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15/01/2021

La vie

Le vers de terre est un drôle d’être
Comment ne pas lui donner raison ?
Il lui arrive d’être prisonnier
Mais il se délivre sans difficulté
En se lovant sur lui-même 

L’oiseau moqueur a une grande gueule
Et un petit bec prétentieux
Il ne sait pourtant pas protester
Face aux attaques des petits
Qui l’accablent et rient de son inconséquence

L’homme dans sa naïveté frêle
Court après la vie sans pouvoir la doubler
Il lui tend même des embuscades
Sans toutefois pouvoir la piéger
Il ne sait pas feinter le dernier jour

07/01/2021

Conscience et paradoxe

Être là ou l’absence
Quand tu es là où es-tu?

Seul ton corps est présent
Il est là
Il occupe une part de l’espace-temps
Il peut lui arriver de bouger
Il passe du temps à changer d’espace
Il change d’espace en prenant du temps
Espace et temps sont une seule et même chose

Le mouvement c’est la vie
Et la vie c’est la conscience de ce mouvement
La conscience est seule intemporelle
Et donc non spatiale ni temporelle
Mais pour en prendre conscience
Il faut l’oublier

La conscience n’existe réellement 
Que lorsqu’elle n’est plus
Ou plutôt lorsqu’on n'en a plus conscience

 

04/01/2021

Voeux aux lecteurs d'un jour

Un point crée l’univers
Puissance de la volonté divine
Il souffla sur la poussière 
Et celle-ci devint créatrice à son tour
Engendrant la beauté et la vérité
Le souffle divin sur la braise cosmique
Crée l’infini et vous fait participant de l’infini

Que nous tous rêvions d’être créateurs
Faisant avancer l’année
Par de beaux projets
Et apportant notre pierre
Ainsi sera comblé l’infini
En nous conduisant à notre réalisation

Bonne année 2021 à vous tous,
connus ou inconnus,
qu’elle vous apporte espérance et amour du monde.

 

03/01/2021

La grande Charlotte

Plus rien ne sera comme avant
Elle n’aura plus ses cheveux blonds
Ne sera plus harnachée de la tête aux pieds
Elle ne partira plus sans que l’on sache où
Elle n’errera plus dans les rues de Tokyo
Ni dans celles de Topahunca la désolée

Dorénavant, elle ira comme sa sœur 
Sage et froide comme la mort
Elle sourira aux passants échevelés
Elle caressera les plumes du paon
Elle ira bravement à la ville voisine
Voir si son professeur de musique
Jouer toujours du violon à cinq cordes
Elle partira courir aux pieds du Mont Blanc
Et toujours reviendra fraîche et jolie
Auprès de tes rêves les plus fous
Jusqu’à t’enjôler et te rendre fou 

Ainsi dépassa en une matinée
L’image dévoyée de la grande Charlotte
Qui dansait la nuit dans les rues de Paris
Et pour moi, ce n’est plus qu’un souvenir
Qui passe au creux de ma mémoire
Et s’évapore au fond d’un rêve

 

28/12/2020

L'autre

Il entra subrepticement
Le noir l’emplissait
Il venait de crever l’abcès
Et pénétra au-delà du connu

Le silence accompagnait l’image
Noir, pas un bruit
Rien où s’appuyer
Il marchait dans le coton
Avançait avec peine
Malgré l’absence d’obstacles
Là, au centre de lui-même
Il n’y avait rien
Juste une sphère
Un grain de folie
Dans l’immensité du quotidien

Le temps s’arrête
La vie n’est plus
Ou tout au moins l’agitation

Il s’absente
Il ne sait rien
Et il sait tout
Mais le tout n’est rien
Et le rien devient tout
Il voudrait bien secouer ce refuge
Savoir si le grelot tinte

Est-il encore là, au centre
Dans ce moi qui le détient
Ou a-t-il franchi la porte
De la blancheur absolue
Dans laquelle rien ne pèse
Sans temps ni espace
Juste un douillet nuage
Qui l’entraîne au loin
Au-delà des apparences
Où le rien et le tout se côtoient
Où ni la hauteur ni la largeur
Ni même la profondeur
N’ont d’existence 

