Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

19/07/2017

Spiritualité et spirituel

Les termes spiritualité et spirituel sont issus d'une racine latine "spir" signifiant le "souffle" qui se trouve dans "spirare" ("souffler"). A cette racine a été ajouté le suffixe "-tus" qui sert à former des noms et qui a donné en latin  "spiritus" ("le souffle"). Puis, à ce dernier mot, a été ajouté le suffixe "-alis" qui permet de former des adjectifs et qui donne "-el" à la fin des mots français. "Spiritualis" signifie en latin  "relatif au souffle", mais aussi "relatif à l'esprit" : le mot a donc évolué dans un sens abstrait. Enfin, à cet adjectif, on  ajoute encore le suffixe "-itas" qui permet de former des noms : "spiritualitas" désigne  la vie  de l'âme,  l'immatérialité. D'après son étymologie, ce mot désigne donc "ce qui est de l'ordre de l' "esprit".

On ne peut évoquer la spiritualité et le monde spirituel sans, dans le même temps, l’opposer au monde matériel. La spiritualité ne relève pas des lois de la nature, d'un système d'explication rationnel. Elle appartient à un univers supérieur au monde terrestre. Le simple fait de cette opposition dans les définitions impose immanquablement deux modes opposés et une dichotomie qui est en réalité mal venue. Si l’on se réfère au souffle, c’est-à-dire à la fois au mouvement et à ce qui déclenche le mouvement, c’est-à-dire le mystère insondable de l’origine de la vie, et si l’on se réfère à la genèse de l’univers, on constate qu’il s’agit du même phénomène. La création est le commencement du monde matériel qui naît du souffle qui se manifeste par la lumière. Ainsi le matériel et le spirituel, loin de s’opposer, s’assemblent, vont de pair et restent inséparables dans notre monde. Sans aucune prétention intellectuelle, je pense qu’on peut rapprocher les termes naturel et surnaturel des termes matériel et spirituel, plus volontiers employés au Moyen Âge. Le monde matériel est notre monde naturel, celui où nous sommes nés et qui est notre cadre de vie, le monde surnaturel est un monde hors de la nature, hors du matériel, un monde hors du corps. Ce qui signifie qu’il y a une vie spirituelle hors de la vie naturelle ou matérielle.

L’erreur humaine est de les opposer, plutôt que de tenter de les assembler. Oui, ils s’opposent concrètement dans la vie quotidienne et la vie intellectuelle, mais le souffle originel les rapprochent et les assemblent. En fait, l’homme ne peut accéder à la vie spirituelle que parce qu’il possède une vie matérielle. Cette opposition est à l’origine des affrontements religieux, des idées d’une morale incarnant le bien et s’opposant au mal et, in fine, des guerres, chacun définissant le bien et le mal selon ses propres critères.

Une autre manière de voir les choses peut être l’opposition faite entre l’extérieur et l’intérieur de soi-même. Lorsque je dis "Je", je me réfère à quelqu’un qui se considère Un, à la fois dans le monde grâce à son corps et en même temps, distinct du monde par son unité propre. Mais quelle est cette unité distincte du monde ? Telle est la question. Il faut, avant d’en arriver là, développer en nous la connaissance de cet intérieur de nous-même. Nous avons tellement l’habitude de vivre à l’extérieur en raison de l’omniprésence de nos cinq sens (et même six comme le pensent les hindous, ajoutant l’intellect) que la plupart des gens hésitent et même refusent de chercher en eux-mêmes. Alors ils se réfèrent à de préceptes qui leur sont donnés dans des livres ou par la parole humaine.

« Cherche en toi et tu trouveras ! », mieux même, « le royaume de Dieu est en dedans de toi ». Alors l’opposition cesse et la jonction des contraires s’opère.

Se réaliser, c’est comprendre et vivre le fait qu’au-delà du moi existe l’être spirituel, le souffle, le soi, qui dépasse le monde matériel et sa compréhension de la spiritualité, pour vivre pleinement ce rien qui est le Tout.

Comprenne qui pourra !

07/07/2017

Le mystère du mariage

Le mystère du mariage, c’est la réalisation de l’être propre de chacun par la découverte, puis l’assimilation intérieure de ce qu’est l’autre.

Les temps successifs :

1. Amour-passion : domaine de l’émotion et du sensuel avant tout ;

2. Amour-sentiment : idée de quelque chose à faire ensemble ;

3. Déclin de l’amour-passion, naissance du mystère : découverte de l’autre en tant qu’être différent dans sa conception du monde et de la vie, dans sa perception des événements. C’est ici le point délicat  qui peut se traduire par :

. Une rupture si l’on veut garder sa propre conception et refuser l’autre ;

. Un enrichissement si on ne se laisse pas agacer par la vision de l’autre et si, au contraire, on voit en quoi elle élargit la nôtre.

