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06/12/2019

Naïf

Naïf ou trop habile
Qui donc le saurait mieux que toi ?

Le naïf est confiant
Il te prête ses pensées
Elles défilent sous ton nez
Parfois tu attrapes le bonheur
Un bon mot qui part tout seul
Et te comble sans savoir pourquoi
Un malheur est toujours possible
Lorsque tu dédaignes l’avertissement
Ainsi sont morts l’oiseau sans ailes
Et le chanteur sans voix

Le naïf est-il dupe ou niais ?
L’un d’eux me dit un jour
Pourquoi sortir puisqu’il faudra entrer
Un autre me susurra
Pourquoi entrer puisqu’il faudra sortir
Ils restèrent entre deux
Un pied sur chaque partie
Sans même pouvoir se séparer
Va voir, ils y sont encore !

Le naïf ou le rusé
Prendre l’un pour l’autre
C’est courir à sa perte
Ou recevoir la fortune
Sur un damier noir et blanc
Sans laisser d’alternatives

Le naïf serait-il un simple
Telle la fleur verte
Qui trompe son monde et meurt
De sa plaisanterie colorée
Mieux même, il peint les visages
De ses trois doigts triangulés
Et vend ses tableaux aux pauvres

Le naïf te croît, toi l’insaisissable
Tu apparais distant et nu
Tu cours à l’ombre des oliviers
Embrassant les belles femmes
Riant des enfants bavards
Pleurant avec les vieillards
Certes, tu es naïf, mais si simple
Qu’on repart le cœur nettoyé

©  Loup Francart

05/12/2019

Locédia, éphémère (41)

Tu te levas alors pour explorer l’appartement, curieuse de ce nouvel espace que ton ignorance rendait extravagant. Je t’accompagnais dans chaque pièce, écoutant ton babillage, commentaires pleins de drôleries sur les objets journaliers que je ne voyais plus. Cette exploration me dépouillait progressivement de mes réticences à me livrer à tes manipulations enchanteresses. Nous revînmes au salon et tu me donnas tes lèvres pleines, entières, gonflées d’une volonté nouvelle que je n’arrivais pas à cerner.  Après quelques instants d’une intimité inexprimable, tu rompis l’ensorcellement en me demandant si tu pouvais prendre un bain. J’avoue avoir été surpris par cette demande, inhabituelle pour quelqu’un qui vient pour la première fois dans l’espace d’intimité de la vie quotidienne d’un être qu’il connaît peu. Je t’accompagnais à travers les couloirs et escaliers menant à cette salle donnant sur une cour intérieure. Elle était encombrée, biscornue, avec une baignoire légèrement écaillée par nos jeux d’enfants, lorsque notre mère nous faisait attendre pour aller dans la cuisine surveiller l’ébullition d’une casserole. Je te donnais une serviette de bain, t’embrassais à nouveau, pensant que ton corps allait être offert à la grande glace qui permettait aux coutumiers de la maison de s’habiller de pied en cap et de se voir dans la totalité de leur densité. Avant que je ne te quitte, tu avais regardé le luminator qui se trouvait dans un autre recoin de la salle de bain. Il dispensait une douche de lumière étincelante, tombant en pluie sur le corps dévêtu, le revêtant d’optimisme pour la journée. Avant d’y pénétrer, il fallait prendre soin de se laver entièrement, puis de se sécher soigneusement sous peine de brûlures graves. Mais lorsqu’on se donnait aux éclats coupants et crus des jets propagés par les milliers de petits trous pratiqués dans la poignée, on oubliait la tiédeur habituelle d’un quotidien insipide pour plonger dans un vide rafraîchissant. Je vis ton regard sur la machine, je vis la brève étincelle d’envie qu’il contenait et te dis que tu pouvais t’en servir, à condition que tu respecte bien les consignes écrites suspendues au dessus de la porte d’entrée en verre opaque.

Tu avais déjà commencé à te déshabiller, relevant ta robe après avoir posé ton pied sur la baignoire. Je te regardais remonter tes mains jusqu’au creux de ta cuisse pour saisir la naissance du bas et l’enrouler autour de ta jambe, lentement, avec application. Et progressivement se dévoilait l’intimité de tes mouvements, de ce qui te permettait de courir et de danser sans souci, tes cuisses fermes et légères, tes genoux fragiles, émouvants, libérés du tissu bouffant du bas de ta tenue, et ton pied, discret, menu et animé. Tu me regardas, sans rien dire, un sourire aux lèvres et me dis :

_ Vas. Je me fais belle pour toi, pour que ton regard soit plus sûr et que tes gestes se libèrent. Je te veux pour moi seule, pure, peut-être pas vierge, mais soumise à mon étonnement devant ton assiduité. Je te veux, présent d’une consistance réelle, comme le pain à table ou la cigarette fumante sur le rebord du cendrier.

