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27/10/2018

Faire de la vie une symphonie

https://www.youtube.com/watch?v=4uX-5HOx2Wc


 

L’amour  au-delà de la compréhension logique : alors la vie devient une symphonie qui se passe de chef d’orchestre. Nous cherchons trop souvent à être le chef d’orchestre, nous agitons notre petite baguette, tapotant le pupitre, battant l’air de gestes démesurés et avides qui n’arrivent pas régler l’harmonie des sons. L'orchestre se dérègle et pendant que l’on s’attache au jeu d’un instrument, nous ignorons les autres.

Sentir les choses dans leur ensemble, c’est déjà transformer leur potentiel d’harmonie simultanée en symphonie. Faire de la vie ce que sont les fugues de Bach qui se déroulent sans heurt, dont la mélodie s’enroule peu à peu sur elle-même, chacune des voix s’harmonisant parfaitement avec les autres parce qu’elles savent reprendre des premières leur ligne mélodique et la parer de nouvelles aptitudes sonores, jusqu’à ce qu’éclatent un final majestueux où s’enchevêtrent  tous les instants précédents en un point d’orgue vertical brisant la fuite du temps et accédant à l’éternité.

23/10/2018

La recherche du bonheur

 

Notre époque a le bonheur de s’apercevoir de l’insuffisance de la satisfaction du corps et de l’esprit. Elle redécouvre l’ascèse. Elle cherche la plénitude de l’être au-delà de la possession, dans l’accès à la beauté du monde.

Son malheur est de croire que cette plénitude est un état second, une sorte de rêve éveillé que l’homme peut atteindre par des moyens artificiels.

 

04/10/2018

Le mode d'habiter

Hier, dans une soirée du « Cercle du sens » que nous organisons tous les mois nous avons parlé du mode d’habiter. Le Cercle du sens a pour but de réfléchir ensemble à ce qui nous motive et nous renouvelle. Aussi, plutôt que de travailler directement à l’évolution de notre société, nous cherchons plutôt à nous poser la question du sens de notre vie pour améliorer notre propre compréhension de nos buts de vie dans la société et notre environnement. Ainsi c’est tout naturellement posé la question du mode d’habiter, concept surgi récemment dans les recherches en géographie.

 

La notion de mode d’habiter a fait peu à peu son apparition chez les universitaires, dont en particulier les géographes. De manière grossière, on peut dire que les lieux, d’un côté,  et les personnes, de l’autre, s’influencent les uns les autres et constituent ainsi une manière unique et locale de vivre, créant de nouveaux rapports entre les êtres et les lieux. Si, comme le dit Heidegger, « habiter est un trait fondamental de l’être humain », on constate des habitudes différentes dans la vie de tous les jours et même des façons de bâtir et d’utiliser l’espace également différenciées. Ceci est vrai tant pour les sociétés que pour les personnes individuelles et leur lieu de vie, de travail, de loisirs, bref de tout lieu utilisé. L’homme des grandes métropoles a évidemment des modes d’habiter très différents de l’homme de la terre, l’homme de régions froides se distingue de l’homme de pays chauds, etc. Mais pour sortir d’un contexte trop théorique, interrogeons-nous plus profondément sur le concept et son intérêt.

Le mode vie concerne les lieux qui nous marquent et que nous marquons, c’est-à-dire les lieux  qui permettent d’initier des relations et des échanges entre les personnes et les lieux qu’ils habitent, et de créer ainsi une fusion entre l’homme et le lieu qui donne à cet ensemble des particularités propres géographiquement, socialement, professionnellement, intimement pourrait-on ajouter. Le mode d’habiter permet le passage d’une conception géographique trop objective et scientifique à une vision plus humaine et personnelle à définir, entretenir, développer pour se sentir à l’aide dans son environnement. L’idée de mode d’habitat n’a de valeur que parce qu’il permet de développer un contexte d’amélioration des rapports entre l’homme  et ses lieux de vie.

18/09/2018

L'arbre des possibles (2/2)

Et au fond, peut-on prétendre que l’une ou l’autre hypothèse (le séquoia ou le chêne touffu) est préférable, plus noble, plus humaine même ? Qui peut dire quelle est la meilleure part : persévérer jusqu’au triomphe (atteindre la place la plus élevée en fonction de son aptitude préférée) ou développer le maximum de possibilités en abandonnant la montée par lassitude ou envie de changement ?

Notons tout d’abord que, d’une manière générale, les attendus d’un homme ou d’une femme sont différents selon son âge. Il est possible de distinguer trois grands temps dans la vie d’un humain. Tout d’abord le temps de l’aventure, celui qui correspond à l’adolescence et au jeune adulte (16-35 ans). C’est le temps de la folie, où l’homme veut se distinguer des autres, accomplir son rêve quel qu’il soit. Cette aventure peut être orientée vers le sport, l’exploration, la mystique, la conduite des hommes et bien d’autres choses encore. Ce qui compte, c’est avant tout la passion que la jeunesse met à cet engagement. Il veut montrer de quoi il est capable. Cela marche ou non. Il s’est fait les dents aux dures réalités de la vie, mais il a pu s’exprimer et donner libre cours à ses envies. Progressivement vient le temps de la méthode, qui correspond à l’âge mûr (environ 35-60 ans). L’acquisition de la réflexion et d’une certaine connaissance conduit l’adulte à évoluer dans sa façon d’aborder le monde et de s’y distinguer. Il ne s’agit plus d’imposer sa fougue, mais de mettre en évidence sa méthode pour conduire vers une meilleure société, quel que soit son domaine d’activités. Cela lui permet de s’imposer socialement et familialement, de fabriquer son personnage social et de tisser des liens qui l’aideront à monter dans l’échelle sociale. Enfin, doit venir, plus tard, le temps de la créativité personnelle, mieux même, celui de la réalisation personnelle, c’est-à-dire le ou les grand(s) projet(s) qui ont muri progressivement au cours des temps précédents. Ce temps arrive vers 55-65 ans, peut m’être qu’un passe-temps, un hobby, la mise en valeur d’une vocation cachée, dans tous les cas un type d’engagement personnel et non plus sociétal, dans lequel l’homme exprime son être intime et le pose comme étant sa marque sur le monde. Les uns se mettent au service de leurs semblables, les autres au contraire s’enferment dans leur projet en se désintéressant de la société dans laquelle ils vivent. Ils peuvent se lancer dans des activités artistiques, des engagements dans des associations, se mettre au service d’activités familiales. C’est un monde très ouvert où il se réalise personnellement dans un domaine qui l’attire, l’occupe et lui donne un but dans sa nouvelle vie dégagée de la construction de son avenir dans la société.

Remarquons qu’il en est différemment pour la plupart des femmes pour lesquelles la nature s’impose plus vite que les hommes. Oui, de nos jours, elles vivent plus ou moins le temps de l’aventure, elles attendent et vivent avec intensité le temps de la méthode (jusque vers 45 ans) dans laquelle la réalisation sociétale passe le plus souvent par la construction d’une famille, le temps de la réalisation personnelle ne venant que lorsque les enfants ont également trouvé leur voie et se sont lancés dans leurs premières aventures individuelles.

Chaque homme et chaque femme vivent plus ou moins ces trois temps. Certains ne vivent que le premier, engagés dans leur fougue et l’aventure. D’autres esquissent ou même zappent le premier temps, s’engageant au plus vite dans le second, par manque d’intérêt pour le premier ou poussés par leur environnement social ; enfin, le troisième temps ne peut être vécu que par une préparation personnelle, encouragée au cours des deux temps précédents. Combien de personnes à la retraite voit-on démunies d’intérêts intimes qui les conduisent à une fin à la fois sociétale, sociale et personnelle.

Vivre ces trois temps à leur rythme, sans impatience ni excès, accepter le passage de l’un à l’autre comme faisant partie d’une vie bien remplie, se préparer même à ces changements en les anticipant sans cependant les déclencher en avance et choisir le moment du passage de l’un à l’autre en toute quiétude, telles doivent être la sagesse et finalement la joie d’une vie humaine bien remplie. Peu importe le barreau atteint dans l’échelle permettant de comparer les vies entre elles. Ce qui compte, c’est notre capacité à s’enrichir intérieurement de tous ces temps qui nous sont donnés pour devenir pleinement homme ou femme accompli(e).

17/09/2018

L'arbre des possibles (1/2)

Dans son livre L’identité (Gallimard, 1997), Milan Kundera évoque Chantal, l’héroïne du livre, qui reçoit des lettres anonymes aux réflexions philosophiques : En bas, elle ouvrit la boite où une nouvelle lettre l’attendait. Elle trouva un petit jardin public où elle s’assit sous l’immense ramure automnale d’un tilleul jaunissant, embrasé par le soleil. « …vos talons qui sonnent sur le trottoir me font penser aux chemins que je n’ai pas parcourus et qui se ramifient comme les branches d’un arbre. Vous avez réveillé en moi l’obsession de ma prime jeunesse. J’imaginais la vie devant moi comme un arbre. Je l’appelais alors l’arbre des possibilités. Ce n’est que pendant un court instant que l’on voit la vie ainsi. Ensuite, elle apparaît comme une route imposée une fois pour toutes, comme un tunnel d’où on ne peut sortir. Pourtant, l’ancienne apparition de l’arbre reste en nous sous la forme d’une indélébile nostalgie… »

Cet arbre des possibles de la vie d’un homme ou d’une femme naît en réalité avant même la naissance de la personne à laquelle il est associé. Il est déjà chargé du poids de l’histoire de la société et de la famille. Les possibles ne sont pas les mêmes selon les lieux, l’époque et les événements vécus autour de la personne. Ils ne sont pas non plus semblables selon le caractère hérité de sa famille. Enfin, ils dépendent de l’histoire de sa jeunesse et de ses réactions face aux aléas de la vie avant cet instant fatidique où elle se demande ce qu’elle va faire de sa vie. Kundera suggère, sans l’expliciter, que la vision de cet arbre est éphémère et que l’arbre n’atteint jamais sa maturité, restant cette perche droite et unique qui devient un tunnel, donc une prison. Est-ce si sûr ? N’avons-nous qu’un seul destin ?

