Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20/09/2020

Les longs chevaliers blonds

Les longs chevaliers blonds, aux crinières débordées
Encourent de graves problèmes du haut de leurs remparts
Où donc ont-ils couru, qu’ont-ils pu modeler
Pour encourir l’opprobre juste avant le départ

Rien ne trouble l’oiseau qui picore leurs casques
Et la fleur au fusil, ils partent sans un pleur
Sans un regard pour elles, mignonnes portant masque
Les seins fermes et moulés, éprouvant la chaleur

Ainsi se forma l’ombre, et la moiteur lubrique
De ces messieurs hautains, au franc parlé disert
Partit un jour d’avril, comme proies ésotériques

Ils quittèrent leur pays, en vrais traîne-misère
Laissèrent femmes et enfants, les yeux clos sur leur rêve
Pour crier du plus loin leur satiété de trêve

©  Loup Francart

16/09/2020

Elle pense

 

Comme est beau l’homme pensant ! Que dit-il à lui-même ?
A-t-il donné sa vie à la faune et la flore ?
S’est-il épanoui ou est-ce un requiem
Qu’il joue en sourdine, se tournant vers bâbord ?

L’œil vif encore ouvert, la narine palpitant,
La main frêle et sûre d’elle, il s’échappe en pensée
Vers l’absence de malheur, tenant son front bouillant,
S’égarant dans l’impasse, ressortant nettoyé.

Et voici s’avançant, d’un pas souple et auguste,
La femme évanescente, de retour au foyer.
Elle brille de tous ses feux pour se faire pardonner.

Quelle idée l’échappée, ce départ injuste
Loin de toute caresse, sans un regard pour lui,
Qu’a-t-elle été faire, sans même un parapluie ?

©  Loup Francart

28/08/2020

La déité


La déité ne se montre pas
Elle se cache derrière les apparences

La déité n’est qu’un fumet
Que seuls les innocents perçoivent

La déité est le silence
Que l’oreille n’entend pas

La déité est douceur
Elle râpe la gorge des bavards

La déité met le vent en mouvement
Et le rend plus caressant

La déité s’endort dans ton terrier
Et s’y tient au chaud

La déité habite le monde
Mais y reste sur son quant-à-soi

Rien ne trouble l’homme
Si ce n’est l’être intérieur

©  Loup Francart

13/08/2020

L'auteur

Une histoire, une histoire…

Rassemblés dans le salon,
Assis sur des tabourets bancals
Nous attendions tous la chaleur
Du discours d’Amédée
Quand va-t-il parler ?

Celui, arrivé peu auparavant
Parlait avec l’hôte réservé
Ne voulant pas interférer
Dans le déroulement prodigue
D’une soirée littéraire renommée

Enfin l’hôte sourit et annonça :
« Chers amis, voici l’instant attendu
Par vous tous. Le docteur Siestat
Va nous parler et nous enchanter. »
Chacun de se redresser et d’observer
L’auteur des Trois Mondes
Ronronnant de satisfaction

Celui-ci s’avança, salua, s’assit
Déplia un bout de papier froissé
Se racla la gorge, discrètement
Ouvrit la bouche et ne dit mot
Il recommença, toussant légèrement
Rien ne vint. L’homme restait muet
Tous tendaient le cou pour voir la célébrité
Qui ne pouvait s’exprimer
Y a-t-il un docteur dans la salle ?
Interrogea l’hôte, inquiet et gêné

Un homme se présenta, petit
Le crâne chauve, les lunettes sur le nez
Il observa le docteur en littérature
Lui tapa dans le dos d’un coup sec
De la bouche du conférencier
Sortit un petit magnétophone
Qui se mit à parler tout seul
Pendant que la célébrité
Restait assise, ne sachant que faire

Une femme, belle et affectueuse
Se leva et dit d’une voix faible
« Laissez donc cet homme déblatérer
Il n’a rien à nous dire sinon sa suffisance
Partez aux quatre coins du vent
Et recueillez les désirs des participants ! »

On éteignit l’engin parleur
Chacun exprima son souhait
Le silence se fit, le rêve s’installa
Un nuage se mit à flotter dans l’air
Obstruant la vue, libérant la parole
Le brouhaha prit de l’ampleur

