenais un autre être, celui qui te rêvait et finissait par t’atteindre malgré ta volonté. Nous nous levâmes, enfilant nos maillots pour partir à la plage, emportant un panier à provision contenant quelques réserves pour nous nourrir au long de la journée.
Vers seize heures, grillés quelque peu par le soleil d’été, nous décidâmes de visiter l’aquarium de Licentès, une petite merveille de biologie et de technologie. Arrivés au parking, nous fûmes aussitôt abordés par les rabatteurs qui nous convièrent à une visite complète qui ne duraient que deux heures. Nous entrâmes dans la tour de béton noir, contraints de progresser doucement dans une semi-obscurité, jusqu’au sas principal s’ouvrant sur la verrière de bois et l’aquarium géant. Il était possible de commencer la visite par le haut ou par le bas selon notre bon vouloir. Prenant l’ascenseur, nous nous retrouvâmes au dernier étage, à 70 mètres au dessus du sol, avant de chausser les patins à roulettes qui nous permettraient de redescendre sans trop user nos chaussures. Ces patins disposaient de freins hydrauliques que l’on manipulait grâce à une poire munie d’un bouton sur lequel il suffisait d’appuyer plus ou moins fortement. Un petit volant, situé sous le bouton, permettait d’effectuer de rapides changements de direction sans être obligés de trop se pencher. Il fallait être prudents, car de nombreux jeunes garçons empruntaient cette descente non pour admirer les merveilleux animaux qui se prélassaient dans l’aquarium, mais pour entamer une course de vitesse jusqu’au rez-de-chaussée. Certaine d’entre eux, ayant pris trop d’accélération, se fracassaient au pied de la tour et il fallait faire appel aux balayeuses municipales pour nettoyer le sol jonché de milliard de petits débris. De plus, les roulements à billes en or de leurs patins étaient recherchés avidement par leurs camarades qui auscultaient les caniveaux à quatre pattes pour y déceler les petites boules dorées. Une confusion certaine régnait lorsque de tels accidents survenaient. Nous eûmes beaucoup de chance, ce ne fut pas le cas ce jour-là.
Levés tard, si tard que nos hôtes étaient déjà partis, tu entras dans ma chambre, en pyjama, déjà coiffée, mais pas vraiment éveillée, l’œil espiègle. Tu ouvris mon lit et y pénétras. Sans te laisser toucher, tu me racontas ton enfance, ton amour de la peinture, tes rêves d’avenir, exceptés ceux de ta vie sentimentale. Je regardais ton profil, je laissais mes paupières te caresser le visage, j’enfouissais mes lèvres dans ta chevelure, je respirais l’illusion de te posséder. Je devenais un autre être, celui qui te rêvait et finissait par t’atteindre malgré ta volonté. Nous nous levâmes, enfilant nos maillots pour partir à la plage, emportant un panier à provision contenant quelques réserves pour nous nourrir au long de la journée.
07:17 Publié dans 44. Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman, amour, recherche de soi |
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25/12/2019
Noël et liturgie
C’était un dimanche. J’avais quinze ans. Ce jour-là, j’entrais au Val de Grâce pour assister à la messe. Seul, contrairement aux habitudes familiales, peut-être pour y échapper. Dans cette chapelle, en une heure qui me parut cinq minutes, je fis l’expérience du mystère : mystère de la liturgie intérieure, mystère de l’embrasement cosmique, découverte intime de l’Esprit au-delà de la fine pointe de l’âme. Cette heure fut pour moi une des grandes expériences spirituelles que chaque être fait dans sa vie, consciemment ou non. Expérience qui donne la perception de l’infinie valeur que chaque homme a aux yeux de Dieu ; expérience qui, en même temps, permet de saisir notre pauvreté et petitesse, quand manque en nous le souffle décapant de l’Esprit.
