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22/05/2018

Paradis ou enfer

L’enfer est pavé de bonnes intentions,
A constaté Bernard de Clairvaux.
A-t-on entendu dire que la route du ciel
Est pavé de mauvaises intentions ?
Si le chemin de l’enfer est pavé d’intentions
Pour mieux conduire à l’ébullition,
La route du ciel serait-elle plus belle
Parce qu’elle est faite d’interventions ?

Le paradis n’a pas de route,
Juste un petit chemin sans tension
Ni même pavés lourds comme un cœur.
On n’y monte pas en droite ligne,
Mais en s’égarant autour de soi.
Certains même, sans y penser, redescendent
Pour aider les inconnus à choisir
La route buissonnière et l’éclat de l'affection.

Le chemin du paradis serait-il pavé
D’aimables et légères attentions ?

  ©  Loup Francart

19/05/2018

L'amour

L’amour, c’est la vie en chœur
Perçue de tous les pores de ta peau
De tous les battements de ton cœur
De tous les lobes de ton cerveau

L’amour révèle l’invisible de l’être
Il est trou d’air sans parachute
Mais fait grimper l’altimètre
Et te transforme en cocotte-minute

C’est un personnage discret
Il arrive sans crier gare
Il se révèle toujours prêt
À assaillir les plus barbares

Alors le nuage d’inconnaissance
T’empoigne sous tes ailes
Et te renvoie à l’adolescence
À cheval sur un morceau de ciel

L’être aimé devient lumière
Qui éclaire la marche de la vie
De tes aspirations devenues sanctuaire
Il devient ton unique liturgie

Et dans ton exclusive église
Tu pries à genoux devant l’être
Qui t’incline à la prêtrise
Et à toi-même te fait naître

L’amour est le mystère dévoilé
Par la déchirure du quotidien
D’un geste brusque du désarmé
Devant le féminin ou le masculin

Mais l’amour reste un mystère
Car lorsque le mystère meurt
L’amour devient cimeterre
Et s’enfuit, emportant le bonheur

  ©  Loup Francart

13/05/2018

Merci au Très Haut

Entre les feuilles fraîches et maladroites
Restent les serviteurs de l’année écoulée
Noués comme les cannes des vieillards fatigués
Ils laissent encore passer le suc de la jeunesse

Tu m’as donné les meilleurs jours
Environné de désespoir, j’errais dans l’ombre
Fantôme détrôné à l’esprit déraciné
Me heurtant aux piliers du qu’en-dira-t-on

Tu es venu tendrement comme un nuage
Et tu m’as pris dans ton haleine vaporeuse
L’odeur de la vie m’a submergé et conquis
Ouvrant béatement le puits sans fond
Où j’ai jeté mon embarras et ma folie

Sais-tu que j’ai gardé longtemps ce parfum
Au creux de mes tempes endolories, muet d’étonnement

Je chevauchais la lune, bordé de garde-fous
L’œil acerbe sur mes propres défaillances
Ressentant au plus profond l’effondrement du personnage
Et le souffle vital du renouvellement
Quelle piste d’envol pour l’enivrement

J’ai tout perdu, fort la vie
J’ai trouvé l’âme, ce nid de plumes
Qui pépie et brûle les doigts
Et j’ai atteint le lieu de transparence
Où le cœur n’a plus ni attaches ni souvenirs

 ©  Loup Francart

11/05/2018

Bruits

Il se tut. Pourquoi parler encore ?

Elle ne cessait de dire
Qu’elle n’avait rien à dire.
Lui... Que dire ?
Il écoutait chancelant.
Il aurait bien voulu
Dire son désarroi,
Proclamer son originalité.
Mais plus rien ne sortait,
Pas le moindre souffle.

Elle ne cessait de dire
Qu’elle n’avait rien à dire.
Elle affirmait sa certitude.
Quand pourrait-elle
Lui dire ce qu’elle ignorait ?
Où pourrait-elle
Lui chanter son amour ?
Saurait-elle un jour
Dire son innocence ?