Le soi est vide de tout
Le tout n’est plus qu’un chatouillement
Au fond de la gorge
Qui n’est ni un rire ni un regret
Un vague souvenir
D’une vie antérieure
Pleine de bruits et de fureur

Ne reste plus qu’un rideau impénétrable
Qui cache l’autre monde
Inconnaissable, mais bien réel

 

22/12/2020

Viens écouter l'herbe pousser

Un matin, elle lui prit la main
Elle sourit, mystérieuse, grandie
Et, sans rien dire, l’entraîna
Vers les champs et les prés
Pour écouter l’herbe pousser

Où aller pour cela ?
Derrière la maison,
Près de la rivière
Là où le bétail ne va pas
Il y a trop d’orties

Elle portait sous son bras
Un tissu de fleurs en fête 
Qu’elle déploya souplement
Avant de s’étendre dessus
Souriante, elle lui tendit la main

Viens écouter l’herbe pousser
Lui dit-elle d’une voix douce 
Pour cela, il faut t’étendre
Fermer les yeux en ouvrant les mains
Et laisser ton cœur battre

Les yeux clos, elle s’alourdit 
Avec la légèreté d’un écureuil
Volontairement inerte, elle resta
Un brin d’herbe dans la bouche
Entre ses incisives blanches

Dieu, qu’il était beau ce brin
Vert tendre, droit de souplesse
Reposant sur le velours des lèvres
Approche, me dit-elle
Écoute l’amour du monde !

Il s’étendit à côté d’elle
Glissa également un brin d’herbe
Entre ses dents et ferma les yeux
Quel silence, pensa-t-il
Il oublia son corps. Ils étaient deux

Que se passa-t-il ensuite
Il ne sut ce qu’elle projetait
Il sentit la caresse de l’herbe verte
Le souffle tiède de ses lèvres 
Et les brins d’herbe se frôler

Chut ! Ne parle pas
Elle lui prit la main
La posa sur sa poitrine
Le regarda profondément
L’amour était là, bien vivant

20/12/2020

Lune

Dernière année de jeunesse
J’approche du moment fatidique
Où les astuces ne marchent plus

Un an seulement à vivre
Avant de perdre la blancheur
Et de devenir adulte définitivement

Que vais-je faire de ma vie ?
M’agiter dans mon bocal
En regardant la jeunesse

Je ne pourrai me délecter de fraîcheur
Ah, j’ai encore un avantage
Je peux courir dans les prés sans relâche

Oui, la barbe à papa ne fait plus effet
D’ailleurs les gens me regardent
Comme un crocodile empaillé

Ils n’ont plus peur de glisser un doigt
Dans la gueule du monstre
Pour le faire sourire bêtement

Dieu, que les adultes sont ennuyeux
« Fais risette mon doux lapin
Et goûte ce doigt de miel »

Je n’ai que faire de vos gâteries
Encore enrobé de chocolat
J’hume la grandeur du passage

C’est la dernière année
Réjouis-toi, l’œil écarquillé
Et fume tes dernières réjouissances

Rien ne vient sans effort
Même les derniers instants d’enfance
A la lecture du journal des jeunes

Encore un an et je serai adulte
Définitivement engoncé et malheureux
Dans mon costume trois-pièces

Ne pleure pas, c’est le lot
De chacun sur cette terre
Pour s’évader au petit matin

Mais pas avant de fêter
La dernière lecture du journal
« On a dansé sur la lune ! »

18/12/2020

Fille ou femme

C’était une fille, une jeune fille
Si jeune qu’elle était encore fille
Et non femme de toujours
Aux traits versifiés de miel

L’éclair du regard monte en flèche
Au-delà du clocher sur le soleil
L’ombre n’est plus de noir
Mais de chaleur de peau

Elle avançait avec délectation
Dans la blancheur de la nuit
Haussant ses frêles sourcils
Souriante de lèvres enfiévrées