Ensuite, les chemins de la vie m’égarèrent vers d’autres directions, m’enracinèrent dans d’autres ambitions. Le monde resserre ses doigts sur ceux qui doivent trouver leur place dans la vie active. Il presse ceux qui se concentrent sur le visible en oubliant l’invisible. Même lorsque l’infini se dévoile de nouveau au détour d’un sentier, ceux-ci poursuivent leur chemin sans lever les yeux. Et pourtant, toujours au fond de mon être, cette aspiration intense, cette espérance lancinante d’une beauté ineffable qui nettoie, qui purifie, qui éclaire le regard dans les larmes de l’émerveillement. Attente rarement comblée par les liturgies vécues au fil des déménagements, liturgies tristes où le visible fait semblant et d’où l’invisible a disparu. La liturgie terrestre n’est l’écho de l’éternelle liturgie céleste que lorsque louange et beauté ouvrent le voile de l’humain et font percevoir le vrai. La beauté manifeste la splendeur du vrai (Platon), le rayonnement de cet infini qui travaille l’âme et l’ouvre à l’Esprit.
Malgré l’avertissement visionnaire de Dostoïevski (la beauté sauvera le monde), notre siècle a longtemps pensé que la science sauverait le monde et donnerait un sens à la vie humaine. Pourtant, notre société étouffe du manque de sens. Elle le cherche dans le bruit et la fureur des spectacles, dans les combinaisons rationnelles de l’informatique, dans l’exaltation de l’aventure aux extrêmes, elle ne le trouve pas dans le discours « politiquement correct » de nombreux responsables, dans l’aride réalisme des courbes économiques ou dans la fraternité sur commande des cérémonies religieuses ou civiques. Elle aspire au feu divin sans oser le nommer. Cependant, la science, comme auparavant la théologie spirituelle, a mis en évidence ce « nuage d’inconnaissance » au-delà de la connaissance et a fait des vrais savants les êtres les moins dogmatiques qui soient parce qu’ils communient avec l’infinie beauté du mystère de l’univers. Il nous appartient, dès maintenant, d’œuvrer ensemble pour que ce XXI° siècle naissant soit spirituel, pour que l’essence même de la religion se dévoile au-delà de ses manifestations visibles, pour que l’être humain devienne liturgie vivante, c’est-à-dire prenne part à l’œuvre de Dieu.
C’est une aventure difficile. Elle constitue l’enjeu des vingt cinq prochaines années. Elle est difficile, car il faut affronter l’inertie et la pesanteur d’une intelligentsia au pouvoir dont l’autorité se fonde sur un consensus de circonstance. Elle est enivrante parce qu’elle oblige à dépasser le vieil homme, à puiser son énergie dans le souffle de l’Esprit. Elle est visionnaire, car elle croit à la capacité pour chaque homme de s’accomplir au-delà d’un accroissement du quotient intellectuel ou d’un formalisme religieux et moralisant.
Expression essentielle du christianisme, renouvelant sans cesse le don du Christ, la liturgie devrait constituer le fondement de notre sens de la vie. Puisant aux sources même de notre être, elle existe pour nous renouveler, nous faire passer du vieil homme à l’homme nouveau, nous faire pénétrer dans le royaume auquel nous aspirons. « Seigneur, je crie vers toi », chante le psalmiste, et la réponse se trouve dans le cantique des cantiques : « Lève-toi, ma bien aimée, viens ! »
07:42 Publié dans 61. Considérations spirituelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : connaissance, mystère, expérience |
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24/12/2019
Veillée
Aujourd’hui, je suis la femme, la mère et l’enfant
J’attends… Il viendra cette nuit
Il ne frappera qu’à son heure
Et je passerai du plein au vide
Du corps à l’âme
Ne fais rien, ouvre-toi
Sors de ta chrysalide
Et deviens l’être intemporel
Qui survole le monde
Sans jugement ni préjugés
Tu es par la grâce de Celui qui Est
© Loup Francart
05:34 Publié dans 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, écriture, poème, littérature |
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23/12/2019
Liberté
On ne peut mourir à soi-même sans avoir découvert le lieu où le moi n’est plus. Le moi ne peut se combattre lui-même. Pour le combattre, il faut être dans l’autre lieu, celui où la lumière remplace l’obscurité du moi, celui où l’unique remplace le flot des sollicitations.
Mourir à soi-même, c’est vivre dans le centre d’où tout part, cette vibration constante de chaleur et de lumière qui donne la transparence de l’être. Ce n’est que par une constante attention portée à cette source qui se trouve au plus profond de nous que se réalise la vraie vie, celle où l’homme, oubliant son moi, est totalement libre.
