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16/01/2021

La musique sacrée : voie de purification (10)

L'harmonie

Le but ultime recherché dans la musique est alors atteint. L'âme devient réceptacle, vase transparent où les vibrations s'harmonisent et se complètent. L'invisible s'unifie au visible dans l'âme devenue vierge, le visible laisse entendre les sons de l'invisible. Chaque chose, chaque être exprime totalement l'amour divin avec lequel il a été créé.

Ainsi parle l'apôtre divin : "depuis la création du monde, les choses invisibles sont contemplées à travers les créatures". Si à travers les choses visibles les invisibles sont contemplées, dans une bien plus grande mesure les choses visibles sont approfondies à travers les invisibles par ceux qui s'adonnent à la contemplation. Car la contemplation symbolique des choses spirituelles à travers les visibles n'est autre que la compréhension dans l'Esprit des choses visibles à travers les invisibles. Maxime le Confesseur

En celui qui atteint cette harmonie inexprimable faite d'amour brûlant pour tous et tout, les deux aspects qui semblent parfois s'opposer dans la musique se réunissent. Celui qui écoute avec l'ouïe de l'âme rejoint pleinement celui qui joue ou qui chante. Le musicien entre dans la magie divine de la création, il devient créateur non dans l'effort et le travail, mais dans la co-naissance et le vécu. Il est unifié intérieurement et uni à l'univers et à Dieu.

Dans la connaissance, l'esprit offre les essences spirituelles de l'univers, comme autant de dons qu'il fait à Dieu. Dans l'existence, l'esprit reçoit des dons en explicitant par la vie toute la splendeur de la sagesse divine déposée invisiblement dans les êtres. Maxime le Confesseur

Le musicien, le chanteur, se laisse enivrer par l'Esprit qui s'exprime à travers son art. Ce n'est plus lui qui joue avec sa vision personnelle du monde, avec sa culture et ses connaissances musicales. Quelque chose, quelqu'un de plus grand que lui, joue en lui, chante en lui avec des gémissements ineffables, avec des cris de joie, avec la tendresse de l'amour, avec les larmes de la compassion.

La musique trouve alors sa véritable finalité. Elle dévoile l'harmonie qui existe entre le créé et l'incréé, le visible et l'invisible, le son et le silence. Elle conduit celui qui la pratique à s'harmoniser lui-même avec le visible et l'invisible. Elle participe à l'acte créateur, elle devient voie d'expression du Verbe.

Le but de la foi, c'est la vraie révélation de son objet. Et la vraie révélation de l'objet de la foi, c'est la communion indicible avec lui... Et cette communion est le retour des croyants à leur principe comme à leur fin... et donc le rassasiement du désir. Et le rassasiement du désir, c'est la stabilité éternellement en mouvement des désirants autour de l'objet désiré... et donc l'éternelle jouissance sans séparation... la participation aux choses divines. Et cette participation aux choses divines est la similitude du participé et des participants. Et cette similitude, c'est, selon l'énergie, l'identité des participants avec le participé... Cette identité, c'est la déification. Maxime le Confesseur

10/01/2021

La musique sacrée : voie de purification (9)

Purification et unification

La musique sacrée méditative donne à l'homme un moyen de concentration. Cette concentration le purifie. La purification conduit à l'unification de l'être.

La première qualité de ce type de musique doit être de permettre la concentration, c'est à dire de calmer le mental, d'évacuer peu à peu le dialogue intérieur qui sans cesse s'impose à nous, malgré nous. C'est l'attention sur la mélodie qui mène à la concentration en en faisant le fil conducteur des pensées. Le but de l'harmonie, lorsqu'elle est jointe à la mélodie, est de créer l'ambiance intérieure sans distraire la concentration. La musique modale où le rythme et le rappel de formules mélodiques créent un univers sonore particulier, est plus appropriée à cette recherche que la musique dite classique, c'est à dire formée à partir de gammes mineures ou majeures.

Lorsque l'esprit a atteint un certain calme, le corps va pouvoir s'éveiller aux sons. La musique n'est plus entendue par l'intermédiaire de l'ouïe. L'ensemble du corps, devenu perméable aux vibrations, se laisse pénétrer par la mélodie qui l'enveloppe et le fait vibrer. Les sens s'éveillent, libérés de la tyrannie du mental. Le corps apprend à co-naître par lui-même. Ce n'est plus la mémoire des sensations qui s'impose, mais la sensation elle-même, pure, dans l'instant. C'est ici et maintenant que je suis, et non hier ou demain, là ou là-bas. L'instant saisi dans toute sa plénitude ouvre alors à l'éternité.

Le mental et le corps purifiés vont permettre au cœur de s'ouvrir. Pour les Pères de l’Eglise, le cœur est le lieu de l'esprit purifié, le centre de l'homme, l'endroit d'où tout doit venir. Il faut d'abord le débarrasser de ce qui l'opacifie, séparer les émotions des sentiments et les sentiments de l'amour, sentiment ultime, vie du cœur. La musique sacrée fait fondre les cœurs de pierre, les purifie et les transforme en calice pur, coupe offerte au monde et à Dieu.

L'être unifié, purifié d'un moi dominateur, devient prêtre dans toute la plénitude du mot, c'est à dire intermédiaire actif entre Dieu et l'univers. Offert en totalité à la vie divine, il fait monter vers Dieu le cri du monde et renvoie au monde la réponse divine de l'amour, la plénitude de l'Esprit. Temple du Saint Esprit, l'être se transfigure et se divinise.

C'est ainsi qu'en réalité cela devrait être, la grâce divine habitant au plus profond de nous, dans notre cœur. Le Seigneur a dit : "Le royaume des cieux est au-dedans de vous". Par le royaume des cieux, il entend la grâce du Saint-Esprit. Ce royaume de Dieu est en nous maintenant. Le Saint-Esprit nous illumine et nous réchauffe. Il emplit l'air ambiant de parfums variés, réjouit nos sens et abreuve nos cœurs d'une joie indicible. Staretz Séraphim de Sarov

05/01/2021

La musique sacrée : voie de purification (8)

Enfin, la musique fait appel à l'intellect de deux manières : . Par le son et les rapports entre eux, elle est un phénomène mathématique, quantifiable. Déjà les grecs, il y a deux mille ans, étudiaient la musique pour y trouver les lois de l'univers. Le solfège, l'étude de l'harmonie et du contrepoint, sont une science exacte, une mathématique complexe faisant appel aux bases 7 et 12. C'est la mise au point de l'écriture musicale qui a transformé, en Occident, la conception de la musique. Le chant, par la lecture, s'est intellectualisé, est devenu plus savant, mais a perdu sa spontanéité, son jaillissement intérieur. . Par l'évolution progressive des possibilités musicales, la musique contemporaine est devenue un art d'intellectuel, réservé à une élite qui admire les constructions mathématiques, la technicité poussée à son maximum. Dans cette forme d'art, qu'on retrouve dans certaines œuvres cubistes, dans le Nouveau Roman, l'artiste se met en valeur et évacue souvent la dimension sacrée de l'art. En conclusion, le moi n'est pas permanent. Son aspect momentané dépend de la fonction activée du moment. Il évolue sans cesse. En quelques instants, je passe du raisonnement à l'émotion, du sentiment au désir. Généralement il y a une fonction qui prédomine en nous : la présence physique ou l'intellect est plus marquée chez l’homme ; la femme vit plus dans l'affectivité. Mais ce ne sont que des tendances générales. Notons également qu'à travers la musique, nous pouvons prendre conscience que chacun de ces centres existant en l'homme possède un aspect positif et un aspect négatif. Ainsi, la rêverie romantique recherchée dans la musique accentue l'aspect négatif de l'imagination qui n'est dirigée vers aucun but précis. L'oubli des pensées négatives que permettent certaines musiques constitue une utilisation instinctivement positive de la musique.

