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13/12/2017

Femme

Toi, femme, origine et avenir de l’univers
Ignorée de la force destructrice de l’évolution
Assise dans l’éternel repos du cœur
En mouvement discret entre les êtres
Reliant les uns aux autres avec aménité
Emplissant l’âme d’absence rayonnante

Comment ne pas te dire, en toute fraîcheur :
« En toi, je suis ; par toi j’étais ; avec toi, je serai »

Coule-toi dans sa quiétude tranquille
Épouse ces courbes chaleureuses
Immerge-toi dans l’être chéri et revivifiant
Laisse parler en elle la vie et l’amour
Et considère-toi chanceux de côtoyer
L’origine de ton être dans sa pleine lumière

La femme n’est rien pour être tout
La femme est l’avenir du monde
Éveillant la vie entre les entités
Leur donnant élasticité et reliance
Mettant en convergence les sons
Pour devenir contrepoint et harmonie

Oui, tu es belle, femme parmi les femmes
Amour donnant ton amour à tous
Centre de l’être, infini par humilité
Tout en recherche de l’unité
Et pourtant rien aux yeux du cri sauvage
Sur le pouvoir et l’arrogance de la force

 ©  Loup Francart

12/12/2017

Bouteilles vertes échappées de l’oubli

 

Bouteilles vertes échappées de l’oubli
Qui dorent leurs liquides au soleil de l’oubli
Bienfaisantes, chaudes, dépouillées
Vous êtes ce que nous sommes au regard
La consistance et la racine de la gaité
Vides, ignorées, vous sombrez dans l’oubli
De nos corps gorgés et repus

 ©  Loup Francart 

08/12/2017

Souvenirs

Parfois reviennent des bribes de souvenirs
Elles sont ténues, orphelines et soumises au vent
Elles errent comme les atomes dans l’espace quantique
Apparaissent où on ne les attend pas, indiscrètes
Et mêlent leur irruption d’un parfum de déjà vu
Mais te souviens-tu de leur lieu et du moment
Où elles frappèrent de surprise ton attention
Jusqu’au bout de tes certitudes et désolations
L’effet produit, elles repartent aussi vite que possible
Et s’oublie cet instant, béni ou non, de l’apparition
Dans l’horizon des possibles et le ciel du probable
D’une certitude d’un fait sans rappel de sa naissance

Le jour où la larme rappela ta détresse sans motif
La nuit où ton corps fut mon dernier refuge
Le matin quand la fraîcheur des vies t’enivre
Le soir quand l’espoir endort tes défenses
Et tous ces entre-deux, de surprise en surprise
Qui frappent à ta porte et enfoncent leurs doigts
Dans le cerveau brûlant des jours d’antan

 ©  Loup Francart

04/12/2017

Comment ?

Comment s’épousent mes angles droits
Avec tes courbes et tes douceurs ?

Comment encore peux-tu dormir sans douleur
Auprès du paillard ronflement des organes outranciers ?

Comment tes exclamations rafraîchissantes
Rivalisent-elles avec la profondeur de nos vitalités ?

Comment ton rire et ta joie de vivre
Se concilient-ils avec l’éclat de nos moqueries ?

Comment la tendresse envoûtante de ta nudité
Accepte-t-elle la gaillarde prétention de nos manifestes dressés ?

C’est un miracle bien léger, mais si débordant
Que chaque jour l’homme et la femme se retrouvent
Serrent ensemble leurs peines et leurs espoirs
Dans une félicité conjointe et revivifiante
Qui chante joyeusement l’amour et la filiation
Et contemplent du haut de leur union le mystère humain
Deux en un, divergents et pourtant étroitement emboîtés

 ©  Loup Francart

28/11/2017

Haïku

 

Las et délaissé,

Il se terre, essoufflé.

N’a-t-il plus de foi ?

