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06/12/2019

Naïf

Naïf ou trop habile
Qui donc le saurait mieux que toi ?

Le naïf est confiant
Il te prête ses pensées
Elles défilent sous ton nez
Parfois tu attrapes le bonheur
Un bon mot qui part tout seul
Et te comble sans savoir pourquoi
Un malheur est toujours possible
Lorsque tu dédaignes l’avertissement
Ainsi sont morts l’oiseau sans ailes
Et le chanteur sans voix

Le naïf est-il dupe ou niais ?
L’un d’eux me dit un jour
Pourquoi sortir puisqu’il faudra entrer
Un autre me susurra
Pourquoi entrer puisqu’il faudra sortir
Ils restèrent entre deux
Un pied sur chaque partie
Sans même pouvoir se séparer
Va voir, ils y sont encore !

Le naïf ou le rusé
Prendre l’un pour l’autre
C’est courir à sa perte
Ou recevoir la fortune
Sur un damier noir et blanc
Sans laisser d’alternatives

Le naïf serait-il un simple
Telle la fleur verte
Qui trompe son monde et meurt
De sa plaisanterie colorée
Mieux même, il peint les visages
De ses trois doigts triangulés
Et vend ses tableaux aux pauvres

Le naïf te croît, toi l’insaisissable
Tu apparais distant et nu
Tu cours à l’ombre des oliviers
Embrassant les belles femmes
Riant des enfants bavards
Pleurant avec les vieillards
Certes, tu es naïf, mais si simple
Qu’on repart le cœur nettoyé

©  Loup Francart

04/12/2019

Beauté

La beauté est le parfum de l’univers
Si subtile est son pouvoir
Qu’on ne peut la saisir directement
Pourtant elle tranche au sabre
Au-delà du désir de l’intelligence

Infime part du réel
Elle te plonge dans l’infini du monde
Une goutte de senteur
Qui te fait exsuder le meilleur de toi-même
Ombre des sens
Caresse de l’ineffable qui agite la chevelure
Mâle silence
Frémissant des signes du printemps
Tendre douceur
De l’émotion des corps rapprochés
Bref aperçu
De l’innocence de l’enfance dévoilée

La beauté seule
Donne le goût de la naissance du cosmos
Tu ne sais ce qu’elle est
Mais tu sais sa présence
Recueillie dans le calice de tes mains jointes

Tu t’incline sans bruit
Et rend grâce, environné de l’inexprimable

©  Loup Francart

02/12/2019

Reine d'un jour

Tu es morte et éprise de vie
Tout bouillonne en toi
Mais tu n’es pas servi
Par ton petit doigt

Qui compte le plus pour toi
Serait-ce ta peau de requin
Ou la sortie des bois
En te tenant par la main

J’ai pris ta plainte
Et ta lampe s’allume
T’exclames-tu, en conjointe
Fidèle dans la brume

Avance au large
Plonge dans l’arène
Mais sans surcharge
Ô toi, ma reine

©  Loup Francart

30/11/2019

Séduction

L’adolescente se pare de brouillard.
Quel est son lot dans cette cohue ?
Cachée par le maquillage, elle reluque
Les autres femmes dans leur transparence.

Que font ces filles au long bec acide ?
Ont-elles la vertu hasardeuse des pickpockets ?
Elles se couvrent de voiles épais
Pour cacher leur beauté translucide.

Dieu, quelle engeance et quel fardeau
Que ces mirages environnés de soleil !
Elles rient en groupes serrés,
Ricanant de leurs lèvres peintes,
Tournant leurs yeux de biche
Ouverts comme des soucoupes solitaires
Et filent sous la nappe de lin frais
Des coups de genoux aux plus offrants.

Plus rien ne viendra à vous, mes belles,
Sans un engagement de votre part.
Oubliez-vous et vous resplendirez
De bonheur fluidifiant sans préavis !

Mais déjà le disque d’or ferme la marche,
Envahissant de noirceur subtile
Le front des hommes égarés
Qui contemplent étonnés la manœuvre
De ces filles encore jeunes
Mais déjà rouées, dindes volatiles
Dans la basse-cour de la séduction.