Le lieu du moi

La voix humaine n'est pas seulement un moyen d'expression. Elle est aussi un instrument de connaissance, un indicateur de l'état d'être du moment et au-delà de notre véritable être. Chacun sait que la voix trahit l'émotion, que son débit, sa hauteur indique l'état émotionnel du moment. Les comédiens et les chanteurs apprennent à contrôler leur voix, en travaillent les inflexions et pratiquent l'imitation pour arriver à la maîtrise de l'émission. Dans le domaine spirituel, les maîtres se penchent sur l'origine physique de la voix : où le moi résonne-t-il en moi lorsque je dis moi?Expérience intéressante à pratiquer dans la solitude : je prononce moi à haute voix, je chante moi, et je tente de saisir où, en moi, résonne le mot, d'où part la vibration profonde de l'évocation du moi. Cela peut se situer dans la tête, dans le cœur, dans le ventre, ou encore entre deux. Cette sensation de lieu indique la fonction dans laquelle nous vivons le plus : l'intellect, l'affectivité, le centre moteur... Ce lieu se révèle dans la voix, car il est le point de naissance du verbe. Ainsi, au fond de lui, chaque être a sa propre harmonique, son propre son qui entre en vibration avec d'autres sons. Ce son n'est jamais pur. Son timbre est voilé par l'aspect négatif de chaque fonction (la crainte, le désir de raisonner, le contentement du moi, etc.). Sa hauteur dépend du lieu de l'être où se situe le moi. Sa profondeur dépend de l'harmonie qui existe ou non entre chaque fonction.

31/12/2020

La musique sacrée : voie de purification

           

Perception de son état d'être

Toute ascèse spirituelle s'appuie sur la psychologie humaine et distingue en l'homme plusieurs fonctions. Notre manière d'écouter la musique peut nous aider à percevoir le lieu, la fonction, où, en nous, le moi se complaît.

  • Pour beaucoup, la musique enchante parce qu'elle éveille des émotions ou des sentiments. Elle s'adresse alors à l'affectivité. Cette fonction que nous possédons tous, mais qui est plus spécifiquement féminine, comprend les émotions et les sentiments. Sentiments et émotions sont la plupart du temps confondus. L'émotion est le résultat d'une réaction face à un événement ou de la remémoration d'une émotion déjà vécue. Le sentiment au contraire fait que l'on se sent un avec son objet. Une des tâches de celui qui veut se changer est de purifier le sentiment des émotions pour qu'il devienne instrument d'harmonie avec le monde.
  • Pour d'autres, la musique a le pouvoir inconscient de renforcer notre présence physique dans le monde. C'est le rôle des musiques de danse, des musiques très rythmées où le corps peu à peu se mobilise, se coule dans le rythme et fait taire le mental.

Certaines musiques sacrées d'Orient ont été conçues pour agir sur cet aspect de l'être humain qui est appelé dans la tradition des soufis d'Asie centrale et occidentale, le "centre moteur". C'est notre manière d'être et d'agir physiquement. Nous n'y prenons pas garde et ignorons souvent qu'elle est un instrument de connaissance et d'action au même titre que l'affectivité ou l'intellect.

La présence physique regroupe les sensations, qui, contrairement aux émotions, peuvent être indifférentes (sensations des couleurs, de la température). Elle inclut aussi la voix, le maintien, les attitudes et enfin les savoir-faire physiques, c'est à dire l'aptitude à agir avec le corps. Cette fonction travaille par imitation. Elle doit d'abord être pensée au moment de l'apprentissage, puis devenir automatique. Lorsqu'elle est devenue automatique, nous n'en avons plus conscience.

  • D'autres musiques éveillent en nous le désir, l'éros. Notre fonction sexuelle ne travaille que par intermittence. Mais à certains moments, elle neutralise toutes les autres fonctions. Sa possibilité d'utilisation en tant que moyen de connaissance a été développée par le Tantrisme. Celui-ci n'est pas, comme on le présente souvent, une confusion entre l'érotisme et le religieux. Il met en valeur une ascèse purifiant cette fonction de son aspect animal.
  • Les musiques très primitives, à base de sons non articulés et de cris, s'adressent à l'instinct. Certaines musiques, spécialement conçues par des thérapeutes musiciens, avaient pour rôle de revitaliser les fonctions instinctives, fonctions internes au corps (respiration, circulation, digestion) ou certains réflexes. La différence entre les fonctions instinctives et motrices tient à ce que la première est naturellement automatique alors que la seconde nécessite un apprentissage.

 

27/12/2020

La musique : voie de purification

La musique sacrée n’a pas seulement pour fonction d'exprimer le mystère divin et de faire percevoir à celui qui l'écoute le Verbe caché dans les êtres et les choses. Elle est aussi voie d'ascèse et de purification. Dans la musique et en particulier le chant, l'être s'oublie, s'ouvre, se purifie, se livre au mystère et le découvre par communion intime du corps, du cœur et de l'intellect. Celui qui s'engage sur cette voie a déjà été touché profondément par les deux autres aspects de la musique sacrée. Consciemment, il va chercher à progresser sur le chemin en plusieurs étapes : . prise de conscience de son absence d'unité, . perception de son état d'être, . purification du moi et unification, . harmonie. La musique devient ascèse. Elle n'est plus perçue de l'extérieur, elle devient son intérieur qui naît dans le silence de l'âme, prière purifiée de l'agitation du mental.

Prise de conscience de son absence d'unité

L'homme n'a pas de moi permanent et immuable. Chaque pensée, chaque humeur, chaque désir, chaque sensation dit "moi". Et chaque fois, on semble tenir pour assuré que ce "moi" appartient au Tout de l'homme, à l'homme entier, et qu'une pensée, un désir, une aversion sont l'expression de ce Tout. En fait, nulle preuve ne saurait être apportée à l'appui de cette affirmation... L'homme n'a pas de "moi" individuel. A sa place, il y a des centaines de petits "moi" séparés, qui le plus souvent s'ignorent, n'entretiennent aucune relation, ou, au contraire, sont hostiles les uns aux autres, exclusifs et incompatibles. A chaque minute, à chaque moment, l'homme dit ou pense "moi". Et chaque fois son "moi" est différent. A l'instant c'était une pensée, maintenant c'est un désir, puis une sensation, puis une autre pensée, et ainsi de suite, sans fin. L'homme est une pluralité, le nom de l'homme est légion. Il n'y a rien dans l'homme qui soit en état de contrôler ces changements des "moi", principalement parce que l'homme ne les remarque pas ou n'en a pas idée. Il vit toujours dans son dernier "moi".

Ouspensky, Fragments d'un enseignement inconnu

Percevoir cette absence d'unité que tous les spirituels décrivent, c'est prendre conscience de la fonction qui en nous prédomine sur les autres et nous empêche d'avoir une perception globale du monde.

16/12/2020

La musique sacrée : expression de la parole divine (7)

Le verbe engendré et proclamé

Dans le Verbe et par le Verbe, en Christ, Verbe de Dieu, le chrétien découvre Dieu :

 

Il n'y a qu'un seul Dieu,
manifesté par Jésus-Christ, son Fils,
qui est son Verbe sorti du silence...
Ignace d'Antioche

 

             Dieu, en Christ, vient chercher l'humanité pour que l'homme trouve en Christ la déification.

             Nativité : l'immatériel s'incarne, le Verbe se fait chair, l'invisible se fait voir, l'impalpable peut être touché, l'intemporel commence, le Fils de Dieu devient le Fils de l’homme : c'est Jésus-Christ, toujours le même, hier, aujourd'hui et dans les siècles... Voilà la solennité que nous célébrons aujourd’hui : l'arrivée de Dieu chez les hommes, pour que nous allions à Dieu, ou plutôt pour que nous revenions à lui...

Grégoire de Naziance

 

             C'est en Christ que l'homme s'unit à Dieu et cette union est union avec chaque être et avec l'univers. Le Verbe réalise alors en l'homme l'harmonie. Le chant du monde devient le chant des anges. L'âme jubile, chante Dieu en des mots incompréhensibles : c'est le chant en langues, chant subtil, musique céleste d'où la science musicale est absente. Les voix s'harmonisent sans effort ni recherche. La pauvreté devient richesse : l'Esprit prie en nous. 

11/12/2020

La musique sacrée : expression de la parole divine (6)

L'annonce de la Parole

             Le Verbe parlé, répété, redit, perd sa force originelle. Aussi toutes les traditions font appel à la récitation chantée : cantillation, récitatif, psalmodie. Le mot vivifié par le son comme à l'origine de la création, pénètre et crée dans l'être un espace spirituel auquel il pourra se référer. La psalmodie restaure le Logos dans sa divinité. Elle permet de retrouver la Parole du début des temps et, par là, le nom véritable des êtres et des choses. Le chantre devient ainsi médiateur entre le monde d'en haut et celui d'en bas.