 

23/11/2017

Affection

Trois jours de folie… Dans mon lit…
Étendu sur ma couche, sans volonté…
Un rat crevé, la bouche de fièvre embellie…
Rien ne pouvait m’en faire bouger…

Les vagues bruits de la circulation
Les cris d’une cour de récréation
L’automne sale qui coule aux murs
Et rend la traversée d’une rue si peu sûre

Et moi, engoncé dans mon cocon
L’oreille pâle et l’œil hagard
Clignotant à l’ombre du balcon
Ecrasé dans les draps du placard

Seul, perdu dans la chaste défaite
De l’être gaillard et sûr de lui
Je me laisse partir, nu, sans fête
Glissant jusqu’au bout des nuits

J’entends les voix des jeunes filles
Qui devisent et courent dans la rue
Esquivant à l’image des anguilles
Regards et gestes des malotrus

Pourtant que ferais-je sans relève
Sans ces rappels incessants
De la vie, des corps et de la sève
Qui gonfle un sommeil rayonnant

L’être encore maintient son rire
Et évacue sa torpeur envahissante
L’œil agite son iris pour s’enquérir
De toute originalité resplendissante

Les jours s’écoulent, sans répit
Pour celui qui git, sourit, pâlit
Se caresse les joues rêches
Et rêve d’un verre d’eau fraîche

 ©  Loup Francart

12/11/2017

Transcendance

Au sein du bouillon habituel de l’être
Se lève parfois une bulle différente
Elle explose avec vigueur sans réémettre
La langueur d’une habitude accaparante

C’est un éclair dans ce paysage désolant
Qui illumine la vie et la rend enviable
Une chevauchée mortelle du cerf-volant
Reliant l’immonde et l’inconnaissable

Une montée asphyxiante vers le bonheur
Une apnée subite dans un hoquet convoyeur
Un réveil éclairant dans un monde sans pensées

Elle plane la victime de cet évènement
Elle déploie ses ailes avec raffinement
Et s’envole réjouie avant même de s’élancer

 ©  Loup Francart

09/11/2017

Course

Accélération…
Mes jambes vont-elles encore me porter ?
Les poumons me brûlent !

Encore, encore un effort, un peu, beaucoup
C’est la dernière côte, il faut accélérer
Malgré l’extinction du souffle
L’évanouissement des sensations

Je ne suis plus qu’un serpent qui court
Dans l’air respiré en saccade…

Allez, les autres ne tiendront pas ton rythme…

Voilà, j’entends les râles de mes voisins,
Ils ralentissent, asphyxiés, à bout

Surmonte ta fin, pousse encore
Malgré le trou dans ta poitrine
Malgré le crissement de tes genoux
Malgré la sueur coulant entre les sourcils

Oui, tu es seul en haut de cette côte
Ils sont derrière, ne peuvent plus te suivre
Ne t’arrête pas malgré l’envie
Tire ton souffle au-delà de toi-même
Agite le soufflet, laisse-le chanter
Plus que trois cent mètres…
Tu les entends revenir sur toi

Il faut tenir,
Exalter ce corps qui peine
Devancer l’être qui s’épuise
L’imaginer courant devant toi
Libre d’une volonté implacable
Survolant sa faiblesse joyeusement

Ils reviennent…
Ils reviennent à ta hauteur
Des forges… Ils n’en peuvent plus
Moi non plus d’ailleurs…

Mais encore un dernier effort
Malgré l’absence d’air
Qui ne parvient plus aux jambes
Malgré le vide qui se creuse en toi
Malgré la mollesse qui s’empare de tes pas

Allez, poursuis, encore
Plus que cinquante mètres
Tu ne sais comment cela va finir
Mais tu veux la victoire
Tu la veux, tu la veux !
Les soufflets s’éloignent
Ils capitulent…
D’un râle tu franchis la ligne

Tu pars titubant, inconscient
Tu ne peux t’arrêter
Tu t’écroule à terre
Tu n’es plus qu’un tuyau en feu
Un pot d’échappement exsangue
Tu t’enfonces dans l’eau salée
D’une transpiration violente

Tu ne sais où tu es
Ni même qui tu es
Plus que ce souffle
Criant sa douleur
Et sa satisfaction
Tu as tenu jusqu’au bout

Quelle belle victoire...
Tu la réalises… Tu la vis…
Plus rien n’existe que cette envolée
Qui t’as propulsé en tête
Dans l’ivresse d’un infini
Où seul le souffle existe
Hors de toute pensée
Et dans cet instant sublime
Tu entrevois les perles de rosée
Autour de la bouche de ton poursuivant
Son extinction et son admiration

Oui, tu as gagné
Dieu, que ce fut dur et exaltant
Tu as couru derrière ton être
Et tu l’as rattrapé
Fondu en un seul
Au dernier moment !