Sans un mot, elle avançait
Tendant la main aux vents
Pour goûter la fraîcheur
De ce jour si nouveau pour elle

Jamais elle n’avait connu
Ce frémissement imperceptible
Ce tremblement divin de la chair
Jusqu’à son ouverture involontaire

Avance vers la lumière !
Enrage d’être ce que tu es
Deviens ce que tu seras
Quand la femme surgira

14/12/2020

Immortels

L’ombre des grands arbres s’est retirée
Ne reste que le nuage d’incertitude
Que donne l’absence de ta présence
Comme la douceur d’un voile de mariée

Te souviens-tu, toi, belle comme le jour
De l’étincelle de ton sourire de bonheur
Dans la fraîcheur de la campagne glacée
Rien d’autre n’existait, que ta beauté

Puis, le temps est passé, imperceptiblement
Les feuilles sont tombées, une à une
Les sourires se sont tus, muets de stupeur
Nous étions figés dans le stupre protecteur

Le réveil nous incite, sagement
À rêver à d’autres voyages à deux
Les yeux ouverts sur la nuit vacillante
Les bras tendus vers l’inconnu

Quand donc redeviendrons-nous immortels ?

10/12/2020

mort d'un personnage

Mort… Il est mort
Celui qui vécut un train d’enfer
Qui courut au-dessus de ses jambes 
Et tint longtemps la dragée haute
 A ses concitoyens égarés

Affairé, mais discret, il suivait
Sa tâche, guidant les autres
Seul, sachant ce qu’il voulait
N’expliquant rien, pensant en lui-même
Jusqu’à ce qu’il tombe une nuit
Comme une masse de roc
Ou une fleur desséchée…

Il était le maire
Il fut le père du village
Que le Seigneur l’accueille
Et le comble de ses grâces… 

 

29/11/2020

Cécité

Il vécut prudemment
Toujours aux aguets
Épiant les interventions
Fuyant les incapables
Grappillant sa nourriture
Sans connaître la somme
Des accumulations
Ni celle des pertes
Jamais il ne calculait
La dose à transmettre
Un secret bien gardé
Qui l’enchantait seul
Comme l’écureuil
De branche en branche
Il courrait vers la lumière
Et fut poursuivi sans fin
Jusqu’au jour du départ
Du dernier train
Pour le bout du monde
Sans billet de retour
Il connut la faim, l’absence
Le manque de sommeil
La solitude et l’ignorance
Jusqu’à la rencontre
Avec la finaude des nuages
Qui glisse son regard
Derrière l’opacité des mots
Et l’absence de clarté


Le monde est plus que ce qu’il était…

 

25/11/2020

Rat

Le rat n’est pas là
Le chauffeur râle
Je ne vais pas m’enraciner ici !
Crie-t-il à qui veut l’entendre
Il déraille, s’exclame le chat
Y a-t-il plus enragé ?

 

20/11/2020

Le chat qui pêche

Le chat qui pêche n’a plus vingt ans
Son poil lustré est couvert de farine
Il étire mollement ses membres
D’une grimace de dégout et de crainte
Laissant sa queue dans l’eau
Sous la contrainte de la faim

De l’autre côté du miroir, sous la surface
La raie étale son corps de rêve
Et caresse les vagues d’un air tendre
Attendant qu’un jour, lasse
Elle épuise ses dernières forces
À surfer sur le creux des eaux
Et s’enfonce dans l’ombre noire

Le chat, qui regarde en lui
Voit le manteau blanc de la raie
Passer sur son ombre grise
Caresser la queue luisante
Subjugué par la proéminence
Flottant au fil de l‘horizon

Oui, les raies ont aussi une queue
Qui danse à la surface ondulée
L’étincelle se produit
L’air et l’eau se rencontrent
L’étincelle explose
La mort a fait son œuvre

Le rêve s’est évanoui
Ne restent que quelques poils
Couleurs d’argent et d’or
Qui tournent en rond
Jusqu’à l’engloutissement

La faim de la fin n’est plus 

10/11/2020

Anniversaire

Elle a muri toute l’année cette date
Elle s’est gonflée d’importance et de vanité
Elle se tenait derrière lui, solennellement
Jusqu’à se déclarer au jour fatidique

C’est fait… ou donc se trouve son double chéri
Il n’entend plus que le cri de la descente
Et voit les visages horrifiés et distendus
Un pas de plus vers le destin sans rien pouvoir

Adieu fidèle compagnon, encore un
Qui troublera les nuits en attendant le jour

 

09/11/2020

Solitude

 

Le silence de la nuit
Tombe-t-il auprès des sourds ?