04/12/2019

Beauté

La beauté est le parfum de l’univers
Si subtile est son pouvoir
Qu’on ne peut la saisir directement
Pourtant elle tranche au sabre
Au-delà du désir de l’intelligence

Infime part du réel
Elle te plonge dans l’infini du monde
Une goutte de senteur
Qui te fait exsuder le meilleur de toi-même
Ombre des sens
Caresse de l’ineffable qui agite la chevelure
Mâle silence
Frémissant des signes du printemps
Tendre douceur
De l’émotion des corps rapprochés
Bref aperçu
De l’innocence de l’enfance dévoilée

La beauté seule
Donne le goût de la naissance du cosmos
Tu ne sais ce qu’elle est
Mais tu sais sa présence
Recueillie dans le calice de tes mains jointes

Tu t’incline sans bruit
Et rend grâce, environné de l’inexprimable

©  Loup Francart

03/12/2019

Le silence de l'âme

Celui qui sait ne parle pas
Celui qui parle ne sait pas
Lao Tseu

La connaissance suprême accessible à l’homme est une connaissance qui vient de l’âme. L’homme qui possède cette connaissance s’aperçoit qu’il ne sait rien au sens de la connaissance intellectuelle. Il n’a donc rien à dire parce que ce qu’il sait est inexprimable avec les mots et parce que les autres ne le comprennent pas. C’est un vide comblé par la compréhension directe alors que la connaissance intellectuelle est un savoir dans le vide.

La connaissance de l’âme ne s’acquiert pas par la volonté, car l’effort de l’âme et un effort de passivité attentive. La volonté n’atteint pas l’âme, étant un phénomène actif et physique.

L’attention étant un phénomène passif, elle peut intéresser le corps, l’intellect et l’âme, car elle rejette toute distraction, tout conditionnement.

02/12/2019

Reine d'un jour

Tu es morte et éprise de vie
Tout bouillonne en toi
Mais tu n’es pas servi
Par ton petit doigt

Qui compte le plus pour toi
Serait-ce ta peau de requin
Ou la sortie des bois
En te tenant par la main

J’ai pris ta plainte
Et ta lampe s’allume
T’exclames-tu, en conjointe
Fidèle dans la brume

Avance au large
Plonge dans l’arène
Mais sans surcharge
Ô toi, ma reine

©  Loup Francart

01/12/2019

Locédia, éphémère (40)

Effectivement, je logeais provisoirement dans l’appartement familial, libre en ces jours de vacances scolaires. Nous nous y rendîmes en marchant étroitement enlacés, nous racontant les pensées qui nous passaient par la tête, sans y attacher d’importance, concentrés sur ce qui devait se passer par la suite lorsque nous pénétrerions dans le refuge de mon enfance.

Entrée de ton inconstance dans la quiétude de mes sentiments. En ouvrant la porte de l’appartement, je t’ouvrais le fil de mon existence, un monde inconnu de toi, inaccessible directement à moi-même, plein de contradictions, d’épanchement des sens, de questions soulevées et de rationnelles rêveries. Tu découvrais ma personnalité par l’intérieur, hors de mes paroles, en touchant les objets familiers parmi lesquels je vivais. Ta première impression était importante, je l’attendais, suspendu à tes attitudes. Je te fis entrer dans le salon, ce que nous appelions le salon, pièce énigmatique contenant un piano, des fauteuils Empire accompagnés de quelques meubles de la même facture. Tu t’assieds sur le divan et me demande de te jouer quelque chose. Mozart l’ensorceleur… La sonate n°11 dont l’andante grazioso correspondait bien à cette sensation irréelle de te découvrir dans l’intimité de mon existence, comme un charme supplémentaire engendrant un surplus de vie, une aération de l’esprit dans la quotidienneté des jours et une vacuité enrichissante dans la solitude des nuits. Je te regardais parfois, à demi allongée sur le divan, l’œil perdu dans la rêverie suscitée par les notes. A quoi pensais-tu ? Tu m’attiras à toi, avec douceur, me regardant profondément, avec sérieux, comme t’apprêtant à faire un engagement nouveau. Mais peut-on dire que ce regard était amoureux ? Non, il s’agissait plutôt d’une interrogation qui signifiait ta difficulté existentielle à t’abandonner totalement ne serait-ce que quelques heures. Et pourtant les jours que nous avions passé ensemble jusqu’à présent me laissaient espérer ce rapprochement inexprimé. Avec émotion, j’embrassais ta lèvre supérieure, frémissante, légèrement salée des quelques gouttes de transpiration que la musique avait inoculé en toi. Tu me rendis ce baiser, avec retenue, caressant mon visage de tes lèvres entrouvertes, mais sans jamais se rapprocher de la naissance de ma bouche qui pourtant te recherchait.