 ©  Loup Francart

02/11/2017

Larmes de crocodile

Il vit mille vies
Et pourtant, il n’en a qu’une
Il habite à l’autre bout du monde
Mais il n’est jamais sorti de chez lui
Il est ermite
Et pourtant élastique
Même le temps ne peut rien contre lui
Aussi à l’aise au casino qu’à l’église
Il est tout ce qui n’est pas lui
Il n’est rien de tout ce qui est lui
Il a trouvé la paix un jour de marché
Lorsqu’il a vu les femmes volages
Et les évolutions des hommes
Dans des orbites resserrées
Jusqu’à ne plus former qu’un bloc
Qui prend la fuite sitôt créé
Il reste seul, imaginaire
Au pays des couples ensorceleurs
Où deux font un et un rien du tout
Il n’a qu’un avantage
S’immiscer en trois dans l’un
Et contempler les éclats du deux
Certes, les mathématiques tremblent
Devant cet être chevauchant
L’irrationnel et le merveilleux
Et n’en tirant qu’une larme

L’œil du crocodile s’ouvre
Et la voix profère :
« Que la larme rejoigne les eaux
De l’anonymat et de la luxure ! »

 ©  Loup Francart

28/10/2017

Délire doux

Retour aux prémices de l’horloge
Là où rien ne frotte ni ne pèle
Ça gratte la tête jusqu’à la sortie
Et ça crie plus fort que toi-même
D’où vient ce froid plaisir
Qui obscurcit la douceur de l’avenir
Une boule dans la gorge, pesante
T’empêche de délirer sans raison
Mais est-ce si logique que cela
Je ne sais d’où tu viens ni où tu vas
Mais je pars avec toi, t’accompagnant
Dans ce délire de mots et de cris
Jusqu’à ne plus dire tout haut
Ce que je pense tout bas
Seul reste l’air pur et envoûtant
Des matins d’automne, pesant
Sur le ventre écarlate des enfants
Jusqu’à les faire rire de peu
Et même parfois de rien
Réjouis, ils attendent de toi-même
Ce que tu as toujours su faire
Ce personnage insolite et burlesque
Qui pleure le soir dans le noir
Et fait rire le jour sans vergogne
Nous sommes bien au creux de la nuit
Là où l’ombre devient l’unique objet
D’une attention soutenue et molle
Évanescent, tu divagues sous les pierres
Et cries de trop de divergences
Les mots sortent en chapelets,
Parfois hésitants, toujours bêlants
Tu ne peux les retenir
Même en fermant les doigts
Sur leurs plaintes et regrets
Non, rien ne vient
Que l’obscur dédain des mites
Qui transpercent les vêtements
Et rient de te voir dénudé
Alors tu cours au-devant des autres
Quémandant un mot aimable
Pour t’enorgueillir de si peu :
Va et ne dis rien
Car le peu que tu dis
N’a que l’apparence de la déraison
Mais qu’importe cet espoir
De divaguer sans fin ni soif
Seul compte le silence des agneaux
Un soir d’automne dans le frais
Et la chaleur d’un regard
Elle est là, belle au pied de l’escalier
Attendant ta venue, souriante
Et te regarde amoureusement
Te tendant les mains
Ouvrant les doigts, la poitrine en avant
Plus rien ne t’intéresse que ce silence
Sans fin qui t’angoisse et te glace
Tu gèles sur place, ouvre ton stylo
Avant de mourir dans le froid
Et note tes derniers souhaits
Même s’ils ne valent plus la peine
D’être vécus ni même évoqués

 ©  Loup Francart

25/10/2017

Clinique

 

L’odeur lisse et sans parfum

Des cliniques d’un jour ou d’une nuit

Vous entrez dans la chambre, éteint

Pour sortir vert comme un fruit

 

