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20/04/2019

Sursaut

Il est venu le temps de laisser ton ardeur
Est venu le moment de te débarrasser
Du poids de ton néant et ta pauvre langueur
Dresse-toi ignorant et ne sois angoissé

La gangue du monde t’a assez endormi
Repose ton esprit et cours au vent furieux
Plus rien ne doit venir de cette académie
Largue tes chimères, tu sortiras glorieux

Oui, sors de ton sommeil et parcours librement
Les prairies désertées de ton avènement
Il est venu le temps du seul dépouillement

Ton regard est sacré, perçant la distance
Il t’ouvre l’hérédité d’une autre appétence
Dresse-toi et trouve ta réelle vaillance

©  Loup Francart

17/04/2019

Epilogue

Décoré, le fut-il, de l’ordre du Capriçon
Chaussettes vertes et caftan bleu
Il pleura longtemps sur la perte
D’un troisième œil sans ouverture
Et caressa le cou du chat couché

Il s’en fut ensuite, seul, dans le désert
Marcher à l’ombre des dunes
Sans trouver de quoi le satisfaire
Alors il se jucha sur la plus haute
Et proclama ces mots :

« Que crois-tu être, toi qui cours
Et n’attrapes jamais rien
Depuis longtemps tu erres
En solitaire et l’âme triste
Sans rencontrer ton double ! »

Puis il s’enfonça dans l’eau
Regarda autour de lui
Fit un clin d’œil au chat
Et se laissa glisser tranquillement
Vers l’être sidéral et sans forme

©  Loup Francart

14/04/2019

Haïku

 

L’horizon barré

Le tonnerre gronde au loin

Un coup de poignard

 

13/04/2019

Pluie de couleurs

Bleu du ciel
Vert des prairies
Jaune des sables
Turquoise des mers
Rouge des baisers
Blanc des corps
Vanille des jeunes filles
Pourpre de l’amour

Gris perle des flatteurs
Noir des vilénies
Violet des enquiquineurs
Zinzolin des pervers
Viride des indécis
Topaze des bilieux

Bleue nuit des fougueux
Vert impérial des classiques
Bisque des peureux
Abricot des tristes
Brique des têtus
Terre d’ombre des veules
Souffre des vantards

Elles peuvent être :
Chatoyantes comme un vitrail
Pâles comme la mort
Odorantes comme le jasmin
Mais elles ne sentent
Que la couleur que vous leurs prêtez

©  Loup Francart

11/04/2019

Pluie de mots

Ouverte la main qui se tend

Obscène le visage de l’autre
Qui n’est plus toi-même

Séduisante la bouche qui profère
Et pépie à la face des hommes
La lente valse des souvenirs

Le panier de mots secoué en mains
Il sort sous la lune jeter le trop-plein
D’ivresse et de bonheur
A-t-il jamais rêvé ?

Elle se tient devant lui, blanche
Sur la réserve et éveillée
Elle tend ses lèvres entrouvertes
Et rit de voir l’effroi dans ses yeux
Où donc es-tu passé ?

Lente montée des sons
Brouhaha d’un passé révolu
Chaleur des mains sur la chair
Le tremblement du cœur exaspéré
A quoi peut bien servir
La dune des baisers perdus ?

Et maintenant, redevenu l’enfant
Marchant d’une voix rebelle
Il décline l’offre du bien-être
Et va affronter l’ombre obscure
Des réserves insoupçonnées
Qui courent sur le toit du monde
Et planifient le devenir

Quel jour quitteras-tu ce corps ?
Quand revêtiras-tu l’évanescence
Pui reviendras-tu pourvu de nouveautés
Pour plonger à nouveau dans l’absurde
Des jours qui chavirent devant l’inconnue
Chaque nuit, seul face au souvenir
De bribes de vie et d’absence de mots
Quand donc s’ouvrira la lumière ?