Constatons d’abord que cette affirmation semble vraie. La plupart des gens choisissent un métier et s’y tiennent, malgré les déceptions et l’attrait d’autres possibilités. Cela leur donne une stabilité qui leur semble nécessaire pour accomplir leur vie dans un calme relatif, à l’abri des aléas toujours possibles. Sans doute est-ce pour cela que le fonctionnarisme a tant d’adeptes dans la population française. Dans cette prison qu’ils s’imposent à eux-mêmes, ils tentent de trouver leur liberté, se fermant progressivement les portes par leurs choix professionnels, familiaux (le mariage, les enfants…), les loisirs qu’ils pratiquent, les amis qu’ils fréquentent, etc. Pour les uns, ces choix sont libres, ils s’y tiennent et cela leur permet de construire leur vie selon leurs désirs. Pour d’autres, ces choix deviennent ligne droite, une route qui conduit vers la fin, inexorablement. Certains en sortent fiers de n’avoir pas variés, d’autres contemplent leur arbre avec nostalgie, comme le remarque Kundera.

Remarquons néanmoins qu’il existe d’autres perspectives et que certains arrivent à déployer les ramures de leur arbre sans scier les branches sur lesquelles ils sont assis. Un exemple ? Jacques Brel. Son nom me vient à l’idée parce que j’ai vu hier une émission de télévision qui racontait sa vie. Il refuse la carrière industrielle et familiale préparée par sa famille, il part à Paris et peine à s’imposer comme chanteur. Lorsque le succès est là, il abandonne la scène et tourne des films. Puis, il décide faire le tour du monde en voilier et devient, dans le même temps, pilote de bimoteur. Enfin, atteint d'un cancer du poumon, il se retire aux îles Marquises où il fait l’avion-taxi pour les populations. Nombreux sont les exemples de personnes ayant empruntées des embranchements très différents au long d’une vie chargée de rebondissements passionnés. Lesquels faut-il admirer : ceux qui n’ont qu’une route, imposée une fois pour toutes, ou ceux qui vagabondent de branche en branche et s’assiéront le soir de leur vie à l’ombre de leur chêne touffu ?

04/09/2018

Un professeur remarquable

Ce professeur était un homme remarquable, à la fois professeur de philosophie et de physique dans les classes de terminale. Il maniait les concepts scientifiques avec autant d’aisance que ceux de philosophie. Sa salle de classe était une toute petite pièce disposant d’une fenêtre  qui donnait sur un puits de lumière, sans autre paysage que le mur d’en face à 2 m de distance. Les élèves étaient serrés ; des tabourets permettaient de s’assoir derrière des tables en fer gondolées. Mais peu leur importait, ils entraient dans le salon de Mme de Sévigné, dans la chambre d’un philosophe ou dans le laboratoire d’une université américaine.

Ils l’avaient surnommé Einstein. Il s’appelait Monsieur Moréas. Il portait comme le célèbre savant des cheveux crépus en envol autour de sa tête et se laissait pousser une petite moustache. Il marchait lentement en raison de son âge, un peu courbé, mais ses réparties étaient fulgurantes et drôles. Nous l’écoutions religieusement, subjugués par son verbe. Il disserta un jour sur la femme enchanteresse du monde : « La femme est une amphore, serrée à la taille, s’élargissant aux hanches, sans angles droits, une courbure parfaite, façonnée pour la procréation. La femme est la poésie de la terre, elle nous donne le goût de vivre par sa simple beauté naturelle. » Ses camarades jeunes filles en rosissaient, quelque peu gênées, mais fières de cet hommage du vieux professeur. Il éclairait sur l’origine du monde, leur parlant du Big Bang, étrangeté à l'époque, tout en gardant le mystère de la création présent dans son discours. Il les initia à la pensée logique, à l’imagination créatrice.

Homme complet, il avait un sourire charmant dont il usait lorsqu’il disait quelque chose de personnel et le plus souvent en plaisantant. Sa pensée était profonde, mais il parlait comme s’il disait des choses banales et ses élèves ne soupçonnaient pas les trésors qu’il leur divulguait. Ils l’ont tous remercié à la fin de l’année. Jérôme n’a qu’un regret, c’est de ne pas l’avoir revu. La jeunesse oublie, préoccupée par son entrée dans la vie adulte.

28/08/2018

Science

La grande faiblesse de la science, qui fait en même temps sa force, tient à ses méthodes mêmes : l’analyse scientifique d’un phénomène, qu’il soit statique ou dynamique, suppose l’isolement de ce phénomène par rapport à ce qui l’entoure. Cet isolement, nécessaire pour mettre en évidence les lois le régissant, fausse la réalité qui est faite  de relations s’établissant sur une ligne d’évolution spatiale et temporelle. L’isolement du phénomène permet l’analyse de son apparence après observation, mais ne permet pas la connaissance du réel. C’est pourquoi la physique moderne en est venue à distinguer le connu du réel et à tenir compte de cette distinction dans ces équations.

Plus tard sans doute,  les sciences arrivant à un stade de développement où l’analyse des phénomènes isolés aura été poussé à son maximum (et non jusqu’à la connaissance totale, puisque l’explication finals n’est possible que par l’explication de tous les autres phénomènes et de leurs relations), on en viendra à l’élaboration d’une science des relations qui sera la véritable science issue des autres sciences (la chimie et la physique expliquant la cytologie, celle-ci expliquant avec les deux autre la biologie, etc.).

 

25/08/2018

Beauté

Il y a deux sortes de beauté :

* La beauté issue de la fragilité. Elle s’identifie en tant qu’unité isolable et possède certaines caractéristiques personnelles indissociables. Dans cette identité fragile, l’homme retrouve les mobiles de son angoisse et plus elle semble fragile, plus elle est belle.

* La beauté issue de la puissance. Elle caractérise un ensemble qui possède certaines caractéristiques personnelles, mais celles-ci peuvent être dissociées en éléments isolées. Dans cet ensemble, l’homme retrouve les mobiles de son optimisme et plus il semble puissant, plus il est beau.

La première est émouvante et creuse le vide en soi. La seconde est impressionnante et tasse le plein en soi. Que vaut-il mieux : un vide qu’il convient de combler ou un plein qu’il convient d’employer ? Disons que la jeunesse recherchera la seconde et que l’âge mûr choisira de se dépouiller.

 

21/08/2018

La beauté

 

Sens métaphysique de toute beauté : une voie ouverte vers l’éternité.

Les critères de beauté évoluent,

Mais l’essence de la beauté ne change pas.

Plus l’homme s’oublie lui-même, plus il est accessible à la beauté.

 

20/08/2018

La pensée

La sagesse et la folie sont les deux extrêmes de notre pensée dite normale. L’une et l’autre procèdent de la perte de l’habitude de pensée.

Dans le cas de la sagesse, cette perte d’habitude est volontaire, impliquant le parfait contrôle de soi alors que, pour la folie, la perte de l’habitude est involontaire et tourne autour d’une idée fixe.

L’une procède par intériorisation et conduit au plus être, l’autre appartient à l’évasion et aboutit au moins être. Entre les deux, évoluent différents types de conscience qui se rapprochent plus ou moins des deux extrêmes.

Ne pas se laisser tenter par l’imagination combleuse dont parle Simone Weil, car cette recherche ne peut conduire qu’à un manque d’être de plus en plus prégnant.

19/08/2018

Les petits gestes et paroles

Ce matin, je réveille après un rêve dans lequel je cherchais la profondeur d’une relation avec les autres. Et ce n’était que des petits gestes et paroles de tous les jours, anodins et sans intention, gestes faits sans y prendre garde et paroles dites sans y penser. Centaines de gestes faits et paroles dites sans même savoir qu’ils sont émis et surtout sans savoir pourquoi. J’ai ma manière personnelle de descendre de ma voiture, de me donner un coup de peigne, de me lever le matin, d’ouvrir la porte à un inconnu, de demander mon chemin à un passant, de m’installer au piano, de me laver les dents, de rire d’une plaisanterie. Et la somme de ces petits gestes et paroles, finalement, me représentent mieux auprès des autres que ceux que je dispense en connaissance de cause, avec attention.

Voilà le mot lâché : l’attention. Mais il lui manque son compagnon, l’intention. L’attention suppose l’intention. Lequel précède l’autre ? L’attention rappelle qu’il faut une intention pour agir. L’intention fait de l’être un humain et entraîne une attention dans l’exécution de l’action. Laquelle est première ? Tantôt l’une, tantôt l’autre, selon les circonstances. Ainsi, à chaque instant, je suis libre de devenir véritablement humain ou de vivre à côté de mon être. L’attention suppose un minimum de concentration. Penser à ce que je fais. Penser à ce que je fais suppose bien de  savoir pourquoi je le fais. Si je ne sais pourquoi je le fais, je ne fais pas attention ; mais si je ne fais pas attention, je n’ai pas d’intention.