             La récitation du nom de Dieu est une pratique de concentration et de méditation utilisée par de nombreuses religions : prière de Jésus des moines orthodoxes, Dikr des soufis musulmans, Aum des hindous. Pour les non chrétiens, non enracinés dans l'incarnation, il s'agit du retour au Verbe en tant que son suprême :

 

* Pour les soufis, tous les sons supérieurs aboutissent à Hou. Ce son sacré, entendu dans le silence des méditations, est la secrète vibration de l'homme et des choses.

 

* Le sémitique Houa est à l'origine de Hava, Eve.

. Hou = Dieu non manifesté

. a = le manifesté

 

* Aum est la formule sacrée des hindous :

. A est le son clé du manifesté, le son pur avant l'articulation. "Parmi les lettres, je suis A", fait-on dire à Krishna. Il se chante sur Do.

. U ou O est l'état intermédiaire, la voie, modulé sur Mi ;

. M ferme la série des sons. Psalmodié sur Sol, Il est l'aboutissement, l'état informel.

L'accord parfait d'Aum résume la totalité des phénomènes sonores. Tous les mots qu'on peut créer y dorment.

 

* Le mot Amen a la même origine :

. A au début du mot, est le commencement,

. M au milieu est la fin,

. N est l'écho de M. En finissant naturellement dans le chant nasal du souffle, il représente la Vie.

 

07/12/2020

La musique sacrée : expression de la parole divine (5)

Dans beaucoup de religions, le Verbe est pensée, création et rythme :

* Le Verbe est d'abord pensée avant d'être parole. En lui, tout est présent avant d'être. Il est silence avant de s'exprimer. C'est pourquoi la musique religieuse authentique s'attache plus, grâce aux sons, à la découverte du silence intérieur qu'à une description sonore de la puissance divine. Avant d'être proclamée force de création, la Parole est méditée, contenue, jusqu'à ce qu'elle jaillisse en acte créateur.

* Le Verbe est création. Par le son, le Verbe extériorise les possibilités contenues en lui de toute éternité. La Voix dit, et en disant, elle crée le monde. La nature entière est faite de vibrations silencieuses que la musique fait découvrir. C'est la divine harmonie de Platon qui rejoint dans une intuition géniale les découvertes scientifiques les plus récentes sur la structure de la lumière et le jeu des atomes. La tâche du musicien consiste à recréer l'unité d'un monde qui nous parait parcellaire. Il met en harmonie les vibrations de l'être et de l'univers et re-crée ainsi le monde pour cet être.

* Le Verbe est aussi le rythme qui donne la vie. La vibration est rythme, le son est en soi rythme et les sons musicaux se combinent en rythme. Le vrai rythme régénérateur, qui dévoile le Verbe divin derrière les paroles humaines, est le fruit d'une confrontation entre notre temps intérieur et le temps musical et non une division mathématique du temps. Il conduit au retour du rythme premier, où les sons refont le geste du créateur.

 

02/12/2020

La musique sacrée : expression de la parole divine (4)

La musique sacrée est aussi et avant tout un moyen d'expression du Verbe, de la parole divine, créatrice et reconstructrice.

A l'origine : Le Verbe

Au commencement était le Verbe
Et le Verbe était avec Dieu
Et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement avec Dieu.
Tout fut par Lui,
Et sans Lui rien ne fut.

Saint Jean

 

L'idée que la création a pour origine la Parole, c'est à dire l'association du son et du mot matérialisant la pensée, n'est pas propre à la tradition chrétienne :

 

Au commencement était le créateur (Pradjapati))
Avec lui était le Verbe (Vak)
Et le Verbe était réellement le suprême Brahman.

Rig Véda

 

Hari Om! Ho ! Le Verbe est Dieu
Du Verbe, en vérité, toute chose est issue,
Tous nés du Verbe, ils vivent par le Verbe
Pour retourner à Lui, rentrer dedans !

Têttiriya Oupanishad
(cité par Lanza del Vasto dans Vinôbâ)

 

Lorsque Dieu exhala son nom, la lumière et la vie jaillirent avec le Verbe. C'est à dire qu'auparavant aucune vie n'existait, excepté Dieu lui-même. Et la parole fut prononcée à la manière prescrite par l'ordre de Dieu, et par le fait que le nom de Dieu fut prononcé, la Lumière et le principe de Vie jaillirent, l'homme et tout être vivant jaillirent ensemble.

Le BARDDAS (1,16) Tradition celtique

 

 

28/11/2020

La musique sacrée : ouverture et harmonisation de l'être (3)

          Les voies

 Pour Graf Dürckheim, il y a quatre champs privilégiés qui ouvre au numineux :

 . La grande nature : C'est ce champ qui parle le plus naturellement à l'homme. La contemplation de la nature émerveille. Elle dilate le corps et fait taire le mental. L'univers dévoile la beauté de la création et l'amour que Dieu lui porte.

 . L’éros : L'amour physique, lorsqu'il est l'aboutissement de l'amour, cette intense harmonie qui lie deux êtres jusqu'à ce qu'ils ne fassent plus qu'un, ouvre la porte aux mystères de la vie et de la mort. C'est une descente dans l'être pur qui se donne et qui donne. C'est la rencontre en un instant d'éternité.

 . L’art : L'œuvre d'art, lorsqu'elle remplit sa fonction, saisit et émerveille. Elle dévoile la beauté céleste à travers la matière, elle aide à contempler l'invisible derrière le visible. Voie de co-naissance, elle s'adresse à la part féminine de l'être humain et complète la connaissance intellectuelle plus spécifiquement masculine. Elle fait appel à l'intuition, elle englobe plutôt qu'elle ne dissèque, elle harmonise et permet de comprendre de l'intérieur.

 . La liturgie : Même pour le non croyant, la liturgie évoque l'invisible derrière le visible. Elle invite à s'agenouiller, à abandonner tout ce qui est moi et tout ce qui est savoir pour découvrir notre ultime réalité, celle où Dieu se dévoile dans notre nudité et nous comble de sa présence. Un des aspects de la liturgie est bien de pénétrer dans le mystère pour permettre à la Parole de Dieu de nous atteindre. Une liturgie qui n'inclut pas cette fonction ne permet pas de faire l'expérience intuitive du divin.

  

En conclusion     L’expérience personnelle du numineux, inconsciente, puis, recherchée consciemment, conduit à la véritable conversion, au retournement (convertere) de l'être. C'est une expérience plus large que l'adhésion à une foi, à une église. Elle emplit l'être tout entier et le projette face à l'absolu.

          La musique sacrée, dans son acceptation la plus large, favorise cette prise de conscience. Elle englobe la musique religieuse, propre à une confession et à une culture, mais inclut aussi d'autres genres de musique, toutes celles qui dépassent la recherche du plaisir ou de l'esthétisme.

          Ces musiques ne se contentent pas d'exprimer l'homme, elles constituent le langage que l'Esprit infini parle aux esprits finis. Elles ne mettent pas le son en valeur, elles le mettent au service de l'infini et du silence de l'âme. La musique remplit alors son rôle sacré, elle glorifie le divin et non l'homme.

22/11/2020

La musique sacrée : ouverture et harmonisation de l'être (1)

Jamais la musique, telle qu'on l'entend actuellement, n'a été aussi présente dans le monde : chacun a la possibilité, sans avoir à jouer d'un instrument, d'en écouter quand il le veut grâce à la radio, au magnétophone, au disque, ou même de la subir (sonorisation des espaces commerciaux, etc.). La musique nous enchante, nous envoûte, nous sature. Elle est utilisée non plus pour elle-même, mais pour les effets psychologiques qu'elle produit en nous : refrains publicitaires, musiques de film, rock...

           La musique est partout présente et pourtant jamais l'homme n'a eu autant besoin de musique. On peut même dire que le bruit de fond musical dont beaucoup s'entourent est inconsciemment un appel à une autre forme de musique; celle qui va nous faire prendre conscience de notre véritable être, qui va l'harmoniser avec ce qui nous entoure, qui va nous aider à combler le vide de la vie et approfondir l'intuition d'un au‑delà du monde.     

     Ce constat fait ressortir les différents aspects recherchés dans la musique :

 Le plaisir et le divertissement : la musique me distrait et crée une ambiance favorable à la vie en société.