L’obscurité des tombeaux
Frappe-t-il ton corps tremblant ?

Le froid te glace
Tes pieds nus s’envolent-ils ?

Où donc se trouve l’espérance ?

 

08/11/2020

Nombres (6)


Mais on n’en resta pas là dans la duperie
On inventa l’analogique et le numérique
L’analogique reproduit les variations au plus près
Et reste le plus fidèle à l’état du sujet
Le numérique transforme le signal
En une suite de zéro et de un, soit deux amplitudes
Au lieu d’une multitude dans l’analogique
Le premier représente la danseuse idéalisée
L’image dans la tête du sculpteur
Le second n’est que l’essence du mouvement
Succession de sauts entre ciel et terre

Bon, on arrête ! Il n’y a ni moutons ni bergères
Il n’y a que des êtres diaphanes
Errant dans les mondes des nombres
Auquel s’ajoutent maintenant des lettres
Qui représentent des nombres
C’est l’invasion ! Sauve qui peut
Les migrants sont là, ils avancent
Les mots étouffent et la poésie s’effondre
Le numérique nous étrangle
Mayday… Mayday… Mayday…

07/11/2020

Nombres (5)

D’autres jeux de cache-cache existent et existeront
C’est ainsi qu’on inventa les pourcentages
Cela permit de renforcer les impressions
Et de mesurer les différences entre les produits
Quel pourcentage entre les nombres de bergères et de moutons ?
Quel pourcentage de taille entre la puce et l’éléphant ?
Ce comptage devint un changement d’horizon
Des plaines on passait aux montagnes
Les différences s’accentuèrent selon les administrés
Et l’on visait bien sûr les plus hauts ou les plus bas
Les moutons regardaient au plus terre à terre
Les jeunes bergères levaient les yeux aux cieux
Les uns restaient périssables pour le bien de l’homme
Les autres exaltaient le bonheur d’être humain

Puis, de bataille on passa à la guerre
Elle dure toujours. Le pourcentage en devint le nerf
On spécula sur la différence entre deux pourcentages
Non sur la réalité de l’évolution des sujets ou objets réels
Cela renforça le pouvoir des politiques
Commodément, ils avaient découvert la tromperie :
Passer de cinq pour cent à dix pour cent
N’est qu’une augmentation de 5 points de pourcentage
C’est une façon très utile pour ne pas dévoiler
Le doublement des impôts et des taxes

06/11/2020

Nombres (4)

Enfin on appela, parce qu’il faut bien les nommer
Les ensembles précédents des nombres réels
Soit le total de ces nombres, avec ou sans virgule
Positifs ou négatifs, qu’ils soient rationnels ou non
Le nombre réel est un nombre représenté
Par une partie entière et une liste finie ou infinie de décimales
Les moutons en gains ou en pertes
Les bergères qu’elles soient vierges ou déjà femmes
Même morts et coupés en morceaux
Font partie de cette foule infinie des nombres

Aurait-on fini cette énumération des types de nombres
Qui sont bien réels et manipulables ?
Au fond, y a-t-il des nombres non réels
Des nombres à part entière qui tirent leur existence
De la pensée sans réalité palpable ?
Eh bien oui ! Ce sont les nombres imaginaires
Et, encore, les nombres complexes
Une famille qui s’agrandit presque chaque jour
Les moutons créent des agneaux
Et les bergères deviennent mères de famille
Les prénoms y sont bizarres :
Quaternions, octavions, sédénions
Et même cyclotomiques
Mais là, ne m’en demandez pas trop
Mon imagination ne va pas jusque là
Car la complexité devient virtuelle