30/11/2019

Séduction

L’adolescente se pare de brouillard.
Quel est son lot dans cette cohue ?
Cachée par le maquillage, elle reluque
Les autres femmes dans leur transparence.

Que font ces filles au long bec acide ?
Ont-elles la vertu hasardeuse des pickpockets ?
Elles se couvrent de voiles épais
Pour cacher leur beauté translucide.

Dieu, quelle engeance et quel fardeau
Que ces mirages environnés de soleil !
Elles rient en groupes serrés,
Ricanant de leurs lèvres peintes,
Tournant leurs yeux de biche
Ouverts comme des soucoupes solitaires
Et filent sous la nappe de lin frais
Des coups de genoux aux plus offrants.

Plus rien ne viendra à vous, mes belles,
Sans un engagement de votre part.
Oubliez-vous et vous resplendirez
De bonheur fluidifiant sans préavis !

Mais déjà le disque d’or ferme la marche,
Envahissant de noirceur subtile
Le front des hommes égarés
Qui contemplent étonnés la manœuvre
De ces filles encore jeunes
Mais déjà rouées, dindes volatiles
Dans la basse-cour de la séduction.

©  Loup Francart

29/11/2019

La véritable joie

 

La véritable joie est dans l'acte de donner et non dans celui de recevoir,

car c'est une joie durable.

 

06:58 Publié dans 45. Maximes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : joie, don, vie |  Imprimer

28/11/2019

Pourboire

Vêtu d’un filet d’eau, elle glisse entre toi
Et l’ombre de l’effort, offert aux plus vaillants
Son dos courbé de gloire te laissera pantois
Qui donc pourrait te dire qu’il te voit mécréant

Son doigt fin aspire tes larmes d’innocent
La douche est ambiguë et tu trembles d’horreur
A l’idée de la pluie sur le corps pâlissant
Et, douceur, pénétrant au fond de ton aigreur

Dans son ambiguïté, elle va plus loin encore
Elle ouvre ses jambes et déploie ses charmes
L’eau devient limon, requiert ton accord

Elle dérive et coule dans l’extase d’un soir
Riante de ses dents et mêlant ses larmes
Avec pour seul espoir obtenir un pourboire

©  Loup Francart

27/11/2019

Locédia, éphémère (39)

Alors, comme mu par un irrésistible besoin de chaleur, je te passais le bras derrière les épaules, prenant délicatement l’attache de ton bras dans ma main gauche et te pressant légèrement contre mon corps devenu insensible. Nous n’étions qu’un déjà sans possibilité de séparation. Et pourtant, si j’avais su alors ce qui nous attendait.

Doucement, tu te tournas vers mon visage, offrant tes yeux et tes lèvres, vestale offerte. Je te regardais, incrédule, et ton innocence inespérée m’inclina à te rendre cet abandon, cette lente respiration du corps et de l’esprit qui progressivement s’harmonisait. Je me penchais vers toi, effleurais le duvet au dessus de tes lèvres, respirant le souffle de ton existence comme l’unique bien de ce monde. Je posais mes lèvres sur les tiennes, avec lenteur, goûtant chaque frémissement de tes paroles muettes, leur ouverture impalpable vers d’autres promesses. Tu pris mon visage entre tes mains, comme une offrande que tu te faisais à toi-même et tu me rendis mon baiser, sereinement, dans une sorte de ralenti sans parole, avec une assurance séculaire. Je te contemplais alors, souriante, paisible, le regard clair, les paupières légèrement chargée de larmes, redevenue enfant, jeune fille, femme amoureuse, me semblait-il, jusqu’au plus profond de toi-même. J’essuyais lentement avec mes lèvres tes paupières mi-closes, aspirant cet aveu d’abandon avec ravissement. Irrésistiblement, je revins vers ta bouche, éprouvant le besoin de fraicheur qu’elle exhalait, l’irrésistible envie de mêler nos souffles dans un même cheminement comme une lente montée vers plus de félicité, vers une situation inconnue et profondément humaine. Merci, Locédia, de ces instants magiques, quand tu te livrais sans réticence et que je croyais te tenir, te détenir, te contenir dans les flots d’un amour irréalisable.