©  Loup Francart 

21/10/2017

Devenir

Un rêve me poursuit
Comme un orage le long d’une vallée
Il revient à tout moment
Sans jamais me séduire
Ce n’est pas qu’il ne le cherche pas
Il emprunte les voies délaissées
Me tend la main derrière le mur
Il ne barre pas la route du bonheur
Il ne crie pas pour me faire peur
Il m’enveloppe de brume
Et je marche dans la poudreuse
Levant haut les genoux
Sous son toit, j’enrage
Qu’attend-il de moi ?
Un sourire complaisant
Une plaisanterie fine
Ou le silence des agneaux
Il est là, derrière moi
Me poussant à la faute
M’ouvrant le placard de la complaisance
Enfermant mon esprit
Aspirant mon âme
Dans sa bouteille vide
Pour me conserver vivant
Mais peu, un semblant de vivant
Qui devient le fantôme de l’être que je fus
Et de celui en devenir
Mi-mort, mi-vivant
Ne laissant que quelques pas
Dans la neige qui fond
Et dont les dernières gouttes
Réclament plus d’efforts
Et moins de vérité
C’est vrai, je deviens…
Quoi ?
Je ne sais…

 ©  Loup Francart

18/10/2017

Musica et Carmina

 

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Patricio Cadena Pèrez, interprète de musiques baroques, classiques et contemporaines, est aussi fin connaisseur du répertoire folklorique latino-américain : malambo, chacarera, tango, candombe argentins, valses, marineras péruviennes ; bossa, choros, choriño, brésiliens ou encore pasillo, yumbo, sanjuanito, albazo équatoriens…Son répertoire est riche et dense. Le chant fait aussi partie de son expression artistique et l'accompagne dans ses explorations de l'univers musical populaire latino américain. 


Les textes sont extraits du dernier livre de Loup Francart "Un sourire et quelques mots" ou de poèmes non encore publiés.


 

17/10/2017

Créativité

L’ombre plane dans la nuit
Elle se meut avec patience et conviction
Elle éclaire par intermittence
Une route sans indicateurs
Elle peut parfois précéder l’être
Mais le plus souvent elle folâtre
Pour éviter de donner de la voix
Tu ne ressens que sa nostalgie
Ce pincement excitant de clairvoyance
Qui donne compréhension et légèreté
Comme l’ouverture d’une bonde
Qui vide le lac du quotidien
Et le remplace par le vide
Qui prend les pas et te conduit
Vers une noyade transcendante

Tu sors d’une routine hospitalière
Par petites touches affriolantes
Tu pénètres hors de ton existence
En équilibre sur la pointe du raisonnement
Sur le plongeoir de la créativité
Et tu te lances dans le néant
Sans connaître ton avenir
Tu te laisses guider dans la lumière
Tu te revêts de chaleur bienfaisante
Et tu nages à contre-courant
De ceux qui ne se fient
Qu’à ce qu’on leur a appris

Tel le sanglier dans sa bauge
Sors de ton humide savoir
Et marche vers l’inconnu
Lumière jamais déçue
Qui éclaire ta tendresse
Et t’offre le meilleur de toi-même
Dans le papier de soie
Qui cache la lueur de l’être
Qui souffle en toi la liberté
Et une transcendance bienheureuse

L’ombre alors te rejoint et t’enveloppe
Enfin tu respires l’éther de la créativité
Tes poumons se dilatent et s’embrasent
Tu montes, libéré de toi-même
Et contemples le paysage dénudé
Il n’y a rien, c’est à toi de trouver
De puiser dans le limon fertile
Pour le rendre productif
Cela demande effort et persévérance
C’est la rançon du pouvoir
Transformer l’éther en matière
Qu’elle devienne poésie, dessin, peinture
Ou essai, invention, voire vision
Ou même imagination pure
Ou encore insomnie et turbulence

Ne laisse pas s’éteindre ta fièvre
Entretiens-la, fais la gonfler
Qu’elle obscurcisse ton horizon
Et t’emporte loin du connu
Ne t’occupe pas du succès
Tu crées pour toi-même
Les autres mettront du temps
A reconnaître ta créativité
Peu importe, ta vie vaut ce sacrifice
Tu t’endormiras dans l’éther
Et tu rejoindras tous ceux
Qui apportent à l’autre
La lumière de l’inconnu
Et l’intuition du tout

©  Loup Francart

14/10/2017

Manque

Tout est là !
Mais que te manque-t-il ?
Le sang bat dans tes veines
La conceptualisation prolifère
Le mollet reste fier
Le cœur pleure à tout va
Tu t’émeus de rien
Tu ris de tout
Tu souris de peu
Tu exploses d’émotion
Sans savoir pourquoi

Ainsi va le monde
A fleur de peau
A rebrousse-poil
Dans la chair de poule...
Quels bruits pour si peu !