En sortant tous se dire :
Quelle belle soirée nous avons passé
Rentrant chez eux ils s’extasiaient
Puis se couchèrent, heureux
D’avoir écoutés un auteur
Qui ne sait dire sa littérature

 

11/08/2020

exhibition

Un ciel clair comme un voile de mariée
Découvert un matin comme les autres
Rien ne traversait l’extatique corridor
Qui conduit aux prémices du bonheur
Elle va et vient comme une princesse
Ses atours aux formes impalpables
Crème glacée aux chatoiements brefs
Qui monte vers le cœur et le fend
D’un sourire espiègle et désertique
Jusqu’au plus profond des entrailles
Là où rien ne bouge, mais tout émeut
C’est ainsi qu’il a découvert l’amour
Une plaque de métal qui résonne
Des astuces de l’autre pour exister
Et se montrer en toute puissance
Dans son plus simple appareil
La vie jaillit d’elle-même du vide
Comme une folie enchanteresse
Qui court à tout instant, en tout lieu
Et décore le cosmos de bulles roses
De rapprochements et d’éloignements
Que la soupe quantique ne peut prévoir
Cours aux bords de l’univers, cours
Et salue la foule qui t’acclame

©  Loup Francart

06/08/2020

Flamboiement

Le flamboiement d’un être le distingue du mortel
Auréolé sans fin sa vue le déprécie
Effondré sur lui-même, il conserve son autel
De pâles admirateurs de nouvelles facéties

Ainsi s’ouvre l’horreur d’une manipulation
Environné de flammes, attirant les regards
L’homme n’ose avancer sans réconciliation
Errant sans relâche, avançant l’œil hagard

Le poil roux et vêtu d’un voile suffisant
Il étale son savoir et va euphorisant
Le poitrail découvert à l’assaut du monde

Plus rien ne paraîtra, pourvu de cheveux roux
Aussi trouve-t-on en vente le produit peu ou prou
Apportant la couleur aux douces têtes blondes

©  Loup Francart

04/08/2020

Tournant

Me voici de nouveau seul face à la page blanche
Elle oscille sans vergogne dans le brouillard
Ne laissant que l’odeur de l’insuffisance
La souffrance du manque et la pauvreté de l’absence

Rien ne m’oblige pourtant à croire au but
Je marche les yeux fermés, sans gestes brusques
Courant de-ci de-là, les yeux ouverts
Sur la nuit profonde et le rêve intérieur

Le temps s’écoule cependant, vert comme le bois
Pris d’envies, de maladresses et d’encouragements
J’erre dans le vide de ma mémoire perdue

Enfin, j’approche de la lumière finale
Celle qui court seule sur l’asphalte
Et qui sera bientôt coupée net

Panne et résurrection
Ou flash et extinction

Tu ne peux que choisir

©  Loup Francart

26/07/2020

Inconnaissance

Il ne sait plus où il est
Sait-il même qui il est
Souvenirs d’où il vient
Absence d’où il va
L’opacité de l’existence
L’obscurité de l’avenir
Une page noire…

Une tache blanche
Ouvre son destin
Le futur renouvelle
Une vie autre
Loin des représentations
Et du paraître
Puits de lumière
Dans la nuit obscure…

Va et marche vers lui
Avance dans le brouillard
Enjambe les nuages
Et force la porte
Du nuage d’inconnaissance
Entrouvre le passage
Et ne pense plus…

©  Loup Francart

21/07/2020

Tout ou Rien ou Tout et Rien

Rien et ce rien engendre le Tout
Mais ce rien est-il le néant ?
Donner un nom à ce qui n’est pas
C’est livrer une chimère sans logique
Ce néant est-il le non-être ?
Qui peut dire non-être
S’il n’est pas lui-même
Il y a donc de l’existence dans l’absence d’être
Tout est lié au Tout
Même parler d’absence de tout
Implique la présence d’être
Dieu seul dans sa lunette
Voit l’homme devenir être
Dans un monde d’irréalité

©  Loup Francart

18/07/2020

Entre en toi-même

 

Avoir la foi, croire, est-ce un trompe-l’œil ou une réalité ?
Le monde intérieur peut-il n’être que le produit du monde extérieur ?
Qu’est-ce que le réel ? Que signifie l’imaginaire ?
Le spirituel peut-il n’être que l'invention de nos sens ?