Nous sortîmes du cinésens, égarés, perdus chacun dans un bonheur inexprimable, séparés par la violence de nos sentiments et une attente irrésistible des événements à venir.

_ Si nous allions chez toi, me dit-elle joyeusement. Je crois que tu habites à côté.

26/11/2019

Grâce

 

La grâce te conduit au-delà des contradictions.

 

25/11/2019

Lumière et ombre

Vue de la plage
Le soleil suit son ombre
Derrière les barreaux

 

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24/11/2019

Une seule vie

Douce comme toi jusqu’où iras-tu
Pour être aiguë comme lui ?
Le cœur tendre ou la peau dure
Tu ne sais que choisir
Où se trouve celui que j’aimais
Et qui me chérissait plus que tout ?
Je n’ai en face de moi
Qu’un modèle de bienfaisance
Qui n’est autre que la souffrance
Et l’aiguillon du paraître
Où se trouve le vrai ?
Où se trouve la vie
Lorsque la nuit monte
Et les bruits croissent ?
Cherches-tu toujours l’universel ?
Vois-tu toujours la bonté
Qui court le long des rues
Et grimpe dans les jambes
Des passants, même des assassins ?
Oui, l’homme est ainsi fait
Rien ne vient conforter l’espoir
Tous meurent de ne plus pouvoir vivre !

©  Loup Francart

23/11/2019

Locédia, éphémère (38)

Je me souviens avec émotion du jour où j’ai cru te prendre dans les filets de notre amour. Tu m’avais téléphoné la veille d’une voix claire, différente, sûre de toi. Tu m’avais donné rendez-vous devant un cinésens, me disant ton besoin de me voir. J’avais deviné que ton attitude envers moi changerait ce jour là. Aussi est-ce avec excitation que j’ai attendu le lendemain. Je me souviens du titre du film : L’interprète désœuvrée. Par contre, je n’ai aucun souvenir de l’histoire du film, juste quelques images qui passent devant mes yeux, sans que je sois capable d’en reconstituer la logique. Je te reconnus, silhouette frêle à l’entrée de la salle de spectacle, dans une pose détendue sans être alanguie. Tu semblais parfaitement maitresse de toi, sans réserve, comme libérée de tes soucis quotidiens et du poids de la vie.

_ Bonjour, me dis-tu en me tendant la main. Je la pris entre les deux miennes, avec douceur, ému de ce contact simple, normal, mais annonciateur d’autres effleurements. Du moins était-ce ainsi que je voyais l’avenir. Tu me regardas avec douceur, sans espièglerie, comme délivrée de tes blocages intérieurs.

_ J’avais besoin de toi, de ta voix dans le creux de mon oreille, de ton rire incertain sur mes pitreries, de ta main sur mon épaule, rafraichissante et sereine. Viens, c’est l’heure, allons nous rejoindre en pensée devant l’écran tiède.

Nous entrâmes dans la salle, nous installant au milieu, dans l’obscurité ou plutôt au travers des éclairs de lumière diffusés par le film, émus déjà par une incompréhensible expectative. Tu retiras ton manteau, nous les posâmes sur le siège à côté de toi. Tu t’assis et te penchas vers moi, reposant sereinement ta tête sur mon épaule. Ton parfum m’envahit, capiteux, envoûtant, me pénétrant de toute part, m’ensorcelant de ta présence. C’était la première fois que tu m’accordais cet abandon de ton être, comme une aile de papillon effleurant mon épaule sans toutefois s’y poser. Nous commencions une nouvelle histoire, engagés dans un processus insolite. J’éprouvais un grand vide intérieur, une lente descente au plus profond de moi-même, dans le secret du nœud vital situé sous la gorge. L’air que je respirais devint transparent. Je le sentais s’écouler et envahir mes poumons, les délivrant de leur lourdeur habituelle. Je discernais en moi-même l’enveloppe fragile de mon corps, mince pellicule de matière impalpable, semblable à celle des bulles de chewing-gum que je faisais étant enfant. Au-dedans plus rien que ta présence, ton parfum, ta beauté, ta tendresse et ton abandon miraculeux. Je ne distinguais plus rien au dehors, englouti dans la danse de tes cheveux sur mon épaule, dans la tendresse exprimée sans un mot d’une attitude qui ne t’était pas familière. Toi aussi, tu étais devenue inconsistante. Je ne sentais plus le repos de ton buste contre moi. Nous étions deux enfants redevenus virtuels, en devenir l’un envers l’autre, sans autre futur que notre attirance mutuelle.