Silence, on tourne !
Grise-toi d’images
De cris, de faits divers

Mais oui,
Ce qui te manque
C’est toi !

04/10/2017

Le poids

D’un geste grandiloquent, en un tour de passe-passe
Il engouffra le monde et même l’univers
Dans ce sac de plastique bariolé et froissé
Dont  la pauvreté se charge au sortir d’un supermarché

Et il partit, le nez au vent, dans l’ombre
La poussière et le bruit, avec pour seul bagage
Le contenu de son cerveau, c’est-à-dire rien

Il pesait lourd ce sac de rien
Mais il contenait tout, ses espoirs et ses craintes
Le film d’une vie et le cri d’un oiseau

Et pendant qu’il marchait, il se remémorait
Les heures où le ciel s’ouvrait et laissait percevoir
La goutte de rosée, le pépiement du moineau
Les pleurs d’un enfant au seuil de la vie
La plainte du vieillard qui au moment de partir
Appelle les muses et chante l’éclaircie

Partir le monde dans son sac, plein de trésors
À piocher aux moments opportuns
Sans l’ombre d’un remord, ni même d’un recul
Puisant dans le grand livre de la vie
Où tout bascule du rêve à la réalité
Dans le fracas des événements et de la fureur
Des humains en mal d’exister et de jouir

Et lui, petitement, récolte imperturbable
Dans son cabas de pauvre les trous noirs
D’un renouveau étiqueté et plein de charme

La destinée d’un humain a bon dos
Pour être portée à bout de bras
Puis abandonnée au fond de la mémoire
Dans ce mélange de bien et de mal
Gélatine pesant moins lourd qu’un courant d’air

Mais comme il avance sur le chemin
Le sac devient ballon d’air chaud et tendre
Il monte sans cesser de vivre
Et l’homme s’accroche à ses poignées

Bientôt tiré vers le ciel il se déplie
Dans l’azur ensoleillé et silencieux
Pour contempler ce rien qui emplit tout
Et devient le tout contenu dans son sac

Alors, d’un coup de dents, il crève l’artifice
Et se retrouve seul dans les bras
D’un Dieu inconnu, si semblable à lui-même
Et pourtant si différent de ce qu’il fut !

 

23/09/2017

Il n’y a rien qu’une maison

Apparemment, il n’y a rien qu’une maison
Une maison charmante au pied d’une colline,
Une porte blanche qu’il suffit de pousser
Et quelques fleurs autour de la maison

Mais si le passant s’attarde davantage,
Au fil des heures, la maison l’ensorcelle
Il croit d’abord que ce sont les dorures des livres
Ou la calme chaleur des abat-jours
Puis il découvre une fée. Elle n’a pas de baguette,
Elle n’a pas de chapeau, mais elle porte la lumière.
Elle règne sur la maison, silencieuse et sereine
Et sa gaité réchauffe le passant.

Si celui-ci doit repartir à l’appel du chemin
Il laisse dans la maison une part de ses pensées
Et sur une table un petit mot
Qui ne suffira pas à dire sa reconnaissance

©  Loup Francart

22/09/2017

Enchevêtrement et haïku

Aveugle es-tu !

Si tu t'engages à vivre

As-tu besoin d'yeux ?