Elle ne cessait de dire
Qu’elle n’avait rien à dire.
Ils allaient ainsi dans le monde,
Nus de baisers maladroits,
Avares de paroles inconsidérées.
Désespérés, ils se voyaient
Collés l’un à l’autre,
Froids des pieds à la tête,
Chauds en deçà…

Elle ne cessait de dire
Qu’elle n’avait rien à dire.
Enfin, un jour,
Dans la fraîcheur matinale,
Elle se tut, avare soudainement
De paroles inédites.
Il allait lui dire son amour,
Elle fit "chut" du doigt
Et l’attira à elle.

Alors elle ne cessa de dire
Qu’elle avait à lui dire
Cette flamme insensée
Qui lui prenait la gorge,
Qui la chatouillait en bas,
Qui la poussait au silence
Et la forçait à s’ouvrir
Pour lui donner son amour
Et l’envelopper de baisers.

 

06/05/2018

Ombre et lumière

Devant toi, je me contemple
Hors de toi, plus rien n’existe
Que des souvenirs sans vie
Pourtant, ils sont bien là
Présents dans les greniers,
Mais je ne trouve pas la clé
Qui les mettra en marche
Pour danser l’existence

J’attends ton retour espéré
Que l’horizon découvre sa verticalité
Que se dresse ton image
Et grandisse l’étreinte prenante
De tes doigts sur mon visage
Jusqu’aux larmes de bonheur
Rien n’est plus
Seule ta présence en moi

Un jour viendra où ne sera plus
Cet amour qui nous lie
Et nous donne la grâce
Qui de nous partira le premier ?
Peut-être nous sera-t-il donné
De quitter ce monde palpable
Pour nous ancrer solidement
Dans l’éternité de notre unité

©  Loup Francart

17/04/2018

Transhumance

Il traversa lentement l’espace vide.
Dans le hublot, il contempla la mer immense.
Elle lui demanda : "Pourquoi ces yeux avides ? "
Il lui dit : "Je vois le début de la transhumance."

"Viens à moi. Ferme les yeux à la tentation.
Le bonheur n’est pas au bout de la route,
Il est là, maintenant, dans notre association.
Je t’en prie, mon chéri, reste à mon écoute."

Ainsi échangeaient-ils leurs vagues impressions,
Hélas, sans aucune faculté de renonciation.
Il cherchait l’air, elle n’offrait que son giron.

C’est ainsi que débordant d’amour pour le monde,
Il en vint à détester la belle Edmonde,
En laissant échapper ses remords sur les ondes.

©  Loup Francart

08/04/2018

Stupre

Tu es mon rêveur, lui dit-elle
Rêve encore à cette nuit magique
Où nous avons fait connaissance
Il noua la ceinture de sa robe de chambre
Il chaussa ses lunettes d’inconnaissance
 Et partit les bras tendus vers les bas-fonds
Environné de fumée, d’espoir et d’inquiétude
Il croisa le diable qui remontait de la cave
Les bras chargés de maigres turpitudes
« Tu te trompes de chemin », lui dit-il
« Non, je vais voir ma sœur aux longs cheveux »
Il se retourna, le voyant poursuivre sa route
Elle attendait le gaillard en haut de l’escalier
Câline et souriante, ouverte à tous vents
Lui-même rata une marche, se laissa aller
Et plein d’horreur, plongea dans la lave bouillonnante
Il eut ce dernier mot, surpris d’autant de connivence
« Adieu Zibeline, le rêve se finit mal
Je voyais en toi la quintessence humaine
Et je ne trouve que le pâle reflet
Du monde des ténèbres et de la stupre
Et toi, le noir et chevelu mage
Des songes enracinés en l’homme
Puisses-tu t’évanouir face à la lumière
Que tu trouveras si tu poursuis ta montée »
Telle fut la dernière pensée du rêveur…

©  Loup Francart

06/04/2018

Les meilleurs jours

Tu m’as donné les meilleurs jours
Environné de désespoir, j’errais dans l’ombre
Fantôme détrôné à l’esprit déraciné
Me heurtant aux piliers du qu’en-dira-t-on
Tu es venu tendrement comme un nuage
Et tu m’as pris dans ton haleine vaporeuse
L’odeur de la vie m’a submergé et conquis
Ouvrant béatement le puits sans fond
Où j’ai jeté mon embarras et ma folie
Sais-tu que j’ai gardé longtemps ce parfum
Au creux de mes tempes endolories, muet d’étonnement
Je chevauchais la lune, bordé de garde-fous
L’œil acerbe sur mes propres défaillances
Ressentant l’effondrement du personnage
 Et le souffle vital du renouvellement
Quelle piste d’envol pour l’enivrement
J’ai tout perdu fort la vie
J’ai trouvé l’âme, ce nid de plumes
Qui pépie et brûle les doigts
Et j’ai atteint le lieu de transparence
Où le cœur n’a plus ni attaches ni souvenirs