22/11/2019

été

Bouquet de baisers

Sens la chaleur de l’été

Plus rien n’existe

 

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21/11/2019

Chine immuable

https://www.youtube.com/watch?v=Tlsev6ZepqE


Voyage en Chine impériale. Chaque note se détache dans l’air. La note vibre, puis s’éteint remplacée par une autre. L’eau s’écoule dans la pensée et l’étouffe.

Le guzheng est un instrument de musique à cordes pincées traditionnel chinois de la famille des cithares sur table, dont les plus anciennes traces datent du IIIe siècle avant notre ère.

Il comporte généralement 21 cordes placées sur 21 chevalets mobiles utilisés pour accorder l'instrument; le nombre de cordes diffère selon le type de zheng (certains ont plus d'une trentaine de cordes).

Dans le cas le plus courant (21 cordes), l'instrument est accordé selon une gamme pentatonique, fréquemment en ré majeur (ré - mi - fa# - la - si). La tessiture de l'instrument est de quatre octaves (généralement du ré1 au ré5). L'instrument comporte souvent quatre cordes de la vertes, pour aider l'instrumentiste à se repérer visuellement.

(From = https://fr.wikipedia.org/wiki/Guzheng )

20/11/2019

Religion et spiritualité

La religion est le politique, le social et l’économie de la spiritualité.

La religion est le corps, seule la spiritualité est l'âme.

Ne te laisse pas berner !

 

19/11/2019

Locédia, éphémère (37)

D'autres fois, je laissais conduire Locédia dans ce ravissement mêlé de crainte que donne l'interdit. J'arrêtais la voiture sur l'accotement caoutchouté et la laissais prendre place au volant. Elle regardait pendant un moment les compteurs et manipulait le levier de vitesse avec indécision. Je lui rappelais les différentes manœuvres à effectuer avant d'appuyer sur le déclencheur de roulement qui nous remettrait sur la chaussée de plastique et nous repartions après quelques douloureux tressaillements du moteur dus à sa maladresse.  Nous étions vite repris par le vertige voluptueux de la vitesse. Locédia... Frémissement de tes lèvres à l'abord d'un virage. Cette attention qu'elle portait au ruban gris se déroulant sous nos roues. Précision de l'enclenchement des vitesses, l'œil au compteur. Mais pourquoi manipuler le levier de vitesse comme s'il s'agissait d'un battoir à œufs ? Je craignais toujours qu'il lui reste dans la main et que nous ne puissions plus nous arrêter, condamnés à rouler sur le ruban grisâtre de la route jusqu'à l'épuisement du carburant. Assis à côte d'elle, j'allumais une cigarette tout en surveillant la route.

Locédia, assise, penchée sur le volant, le cou tendu vers le ruban mobile de la route, les paupières légèrement fermées. Déroulement monotone des lignes discontinues avalées par le capot. Locédia assise, penchée vers moi, les paupières closes, offrant ses lèvres. Abandon de ton corps dévêtu que nous contemplions comme un paysage étrange.

Au début, il lui arrivait d'enclencher une mauvaise vitesse et les voyants rouges clignotaient jusqu'à ce que le dispositif de sécurité nous ramène vers l'accotement. Nous devions attendre plusieurs minutes avant de repartir. Elle s'impatientait et appuyait sans arrêt sur le déclencheur de roulement, mais l'œil électronique devait signaler un interstice entre le flot des voitures pour que nous soyons renvoyés sur la chaussée. Plus tard, quand elle eut pris l'habitude de la voiture et de sa conduite, nous roulions sans heurt, pendant des kilomètres, dans le sifflement du vent sur les ailettes métallisées du stabilisateur de vitesse, écoutant inlassablement la même suite de Bach qui était devenue pour nous un élément indispensable au plaisir de rouler.

18/11/2019

Première neige

La première neige

Les cristaux se renforçent

Gel sur la forêt

 

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17/11/2019

La nécessité d'agir

Vous arrive-t-il d’agir en vue d’un bien alors qu’une autre partie de nous-même trouve absurde cette attitude ?

Cette nécessité qui s’impose à vous n’incombe qu’aux choses possibles. Elle procède de la possibilité et de la conscience surnaturelle, mais réelle. Elle impose l’action pour elle-même et non pour son objet.

La nécessité du bien ne peut venir que d’ailleurs. Elle s’impose à nous presque contre notre propre volonté.