4. Transformation progressive de l’être de chacun par l’assimilation inconsciente de ce qu’est l’autre :

. Les réactions du couple face aux événements deviennent coordonnées ;

. L’homme naturellement tourné vers l’extérieur, agissant et raisonnant, apprendre à regarder en lui, à laisser parler ses sentiments et à contempler ;

. La femme acquiert la force et la stabilité, n’est plus soumise à la lui de ses sentiments changeant et a une vision plus apaisée des choses.

5 Prise de conscience comme que c’est le mariage qui va permettre à chacun de réaliser sa vie pleinement parce qu’il sort chacun de lui-même pour l’obliger à acquérir une nouvelle vision des choses. L’assimilation de ce qu’est l’autre va permettre de découvrir le but ultime de l’être : sortir de lui-même pour s’harmoniser pleinement à la création.

6. Élaboration d’une ascèse conjugale, règle de vie ou stratégie permettant à chacun d’aider l’autre à se réaliser. Cette élaboration se fait plus ou moins consciemment. Elle a pour but une transformation consciente et volontaire de l’être pour acquérir l’unité intérieure et l’harmonie avec l’extérieur. Les événements ne sont plus appréhendés comme bons ou mauvais, agréables ou désagréables, mais comme un défi posé à nous-mêmes et au couple. L’amour centré d’abord sur l’autre, puis sur la famille s’élargit. De convergent, tendu vers un être, il devient divergent et chacun aide l’autre à élargir sa capacité d’amour.

7. L’amour humain devient amour divin. Il embrasse l’univers et Dieu, le couple de vient icône, il réalise le sacrement du mariage.

Ainsi le mystère du mariage et la réalisation entre deux êtres d’une osmose créant, par une alchimie intérieure, d’abord inconsciente, puis qui doit devenir consciente, une image du royaume de Dieu sur terre.

C’est un sacrement en ce sens que, bien compris, il est créateur de la réalisation spirituelle des deux membres du couple, l’un à travers l’autre.

29/06/2017

"Je suis celui qui suis"

Dieu ne se nomme pas lui-même. Il n’est que celui qui est. Il est le seul qui sache qui il est.

L’homme se cherche en permanence sans jamais se trouver. Il se cherche à l’extérieur de lui-même, sans cesse aux aguets. Puis il se cherche en lui. Mais qui cherche qui ? Débarrassé de son moi, il continue de se chercher. Dieu devient Toi et non plus Il. L’autre est peut-être la réponse à cette interrogation. Mais cet autre n’est pas moi, juste un double de moi-même qui ne sait qui il est. Dans un troisième temps, je parle à Dieu et l’écho résonne dans la caverne de l’univers, puis, au-delà, du vide. Ce vide est-il le néant ou autre chose, Dieu peut-être ?

Ainsi, je suis homme et je suis par celui qui « suis ». En fouillant au fond du moi, l’homme trouve le soi. Mais s’il cherche à nouveau au-delà, il découvre que le soi n’est que le suis de celui qui est. Je ne sais qui je suis, mais je sais que je suis semblable à celui qui est, de toute éternité.

Dieu n’a pas de nom ou, plutôt, il a tous les noms. Dépouillé de moi-même, je n’ai plus de nom et je deviens tous les noms, sauf le seul qui est « Je suis ». Et je ne peux dire je suis parce qu’il est en moi, au plus profond de moi-même. Je ne suis plus parce qu’il est moi. Alors lui seul peut dire « Je Suis ».

Parce qu’il dit « Je Suis », le vide devient plein, le néant devient le tout, l’obscurité devient lumière. Il n’y a plus ni extérieur ni intérieur, il y a « Je Suis » qui est Lui, Toi et Moi, c’est-à-dire Soi.

Voilà pourquoi Dieu ne peut être la propriété des croyants d’une religion, quelle qu’elle soit. Dieu m’est si intérieur et je suis si unique, si singulier, que je ne peux dialoguer avec lui qu’en bannissant le moi. Alors, je suis parce que Je Suis est en moi.

18/06/2017

But de vie

A vingt ans, le nombre de possibilités heureuses qui s’ouvrent devant soi paraissent infinies. Progressivement, cette ouverture se resserre. L’avenir se dessine en ombre et lumière, ébauche un chemin et transforme le rêve en réalité. Celle-ci peut être dorée. Mais elle peut également se ternir et s’effacer brusquement. L’avenir semble tracé, mais il ne l’est jamais à jamais. Pour certains il devient même inexorable et oppressant.

Toujours garder cet équilibre à réaliser : l’imagination éclaire le chemin, fournit un but, mais celui-ci peut être plat, en dénivelé ou se perdre dans les marais.