 ©  Loup Francart

01/04/2018

Haïku pascal

 

Le res-suscité :

Par la volonté divine

Il naît à nouveau

Et suscite l’espérance

La vie éternelle

Un mystère absolu

L’infinitude

Plongée du Tout dans le Rien

 ©  Loup Francart

 

 

25/03/2018

Dimanche des Rameaux

Un cri de détresse, dans le noir, à la nuit
Un seul. Il l’entendit et écouta, encore
Des entrailles de la terre, il montait
De toute part, assourdi par l’épaisseur :
Sauve, sauve-moi, sauve-nous !
Quel impératif ! Le cri sort du ventre
Ils ne veulent rien demander, rien…
Et pourtant, cela vient à leurs lèvres
Ces gémissements du cœur
Ils ne peuvent les contenir
Ils jaillissent comme une exhalaison
Oui, ce fut un cri de détresse, humain
Naturel devant ce monde immobile

Il est venu, a regardé, a écouté, a parlé
Ils se turent devant sa parole prophétique
C’était un trou dans la poitrine
Qui précipitait l’être face à lui-même
Sans décor, sans possession, sans épaisseur
Rien qu’une pellicule transparente
Qui résonne des chants de fête
L’air vibrait, les corps dansaient
Les consciences s’émerveillaient
Les âmes tremblaient de joie
Alors jaillit la bénédiction de la libération

Béni soit celui qui vient !
Le jour fait place à la nuit
La lumière illumine le monde
Et le regard transcende la matière
Les filaments s’étirent et relient toutes choses
Elles prennent leur place naturellement

Respire cette joie qui t’envahit
Pleure devant la beauté de l’instant
Où tu découvres l’immensité
Au-delà du fini, du grain de sable
De l’émotion, de la pensée même
Il est celui qui vient au nom du créateur
Il entraîne au-delà de la compréhension
Dans le maelström de la joie
Et conduit à la résurrection
Hosanna n’est crié que ce jour-là
Mais il réveille pour les siècles à venir
Et résonne dans toutes les poitrines
La joie te sauve et tu crois…

 

23/03/2018

Demain

Demain est toujours un meilleur jour
Même les lendemains de fête sont auréolés
D’une vigueur implacable d’espérance
Les questionnements sont multiples
Et la première question est celle de la survie :
Verrai-je encore le jour, ce lendemain si proche ?

Elle s’efforçait de ne plus penser à ce futur
Vers lequel elle tombait inexorablement
Entraînée par le poids de ses fautes
Et la fanfare de ses instants de volupté
Rien n’y faisait, elle revenait au point de départ
Ce goût immodéré pour les frottements
Pour la chaleur amère des rapprochements
Pour l’odeur inconnue de ses semblables
Et pourtant si différents d’elle-même

Rêve toujours ma petite, demain est là
Piège mortel d’affrontement des corps
Face à l’atonie des esprits vagabonds
Qui peut encore aller bien plus loin
Toujours plus loin, jusqu’au jour où disparaîtra
Ce lendemain si proche et si lointain
Plein d’espoirs amers et de joies amènes

Viendra alors la délivrance de cette lenteur
Des écoulements, des successions, des effusions
Pour ne vivre plus qu’un état d’abandon
Qui flotte depuis toujours dans la tête
Des humains en quête d'anéantissement

 ©  Loup Francart

20/03/2018

Haïku

 

La clameur du jour

Silence des nuits sans sommeil

L’éclat de l’être

 

18/03/2018

Le dimanche de la solitude

Froid ! Le dimanche de la solitude s’étouffe
Marron, vert, qui va-là ?
Un canard court sur sa jupe
Pour voir la nuit se lever au matin
Je cherche une barre pour glisser sur une main
Gel, froid ! Glace rompue sans ou pied de corne
Qui cherche la fraîcheur d’une herbe blanche
Courre,
    Saute,
        Courre,
Là, là, arrêtes, arrêtes !
Trois fois ma tête tombe
Je la relève, lui prend l’oreille
Et lui chuchote
« J’aime ta bouche de sucre »
Mes doigts sont tombés
Une rêne prend sa place
Je la cherche sans la trouver
J’ai des gants, mais je n’ai plus de doigt
Ma main en fer ne sent plus que ton cœur

