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02/10/2017

Dieu et ma vie

Dieu n’est que dans la mesure où il est en moi et je ne suis que dans la mesure où Dieu est en moi.

En effet :

* Dieu est une réalité vivante. Pour la nommer, je l’appelle Dieu parce que j’ai fait l’expérience de cette réalité vivante. Tant que je ne l’ai pas faite, Dieu n’est pas. Il n’est qu’un mot que j’emploie.

* C’est cette expérience de la réalité vivante qui existe en moi, qui fait que je découvre ma propre réalité. Je peux alors, et seulement alors, dire que je suis.

Dieu, c’est la vie. C’est ma vie. Tant que Dieu est pour moi une abstraction, un mot, je ne vis pas. C’est dans ma vie que doit être cherché Dieu, pas en dehors.

Et c’est pour chacun la même expérience, car Dieu est en tous. Mais je ne peux le voir chez l’autre que lorsque je l’ai perçu en moi.

 

19/07/2017

Spiritualité et spirituel

Les termes spiritualité et spirituel sont issus d'une racine latine "spir" signifiant le "souffle" qui se trouve dans "spirare" ("souffler"). A cette racine a été ajouté le suffixe "-tus" qui sert à former des noms et qui a donné en latin  "spiritus" ("le souffle"). Puis, à ce dernier mot, a été ajouté le suffixe "-alis" qui permet de former des adjectifs et qui donne "-el" à la fin des mots français. "Spiritualis" signifie en latin  "relatif au souffle", mais aussi "relatif à l'esprit" : le mot a donc évolué dans un sens abstrait. Enfin, à cet adjectif, on  ajoute encore le suffixe "-itas" qui permet de former des noms : "spiritualitas" désigne  la vie  de l'âme,  l'immatérialité. D'après son étymologie, ce mot désigne donc "ce qui est de l'ordre de l' "esprit".

On ne peut évoquer la spiritualité et le monde spirituel sans, dans le même temps, l’opposer au monde matériel. La spiritualité ne relève pas des lois de la nature, d'un système d'explication rationnel. Elle appartient à un univers supérieur au monde terrestre. Le simple fait de cette opposition dans les définitions impose immanquablement deux modes opposés et une dichotomie qui est en réalité mal venue. Si l’on se réfère au souffle, c’est-à-dire à la fois au mouvement et à ce qui déclenche le mouvement, c’est-à-dire le mystère insondable de l’origine de la vie, et si l’on se réfère à la genèse de l’univers, on constate qu’il s’agit du même phénomène. La création est le commencement du monde matériel qui naît du souffle qui se manifeste par la lumière. Ainsi le matériel et le spirituel, loin de s’opposer, s’assemblent, vont de pair et restent inséparables dans notre monde. Sans aucune prétention intellectuelle, je pense qu’on peut rapprocher les termes naturel et surnaturel des termes matériel et spirituel, plus volontiers employés au Moyen Âge. Le monde matériel est notre monde naturel, celui où nous sommes nés et qui est notre cadre de vie, le monde surnaturel est un monde hors de la nature, hors du matériel, un monde hors du corps. Ce qui signifie qu’il y a une vie spirituelle hors de la vie naturelle ou matérielle.

L’erreur humaine est de les opposer, plutôt que de tenter de les assembler. Oui, ils s’opposent concrètement dans la vie quotidienne et la vie intellectuelle, mais le souffle originel les rapprochent et les assemblent. En fait, l’homme ne peut accéder à la vie spirituelle que parce qu’il possède une vie matérielle. Cette opposition est à l’origine des affrontements religieux, des idées d’une morale incarnant le bien et s’opposant au mal et, in fine, des guerres, chacun définissant le bien et le mal selon ses propres critères.

Une autre manière de voir les choses peut être l’opposition faite entre l’extérieur et l’intérieur de soi-même. Lorsque je dis "Je", je me réfère à quelqu’un qui se considère Un, à la fois dans le monde grâce à son corps et en même temps, distinct du monde par son unité propre. Mais quelle est cette unité distincte du monde ? Telle est la question. Il faut, avant d’en arriver là, développer en nous la connaissance de cet intérieur de nous-même. Nous avons tellement l’habitude de vivre à l’extérieur en raison de l’omniprésence de nos cinq sens (et même six comme le pensent les hindous, ajoutant l’intellect) que la plupart des gens hésitent et même refusent de chercher en eux-mêmes. Alors ils se réfèrent à de préceptes qui leur sont donnés dans des livres ou par la parole humaine.

« Cherche en toi et tu trouveras ! », mieux même, « le royaume de Dieu est en dedans de toi ». Alors l’opposition cesse et la jonction des contraires s’opère.