Avoir un but,

Mais ne pas en être prisonnier.

 

03/02/2017

Présence

 Dieu est un vide qui emplit tout

Où le trouver ?

Si tu n'es rien, il vient

 

02/12/2016

Percevoir l'éternité

Percevoir l’éternité, c’est inverser notre perception du temps et, ne l’oublions pas, de l’espace. Qu’est-ce que cela signifie ?

Le monde perd ses dimensions. Au lieu de la perception de l’immensité de l’univers, du temps, de l’espace et de la matière, c’est un sentiment de complète fusion entre le soi et la vie. L’infini est ressenti non pas à l’extérieur de soi, mais à l’intérieur. C’est une perception intime de la totalité qui vient lorsque ce moi obsédant cesse tout à coup d’imposer sa loi. La vie devient un vaste chant d’amour, une source qui coule, cette eau vive dont parle l’évangile.

Alors naît en soi ce désir indéfinissable de l’absolu qui donne à la fois la joie parce que l’on a fait l’expérience du divin et la souffrance parce qu’on ne peut encore s’unir à lui.

Oublie-toi et tu vivras !

24/09/2016

Les quatre sortes d'humains

Il y a quatre sortes d’humain :

L’homme dont la vie est orientée vers la pensée. Il possède une grande aptitude à envisager tous les éléments d’un problème et à n’omettre aucune de ses causes. C’est le type universitaire ou intellectuel. Notre société, et particulièrement en France, met l’accent sur l’importance de la pensée et son utilisation rationnelle.

L’homme pour qui la vie est action. Il ne perd pas son temps à analyser, il agit, c’est-à-dire qu’il applique sa solution au problème sans avoir obligatoirement analysé toutes les données. Il agit sous l’impulsion du centre moteur pour le sportif, de l’intuition pour le chef.

L’homme qui, par la volonté, est capable de relier l’action à la pensée, possède un avantage certain. Notre civilisation ne nous apprend pas l’importance de l’harmonie qui doit régner entre ces trois pôles : pensée, action, volonté. D’où l’importance de l’éducation de la volonté. Elle affirme la pensée, puis la transforme en action.

L’homme véritablement accompli est celui qui a transformé le moteur de la pensée et de l’action, en remplaçant la volonté par l’amour. Son comportement pourra paraître fou à ceux qui ne sont mû que par la volonté, mais lui seul réalise vraiment l’unité de la pensée et de l’action en harmonie avec les circonstances et l’environnement. La volonté permet de briser les obstacles, l’amour les dissout.

17/08/2016

Savoir être vieux

Peu de gens savent être vieux.

(La Rochefoucauld)

 

Oui, c’est vrai, et pourquoi ? Il n’y a pas une réponse, ni même deux, mais une multitude. Pourquoi ? Parce que chaque homme a son histoire secrète et que celle-ci est ce qui conduit à la vieillesse.

Tout d’abord, de nombreux hommes arrivent à un âge avancé sans se savoir vieux. Ils font des projets, poursuivent ce qu’ils ont commencé sans qu’il leur vienne une seconde l’idée d’arrêter. Ce sont des actifs qui poursuivent sur leur lancée leur rêve de vie et n’ont jamais eu l’idée de faire autre chose que ce qu’ils ont toujours fait. Ils le font bien, à leur manière ; mais ne savent faire que cela et s’enlisent dans ce rêve sans comprendre l’’importance d’en sortir. Savent-ils vieillir ? Non, ils ne savent pas ce que vieillir veut dire.

Pourquoi les hommes plus que les femmes ? Parce qu’une femme a la sagesse du corps. Elle a connu l’amour humain sous toutes ses formes : chaste (plus que les hommes en général), fou (éros, matrimonial ou autre), maternel (ce qu’aucun homme ne connaît), familial (storgê, la femme étant la préservatrice de la famille), sociétal (philia en tant que lien social) et souvent, par ce fait, l’amour inconditionnel (Agapè, proche de l’amour divin). Alors une femme sait vieillir, cela lui vient naturellement, au travers des enfants et petits-enfants qu’elle choie comme s’ils étaient ses propres enfants, même s'ils ne lui appartiennent pas.

Inversement un certain  nombre se sentent vieux avant même d’arriver à la vieillesse. Leur phrase favorite : « Comme les vieux… » Ils sont perclus de maux, ne vivent que dans leur passé qui est généralement pauvre et c’est pour cela qu’ils n’ont jamais rêvé le poursuivre à un âge avancé. Ils écoutent leur corps, à la recherche du moindre grincement des bielles et consultent le médecin avec une régularité d’obsédé.