 L'oubli et le fantasme : la musique permet de s'évader du quotidien, d'oublier ses pensées et fait naître en nous des images et des rêves éveillés.

. L'ordre et la rationalité : la musique est un art très organisé. Platon voyait dans la théorie musicale une des clés de la connaissance du monde. Elle constitue un savoir à acquérir et une recherche à développer. Elle devient de plus en plus un domaine de spécialistes.

. L'évocation de l'invisible et l'éveil au spirituel : la musique est une porte qui permet d'accéder au voile du Temple et d'en soulever un pli. Elle transcende l'être et l'harmonise avec l'univers. Elle fait vibrer l'esprit de l'homme et le met en contact avec l'Esprit divin. 

           Ce dernier aspect de la musique est peu connu. C'est le jardin secret des hommes pour qui la vie est une montée vers la lumière à travers la transformation de l'ego. Il inclut les autres aspects, mais les purifie et les transcende. Cette forme de musique peut être appelée musique sacrée, terme préférable à celui de musique religieuse, trop restrictif, ou de musique spirituelle, trop manichéen.

            La musique sacrée englobe l'aspect le plus profond de la connaissance au-delà de l'aspect intellectuel, intégrant l'être avec l'objet de sa recherche : la co-naissance (naître avec...). Elle a pour finalité de faire renaître, et on peut dire que, comme la conversion, elle englobe plusieurs niveaux de co-naissance :

. Elle est d'abord moyen d'éveil à l'invisible à travers le visible, à l'inaudible à travers les sons. C'est la découverte du numineux.

. Elle est aussi expression de la Parole de Dieu, lieu où le mot et le son s'unifient et touche la profondeur de l’être ;

. Elle est enfin pour celui qui a expérimenté ces deux premières étapes, un chemin de purification et d'ascèse. Dans le chant sacré, l'être oublie le moi, s'unifie à l'Esprit et jubile de joie.

30/06/2018

Maîtrise des aspects du temps dans la musique

Au-delà des notions musicales élémentaires qui permettent de nommer les éléments d’écriture de la musique, il convient également de prendre en compte ce qui fait que la musique est musique et non pas bruits. Sa plénitude s’analyse au travers de plusieurs concepts qui pourront être utiles par la suite dans ses implications avec les opérations militaires.

* Euphonie (beauté de la mélodie, et plus)

Le terme euphonie trouve ses origines au XIVe siècle, du bas latin euphonia, « douceur de prononciation » et du grec euphônia, de eu-, « bien », et phônê, « voix, son ». Il désigne la qualité des sons successivement émis, considérés comme agréables à entendre  (par opposition à Cacophonie). Également utilisé en linguistique où il signifie la qualité des combinaisons de sons considérées comme agréables à entendre ou faciles à prononcer.

. Certes, parler de la beauté d’une opération peut sembler excessive et inusité, mais certains historiens militaires se réfèrent à la beauté de l’opération du général Leclerc lors de la traversée des Vosges.

. Cette notion met également en évidence l’importance de la communication dans les opérations militaires qui donne du sens à tous ceux qui la suivent, s’y opposent, la subissent ou encore la commentent.

* Harmonie (beauté de l’harmonie ou du contrepoint, et plus)

Le terme harmonie vient du grec harmonia, « assemblage ; ordre harmonieux ; accord de sons ». Déjà cité, il signifie en technique musicale l’art d’accommoder les sons émis en même temps, mais il implique plus largement l’idée que ces sons se combinent d'une manière agréable à l'oreille. Par analogie et en élargissant la notion, l’harmonie désigne la concordance des parties d'un ensemble qui concourent à une même fin. L’harmonie implique donc un rapport d'adéquation, de convenance, entre des êtres ou des choses.

* Eurythmie (beauté du rythme, et plus)

Le terme eurythmie est issu, au XVIe siècle, du latin eurythmia, « harmonie dans un ensemble » et du grec eurhuthmia, « mouvement bien rythmé », de eu-, « bien », et rhuthmos, « mouvement réglé ». Il désigne la qualité des sons successivement émis, considérés comme agréables à entendre. L’eurythmie est la beauté qui résulte de la combinaison harmonieuse des sons, des lignes, des formes, des mouvements. D’une manière plus générale, elle désigne la beauté des proportions, du rapport des parties entre elles et avec l'ensemble.

 

Éléments liés au temps

Diachronie :

succession des moments

Synchronie :

simultanéité des moments

 

Rythme :

Cadence des moments

 

Appréciation de la beauté

Euphonie : qualité des sons successivement émis, considérés comme agréables à entendre

Harmonie : combinaison des sons simultanément émis, considérés comme agréable à entendre

Eurythmie : qualité de la répartition des ictus (succession de temps forts et faibles), considérés comme agréables à entendre

Technique

Mélodie

Harmonie ou contrepoint

Tempo : allure d’exécution

Fondement

Succession des notes dans le temps organisée en mode avec dominante et finale

Émission simultanée de notes en tenant compte des intervalles

Mesure : organisation de l’espace musical

 

26/06/2018

Constructions musicales directement liés au temps

* La mesure :

   . Elle utilise la dimension mathématique et intelligible.

   . Elle organise l’espace musical.

* Le tempo :

   . C’est l’allure d’exécution d’une œuvre musicale.

   . Le tempo peut varier au cours d'un même morceau.

   . Il lui arrive parfois même d'être purement et simplement suspendu (point d'orgue, récitatif, etc.).

* Le rythme :

   . C’est l’ordre du temps, fait d’élan et de repos, de temps forts et de temps faibles

   . Dans le rythme, comme dans la mélodie et comme dans la conscience, continuité et discontinuité se combinent.

   . Mesure et rythme sont nécessaires l'un et l'autre et l'un à l'autre, mais la musique ne devient vivante que grâce au rythme.

   . A la rigidité de la mesure métronomique s'oppose le jeu du rythme qui varie, contredit les prédictions, suscite une activité toujours neuve.

   . Gisèle Brelet : "Et précisément le devoir de l'exécutant est de retrouver le rythme par delà la mesure, l'être par delà le phénomène et la réalité vivante par delà l'intelligibilité schématique."

* L’ictus du chant grégorien ou accentuation :

   . Trois sortes d’accentuation :

     - accent de durée (qui allonge la durée de la syllabe),

     - accent d'intensité (en émettant la syllabe avec plus de force),

     - accent de hauteur (en faisant varier le ton de la voix), que ce soit vers le haut (accent aigu) ou vers le bas (accent grave).

Mais ces accents ne se posent pas à intervalle régulier, ils sont irréguliers et souples. C'est cet équilibre permanent qui doit conduire à un « legato rythmique » dynamique : une continuité perceptible du mouvement rythmique d'ensemble, s'appuyant à la fois sur les accents du texte ou de la mélodie, et sur la variation de vitesse qui permet de franchir ces irrégularités de manière harmonieuse.

23/06/2018

Eléments musicaux en rapport avec les notions permettant d’approcher le temps

Penchons d’abord sur les notions musicales élémentaires

* La mélodie (appel à la notion de succession)

   . Phrase musicale, faite de succession de notes à intervalles et hauteurs variés tournant généralement autour d’une dominante et se terminant sur une finale ;

   . C’est une construction équilibrée dans le temps avec un commencement, un développement et une fin.

   . Un mouvement est plus vaste, il reprend la mélodie par imitation (rétrograde, inversée, etc.).

   . Une pièce comporte plus ou moins de mouvements, voire un seul.

*L’harmonie (appel à la simultanéité)

   . juxtaposition des notes ;

   . Règles de l’harmonie, évolutives selon l’époque.

* Le contrepoint (appel à la succession et la simultanéité)

   . superposition de plusieurs mélodies, appel au rythme (tension-détente) et à la métrique (mesure de la durée) ;

   . Origine au XIVe siècle, de contre et de point, au sens de « note ». Art de composer en superposant deux ou plusieurs lignes mélodiques.

* La durée d’une note et d’un silence :

   . temps d’émission d’une note et moment pendant lequel n'est émis aucun son.

* Enfin, deux derniers éléments qui jouent sur le rythme, ou plutôt l’ictus, c’est-à-dire sur le legato rythmique dynamique. Ce sont des variations de vitesse qui permettent de franchir les irrégularités voulues par le compositeur de manière harmonieuse. C’est une combinaison de la continuité et de la discontinuité qui donne à la musique toute sa valeur.