Se réaliser, c’est comprendre et vivre le fait qu’au-delà du moi existe l’être spirituel, le souffle, le soi, qui dépasse le monde matériel et sa compréhension de la spiritualité, pour vivre pleinement ce rien qui est le Tout.

Comprenne qui pourra !

03/07/2017

Les choses, roman de Georges Perec (1965)

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Sans doute fruit d’une longue enquête sociologique, ce roman est celui du mal moderne, c’est-à-dire de cette absurde quête actuelle du bonheur dans « les choses », tout ce qui s’étale sur les affiches, qui fait envie, qui se vend, qui s’achète enfin si l’on possède de l’argent. Telle est la course au bonheur de ce jeune couple, semblable à des milliers d’autres. Et cette course demeure vaine, faite d’envies aussitôt épuisées ou jamais soulagées.

Roman insipide, car il fait un étalage abusif de ces choses qui seront le bonheur, un bonheur dans lequel rien ne vient éclairer cette vaine recherche d’un bien-être matériel.

22/06/2017

Lettre ouverte à un jeune homme, d’André Maurois

Quatre règles de vie :
•    Il faut vivre pour autre chose que pour soi ;
•    Il faut agir ;
•    Il faut croire à la puissance de la volonté ;
•    Il faut être de ceux qui ne déçoivent jamais.

Les obstacles :
« Il faut se dire chaque matin : aujourd’hui j’aurai à faire à un important, à un ingrat, à un brutal, à un fourbe » (Marc-Aurèle).
Ne répondez pas à la haine par la haine.
Pardonner en expliquant le pardon, n’est pas pardonner.
Vivons avec ceux qui nous aiment.

L’objectif :
Je suis capable de gentillesse. Je ne savais pas refuser durement, ce qui est la seule façon de refuser.
Choisissez bien le point d’application de vos efforts ; puis, le choix fait, il suffit que vous soyez tout entier derrière votre décision.
Il faut apprendre à faire la moindre chose de la façon la plus grande.
L’objectif, c’est d’être heureux.

Les loisirs :
Il faut choisir très jeune un sport et y exceller.
Acquérir une culture artistique.

Votre carrière, le chef, la conduite des hommes :
Deux attitudes, soit vivre dans l’ombre, un des chemins de bonheur, soit se jeter dans la mêlée.
Il n’y a point de faveur imméritée qui puisse durer. La chance sera fragile, si au temps du jeu ou de l’amour, ne succède le temps du travail.
Les vertus du chef : l’objectivité, une ardeur passionnée, le respect par la rigueur envers soi.

Les femmes :
Faites-vous une jeunesse tendre et passionnée.
Les femmes ont besoin qu’on s’occupe d’elle, qu’on leur parle.
Le temps passé auprès des femmes n’est jamais perdu.
Ne cherchez à tenir une femme que de sa propre volonté.

Le bal masqué :
La vie est un bal masqué. Faut-il toujours y porter le même masque ? Cela dépend du masque… et de vous. Mais attention ! Le masque fera pour vous le bal.

L’entraînement :
Commencez par le plus facile.
Au début, écrivez des choses courtes.
Prenez confiance en vous. Et surtout, ne dites jamais du mal de vous-mêmes. On vous croirait.

On peut ne pas être d'accord sur tout. Mais André Maurois reste un fin observateur de la vie !

 

18/06/2017

But de vie

A vingt ans, le nombre de possibilités heureuses qui s’ouvrent devant soi paraissent infinies. Progressivement, cette ouverture se resserre. L’avenir se dessine en ombre et lumière, ébauche un chemin et transforme le rêve en réalité. Celle-ci peut être dorée. Mais elle peut également se ternir et s’effacer brusquement. L’avenir semble tracé, mais il ne l’est jamais à jamais. Pour certains il devient même inexorable et oppressant.

Toujours garder cet équilibre à réaliser : l’imagination éclaire le chemin, fournit un but, mais celui-ci peut être plat, en dénivelé ou se perdre dans les marais.

Avoir un but,

Mais ne pas en être prisonnier.

 

20/04/2017

Passé, instant de la séparation

Le passé commence à l’instant de la séparation. On n’éprouve le poids du passé qu’au moment  où l’être ou l’objet partagé se sépare de nous ou nous de lui. La vie est faite de coupures de présent et à chaque coupure ce temps devient une page du passé et ces pages s’accumulent et se collent affectivement, oubliant toute chronologie.

La vie sous sa forme dynamique est celle de l’instant, le passé est la vie devenue statique. Accéder à la contemplation, c’est réunir ces deux formes de vie en une force neutralisante, résultante de l’inertie et de la dynamique.