©  Loup Francart

05/04/2019

une journée

Si petite et si fluette
Elle courrait les pieds nus
Survolant les cailloux
Le visage enfiévré
L’œil plongeant sur la vallée
Le cœur allégé
Les doigts ouverts sur le vide

Lui, se tenait en arrière
Comment courir derrière l’elfe ?
Et la vie passait
D’ombres et de rêves
A travers les rayons du soleil
Jusqu’à la transparence du soir

©  Loup Francart

02/04/2019

Bouche

Qui a-t-il de meilleur à chérir
Que ce morceau de chair
Qui tient lieu de bouche
A l’être opposé

L’approche est lente et périlleuse
Elle procure frissons et contretemps
D’autant plus qu’elle ne cesse de bouger
Pour parler ou sourire

Tu regardes ce pli sur son visage
Et la langue qui te guette
Et t’engage à d’autres démarches
Pour jouir de la fragrance aimée

Approche tes lèvres
Respire le souffle
Laisse-toi emporter
Vers la source de vie

Alors tu connaîtras la mort
Celle de l’être comblé
Qui le fait monter
Dans la descente des sens

©  Loup Francart

30/03/2019

Une vie

« Combien d’années sont passées
Je m’assieds toujours à la table
Je me fonds sur un point de l’être
Et perds toute notion de vie »

Où vas-tu ainsi, hors de tout contrôle ?
Ce brouillard laiteux te suffit-il ?
Soulèves les montagnes et bois la lie
Après la fraîcheur des rêves

La lente tombée des jours rejette
Les souvenirs sur le seuil
S’estompe la splendeur des vagues
Et monte l’obscur désespoir

Une vie, ce n’est qu’un moment
Mené tambour battant
Juché sur les échasses
De l’audace et de  l’angoisse

©  Loup Francart

28/03/2019

Plus tard

Cesse donc ce bavardage incessant
Entre en toi-même, aspirant au vivant
Et en toi-même, vivant sans aspiration
Tiens-toi debout entre ces deux motions
L’une t’érigeant en rêve sans espoir
L’autre bâtissant une réalité sans savoir

Rien ne va plus dans ce corps
Et dans ce cœur plus encore
Derrière la fente entrouverte du temps
Tu glisses un regard dépendant
Quand donc viendra le moment
Où tu délaisseras tes amants ?

©  Loup Francart

23/03/2019

Pause

Tu es rentrée si lasse
Ton cœur effréné s’étirant
Que tu t’es endormie
Dans la chaleur du printemps
Environnée du vol des oiseaux
Et bercée par le chatoiement des flots

Ce n’était que silence
Et même l’éclaircie des sons
N’empêchait pas le rythme
D’un sommeil paisible

Ce premier jour du printemps
S’emplissait de fragrances sauvages
Et de quiétude apparente


Mais derrière l’impression trompeuse
La vie s’activait, claironnante
Si visible en tension des corps
Vibrante sous le duvet de la peau
Enivrant l’air de pulpeuses élancées
Et de caresses pénétrantes

La vie reprend, disait l’eau qui court
En chantant d’une voix fluette

La tête bleuie par l’azur
Tu pars  dans ce rêve limpide
D’une nouvelle vie à honorer
Délivrée de tout miasme
D’un passé encombrant

©  Loup Francart

22/03/2019

La beauté

 

Un éclair et le silence
Une présence née de l’absence
Au-delà du trop-plein de vie

L’écho de l’être se révèle
La beauté est là et s'impose


Elle est entrée à l’instant
Où tout s’est effacé
Sauf les battements de ton cœur

La vie s’en va et percute l’être

Rencontre de l’invisible

©  Loup Francart

18/03/2019

Survivre

Il va sans savoir où et marche sur les pas perdus
Il revient en arrière et retrouve ses pieds
Ils sont bien crottés, ce qu’il n’avait point vu
Et tirent derrière eux la lourdeur de l’acier    

A-t-il perdu la main et provoqué le pire ?
N’a-t-il point transpiré et produit son effort ?
Il n’a pourtant rien dit ni poussé un soupir
Laissant le vent malin faire le choix du sort

Telle une girouette au mât d’un paquebot
De droite et de gauche, monté sur l’escabeau
Il suit l’horizon sans voir un obstacle

Que la vie est drôle et l’homme sans souvenirs
Pour penser poursuivre et même se rajeunir
Dans l’ombre de la mort comme par miracle

©  Loup Francart

17/03/2019

L'inertie

 

L’inertie est une propriété et, parfois, un état
Elle peut donc appartenir en propre à un objet
A un être vivant et donc, aussi, à un humain