Derrière ces deux mots se cache tout l’humain : je suis homme ou femme parce que je sais que je le suis. Si je l’oublie, je ne suis rien. Être homme ou femme suppose une double démarche : je suis dans le monde et y agis, mais je suis également hors du monde pour savoir pourquoi j’agis. Certes, il ne s’agit pas de devenir moine ou moniale, encore que ceux-ci agissent et parlent sans doute avec plus d’attention et d’intention, mais simplement d’introduire un dialogue avec soi-même qui instaure la conscience. Un troisième mot est lâché : la conscience. Certes, l’humain n’est pas seul à disposer d’une conscience. Le règne animal et probablement le règne végétal disposent d’une conscience. Comme l’homme, l’animal et, dans une moindre mesure, le végétal entretiennent la vie, leur vie, avec attention et intention. Mais la conscience humaine dispose d’un effet miroir supérieur à celui des autres règnes terrestres. J’agis dans un but immédiat et lié au maintien de ma place dans le monde, mais je peux aussi agir dans un but plus lointain dans lequel ma personne n’a plus la première place. La conscience se dédouble et produit un effet miroir qui fait de l’homme un être achevé ou, plutôt, s’achevant par cette démarche consciente qui lui permet de s’échapper de son moi immédiat. Il agit dans le monde, mais se voit également agissant le monde et s’interroge sur cette deuxième démarche. C’est ce deuxième temps de la conscience qui fait de l’homme un être à part, responsable pleinement de ses actes et paroles.

Alors, dans un instant, quand vous fermerez cet écrit, conservez attention et intention, et vivez pleinement cet effet miroir de la conscience qui fait de vous un être humain.

11/08/2018

L'ignorance du savoir

Noires ou pas, elles sont…
Et nous ne savons rien sur elles :
68% d’énergie et 27% de matière.
Il ne reste que 5% de connu,
Et encore, pas tant que cela,
Dans cet univers qui s’accroit sans cesse.

Elles ne sont pas noires par opposition au blanc,
Pas non plus parce qu’elles sont en deuil.
Elles sont et nous ne savons rien sur elles,
Sinon qu’elles sont, invisibles,
Donc noires de connaissance.
Une matière invisible et agissante,
Une énergie débordante et repoussante,
Qui soumettent le normal
À des comportements anormaux.

Dieu, quelle nuit !

Au fait, le créateur serait-il caché
Dans cette noirceur invisible ?
Tenterait-il d’écarter les murs
D’une normalité minimale
Pour dévoiler, au-delà du visible,
L’immensité de l’inconnu ?

N’oublions pas non plus
Que les pensées sont réelles,
Sans cependant avoir du poids.
Y a-t-il une noosphère
Qui éclairerait le noir ?
Ce noir permettra-t-il de savoir ?

Le Big Bang fut un éclair de lumière.
Et l’on découvre, sacrilège,
Qu’il engendra le mystère
De 95% de notre univers.

©  Loup Francart

09/08/2018

L'indescriptible

Décrire l’indescriptible, quelle ambition ! Mais de quel indescriptible parle-t-on ? 

Certes pas de l’horreur qui est indescriptible lorsqu’elle atteint un certain degré d’insupportable. Ce n’est pas l’indescriptible qui est en cause, mais la capacité émotionnelle à voir, lire, écouter des faits horribles. De nos jours, l’espace de l’indescriptible a largement diminué par le fait du cinéma (capacité à produire) et de la communication informatique (capacité à diffuser).

La psychologie entre dans cette zone difficile à décrire où les relations entre les mots et les concepts restent difficiles à cerner. Approfondir les relations entre les hommes est une ambition complexe qui frôle l’indescriptible, mais plus par manque de clarté du sujet que de son opacité réelle.

De même la science se fait fort de réduire le champ de l’indescriptible par sa capacité à investiguer à la limite du connu. Elle invente même de nouveaux langages permettant de décrire l’indescriptible, élargissant ainsi la connaissance du monde.

Mais alors de quoi parlons-nous ?

L’indescriptible est au-delà de l’image, du son, du toucher, au-delà de la description des sens. Mieux même, l’indescriptible est au-delà de la pensée. Ne plus savoir comment penser conduit obligatoirement à ne plus pouvoir décrire. L’humain peut-il mettre un pas dans cet espace qui n'en est plus un ? Et d’abord, comment décrire ce qu’on ne peut concevoir. Ce serait mettre la charrue avant les boeufs que de pouvoir le faire.

Et pour ajouter à la confusion, citons cette phrase de Miller Levy, l’artiste qui se définit comme un artiste de “variétés” en raison de la multitude des supports de ses productions (peinture, sculpture, vidéo, dessin, installation, design, photo) :

"Les choses qui n’existent pas n’existent pas pour rien."

Comprenne qui pourra !

 

16/07/2018

solitude de l'homme moderne

L'homme d'aujourd'hui se meurt hors de la société et il n'a jamais été aussi seul dans la société. L'apprentissage de la solitude  volontaire est l'apprentissage de la connaissance de soi alors que la solitude dans la société entraîne la révolte ou l'inaction. Le monde d'aujourd'hui est un monde de solitaires par obligation, aussi n'y a-t-on jamais autant vu de révoltés ou d'inactifs.

Le seul moyen de lutter contre la révolte ou l'inaction est de résister à la solitude  involontaire et de redonner place aux valeurs, c'est-à-dire le bien, le bon, le vrai, le beau, le juste.

08/07/2018

Peinture et prière

 

Un tableau est une prière que l’on fait à Dieu à travers la beauté du monde.

Quel qu’il soit, son dessein est toujours d’exprimer la beauté en utilisant toutes les possibilités d’expression. C’est la prière du simple, une prière manuelle, mais qui nécessite une attention intense du corps et de l’esprit entièrement tendus vers l’œuvre à réaliser. Le tableau achevé apporte le goût de la joie et de la paix que donne la tension vers Dieu, puis sa rencontre.

On ne peut bien peindre que sous l’emprise de l’infini, c’est-à-dire après avoir ressenti l’insuffisance du bonheur matériel ou la nécessité de l’élever à un bonheur spirituel.

 

 

24/06/2018

La perception affective

La perception affective, c’est-à-dire cette faculté à la vue d’un objet de ressentir une certaine émotion qui, en quelques instants de communion avec l’objet suffit à nous donner de la joie pour une journée, n’est pas une valeur constante et varie en fonction d’un certain nombre de rapports avec l’humeur, l’espace, le temps et en particulier ce temps qui se renouvelle périodiquement, celui d’une journée.

Le matin, à cette heure où le jour est suffisamment levé pour avoir la possibilité de percevoir chaque détail, mais où le soleil n’est pas assez haut pour donner un volume de lumière aux objets et que l’esprit libéré pendant le sommeil de l’affectivité accumulée dans la journée précédente est prêt à recevoir et à emmagasiner un nouveau courant d’affectivité, nous percevons avec une émotion plus intense, plus aiguisée par la liberté de l’esprit, le détail de chaque objet et la beauté d’un paysage. A l’état de l’air plus léger et plus libre, donnant aux formes une netteté accrue, correspond un état d’esprit semblable qui permet une perception intense dans l’émotion purifiée au maximum puisqu’elle est dégagée au maximum puisqu’elle est dégagée de tous les facteurs affectifs accumulés pendant la journée.

Quelques minutes plus tard, déjà l’esprit se remet en marche et remonte des fonds vers la surface les bulles de soucis, de préoccupations et de souvenirs qui; lui redonnant sa fonction normale, c’est-à-dire un filtre qui permet de passer de la perception sensorielle directe à la perception intellectuelle y ajoutant justement le courant qu’il a accumulé, lui retire cette faculté précaire, mais facilement éducable, de percevoir l’objet dans l’émotion directe de son contact. Et pendant la journée, au hasard des circonstances et des rencontres, d’autres bulles feront surface, créant une certaine tension entre les deux pôles du cerveau, celui de la sensation pure et celui de la sensation intellectualisée jusqu’à avoir perdu les références de la première impulsion des sens.

21/06/2018

Jogging 2

Hier, je suis parti vers 5h30 du matin. Pas besoin de me motiver, j’étais prêt et content de courir. De la gare du Nord aller jusqu’au bois de Boulogne en passant par la gare Saint Lazare, l’Etoile, la porte Maillot, 4 km dans le bois et retour par la porte Dauphine, l’Etoile. 13 km, sans aucune gêne ni fatigue.

Aujourd’hui, toujours réveillé tôt et sentant les fourmis dans les jambes qui sans cesse vagabondent, je me rééquipe. Départ relaxe vers le parc de la Villette. Cela semble aller. Décontracté, je m’installe dans mes foulées habituelles. Je sens cependant une certaine gêne due à la course de la veille. Je pars en petites foulées, 7mn30 au kilomètre. Je tente de courir décontracté, mais je sens un point dans la cuisse gauche, au-dessus du genou. Ça tire ! Au troisième kilomètre, je me dis que ce n’est pas prudent, après avoir fait hier 13 km, de recommencer le lendemain. Je marche en me massant la cuisse. Ça passe ! Allez, on repart. Pendant ce temps, les trottoirs défilent, les gens passent, les mètres se déroulent sans le dire. Me voici arrivé au quai de la Seine sur le canal de l’Ourcq, dans cette splendide évasion des immeubles et l’horizontalité de l’eau qui s’étale avec douceur très loin. C’est beau cette oasis dans la ville, cette respiration lente dans l’agitation des voitures et des passants. Ceux-ci ralentissent d’ailleurs, marchent avec plus d’aisance, comme insouciants tout d’un coup. Ils regardent l’eau qui semble immobile, là depuis toujours. Je formule un vers, encouragé par l’aspect poétique du lieu, mais ne vais pas plus loin. Allons, que fais-tu ?