08/04/2017

Interrogation

Pour la première fois depuis qu’ils ont fait connaissance, il ne se manifeste pas au matin. Rien ne bouge, aucune pensée ne vient troubler la sérénité de Charles. Habitué aux sautes d’humeur, au réveil en fanfare, ce dernier s’en étonne. Pourquoi cette indolence ?

Il l’avait connu plus gaillard, debout et fier de sa prestance, encouragé dans ses vagabondages, revendiquant sa souveraineté dès lors que les pensées Charles se tournaient vers elle, omniprésente, belle de présence d’odeurs et de frottements, cueillie dans ses vagabondages et offerte bravement aux rapprochements des corps et de l’esprit.

Chaque jour, il renouvelait sa foi et tendait son désir vers l’aimée. Et ces milliers de jours furent comme une seule vie, ensevelie dans la bulle de l’amour, deux en un, dans ce monde où chaque caresse devient un frémissement qui se transforme en feu vivant. Il accumula les souvenirs d’étreintes malhabiles, de passions dévorantes, de tendres apaisements après l’envolée lyrique. Que de fois son cœur vibra et son corps se mit en marche, brutalement, comme un autre lui-même, dressé au-dessus de toute autre préoccupation, assoiffé de ses instants sublimes où plus rien d’autre n’existe.

Aussi quel est donc cette douceur tendre qui fond dans le puit des âges et rend ses soupirs délaissés d’accompagnements des baisers ? Serait ce jour redouté où cette tension féroce s’assagit en lents vagissements, comme le veau que l’on mène à l’abattoir ? Serait-ce l’entrée dans le troisième âge, celui des bruissements de la nuit sans accompagnement de caresses, sans même l’image de ces  statues nues courant dans le cerveau déchaîné.

Va mon mignon ! Dors aujourd’hui. Demain tu reprendras ta danse éternelle et lumineuse devant celle qui t’a donné sa vie.

19/12/2016

Aspirations

 

A la fin de la vie, seules vous maintiennent vos aspirations. Alors vous réalisez que ce sont elles qui sont la vie. Qu’elles aient échouées ou soient advenues, vous n’êtes fort intérieurement que de vos rêves.

 

02/12/2016

Percevoir l'éternité

Percevoir l’éternité, c’est inverser notre perception du temps et, ne l’oublions pas, de l’espace. Qu’est-ce que cela signifie ?

Le monde perd ses dimensions. Au lieu de la perception de l’immensité de l’univers, du temps, de l’espace et de la matière, c’est un sentiment de complète fusion entre le soi et la vie. L’infini est ressenti non pas à l’extérieur de soi, mais à l’intérieur. C’est une perception intime de la totalité qui vient lorsque ce moi obsédant cesse tout à coup d’imposer sa loi. La vie devient un vaste chant d’amour, une source qui coule, cette eau vive dont parle l’évangile.

Alors naît en soi ce désir indéfinissable de l’absolu qui donne à la fois la joie parce que l’on a fait l’expérience du divin et la souffrance parce qu’on ne peut encore s’unir à lui.

Oublie-toi et tu vivras !

27/11/2016

Rupture ou glissement ?

Chaque période de vie se démarque de la précédente par une rupture ou un glissement ; rupture par la cessation brutale d’une activité qui a été au centre de votre vie pendant un certain temps ou glissement par un désintérêt psychologique de cette activité.

La rupture a l’avantage de vous obliger à vous poser la question de ce pour quoi vous vous passionnez. C’est une période de gestation difficile, car elle est le plus souvent due à un événement indépendant de votre volonté. La vie vous coupe de votre intérêt et même de votre passion pour quelque chose que vous avez pratiqué à fond, en y mettant le meilleur de vous-même. En un instant, rupture. Votre élan est cassé par la volonté d’un homme ou d’un système qui ne vous permettent plus de pratiquer ce que vous avez considéré comme une des clés de votre attention à la vie. Il faut alors avoir le courage de vous reconstruire, de rebâtir une nouvelle vie, différente, autre, dont vous ne savez bien sûr si cela va marcher, c’est-à-dire vous remplir pleinement d’une même passion que celle que vous aviez précédemment. Il faut que vous repassiez par toutes les étapes de la rage, puis de la dépression, puis de la remise en cause et enfin de la naissance d’un autre pôle d’intérêt en vous-même. Cela peut durer, de quelques semaines à plusieurs mois, voire même plusieurs années. En fait, tout dépend de votre aptitude psychologique, intellectuelle et physique à changer de vie. Vous êtes devant un vide qu’il vous faut combler par une nouveauté dont vous ignorez tout. C’est en fait une période magnifique, une renaissance de votre être, l’ouverture d’une nouvelle porte qui, par le seul fait d’être totalement à construire, devrait vous motiver au mieux. Mais il faut dans le même temps vous départir de votre ancienne passion, vous désolidariser de vos connaissances, vous ouvrir à l’inconnu et y trouver une place, ce qui demande effort et ténacité. Pendant longtemps vous demeurez abasourdi devant le vide de votre cerveau qui n’est plus asservi par des préoccupations quotidiennes. Rien. Le blanc et parfois le noir. Pas de couleurs, pas de joie et pas de montée cardiaque. La vie devient un long fleuve, pas tranquille du tout. Vous êtes sur votre radeau de survie et vous vous en allez au fil du courant, sans contrôle aucun. Vous regardez la rive qui défile devant vous sans pouvoir vous arrêter et y participer.