   . La nuance est un signe noté sur une partition qui indique l'intensité relative d'une note, d'une phrase, ou encore d'un passage entier d'une œuvre musicale. Les nuances permettent au musicien de restituer la dynamique de l'œuvre lors de son interprétation. Les nuances peuvent être générales (ppp, f, fff, ral) ou ne concerner qu’un ensemble de notes (crescendo).

   . le caractère désigne la façon d'interpréter une pièce musicale, indépendamment des indications concernant le rythme et l'intonation. Il était jusqu’à peu indiqué par des termes italiens tels que agitato ou cantabile ou encore dolce.

19/06/2018

Le temps et la musique (1)

 

« Le temps est inintelligible dites-vous? C'est sans doute que vous ignorez le temps musical et ne concevez d'autre mode de connaissance que le mode conceptuel. Mais le temps, opaque aux concepts, est clair à la pensée pensante. »

Gisèle Brelet[1]

 

« Le temps est à la fois ce que l'on subit (on n'échappe pas au temps) et ce que l'on élabore, transforme. C'est en ce sens déjà que la musique peut nous aider à comprendre le temps. Loin de partir d'une théorie du temps et d'essayer d'y faire entrer la musique, il faut partir de la musique, car c'est elle qui a le plus de chance de nous faire comprendre ce qu'est le temps. »[2] Partir de la musique, c'est non seulement essayer de comprendre la musique, mais aussi tenter de comprendre le temps.

On le sait, le temps musical n'est pas le temps scientifique. Dans les sciences, on va de l'explication à la compréhension, dans l’art, c’est l’inverse. On a pu penser que le temps qualitatif de Bergson qui s'oppose au temps quantitatif de la science, correspondait au temps musical. Citons Bergson lui-même: « Quand nous écoutons une mélodie, nous avons la plus pure impression de succession que nous puissions avoir – une impression aussi éloignée que possible de celle de simultanéité – et pourtant c'est la continuité même de la mélodie et l'impossibilité de la décomposer qui fait sur nous cette impression. Si nous la découpons en notes distinctes, en autant d'«avant» et d'«après» qu'il nous plaît, c'est que nous y mêlons des images spatiales et que nous imprégnons la succession de simultanéité : dans l'espace et dans l'espace seulement, il y a distinction nette de parties extérieures les unes aux autres. »[3] La musique joue sur la continuité et la discontinuité, sur les altérations temporelles : « phénomènes d'attente, de retard, d'étirement; de rappel, d'anticipation, de contraction; relations d'antériorité, de postériorité, de simultanéité ; jeux de la mémoire (annonces, réminiscences et retours) ; effets de vitesse, de surprise, de tempo. »[4]  

Le temps est au musicien ce que l’espace est au peintre, ou encore, comme le dit Stravinsky : « La musique est un art du temps… Elle naît d’une organisation du temps ».

 

[1] Gisèle Brelet, Le temps musical. Essai d'une esthétique nouvelle de la musique, P.U.F., Paris, 1949, p.481.

[2] Michel Cornu, www.contrepointphilosophique.ch, Rubrique Esthétique, 4 juillet 2009.

[3] Henri Bergson, La pensée et le mouvant, p.166. P.U.F., Paris, 1959.

[4] Christian Accaoui, Le temps musical, Desclée de Brouwer, Paris, 2001, p.108.

19/01/2015

Le gymel

https://www.youtube.com/watch?v=6zciDnkMjfE


 

Le gymel est d’origine scandinave (XIIe – XIIIe). C’est un faux bourdon strictement parallèle. L’origine du nom de ce procédé vient du latin gemellus « jumeau ». Cette forme de chant constitue le début de la musique polyphonique. Le début du chant est strictement parallèle, à la tierce, puis il s’infléchit pour partir de l’unisson et y revenir.

Un bon exemple du gymel est l’hymne à Saint Magnus, datant du XIIIe siècle. En voici le début dans le manuscrit du XIIIème siècle conservé à l’université d’Uppsala :

En voici une transcription en notation moderne :

I. Nobilis, humilis, Magne martyr stabilis,
Habilis, utilis, comes venerabilis
Et tutor laudibilis tuos subditos
Serva carnis fragilis, mole positos.

I. Magnus, noble et hymble martyr puissant,
Valeureux, seriable, vénérable compagnon
Et guide digne de louanges, protège tes sujets
Devant le danger où ils sont, par la faiblesse de la chair.

II. Præditus, cœlitus, dono Sancti Spiritus
Vivere, temere, summa caves opere
Carnis motus premere, studes penitus
Ut carnis in carcere, regnet spiritus.

II. Pourvu du don du Saint-Esprit, tu as pris soin
Dans toutes tes actions de vivre sans souci du lendemain
Et de réprimer les pulsions de la chair.
Tu t’es profondément appliqué
Pour que, une fois obtenue la maîtrise de la chair, l’esprit règne.

III. Gravia, tedia, ferens pro justicia,
Raperis, terreris, donec ictu funeris
Abymis extolleris ad cœlestia
Sic Christo conjungeris per supplicia.

III. De graves dommages tu as subi par amour de la justice,
On t’a persécuté jusqu’à ce qu’un funeste coup
T’emporte des abîmes pour te porter en haut des cieux
Où par ton supplice, tu as pu t’unir au Christ.

IV. Pura gloria, signorum frequencia
Canitur, agitur, Christus benedicitur,
Et tibi laus redditur in Ecclesia
O quam felix cernitur hinc Orchadia.

IV. Ta pure gloire ainsi que tes nombreux miracles
Est chantée. Tu es béni par le Christ
Et nous proclamons ta louange dans toute l’Eglise
Depuis ces Orcades, îles bienheureuses.

V. Gentibus laudibus, tuis insistentibus
Gratiam, veniam & æternam gemmam,
Precuum preinstantiam propter optine
Hanc salvans familiam a discrimine.

V. Que le peuple qui chante sans cesse tes louanges
Obtienne grâce, pardon et biens éternels.
De grâce, écoute nos incessantes prières
Et préserve notre famille de la chute par le péché.

 

L’intervalle de tierce était considéré comme un intervalle dissonant à cette époque sur le continent européen, probablement parce que la musique européenne de l’époque était fondée sur les considérations pythagoriciennes des intervalles. La gamme de Pythagore donne des quintes justes pures, mais les tierces ne sonnent pas très bien dans ce système. Ce chant de Vikings devait paraître très étrange aux oreilles étrangères, qui réprouvaient l’usage de la tierce. (from : http://www.schola-sainte-cecile.com/2011/07/24/nobilis-hu...)

17/07/2014

Sakura "Cherry Blossoms" (fleurs de cerisier) : Musique traditionnelle pour Koto

https://www.youtube.com/watch?v=AK51LblcEOw&list=RDrRM_FNooJHc&index=3 

 

Le Koto est un instrument de musique à cordes pincées utilisé en musique japonaise traditionnelle. Originaire de Chine, il fut introduit au Japon entre le VIIe siècle et le VIIIe siècle et était joué à la Cour impériale.  Son usage s'est ensuite démocratisé. 

C’est une longue cithare, de 1,80 m de long et comptant 13 cordes. La caisse est traditionnellement fabriquée en bois de paulownia évidé, et les hauts chevalets amovibles, en ivoire. Ses cordes sont en fil de soie que l'on pince avec des grattoirs en ivoire. Il produit un son lyrique, comparable à celui d'une harpe, ce qui peut expliquer le terme souvent rencontré de « harpe japonaise ».

Le Koto possède une échelle de sons spéciale, l’échelle Kumoijoshi, bien sûr sur cinq notes comme toute la musique orientale ancienne (avec ajout de piens ou sans). Comme la hauteur de la fondamentale est indéterminée, elle est ici élevée d’un ton par rapport à l’échelle donnée dans le schéma (ré-mib-sol-la-sib). Mais les intervalles reste les mêmes : 0,5 – 2 – 1 – 0,5 / 2. La mélodie principale est sol-sol-la, sol-sol-la, sol-sol-la-sib-la-sol-la-sol-ré.