17-09-17 Enchevêtrement3.jpg

18/09/2017

âme

Je n’ai que mon âme à te donner
Elle n’est qu’un filet d’eau
Qui coule goutte à goutte
Suintant un amour discret

Certains jours elle se veut libre
Et refuse tout jaillissement
Asséchée, elle dénie ta présence
Et erre dans un indescriptible désert
Fait de désirs et de rêves
Non assouvis et enchanteurs
Qui disparaît dans la confrontation
Avec la vie dure et trompeuse

Il lui faut la tendresse de l’agneau
L’odeur du foin montant des prés
Les cris aigus des hirondelles
Lorsque le ciel s’assombrit
Pour ouvrir à nouveau sa blessure
Et aspirer au bonheur de donner

Alors, émerveillée de fraîcheur
Elle s’envole librement
Et vient un instant se réchauffer
Au creux de ton épaule
Écouter l’histoire de celui
Qui est toi au-delà de ce moi
Dans la plénitude du soi

©  Loup Francart

14/09/2017

Symphonie sylvestre

Mille bras tendus vers le ciel
Non pour implorer sa clémence
Mais pour célébrer l’infini
Quoi de plus majestueux que l’arbre
Entremêlant ses branches à ceux des autres
Leur disputant la lumière et l’ouverture
Avec sagesse et mesure, sans arrogance
Certes, il y a des vainqueurs et des vaincus
Certains s’étiolent avant d’atteindre l’épanouissement
D’autres buttent sur plus gros qu’eux-mêmes
Et se glissent avec souplesse entre deux grands
Qui ne peuvent se partager le ciel et l’honneur
De devenir le roi de ce morceau de terre
J’entends les sons de l’orgue et de ses jeux
Puissants à la pédale et tendres au bout des rejets
Le grincement subtil du bois contre les troncs
Le cri de l’oiseau qui se perche hors de vue
Un vent discret fait régner l’harmonie
Assis, je contemple la forêt et me sens transporté
Au sein de cette symphonie sans désir de retour

©  Loup Francart

07/09/2017

Eau

Tu es eau, pure, à soixante pour cent
Tu n’es cependant pas transparent
Ton œil, mouillé, ne voit pas la larme
Et ainsi l’eau, qui huile son charme

Pourtant tu aimes le soleil asséchant
Qui t’enlace tendrement dans le couchant
Et le feu que l’eau vainc facilement
Ou qui l’épuise subtilement

L’eau t’entraîne vers les rivages
Où tu contemples l’horizon sauvage
Frontière du liquide et du rêve

Là, tu erres en mal d’existence
Ne sachant où choisir ton inconstance
Là, la solitude t’épouse sur la grève

 

31/08/2017

Echappée

Ce n’est pas moi, te dis-je, qui est maladroit,
C’est elle ; regarde-la, innocente, immobile,
Reposer chaque doigt sur la pointe d’une étoile
Et se mouvoir dans la souplesse de l’eau.
Attendrie et fidèle, parfois elle vient caresser
Un sourire ou une paupière inquiète,
A cet endroit où la peau est usée
Et se fait plus douce au bout des doigts.
Mais d’autres jours, fatiguée,
Elle échappe à la pesanteur
Avec la même conscience qu’une lune interdite.

©  Loup Francart

27/08/2017

Insomnie

Ne plus voir dans l’œil que l’on croise
Ignorer les doigts fragiles qui se tendent
Ne plus même entendre les pas derrière soi
Ou la plainte silencieuse arrêtée sur les lèvres
Partir sur l’asphalte les yeux clos
L’oreille sourde, la main sur le bâton
Souvenirs encore de ce rêve ébauché
Un matin où le soleil rouge sur la ville
Ensanglantait les visages fermés et muets
Puis le vide silencieux du dernier sommeil
Jusqu’au réveil étonné, dans la froideur du lit

©  Loup Francart

21/08/2017

Entre en toi !
Entre en toi !
Ouvre ton esprit, ton cœur et ton corps
A ce qui est plus que toi-même
Cherche encore ce trésor
Que tu ne peux nommer
Ouvre tes mains à son évocation
Et crie au moment de le toucher
Bien souvent, cependant
Tu hésites, pantelant
Tu restes en périphérie de toi-même
Comme endormi, confit dans le sel
Tu te réfugies dans la zone
Là où rien ne s’harmonise
C’est dur, il faut l’avouer
Rien ne va plus, dis-tu
Tu enfiles ta veste à l’envers
Tu cours dehors, dans le froid
Tu rentres, tu reprends ta respiration
Tu calmes ton esprit, reprenant vie
Puis tu plonges en toi
Jusqu’au fond du gouffre
Où tu sens sa main qui te presse
Et son cœur qui bat la chamade
Un peu de chaleur humaine
Dans l’obscurité du monde
Une lueur que tu tiens
Un espoir devenu réalité
Ensemble, au fond de soi
Enlacés fiévreusement
Caressant son visage
Modelant son corps
Tu te rends à toi-même
Et contemple ce moi
Qui malgré tout
Vaut bien un détour...