Plus rares sont ceux qui, lorsque la vieillesse arrive, se disent qu’il est temps de changer de vie et de s’intéresser à ce dont leur jeunesse a rêvé ou ce qu’ils ont entrevu à ce moment sans avoir eu le temps de l’approfondir. Ils se découvrent un hobby qui les maintient en activité jusqu’à un âge avancé. Il peut être futile ou tout ce qu’il y a de plus sérieux. Il peut être exercé en amateur, mais aussi en professionnel et conduire à une nouvelle carrière. Mais si c’est le cas, ils se classent alors dans la catégorie des gens qui deviennent vieux sans le savoir.

On trouve aussi des gens, plus rares il est vrai, qui ont passé leur vie à s’exercer à de nouvelles approches de la vie, passant d’un métier gagne-pain à un métier hobby sans jamais se fixer, dévoreurs d’activités sans pouvoir choisir ou échouant à chaque nouvelle proposition apportée par le destin. Ce sont des indécis, des girouettes et ils aiment cette incertitude de l’avenir comme étant une ouverture permanente sur la vie et les autres. Ce peut être également de gens qui ne savent se fixer et qui en sont extrêmement malheureux, même s’ils ne le disent pas.

Enfin, il y a des personnes qui choisissent une activité (et pas forcément un métier), qui l’exercent à fond, puis choisissent de changer parce qu’ils en ont fait le tour et n’ont plus rien à apprendre. Ils exerceront ainsi trois ou quatre passions, voire plus, et sauront le moment venu en changer avant d’en être totalement lassés. Malheureusement, ceux-là ne savent pas non plus vieillir. Ils sont comme les premiers, dévorés par l’activisme.

Alors, effectivement, peu de gens savent vieillir, donc être vieux. Ils se retrouvent vieux, dans la peau d’un autre, mal à l’aise et amoindri par cette infirmité plus psychologique que physique, sans savoir se comporter comme leur âge le laisse supposer. Généralement, leurs défauts s’accentuent, leurs qualités s’amenuisent, mais aucun fait nouveau ne vient modifier leur façon d’être.

Mais au fond, qu’est-ce qu’être vieux ?

C’est avoir découvert ce qu'on a toujours pressenti au fond de soi-même, cette essence de l’homme derrière l’existence, l’invisible derrière le visible et le donner aux autres à travers ce qu’on fait, crée, produit, engendre, pense. Et c’est un secret différent pour chacun de nous qu’il nous faut découvrir et cultiver pour le partager.

26/07/2016

Les deux réalités de l'homme

L’homme se trouve citoyen de deux mondes : celui de la réalité existentielle, bornée par le temps et l’espace, accessible à la raison et à ses pouvoirs, et celui de la réalité essentielle, qui est au-delà du temps et de l’espace, accessible seulement à notre conscience intérieure et inaccessible à nos pouvoirs. La destinée de l’homme est de devenir celui qui peut témoigner de la Réalité transcendantale au sein même de l’existence.

Karlfried Graf Dürckheim ; La vie Spirituelle, N°592, 1972, p.734.

 

Une telle distinction semble de nos jours purement spéculative et surannée. L’existence semble à tous bien réelle et sans besoin d’autres qualifications pour définir l’homme. C’est  sans doute là que se trouve les problèmes de l’humanité depuis le XXe siècle et la désespérance de l’homme. Pourtant cette préoccupation permanente de l’homme  de se connaître pleinement ne date pas d’hier. Déjà Aristote écrivait : « Qu’est-ce que l’être ? Ce qui revient à s‘interroger sur la substance. » (Métaphysique, Z, 1, 1028 b 5) et, suivant les interrogations de Platon, sa recherche porte sur l’essence et non sur l’existence, car l’existence doit métaphysiquement être pensée par rapport à l’essence qui la rend intelligible. Pour Aristote, l’essence est l’être possible et l’existence l’être réel, ce qui revient à dire que l’existence d’un être est fonction de son essence.

L’essence d’un être, c’est ce qu’il est vraiment, ce qui fait qu’il est ce qu’il est. Malheureusement, peu d’hommes s’interrogent sur leur être propre. Seules les intéressent les événements de la vie et non la vie elle-même. C’est d’ailleurs pour cela qu’à partir du XIXe siècle, les philosophes disent que l’existence précède l’essence. Ai-je un centre qui se trouve au-delà de l’espace et du temps ? Puis-je y accéder ou, au moins, en avoir le pressentiment ? C’est toute la différence entre une religion pourvue d’une vision dogmatique et un constat d’expérience spirituelle qui est le seul vrai événement qui transforme la vie. Maître Suzuki  explique : « Le savoir occidental regarde vers le dehors, la sagesse orientale vers le dedans. Mais si l’on regarde en dedans comme on regarde en dehors, on fait du dedans un dehors. » A condition cependant, que ce regard ne soit pas un regard rationnel, sinon l’on se contente du savoir des psychologues qui ne voir dans le dedans qu’un dehors à analyser.