 

16/11/2019

Nuit câline

Doucement, avec tendresse, il lape son café
Le chat ne lui arrive pas aux chevilles
Les ombres de la rue pleurent en écoutant la danse
Des rats dans la cave et des souris dans l’appartement
Les éclairs se succèdent, la tension monte
Le verre se déforme et le mercure explose
Dans la tête de qui vous précède, hautain
Il ouvre sa fenêtre et libère les odeurs
Qui partent vers la lune en chantant
Rien n’existe que le silence terrible
Qui assaille l’intercostal jusqu’au noir
Les souvenirs broyés en minces tranches
Ensevelis sous cellophane et ficelés
Sont prisonniers du maelstrom des caprices

Rien ne va plus, fiston, l’ordre règne
Vite, au lit et fait de beaux rêves

15/11/2019

Locédia, éphémère (36)

Las de ces rencontres ébauchées dans la chambre exigüe, nous partions en voiture, sans but précis, avec comme seul plaisir le défilement bourdonnant et monotone des bandes de roulement. Il fallait sortir de Cipar en empruntant les souterrains insonorisés. Nous glissions sur le sol lisse en fibres de plastique qui renvoyait sur la voûte le ronronnement du moteur. En passant au dessous des turbines inhalatrices de son, nous nous taisions, de peur de ne pouvoir saisir nos paroles qui étaient aspirées. Il y avait d'ailleurs des pancartes rouges et lumineuses qui indiquaient les zones de silence. Les conducteurs s'y étaient habitués peu à peu, mais lorsque les turbines furent installées, il était arrivé qu'un chauffeur imprudent qui vitupérait contre un autre, fût arraché de son volant par l'aspiration. La voiture allait s'écraser contre les aspérités caoutchoutées du tunnel, ce qui la rejetait invariablement dans les larges caniveaux récupérateurs de fumée. Souvent les autres occupants de la voiture périssaient asphyxiés avant l'arrivée des agents du soutènement.

Tu parlais. Tu te taisais. Le bourdonnement du silence établissait entre nous un lien que les turbines venaient détendre à intervalle régulier. Glissement silencieux, à peine troublé par le sifflement de l'air sur les ailettes stabilisatrices à demi-sorties en raison de notre faible vitesse. La lueur verdâtre des lampadaires suspendus à la voûte par des câbles d'acier enchevêtrés, envahissait l'intérieur de la voiture d'une indéfinissable couleur fade. Je te regardais noyer tes yeux dans la fumée des caniveaux récupérateurs de fumée. Tu te tournais vers moi en relevant le menton, les sourcils légèrement haussés, puis replongeais ton regard dans la fumée ou sur les flancs caoutchoutés et granuleux du tunnel.

Nous sortions des souterrains en pleine campagne, entourés de verdure, roulant à travers la forêt de lampadaires chevelus qui s'éclaircissaient à mesure que nous quittions les grands axes. Un jour nous nous sommes perdus dans l'enchevêtrement incroyable des routes, les panneaux lumineux étant tombés en panne. Nous errions dans cet univers désertique de plastique et de fer où se reflétaient les lueurs de la lune. Comme nous n'en avions qu'une paire et qu'elle avait peur de cette conduite dans l'obscurité, elle s'était emparée des lunettes de conduite et me guidait le long des arbres à lampadaire que la route contournait et enlaçait en bras incurvés. Glissant à petite allure dans la nuit, nous entendions le sifflement désagréable de l'air rejeté par les troncs. Je me souviens de la lueur de nos deux cigarettes dans l'épaisseur de la nuit. Elle posait sa main sur mon bras et je savais que je devais ralentir et tourner du côté où elle exerçait sa pression.

14/11/2019

Loi

Obéir à la loi parce qu’elle est la loi et non parce qu’elle est juste. La loi n’est pas juste, mais elle est nécessaire. Elle ne peut que tendre vers la justice à travers l’ordre. Et l’ordre est nécessaire à la justice et à son amélioration.

La loi, à travers l’ordre, vise la justice sans l’atteindre.

 

13/11/2019

Opposition

indépendance ?

Un ne peut devenir Deux

l'attraction déroute

mais Deux peut redevenir Un

Brisure du temps !