Dans d’autres circonstances, l’ancienne vie, qui était rassurante, s’efface peu à peu par un changement plus subtil des conditions qui vous environnent. Vous continuez à vous accrocher à vos habitudes, mais le paysage change subtilement. Vous le déplorez bien sûr, mais peu à peu vous constatez l’inanité de vos efforts pour poursuivre ce qui vous a passionné pendant un temps. C’est le cas, par exemple, de votre vie de parent. Il vient un moment où les enfants ont droit à votre respect de les laisser vivre leur vie, même si, éventuellement, ils le regretteront plus tard. Vous passez du rôle de conseiller (pour les aider à choisir) à celui d’assistant (pour faciliter la mise en œuvre de leur choix). Rien n’a changé. Vous êtes toujours parent, respecté par vos enfants. Mais une nouvelle étape se met en marche, dans laquelle votre attitude doit devenir différente sous peine d’entraîner des difficultés qui n’existaient pas jusqu’à maintenant. Ces glissements sont essentiels à la compréhension de la vie et à son bon déroulement. Là aussi, la cécité peut vous prendre. Vous ne voyez pas cette évolution impérative et vous cherchez à vous maintenir dans cet état de bien-être dont la facilité est la caractéristique première. Vous risquez alors, à force d’attendre, une rupture qui sera finalement plus dure que celle dont nous avons parlé précédemment, parce que due à votre propre inconscience des évolutions. Il arrive également que vous-même vous désintéressez progressivement de ce qui vous passionnait auparavant. Lassitude, train-train, impossibilité d’aller plus loin, manque de motivation. Oui tout cela peut vous conduire, un jour ou l’autre, à vous poser la question d’un changement que vous retardez bien sûr, car le confort intellectuel ou même physique est prégnant.

Finalement, loin d’être un long fleuve tranquille, la vie est une remise en cause permanente de ce qui vous y attache. Elle est pleine de pics et de faux plats. Il faut du temps pour en prendre conscience. Ils sont d’abord subis difficilement, qu’ils viennent d’une rupture ou d’un glissement. Puis il vous appartient de les prévoir, voire de les anticiper. Ce n’est qu’alors que vous prenez votre vie en main. Oui, la vie est à construire en permanence, d’abord volontairement en se donnant un projet et en tentant de le mettre à exécution pour se donner une certaine stabilité, puis en le faisant évoluer non pour maintenir cette stabilité, mais pour vous faire évoluer vous-même et non votre environnement. Cette deuxième étape est plus dure et plus incertaine, mais vous en tirerez toujours des bénéfices si vous le faites consciemment.

14/09/2016

C'est mon homme

C’est mon homme !
Il a l’humour ardent
Et pas mal aux dents

C’est mon homme !
Il me prend aux aisselles
Et je vois trente-six chandelles

C’est mon homme !
Il a du poil au nombril
C’est qu’il fut sans-abri

C’est mon homme !
Il rougit de colère
Mais c’est un bon père

C’est mon homme !
Il travaille jour et nuit
Et jamais il ne fuit

C’est mon homme !
Je lui caresse l’oreille
Il se retrouve sans appareil

C’est mon homme !
Il a horreur des baisers
Mais penche pour la nuitée

C’est mon homme !
Il me caresse aussi
Je l’aime ainsi
 
C’est mon homme !
Je me sens bien chez lui
C’est comme un parapluie

C’est mon homme !
Je l’aime tout entier
Sans pouvoir m’arrêter

Oui, C’est mon homme !
Quel drôle de bonhomme !

©  Loup Francart

08/09/2016

Rêve ou réalité

 

Par la lecture on vit plusieurs vies
Jusqu’au jour où la vie est enlevée
Elle rejoint les vies lues et rêvées

Beaucoup pensent vivre alors qu’ils ne font que rêver.