Je crie vers toi…
Y a-t-il quelqu’un au bout du fil ?
Le silence du vide… ou le vide du silence ?
Suis-je réellement lorsque je ne suis plus ?

L’homme crée-t-il la réalité
Ou celle-ci crée-t-elle l’humanité ?
La cause première est-elle la fin ultime ?
Quelle énigme que la vie !

Entre en toi-même et tu vivras !

©  Loup Francart

15/07/2020

Nouvelle humanité

C’est la fin de la nuit, le calme campagnard
Règne sur l’espace et emprisonne le temps
Seules les particules coulent sur leurs trajectoires
Sans détermination, avec roucoulement

Perdu entre le nom et de plus la fonction
Un homme s’interroge, la terre dans l’ombre
Chaque matin je suis, chaque soir création
Chaque nuit j’engendre, mort dans la pénombre

Ainsi va le destin, entre être et néant
Au cours d’une soirée, aux prises à la folie
L’œil ouvert sur le monde, océan bienveillant

Marche encore et toujours, jusqu’au bout du chemin
Sans regard derrière et sans mélancolie
Jusqu’à la naissance d’un monde plus humain

©  Loup Francart

09/07/2020

Amour de soi

Rares sont ceux qui débordent d’amour
Au point de ne pouvoir vivre sans l’autre
Certes au commencement la passion emporte tout
Y compris les turbulences de la pensée
Mais celle-ci cache d’autres particularités
Venant imperceptiblement d’autres régions du soi
Et qu’une caresse de rappel ravive
Alors, reste tranquille vieil homme
Et ne cours plus de tes yeux hagards
Aux pieds d’hommes ou de femmes
Pour quêter une approbation ou un rejet
Laisse aller ton indifférence et ta pudeur
Et glisser sur tes lèvres la joie d’être
Sans commune mesure avec rien d’autre
Que toi-même, le rêveur et le poète
Qui courent sans cesse vers l’illumination
D’un ciel sans nuages ni même une ombre
Les bras tendus vers un absolu inatteignable
Vers ce désir permanent d’une nouveauté
Que tu ne connais que par intermittence
Et dans lequel tu plonges sans vergogne
Pour chuter jusqu’à l’infini et au-delà
Lieu de vie pure où le passé n’est plus
Où l’avenir n’a jamais existé ni même été imaginé
Où seul le présent devient l’absence
Jusqu’au vide suprême et solennel
D’une vie devenue le tout sans rien d’autre
Qu’une présence plus prenante que la mort

©  Loup Francart

02/07/2020

Rues d'été

La fenêtre est ouverte
L’air frais entre en catimini…
Le roulement des pneus
Sur la chaussée bruyante

Deux femmes, jeunes
Consultent leur agenda
Dans le noir de la rue
Elles passent sans le voir
Comme on passe devant un homme
Qui n’est plus de ce monde
Et marche avec certitude
Sans savoir qu’il en a

Les voitures roulent sur le boulevard
Émettant le fond sonore
Tel le bruissement des arbres
Un soir d’été ou de printemps
Elles sont parties dans le noir
Englouties par la tiédeur
Dans le frissonnement du vent
Il est trois heures…

Paris dort…

Les femmes sous la couette
Les hommes rêvant à leurs formes
Les enfants seuls au monde
Et lui, veillant sur la rue
La fenêtre ouverte
Pour le meilleur et pour le pire

©  Loup Francart

25/06/2020

Les forces de la vie

Tu te cherches dans le monde
Tu ne trouves que tes doubles
Tu te cherches hors du monde
Et t’enfermes dans ta bulle
Celle-ci n’est qu’un autre double
Que tu contemples, prisonnier
De toi-même et du monde
Fouille encore en toi, toujours
Et deviens l’oiseau en cage
En mal d’échappée cosmique
Qui laisse son moi au vestiaire
Et enfile le costume blanc
Du rien courant derrière lui-même
Entre en toi-même
Fuis le monde
Évacue passé et futur
Tu es parce que tu n’es plus
Et l’absence de ce moi
Deviens le soi sublime
Une vie… Un point
Qui s’évanouit…
Seul l’amour te rattache
Aux forces de la vie…