Alors revenons à ce que nous dit Karlfried Graf Dürckheim. L’homme ne peut agir sur son essence, son problème est simplement de la découvrir.  C’est l’idée de la conversion (con-vertere), du retournement, de la renaissance intérieure. Elle survient après une expérience spirituelle telle celle que vécut Ionesco : « J’avais dix-sept ans, je me promenais un jour dans une ville de province, au mois de juin, le matin. Tout à coup, le monde m’a paru transfiguré, de telle façon que j’étais pris d’une joie débordante et que je me disais : maintenant, quoi qu’il arrive je sais. Et je me souviendrai toujours de ce moment-là. Ainsi, je ne serai plus jamais entièrement désespéré. » C’est ce que Dürckheim appelle l’expérience de l’Être : « Nous nous sentons alors soudain dans une ambiance étrange. Nous sommes entièrement présents, totalement là, et, malgré tout, nullement orientés vers quoi que ce soit de précis. Nous nous sentons d’une façon toute particulière, comme sans aspérités, lisses et harmonieux à l’intérieur de nous-mêmes et tout à la fois ouverts. Grâce à cette ouverture, une plénitude profonde émerge. Nous sommes à la fois absents et présents, débordant de vie. Nous sommes unis à tout, mais détachés de tout. Nous nous sentons incroyablement guidés et pourtant libres et affranchis de toute obligation ; pauvre dans le monde mais comblés de richesse et de puissance intérieure. » (Dürckheim, Pratique de la voie intérieure, Paris, 1968, p.31).

Alors, faisons silence en nous-mêmes et ouvrons-nous à ce vide qui remplit tout.

09/07/2016

Le plaisir et le bonheur

On confond trop souvent plaisir et bonheur. C’est une confusion profonde, au-delà d’un malentendu entre les mots. Sous prétexte de rechercher le bonheur, on recherche les petits plaisirs. C’est tellement plus facile. On se trouve du bien-être à la chaîne qui, mis bout à bout, donne l’illusion du bonheur.

Le plaisir est passager. Il ne dure pas. Certes, il provoque des décharges d’adrénaline qui enchante l’instant. Mais très vite, comme l’enfant devant un jouet nouveau, il ne comble plus l’esprit de celui qui l’éprouve. Vous aurez alors besoin d’une nouvelle quête, d’un nouveau sujet de plaisir pour vous satisfaire, qui, lui-même, deviendra caduc le jour où vous l’obtiendrez. Observons que le plaisir est lié au monde extérieur. Il n’est que la réaction positive recherchée face aux circonstances que vous vous efforcez de faire naître favorablement.

A l’inverse, le bonheur est durable, car il n’est pas lié aux circonstances extérieures, mais à votre état d’esprit. Peu importe les circonstances de la vie. Seule compte la façon dont je les vis de l’intérieur. Alors, qu’est-ce qui fait la différence, in fine ? Soit je perçois la succession de grains que je côtoie dans l’écoulement du temps, soit je m’efforce de percevoir ce qui les relie à moi-même et aux autres. La qualité de la relation a plus d’importance que la relation elle-même. C’est cette qualité, recherchée et développée, qui ravie et fait éprouver le bonheur.

N’accumulons pas les grains offerts par la vie, mais cultivons la façon dont on les perçoit et les intègre dans notre vie intérieure.

23/05/2016

L'espace, le temps et la matière

Longtemps on parla de l’espace d’un côté et du temps de l’autre. On n’y mêla jamais la matière qui semblait un concept différent. Einstein fut le premier à intégrer ces trois concepts ensemble. L’univers serait-il un tout indissociable ou un rêve qui cache une autre réalité ?

On sait depuis Einstein que la structure de l’espace-temps dépend de la répartition de la matière dans cette structure et du mouvement donné à cette matière. L’univers ne serait-il qu’une répartition de la matière dans l’espace et son mouvement qui crée le temps. L’espace n’est que par le temps, c’est-à-dire le mouvement, et le temps n’est que parce que la matière se meut dans l’espace. Espace et temps sont indissociables. Supprimons la matière, il n’y a plus d’espace et de temps. Supprimons l’espace, le temps cesse de s’écouler. Supprimons le temps, l’espace s’écroule par ce qu’il n’y a plus de mouvement.