©  Loup Francart

28/11/2019

Pourboire

Vêtu d’un filet d’eau, elle glisse entre toi
Et l’ombre de l’effort, offert aux plus vaillants
Son dos courbé de gloire te laissera pantois
Qui donc pourrait te dire qu’il te voit mécréant

Son doigt fin aspire tes larmes d’innocent
La douche est ambiguë et tu trembles d’horreur
A l’idée de la pluie sur le corps pâlissant
Et, douceur, pénétrant au fond de ton aigreur

Dans son ambiguïté, elle va plus loin encore
Elle ouvre ses jambes et déploie ses charmes
L’eau devient limon, requiert ton accord

Elle dérive et coule dans l’extase d’un soir
Riante de ses dents et mêlant ses larmes
Avec pour seul espoir obtenir un pourboire

©  Loup Francart

24/11/2019

Une seule vie

Douce comme toi jusqu’où iras-tu
Pour être aiguë comme lui ?
Le cœur tendre ou la peau dure
Tu ne sais que choisir
Où se trouve celui que j’aimais
Et qui me chérissait plus que tout ?
Je n’ai en face de moi
Qu’un modèle de bienfaisance
Qui n’est autre que la souffrance
Et l’aiguillon du paraître
Où se trouve le vrai ?
Où se trouve la vie
Lorsque la nuit monte
Et les bruits croissent ?
Cherches-tu toujours l’universel ?
Vois-tu toujours la bonté
Qui court le long des rues
Et grimpe dans les jambes
Des passants, même des assassins ?
Oui, l’homme est ainsi fait
Rien ne vient conforter l’espoir
Tous meurent de ne plus pouvoir vivre !

©  Loup Francart

16/11/2019

Nuit câline

Doucement, avec tendresse, il lape son café
Le chat ne lui arrive pas aux chevilles
Les ombres de la rue pleurent en écoutant la danse
Des rats dans la cave et des souris dans l’appartement
Les éclairs se succèdent, la tension monte
Le verre se déforme et le mercure explose
Dans la tête de qui vous précède, hautain
Il ouvre sa fenêtre et libère les odeurs
Qui partent vers la lune en chantant
Rien n’existe que le silence terrible
Qui assaille l’intercostal jusqu’au noir
Les souvenirs broyés en minces tranches
Ensevelis sous cellophane et ficelés
Sont prisonniers du maelstrom des caprices

Rien ne va plus, fiston, l’ordre règne
Vite, au lit et fait de beaux rêves

12/11/2019

Hiver

Ici, la terre s’endort bordée des dernières fleurs
L’obscur moineau sautille et plonge son bec en terre
L’eau s’évade sans bruit, s’écoulant sans douleur
Les pas marquent le sol d’un œil protestataire

La douceur rougit seule sous le froid égrainé
La femme se couvre et l’homme fait le dos rond
L’écureuil réjoui crée son garde-manger
Seul le poisson file et échappe au héron

S’instaurent le non-être et l’absence de bruit
L’ombre ne profile plus la présence d’autrui
L’herbe devient fouillis et va sans "verdoyance"

Peu à peu vient la mort, la nature s’effeuille
Afin de survivre ouvre ton portefeuille
Et laisse aller ta peine jusqu’à la bienveillance

©  Loup Francart

09/11/2019

Silence des nuits sans sommeil

Silence des nuits sans sommeil
Où le cœur marque inexorablement
L’écoulement des heures figées
Dans la pose de l’enfant endormi
Et que dehors, dans l’obscurité mouvante
La lune accomplit son périple immuable

Chaleur fade du poids de la veille
Dans la moite activité imaginaire
Des rêves du premier sommeil

Se lever et marcher sans l’obscurité
Sentir le carrelage froid sous le pied
Et l’odeur persistante du jour
Qui imprègne encore les pièces vides
Jusqu’à ce que la paupière lourde
Les membres las et la tête vide
Le corps replonge dans l’élément de son absence

©  Loup Francart (18 mai 70)

08/11/2019

Liberté

19-11-06 Pictoème nov.jpg

 

Au cœur de la glace palpite la liberté
volcan des humeurs, privilège de la fuite
elle s’engorge de contradictions
mais toujours éclaire celui qui la porte

Dans le noir de l’être survit encore
le fer rouge du bonheur

 