©  Loup Francart

10/03/2018

L’œil

L’œil est le fond de l’âme,
On y admire la pointe de l’humain.
Il peut être un soleil chaleureux,
Une lune chafouine, une étoile scintillante,
Ou même un trou noir aspirant les regards…
De braise, certains le portent,
De jais, il roucoule tendrement,
Noisette, il sort des bois, croquant,
Vairon, l’âme boite dans son logement.
C’est le monde vu de l’œil-de-bœuf.
Seul, l’œil de verre est impassible,
il ne voit pas le blanc des yeux.
Faut-il tourner de l’œil pour apercevoir l'âme ?

©  Loup Francart

07/03/2018

Sable

Les sables sont le plus souvent mouvants
La confiance n’est pas de mise avec eux
Qu’un papillon passe, la tempête se produit
Vous étiez au sommet et vous voici à terre

Les vents sont contraires, vous dit-on
Le Sahara apporte les fantômes d’une nuit
Une neige jaune et gluante recouvre cet été
La campagne habituée au blanc hivernal

Chaque grain de sable n’est rien
Qu’un pet dans la symphonie de l’univers
Mais quel bruit effroyable se produirait
Si venait le vent du doute irrationnel

Bâtie sur le sable, votre vie s’affole
Vous avancez un foulard sur le nez
Et même vos yeux sont fermés. Seul
Le bruit de l’innocence vous fait avancer

Et pourtant, le sable peut servir de moule
Mais il ne sert qu’une fois et meurt
C’est la beauté du provisoire et de l’unique
Où l’on se moule pour la vie, seul au monde

 Certains échouent et proclament haut et fort
Je suis sur le sable, sur un banc en pleine mer
Aucun fou ne vient les voir. Personne n’ose
Affronter l’infini des mers et du sable réunis

D’autres ont les yeux qui piquent
Le marchand de sable est toujours présent pour eux
Ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez
Et se contentent de leur myopie reposante

Il arrive cependant que d’autres s’élèvent
En une rage incompressible et fugace
En statue de sable érigée sur la notoriété
Qui, un jour, fondra au soleil de la vérité

Les psychologues bâtissent des jeux de sable
Où l’inconscient s’ébat lourdement dans les grains
Jusqu’au moment où jaillit la guérison
Alors le patient s’étale au soleil et pleure

Dans le sablier s’écoule votre destin…
Se perdre dans les sables
Et ne plus voir l’horizon
Est bien une souffrance humaine...

©  Loup Francart

02/03/2018

Dédoublement

Il est quatre heures du matin, une heure humaine…
Je rentre en moi-même, ne sachant où je vais…
Soudain, un bouton déclenche le dédoublement
Comme si l’aile d’un oiseau l’avait enfoncé…
La vue se dédouble, comme une brisure
Je louche dans mon être et me sens bien
Je prends de la distance et me regarde
Je sens la fragilité de mon enveloppe corporelle
Comme une membrane déchirable
Qu’il faut protéger des meurtrissures…
La rendre transparente est mon premier devoir…
Je reviens à moi en suspension interne
Au lieu où rien ne peut m’atteindre
Là où se creuse le dédoublement
Et où se bâtit la réunion des contraires…
Descente en soi-même et montée hors de soi
D’un même mouvement instantané…
L’autre, l’ancien, reste à sa place
Ou plutôt s’efface dans le brouhaha
Des tableaux temporels quotidiens…
Je deviens ballon d’air chaud, libre
Tranquillisé, l’œil ouvert, le cerveau vide…
Plus de pensée, plus d’être non plus ?
Non, j’ai simplement changé de véhicule
Montée en flèche dans le noir protecteur
J’erre dans la mousse vaporeuse
D’une réalité nouvelle, enveloppante
Sur un nuage de brume chaude
Où le cœur fond et le corps repose
Ah ! Se tenir là toujours et...
S’ouvrir à la réunification…