©  Loup Francart

23/06/2020

La faim

Elle ouvrit sa porte, hagarde
Elle cligna des yeux, dolente
Se pinça les mains par mégarde
Et cria dans sa robe moulante :
« Où donc est passé ma fille ? »
Seule une vieille femme répondit :
« Elle est partie au pain, sans béquille,
Se passant de son orthopédie. »
Elle perdit donc la vie
Pour goûter, les lèvres ouvertes
Ce qui est donné à tous
Et que seules les expertes
Prénomment la faim fourretout

©  Loup Francart

10/06/2020

L'inconnu

Où es-tu, toi, l’inconnu ?
Ce pincement au cœur
Est celui de toujours
Aux moments de détresse
Un arrêt du cœur
Un bruissement de la pensée
Le noir de l’absence
Le rouge de l’épouvante
Le jaune de la désolation
Le vert de la quiétude
Le bleu des regrets
Le pourpre de l’affolement
L’incolore du néant
Tout ce que j’ai aimé
Est perdu jusqu'à cette douleur
Qui me berce les entrailles
Et m’empêche de prendre mon élan
En sautant la barrière
Pour plonger dans l’après
Qui n’est probablement qu’un avant
En absence de présent
J’ai percé l’espace
J’achève le temps
L’envol devient mon mode d’existence
Jusqu’au dernier atome

©  Loup Francart

06/06/2020

Dulcis

Douceur des sens :
Les yeux fermés, j’erre dans ta personne
Tu n’es que velours soyeux
Qui fait monter les plus vives sensations
Partout où tu poses ta main
Partout où je pose ma main
Je m’enfouis dans ce creux douillet
Et n’en sort que pour reprendre souffle
Et méditer ce silence d’or
Qui repose sur la suavité de ton être

Douceur des relations
Tissées par la parole :
Tu erres dans ta toile
Comme l’araignée agile
Changeant instinctivement de lieu
Dès lors que tu sens la discorde
Ou l’inadaptation des attitudes
L’affection est le miel
Qui t’enrobe, invisible et chaleureuse

Douceur morale :
Tu ne prêtes pas aux autres
Ce que tu ne connais pas
Tu ne sais ni la méchanceté
Ni l’appât du gain et l’appropriation
Ni l’arrière-pensée du voisin
Ni la jalousie des envieuses
Ni même le désir irrépressible des enfants
Tu ne vois que le ravissement
Qui emplit l’être intérieur de chacun

Ta douceur est amour
Un parfum imperceptible
Qui enrobe l’âme
Et l’ouvre au mystère de l’autre

©  Loup Francart

05/06/2020

Dérapage

Il dérape sur la râpe à fromage
Il n’a plus toute sa tête même
La bosse qu’il possède au front
Lui donne un air de dur buté
Mais son cœur est un enfant
Au grain serré et pleutre

Relâchez-le et vous pourrez aller
Dépenser vos billets mal acquis
La peur le tenaille et l’étouffe
Ses yeux se révulsent de rage

Céder sans savoir ce qu’il en est
Est un saut dans l’inconnu
Sans parachute où se pendre
Dieu seul conduit aux sages décisions

Mais où est-il ce sauveur ?
Je ne le trouve plus. A-t-il parlé ?
Au loin fuit l’étoile de la chance
Où vas-tu, toi l’unique ?

Plus rien ne sera comme avant…

©  Loup Francart

28/05/2020

Obsession

Il y a deux manières de sortir de son obsession
La folie heureusement n’est pas seule manière
Ce chemin n’est pas le bon et mène au désastre
Tu n’es plus, tu étais et ne reste qu’un trou
Où s’entassent tes idées noires qui tournent en rond
Ce mouvement circulaire te happe et t’enfonce
La gravité t’entraîne au fond du gouffre
Bientôt tu ne pourras plus en sortir
Plus rien pour accrocher ton esprit qui s’en va

Que faire ?