Cette propriété est justement un manque de propriété
Rien ne sort de l’inerte, même pas l’inertie
L’inerte est un mur impossible à modifier

L’inertie physique, en premier lieu, est plus qu’un signe
Cessez de respirer, vous ne tardez pas à mourir

L’inertie mentale fait de vous bien pire
Vous ne pensez et agissez que par l’autre

Quant à l’inertie spirituelle, c’est devenue un lieu commun
Qui fait de l’homme l’égal des pourceaux
Assujetti aux mouvements de pensées minoritaires
Qui font la loi démocratique au nom de l’individu
Plutôt que d’une majorité réelle et honnête

Alors sortons de notre inertie
Ne laissons pas les censeurs
Faire place à un correct incorrect
Faisons entendre la voix de ceux qui ne revendiquent plus !

©  Loup Francart

12/03/2019

Veines et artères

Veines et artères
L’ombre des veines sur le front
Me tresse une couronne de douleur
Le sang circule sans défaillance
Mais son flot est en furie

Comment faire passer cette rage
Qui s’est installée en hauteur
Et crée une tempête bien huilée
Qui met la tête dans un étau

Je suis aplati entre deux planches
Et promène ma face de lune
Aux yeux écarquillés des anges

Tout à l’heure viendra celui
Qui saura faire dire à la chair prélevée
De quoi est fait ou ce qu’est devenu
Cette pelote de tuyaux emmêlés
Qui dérive dans l’imagination
De celui qui dort en toute quiétude
Et ne sait ce qu’il deviendra

Serre, serre le nuage des hauteurs
Imprime entre tes yeux ta tempérance
Et rêve aux temps où rien
Ne devançait ton pas libre et serein
D’une ombre éclairant ta nuit noire

©  Loup Francart

08/03/2019

Moment de vie

 

Toi… Rien...
Pas même le cri d’un oiseau
Un silence si audible
Qu’il étouffe l’humain
Ferme l’œil, palpe ton cœur
Que tremble ta glotte
Et pleure la caresse maladroite
Venue du fond des âges

Moi… Tout…
L’être et la femme
Le bruit des pas sur l’âme
La résonance du couloir
Qui mène à la chambre
Allégé, je tempère
Un saut dans l’inconnu
Et le baiser au bout des lèvres

Que donner qui n’existe déjà
Le temps seul, sans espace
L’éternité ou l’instant
Je ne sais
Et toi, le sais-tu ?

 ©  Loup Francart

07/03/2019

Blanche

A la société de poésie française, se tient un atelier de poésie libre dont la particularité est la source d'inspiration : un tableau. Chacun crée son poème sur ce que lui inspire le tableau. Les résultats sont particulièrement divers, l'inspiration varie selon ce que chacun y voit.

Je ne sais malheureusement qui a peint ce tableau.

19-02-25 oeuvre mars.jpg

Blanche dégrafa sa chemise

Ouvrit son cœur

Pleura sur ses turpitudes

Et, les yeux clos

Contempla l’innocence reconquise  

©  Loup Francart

04/03/2019

L'être et la chair

L’être ne suffit pas, il faut aussi la chair.
Même si rien ne va plus, l’envie reste en jachère.
Lourde et impérieuse, elle s’impose aussi à vous,
Les défis de l’amour vous tiennent au garde-à-vous.

Face à la volupté, est-il plus noble cause
Que de chercher le noir et s’évanouir de soi.
La chair conduit l’homme à la métempsychose,
Mais qu’est belle la femme sur son quant-à-soi.

Rien ne la rattache au monde des vivants.
Dans sa féminité, elle change de dimension ;
Sa seule transparence la conduit au couvent
Et peut faire déchoir l’envie d’initiation.

Pourtant qu’est douce l’heure du frottement des corps
Dans l’odeur du désir et l’attrait du bonheur.
Même si celui-ci vous crée un autre sort,
Vous resterez tenté de donner votre cœur.

©  Loup Francart

28/02/2019

Relier

 

Il se leva et fut. Dans la nuit, il s’enfuit.
Au matin, il errait et la bougie revit.

Quand est-il apparu ce morceau de soleil
Qui vibre dans l’air et défie les abeilles.