Je repars, courant le long du quai, regardant l’eau de très près. Un faux pas et je tombe. Brr… Elle ne doit pas être très chaude et de plus semble assez sale. Alors, attention. Ah… Franchir le canal qui va jusqu’à Saint Denys et poursuivre sur le canal de l’Ourcq, puis courir dans l’herbe fraiche, encore pleine de rosée du parc de La Villette, quel délice ! Mais voici la panne. Les muscles se tétanisent. Ils en ont trop fait hier. Marcher, seule solution ! Que c’est bon de flemmarder, d’écouter les oiseaux, de suivre leur vol. Même le ronronnement du périphérique semble un étirement d’une langueur de l’âme, comme un rappel d’un autre univers qui reste dans le lointain et qui n’ose se montrer. Je suis dans ces instants d’une course où l’on se réfugie en soi-même, où l’on se love dans son corps et où l’on oublie les sons, les mouvements et même la vue. On court le nez au plancher, mètre après mètre, sans même savoir où l’on est. C’est une euthanasie momentanée, un évanouissement de l’être qui permet de récupérer. Fermez les écoutilles, il n’y a rien à voir !

Sept kilomètres et demi. Sur le chemin du retour… Je transpire, pas trop, car je me suis arrêté pour marcher et me décontracter. Je tombe en arrêt sur une œuvre colossale, a street painting, le balancement d’une fille noire au-dessus d’un village de case, accompagné dans son élan par un panda et un éléphant. C’est d’un genre différent du street art habituel, une note de gaité dans le ciel bleu, comme la caresse d’un ange sur le corps fatigué. On peut repartir d’un bon pied, tout va bien. J’arrive dans la descente de la rue La Fayette et me laisse glisser benoîtement jusqu’à notre petite rue qui repart en montant. Ça y est ! 9 km. Pas mal après les treize kilomètres d’hier. Mais ce n’est pas autant la forme qu’hier. Je tire la patte, un peu courbatu.

Bon, demain, se ménager ! ça tombe bien, on prend le train.

16/06/2018

Jogging

Je cours presque tous les jours depuis que j’ai trente-cinq ans, essentiellement le matin, tôt. J’aime me lever à l’heure où la plupart des gens dorment. Cela me procure une impression de liberté extraordinaire. Je suis libre et je profite de la vie. C’est une respiration quotidienne qui embaume le cœur, allège le corps et vide l’esprit. Cette heure de jogging, est l’élément déterminant d’une bonne journée, bien commencée. On part au travail relaxé, le cerveau vidé des soucis de la veille et on s’installe dans le quotidien avec une détermination sans faille.

La veille déjà, on se prépare en se réjouissant. On pense aux premières foulées dans la fraîcheur, on se demande si on a bien rechargé son i Phone  pour suivre sa course de bout en bout, on s’endort tranquillement, gommant la nuit à venir et l’on se réveille prêt à tout. Ah, tout de même, prendre un petit café avant de chausser les bottes de sept lieues et puis, profitons-en, aspergeons-nous le visage d’eau fraîche pour être vraiment réveillé.

Ça y est, je suis prêt, me dis-je avant de fermer la porte à clé et de mettre celle-ci dans la petite poche du short. Descente de l’escalier sur la pointe des pieds et la sortie. L’aube pointe ses premières lueurs. Il n’y a personne. Normal, il est cinq heures quinze. La plupart dorment à poings fermés. Ouverture de l’application NRC. Mise en route du GPS, affichage de l’application. La pastille Go s’affiche. J’appuie. C’est parti.

Les premiers cinq cent mètres constituent un échauffement, voire le premier kilomètre. Les muscles sont raides des joggings d’hier et d’avant-hier. Il faut les ménager et faire jouer toutes les cordes avant de commencer à les tendre. Les pieds se laissent peu à peu dérouler, puis les mollets et les cuisses. Descendre aussi son centre de gravité. Ne pas trop lever les genoux, c’est inutile. Peu à peu, je prends ma cadence, elle s’installe malgré moi, un, deux, un, deux… Je trouve mon souffle, calme, modéré, sans défaillance. Cette fois-ci c’est vraiment parti.

En réalité, jusqu’au premières rosées de transpiration, on n’est pas encore véritablement lancé. On se distrait comme on peut, regardant une boutique, évitant un commerçant qui monte son étale, écoutant les bébés qui pleurent d’être contraints de se lever si tôt. Je suis encore dans la phase préliminaire où la distraction empêche la concentration, où la concentration n’est pas motivée. Mais progressivement la foulée se fait plus souple, la respiration s’installe dans son rythme, si bien qu’on n’y pense plus. On se laisse simplement bercer par celui-ci, à la manière d’une compagne de course qui vous accompagne chaque jour  en prenant garde de ne pas vous opportuner.

Et maintenant je cours. Je me suis installé dans ma bulle, cette sorte de sphère invisible qui protège des distractions, qui étouffe les écarts de pensée, qui atténue les bruits et les sensations autres que la course. Je regarde le sol deux mètres devant moi, je ne vois que mes jambes et mes bras qui s’agitent en cadence sans avoir conscience de l’ensemble du corps et cet état devient reposant, apaisant, presque bienheureux. Je plonge dans la volupté anesthésiante du coureur de fond qui se laisse aller sans peine, déroulant son rythme (6’ 45’’) avec aisance. J’atteins le summum du plaisir avant de commencer à souffrir. Nous sommes au kilomètre cinq ou six et tout glisse dans l’air. Je m’évade psychologiquement et suis présent physiquement.

Mon maillot laisse percer la transpiration. Je dois m’essuyer les yeux sans cesse, éponger mon front, déplacer mon short qui m’échauffe l’entre-jambe. Je respire tout aussi calmement, sans effort, je poursuis au même rythme. C’est le moment de la course où il devient le plus élevé. Bientôt je faiblirai, il diminuera. Je le sens à la transpiration qui m’envahit, qui chatouille mon visage, là, sous les yeux, puis là-bas derrière le cou. Je m’essuie avec mon maillot, mais cela reprend aussitôt. Je lâche les grandes eaux.

Huit kilomètres. Je ressens les premiers signes de fatigue. Je me laisse distraire par les quelques passants qui vont chercher leur pain ou qui partent au travail. J’ai l’impression d’un changement de temps, moins allègre, plus pesant, presque oppressant. J’ai du mal à rester dans ma bulle, elle crève par endroit et me laisse sans soutien. Heureusement j’approche de la fin : 9,5 km. Je me rapproche de mon domicile, je reconnais l’environnement quotidien. Allez, on augmente la cadence, on se paye un petit sprint pour se prouver que l’on est en forme. Trois cent, deux cent, cent mètres. Laisse-toi courir jusqu’à l’arrêt. Je ne suis pas trop essoufflé, la cage tient encore la route. Simplement, un engourdissement progressif du reste du corps qui se relâche, encrassé, tentant d’évacuer les miasmes de la course. Faire comme si rien ne s’était passé.

10/06/2018

Dieu, qu'est-il ? (3/3)

Qui est Dieu pour moi ?

Quelle question ! Cela relève tellement de la conviction intime que l’on ne peut échanger sur ce sujet. Mais comme personne n’a de réponse à cette question, peut-être faut-il se contenter de questions qui permettront de faire progresser notre connaissance ou notre expérience de Dieu au-delà des réponses des religions quelles qu’elles soient.

C’est à l’expérience que je veux faire appel et non pas à un savoir sur Dieu. Cette expérience s’appuie sur trois constats et une conclusion (non expérimentale pour moi) :

* Dieu est transcendant. C’est le Dieu dont commence à parler la science, l’initiateur du Bigbang. On ne sait rien de lui. Est-ce un être avec une volonté qui sait ce qu’il fait ? C’est probable. Mais certains parlent de hasard ou de nécessité. Quelle nécessité de créer l’univers à partir du néant ? Même cette idée suppose la volonté de créer. De plus, le néant peut-il engendrer ? S’il le fait, c’est qu’il n’est pas néant.

* Dieu est immanent. Il vit en toutes choses. Il est l’univers en même temps qu’il est hors de l’univers. C’est pourquoi l’univers est beau et nous tire des larmes de joie. C’est aussi pourquoi chaque être est unique, homme, animal, plante, voire planète et constellation. Mais pour le voir, il faut s’éduquer par expérience personnelle, retirer ses lunettes et se laisser réjouir par la vie.

"Prendre conscience de notre être véritable, c'est réaliser le sens de notre vie en relation avec le cosmos tout entier, c'est nous identifier à la divinité qui pénètre toute vie, qui est derrière chaque pensée que nous avons, chaque forme que nous voyons, chaque fleur que nous rencontrons."

Ma Anandamayi

* Dieu est personnifiant. Il nous entraîne à chercher toujours plus en nous, à nous personnifier. Il facilite ainsi le passage d’une idée abstraite de la nature humaine (l’homme est matière et pense par hasard) à l’idée de la personne humaine tendant à devenir personne divine (l’homme est esprit avec un corps matériel). Mieux, Saint Irénée n’affirme-t-il pas que Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ? Cette personnalisation est l’œuvre de la vie d’un homme, chacun à sa manière. C’est ce que les orientaux appelle la réalisation de soi, bien que l’on ne se réalise jamais complètement, sauf peut-être (qui sait ?) au moment ultime de la mort. Mais seuls ceux qui sont de l’autre côté peuvent le savoir.

* Dieu est celui qui est, plus nous-même que nous. Enfin, certains entrent en relation avec Dieu et font l’expérience de Dieu en tant que personne. Comment ? Seuls ceux qui en ont fait l’expérience le savent et peuvent le dire.