Fuir vers le bas, c’est-à-dire t’effacer
Larguer ta consistance, l’engraisser
De vides sans fond, sans existences
Jusqu’au désastre final qui conduit à la folie
Tu ne sais pourquoi tu te laisses aller
Sur cette pente obsessionnelle et mortelle
N’obéis pas aux clairons de l’obsession
Va au-delà de tes tendances vaines
Tu ne perceras pas le plafond inconsistant

Fuir vers le haut, c’est-à-dire te rebeller
Largue ton être de chair, abandonne-le
Laisse pourrir tes remords et tes persécutions
Dresse-toi sur la pointe des pieds et des mains
Et regarde au-delà de l’horizon noirci
Dans le bleu des mers et du ciel
Là où plus rien ne peut te faire de mal

Va au bout de ta douleur et de ta peine
Jusqu’à dépasser tes souffrances
Va où te guide ton être essentiel
Vers cette fenêtre ouverte sur le monde
Ce halo étincelant de bonheur
Ce nuage d’inconnaissance
Qui ouvre la porte d’un autre toi
Ce soi qui surmonte le moi
Conduit à la foi et te laisse coi

©  Loup Francart

25/05/2020

Bruissant sous la larme des nuages

Bruissant sous la larme des nuages
La forêt abritait nos regards verts

La frange houleuse des flaques
De nos rires imprégnait nos vêtements

La caresse étonnée de tes doigts
Pénétrait le chien de lumière
Et les reflets mauves de son apparence
Coloraient d’une ombre de joie
La frontière qui sépare tes lèvres

Le chien sous la dent d’un humain
Prend l’œil des enfants

Il gémit pieusement, caninement

Sous sa couverture de poils damés
S’interroge son cœur de chien
Fidélité ?

©  Loup Francart

15/05/2020

Singularité gravitationnelle

L’espace réagit à ce qu’il contient
Que ce soit matière ou énergie
Et se déforme à tel point
Qu’il s’effondre à l’infini

Trop de masse ou d’énergie
Rendent l’espace-temps imprévisible
Concentrés dans un volume trop petit
Ces métriques créent l’indéfini

L’horizon des événements devient piège
Pour la matière et même la lumière
Où vont donc objets et énergies
Au-delà de cette censure cosmique ?

Nul ne sait ce qu’il en advient
On ne peut admirer la singularité nue
Comme l’homme prude
Ne peut voir une femme nue

Ce principe de censure cosmique
Permet néanmoins un effondrement
D’objets cosmiques tels les étoiles
Jusqu’à atteindre une taille nulle

Alors plus rien n’est visible
Où donc est passé l’astre
Effondré sur lui-même ?
Y a-t-il un au-delà de l’espace-temps ?

Si l’on tend le cou vers le passé
On aperçoit la bille d’énergie
D’un univers venu d’une singularité
D’où sont nés et l’espace et le temps

Cette singularité première
Se retrouve dans les profondeurs
Des trous noirs jonchant l’univers
Y aurait-il des singularités multiples ?

Ces trous noirs seraient-ils des galeries
Permettant d’atteindre d’autres univers
Sans matière ni énergie physique
Où la psyché règnerait en maître ?

Cosmologie, poésie, poème, écriture

09/05/2020

Matière noire

Où es-tu ? Mais où es-tu ?
Existes-tu réellement ?
Je ne peux te palper ni même te voir
Ou encore te deviner en louchant
Rien, je ne sens rien et pourtant tu es
Étoiles et galaxies restent bien là
Soumises à la gravité, immuables
Pendant qu’une autre matière
Erre sans relâche dans le cosmos
Courbant l’espace et le temps
Comme les astres palpables
Mais qu’es-tu, toi dont on ne sait rien ?
Partout où la matière existe
Ta matière noire est présente
Et en très grande quantité
Cinq fois plus que celle que nous voyons
Serais-tu espiègle, petite fille invisible
Jouerais-tu à cache-cache
Pour faire peur aux humains ?
De quoi es-tu faite, la nouveauté ?
Personne ne le sait
Sans ombre, tu cours après la vie
Et la serre fortement entre tes particules
Pour empêcher la matière de fuir
Neutrons, protons et électrons
S’entassent dans l’immensité
Retenus par ce noir imperceptible
Qui n’est pas, mais qui existe
Sous peine d’effondrement de l’univers
Et donc de nous-même également
Qui regardons de l’intérieur
Ce qu’il est impossible de voir
De voir de l’extérieur
Grâce aux miracles des mathématiques
Qui conçoivent le monde en chiffres
Et reconstituent l’univers en pensées
Le zéro engendre le un
Le un engendre l’infini
L’infini est plus que le tout fini
Où va-t-on maintenant ?