06/11/2019

Envol

Entre les feuilles fraîches et maladroites
Restent les serviteurs de l’année écoulée
Noués comme une canne de vieillard fatigué
Ils laissent encore passer le suc de la jeunesse
Tu m’as donné les meilleurs jours
Environné de désespoir, j’errais dans l’ombre
Fantôme détrôné à l’esprit déraciné
Me heurtant aux piliers du qu’en-dira-t-on
Tu es venu tendrement tel un nuage
Et tu m’as pris dans ton haleine vaporeuse
L’odeur de la vie m’a submergé et conquis
Ouvrant béatement le puits sans fond
Où j’ai pu jeter mon embarras et ma folie
Sais-tu que j’ai gardé longtemps ce parfum
Au creux de mes tempes endolories, muet d’étonnement
Je chevauchais la lune, bordé de garde-fous
L’œil acerbe sur les propres défaillances
Ressentant au plus profond l’effondrement du personnage
Et le souffle vital du renouvellement
Quelle piste d’envol pour l’enivrement
J’ai tout perdu, fort la vie
J’ai trouvé l’âme, ce nid de plumes
Qui pépie et brûle les doigts
Et j’ai atteint le lieu de transparence
Où le cœur n’a plus ni attaches ni souvenirs

©  Loup Francart

04/11/2019

La malemort

Quelle est cette part de rêve qui te prend comme la malemort ?

Chaque nuit prend le rêve, est-il fort comme la mort ?
Transpercé d’inconnus, j’erre dans un vide sans fin
Il est certes plaisant cet espace sans tort
Peut-on imaginer un néant aussi plein ?

Le réveil est glacé, où va donc ton esprit ?
Il est parti si tôt, qu'a-t-il fait entre temps ?
C’est donc cette part de rêve qui comble tes nuits
Et t’empêche de vivre le jour pleinement

Aussi demain, c’est promis, je ne viendrai plus
Tourmenter tes journées de rêves insensés
Je resterai bien calme dans oser ces abus
Qui ont comblé mes nuits et mes jours enchanté

©  Loup Francart

28/10/2019

Voyage

Un mot seul met en route…
Lancinant le bruit de la scie
Sur les chemins de la mémoire…
Allers et retours différents
Mais confondus au fil des ans

Ferme les yeux : la mémoire coule
Ce sont les lambeaux d’une vie
Ce qui reste de tant d’années
Auxquelles il s’était attaché

Ils s’effeuillent prestement
S’envolent dans les rêves passés
Tombent au bord de la rivière
Et s’en vont au fil de l’eau
Pour s’engloutir au barrage final

Chaque être emporte avec lui sa réserve
De souvenirs, bons ou mauvais
Qui s’appauvrit au cours du temps
Fades deviennent les jours
Glauques sont les nuits embués

Mais toujours on avance à pas feutrés
De plus en plus silencieux
Jusqu’à la dépose du sac trop lourd
Quand vient le jour heureux
Où rien n’empêche de fermer les yeux
Sur une vie, somme toute
Ouverte sur un vide sans fin
Qui la rend si agréable à explorer

Le mystère reste entier
Il pousse chacun à le parcourir
Pour le meilleur et pour le pire

©  Loup Francart

24/10/2019

Voir

 

L’ombre plus forte que la nuit
Lune plus lumineuse que le jour
Ainsi va le monde et la nature
Quand on marche les pieds en l’air

Il faut cependant s’y habituer
Le poids de la pesanteur
Attire l’œil vers le bas
Et les pas de la belle
Sur les nuages de la gloire
N’empêchent pas l’exaltation
Mal venue des voleurs

Bref, va et ne regarde pas en arrière
Rien de pire que la tentation de voir !

 

©  Loup Francart

23/10/2019

Apercevoir

Glissé entre deux

Venu d'un autre monde

jaillit le mystère

 

19-10-23 (13-03-07) Briques assemblées 1mx1m.jpg

Anodin est-il ?

Formes et couleurs semblables

Mais il est autre !