Dans un espace-temps à l’échelle corpusculaire, c’est-à-dire dans une vision quantique, la position des électrons dans l’espace-temps est imprévisible. Ils peuvent même être détectés dans deux lieux à la fois et l’on ne peut définir précisément leur position dans le temps et l’espace. On a l’impression qu’à cette échelle l’univers se décompose et se met à danser une sarabande incompréhensible. Est-ce la limite entre le monde physique et un monde autre, celui de la pensée et/ou celui du divin ? Un monde empli d’informations qui finissent par engendrer une intention à l’origine du Big Bang. Et l’homme pourrait participer de ces deux mondes par le mystère de la pensée et sa puissance créatrice. Alors on pourrait réconcilier les deux appréhensions du monde, l’appréhension scientifique, qui base ses fondements sur le physique et l’expérience, et l’appréhension mystique dont l’objectif est la fusion en Dieu, autre sorte d’expérience, intime et pratiquement intransmissible. Derrière la seconde du Big Bang, une appréhension complètement différente de l’univers apparaît, probablement sans matière, faite d’informations circulant comme les électrons circulent dans le monde quantique jusqu’au moment où elles se condensent pour atteindre un processus de création. Alors sont engendrés ensemble la matière, le temps et l’espace qui créent l’univers que nous connaissons.

Peut-être alors peut-on s’interroger : Dieu ne serait-il qu’information ? Très certainement non, ce monde informationnel n’étant qu’un monde intermédiaire derrière lequel le concept de Dieu n’apparaît qu’en filigrane. De lui naît la pensée, mais cette pensée n’est pas le divin. Celui-ci se trouve au-delà. Ajoutons que ce monde informationnel n’a rien à voir avec ce qu’on appelle vulgairement l’information dans notre monde moderne. On peut le concevoir comme la noosphère décrite par Vladimir Vernadsky et Teilhard de Chardin : une enveloppe pensante qui crée l’unité de plus en plus consciente des âmes.

21/04/2016

Avoir, être et faire

En philosophie, comme en spiritualité, on oppose souvent l’être à l’avoir, et on donne la préférence à l'un ou l'autre. Ce serait des choix fondamentaux de vie, les uns tendant vers un avoir toujours plus important, les autres recherchant un être toujours plus accessible à lui-même.

En réalité, l’homme a besoin de ces deux pôles pour, dans un premier temps, exister en tant qu’être humain avant de comprendre que ces deux tendances ne sont que des apparences qu’il faut dépasser pour devenir pleinement humain. Le moteur de cette transformation tient au faire. Selon ce que l’homme fait, il penche vers l’avoir ou l’être. Le faire comprend l’ensemble des activités humaines dans l’univers. Chaque homme a une contribution à payer pour atteindre l’harmonie entre lui-même et le monde. Le faire peut incliner vers l’avoir comme il peut incliner vers l’être. Mais dans tous les cas, il lui faut faire pour développer l’un ou l’autre.

Mais est-ce le but de la vie ?

Sûrement pas !  Lorsqu’il considérera qu’il a suffisamment fait, il lui faudra apprendre à défaire en lui, c’est-à-dire à contempler plus qu’à participer. C’est le temps de l’âge mûr ou de la vieillesse. Comme Dieu s’est arrêté le septième jour pour contempler son œuvre, l’homme doit également prendre le temps de contempler sa vie et de se détacher de ce qu’il a accompli. Cette déconstruction est nécessaire pour aborder avec sérénité sa fin de vie. L’allégement, le détachement, l’inconnaissance doivent devenir une préoccupation de plus en plus importante. C’est le passage à l’anti-avoir, anti-être et anti-faire. Ce passage est rarement évoqué par la littérature, la philosophie, la spiritualité, en particulier occidentale. Les civilisations d’Extrême-Orient s’en préoccupent plus à travers le confucianisme, le zen et autres moyens de maîtrise de l’existence. Ce passage du plein au vide est difficile, d’autant plus qu’il peut être presque instantané ou assez long. C’est bien ce que veut dire le mot retraite qui, somme toute, est assez signifiant.

La retraite n’est pas un temps de repos. C’est un temps de maturation, d’agrégation de tout ce que chacun a accumulé. Il faut apprendre à se défaire de l’avoir ou de l’être pour jouir pleinement de sa vie et voir la lumière non dans son faire, mais grâce à son non-faire.

C’est peut-être tout simplement cela, l’humilité !

27/03/2016

Pâques 2016

La vie ? Des flashs de bonheur dont les images éparses n’ont pas de cohérence thématique. Le bonheur n’a pas d’homogénéité. Il est, dans sa force, sa soudaineté et sa fuite. Il est l’instant pur, le moment où le ciel se confond avec la vie. Chacun d’entre nous vivons quelques instants magiques où le cœur se dilate et s’emplit d’une profondeur que nous n’avions jamais soupçonnée. Alors la lumière intérieure s’accroît. Une étrange envie de crier, de chanter, de danser prend le corps et l’âme. Il n’y a plus d’idées. Absence d’idées. L’idée n’est pas la chose. L’idée n’est pas bonheur.