©  Loup Francart

27/02/2018

Ta vie, ma fille

Ne te fais pas prendre ta vie, ma fille
Ne te laisse pas enjôler par les courants d’air
Par un regard subtil ou l’attrait du rêve
Traverse au large sur le trait pâle et vertueux
De l’insensible qui court en flèche, éperdu
D’étirement et d’enroulement sur lui-même

Seules celles éprouvant le feu intérieur
Qui entraîne l’être au-delà du néant
Et qui donne au visage l’étincelle vitale
Sont les vestales ignorées des égarés
Elles contemplent la foule immense et béate
D’un œil expert. Alors elles pleurent, en solitaires 

Poursuis encore, seule, ton chemin scabreux
Dédaigne les temples d’une douceur douteuse
Enjambe l’ombre des vertiges attirants
Et daigne offrir ton corps d’espérance
A la face lunaire des nuits sans sommeil
Qui portent en elles-mêmes leur accomplissement

Enfin, ne laisse pas disperser par les chants
De ceux qui n’ont que leur solitude à mettre
Aux côtés du chœur envié des déracinés
Pleine de toi-même et de désir de vivre
Ouvre-toi à ce long chemin dépouillé
Qui part devant toi jusqu’à la ligne

L’étincelle de ta rencontre avec la droiture
Qui se courbe dans l’espace vivifiant
Et qui se déroule dans le temps des amours
Te procurera l’apaisante délivrance
Tu te retourneras et admireras cette tangente
Qui te mène à toi-même en pleine conscience

 ©  Loup Francart

23/02/2018

Homme ou Dieu

 

Vivre le présent

Tirer parti du passé

Créer l’avenir

 

22/02/2018

Le sacre final

Tu vas bientôt recevoir le sacre final
Quand ? Tu ne sais…
L’attends-tu ?
Sûrement pas, bien trop occupé…
La découverte à tâtons du monde
Reste un job très prenant
Et les voies sont multiples
Aucune n’échappe à ton regard
Mais tes mains sont insuffisantes
Pour entreprendre le périple
De l’extérieur vers l’intérieur
De l’homme vers l’univers
Il est cependant probable
Que cette connaissance viendra d’elle-même
Le saut élégant du solitaire
Remplacera les multiples essais
Couronnés sans succès ni bonheur
La tête ne peut tout contenir
Ni, non plus, le corps ou le cœur
Alors attends patiemment le sacre
Cet instant indéfini et impalpable
Où tu souriras à tous et à toutes
A bientôt, direz-vous, sur l’autre face !
Là-bas, sans corps ni intellect
Avec juste ce souffle qui coule seul
Dans tes veines désormais désertées
Du sang de tes ancêtres humains
Tu contempleras ton passé
Tu t’assiéras sur ton présent
Et n’aura pour avenir
Que la beauté des poètes
Et l’amour des anges
Les yeux retournés, tu proclameras :
C’était comment le monde ?
L’univers est si vaste…

 ©  Loup Francart

17/02/2018

Corps et âme

Il y a quelques jours, il s’est dédoublé
Quel frémissement !
La tête dans les nuages
Et les chaussettes dans la boue
Entre les deux, rien… Le vide…
Il ne s’en aperçut pas immédiatement
Il vivait des jours intenses dans la clarté
Puis des nuits noires comme l’encre
Entre les deux, l’enfouissement…
Un sommeil de plomb, lourd comme l’absence…
Il fermait les yeux
Devant lesquels les étoiles dansaient
Son corps n’était plus qu’un voile transparent
Quatre poteaux de bois revêtus de plastique
Qui claquent au gré d’une brise fraîche
Et il comprit le don du corps
A la terre ferme, dans l’odeur des feuilles mortes
Toutes portes ouvertes, les narines frémissantes
Il entre dans l’univers, nu et prudent
Cette bulle d’infini qui gratte parfois
La plante des pieds ou le crâne chauve
Il baigne entre deux eaux, épanoui
Son esprit est ailleurs… Loin, très loin
Dans son autre moi, ce soi
Qui se tient coi et joue les rois…
Mais il sait que tout cela
N’est que passager
Comme la traîne d’un avion dans le ciel
Et que bientôt il faudra revenir
A plus de réalité…
Mais que doit-il abandonner ?
La tente translucide
Ou l’immatériel sans mesure
Il sait cependant que les deux ne font qu’un
Quand d’un revers  de main
Il balaye l’espace et rompt l’écoulement du temps
Cette unité finale ne dure qu’un instant
Et est le fruit de toute une vie
La danse sur le fil de la vérité


Ferme l’œil
Ouvre ton corps
Libère ton esprit
L’âme est là
Sans pensées ni sensations
Dans son éternité dévoilée
Nage jusqu’à elle
Et… Envole-toi !