Cet instant sublime ne peut être aperçu,
Car Rien, jusqu’au moment où l’aube est apparue.

Tiens-toi sur la corde raide, ni à gauche ni à droite,
Là où ce fil vivant fait la voie étroite.

©  Loup Francart

 

Poème inspiré par la poésie chinoise :

"Ici, nul drame, nul discours, le poème réfléchit un simple instant de la nature. Mince l'horizon des mots, immense le regard du poète. Entre lui, la la nature et le poème s'établit une coïncidence silencieuse. Le poème chinois n'est pas tant une description qu'un reflet quintessencié du monde.

Restituer à la fois l'être du paysage et les paysages de l'être.

Saisir ces instants-déclics où se dévoilent la lumière du vide".

Voir La montagne vide, anthologie de la poésie chinoise IIIe - XIe siècle, traduite et présentée par P. Carré et Z. Bianu, spiritualités vivantes, Albin Michel, 1987, p.9 et 10.

 

27/02/2019

Vivre avec un poète

Vivre avec un poète n’est pas chose aisée,
Car on sait que toute situation est observée,
Qu’elle soit ordinaire, drôle ou insolite,
Elle est bonne à devenir un objet de poésie.
Cela germe dans la tête du poète soudainement
Et se dévide la litanie des vers sans fin.
Ils finissent un jour, auréolés de gloire,
Ou, par jalousie, jetés à l’opprobre,
Ou, encore, emplis de la honte de l’indifférence.
Mourir dans la peau d’un poète est simple,
Il suffit d’écrire et de se laisser aller.

©  Loup Francart

26/02/2019

L'enchanteresse

Sait-elle ce qu’est la mort, cette vision frêle
Qui court le long des murs et repose sur trois pieds.
Elle tient lieu de beauté, sans être naturelle
Et se pare d’artifice sans autre marchepied.

Elle débarqua un jour et fit un beau bazar,
Perdue aux méandres du fleuve de la mort.
Elle erra longuement en vertu des hasards
Et secoua ses atours en laissant tous ses torts.

Rien ne vient des malheurs, tout reste à craindre.
Y a-t-il plus jaloux que l’homme et la femme,
Ensemble et séparés, cherchant à se joindre,
Hors toute intimité aux pieds de l’infâme.

Ainsi devenus un, ils se regardent enfin,
Revêtus des délices, parés de mille feux,
Avant de s’étonner, sans jamais avoir faim,
De la fin d’une vie à l’heure du couvre-feu.

C’est alors que défilent les vertus du passé, 
Les odieux souvenirs, les glorieux matins,
Les prières du soir, les ombres effacées,
Pour enchanter les jours et mourir en catin.

©  Loup Francart

23/02/2019

Fontaine

D’une fontaine de maux
Jaillissent par monts et par vaux
Entourés d’un vif halo
Ces mots :

Anubis n’a pas ri
Il ne s’est pas nourri
Comme ces verts philanthropes
De ces galeux métatropes

Une étoile inconnue
Dans le ciel a été vue
Il s’agissait des joyaux
D’un ver luisant dans l’eau

Quelle belle faribole
L’orage la carambole
Elle est tombée du puits
Elle a basculé sans bruit

©  Loup Francart

20/02/2019

Faux

Un faux départ ne peut faire une vraie arrivée
Un faux pas de même n’empêche pas de courir
Seul un faux prétexte te permet de t’échapper
Si tu es accusé du péché de sourire

Bien qu’aussi le faux rire soit toujours possible
Il est recommandé de n’être pas faux cul
Répandre le faux demeure inaccessible
De tristes faux-propos ne font pas le vécu

N’est-il pas méritant d’user de faux billets
Pour sans vergogne s’acheter un faux-filet
Jurer toujours de n’être pas un faux jeton
Pour que les faux amis s'esquivent à tâtons

Alors, pour une fois, engage de faux frais
Ne cherche pas à distinguer le faux du vrai
Ne fait pas un fromage du recours au faux mage
Rend à la vérité un dernier hommage