Quel est le plus grand bonheur ? Je crois que c’est réaliser ses aspirations les plus profondes. C’est un bonheur à construire, difficile à assumer, car le monde s’obstine à vous faire dévier de cette vocation qui est une lumière dans les jours. Quel bonheur de vivre l’instant présent dans la campagne, marchant dans cette terre chaude, odorante, fumante des jours de printemps. Oui, la nature comble le vide de l’âme par sa présence sensuelle. Le bonheur est dans cette rencontre de l’âme et du corps, de l’aspiration et de la sensation, de l’idée de l’amour et de l’amour lui-même. L’amour est cette transformation mystérieuse, inexplicable, de notre vision du monde. La pesanteur des jours devient apesanteur des instants. Alors, le bonheur, intemporel ! Chacun de ces instants ne constitue pas le temps. Ce sont des trous dans le temps, des îles sur les flots de notre histoire personnelle, le passage au-delà du miroir de nos opinions.

Et chaque jour ces instants sublimes de bonheur nous donnent une idée de la résurrection : un trou d’air qui s’éternise !

16/02/2016

Le Carême

L’année liturgique tourne autour de deux grands mystères : le mystère de l’incarnation et le mystère de la résurrection.

Elle est donc naturellement divisée en deux grands cycles :

* Le cycle de Noël avec le temps de l’Avent, le temps de Noël et le temps après l’Epiphanie ;

* Le cycle de Pâques avec le temps du Carême, et le temps pascal jusqu’à la Pentecôte. On peut y ajouter le temps après la Pentecôte avec les trois fêtes qui suivent : fêtes de la Sainte Trinité, du Corps et du Sang du Christ et du Cœur du Christ.

Le cycle de Pâques est le cœur de l’année liturgique et le cycle de Noël ne fait que le préparer. Chacun des deux cycles nous préparent à la rencontre du divin. Quelle différence ?

Noël met l’accent sur la naissance de Dieu en nous. Pâques met l’accent sur notre naissance en Dieu, avec la nécessité de se transformer pour renaître en Dieu ou ressusciter. Plus exactement, le cycle de Pâques est là pour nous inciter à mourir à nous-mêmes pour renaître en Dieu.

Le Carême nous permet de réaliser la kénose, c’est-à-dire nous vider de nous-mêmes, mieux, mourir à nous-mêmes.

05/02/2016

Haïku

 

De retour chez toi
Le noir absolu
Elle ouvre. Éblouissement

©  Loup Francart

 

Noirs et blancs, l'éblouissement des mots éclaire l'âme qui erre en toi !

20/01/2016

L'émotion esthétique et l'étonnement

Au-delà de la réflexion rationnelle, indispensable certes à un épanouissement sociétal, nous posons-nous la question d’un enrichissement personnel plus profond, de ce qui nous émeut parce que cela nous transforme ? Cherchons-nous en nous-mêmes quels sont les grands évènements qui ont profondément transformés notre vie et nous ont conduit à prendre conscience que celle-ci ne peut être en permanence tournée vers l’extérieur de nous-mêmes ? Qu’avons-nous ressenti à ces moments qui nous poussent à les revivre et les approfondir, même si nous ne les comprenons pas clairement ?

Alors, l’étonnement nous surprend. Il s’agit d’approfondir cette capacité proprement humaine de s’étonner, c’est-à-dire de s’émerveiller et d’admirer. Comment s’étonner de ce qui est banal ? Comment rester en état d’étonnement plutôt que d’accepter sans compréhension intime ce qui est ?

L’étonnement vise à une contemplation désintéressée du monde et nous conduit à nous re-présenter le monde en permanence. Là, le point de vue de chacun sur le sujet peut servir à l’enrichissement de tous.

05/01/2016

Maxime, à la manière de La Rochefoucauld

 

C’est au fond de soi que l’on trouve le meilleur.

Mais cela nécessite l’oubli total du moi.

 

01/01/2016

Méditation

Qu’est-ce que la méditation ?

On trouve deux définitions assez différentes dans le dictionnaire. Dans la première définition, non religieuse, la méditation consiste à penser avec une grande concentration d'esprit pour approfondir sa réflexion sur un sujet. Dans l’oraison mentale, elle est un exercice spirituel préparant à la contemplation. Néanmoins de nombreuses méditations spirituelles commencent par une méditation sur un objet particulier et, inversement, la méditation a tendance à devenir une science de l’esprit répondant à un besoin intérieur inhérent à la nature humaine comme l'expliquent Rudolf Steiner ou Krishnamurti. Les deux aspects de la méditation se rejoignent dans une expérience objective et subjective des mondes matériel et spirituel.