" Lorsque l'âme est libérée du temps et de l'espace, le Père envoie son Fils dans l'âme."

Maître Eckhart

"On atteint la perfection de la connaissance lorsqu'on voit Dieu en chaque homme."

Ramakrisna

09/06/2018

Dieu, qu'est-il ? (2/3)

1. Le nom de Dieu

Alors comment donner un nom à l’ensemble de ces concepts :

* Dieu, Père, Créateur, Protecteur, etc.

* La « monade », terme employé en métaphysique, signifie étymologiquement « unité » (μονάς monas). C'est l'Unité parfaite qui est le principe absolu. C'est l'unité suprême (l'Un, Dieu, le Principe des nombres), mais ce peut être aussi, à l'autre bout, l'unité minimale, l'élément spirituel minimal. Plus subtilement, la notion de monade évoque un jeu de miroirs entre l'Un, la Monade comme unité maximale, et les monades, les éléments des choses ou les choses en tant qu'unités minimales, reflets, de l'Un ; une chose une est comme un microcosme, un reflet, un point de vue de l'Unité ; une âme dit partiellement ce qu'est l'Âme, celle du monde, ou l'Esprit.

* Le logos, au sens de Héraclite « le Un unifiant le Tout », synthèse entre la pensée et l’être (chez Platon, les stoïciens, Hegel, etc.). On peut l'appeler raison divine, sort, raison organisatrice, explicatrice de l'univers. C'est le logos, terme que Pythagore, Platon et les premiers philosophes chinois ont également employé pour exprimer la manifestation de l'être ou de la raison suprême (Maine de Biran, Journal, 1823, p. 381)

* Je suis à Dieu dit à Moïse : « Je suis celui qui suis ». Et il ajouta : C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël: Celui qui s'appelle "je suis" m'a envoyé vers vous. (Exode 3).

                                                               

2. La connaissance de Dieu

 * Par la raison : Le dieu des philosophes ;

* Par le cœur : « C’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce qu’est la foi, Dieu sensible au cœur, non à la raison. » (Pascal, pensées, 278 Br).

* Par une expérience sensible, personnelle ou publique : les miracles

* Par une expérience mystique : l’amour divin

 

3. La preuve de l’existence de Dieu

Nombre d’arguments ont cherché à fonder rationnellement la croyance en l’existence de Dieu. On parle alors de « preuve de l’existence de Dieu », quoiqu’il en soit de leur réussite à appuyer cette croyance. Ces preuves peuvent passer par la déduction ou par les présentations de faits. Depuis Kant, on distingue habituellement :

* Des preuves ontologiques,

* Des preuves cosmologiques,

* Des preuves téléologiques.

La preuve ontologique part du concept de Dieu. L’analyse du concept de Dieu suffirait à prouver son existence, car il est dans la nature même de Dieu d’exister. Anselme a donné un argument célèbre de ce type en s’appuyant sur l’idée de grandeur (Proslogion, chapitre II). Descartes fait de même en utilisant l’idée de perfection (Méditation V). Depuis Kant, on considère généralement ce type d’argument comme fautif (CRP, AKIII 4016). Frege propose également une critique de l’argument dans les Fondements de l’arithmétique.

La preuve cosmologique part de l’existence du monde. Le monde existe, il lui faut donc une cause. On remonte ainsi à un Dieu comme cause première. La preuve téléologique voit une finalité dans la nature. Le monde porterait la trace d’un dessein qui doit être attribué à un être intelligent et personnel, et on remonte ainsi à un Dieu.

La preuve téléologique (ou physique) : La nature doit avoir ses fins comme l'humanité a les siennes, et cette double idée d'une finalité en nous comme hors de nous conduisit la pensée à la notion d'un Dieu, toute sagesse et toute justice, qui en serait l'auteur.

08/06/2018

Dieu, qu'est-il ? (1/3)

Que signifie le mot « dieu » ?

 Le mot « dieu » vient du latin deus, lui-même issu de la racine indo-européenne dei- « briller » qui, élargie en deiwo- et 'en dyew-, sert à désigner le ciel lumineux en tant que divinité ainsi que les êtres célestes par opposition aux êtres terrestres, les hommes. Étroitement liée à cette notion de lumière, c'est la plus ancienne dénomination indo-européenne de la divinité qui se retrouve dans le nom du dieu grec Zeus dont le génitif est Dios.

Avec majuscule, la notion de Dieu s’insère dans le cadre des religions monothéistes. Dieu est un être transcendant, unique, à qui on attribue d’avoir créé l’univers. Son essence est obtenue en maximisant tous les attributs positifs. Dieu est omnipotent (il peut tout), omniscient (il connaît tout), éternel (il n'a ni début ni fin), suprêmement bon. On le dit également parfait et infini. Un tel Dieu est souvent dépouillé de ses attributs anthropomorphiques.

A côté de ce Dieu unique, on distingue l’existence des dieux, êtres supérieurs, plus puissants que l’homme et doté de pouvoirs surnaturels. On peut également distinguer également des dieux :

  • Créateurs du monde / non créateurs
  • personnels / impersonnels
  • matériels / immatériels
  • intervenant dans les affaires humaines / ou non

 

De quel Dieu parle-t-on ?

* D’un Dieu unique, défini par des textes révérés, gelé dans une théologie quelque peu emprisonnante. Ainsi parle-t-on de Yahvé, du Père, d’Allah.

* D’un Dieu moins défini, non personnalisé, plus intérieur peut-être, comme les religions orientales le décrivent : bouddhisme, hindouisme, taoïsme, confucianisme. Ce sont tout à la fois des religions, des philosophies, des morales

* Des dieux multiples de la Grèce antique ou de religions indouistes : s’y rattache le vitalisme tradition philosophique pour laquelle le vivant n'est pas réductible aux lois physico-chimiques. Elle envisage la vie comme de la matière animée d'un principe ou force vitale, qui s'ajouterait pour les êtres vivants aux lois de la matière. Selon cette conception, c'est cette force qui insufflerait la vie à la matière. Selon André Lalande, le vitalisme est une « doctrine d'après laquelle il existe en chaque être vivant un "principe vital", distinct à la fois de l'âme pensante et des propriétés physico-chimiques du corps, gouvernant les phénomènes de la vie ». Le vitalisme est donc le mouvement philosophique qui tend à poser un concept immanent dont le fondement est la conciliation du matérialisme avec l'idéalisme ; tous deux pris dans leur vision grossière: le primat de la matière ou le primat de l'esprit sur le sens des choses.

* Des esprits : L’animisme, (du latin animus, originairement « esprit », puis « âme ») est la croyance en un esprit, une force vitale, qui anime les êtres vivants, les objets mais aussi les éléments naturels, comme les pierres ou le vent, ainsi qu'en des génies protecteurs. Ces âmes ou ces esprits mystiques, manifestations de défunts ou de divinités animales, peuvent agir sur le monde tangible, de manière bénéfique ou non. Il convient donc de leur vouer un culte. Ainsi défini, comme « croyance à l'âme et à une vie future et, corrélativement, croyance à des divinités directrices et des esprits subordonnés », l'animisme peut caractériser des sociétés extrêmement diverses, situées sur tous les continents.

* D’un Dieu concept, sans prise sur le réel, créateur d’un monde cartésien, tel celui du siècle des lumières et de la révolution française, opposant au Dieu d’une société figée la liberté par le rationalisme, allant du déisme de Voltaire et de Rousseau à l’athéisme de Diderot et d’Helvétius. L’homme devient le seul Dieu.

* D’un Dieu inconnu, le logos ou la monade indescriptible, indéfinissable parce que dépassant la pensée humaine, et qui est immanent et transcendant.

* De l’inconnaissance : l’inexprimable, qui laisse entrevoir à certains moments la porte d’une autre existence, l’indescriptible, qui ne peut être connu, l’inconnaissable, qu’on ne peut connaître conceptuellement, mais bien réelle et expérimentale par la révélation d’une expérience intérieure. On peut l’appeler le divin, sphère enveloppant le Tout et lui donnant existence et sens, ou encore, la déité, comme le dénomme maître Eckhart.

Alors comment l'appréhender, le connaître et entrer dans son intimité ou plutôt, comment faire en sorte qu'il accueille notre intimité ? Nous en parlerons la prochaine fois.

07/06/2018

Grandeur et fragilité de l'homme

Ce n’est que lorsque l’homme a pris conscience de sa vulnérabilité qu’il peut concevoir la fragilité des autres et ressentir de l’amour pour eux. Ayant découvert l’universelle fragilité du monde intérieur, il prend conscience de son appartenance à l’humanité et reconnaît  en autrui un autre soi-même. Vulnérable comme lui à la dégradation, à l’inaction, au temps qui coule et se disperse, l’autre devient un égal, un proche à aimer. On n’aime que les gens dont on a pu mettre à jour la fragilité. L'homme qui nous semble invulnérable est craint, peut-être idolâtré, mais n’est pas l’objet d’un amour humain.

C’est à travers cette fragilité maladive de l’homme que se conçoit sa grandeur et si sa fragilité n’est qu’une menace, sa grandeur n’est qu’une promesse qui reste à réaliser. L’amour est la force intérieure qui nous aide à tendre vers ce but.

06/06/2018

Le temps politique (5)

L’usage du temps n’est pas seulement social et culturel, il est aussi, dès l’origine, politique.