05/11/2020

Nombres (3)

Pythagore, un petit malin, découvrit les nombres irrationnels
On ne peut les écrire sous forme d’une fraction :
La diagonale d’un carré n’est pas exprimable
En un nombre rationnel qu’il soit entier ou fractionnaire
Tel est le nombre Pi, illimité en décimales
Serait-ce un nombre fini qui s’exprime en infini ?
Archimède en montra la transcendance
C’est un nombre non algébrique et non constructible
Pi serait-il un nombre univers, c’est-à-dire un nombre réel
Contenant n'importe quelle succession de chiffres de longueur finie ?
Si la bibliothèque de Jorge Luis Borges était de chiffres
Il en remplirait sans aucun doute la totalité, et même plus

Mais heureusement on s’aperçut qu’il n’était pas seul
On aurait pu penser que la transcendance est Une
(Au même titre que Dieu en tant qu’indénombrable)
Eh bien non ! Le nombre d’Euler, découvert bien plus tard
Est noté e, nombre dont le logarithme est l’unité
Il est irrationnel et transcendant
Et c’est un nombre réel et normal
Avouons que là moutons et bergères
Sont singulièrement coupés de la réalité
Jusqu’au moindre poil ou cheveux
Dommage, on aime bien les nombres de tous les jours !

 

03/11/2020

Nombres (2)

Mais un jour la tartine tomba à l’envers
Dévoilant les cuisses de dame numéro
Alors on compara les nombres entre eux
Certains en sortirent gonflés d’orgueil
D’autres se tournèrent vers la pauvreté
Et descendirent aux enfers
De plus, il arrive qu’il y ait des pertes
Les moutons se font manger par les loups
Les bergères perdent leur virginité
Alors, d’un coup de doigt, on conçut le moins
Les nombres pouvaient devenir négatifs
On comptait à l’envers et ce fut l’enfer
Il y eut ainsi les nombres entiers négatifs
On les plaça aux côtés des nombres positifs
Créant ainsi les nombres entiers relatifs

Mais on prit conscience, en toute innocence
Que si l’on multiplie deux nombres entiers
On obtient en toute logique un autre nombre entier
Alors que si on le divise peut surgir une fraction
Le nombre ainsi trouvé devient fractionnaire
Pourquoi l’appelle-t-on couramment nombre rationnel
Alors qu’il peut être totalement irrationnel :
La moitié de cinq bergères ne peut être deux et demie
Il faudra en ajouter ou en retrancher une
Si belle ou si riche soit-elle, dans l’une ou l’autre union

02/11/2020

Nombres (1)

L'homme, dans sa maison, n'habite pas l'escalier, mais il s'en sert pour monter et pénétrer partout ; ainsi l'esprit humain ne séjourne pas dans les nombres, mais il arrive par eux à la science et à tous les arts.

Comte de Rivarol

 

De nos jours, tout se fait avec des nombres
Le mot n’est rien, il est fait de lettres
Et les lettres ne sont que des sons
Certes, les chiffres sont parfois écrits en lettres
Et ne constituent qu’un élément d’écriture
Mais le chiffre est aussi un signe
Qui sert à l’écriture d’un nombre
Une lettre n’a pas de sens en soi
Tandis que le nombre engage qui l’utilise
Et peut le précipiter dans le tout ou le rien
Le chiffre a un poids que la lettre n’a pas

Auparavant la famille des nombres était simple
De zéro à neuf, puis mélange cousins cousines
On comptait les moutons avant de dormir
Et les jeunes bergères croisées dans la journée
Il suffisait de savoir compter pour vivre bien
La famille des nombres entiers naturels
Ce sont les nombres de tous les jours qui servent à compter.
Ils pèsent plus ou moins lourd et sont toujours positifs

26/10/2020

Beauté

La beauté se lève chaque jour
Derrière un rideau de feuillages
Dans sa pureté originelle
Souriante et amène
Comme un papillon de nuit
Elle ouvre ses yeux de biche
Regarde son vis-à-vis
Louche sans complaisance
Vers l’être qui la regarde
Et rit de voir son air égaré