©  Loup Francart

17/02/2019

L'art spéculateur

La peinture n’est pas ce que l’on croit
Elle n’enchante ni enfants ni vieillards
Elle ne divinise plus les amateurs d’art
Elle est devenue un tas d’or et de pierreries
Que se partage une multitude de spéculateurs
Seul face au blanc de la toile
L’artiste, si l’on peut l’appeler ainsi
Peint les billets de banque ressurgis
D’une mémoire sélective
Il ne crée plus la beauté intègre
Il ne dispense plus le fumet du rêve
Il s’accroche aux chiffres d’une bourse
Dispendieuse et mathématique
Qui fait bondir son cœur
Et gonfle son portefeuille
Est-il question de couleurs ou de traits ?
Seule s’empare de l’artiste la fièvre
De vallées de pièces d’or et d’orfèvrerie
Peu importe l’harmonie
Peu importe la consonance
Peu importe l’équilibre
Seul compte le devenir
D’un chef-d’œuvre imaginaire
Que s’arracheront les héritiers
D’un monde sans rêves ni cauchemars
Quelle robe immaculée que celle du banquier
Et quelle fragrance que celui de l’or
Qui coule à flots du tube de couleur
Tout est gris, mais si séduisant !

©  Loup Francart

16/02/2019

Aube

Le vert s’est recouvert de sa pellicule
De blancheur froide et enveloppante
Les princes de la nuit ont encore
Joué un tour aux anges du jour

Que diable, où sourire maintenant ?
Devons-nous aller jusqu’à la glace
Pour comprendre le froid qui règne ?

Seuls les grands arbres restent verts
Revêtus d’une couronne imposante
Réchauffée par la main ensoleillée
D’un matin au ciel translucide

Au fond des vals,une brume persistante
Emmitoufle les cours d’eau
Et leur permet un dernier sommeil
Avant leur fuite vers les mers lointaines

A l’horizon, la forêt bat son plein
De clarté et d’aisance recueillie
Pourquoi monter plus haut
Puisque déjà la terre m’apparaît
Et me dit lumière et plénitude

Ainsi va la vie, fière et fuyante
Devant l’avancée des heures
Et l’approche des humains

©  Loup Francart

12/02/2019

Trop tôt

Elle regarda la campagne
L’eau dans la rigole
L’herbe imbibée
Son pied fourchu
Et la trace de ses pas

Il épiait ses mouvements
Admirait sa souplesse
La courbe tendre
De son dos
Sa fourrure lustrée

Il avança de deux pas
Huma sa suavité
Pressé d’en finir
Frissonnant de bonheur
Enrobé de certitude

Elle est toi, se dit-il
Détend ton corps
Entend sa chair
Salive d’envie
Et rêve d’innocence

Il s’apprêtait à bondir
Ne pouvant plus tenir
Tremblant de certitude
L’œil vitreux
Sûr de la proie engloutie

Elle bondit de désespoir
Poussa un cri plaintif
Fuyant l’ombre de la mort
Et tomba sous les dents
D’un éclair argenté

Cette dernière vision
La consola de la perte
De n’avoir pu vivre
L’émoustillant sursaut
De l’amour offert

 ©  Loup Francart

06/02/2019

Le silence

Le silence est en moi
Il n’est pas froid
Juste un glaçon sous l’aisselle

Il marche sans bruit
Et te touche l’épaule
Sans dire d’où il vient

Je l’ai goûté un jour
La fenêtre ouverte
Une nuit d’été
Il sentait le citron
Et faisait crisser les dents

Enfin j’ai fini par le voir

Regarde-le entre tes deux jambes
Certes la position est bizarre
Mais elle demeure renversante
Pour n’entendre que l’absence

Tu peux penser le silence
Tu n’obtiens qu’un rien
Même pas audible
Une parenthèse sans points
Et sans aucune suspension
Inaccessible aux mathématiques
Un trou dans la feuille blanche
Ouvert sur un non-fini
Et même l’indéfini
Qui n’est pas l’infini

Et pourtant ton cœur
Se penche sur ce silence sacré
Ouvre ses corolles
Et pleure de ne pas entendre
Le silence de bienvenue
Dans le monde des sourds

©  Loup Francart

02/02/2019

Retour sur image

 