02/09/2016

Maxime

 

L’amour est un feu qui couve

Lorsqu’il explose, il est trop tard

Tu ne fais plus partie du monde des hommes

Mais de celui des dieux ou des diables

Alors prends garde à ne pas tomber

Entretiens sa chaleur et continue de monter

 

©  Loup Francart

25/08/2016

Méditation

 

Un bruit seul suffit

Pour éveiller tes tourments

Laisse aller les battements de ton cœur

Qu’ils couvrent les plaintes de ce monde

Et ne résonnent que de ton absence

 

©  Loup Francart

17/08/2016

Savoir être vieux

Peu de gens savent être vieux.

(La Rochefoucauld)

 

Oui, c’est vrai, et pourquoi ? Il n’y a pas une réponse, ni même deux, mais une multitude. Pourquoi ? Parce que chaque homme a son histoire secrète et que celle-ci est ce qui conduit à la vieillesse.

Tout d’abord, de nombreux hommes arrivent à un âge avancé sans se savoir vieux. Ils font des projets, poursuivent ce qu’ils ont commencé sans qu’il leur vienne une seconde l’idée d’arrêter. Ce sont des actifs qui poursuivent sur leur lancée leur rêve de vie et n’ont jamais eu l’idée de faire autre chose que ce qu’ils ont toujours fait. Ils le font bien, à leur manière ; mais ne savent faire que cela et s’enlisent dans ce rêve sans comprendre l’’importance d’en sortir. Savent-ils vieillir ? Non, ils ne savent pas ce que vieillir veut dire.

Pourquoi les hommes plus que les femmes ? Parce qu’une femme a la sagesse du corps. Elle a connu l’amour humain sous toutes ses formes : chaste (plus que les hommes en général), fou (éros, matrimonial ou autre), maternel (ce qu’aucun homme ne connaît), familial (storgê, la femme étant la préservatrice de la famille), sociétal (philia en tant que lien social) et souvent, par ce fait, l’amour inconditionnel (Agapè, proche de l’amour divin). Alors une femme sait vieillir, cela lui vient naturellement, au travers des enfants et petits-enfants qu’elle choie comme s’ils étaient ses propres enfants, même s'ils ne lui appartiennent pas.

Inversement un certain  nombre se sentent vieux avant même d’arriver à la vieillesse. Leur phrase favorite : « Comme les vieux… » Ils sont perclus de maux, ne vivent que dans leur passé qui est généralement pauvre et c’est pour cela qu’ils n’ont jamais rêvé le poursuivre à un âge avancé. Ils écoutent leur corps, à la recherche du moindre grincement des bielles et consultent le médecin avec une régularité d’obsédé.

Plus rares sont ceux qui, lorsque la vieillesse arrive, se disent qu’il est temps de changer de vie et de s’intéresser à ce dont leur jeunesse a rêvé ou ce qu’ils ont entrevu à ce moment sans avoir eu le temps de l’approfondir. Ils se découvrent un hobby qui les maintient en activité jusqu’à un âge avancé. Il peut être futile ou tout ce qu’il y a de plus sérieux. Il peut être exercé en amateur, mais aussi en professionnel et conduire à une nouvelle carrière. Mais si c’est le cas, ils se classent alors dans la catégorie des gens qui deviennent vieux sans le savoir.

On trouve aussi des gens, plus rares il est vrai, qui ont passé leur vie à s’exercer à de nouvelles approches de la vie, passant d’un métier gagne-pain à un métier hobby sans jamais se fixer, dévoreurs d’activités sans pouvoir choisir ou échouant à chaque nouvelle proposition apportée par le destin. Ce sont des indécis, des girouettes et ils aiment cette incertitude de l’avenir comme étant une ouverture permanente sur la vie et les autres. Ce peut être également de gens qui ne savent se fixer et qui en sont extrêmement malheureux, même s’ils ne le disent pas.

Enfin, il y a des personnes qui choisissent une activité (et pas forcément un métier), qui l’exercent à fond, puis choisissent de changer parce qu’ils en ont fait le tour et n’ont plus rien à apprendre. Ils exerceront ainsi trois ou quatre passions, voire plus, et sauront le moment venu en changer avant d’en être totalement lassés. Malheureusement, ceux-là ne savent pas non plus vieillir. Ils sont comme les premiers, dévorés par l’activisme.

Alors, effectivement, peu de gens savent vieillir, donc être vieux. Ils se retrouvent vieux, dans la peau d’un autre, mal à l’aise et amoindri par cette infirmité plus psychologique que physique, sans savoir se comporter comme leur âge le laisse supposer. Généralement, leurs défauts s’accentuent, leurs qualités s’amenuisent, mais aucun fait nouveau ne vient modifier leur façon d’être.

Mais au fond, qu’est-ce qu’être vieux ?