Petite musique du matin, dans la fraicheur des cerisiers en fleurs. La musique vous vide l’esprit et vous emplit d’une douce quiétude revigorante. Vous êtes prêts à partir d’un bon pied pour une journée active, mais de manière ordonnée, avec paix et sérénité. Mieux vaut écouter cette musique que de prendre un cachet pour supporter une journée supplémentaire !

musique orientale,musique japonaise,musique à cordes,koto

 

 

 

C'est vrai, n'oublions pas ! Le 21 juillet...

11/01/2013

La musique chinoise de cérémonie

Elle se caractérise pas des intervalles d'un ton, divisant l'octave en six intervalles égaux. On obtient ainsi six "liu" masculins et six "liu" féminins espacés d'un demi ton. Ces liu ne formaient cependant pas une échelle : l'ancienne musique chinoise était fondée sur des effets de notes isolées, et non sur une courbe mélodique. Certains accords étaient autorisés, permettant de marier les liu masculins et les liu féminins, soit à la quarte, soit à la quinte.

 Il est possible d'imaginer à partir d'une telle gamme, dite gamme par ton, chère à Debussy, des accords de deux sons à la tierce mineure entre les deux gammes ou des accords de trois sons, tierce et quinte sur une même gamme.

 

 

12-12-22 Musique chinoise de cérémonie-C.jpg

08/01/2013

Liturgie, musique et cosmos

« En conclusion de mes réflexions, je citerai une belle parole du Mahatma Gandhi que j’ai trouvé récemment sur un calendrier. Gandhi évoque les trois milieux dans lesquels s’est développée la vie dans le cosmos et note que chacun d’eux porte une façon d’être propre. Dans la mer vivent les poissons, silencieux. Les animaux qui vivent sur la terre ferme crient, tandis que les oiseaux  qui peuplent le ciel chantent. Le silence est le propre de la mer, le propre de la terre ferme, c’est le cri, le propre du ciel le chant. Mais l’homme participe des trois : il porte en soi la profondeur de la mer, le fardeau de la terre et les hauteurs du ciel. C’est pourquoi il est aussi silence, cri et chant

(…) La véritable liturgie, la liturgie de la communion des saints lui (à l’homme) restitue sa totalité. Elle lui réapprend le silence et le chant en lui ouvrant les profondeurs de la mer et en lui apprenant à voler, à participer de l’être  des anges. En élevant le cœur, elle fait retentir à nouveau la mélodie ensevelie. Oui, nous pouvons même dire maintenant, l’inverse : on reconnaît la véritable liturgie à ce qu’elle nous libère de l’agir ordinaire et nous restitue la profondeur et la hauteur, le silence et le chant. On reconnaît la liturgie authentique à ce qu’elle est cosmique et non fonction du groupe. Elle chante avec les anges, elle se tait avec la profondeur du tout, en attente. Et c’est ainsi qu’elle libère la terre, qu’elle la sauve. »

(Benoît XVI, L’esprit de la musique, Editions Artège, 2011, p.100)

 

Est-il nécessaire d’en dire plus ? L’esprit de la musique est un magnifique livre qui fait prendre conscience de la dimension spirituelle de la musique et de son importance dans la liturgie. Et l’on constate que cela n’est pas seulement vrai pour la liturgie chrétienne. Les extraits empruntés à la liturgie bouddhiste que nous vous avons présentés ces jours-ci en montre la réalité universelle.

06/01/2013

Chant bouddhiste chinois

 Reprenons les chants sur lesquels nous avons donné une première impression le lundi 24 décembre et tentons d'analyser comment ces chants sont contruits en nous référant à la théorie établie le 2 janvier :

(http://www.youtube.com/watch?v=zuvGyqCkwDM&NR=1&feature=endscreen)

 

En 0:07:00

Chant en mode féminin 1 ou en mode tché :

musique extrême-orient,chine,bouddhisme,modes musicaux,gamme pentatonique

La gamme chantée est :

mi b – fa / la b – si b – do

1 - 1,5  -   1   -   1

Elle est chantée sur l’étendue

si b – do // mi b – fa / la b – si b – do

avec les intervalles

1  -   1,5  -   1  -  1,5  -  1   -   1

dominante : la b

finale : do.

Il s’agit du mode pentatonique

do – ré  /  fa – sol – la

 1 - 1,5 -  1  -   1

Employé sur une étendue

La – sol // do – ré / fa – sol – la

Avec pour dominante le fa et finale le sol.

  

En 0.33.00 

Chant en mode masculin :

musique extrême-orient,chine,bouddhisme,modes musicaux,gamme pentatonique

La gamme pentatonique utilisée est :

ré – mi – fa# / la – si

1  -  1  -  1,5 -  1

Elle est chantée sur l’étendue

si // ré – mi – fa# / la – si // ré – mi – fa#

avec les intervalles              

              1,5 - 1   -   1  -  1,5  - 1  - 1,5  - 1  -  1

dominante : la et fa#

finale : tantôt le mi, le ré ou même le si inférieur.        

Il s’agit du mode pentatonique masculin

do – ré – mi / sol – la

employé sur l’étendue

la // do – ré – mi / sol – la // do - ré – mi

dominante : 5ème degré, soit la

finale : ré, do ou même le la inférieur

 

En 1:08:45 :

Chant en mode masculin :

musique extrême-orient,chine,bouddhisme,modes musicaux,gamme pentatonique

Le chant devient presque polyphonique ou plutôt il s’accompagne d’un ison à la manière des orthodoxes.

Le mode pentatonique utilisé est

sol – la – si  /  ré – mi

      1  -  1  - 1,5  - 1

Elle est chantée sur la même étendue, à deux voix :

. les premières sur le chant principal indiqué ci-dessus,

. les secondes sur le ré et mi supérieur qui forme une ison sur le chant principal.

02/01/2013

La musique chinoise d'origine populaire

C'est la musique typique de l'Extrême-Orient, utilisant une gamme de base pentatonique à tons entiers et tierces mineures sans demi-tons, soit les intervalles 1 - 1,5 - 1 - 1 - 1,5. Cette gamme, née de la théorie des quintes montantes et des quartes descendantes, ne comporte pas de Si, ni de Mi.

Dans sa version traditionnelle, elle utilise deux modes avec le même registre et les mêmes fondamentales et dominantes, les modes masculin et féminin, et un 2° mode féminin, avec une autre fondamentale et sans dominante.

Dans sa version savante initiale, chaque note de la gamme de base donne naissance à un mode qui porte le nom de la tonique. En combinant ces 5 modes avec les 12 liu furent formés 60 tons différents.

Deux notes complémentaires furent ajoutées à cette gamme pentatonique pour former une gamme de 7 sons à l'époque Tchéou (1134-256 av. J-C). Elles se trouvent à moins un demi-ton de la note fondamentale du dicorde et du tricorde : l'une s'appelle "pien-tche", c'est à dire tche modifié, l'autre "pien kong". Les 7 modes se forment en prenant chacun des 7 degrés pour servir de tonique. La combinaison des 7 modes avec les 12 liu a produit 84 tons différents.

Chaque mode a son propre caractère    :

. mode la b, si b, do, ré, mi b, fa, sol, la b :        frais et profond;

. mode ré, mi, fa #, sol, la, si, do, ré                 élégant et raffiné;

. mode la, si, do, ré, mi, fa, sol                         l'ordre et le calme;

. mode sol, la, si b, de, ré, mi b, fa, sol :            la tendresse et les pleurs. 

musique chinoise,gamme pentatonique

 

27/12/2012

La musique religieuse chinoise

Cette note est la suite de celle du 17 octobre 2011, intitulée "La musique Extrême-orientale" que vous pouvez consulter en cliquant ici : http://regardssurunevissansfin.hautetfort.com/archive/201...

"Si une note se produit, c'est dans le cœur humain qu'elle a pris naissance. Si le cœur humain est ému, c'est par l'action des objets. Sous l'impression des objets, il s'émeut, et son émotion se manifeste par des sons. Les sons se répondent entre eux, ainsi, ils se différencient. C'est lorsqu'ils présentent des différences qu'ils prennent le nom des notes."

 Ainsi commence le Yüeh Chi, partie du Li Chi ou Mémorial des rites, qui expose la doctrine officielle de la Chine sur la musique. Rédigé au 1° siècle avant notre ère, son existence est beaucoup plus ancienne.