 

Le mystère est son bonheur

 

20/10/2019

Fin

Le monde se ferme, ses mâchoires l’enserrent
Telles celles d’une huître, la pierre l’écrase
Il ouvre encore un œil, se croit toujours sincère
Les yeux bordés de larmes, il se noie dans la phrase

C’est fini, il n’est plus. Rien ne vient à nouveau
Le nuage de fumée s’enfuit dans l’espace
Ce n’est plus qu’une ombre qui part les pieds dans l’eau
Qui fait un entrechat, dernier tour de passepasse

Il erra longuement, oublieux du destin
Il marchait sans raison, lourdeur du clandestin
Un pas devant l’autre, en toute ignorance

Il s’arrêta enfin, raidi de toutes parts
Trou dans l’air épanoui à l’abri du rempart
Et mourut là sans fard, loin de toute espérance

©  Loup Francart

17/10/2019

Cauchemar

Est-elle droite ou raide ?
Est-elle faite de roseau
Ou casse-t-elle au moindre coup de vent ?
La femme est ainsi faite
On s’y enfonce en plume
Jusqu’à tomber sur la tranche

Frappé de cécité
Je ne sens pas venir le coin de table
Je repars en boitant
L’âme pendouille et flotte
Dans l’air vicié de l’humanité
Froid des rencontres et chaud du large !

Revoici le début ou la fin
Début des illusions perdues
Fin des rêves impossibles
Il courut longtemps sans joie
Il perdit haleine dans la brume
Mais garda toujours confiance en lui

Elle se tient maintenant à la pointe du diamant
Là où rien n’évolue sans chute
Porté sur l’annulaire, la tache de bonheur
Imprime son indécente innocence
Au cœur même des passions humaines
Le regard au loin, marche jusqu’à l’abîme !

Depuis, rien ne varie
Ni la joie ni la peine
N’encourage l’ombre
Et ne force la couleur
A ternir l’avancée
Jusqu’à la noyade

Il est probable qu’un jour
Elle reviendra épanouie
Vêtue de pourpre
Elle ira devant elle
Et ne rougira plus
De se voir ainsi

Va biquette et...
Ne rue pas dans les brancards !

©  Loup Francart

15/10/2019

L'oeil rouge

 

L’œil rouge du fantôme erre dans ta mémoire
Tu ne peux le saisir, le pourpre t’envahit
Oh ! Combien est longue la liste des déboires
Accumulés en toi. Tu en restes ébahi

Dans l’angle du cerveau, au pied de masses informes
Se fabriquent les mots en désirs et hasard
Prends donc une pincée, mélange les formes
Élance ta colonne, façonne ton regard

Depuis des mois déjà, tu t’ouvres à tes fantasmes
Car verts sont tes rêves et blond ton enthousiasme
Et ses cheveux de rêve t’entraînent au pinacle

Aussi erres-tu en vers et dresse ta misère
Dans les acrostiches pour être plus disert…
Les mots chutent de haut sans te faire obstacle !

©  Loup Francart

 

13/10/2019

Acédie

Plus rien ne sort de ta boîte secrète
La porte s’est refermée un soir d’automne
Pas moyen d’y glisser même un feuillet…
Lit à sec d’un ruisseau sans éclat…
Ton esprit s’égaille dans l’ombre…
Mais rien ne sort de cette boîte
Dans laquelle les idées sont immobiles
« Ferme les yeux, camarade
Le jour point, la vie va reprendre
Alors laisse aller ta caisse
Laisse-la souffler quelque temps
Et réjouis-toi de ta santé
Tu reprendre ta tâche demain
Ou peut-être jamais…
Mais garde les yeux ouverts ! »

©  Loup Francart

10/10/2019

Pantins

Pantins ivres, désespérés
Perdus dans l’immensité de l’espace
Couverts sur les étoiles
Fermés sur l’orage déchaîné
Tout vibrait dans le calme des ténèbres

Écoute le chant des violons dans la nuit, comme ils savent pleurer sur la solitude infinie des jours monotones. Les arbres tendent leurs membres échevelés au cœur des déserts de l’obscurité où nous jetions nos pas incertains et les danses de l’ivresse. Les rues éclairent leurs grands corps fermés sur les volets de l’ennui. Le jour, la nuit, tout se confond suer les fils noirs et soyeux qui entourent le velours nacré de tes joues.

Je suis lourd, harassé, perdu dans la vague ; tu es là, couchée, debout, assise, les mains sur ton cœur ou sur la pesanteur de leurs doigts de verre. Tu es toi, je suis moi, et soudain tu deviens moi et je suis toi. Nous sommes un. Et je vois tes yeux noirs luire de l’éclat des miens pour se pénétrer des vérités qu’on croit lire dans le miroir des larmes noires. Le rire des creux de ton cou affronte mon sourire étonné qui remonte à la source de ton souffle. Je ne pense plus, je ne sais plus ; je suis tourné vers toi, bras ouverts au silence de l’oubli.