©  Loup Francart

17/08/2017

Soi

L’infini n’a pas de fin ;
Mais… A-t-il un commencement ?
Et s’il n’a ni début ni fin,
Existe-t-il réellement ?
S’il s’effiloche lui-même,
Comment se situer dans cette absence ?
L’infini n’est pas le vide,
Il est toujours appréhendable.
Mais un seul grain de fini
Suffit-il à faire de l’infini ?
L’homme, curieux par nature,
Cherche à atteindre la dernière page.
Mais si le livre est infini,
Il perd également la première page
Et lit le livre de la vie
Sans pouvoir en sortir.
Alors il erre entre les pages,
Dans cette épaisseur inexistante
Qui s’épanouit dans la finitude.
Perdu dans cette bibliothèque
Sans pouvoir se situer,
Il invente sa vie sans même exister.
Après tout, l’important est-il
De se connaître soi-même
Ou de connaître son environnement ?
Si l’espace et le temps sont infinis
Suis-je inclus dans ceux-ci ou les crée-je ?
Si je suis infini, alors seulement,
Je n’ai besoin ni de jour, ni de lieu
Pour être pleinement réalisé.
Je flotte entre les grains de matière
Et découvre mon ubiquité :
Je suis ici et maintenant,
Mais sans histoire ni personnalité.
Seul le soi demeure et est.

©  Loup Francart

13/08/2017

Transparence

Je n’ai ni regrets ni désirs
La béatitude m’a pris
Et élevé hors de tout
Je flotte dans le bonheur
Et aspire au silence
Il vient sans crier gare
En toute transparence
Il m’attire à lui
Mais n’est rien lui-même
Et moi-même qui suis-je
Sinon celui qui se regarde
Et ne voit que l’éclat
De ses propres yeux
Dans le miroir de l’âme ?

©  Loup Francart

 

11/08/2017

Le dit de Tianyi, de François cheng (Albin Michel, 1998)

La guerre, l’amour, l’amitié, l’idéologie et bien d’autres choses encore, pourraient installer le livre dans une gravité impressionnante. C’est vrai à certains moments, mais l’auteur nous promène également la tête dans les nuages et la brume au travers d’épopées poétiques qui rassemblent une belle langue française au service d’impressions, de réflexions et de réminiscences chinoises. En un peu plus de 400 pages, François Cheng nous plonge à la fois dans les mentalités paysannes d’un Moyen-âge chinois  et dans l’histoire du XX° siècle occidental : la guerre sino-japonaise, le Grand Bond en avant de 1958, puis la révolution culturelle. La vie de trois personnages rythme le roman : tout d’abord Tiannyi, qui deviendra peintre, Yumei, l’amante, et Haolang, l’ami. Chacun cherche sa vie dans l’exaltation de la jeunesse et ne trouve que malheurs et parfois des éclaircis où l’amour et l’amitié leur permettent de faire face à un destin hors norme. Tout a déjà été dit sur ce livre qui est à la fois un roman, une autobiographie, un poème, un conte et un livre d’histoire vu sous l’angle personnel de quelques héros anonymes.

Ne citons que ce paragraphe, bouleversant, car il résume grandement l’esprit du livre :

… Je mesurais la difficulté qu’il y avait à toucher la vraie profondeur d’un autre, a fortiori d’un autre féminin. Oui, l’homme peut-il rejoindre l’extrême désir de la femme dont elle-même ne peut sonder le fond ? Il y a certes de la tendresse sans bornes qui fait tomber comme de vaines poussières préventions et fantasmes de l’homme. Il u a des moments d’extase qui entretiennent éphémèrement de rêve de l’Un ? L’homme, taraudé par le fini, s’échine à rejoindre la femme, envahie par l’infini, sans jamais y parvenir. Il lui reste à demeurer cet enfant abandonné qui pleure au bord de l’océan. L’homme s’apaiserait s’il consentait à écouter seulement la musique qui résonne là, en lui et hors de lui – d’écouter humblement la femme devenue un chant trop nostalgique pour être accessible.