07:24 Publié dans 61. Considérations spirituelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mourir, vivre, centre de l'être, liberté |
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22/12/2019
Locédia, éphémère (45)
Arrivée au port, là où une longue file d’attente s’égrenait, chaque voiture comme un grain de chapelet jusqu’au bateau au loin sur la jetée. Nous avançâmes doucement, jusqu’au péage où se tenait la femme tronc habituelle, qui nous demanda la carte plastifiée qui servait de monnaie. Je repris le volant, guidant la voiture sur un parcours de flèches vertes jusqu’à notre emplacement définitif, sur tribord. Fermant les portes à clef, nous montâmes sur le pont humide et glissant. Il faisait pourtant beau. La mer était calme. Mais une légère brume la recouvrait, humectant les surfaces à son contact d’une légère pellicule de gouttelettes visqueuses, dégageant une odeur prenante, oppressante même, mais agréable. Peu après, émettant quelques fumées par sa cheminée, le bateau se mit en branle, comme quittant à regret son havre de paix pour s’engager sur l’inconnu. La traversée ne fut pas longue, mais elle nous coupa du continent et nous permit de débarquer allégés, rajeunis, sur une jetée allongée, qui tendait son bras bien au-delà de ce que la nature offre normalement. L’île avait la singularité d’être peuplée de pistalets, sortes de coquillages qui avaient la possibilité de se traîner sur terre, comme des mille pattes, certes lentement, mais suffisamment loin du rivage pour que la police municipale ait été contrainte d’installer de grands filets le long des routes pour les empêcher de provoquer des accidents. A certains endroits, ils s’accumulaient dans des poches, se montant les uns sur les autres en des sortes de pyramides baveuses. Il fallait alors téléphoner à la police pour qu’elle envoie des spécialistes qui faisaient sauter à la dynamite cet amas avant que certains pistalets ne puissent déborder hors des filets. Ils sont cependant bons à manger, mais quelle indigestion ! Leur chair bien cuite ressemble à des éponges roses percées de petits trous par lesquels s’échappent des senteurs exquises, parfois écœurantes. Un seul suffit pour le repas, et encore, il faut un bon appétit.
Dix kilomètres plus loin, nous arrivions à notre lieu de villégiature, un village dans les terres, suffisamment près de la côte pour que nous puissions nous y rendre en chariocycle. Tu me fis les honneurs de la maison, tu me montras ma chambre, cachée derrière les escaliers, mais bien éclairée et propre, tu me présentas à nos hôtes, que je connaissais déjà. Le lendemain matin, tu descendis déjeuner en bikini, vêtue malgré tout d’un peignoir rose avec des revers rouges foncées. Tu laissais celui-ci suffisamment ouverts pour que tes seins se laissent deviner, rêver, frôlés par l’étoffe légèrement rugueuse qui excitait leurs pointes. Quel réveil !
Empruntant un des chariocycles permettant d’y caser nos seaux et instruments aratoires, nous partîmes pour la côte, pédalant fougueusement, impatients de toucher la frange mousseuse laissée par la terminaison des vagues sur les rochers. Chaussant nos souliers crantés indispensables sur la roche friable et glissante, nous avançâmes vers la pleine mer, jusqu’à nous trouver isolés sur une langue de terre. Tu tombas brusquement dans un trou d’eau et je me penchais pour te tendre la main. Tu m’attiras à toi, me fis tomber dans tes bras, m’empoignant brusquement, et tu me couvris de baisers, me palpant sous l’eau de tes mains vertes et légères. Tu riais follement, semblant beaucoup t’amuser. Je suffoquais, puis me laissais aller, regardant tes sourcils emmêlés de gouttes d’eau salée que je buvais avec passion, comme des larmes de bonheur. Tu te livras à moi, entière, innocente, pendant quelques instants, avant de reprendre tes attitudes habituelles, gardant néanmoins un sourire discret et chaleureux. Quelle étrange impression. J’avais senti de mes mains ton corps presque nu, j’avais touché de mes paumes tes seins dressés, j’avais posé mes doigts au creux de ton ventre et tu t’étais offerte consciemment en riant, comme par plaisanterie. Merci, Locédia, pour ces instants sublimes où je te découvrais en toute transparence.
07:14 Publié dans 44. Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roman, amour, recherche de soi |
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