Admire mon corps nu
Caresse son grain de rêve
Mais ne touche pas
Seul mon bien-aimé
Pourra un jour poser sa main
Sur le creux de mes hanches
Pourra le lendemain
Baiser ce cou si tendre
Puis une semaine plus tard
Se repaître de ses formes
Et s’enfermer en elle

Alors viendra le temps
Des amours d’antan
Où il sera moi
Et je serai lui

©  Loup Francart

18/10/2020

Lumière

 

Dieu, c’est l’autre

Mais il faut ouvrir grand les yeux

Cela ne signifie pas qu’il faut voir avec les yeux de l’autre

Mais simplement ne voir que la lumière

 

16/10/2020

Equilibre

La vie est équilibre…
Mais de quoi ?
D’appétit et de patience…
Fais ta part et attend
Le résultat de ton travail

Mais jamais ne va au-delà
Ne cherche pas ton dû
Car il ne t’appartient pas

Lorsque le cahier sera rempli
Tu en feras des flammes de joie
Tu seras délivré de tes richesses
Tu courras nu et libre
Parmi le monde

Alors seulement tu pourras dire :
"J’ai rempli ma part
Et rendu à l'univers
Ce qu’il m’avait donné"

10/10/2020

Pierre

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L’empreinte de l’homme sur la matière
se réduit-elle à un trésor fossilisé ?
La pierre est un ornement
destiné à faire rêver l’impatient
La substance brute ne suffit plus
à celui qui aspire à l’au-delà des maux.
Il lui faut décors et bavardages
pour se mesurer à l’autre
qui sait tout et ne dit mot.

27/09/2020

"El currucha" Arpeggiata

https://www.youtube.com/watch?v=t4p7s2atGE0


 

Les musiciens s’amusent et nous amusent.
Ont-ils bu ?
Pris au jeu, ils se laissent aller
Jusqu’à s’oublier eux-mêmes
La tête leur tourne
Seule la langue reste vive
Exprimant le désespoir
Ou la joie débridée
D’un monde en folie 

24/09/2020

La balle

Dieu n’est pas manchot
D’une petite balle,
Perdu au milieu des étoiles
Il a su faire un refuge
Pour ceux qui ne savent où aller
Rire et s’amuser,
Et, dans le même temps
Pleurer et même penser

Certes, il leur a fallu un moment
Pour comprendre l’importance du fait
Pour prendre au sérieux leur situation
Et même s’intéresser à leur sort
Pour soulever le coin du tapis
Et tenter de comprendre
Comment la balle tourne et revient
Au même endroit chaque année
Ils eurent chaud, ils eurent froid
Pleurèrent l’eau, se noyèrent
Dans les fontaines de ce paradis
Sans jamais se plaindre
Ni même tenter de changer les choses

Non, ils se tenaient debout
Contre vent et marées
Essuyant les embruns
Asséchant les lacs jusqu’à la mer
Pour en faire des terres
Où ils firent pousser
Cailloux et légumes
Ils firent de drôles de machines
Ronronnant benoîtement
Pour nourrir les absents
Et régaler les faibles

Tout cela tournait rond
Jusqu’au jour où l’un d’eux
Sur une idée saugrenue
S’avisa de changer la trajectoire
La balle s’enfonça dans des régions lointaines
Et perdit son enthousiasme
Ils durent travailler dur
Rouler les cailloux et creuser la terre
Pour se nourrir et s’apitoyer

Ensemble, ils convinrent alors
Que la mécanicité d’antan
Seyait à leur tempérament
Et qu’il valait mieux chanter chaque jour
Le lever du soleil plutôt que la fin
Des jours heureux
Respirer l’odeur privilégiée
D’un Dieu qui les regarde
D’un œil attendri
Et caresse leurs longs poils

Depuis, la paix s’est instaurée
Elle règne, même lorsqu’il pleut
Ou fait soleil jusqu’à plus soif
Dieu que la terre est bonne
Le rêve est devenu réalité