©  Loup Francart

06/05/2020

Cauchemar à trois heures

Devant toi je suis
Mais que signifie être ?
Un battement du cœur
Un cri dans la nuit
Le souffle du bonheur
Le dégonflement d’un pneu
La chouette dans la nuit
Et puis, très vite,
Le ronronnement de l’autre
Le social indéfendable
Les pleurs des enfants
La plainte des vieillards
Les bruits estompés
Les chuchotements des femmes
Les clameurs des perdants
Les déflagrations des armes
Il existe pourtant des sachets
Qui enrobent les oreilles
Et te ferme dans la boite
Pour le meilleur et le pire
D’une vie d’adulte ramolli
Lève-toi homme mort
Crie ton innocence
Et fuit la société des hommes
Pour embrasser celle des anges
Ou des démons poilus
Au pieu… Adieu… A Dieu…

©  Loup Francart

02/05/2020

Rêve à venir

Il sortit vêtu de sa seule curiosité
Ferma doucement la porte et s’enfuit
Rien n’aurait pu l’obliger à rester là
Dans ce château de cartes croulant
Où se joue le destin de chaque homme
Libre, il marcha droit devant lui
Sans même un regard de côté
L’eau était là, grondant dans le noir
Comme une furie, elle l’appelait
« Viens me voir, je te chéris
Et aime caresser tes cheveux d’or
Chevauchant les fils d’Ariane
Tu t’agrippe à ton image fragile
Sans comprendre l’importance
Du choix que tu fais et proclame »
Il poursuivit son chemin, courbé
Remarquant le renard argenté
Buvant l’air chargé de volutes
Croisant les pieds sous la table
Il titubait lourdement, maladroitement
Mais avançait encore, le cœur ouvert
Osant voir au loin son avenir
Celui d’un homme aux abois
Ivre du bonheur de la liberté
Plus rien, plus d’esclavage
Il entra dans l’horizon quantique
Transpercé de particules fines
Passant entre ses dents
Filtrées de pensées abstraites
Puis quitta progressivement
Le monde de la matière
Entrant dans la semoule
Des pensées obscures et délicates
Là où l’homme ne vit qu’une fois
Enfin, devint transparent
Et monta vers les cieux
Dans la clarté éblouissante
Du vide quantique
Et de l’ombre divine

©  Loup Francart

28/04/2020

Où vais-je ?

Dieu est en moi

pour que je sois en lui

et devienne créateur.

Mais...

Entre en toi-même

pour ne plus être toi-même...

©  Loup Francart

 

27/04/2020

Soupe quantique

Le vide est plein, dit-on, le plein est plein de vide.
Que pèse la matière devenue énergie ?
Trous noirs d’où jaillissent des fontaines avides
Qui croire dans ce jeu du chat et de la souris ?

Matière et énergie forme le mouvement,
La lumière est à l’origine de l’univers.
Où se trouve la cause de ce débordement ?
Qui a fait naître l’envers de son contraire ?

Le bout du doigt de Dieu tend la main à l’inconnu,
Un devenir plaisant et sans cohérence
Qui devient foyer d’êtres devenus codétenus
Pour le meilleur et pour le pire en apparence.

Le créateur contemple son œuvre à rebours.
Il espère gagner leur confiance inquiète
En leur donnant conscience de ce qui les entoure
Mais qui ne sont que des restes pour les pique-assiettes

©  Loup Francart

24/04/2020

L'escroc

Qu’es-tu, toi l’escroc aux doigts gantés ?
Qui t’a donné le pouvoir d’être maître ?
L’or et la pluie ne te suffisent plus.
Il te faut également les cris du coq,
Le hurlement des chats et des perroquets
Pour repartir satisfait de ton entrée
Et fermer la porte à ton imagination.
Dans le noir tu fouilles la cave et le grenier
Sans trouver ce que tu cherches
Et pourtant tu sais qu’il est là
L’objet de tes rêves et de ton désespoir.
Avance encore dans l’ombre froide,
Cours au chevet du malade alité,
Ouvre l’œil, plie la jambe et agenouille-toi.
Rien ne fera de toi le pickpocket zélé
Qui s’engouffre dans la maison
Sans connaître même son adresse
Et ressort le sac vide et l’épaule creuse.
Tu as perdu la mémoire et ploie sous le joug.
Avance encore un peu tes pieds
Et cours dans le jardin obscur.
Te voilà devenu l’escroc le plus ailé
Sans connaître même la parade
Aux bousculements des flots.
Englouti, tu regardes froidement
Le raz-de-marée en furie.
Qu’es-tu, toi l’escroc aux doigts gantés…