07/10/2019

Trinité

 

L’homme possède sa propre trinité
Il est, lui aussi, trois personnes en lui

L’homme brut ne se perçoit que dans son corps
Ses émotions sont immédiates
J’aime ou je n’aime pas
Le palpable est son évangile
Il croit et ne soutient que le présent

L’homme accompli se perçoit autre
Il sent en lui la légèreté de la réflexion
Prisonnier, il peut se sentir libre
Libre, il s’élève hors de l’immédiat
Et contemple la vie en créateur

L’homme spirituel fait un avec le cosmos
Il perçoit sa propre transcendance
Mais également, directement, l’immanence
Il sait que sont être tout entier
N’est qu’une fragrance de toute chose

Cette conscience de la conscience
Fait que le un se révèle trois
Et que le trois n’existe que par dualité
En complétude masculin-féminin
Devenant neutre par grâce

©  Loup Francart

03/10/2019

Feu (pictaïku)

 

Feu dans la tête
Cœur battant la chamade
L’univers s’offre

19-10-03 (16-04-05) Feu.jpg

Réjouit l’âme
Lueur de l’invisible
Donne-nous la paix

 

NB. Un pictaïku, comme le pictoème, est l'association d'un haïku à un dessin, tableau, photo. Plus encore que le pictoème, il se doit d'être incisif et constitue un flash mêlant la vue et la voix.

30/09/2019

Camille

Cheveux blonds et regard clair
Dans la transparence de l’instant
Visiblement, je voyais au travers
Et l’invisible se donnait du bon temps

C’est vrai, j’admirais ta grâce
Que toujours tu cherchais à cacher
Tu te réfugiais sur la terrasse
Sans jamais montrer que tu étais fâchée

Je me souviens de tes yeux tendres
Dans les larmes silencieuses du mal
Que je n’avais pas su comprendre

Et du jour où je t’ai délivré
De ce tiens-toi déloyal
Tu riais, joyeuse et soulagée

Alors, blottie comme un petit animal
Sans un mot, tu me fis ce bonheur partager

©  Loup Francart

26/09/2019

Métropolitain

Un pied en avant, deux valises à trainer
L’autre le rejoint, mais le premier est déjà loin
Derrière la poignée des valises, loin
Probablement trop loin
Je tire à moi ce poids qui résiste
Il ne vient pas et me freine
Mais mes pieds partent avec l’escalier roulant
Je pars en avant montant imperturbablement
Je pars en arrière tenant les valises
Me voici dissocié, le corps étiré
Je pars à reculons et plane une seconde
Où sont le haut et le bas, l’avant et l’arrière ?
Je suis sans référence ni attache
Une plume dans l’espace autour des corps
Je pars, je suis parti, les pieds trop haut
Le buste glisse au long du tunnel montant
Je franchis les valises prestement
La tête effectue une courbe parfaite
Le corps écrase mes bagages
Les corps des autres s’échappent en avant
Un coup de gong achève la chute
Je vois les jambes de ceux qui montent
Je vois les regards étonnés et curieux
J’entends un mouvement et un cri
Je suis toujours entraîné vers l’avant
Propulsé par le sol qui monte inexorablement
Ne laisse pas traîner tes doigts, me dis-je
Les pieds en l’air, planquant mes extrémités
Empêtré dans mes valises mouvantes
Je réfléchis dans le brouillard épais
J’entends les cris de la foule impressionnée
Ça y est, je reconnais le haut et le bas
La gauche de la droite, moi-même et l’autre
Je me redresse, malgré tout désorienté
Les images tournent et se succèdent
L’escalier avance, imperturbable
On arrive en haut, je vois la fin du calvaire
Les rayures, les marches qui entrent dans le sol
Je me redresse enfin avant l’entrée
Dans cette porte dentée qui s’enferme
Et broie présence et souvenirs
Un pied en avant ; l’autre qui le rejoint
Le corps debout, la tête en place
Les têtes autour de moi, anxieuses
Je suis infirmière, me dit l’une d'elle
Elle me tâte le haut du crâne
D’autres veulent appeler les pompiers
Je prends conscience de ce désordre
Je me cale les pensées et remercie
Fuyons ce brouhaha, cela ira mieux
Repartir comme si de rien n’était
Poursuivre la lente remontée dans le couloir
Jusqu’à la sortie de la pesanteur
Et l’échappée vers l’air libre
La liberté malgré le dépaysement
Deux jours plus tard, la tête va bien
Mais une côte vacille et étire sa douleur
Lorsque je me couche et ne peux dormir
Le silence de la nuit à côté de celle
Qui est là, toujours et encore
A m’entourer d’un baume fluidifiant