 

23/09/2020

la foi

La foi est cette brise légère et tendre
Qui pousse chaque être humain
A s’alléger de ses soucis et peines
Et de vagabonder parmi les nuages
Pour accomplir ce qu’il ne ferait pas
S’il lui restait un peu de jugeote :
Peindre un chef d’œuvre,
Courir et vaincre l’immobilisme,
Aimer celle qui pleure d’inconséquence
Inventer l’inutile et rire de bonheur
Chanter la joie et pleurer avec l’innocent

La foi n’est ni un mouvement du cœur
Pour gagner l’estime des autres
Ni un effort intellectuel épuisant
Pour se pousser parmi les premiers
Ni une rodomontade pour briller
Et devenir plus fort et plus en vue
Ce n’est pas montrer à ses concitoyens
En quoi on est capable et meilleur

La foi te convainc malgré toi
Elle t’enchâsse au-delà de l’indifférence
Elle te propulse hors de toi
Dans l’eau trouble de l’inconnaissance
Là où rien n’est connu ni même visible
Elle laisse passer les trompettes
De la renommée et du contentement

Tu te regardes nu et vois l’autre
Toujours mieux vêtu que toi
Mais tu flottes à mille lieux
Au-dessus des eaux et de la terre
Le cœur léger, la tête vide,
Le corps inexistant, toi-même
Perdu dans l’immensité du monde
Et te sens bien parmi les autres
Bordé de leur indifférence
Mais éperdu de tendresse
Pour leur présent et avenir

Elle est là, dans ton dos, la foi
Et te pousse à chanter la joie
Sans jamais regarder une croix
Ou te perdre au fond des bois
Laisse te gagner l’immédiat
Ne crie qu’alléluia

Mais ne la perd pas, toutefois

Car sais-tu que la foi

est la découverte de l'union du Moi et du Toi

dans l'expérience du Soi

©  Loup Francart

20/09/2020

Les longs chevaliers blonds

Les longs chevaliers blonds, aux crinières débordées
Encourent de graves problèmes du haut de leurs remparts
Où donc ont-ils couru, qu’ont-ils pu modeler
Pour encourir l’opprobre juste avant le départ

Rien ne trouble l’oiseau qui picore leurs casques
Et la fleur au fusil, ils partent sans un pleur
Sans un regard pour elles, mignonnes portant masque
Les seins fermes et moulés, éprouvant la chaleur

Ainsi se forma l’ombre, et la moiteur lubrique
De ces messieurs hautains, au franc parlé disert
Partit un jour d’avril, comme proies ésotériques

Ils quittèrent leur pays, en vrais traîne-misère
Laissèrent femmes et enfants, les yeux clos sur leur rêve
Pour crier du plus loin leur satiété de trêve

©  Loup Francart

19/09/2020

Embrasement

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Le feu envahissait la colline
Et pourtant l’air n’était pas surchauffé
C’était une après-midi d’automne
Aux poussées de brise froide
Sous des nuées chargés de noir
Personne n’imaginait un soudain embrasement
Un tel cri vers l’azur surchargé
Une telle suffocation de la verdoyance
L’irréel atteignait l’inimaginable
Les portes de l’enfer ouvertes sur l’horizon
Transmettaient l’onde des fins dernières
Contemplant une fois encore, involontairement
La fraicheur exquise et fragile
Des bois ceinturant ces lieux perdus
La matière s’épuise dans son souffle puissant
L’espace se réduit à la suffocation
Le temps s’arrête, figé d’horreur

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S’écoulent cependant les secondes
Sans crépitements ni cris de sauve-qui-peut
Le calme règne encore sur la planète
Ce n’est que sa majesté le soleil
Qui se couche avec délectation
Faisant durer son plaisir
Avant de fermer ses paupières
Et de laisser aller ses vapeurs
Au loin derrière les bois et les eaux
Au delà, l’homme contemple l’illumination
Les yeux bordés de larmes et de tendresse
Remerciant le monde et son créateur
De ce coucher du jour et du mystère de la vie

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