 ©  Loup Francart

13/02/2018

L'araignée

L’araignée serait-elle bonne mathématicienne
Ou même peut-être est-elle créatrice intemporelle ?
La durée d’une nuit, elle crée son espace-temps
Où s’englue chaque grain de matière vivante
Courbant davantage les fils ténus et accrocheurs
Et là, l’être prisonnier, pris dans la nasse élastique
Regarde désespéré approcher le dieu vengeur
Plus rien ne peut le cacher et le sauver
Sur le plan souple et huilé de la toile
Il apparaît comme une proie indéfendable
Et sera gobé en un instant par le pillard…
Pourtant qu’elle est belle cette toile symétrique
Épanouie aux rayons de l’aube, vêtue de rosée
Cachée entre deux brins d’herbe inoffensifs
La rigueur mathématique de sa construction
Ne laisse pas place à l’improvisation
La chasse devient chose aisée et ludique
Tendez vos filets et observez !
Il arrive, l’innocent sifflotant
Il se heurte à la barrière qui colle
Plus il tente de se dégager, plus il est pris
Il ne lui reste qu’à attendre et voir
La mort approcher, souriante et légère
Il contemple l’indécence et la force
L’inévitable et l’insouciance
L’araignée dévorante à la panse gonflée
Qui conduit à la fin, sans échappatoire

©  Loup Francart

06/02/2018

Haïku

 

N’y a-t-il plus de lois ?

Le rire devient stérile

Les pédants odieux

05/02/2018

Échafaud

Il est des jours où tout se brouille
Il ne reconnaît pas le chameau du dromadaire
Lequel passe par le chas d’une aiguille ?

Il est des jours où tout s’emmêle
Il laisse le chat jouer avec la pelote
Mais jamais il ne lui donne sa langue !

Il est des jours où tout s’enchevêtre
Il ignore la tromperie du politiquement correct
Mais prend-il des vessies pour des lanternes ?

Il est des jours où rien ne va plus
Il a tout perdu, sauf l’honneur
Alors il marche, rasséréné, vers l’échafaud

©  Loup Francart

 

01/02/2018

L'objectivité

L’objectivité n’est pas un gros mot.
Pourtant, à écouter les parleurs
Qui laissent filer leurs pensées
Aux vues et sus de tous,
Elle est dite dépourvue de partialité,
Contrairement à celui qui affirme
Et qui juge avec parti-pris.

Il est dit : "L’objectivité existe en soi,
Indépendamment du sujet pensant."
Ne pensez pas, vous serez objectif !
Pourtant qui ne sait la hauteur de vues
A encourager pour devenir objectif,
C’est-à-dire ne voir que l’objet
Sans tenir compte du sujet.

Einstein a cependant écrit :
"Désintégrer un atome est plus facile
Que détruire un préjugé."
C’est vrai ! Regarder un objet,
C’est lui accorder une part de soi.
Mais si vous ne le regardez pas,
Que pouvez-vous dire sur lui ?

L’objectivisme, nous dit-on,
N’utilise que les données
Contrôlables par les sens.
Mais qui contrôle les sens,
Si ce n’est un sujet pensant ?
Le sens serait-il la synthèse des sens ?

Oui, donner du sens à un objet,
C’est bien l’observer indépendamment,
Mais toujours du point de vue
De la finalité de l’observateur
Qui au fond de lui-même
Fait de l’objet un sujet indépendant
Qui rend objective sa subjectivité.

Être objectif, c’est finalement
Aller au bout de sa pensée.
Et pour revenir à ce que dit Einstein :
"Nous ignorons comment sont les choses
Et n’avons que la représentation
Que nous nous en faisons."
Ne la perdons pas, nous serions aveugles !