Selon le Yüeh Chi:

·         La musique est la langue naturelle des sentiments. Ceux-ci expriment la relation de la conscience avec l'univers, du sujet avec l'objet, du moi avec le non-moi. Le son est le signe de cette relation. Le son ne devient musique que lorsqu'il succède à plusieurs sons. Ils expriment alors l'émotion, les états mouvants du cœur.

·         La musique agit sur les sentiments. Il y a une musique qui inspire la vertu, une autre qui corrompt les mœurs. Comme dans la Grèce antique, les chinois estiment que la musique fait partie de la morale.

·         Le fondement de la musique est l'harmonie de toute la nature. Intimement liée aux rites dont elle est inséparable, l'harmonie embrasse le ciel et la terre, exprimant les relations du Ying et du Yang. La musique est associée au ciel, à la lumière, au principe mâle, au Yang; les rites à la terre, à l'obscurité, au principe femelle, au Yin.

"La musique recherche l'harmonie. Elle est associée aux plus hautes valeurs spirituelles: elle est du domaine du ciel. Les rites tendent à percevoir les différences, ils sont du domaine de la terre. C'est pourquoi les sages ont composé de la musique pour qu'elle puisse correspondre au Ciel et qu'ils ont institué les rites, pour qu'ils correspondent à la terre. Ainsi, quand les rites et la musique se manifestent en toute perfection, le ciel et la terre sont en parfait accord."

·         La musique n'est pas faite pour exalter les passions, mais pour les modérer. Ce qui importe, c'est la pensée qu'elle exprime et non la sensation qu'elle donne. Par la musique, l'humanité se rapproche de la sagesse.

·         Les cinq notes de la gamme pentatonique s'intègrent aux cinq éléments (terre, métal, bois, feu et eau), aux cinq directions de l'espace (centre, ouest, est, nord et sud), aux cinq planètes (Mercure, Saturne, Jupiter, Mars et Vénus) et aux cinq couleurs (jaune, blanc, bleu, rouge, noir).

Et pour illustrer cela, voici les chants de la prière du matin au temple bouddhiste de Hong Fa, à Shen Zhen :

http://www.youtube.com/watch?v=EoUrB9A5ups

24/12/2012

Musique religieuse chinoise

http://www.youtube.com/watch?v=zuvGyqCkwDM&NR=1&feature=endscreen

 

Où est-ce ? Peut-être en Chine. Pékin, Shanghai ? La cérémonie est probablement bouddhiste, reconstituée sur la scène d’un théâtre. C’est beau, c’est évidemment très médiatique ou théâtral, avec effets de sons, de lumières, de mouvements et bien sûr un présentateur à l’occidental. Mais derrière toutes ces apparences, il y a quelque chose qui dépasse la simple représentation : le mystère des traditions religieuses. Et derrière la tradition primordiale qui concerne le fond même de la religion (En qui croyons-nous et quel est notre Dieu ?) on trouve la musique, qui, comme la forme de la liturgie, permet d’accéder à l’au-delà des apparences. Et l’on s’étonne ! On pourrait se croire dans un monastère chrétien. C’est parfois assez proche du chant ambrosien ou du chant vieux romain, voire du chant grégorien. N’est-il pas étonnant que deux civilisations que rien ne rapproche, s’éveillent à l’invisible et à l’inaudible par les sons. La même expérience du « numineux », la même quête d’un monde absolument autre (R. Otto, Le sacré, Paris, 1929, p.22).

Voir en 52. Liturgie, la note du 29 décembre 2010, intitulée « Réflexions sur la musique sacrée ».

Cependant, même si les similitudes sont réelles, la forme et l’expression du chant sont fondamentalement différentes.

La forme est modale et pentatonique, ce qui signifie que la gamme sur une octave ne comprend que cinq notes et non sept comme notre gamme tempérée. Et cette gamme peut former des modes d’une étendue plus large que l'octave et comportant des fondamentales et dominantes très variées.

Voir en 42. Théorie de la musique, la note du 17 octobre 2011, intitulée « La musique extrême-orientale ».

On peut également noter que le chant lui-même est assez différent du chant occidental dans sa manière de le produire. Les modulations sont le plus souvent nasales, les sons sortent de la gorge en utilisent assez peu la caisse de résonance du conduit vocal.

 

Nous analyserons dans les jours qui viennent  toute cette musique d'Extrême-Orient. Pour l'instant emplissons-nous de ces chants qui réjouissent l'âme, malgré leur monotonie.

17/10/2011

La musique extrême-orientale

 La musique extrême-orientale constitue un ensemble homogène avec la Chine, la Corée, le Japon, le Vietnam et la Mongolie. Dans tous ces pays, la terminologie musicale, les systèmes de notation et les instruments portent la trace de l'influence chinoise. La musique est modale, de forme pentatonique, ce qui signifie que la gamme comporte cinq notes et non 7 ou 12 comme celles que nous connaissons.

 Bien que ces musiques soient très variées, elles comportent des constantes :

v     la forme pentatonique,

v     dans le pentacorde :

Ø      trois notes invariables :

§       la fondamentale, la quarte, la quinte ;

Ø      deux autres notes à intervalles variables ;

v     hors du pentacorde : deux "pien" qui ne sont que des notes de passage permettant les transpositions (changements de tons), les métaboles (change-ment de modes) ou l'ornementation ;

v     un tempérament non tempéré, réglé par l'intervalle de quinte et de quarte.

 

La formation des modes se fait par :

. la place de la fondamentale dans le pentacorde, en général sur la note la plus

basse du dicorde ou du tricorde ;

. l'intervalle des deux notes non fixes ;

. la place de la ou des dominante(s) ;

. l'utilisation des "pien" ;

. l'ambitus utilisé,

. le rythme. 

En prenant le pentacorde de base Do, on peut ainsi avoir : 

musique, Chine, théorie

 Ici n'apparaissent que les particularismes, chaque pays utilisant également la forme de base chinoise notée en premier.

Découverte, bientôt, de ces formes de musique qui, malgré des similitudes importantes, se distinguent de manière assez caractéristique les unes des autres.

09/08/2011

Chant orthodoxe grec

 

Ecouter :

http://www.youtube.com/watch?v=FFFS2N_6iA8&feature=re... 

http://www.youtube.com/watch?v=5Z8qfKoUBKY&feature=re...  

 

v     L'évolution à partir du byzantin

Ø     De 1453 à 1600 : Période critique pour le peuple grec, elle est peu propice au développement de la musique religieuse.

Ø     De 1600 à 1830 : Le patrimoine musical de l'église grecque s'enrichit dans les centres musicaux de Constantinople, le Mont Athos, la Crête et les îles Ioniennes. Les chants sont basés sur les formules mélodiques byzantines, mais acquièrent certains éléments turcs.

Ø     De 1830 à nos jours : C'est à partir de cette date qu'apparaissent graduellement des versions harmonisées des chants traditionnels homophones.

 

v     Rapport du texte et de la mélodie

Le chant post-byzantin est étroitement lié aux paroles :

·        phrases mélodiques ascendantes : notions d'élévation, de ciel, de mont ;

·        phrases mélodiques descendantes : abîme, enfer, terre ;

·        modulation chromatique sur les mots exprimant un sentiment douloureux (mort,   damnation, maladie), dans les chants diatoniques ;

·        modulation diatonique dans les chants chromatiques où le texte comprend un mot exprimant la joie ;

·        brefs mélismes sur les mots-clés.

Cependant, le chant reste suffisamment impersonnel pour ne pas tenter de refléter l'émotivité implicitement suggérée par le texte.

 

v     L'harmonisation

On distingue :

·        une harmonisation reprenant l'harmonisation russe ou l'influence italienne : c'est une harmonisation à quatre voix ou les ténors chantent en tierce supérieure de la voix principale ;

·        une harmonisation devenue topique du chant orthodoxe grec : la voix principale est la voix supérieure, la seconde est à la tierce inférieure, la troisième termine l'accord à la basse.