Mais plus profondément et surtout pratiquement, la méditation consiste à entrer en soi-même, c’est-à-dire à franchir la frontière entre le monde visible et extérieur et le monde invisible et intérieur. C’est une frontière subtile, non discernable réellement (vous ne savez pas quand vous l’avez franchi). Mais à un moment donné, vous êtes de l’autre côté, sans savoir pourquoi exactement. C’est un monde sans couleurs, sans saveur, un monde nu, mais qui transforme et porte l’âme vers une sérénité et un attrait sans fin. Le cœur s’ouvre et se dévoile la beauté des mondes à la fois visible et invisible. Une tension reposante imprègne l’être qui, délivré, s’épanouit.

Vous n’en savez pas plus sur Dieu. Mais il devient autre chose qu’un savoir appris qui relève d’une doctrine formelle. Vous ne savez qui Il Est, mais vous savez qu’Il Est, objectivement et subjectivement. Alors, simplement, vous contemplez et cette contemplation vous transforme. C’est simple, mais c’est vrai : une vérité expérimentale.

Alors, que cette année nouvelle conduise à ces horizons incommensurables !

25/12/2015

Ce jour

Quand enfants, nous vivions ce jour
Qui n’en était pas un
Parce que la nuit n’était pas une nuit

On se couchait, transis
Dans l’attente du réveil douloureux
Ouvrant sur l’église froide
Et les chants de magnificence

On se coulait, endormis
Sous le manteau d’un proche
Et attendions, vainement
Le vacarme des cloches

On adjurait l’enfant, si petit !
Quelle gageure de rester éveillés
Lorsque du sommeil tirés
S’échappaient les larmes de froid

Enfin du clocher venait l’orage
D'un carillon s’époumonant...

Plongée dans la nuit noire
qui dessinait des sourires ébahis...

Le rêve se précisait, pressant
Vainqueur des inclinaisons de tête
Et de l’absence de conscience
Les yeux ouverts sur l’espoir

Les enfants que nous étions,
Désormais éveillés et vivants
Ayant vécu l’enchantement de l’esprit
Attendaient courageusement à l’entrée
La libération de l’impatience
Et l’envol vers l’affairement
Du déballage des mystères empaquetés

Et bien que couchés tard
Et levés tôt d’excitation fervente
La journée s’écoulait
Portée par une ardeur sans fin

Aujourd’hui, dans le vide du souvenir
Renaît en nous l’enfant si nu
Qui étreint le cœur et l’élève
Dans le cri de l’humanité :
« Viens, toi qui es plus que moi-même
Emplis-moi de ta présence
Transparente et unique »

©  Loup Francart

 

Il nous faut maintenant célébrer cette vie perpétuelle d'où procède toute vie, et par qui tout vivant, à la mesure de sa capacité, reçoit la vie...
Que tu parles de vie spirituelle, rationnelle ou sensible, de celle qui nourrit et fait croître, ou de quelque vie que ce puisse être, c'est grâce à la vie qui transcende toute vie qu'elle vit et qu'elle vivifie...
Car c'est trop peu de dire que cette vie est vivante.
Elle est principe de vie, source unique de vie.
C'est elle qui parfait et qui différencie toute vie, et c'est à partir de toute vie qu'il convient de célébrer sa louange...
Donatrice de vie et plus que vie, elle mérite d'être célébrée par tous les noms que les hommes peuvent appliquer à cette vie indicible.

Denys l'Aéropagite

15/12/2015

L'espérance

Espérer est un verbe aérien qui élève
De l’espoir à l’espérance, du Un au Tout
Le zéro est-il sans perspective
Et l’infini signifie-t-il croyance ?
Nul ne le sait sinon celui qui connaît
Et a franchi le pas de l’idée à l’action

L’espoir traduit l’attente et n’est qu’un mot
Il converge entièrement vers son objet
Et le rétrécit à la pointe d’une aiguille
Sous la peau se cache l’épine
Qui une fois découverte abrège l’inquiétude
Sans pour autant affaiblir la souffrance
Qui revient par une autre porte
Ouverte sur un autre objet

Pour certains, l’espérance est oubliée
Et devient illusion et aliénation
En effet, elle ne poursuit pas un gain précis
Et dépasse l’espérance mathématique
Elle n’a pas d’ambition
Et la gloire épuise son souffle
Elle est sans perspective
Et reste dans l’expectance
Elle ne court pas après un objet

L’espérance n’est qu’un état d’être
Elle est confiance et ouverture
Capte l’éternité et la rend palpable
Devenue vertu parce que persévérante
Réponse de l’homme au silence de Dieu
Elle est au-delà de l’espoir
Elle est l’ancre de l’âme
Elle est action, libre et libératrice
Elle est le chemin de l’accomplissement

Toi, l’au-delà de Tout
Plus réel que la réalité
Donne-moi d’espérer
Dans la vacuité de l'instant

©  Loup Francart