 ©  Loup Francart

25/01/2018

C'est ainsi

C’est ainsi
Il n’y a rien qui soit de trop
Ni l’étoile, ni le noir
Ni le soleil présomptueux

C’est ainsi
Il y a toujours des cris
Le jour où l’homme remue
Et sort, ivre de fureur

C’est ainsi
Il n’y a pas d’eau dans l’abreuvoir
Ni même d’avoine dans l’auge
Le cheval part, seul au monde

C’est ainsi
Il y a encore des abeilles
Qui bourdonnent au fond de l’air
Et prennent peur de fleurs vertes

C’est ainsi
Il n’y a plus de folles courses
Entre les filles de Waltaïra
Ni d’arrivée dans les bras dorés

C’est ainsi
Il y a des jeunes gens
Bouche ouverte et poils au nez
Qui courent sans vergogne

C’est ainsi
Il n’y aura bientôt plus
D’oiseaux dans l’azur
Ni de fourmis sur la terre

C’est ainsi
Viendra bien le jour
Où il fermera les yeux
Pour ouvrir ses sens épuisés

©  Loup Francart

24/01/2018

Haïku

 

L’ange blond n’est plus.

Connaissait-il l’espace-temps ?

Non, l’éternité !

 

20/01/2018

Plus rien

Plus rien ne sera comme hier
C’était le temps d’un sourire
Volé aux lèvres des jeunes filles
Et échangé dans l’impatience

Plus rien ne sera comme l’été
Où la chaleur embrase le corps
Et donne aux pensées l’image
D’élan de tendresse collante

Plus rien ne sera comme au commencement
Quand le monde s’ouvrait sous nos yeux
Et caressait une mémoire vierge
Pour y déposer le tremblement de la vie

Plus rien ne sera comme demain
Tiens… Pourquoi ? Que sais-tu de demain ?
Demain sera le temps quiétiste
La panne sèche en plein désert

Mais rien ne pourra être comme la fin
En une nuit lointaine et chaste
Où l’abandon et la tendresse se côtoieront
Pour revivre en un éclair l’existence

©  Loup Francart

18/01/2018

L'autre

Il était autre, un être inconnaissable
Qui saurait encore l’apercevoir
Lorsqu’il courrait entre les voitures
Évitant les roues et les bosses
Et qu’il levait parfois la tête
Humant l’odeur du vent d’automne

Il était autre, un être inconnaissable
Qui criait sa lourdeur d’homme de paille
Et pleurait la perte du contact brûlant
Avec cette peau pleinement douce
D’un bras de femme le soutenant
Et le hissant vers les hauteurs

Il était autre, un être inconnaissable
Qui s’enfermait volontairement à l’intérieur
D’un lui-même déchu et pantelant
Marchant sans but dans la ville
Couvrant d’un pas menu et étiré
Chaque rue connu ou inconnu

Il était autre, un être inconnaissable
Qui tentait de sortir de la pierre
Pour découvrir l’ouverture de l’horizon
Et courir à perdre haleine, hors du temps
La liberté retrouvée, jamais réellement perdue
Mais jamais accessible directement

Il était autre, un être inconnaissable
Qui finit enfin par se connaître
En franchissant la porte du désenvoûtement
Il se retourna, les cheveux dressés
Marchant sur la pointe des pieds
Fit un signe et s’envola, loin de tous

Il était autre, un être inconnaissable
Il devint un être inconsolable, autre
Double  de ce qu’il avait été
Errant dans les plis du temps
Sans pouvoir jamais se réunir
Et enfin dormir sans inquiétude

©  Loup Francart

13/01/2018

Haïku

 

Le soleil se lève

Il tourne autour de ta tête

Et part, sans mot dire

 

 

 

11/01/2018

Chance

Il est là, seul regard lointain
La femme passe, sans le voir
Il ne bouge pas, l’a-t-il vu ?
Elle poursuit sa route, indifférente

Soudain, elle lève la main, fait signe
A qui ?
Il cherche l’autre
Fait le tour de l’horizon
Rien, personne, néant
Qu’a-t-elle ?

Elle sourit maintenant
Elle a du charme et de l’allure
Mais elle n’ose se dire
Alors elle minaude et  rit
De ses grands yeux bleus
Il comprend, mais il joue
Indifférence et lassitude

Alors elle s’échappe et court
Et lui, sans rien ni personne
Se retrouve seul, face au vide

Sa chance est passée
Qu’il faut saisir toujours
Quel que soit le sujet

©  Loup Francart