 

v     Un exemple d’adaptation des mélodies grecques

  « Adapter sur les mélodies grecques de la liturgie byzantine une traduction en langue barbare n’est pas une nouveauté imputable à notre temps. Le même processus fut à l’origine du chant liturgique en langue slave dans les églises byzantines de Russie et des pays balkaniques, et le chant monastique de ces églises conserve parfois des mélodies encore très proches du chant grec, dans la mesure où celui-ci n’a pas subi d’altérations depuis le temps de l’évangélisation des salves.
Mais avant que les slaves ne puisent aux sources byzantines, c’et l’Occident lui-même qui, en ses liturgies hispanique, ambrosienne, gallicane et finalement romaine, utilisa les chants liturgiques de l’Orient syro-palestinien et byzantin. Les travaux récents de musicologues tels que Egon Wellesz et Michel Huglo ont montré l’étendue et le cheminement de ces influences, qui ne sont point un héritage de la période de transition (entre 360 et 380) au cours de laquelle l’église de Rome abandonna le grec pour le latin.
L’abbaye de Chevetogne, en Belgique, s’efforce de rendre ces sonorités insolites à nos oreilles, en les adaptant à une polyphonie relativement moderne. Jean Sakellaridis, en se ratachant à la fois à la tradition musicale byzantine et à l’harmonie européenne, a tenté, le premier, de purifier le chant liturgique grec des sonorités, d’ailleurs étrangères à sa nature, qui pouvaient heurter la sensibilité moderne occidentale. Cette rencontre, déjà œcuménique, de Sakellaridis avec l’Occident attendait une réponse, un geste de sympathie, de la part des occidentaux entre vers cet héritage que la Grèce mettait à leur portée. C’est le travail effectué par l’abbaye de Chevetogne et l’adaptation des mélodies grecques aux paroles françaises est chose relativement aisée. » (1) 

Bien sûr, les mélodies grecques, comme les modes byzantins dont elles sont directement issues, contiennent 8 tons aux tonalités et formules mélodiques différentes qui sont connues des chanteurs à tel point que les recueils musicaux ne sont que des aide-mémoires, l’importance étant toujours donnée à la parole plus qu’à la musique. Le chant est avant tout une lecture, expressive et harmonieuse, une déclamation.

L’harmonisation des mélodies grecques se contente  le plus souvent de trois voix maximum, et la mélodie se trouve à la première voix.  Elles peuvent être chantées à trois voix d’homme (ténor, baryton, basse), à deux voix de femme et une voix d’homme (soprano, alto et basse).

 

v     Les caractéristiques du chant orthodoxe grec

Voici les caractéristiques mélodiques et harmoniques du chant grec :

 

 chant orthodoxe grec tons 1 à 4.pdf 

 

Chant orthodoxe grec tons 5 à 8.pdf 

 

 

[1] Monastère de Chevetogne, liturgie byzantine, vêpres et matines, mélodies slaves et grecques, textes français, 1972

 

 

 

 

28/07/2011

Le chant orthodoxe slave

 

Le chant orthodoxe slave est profondément différent du chant romain. Intimement lié à l’âme russe, il puise ses caractéristiques dans la musique slave, elle-même influencée par de nombreux courants. Comme le chant grégorien, il dispose de huit tons, avec leurs caractères propres.

 

 

Découvrez la richesse de cette tradition : 

 

le chant orthodoxe slave.pdf

 

 

Ecoutez quelques chants :

http://choeurslava.free.fr/extraits-sonores.htm

http://www.youtube.com/watch?v=wj5A1zvw-T8&feature=related

 

Mais bien d'autres sites vous offrent l'écoute de nombreux chants orthodoxes slaves, par exemple :

http://www.youtube.com/watch?v=jawFHHtqzD8&NR=1

 

 

 

 

 

05/07/2011

Le chant byzantin

 

Voici un style de chant profondément différent du chant grégorien. Et pourtant, ses racines sont bien chrétiennes. Le chant byzantin est à l'origine du chant liturgique traditionnel de l'église orthodoxe, développé d'abord en grec et en syriaque. Progressivement, l'église orthodoxe s'est dotée selon les régions de chants propres dérivés du chant byzantin.

Mais commençons par le chant byzantin qui est explicité dans le document ci-joint.

Le chant byzantin.pdf

 

Ecoutons quelques chants pour se faire une idée :

http://www.dailymotion.com/video/xej89w_irhamna-ya-rab-ir...

http://www.dailymotion.com/video/xc3ubl_o-baptises-vous-a...

 

 

 

30/06/2011

Harmonisation du chant grégorien

 

Oui, le chant grégorien se chante a cappella.

Néanmoins, dans de nombreux cas, un accompagnement est nécessaire pour soutenir le choeur ou l'assemblée et donner un certain volume au chant.

La difficulté pour l'organiste tient au fait que les chants grégoriens ont des modes qui ne sont ni majeur, ni mineur, mais à échelle propre comme nous l'avons vu le 14 juin. Alors quel style d'accompagnement adopter ?

Marcel Dupré, organiste renommé et respectueux de la spiritualité de la musique religieuse, a conçu des accompagnements particuliers pour chaque mode grégorien.

 

 ChGreg harmonisation Dupre.doc

 

Les lettres F et D signifient Finale et Dominante. La lettre M en majuscule indique un accord majeur, en minuscule, un accord mineur. L'harmonisation est tantôt majeure, tantôt mineure, et peut être jouée parfois des deux manières (par exemple le sol du ton 1).

 

Et de façon à faciliter le travail de l'organiste, les diverses transpositions selon la hauteur de voix.

 

Transposition modes grégoriens.pdf

 

 

Ceci complète le développement sur le chant grégorien entamé le 14 juin. Nous continuerons l'exploration du chant sacré avec les différents chants orthodoxes : byzantin, grec et slave.

 

 

14/06/2011

Le chant grégorien

 

Le caractère le plus profond du chant grégorien est sa spiritualité. Le chant grégorien ne se réduit pas à un art, il est d’abord prière de l'Eglise. Comme l'écrit Dom Gajard : « le chant grégorien est avant tout une prière, mieux : la prière de l'Eglise catholique, arrivée à sa plénitude d'expression. II est donc une chose d'âme et se situe sur un plan supérieur, comme toute la liturgie, dont il participe et est inséparable ; il est une spiritualité, une manière d'aller à Dieu, de conduire les âmes à Dieu » (la Méthode de Solesmes p. 90).

 

 

Cliquez sur  à  Le chant gregorien et tableau modes.pdf

 

 

 

Ecoutez   à     http://www.youtube.com/watch?v=_MbDqc3x97k

 

 

Sachez que ce travail m'a demandé plusieurs mois de recherche, de compilation, de réflexion, avant que je ne puisse en saisir toute la subtilité et la beauté. Le tableau des modes donne une synthèse que je n'ai trouvée nulle part. Peut-être est-il trop théorique, mais il permet d'avoir une idée générale de la construction de ce chant et de son évolution qui se sont faites au cours de plusieurs siècles.

 

 

 

01/03/2011

Le chant liturgique

 

         Le chant liturgique est destiné, par sa beauté, à préparer, au sein de la communauté, la rencontre intime avec Dieu.

         Il est d'abord expression communautaire de la foi. Il efface les différences, fait converger les cœurs et les âmes. Uni aux autres, chantant d'une même voix, chacun fait taire sans effort ses préoccupations.

         Plus profondément, il est destiné à devenir prière, à recueillir le cœur et l'esprit par sa tranquille sérénité, par la joie profonde qu'il engendre, une joie dénuée d'émotion et de sentimentalisme. Le chant liturgique suppose un certain oubli, un certain détachement vis à vis de son exécution. Il lave ainsi l'âme de son égocentrisme et la rend transparente.

         Alors se dévoile la réalité profonde de la liturgie. Dans sa beauté, elle ouvre au mystère divin. Elle dilate l'être qui perçoit le don de Dieu. Le chant devient écho de la gloire du ciel, il fait pénétrer dans l'éternité.

 

         Ceci suppose une unité interne des chants : unité destinée non à engendrer la monotonie, mais à préparer le cœur sans le distraire, à favoriser la concentration. C’était bien le cas du chant grégorien, chant liturgique par excellence. Cette unité permet l'entrée dans le mystère. Cependant, elle ne doit pas enfermer l'expression. Dans le chant liturgique, c’est la parole qui donne son rythme au chant et non la musique, ou plutôt, la musique ne crée que le contexte de l’expression de la parole de Dieu et le chant évolue selon le sens et la rythmique des phrases, et le moment de la liturgie. Il doit être très libre, léger, d’un rythme très nuancé, fait d'accélérations et de ralentissements, murmurée ou chantée à pleine voix, en prenant garde de toujours articuler les mots de façon à pénétrer dans le mystère et laisser la parole toucher le cœur.