C’est avoir découvert ce qu'on a toujours pressenti au fond de soi-même, cette essence de l’homme derrière l’existence, l’invisible derrière le visible et le donner aux autres à travers ce qu’on fait, crée, produit, engendre, pense. Et c’est un secret différent pour chacun de nous qu’il nous faut découvrir et cultiver pour le partager.

05/08/2016

La mue (12)

Je sors avant qu’elle n’ait le temps de refermer. Oui, je la connais Joséphine, elle est juste un peu lente. Non, cela ne se voit pas, mais c’est suffisant pour me permettre, moi qui la connais, de me glisser dehors. Elle est furieuse, mais n’ose encore pas le montrer. Elle m’appelle :

– Rémi, comment vas-tu ? Comme tu le vois, je t’ai préparé ton diner. Tu ne veux pas le prendre ?

Je fais non de la tête et lui pépie mes conditions. Je dois pouvoir ouvrir la cage quand je le veux. Elle doit me montrer comment je peux ouvrir. Elle fait semblant de ne pas comprendre. Mais devant mon insistance, elle finit par céder. Elle me montre comment je peux ouvrir. C’est simple. Mais a-t-elle le pouvoir de bloquer le système. Oui, je le vois bien. Alors, je me jette sur sa tête et lui cogne deux fois celle-ci avec mon bec. Elle comprend et supprime sa possibilité. Je suis maintenant libre comme je le veux, tout en étant protégé par Joséphine. Que demander de mieux ?

Nous avons chacun pris notre indépendance tout en nous respectant mutuellement. Je prends garde de ne pas faire trop de bruit le matin alors que je suis réveillé tôt. Elle m’apporte chaque jour mes repas avec assiduité. Elle écoute parfois de la musique. Heureusement, elle a de l’oreille et du goût et ne consomme que de la musique classique. J’aime, particulièrement depuis que j’ai mué, la musique de Janequin (Le Chant des Oiseaux) ou Joseph Haydn avec La Poule. Elle me fait plaisir à petits prix et je peux m’exercer à triller tant et plus. Pendant la journée, j’ouvre la cage et je me promène dans l’appartement. Je dois faire attention de ne pas me laisser aller. Il y a deux jours, j’ai lâché une crotte au cours de mes vols et Joséphine était furieuse. Elle m’a recouvert d’un voile opaque pendant la journée et je n’ai rien pu faire. En rentrant le soir, elle m’a dit :

 – J’espère que tu as compris. Sinon je serai obligé de t’enfermer définitivement.

Je me suis mis en posture de soumission sur le nid et elle a paru rassurée.

02/08/2016

La mue (11)

Je lui explique par un vol imagé ma promenade dans la ville. Évidemment, je ne lui dis pas que je l’ai suivi ce matin. Elle fait semblant de comprendre, sourit et me prends dans ses mains. Comme c’est bon, presque autant que l’amour. Elle me fait entrer dans l’appartement, m’ouvre la cage qu’elle a achetée en prévision de ce qui s’est passé. Elle y a installé un petit nid douillet, un réservoir plein d’eau et un bac à graines qui est déjà rempli. Quel luxe. Lorsque j’ai fini, je mets mon bec au creux de la commissure de ses lèvres. Elle me prend, me dépose dans la cage et… elle referme. Je suis prisonnier. Je proteste doucement, puis un peu plus énergiquement en tapant du bec sur les barreaux. Mais rien n’y fait. Elle m’a déjà tourné le dos et se prépare son diner, un délicieux plat de pâte avec une sauce tomate italienne que je connais bien. Il ne me reste à moi que les graines et quelques gouttes d’eau. Je pépie, je pousse de petits cris, je piaille. Rien n’y fait. Je reste seul. Oublié Rémi. Il ne compte plus. Ce n’est qu’un oiseau de compagnie à qui l’on donne quelques graines pour qu’il vous enchante les oreilles.

Je rumine, je rumine. Il faut que j’apprenne à ouvrir cette cage, sinon je vais devenir fou. Je dois faire attention quand elle viendra remettre de l’eau ou des graines. Quand je pense qu’auparavant c’est moi qui allais faire les courses ! Joséphine, que se passe-t-il ? Tu as toujours été tendre avec moi. Tu m’attendais le soir dans le lit et tu l’ouvrais à mon arrivée. Je me jetais dans tes bras et nous partions ensemble au septième ciel. Quelle froideur tout d’un coup. Je ne comprends pas. Que s’est-il passé ? Oui, c’est vrai, j’ai un peu changé, mais je suis toujours Rémi, ton amant, ton petit ami, ton compagnon, ton presque mari. Alors ?