 

penrose,géométrie,expension

 

12/11/2019

Hiver

Ici, la terre s’endort bordée des dernières fleurs
L’obscur moineau sautille et plonge son bec en terre
L’eau s’évade sans bruit, s’écoulant sans douleur
Les pas marquent le sol d’un œil protestataire

La douceur rougit seule sous le froid égrainé
La femme se couvre et l’homme fait le dos rond
L’écureuil réjoui crée son garde-manger
Seul le poisson file et échappe au héron

S’instaurent le non-être et l’absence de bruit
L’ombre ne profile plus la présence d’autrui
L’herbe devient fouillis et va sans "verdoyance"

Peu à peu vient la mort, la nature s’effeuille
Afin de survivre ouvre ton portefeuille
Et laisse aller ta peine jusqu’à la bienveillance

©  Loup Francart

11/11/2019

Locédia, éphémère (35)

_ Moi, je veux connaître chaque jour le bonheur. Personne ne m'en empêchera, pas même toi, disait-elle d'une voix de petite fille gâtée pour qui chaque exigence nouvelle devenait réalité. Elle parlait posément, comme si elle avait beaucoup réfléchi pour énoncer ce lieu commun. Elle regardait ses mains qui jouaient avec les miennes de même que l'enfant joue avec la craie lorsqu'il passa au tableau pour exposer une leçon devant ses camarades. Ses yeux m'étonnaient souvent par la multitude de leurs expressions. Ils semblaient contenir plusieurs individualités. Ils erraient de ses mains aux miennes, remontant sur mon bras pour s’arrêter à la naissance du cou ou un peu plus haut derrière l'oreille, à l'endroit où les cheveux commencent à se lover en spirales. Ils se concentraient ensuite sur mon regard, un peu plus éveillés, un peu plus tendres aussi.

Pourquoi parler d'une chose qui n'existe pas. « Connais-tu des gens qui s'aperçoivent de leur bonheur ? Ils le rêvent dans leur vie passée, comme le présent qu'on ne peut vivre parce qu'il est déjà du passé, » lui répondais-je. J'étais agacé par cette recherche enfantine du bonheur qu'elle n'avait cessé de poursuivre jusqu'au jour où, bien après cette conversation, elle avait découvert les jardins aux fleurs de lèvres et l'employé débonnaire qui l'avait initiée. Il est possible que ce soit cette découverte qui créa par interposition l’événement que nous avions fini par attendre, imprévisible, inconnu, révélé à la dernière minute, indescriptible. Sans doute n'a-t-elle pu trouver d'autres raisons d'exister une fois sa découverte exploitée et ternie par le temps.

_ Dieu que tu es triste, que l'humanité est triste. J'en ai assez de côtoyer des pleurants et de les soigner comme les plantes grises. Je me demande ce qu'ils foutent tous sur terre. Ils feraient mieux de la quitter tout de suite.

_ Qui ils ?

_ Tout le monde. Tous les gens sont tristes. Moi aussi, constatait-elle avec un petit mouvement de dégout envers elle. Elle réfléchissait : je suis triste aussi, mais ce n'est pas la même tristesse, pas le même désespoir. J'ai trouvé avec toi une parcelle de bonheur et je ne veux pas la perdre. Les gens me rendent heureuse en participant à mes jeux. Quand je m'ennuierai avec toi, je m'en irai.

_ Et je deviendrai un cadavre que tu viendras contempler pour jouir de ton bonheur. Les mains jointent sur la poitrine, je serai jaune et vert, ma barbe aura poussé et tu te diras : « je suis heureuse. »

_ Tu n'as pas de barbe, constatait-elle en souriant.

_ Évidemment, je me rase tous les matins. Tu ne te rases pas, toi ?

_ Si, tous les jours, entre les seins.

Et elle éclatait de rire en me prennant la main ou en posant la sienne sur un de mes genoux. Elle riait longtemps, très longtemps, avant de redevenir instantanément sérieuse. Elle était persuadée, avec une de ces intuitions féminines que nous ne possédons pas, que ces instants ne dureraient pas, que nos rencontres étaient éphémères. Je sentais qu'elle avait peur de me perdre. Elle savait que cela arriverait un jour ou l'autre. Elle me regardait tristement, la main posée sur mon genou et fermait les yeux en levant son visage vers moi. Et je ne pouvais que l'embrasser lentement, les yeux ouverts, comme on embrasse une déesse de bronze.

_ Salaud ! Tu profites de ce que j'ai les yeux fermés pour m'embrasser. Tu ne penses qu'à cela, me tripoter. Tu ne m'aimes pas.

10/11/2019

Foi

Il y a trois formes de foi :

* la première est la foi pratique, celle du charbonnier. C’est la foi de celui qui croit parce qu’il désire croire sans avoir à se poser des questions. Elle établit un marché avec le monde divin : sauvé au prix d'un sacrifice.

* La deuxième est la foi logique, étayée par la théologie et un raisonnement intellectuel. Elle n’est pas forcément meilleure que la première et s'attache aux preuves de l'existence de Dieu. Là aussi l'amour n'est pas don.