La société moderne puise ses pouvoirs
Dans sa capacité à aplanir les faits
Y a-t-il plus rassurant qu’un retour
Sur ce qui s’est passé et a été révélé ?
L’image se floute et dérobe sa nature
D’autres images interfèrent et révèlent
Ce qui ne fut plus qu’un fait anodin
Ou, inversement, un événement puissant
On vit ainsi le fou du roi étaler sa folie
Et toujours échapper au crime de lèse-majesté
La police seule autorisée à bâtir les chiffres
D’obscurs citoyens revêtus des gilets du désespoir
L’annonce d’une politique énergétique
Destinée à remplir les caisses de l’État
Au détriment d’une écologie de façade
Tout ceci au nom de la vérité de l’image
Elle-même tronquée, truquée, troussée
Et présentée enrobée des contours
D’une apparente sagesse irrécusable

Oui, c’est toujours la guerre du sens
Dans la perception du sixième sens
Tout, y compris le mensonge,  tombe sous le sens
Hors du sens commun de la majorité

Reprenez vos esprits !
Fouillez au-delà de l’apparence
Et laissez-vous aller à contresens
C’est-à-dire hors du sens giratoire
Sans accepter la perte de sens
De tous les événements
Et de toutes les interprétations

©  Loup Francart

30/01/2019

L'appétence

Il en est de l’appétence comme du dégoût
On va au bout de soi et même plus loin
Dans les limbes engendrés par le désir
Ou par l’euphémisme de l’amertume

Ainsi en est-il de l’appétence de la nuit
Des moments où le monde se déchire
Où l’homme devient brut et possesseur
Remuant les organes des sens et du désir

Seul un filet de raison peut encore le sauver
Et le protéger de rêves délicats et zélés
Qui l’envahissent et le submergent
Jusqu’à éteindre ses envies et folies

Les uns se retournent bouleversés
Par un geste quotidien ou une odeur
Qui les repousse aux confins de l’être
Là où rien n’existe que la convoitise

Les autres redeviennent enfant boudeur
À fleur de peau du manque d’objets
Courant çà et là en recherche
D’une absence qui donne la fièvre

D’autres encore jouent au chat sans souris
Et guettent ils ne savent quoi
En attente d’un bien imaginaire
Jusqu’à la réjouissance finale

Mais combien semblent meilleurs
Ceux qui savent rester impavides
Et contempler sans aucun tremblement
Cette fin expiatoire du mouvement

Ils détiennent la paix et la puissance
Ils n’ont plus l’attirance dévoilée
Ni même le désir sublimé
Des pécheurs redevenus vierges

Ces hommes au front haut et clair
Regardent au-delà de la frontière
Du bien et du mal, vers l’inconnu
Que leur offre leur transparence

Tends la main, avance ton pied
Mais surtout, ne touche pas
Ceux qui ne font plus partie
Du monde de la concupiscence

Regarde ces voyants éblouis
Les yeux ouverts sur l’infini
Et laisse aller ton regard
Au fond de toi, enfin repu

 

28/01/2019

L'amitié

 

L’amitié est cette poussière d’or
Qui s’accumule dans le gouffre
Séparant un être d’un autre
Les comblant d’un bonheur subtil
Qui tient à l’équilibre instable
Entre leurs ressemblances et différences

Peu importe présence ou absence
Peu importe les gestes ou la parole
Peu importe même raison ou sentiment
Dès le premier regard
Dès le premier sourire
Se réveille le lien indéfini
Et pourtant si prenant
Qui unit les deux êtres
Et les revêt d’or et d’éternité

©  Loup Francart

26/01/2019

Souvenir

 

Elle ne savait comment changer de pied en cap
Et adopter la vie en regardant la mort
Il lui arrivait de rire de son handicap
Et de sourire sans éprouver de remords

C’était un sourire d’enfant au regard clair
Comme le pli d’un drap sur les genoux étirés
Derrière ses yeux, on devinait la galère
Et l’envie soudaine et violente d’admirer

Que pouvais-je lui offrir qu’elle n’eût point connu ?
Ni le son aigrelet de l’araignée tissant
Ni le pelage du chat qui miaule en riant

Juste un peu de larmes venant d’yeux inconnus
Un peu de caresses de mains hésitantes
Et de doux baisers sur ses lèvres en attente

©  Loup Francart