Rien. Elle m’ignore. Je n’existe plus, ma parole. Vite, mangeons toutes les graines, qu’elle soit obligée de les remplacer. De même pour l’eau. Un quart d’heure après, je m’installe dans mon nid, le ventre lourd, la démarche peu assurée. Oui, j’ai trop mangé. Mais c’est pour la bonne cause. J’attends. Le soir est tombé. Elle a allumé la lampe au plafond. Elle est trop puissante et m’aveugle quelque peu. Peu importe. J’attends. Je l’entends entrer dans la salle de bain. Elle ne ferme plus la porte. Elle chantonne, revient dans la chambre, retourne se regarder dans la glace et, tout d’un coup, réapparaît nue, tranquille, comme si elle était seule. Elle passe sa main sous les bras : non cela peut attendre, je me raserai dans deux ou trois jours, semble-t-elle se dire. Enfin, elle vient vers la cage, constate le  manque de nourriture et d’eau, va à la cuisine et ouvre la cage pour y glisser les deux contenus.

31/07/2016

La mue (10)

Effectivement, elle est entrée dans l’immeuble où elle travaille. Je n’ai jamais su exactement ce qu’elle fait. Elle me parle tantôt de communiqué, tantôt de messages publicitaires, tantôt d’avertissement, de quoi, je ne sais pas. J’attends, je vais probablement la voir à l’une des fenêtres. Je fais le tour du bâtiment, étage par étage. Ah, ça y est, la voilà ! Elle parle avec une copine tout en s’installant à sa table de travail. C’est drôle d’imaginer que je peux maintenant la voir au travail, l’air de rien. Elle rit. Oui, elle m’avait dit qu’elle s’amusait bien au travail et que les gens étaient sympas. Bon, je ne vais pas rester là toute la journée à l’attendre. Que faire ? Je décidais de faire un tour de la ville avec la vision "Vue de Haut". Cela change tout. Vous voyez les gens beaucoup moins importants qu’ils ne le paraissent vus du sol. Il y a trois sortes de personnes : les chauves, comme un point blanc ou rose qui se promène sur le trottoir ; les chapeautés, surtout des femmes, mais on trouve aussi des hommes ; les chevelus, noirs, châtains ou blonds. De haut, on ignore leur condition sociale, hormis ceux qui tirent une charrette ou portent quelque chose sur leur dos. Ils s’agitent tous comme des fourmis. Ils entrent et sortent sans cesse d’un immeuble, d’un autobus, de la bouche du métro. Seuls les sages se tiennent assis au café. Oui, une ville ne ressemble pas à ce que nous connaissons lorsqu’on la regarde d’en haut. On dirait une pelouse bien tondue, avec des immeubles, voire des gratte-ciels, entre lesquels les insectes remuent avec célérité. Nous, les oiseaux, avons l’avantage de pouvoir nous trouver où nous le voulons, en hauteur et en largeur, pas en profondeur, car nous n’aimons la terre que parce qu’elle nourrit les vers. Tiens ! C’est la première fois que je pense en tant qu’oiseau. Ça va assez vite finalement !

C’est le milieu d’après-midi, je suis las. Je décide de rentrer à l’appartement, pour me reposer si je trouve une fenêtre ouverte, ou, au moins, pour attendre Joséphine. Malheureusement, tout est fermé. Je m’installe sur l’arbre face à l’entrée de l’immeuble et attends. Je repense à tout ce qui s’est passé en quinze jours. Quel bouleversement. J’ai réussi à tenir psychologiquement, mais non sans mal. Ce qui me chagrine le plus, c’est Joséphine. J’ai l’impression qu’elle se détache. Pourquoi m’a-t-elle fermé la porte au bec ? Ce n’est pas très gentil. Ah, elle arrive. Je prends mon envol et fait des tourbillons autour d’elle en pépiant. Elle finit par me reconnaître :

– Rémi, qu’as-tu fait de ta journée ?

29/07/2016

La mue (9)