 

1. Le temps comme facteur de légitimation du pouvoir

La maîtrise du temps revêt indéniablement quelque chose de démiurgique. A l’origine, le temps est lié au divin, que ce soit pour sa création (mythe fondateur, création du monde) ou pour la mesure du temps (souvent en lien avec les fêtes religieuses). En Mésopotamie, seul le roi pouvait décréter l’ajout d’un mois supplémentaire. Mircea Eliade explique ainsi le caractère sacré du temps : « Le mythe est donc un bref récit fictif qui, mettant en scène des créatures surnaturelles, renvoie à un Temps originel, celui de la Fondation de la communauté, un Temps Sacré : le mythe est censé exprimer la vérité absolue, parce qu’il raconte une histoire sacrée, c’est-à-dire une révolution transhumaine qui a lieu à l’aube du grand temps, dans le temps sacré des commencements. Étant sacré et réel, ce mythe devient exemplaire et par conséquent répétable, car il sert de modèle et conjointement de justification à tous les autres humains[1] ».

Très souvent, la motivation d’entrée en conflit est liée aux mythes, c’est-à-dire à une vision plus ou moins idéologique de la réalité. Un des objectifs du politique sera donc la démystification de l’idéologie adverse. Cette démystification demande du temps, des moyens, et une volonté. La démystification peut se faire de manière brutale, dans le cadre d’engagements en coercition (le mythe du démiurge tombe brutalement dans l’esprit de ses partisans) mais inversement, dans le cadre d’opérations de stabilisation, seul le temps permet l’évolution des esprits et l’évacuation du mythe.

Tout système dynastique fonde sa légitimité sur la durée.

 Désormais, la légitimité est plus complexe, car le changement est aussi perçu comme positif. Le pouvoir peut donc se prévaloir du changement, de la rupture, comme facteur de légitimité. La philosophie des Lumières a particulièrement contribué à véhiculer l’idée de progrès, que la Seconde Guerre mondiale et la barbarie du nazisme, en particulier, ont fait voler en éclat[2].

Les sociétés modernes sont donc sans cesse traversées par la dialectique rupture / continuité. En France, les débats autour du passage du septennat au quinquennat ont illustré ces deux légitimités possibles. Comme le décrivait Raoul Girardet[3], on peut désormais lire la vie politique comme une opposition permanente entre les « héros de la normalité » et les « héros de l’exception ».

 

2. La rupture : le temps du changement

Le temps des médias est un temps du changement permanent et de l’urgence : en effet, il est plus facile de retenir l’attention des lecteurs en traitant de ruptures qu’en parlant de continuités. Rony Brauman, ancien Président de Médecins Sans Frontières, constatait ainsi que la connivence existant entre médias et acteurs de l’humanitaire d’urgence pouvait s’expliquer par une similitude de tempo.

Il est intéressant de noter que la fonction du politique aujourd’hui diffère grandement des fonctions coutumières du pouvoir. En effet, dans la plupart des civilisations anciennes et même récentes, la fonction du politique est de préserver la stabilité. La Chine se pense par exemple sur ce mode et ne commencera à en changer qu’avec la révolution maoïste.

C’est que le changement court le risque de la trahison : si l’avenir ne ressemble pas au passé, la société est en danger. Préserver la tradition, c’est préserver le message et l’ordre voulu par les Dieux. Le passé est l’exemple.

A contrario, dans les sociétés modernes, le changement est perçu comme une qualité en soi. Le rapport au temps, qui a à la fois perdu son lien avec le sacré et avec la nature (il est dé-naturé, au sens propre), est un rapport de propriétaire et maître (« j’ai du temps », « du temps libre »). Que le temps des saisons ou que le temps des autres, vécu sur un rythme plus lent, viennent interférer avec le temps tel que nous l’avons planifié, et cela est vécu comme une ingérence insupportable dans le quotidien si maîtrisé, à tel point qu’on en appelle au politique au plus haut niveau pour résoudre les contrariétés résultant des effets de la nature (neige, grêle, inondations, etc.). On parle d’ailleurs de « caprices » météorologiques, comme si les saisons, ne respectant pas les besoins humains, s’obstinaient à les contrarier…

  • La crise peut ainsi être due soit à la nécessité d’un changement et, dans ce cas, elle semble légitime, soit à des troubles extérieurs qui risquent de dérégler le système qui a besoin en réalité de stabilité.
  • Le rôle des forces (armées ou de sécurité) peut donc être soit d’assurer la stabilité face à des acteurs de violence, soit, par la coercition, d’introduire le changement dans un système politique en crise.

 

[1] ELIADE, Mircea. Mythes, Rêves et Mystères. Paris, Gallimard, 1957.

[2] STEINER, Georges. Dans le château de Barbe-Bleue. Gallimard, 1986.

[3] GIRARDET, Raoul. Mythes et mythologies politiques. Seuil, 190.

03/06/2018

Les approches culturelles du temps (4)

1. Trois conceptions du temps

* Le temps sinusoïdal

La première représentation du temps connue est celle produite par les Mésopotamiens. Cette conception est proche de celle du temps cyclique, à la différence que les « cercles » du cycle ne sont pas fermés. Les cycles se succèdent dans le temps, et parfois même, se chevauchent, car un cycle peut commencer avant la fin du précédent. Ce n’est donc pas exactement un nouveau monde qui se crée à la fin d’un cycle.

* Le temps cyclique

Il est immédiatement perceptible aux sens. C’est le temps biologique qui est lié au temps astronomique. Il se découpe en :

  • Jour-nuit ;
  • Saison ;
  • Age de la vie ;
  • Cycle de vie selon les espèces ;
  • Cycle de vie des cultures et des civilisations ;
  • Cycle de vie des planètes.L’homme ne peut qu’harmoniser son action dans ces cycles pour la rendre plus efficace.

La conception du temps cyclique impose souvent de penser le temps très long, souvent en lien avec des mythes. La plus ancienne des conceptions cycliques, celle des Védas (et dont héritèrent par la suite le brahmanisme, l’hindouisme et le bouddhisme) fonctionne ainsi sur les cycles de 12 000 ans. Mais cette conception d’un temps cyclique se retrouve aussi à l’échelle de l’homme, lequel serait condamné à se réincarner (ou à transmigrer d’une façon plus générale).

La cyclologie se retrouve dans nombre de sociétés archaïques, voire plus modernes. Dans cette théorie du temps cyclique, l'écoulement du temps n'est pas linéaire. L’histoire est conçue en cycles immuables pour ramener l’humanité face aux mêmes situations. La durée de ces cycles varie selon les traditions. La philosophie holiste dérive plus ou moins de la cyclologie. Elle explique les parties à partir du tout et devient synonyme d’approche systémique, de pensée complexe, et, de manière dérivée, d’approche globale. C’est un système de pensée pour lequel les caractéristiques d'un être ou d'un ensemble ne peuvent être connues que lorsqu'on le considère et l'appréhende dans son ensemble, dans sa totalité, et non pas quand on en étudie chaque partie séparément.

* Le temps linéaire

Le christianisme a véhiculé une conception linéaire du temps, qui va de la Création à l’Apocalypse. Avant la Création, le temps n’existe pas : Dieu crée le temps pour l’usage de l’homme. Le temps est à la fois linéaire et fini, et l’histoire se dirige vers une fin, ou au moins, une finalité. Cette conception du temps finira par l’imposer, au moins de ne même plus prêter à discussion. Elle sera ainsi reprise par des penseurs aussi divers que Condorcet (idée d’un avènement de la raison), Hegel (avènement de l’Etat comme manifestation suprême de l’Esprit et idée d’un progrès de l’Histoire), Marx (progrès à travers la lutte des classes et avancée vers la suppression des classes).

Cette conception du temps s’est accompagnée d’une vive dépréciation du « temps cyclique », considéré comme archaïque, anti-scientifique, opposé au progrès et politiquement réactionnaire.

2. Le temps calendaire et mathématique

Le temps calendaire est mesuré par division : siècle, décennie, année, mois, semaine, jour, heure, minute, seconde, nanoseconde. Les disciplines diverses se réfèrent généralement  à l’une de ces mesures, avec des visions cycliques différentes qu’il appartient au politique et à toute autorité d’homogénéiser.

Cette division du temps en unités d’égales valeurs remonte aux origines de l’histoire de l’humanité. Ainsi, les premières civilisations connues de Mésopotamie utilisaient-elles un calendrier de type luni-solaire de 12 mois et des semaines de 7 jours pour marquer le décompte de la durée, comme son étymologie l’indique (« calendrier » est issu du latin calendarium, « livre de compte »). Dans toutes les civilisations, la mesure du temps se base sur des phénomènes naturels observables : la lune (calendriers lunaires), le soleil (calendriers solaires) ou une combinaison des deux (calendriers luni-solaires).

Le temps calendaire n’est incompatible avec aucune des représentations du temps évoquée plus haut (cyclique, linéaire et sinusoïdal) : il est cyclique au départ puisqu’il se base sur les cycles de la nature (cycles solaires et lunaires), il est aussi linéaire dans le comptage des années, et il peut même être sinusoïdal lorsqu’il doit être aménagé pour mettre en adéquation les cycles solaires et lunaires (rajout d’un jour tous les quatre ans dans notre société, d’un mois tous les trois ans environ en Mésopotamie et en Chine).

De ces décomptes du temps naissent la conception mathématique du temps, conception défendue par Newton. Il envisage le temps comme un absolu mathématique, homogène, indépendant et linéaire. Aristote se demandait déjà si le temps dépendait de la conscience humaine ou s’il était indépendant. Le mouvement des choses, qui marque leur changement et leur corruption, est la preuve de l’écoulement du temps même en l’absence d’une conscience humaine pour l’observer.