Ne pas en dévoiler plus. Mais « il n’est pas trop tard ; faisons quelque chose encore ! » nous dit la rieuse voix de Yumei dans les brouillards et les nuages d’une Chine malgré tout immuable.

08/08/2017

Une demeure

Au cœur de la nuit et au plus profond du cœur
S’élève l’espérance de renouer le passé
Avec un présent inconnu et sans rival
Un abri où l’ombre cède à la lumière

Fermez fenêtres et portes pleinement !
Au dehors règne l’étouffoir asthmatique
Détendez vos méninges et laissez le rêve
S’emparer de vous en vents qui dénudent

Alors tel un fantôme vous errez sans fin
Dans le vide de l’imagination cubique
Et le plein d’une beauté transfigurée
Quels secrets vous enseigne la tanière ?

Quel que soit le lieu où votre corps repose
Trouvez en vous l’étincelle délicate
Qui la fait vibrer au rythme des murs
Et réveille le son pur du violoncelle
Quand l’archet s’unit à la corde, vibrant
De ferveurs nouvelles et appréciées

Une demeure, c’est le lieu de rencontre
Du rêve et de la réalité, un apaisement
Des caprices humains toujours en quête
De nouveauté et de connu, emmêlés
D’exaltation de l’histoire du temps
Passé, présent et avenir confondus
Dans la danse de l’existence

©  Loup Francart

04/08/2017

Soir

Au crépuscule de la vie
Qu’ai-je encore à attendre ?
Ni la célébrité, ni l’opprobre
Un peu d’amour, certes
Mais aussi un peu de plaisir
Ceux-ci deviennent autres
Contempler le vol des chauves-souris
Le soir quand l’ombre s’en prend à la lumière
Relire un livre déjà lu
Et ne s’en apercevoir qu’à la fin
Courir sans fin le matin
Pendant que les autres dorment sereinement
Se raréfient les attachements aux objets
L’envie de partir loin de ce qui est connu
L‘attrait d’un dîner entre amis
S’estompe la frontière entre le monde et mon être propre
La ligne de démarcation n’est plus nette
Je ressens l’impatience des jeunes
L’émerveillement des enfants
La sensualité des jeunes mariés
L’épuisement des travailleurs
La panique du jeune retraité
L’indifférence du vieillard
Mais je les ressens sans passion ni identification
Je survole ces vies engagées
Et contemple sans attachement
Ces désordres et erreurs
Mais j’aime changer mon regard en un clin d’œil
Caresser le monde d’une lumière intérieure
Ne plus prendre parti
Mais errer amoureusement au long des vies
Pour y reconnaître la couleur de l’éternité
Et sentir monter en moi cette chaleur particulière
Celle de l’amour pour le monde et les êtres
Qui s’empare du cœur et le rend transparent
Mon ombre s’amenuise, élargissant l’horizon
Je flotte en béatitude
Je ne suis plus : Il Est

©  Loup Francart

30/07/2017

Le vide

Un vide si attirant
Et si plein de tendresse

Un vide que rien n’habite
Et si plein d’éternité

Un vide qui te gaze tendrement
Et te dénude avec bonheur

Un vide qui emplit tout
Et que rien ne peut combler

Un vide qui serre le cœur
Et l’oblige à s’ouvrir

Un vide qui fait du plein
Un désert d’intelligence

Un vide qui te secoue les tripes
Et t’engage au-delà du réel

Un vide que seul un plongeon
De ton personnage peut abreuver

Un vide qui envahit ton être
Et te promène dans l’univers

Un vide qui devient toi
Et un autre toi-même

Un vide que je bénis
Parce qu’il m’oublie

Un vide entrevu un jour
Et jamais oublié

Aurais-je trouvé, au-delà de l’espace et du temps
Le mystère des origines et, peut-être, de la fin ?

©  Loup Francart