* La troisième est la foi mystique. Elle est exigeante, car c’est la foi du renoncement et de l'amour.

Renoncer, oui, non par ignorance, non par connaissance, mais accepter le nuage d'inconnaissance et se laisser bercer.

09/11/2019

Silence des nuits sans sommeil

Silence des nuits sans sommeil
Où le cœur marque inexorablement
L’écoulement des heures figées
Dans la pose de l’enfant endormi
Et que dehors, dans l’obscurité mouvante
La lune accomplit son périple immuable

Chaleur fade du poids de la veille
Dans la moite activité imaginaire
Des rêves du premier sommeil

Se lever et marcher sans l’obscurité
Sentir le carrelage froid sous le pied
Et l’odeur persistante du jour
Qui imprègne encore les pièces vides
Jusqu’à ce que la paupière lourde
Les membres las et la tête vide
Le corps replonge dans l’élément de son absence

©  Loup Francart (18 mai 70)

08/11/2019

Liberté

19-11-06 Pictoème nov.jpg

 

Au cœur de la glace palpite la liberté
volcan des humeurs, privilège de la fuite
elle s’engorge de contradictions
mais toujours éclaire celui qui la porte

Dans le noir de l’être survit encore
le fer rouge du bonheur

 

07/11/2019

Locédia, éphémère (34)

Un seul employé, étranger au pays, s'occupait de la machine à distiller le bonheur, une petite machine chaudière chauffée au charbon de bois et entourée de tuyauteries en colimaçon où se formaient de fines gouttelettes de parfum. Il habitait une petite maison envahie de lierres au fond de l'un des jardins et ne sortait que le soir pour s'assoir paisiblement sur le pas de la porte. La salle de la chaudière était formée de grandes baies vitrées et dépolies qui permettaient un éclairage permanent des différents cadrans de pression et de pourcentage d'acide. Les pupitres de commande en occupaient la majeure partie. La chaudière était reléguée sous une sorte d'auvent destiné à aspirer les effluves dangereuses. Les études prolongées des plus grands "psychochimistes", restées secrètes, étaient à l'origine du parfum d'amour. Ils avaient remarqué et isolé chez les autres vivants inférieurs cette drogue parfumée que distille la femelle au moment des amours en butinant de longues fleurs de lèvres. Elles poussaient en buissons sauvages aux feuilles irritantes. Ceux, qui parvenaient à en cueillir la fleur et à en respirer le parfum tenace étaient pris d’un vertige incomparable. Le célèbre Andropire, à qui un monument est dédié dans un autre coin du jardin et dont l'inauguration donna lieu à des réjouissances enivrantes, eut un jour l'idée, en distillant une betterave pour sa ration quotidienne de sucre, de distiller le fruit gluant de la plante pour en faire une eau au goût fade, mais aux effets concluants. D'autres chercheurs transformèrent 1'eau en parfum. Depuis ce temps-là, l'activité du pays tourne autour de la fleur de lèvres : plantation, culture, distillerie, parfumerie, étude d'hybrides à autres effets.

Cet employé, dont Locédia avait fait connaissance par la suite, était le maitre débonnaire du pays, craint et respecté par tous. Il n'utilisait qu'une seule sanction envers les fautes commises contre la morale sévère du pays : priver le fautif de sa dose quotidienne de drogue. Les heures atroces que passent l'esprit et le corps dans l'attente du bonheur suffisaient pour que la faute ne se renouvelle pas. Quelques vieux malins, vicieux ou misanthropes, recherchaient cependant la punition peur mieux profiter du bonheur après une attente prolongée. Ils constituaient une caste exceptionnelle qui n'arrivait à ces considérations sur l'absorption du bonheur qu'après une lente et difficile réflexion dans ces jardins les plus sobres et les plus enchanteurs que nous ayons pu voir. La forme galbée et arrondie de chaque arbre à femmes, le geste gracieux de leurs branches étaient exceptionnels. Un arbre mort aux membres décharnés coupait parfois l'harmonie de la végétation. Jardins enchanteurs, mais dangereux puisque chaque arbre possédait un pouvoir de préhension sur les promeneurs qui, cela arrivait peu après l'absorption de la drogue, se jetaient dans les bras tentaculaires des arbres à femmes. Le gardien du square les délivrait en coupant quelques branches. S’il tardait trop, le malheureux promeneur disparaissait dans un fouillis inextricable de pieds et de mains. Cette subite disparition ne troublait en aucun cas la béatitude du reste de la population affairée à humer les relents de parfum d'amour poussés par le vent. Drôles de gens que ces habitants marchant le nez au vent.