3.  Le temps comme intuition et durée

Pour Bergson, cette conception mathématique qui découpe le temps en séquences identiques et séparées les unes des autres, est une conception strictement quantitative qui est trop limitée.

La perception du temps n’est en effet pas une évidence. Par exemple, si la plupart des civilisations se représentent l’avenir devant eux et le passé derrière, c’est l’inverse pour les Mésopotamiens comme pour certaines populations d’Amérique Latine (Aymaras en Bolivie, Quechuas) ou les Polynésiens. En effet, pour les premiers, la perception du temps à l’aulne de l’espace transparait à travers l’usage des adverbes ou prépositions : devant et avant sont liés, de même que derrière et après. Quand vous êtes devant quelqu’un, il est avant vous, quand vous êtes derrière quelqu’un, il est après vous. L’avenir étant après vous, il est derrière vous. L’alignement des notions d’espace et de temps est inversé. La manière de parcourir le connu et l’inconnu diffère donc grandement, puisque dans cette conception, on tourne le dos à l’avenir, parce qu’on sait le passé et qu’on peut le voir, alors qu’il est beaucoup plus difficile de concevoir et de visualiser l’avenir.

Il n’empêche, dans toutes les civilisations, le temps reste orienté, allant du passé vers le futur.

30/05/2018

Les concepts constitutifs au temps (3)

La mémoire dans la perception du temps

Prenons conscience que nous ne percevons le Chronos, c’est-à-dire le temps, que grâce à la mémoire. Sans mémoire, l’ordre temporel n’existe pas. L’on perçoit la simultanéité des évènements, mais leur succession est déjà difficile selon le type de perte de mémoire et les notions d’instant et de durée sont confondues dans un magma difficile à démêler.

Au-delà de la mémoire, la perception du temps est liée à la vision du monde que lui donne la compréhension des données accumulées dans la mémoire. Cette perception est donc culturelle, et, même si, de nos jours, l’adhésion à la culture scientifique fait que progressivement les perceptions se rejoignent, elles restent encore assez différentes selon les continents et les cultures.

L’expérience humaine du temps

La réflexion sur la notion de temps ramène donc l'homme à son expérience intime. Le temps n'est pas une chose qu'on peut saisir dans l'espace, c'est au contraire une sorte d'espace mental où se déroulent les choses. Cette expérience se déroule à plusieurs niveaux :

* Le niveau des rythmes biologiques et des réflexes. Mis en évidence par Michel Siffre, on constate que l’expérience consciente du temps est encadrée par notre fondement organique structuré autant temporellement que spatialement.

* Le niveau du présent psychique, où les relations de durée, de succession et de simultanéité ne sont pas seulement pensées, mais éprouvées et vérifiées.

* Le niveau de la réflexion qui double l'expérience du « présent » par la représentation objective du passé et de l'avenir et par l'estimation relative et quantitative de ces portions de temps reconnues comme absentes.

La subjectivité du passé

Dans le présent, grâce à la mémoire, puis la réflexion, je peux penser une réalité passée. Mais le souvenir ne correspond jamais exactement à l’événement tel que je l’ai vécu. Nos souvenirs sont toujours des interprétations, des reconstructions.

Ce qui importe dans le souvenir, ce n’est pas de se souvenir exactement d’un événement, mais plutôt de lui donner un sens selon ce que la vie a fait de nous. Évoquer le passé, c’est donc toujours lui donner un sens. Évidemment, le passé en soi ne change pas, c’est l’interprétation que nous en faisons qui peut évoluer en fonction de notre présent, de notre futur. Cela montre bien l’unité de notre existence : je pense mon présent comme résultant de mon passé et s’ouvrant sur mon futur. Il y a donc bien un lien entre l’existence et le temps.

Nous nous construisons par la mémoire : nous ne pouvons faire table rase de notre passé. En revanche, l’homme est libre en ce qu’il interprète librement son passé. Il peut toujours décider d’en faire un appui positif. Cette conservation du passé par la mémoire, aussi subjective soit-elle, nous constitue. Cela signifie aussi accepter la complexité de la vie : il n’existe pas de vérité une et stable, la valeur d’un événement, le sens qu’il prend peuvent évoluer au cours de notre vie.

Le futur

Le passé est l’accumulation des temps antérieurs, selon des rapports chronologiques (succession) et chronométriques (les durées relatives). L’instant physique n’existe à vrai dire pas, puisqu’il se réduit à une durée nulle. Chaque instant se résume à un passé dès le moment où l’on y pense. Par contre, l’instant psychologique a une durée propre qui dépend de l’état d’esprit de celui qui le perçoit. Le futur est l’ensemble des présents à venir. Seuls les contenus à venir, les événements futurs, sont susceptibles d’être encore modifiés. C’est ce qui fait que l’avenir n’est pas encore.

Le propre de la conscience humaine est de se projeter vers le futur. Or, la conscience de notre mortalité se pose comme une limite à nos projections dans le futur. La conséquence de cette prise de conscience, selon Heidegger, c’est le souci, autrement dit la préoccupation quant au sens que je vais donner à mon existence. C’est ce souci qui nous fait pleinement humains (les animaux n’ont pas ce souci du sens qu’ils vont donner à leur existence).

Se pose alors la question existentielle : C’est le grand sujet d’ordre politique. Peut-on agir sur le futur par des actions dans le présent ?

D’emblée répondons "oui", il est possible d’agir sur le futur et d’influencer le présent pour qu’il conduise à un avenir envié. Depuis peu, la recherche opérationnelle s’organise autour de ces problèmes. Il s’agit de maîtriser les éléments de la décision pour la rendre la plus efficace possible. En amont de la décision, on trouve différentes étapes : recueil de l’information, capitalisation du savoir, enrichissement par la connaissance, puis la démarche d’anticipation par la prospective. La décision s’exprime par la définition de ce que l’on veut, pourquoi on le veut, vers quoi cela va nous mener, les scénarios possibles dans le contexte et les actions à conduire pour l’atteindre. La difficulté est de disposer d’une vision globale du problème et des volontés opposées. C’est le propre de la stratégie, du grec stratos qui signifie « armée » et ageîn qui signifie « conduire ». La stratégie consiste à la définition d'actions cohérentes intervenant selon une logique séquentielle pour réaliser ou pour atteindre un ou des objectifs. Elle se traduit ensuite, au niveau opérationnel en plans d'actions par domaines et par périodes, y compris éventuellement des plans alternatifs utilisables en cas d'évènements changeant fortement la situation.

28/05/2018

7 façons d'être heureux (2)

Luc Ferry explicite alors ces 7 façons d’être heureux dans le monde contemporain. En réalité, il me semble que la première façon qu’il décrit n’est que l’explicitation de ce qui a été développé au cours de l’avant-propos, à savoir qu’il existe deux façons antinomiques d’envisager le bonheur. La première est que le bonheur ne dépend pas des autres ni de l’état du monde, mais de notre capacité à nous mettre en harmonie avec notre moi profond. La seconde est que le bonheur dépend inversement de l’état du monde extérieur et du sort des autres, en particulier de ceux que nous aimons. C’est donc un état fragile, provisoire et inaccessible à tous durablement par soi seul. Ces deux thèses s’opposent fondamentalement, pire même, la première, si elle devient obsessionnelle, rend malheureux et enferme l’individu dans une déconnexion du monde et des autres. C’est principalement pour cette raison que l’auteur préfèr nettement la seconde : identifier autant que faire se peut, ce qui nous rend heureu dan la lucidité et viser les joies les plus simples plus qu’un bonheur individuel nécessairement fictif. Luc Ferry livre alors ses 6 et non sept façons d’être heureux : aimer, admire, s’émanciper, élargir l’horizon, apprendre et créer, agir.

 * Aimer

Deux extrêmes dans l’amour : l’amour individualiste et érotique de Don Juan, ou l’amour courtois et mystique de Tristan et Iseult qui exige la sortie de soi et la mise entre parenthèses de l’égo érotique. Le premier rejoint le partenaire par la possession, le second  par l’annulation de son moi. Dans ce chapitre, Luc Ferry  fait une excellente analyse de la finalité du mariage dans la théologie chrétienne. Son objet n’est pas la transmission de la vie, mais de sauver les relations entre mortels, de les penser de manière durable sur fond de bonheur. Le mariage permet de dépasser la nature de l’éros, d’unifier le corps et l’âme et de les fondre en un tout qui  permet à l’homme de devenir pleinement lui-même.

27/05/2018

Les concepts constitutifs au temps

Ne pouvant définir le temps en lui-même, il importe de se poser la question des concepts qui permettent son approche. Ils sont nombreux et donnent une vision élargie de la temporalité.

La notion de chronos

Le Chronos est le tout du temps, relatif au présent : « Hier était le jour précédent et demain sera le jour suivant parce que je suis aujourd’hui. ». Il est un point mouvant sur la flèche du temps qui définit les infinis à ses deux bornes.

Le chronos, ou temps historique, découpe le temps en trois périodes :

  • Le passé qui désigne l’espace du réel qui n’est plus, avant le présent ;
  • Le présent qui désigne l’espace du réel, entre le passé qui n’est plus, et le futur qui n’est pas encore ;
  • Le futur qui désigne l’espace du réel qui n’est pas encore, après le présent.

Les conséquences de la notion de chronos :

  • Compréhension de l’irréversibilité du temps : ce qui est vécu, est vécu.
  • L’amélioration des sociétés et de l’humanité se prépare dans l’avenir et se joue dans le présent. On ne peut revenir sur ce qui a existé.