Je pépie et trille à qui mieux mieux en agitant ma tête de haut en bas, une vieille habitude humaine pour acquiescer à ce que dit quelqu’un. Elle émet quelques larmes, m’embrasse sur le bec, me caresse à nouveau, puis me pose sur le rebord de la fenêtre et ferme celle-ci. Je suppose qu’elle va faire sa toilette et il ne faut pas la déranger, que l’on soit humain ou animal. Alors j’attends. Je l’imagine nue devant sa glace, auscultant les points noirs sur son nez ou le bouton sur son cou qui la gêne ou encore le bleu sur sa cuisse qu’elle s’est fait dans le métro. Elle sort sa trousse de maquillage, prépare les bons flacons et les crèmes ad hoc et se prépare un corps de rêve, celui que j’ai apprécié les jours passés. Elle finit par quelques projections de parfum derrière l’oreille et sous les bras, noue son soutien-gorge sous les seins, passe l’attache dans son dos en le faisant tourner autour de son buste et le fait remonter de façon à les empaqueter et se sentir à l’aise. Elle enfile sa jupe et noue les boutons qui la maintiennent à la taille ; enfin elle revêt un corsage immaculé. Ah, elle devrait sortir. Que fait-elle ? Cela dure plus longtemps que prévu. Enfin, la voilà. Elle se jette encore un coup d’œil dans la glace de la chambre, prend son sac et sort sans même regarder dans ma direction. Je crie intérieurement, mais ne sortent que quelques pépiements qu’elle n’entend bien sûr pas.

Je décide de la suivre. C’est facile pour un oiseau de surveiller un adulte marchant dans la rue et même entrant dans un immeuble. À un moment ou un autre, il réapparaîtra à une fenêtre pour contempler le temps qu’il fait ou surveiller un point précis dans la rue. Cela vous arrive souvent d’aller vers la fenêtre en pleine réflexion et de regarder sans voir les mouvements de vos contemporains. Pendant ce temps, votre esprit travaille, broie les idées, les fait passer dans des filtres, jusqu’à ce qu’elles ressortent taillées comme un diamant, rutilantes et faisant envie. Vous pouvez ensuite, en toute quiétude, vous emparer du clavier de votre ordinateur et taper sans difficulté jusqu’à l’épuisement de votre découverte. Aïe, c’est vrai, je ne peux plus le faire, à moins de taper avec le bec, ce qui est long et risque de le fissurer. Je dois garder en moi mes impressions, sentiments, raisonnements et attendre, plein d’idées qui ne pourront être mises en valeur. La vie d’oiseau est incomplète, surtout lorsqu’on est un intellectuel !

27/07/2016

La mue (8)

Réveil ce matin avant le lever du jour. Cela va devenir une habitude. Joséphine est dans le lit et dort. Elle est belle ainsi, dégagée de tout souci. Je suis couvert de plumes, mes jambes sont devenues des pattes, je n’ai plus que trois doigts de pied et une sorte d’ergot. Je n’ai plus de bras. Ils sont remplacés par des ailes. Je les déplie. Ça va. Pas trop d’envergure, juste ce qu’il faut pour voler plusieurs centaines de mètres, rien de plus. Je vais dans la salle de bain. Heureusement, la porte était entrouverte, autrement je n’aurai pu l’ouvrir. Je me regarde dans la glace. Dieu, quel oiseau ! J’ai un beau bec ma foi. La fenêtre est ouverte. J’avance mon long cou pour contrôler si personne ne me regarde, je monte sur le rebord et, malgré une certaine appréhension, me lance. Oui, aussitôt mes ailes se meuvent et tracent dans l’air un sillon. Je vole. Quelle étrange sensation. Cela fait un peu mal au cœur. Le manque d’habitude, je pense. Je me perche sur une branche d’arbre. Ne pas perdre de vue la fenêtre d’où je viens. Oui, elle est là-bas, à cent mètres environ, au sixième étage. Tiens, Joséphine regarde par la fenêtre de la chambre, elle a dû me chercher dans l’appartement et, voyant la fenêtre ouverte, elle a peut-être compris ce qui se passe. Je vais aller la voir. J’espère qu’elle me reconnaîtra.

Je m’envole, déjà très à l’aise. Comme c’est pratique de se déplacer dans les airs. Tout est simple, peu d’obstacles, pas de rencontres inopportunes, on va en ligne droite, on se laisse planer dès qu’on a pris un peu de vitesse. Et encore, je ne suis que débutant. Je passe une première fois devant Joséphine toujours à la fenêtre. Je fais un petit looping pour lui signaler ma présence. Oui, elle m’a repéré. Elle me regarde, intriguée. Elle ne semble pas me reconnaître. Je me mets à sa place. Imaginez-vous vous imaginant un oiseau qui s’imagine être un homme. Il y a de quoi perdre son latin et même le grec appris par la suite. Allez, Joséphine, je te pardonne. C’est bien normal de ne pas m’avoir reconnu. Il faut pourtant que je me signale. Alors, je viens me poser sur son épaule, le plus doucement possible. Je fourre mon bec dans ses cheveux et émets un petit piaillement, le plus doux possible. Mais je ne contrôle pas encore ma voix, ni même mon vocabulaire. Je ne sais si elle va comprendre. Elle sourit cependant. Me regarde, me prend avec douceur, me caresse la tête et me demande de sa petite voix :

– C’est bien toi ?