©  Loup Francart

23/09/2019

Cubécar

 

19-09-24 ex 14-03-12 Cubécar.jpg

Douce comme toi

Le cœur tendre ou la peau dure

Aiguë comme lui

 

21/09/2019

L'oeil de douleur

 

Il y a quelques jours, au moins une côte fêlée…

Un œil de douleur, le dos du malheur
Raide le poids des ans, doux lit accueillant
Blanche est la chaleur, noir est l’humeur
Le corps suppliant, je veille en baillant

A quand le retour sans aucun détour
Des courses vertes, la route ouverte
Vers le carrefour, au son du tambour
En découverte, sans une perte

©  Loup Francart

18/09/2019

Chicaneurs

 

L’ombre du bonheur retenait le malheur.
Le froid intense retournait les sens.
Tous les chicaneurs devinrent chineurs.
Quelle transparence dans ce contresens !

 

©  Loup Francart

17/09/2019

Transparence

Devant toi, je suis nu…
J’ai même abandonné la peau
Que j’entretiens chaque jour
Pour qu’elle reste tendue

Parfois elle se relâche

Alors, je redouble d’efforts
Pour la gratifier d’attention
La chair à nu, je suis plus vif
Comme un poisson sorti de l’eau
Qui gigote pour y revenir

Mon sang devient plus fluide
Je le vois courir dans mes veines
Sans jamais prendre un sens interdit
Après s’être chargé de nourrissants déchets
Transparents et de petites vertus

Je me dresse pour voir au loin
Mais ce n’est qu’une plaine sans fin
Un désert clame et plat
Qui m’entraine à la sagesse

A quoi sert ce coup d’œil
Sur la vie lointaine et inconnue
Limite-toi au doux connu
A cette partie de toi-même
Qui glisse sur ton corps
A ce zéphyr calme et tranquille
Qui t’entraîne vers la fin

Avec la douceur d’une caresse d’enfant
Je me laisse m’insinuer
Dans les plis d’un corps devenu autre
Ragaillardi de tant d’audace

Avance, mais petitement
Dans la connaissance de toi
Jusqu’à ne plus connaître
Que le reflux persistant d’un bonheur
Sauvage et enivrant

La vie n’est-elle que le passage
D’une bille d’air dans les veines
D’un inconnu qui l’emporte ?

©  Loup Francart

16/09/2019

Habitude

L’habitude, une grande dame
Qui fait courir au-delà du possible
Pour la seule joie de se retrouver

On ne peut toujours inoculer
La nouveauté au cœur de l’être
Le corps se lasse et le mental s’épuise

Alors on se repose sur l’acquis
Comme le chameau traverse le désert
Et on amène ce que l’on connait

Se laisser glisser dans le connu
Sans effort, en convergence
Avec la connaissance

La boucle se boucle
Le connu étouffe
Crève le trop-plein

On imagine, on batifole
On ouvre l’œil sur la vie
On largue le bagage des mots

C’est une nouvelle naissance
Le froid de l’inconnu
Prend à la gorge le voyageur

La boucle se reforme
Enrobée sur elle-même
Un autre cycle commence

Et ainsi de cycle en cycle
Jusqu’au dernier vécu
Avant l’ouverture à l’inconnu

©  Loup Francart

13/09/2019

Portes

Après un instant de sidération
Il franchit la première porte
Le noir, lueur de l’espoir

La seconde céda d’effroi
Le brouillard l’environna
Tends les bras et marche !

La troisième dansa sous ses yeux
Tricherie, pensa-t-il, ce n’est
Qu’un point noir sur un halo de blanc

La quatrième ouvre sur un silence éperdu
Avance sur la pointe des pieds
Sais-tu seulement où tu vas ?

Enfin, la lumière, faible
Une rosée dans la nuit obscure
Pointe fichée dans le cœur

Entré dans la cour du vide
Il la trouva vivante
Emplie du mystère de l’absence

©  Loup Francart