Temps et espace

Cette représentation du temps est assez proche d’une représentation de l’espace en deux dimensions. Mais si dans l’espace, on peut se mouvoir dans les deux sens, sur l’ensemble de la droite, dans le temps, une seule direction est possible. Il n’y a pas de retour en arrière, ni même d’arrêt sur la droite. Temps et espace sont indissolublement liés dans notre monde.

Le rapport temps-espace se vérifie dans le mouvement. Celui-ci n’est pas seulement dépendant d’un espace défini, mais il ne peut se dérouler que dans un temps donné. Ainsi l’on mesure un déplacement soit en fonction de l’espace (kilométrage), soit en fonction du temps (durée). Le mouvement se fait donc dans la durée et si le temps venait à s’arrêter plus rien ne bougerait. Ce qui signifie que le temps suppose le changement.

L’homme moderne s’est donné comme objectif de maîtriser le temps des déplacements dans l’espace grâce à la vitesse. Il ne s’agit plus seulement de maîtriser les déplacements physiques de personnes ou de marchandises, mais également les déplacements de données, d’informations, qui doivent dorénavant suivre l’actualité en temps réel.

Changement et permanence

Le commun des mortels a bien conscience de ces changements subtils ou brutaux qui affectent notre monde : les objets et le vivant sont altérés par des évènements et ce processus s’intègre dans un temps partagé par tous ceux qui ont conscience de son cours. Mais, en parallèle, ces objets demeurent semblables, numériquement, malgré les changements qu’ils subissent. Le temps semble donc supposer à la fois changement et permanence. Un des grands rêves de l’homme est de pouvoir imprimer sa volonté sur ces deux facettes du temps : accéder à la permanence, c’est-à-dire la stabilité en maîtrisant le changement. C’est le rêve, le mythe ou peut-être la réalité du paradis, un monde sans changement, donc sans temps, qui signifie dans l’esprit de chacun un monde sans problèmes, dont un monde de parfait bonheur.

Simultanéité-succession, instant-durée

Le terme de simultanéité signifie qu’à un même moment se déroule conjointement de nombreux évènements en rapport ou sans rapport entre eux. En corrélation, si deux évènements ne sont pas simultanés, ils sont successifs et se suivent dans le déroulement du temps. Le concept de chronos se double d’une troisième dimension, la simultanéité le long de la droite du temps qui la transforme en espace temporel, dans laquelle les évènements se déroulent éparpillés, mais dans un ordre immuable celui de l’antériorité, de la postériorité et de l’en-même temps.

De ces notions on ne peut déduire l’instant, c’est-à-dire le moment du changement, du passage de la postériorité à l’antériorité, qui peut être, selon les évènements que l’on considère, un instant ou une durée, très variable en fonction des perceptions et de l’attente de chacun. Le philosophe Bergson oppose la durée pure, qui est le temps vécu, à la variable numérique T, qui est le temps spatialisé. Pour Bergson, la conscience, qui s'accroît sans cesse, ne sépare pas ces continuelles acquisitions. Or, c'est à elle qu'il faut demander l'origine de l'idée de succession, qui suppose la mémoire et qui ne correspond à rien de matériel ; il faut donc penser la succession sans distinction : c'est en cela que consiste l'intuition de la durée pure.

24/05/2018

La notion de temps (1)

Le mot « temps » provient du latin tempus, de la même racine que grec temnein, couper, qui fait référence à une division du flot du temps en éléments finis. Il est à noter que temples (templum) dérive également de cette racine et en est la correspondance spatiale (le templum initial est la division de l’espace du ciel ou du sol en secteurs par les augures). Enfin, « atome » (insécable) dérive également de la même racine.

Dans la vie courante, le terme a plusieurs acceptions :

  1. Durée dans laquelle se succèdent les évènements, les jours, les nuits… Ex : Le temps passe et rien ne change ;
  2. Durée mesurable (Synonyme : période) Ex : Combien de temps partez-vous en vacances ?
  3. Délai. Ex : Donnez-lui du temps pour payer ;
  4. État de l'atmosphère (Synonyme météorologie). E x : Quel beau temps !
  5. Moment propice, occasion. Ex : Le temps de la révolte a sonné.

Le temps est un concept plus qu’une réalité. Mais, simultanément, c’est la réalité qui nous donne notre conception personnelle du temps. Le concept permet de nous représenter la variation du monde : nous savons par expérience que l'univers n'est pas figé, il se compose d’éléments qui bougent, se transforment et évoluent pour l'observateur qu'est l'homme qui, lui-même est changeant.

On pourrait donc définir le temps comme un milieu indéfini où paraissent se dérouler, irréversiblement, les existences dans leurs changements, les évènements et les phénomènes dans leur succession.

Mais quelle est la nature intime du temps : est-ce une propriété fondamentale de notre univers, ou plus simplement le produit de notre observation intellectuelle, de notre perception ? Deux conceptions qui s’opposent sans que l’on puisse actuellement trancher.

C’est en ce sens que Saint Augustin écrit dans ses Confessions (XI, 14, 17) : « Ce mot, quand nous le prononçons, nous en avons, à coup sûr, l’intelligence et de même quand nous l’entendons prononcer par d’autres. Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne m'interroge, je le sais ; si je veux répondre à cette demande, je l'ignore. » Bien que l’intuition du cours du temps soit universelle, définir le temps en lui-même semble au-delà de nos capacités. D’ailleurs, conscient de cette difficulté propre à toutes les notions premières, Pascal estimait que le temps est de ces choses qu'il est impossible et même inutile de définir : « Le temps est de cette sorte. Qui le pourra définir ? Et pourquoi l'entreprendre, puisque tous les hommes conçoivent ce qu'on veut dire en parlant de temps, sans qu'on le désigne davantage ? » (De l'esprit géométrique).

18/05/2018

L'officier du XXI° siècle (4/4)

La formation :

 La formation de cet officier impose au départ des hommes et des femmes qui disposent déjà d’un héritage culturel et technique acquis au cours de leurs études. Cette formation universitaire n’est pas le propos des écoles militaires. En revanche, les qualités énumérées doivent être inculquées dans les grandes écoles militaires avec une pédagogie bien différente de l’enseignement didactique qui constitue la majorité des cours actuels. Ce serait une pédagogie de confrontation avec la réalité, à base de mise en situation, de réflexions personnelles et d’efforts en équipe. Elle doit mettre en concurrence les officiers avec les autres écoles de formation de la nation : politique et affaires étrangères, commerce et management, magistrature et police, journalisme, technologies de l’information, etc.

Pour être bref, cette formation doit développer chez l’officier trois grandes capacités qui sont complémentaires et indispensables pour faire face au monde du XXI° siècle :

. Capacité à penser l’évolution du monde, des sociétés, des faits : penser la pensée et non puiser dans l’appris en utilisant des concepts tout faits ;

. Capacité à utiliser des méthodes et à les réviser en permanence pour appréhender le nouveau : l’analyse et la logique sont les disciplines premières de tout décideur, y compris pour comprendre l’irrationnel ;

. Capacité à utiliser, créer, adapter les outils pour mieux connaître, comprendre, anticiper et s’organiser.

 La liste pourrait être poursuivie, au risque de perdre sa pertinence. Certes, le lecteur va penser que ce tableau de l’officier de demain n’est pas différent de celui d’un chef d’entreprise, d’un chef d’expédition ou même d’un haut fonctionnaire. Oui, c’est exact, mais c’est aussi parce que l’officier de demain sera engagé dans ses décisions avec des aventuriers, des décideurs de L’État, des décideurs économiques, des patrons d’ONG, des magistrats. Ces mondes professionnels, impliqués dans toute crise ou conflit, ne peuvent plus travailler séparément, mais doivent unir leurs efforts pour apporter un monde meilleur.

17/05/2018

L'officier du XXI° siècle (3)

Les qualités morales d’un officier :

  • Être prêt à faire face à l’imprévu, voire l’imprévisible, dans des domaines autres que son champ de compétence et dans le même temps pouvoir utiliser le quotidien pour faire évoluer les choses ;
  • résister : à l’épreuve, à l’échec, à la critique, à l’ambiance, au découragement, au conformisme, tout en étant capable de s’adapter au milieu (organisation, personnes, manque de moyens, opposition, etc.) ;
  • croire en soi tout en se remettant en cause en permanence ;
  • être ouvert et en recherche du monde, sans cependant céder à la mode du moment.

 

Les qualités professionnelles :

  • Aptitude à convaincre : Être capable d’expliquer le pourquoi et le quoi de ce qu’il fait et fait faire, donc d’emporter l’adhésion dans un monde d’incertitude où tous se cherchent, où les réponses ne peuvent être toutes faites, mais doivent être crédibles, morales et efficaces.
  • Aptitude à entraîner les autres sans pression : Définir des buts clairs, précis, inattaquables et les objectifs qui permettront de les atteindre ; les expliciter ; entretenir l’intérêt et la conviction.
  • Aptitude à comprendre l’autre, adversaire en particulier : savoir dialoguer en oubliant ses points de vue, opinions, attitudes ; mais aussi savoir ne pas céder au consensus mou et au dialogue improductif, dans lequel la décision et la volonté de faire avancer les choses sont absentes.
  • Aptitude à négocier : comprendre sans perdre de vue ses propres objectifs et en étant suffisamment créatif pour trouver des voies et des solutions conciliant les objectifs des parties en présence.
  • Aptitude à contourner l’adversaire quel qu’il soit sans s’affronter avec lui : le mettre en situation d’accepter l’évidence qu’il refusait jusque là.
  • Aptitude aux situations d’urgence dans le chaos et l’imprévu, face à des dangers non identifiés.