©  Loup Francart

20/04/2020

Clignotement

La longue main de mon regard au poing fermé dans la nuit noire
S’est avancée derrière la vitre pour se fermer sur l’obscure froideur
De la rue ouatée et transparente. À l’abri de l’enceinte linéaire
Du verre mobile et ondulé, j’ai tâté chaque recoin d’ombre
Comme un lac profond et frais dont on cherche vainement le fond.
J’ai caressé le velours frissonnant du halo de lumière,
Accroché en guirlandes éphémères sur les murs tièdes.
J’ai arrondi le creux de ma paume sur la boule de chaleur
Qui se creusait un nid douillet dans la courbe du globe oculaire,
Penchant la tête de côté pour bien me pénétrer de ce contact bienfaisant.
Et j’ai voulu aller plus loin, regarder les étoiles, les effleurer,
Comme, enfant, j’essayais vainement d’atteindre, à la surface du lac,
Les nombreuses lentilles d’eau qui dérivaient en étoiles marines.
Mais la joue écrasée, aplatie, sur le verre froid,
Je dus tellement tendre le bras, la main et les doigts,
Qu’ils tremblaient à l’instant de caresser la petite lueur.

Voilà pourquoi les étoiles clignotent à l’horizon.

11/04/2020

Le coco confiné

L’avez-vous vu ?
Il est arrivé il y a quelques jours
Le co… Le coco… le corona…
La nana… Non , la carina…
Oui, la cocotte l’a cuite…
Mais, de cui s’agit-il ?
Ben quoi, du cocu…
Cui nous a été refilé par les cornistes
Celui qui a des corps aux pieds
Et des trompes dans les oreilles…
Non, je parle du coco…
Du corona … du cornard
Celui qui cocotte des pieds
Et qui m’a filé son virus
Au dernier virage de l’hiver
Tous nous avons fui
Dans notre boite à puces
Et le puceau a tourné en rond
Pour chopper les retardataires
Alors les comptables s’y sont mis :
Quelques dizaines contaminées
Qui proliférèrent comme des lapins
Et devinrent quelques centaines hospitalisées
Et, malheureusement quelques milliers décédés
Non, c’est l’inverse, les décidés sont moins de dix
Seuls, les centaines sont en hostilité
Non en hôtellerie… heu… sûrement en hôpitaux
Et les milliers restent chez eux, cons finis
Non, confits… heu… confinés…
La grande majorité n’a rien, rien de rien
On ne les voit plus
Juste un peu de fumée sur leur cheminée
Certains disent qu’Il faut se tenir chaud dehors
Pour qu’il meurt dedans
Enfin quelques-uns grelottent
En attendant les têtes… Heu, les tests
Non, le testament de la vieille tante…
Ah, je ne sais plus, tous parlent
Les compatis attendent la fin les confettis
Non, du boniment sur le confinement
Enfin, bref, des vacances dehors
En laissant leurs virus dedans
Hum… Je crois plutôt que c’est l’inverse
Virons le dedans et confiez-nous le dehors
Ou… plutôt… prenons les vacances sans lui

Le covid n’a rien puisqu’il est vide
Le corona est couronné et vaut de l’or
Mieux vaut mourir du corona
Qui pèse son poids d’homme
Que flotter dans l’absence de vêtement
Même s’il arbore le 19

09/04/2020

Premiers rayons... de confinement

L’herbe se replie,
Les hannetons font des loopings,
Les rayons du soleil t’assomment,
L’eau coule dans ton cou,
Les dieux te réchauffent
De leurs ailes protectrices

Sentiment d’irresponsabilité
L’air devient transparent
Je vois l’ombre des filaments
S’entortiller autour des portes
Empêchant leur ouverture

Adieu la vie, tout devient blanc
Seule la tête fonctionne encore
Cahin-caha, à la va-comme-je-te-pousse
Pour le bonheur des vers de terre
Qui s’inclinent dans le crépuscule

Oui, le confinement est finement rond
Il t’englobe de nuages fiévreux
Et t’encourage à dire à tous :
« Les monts sont comme les fleuves
Des outres pleines d’absence
Que les enfants percent d’un coup d’épingle… »

©  Loup Francart