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12/11/2018

La dernière fois que j’ai rencontré Dieu, de Franz-Olivier Giesbert

« Dieu est une chose trop importante pour être confiée aux religions », annonce Franz-Olivier Giesbert dans son avant-propos. Mieux même, il énonce que « l’existence de Dieu ne se prouve pas, elle se sent ». Et il renonce à trouver Dieu dans la théologie et même l’intellect. Alors il nous raconte ses tentatives pour rencontrer Dieu : l’eau qui coule et qui emmène loin de soi, le bouillonnement de la vie, l’harmonie des après-midis dans l’infini du monde. « J’ailittérature,publication,éditeur,dieu,nature,monde cosmos retrouvé Dieu au sommet d’un tas de foin qui sentait le caramel cuit ». Mais sa première rencontre avec le Dieu d’amour se fit dans les yeux de sa mère, « le regard maternel l’emmena très loin, dans une danse effrénée jusqu’au bout de l’azur ».

Depuis lors, sa conviction est que Dieu c’est la nature. Il comprend l’antispécisme comme une égalité qui lui fait dire que la condition animale, voire celle des plantes, est égale à celle de l’homme. Il fait pour cela appel aux religions orientales, en particulier à l’hindouisme et au bouddhisme. « Le bouddhisme est un panthéisme où Dieu et tout et tout est Dieu, le bien, le mal, le vrai, le faux, l’amour, la haine, la bête, l’homme, la part d’ombre, de lumière, etc. l’hindouisme ne voit pas les choses de la même façon. L’un de ses textes fondateurs, l’Advaita Vedanta de Brahma-Siddhi stipule : le Brahman est tout mais tout n’est pas le Brahman ».

L’auteur, après cinquante pages de poétique vision du monde entre dans sa vision des religions. L’effet sur le lecteur n’est pas le même. Les poètes regretteront sa verve campagnarde. Les philosophes se dotent d'un langage scientifique, les scientifiques manque d’approfondissement. Le livre alors s’ouvre en deux : le visible évalué par la science, la rationalité, l’analyse ; l’invisible discerné par le cœur, les sentiments, la beauté et la bonté. Le pont entre les deux ? Le panthéisme qui unifie le monde et Dieu. Alors, tout au long du livre, il oscille entre les deux approches, par l’intellect et les sentiments. Il nous parle du regard d’une chèvre, Rosette, et explique que « notre moi humain nous a bouché la vue sur le monde. Elle nous a empêchés d’approcher Dieu, de le toucher et d’être en sympathie avec lui, c’est-à-dire vous, nous, tous les autres. Il dévoile des ponts entre les deux : François d’Assise, saint et voyou ; les avancées cosmologiques qui mettent en évidence que nous ne sommes pas au centre du monde.

Mais ne dévoilons pas l’ensemble du livre. Ne retenons qu’un conseil : « Merci est ma prière » (chap. 33), merci la vie, merci le monde, merci la nature. Et pourtant, « notre vieux monde vit sous la dictature de la déploration et de la mélancolie… Tout va mal, même quand tout va mieux… C’est pourquoi il n’est pas de bon ton, aujourd’hui, d’admirer, de célébrer, de dire merci.

Et dans l’épilogue, Franz-Olivier Giesbert ajoute : « Même si j’ai pensé que la mort se rappelait à moi, je suis sûr que j’ai gardé mon sourire con : alors que l’âge venait, elle ne me gâcherait jamais la vie que j’ai passé à mourir de joie en attendant de murmurer, l’instant fatal, ce vers d’Aragon qui résume notre destin ici-bas : Ce serait vivre pour bien peu s’il fallait pour soi que l’on vive… »

01/06/2018

Des étoiles, livre de Jeanne Guizard

C’est bien une lettre ouverte à la mère de l’auteur, tellement intime qu’on est parfois gêné de la lire. Elle débute par trois coups de crayon. On entre tout de suite dans le sujet : toi, ma mère, celle qui m’a mise au monde. On s’attend à une certaine gaité, tout au moins de chaleur, dans cette description. Mais on ne nous parle que de ses peines : Toi, Maman, qui as eu mal toute ta vie sans savoir pourquoi. L’amour gouverne sa vie, mais cet amour ne l’a pas rendu heureuse. Une enfance triste, un mariage sans joie, des hommes égoïstes, le père, le mari, le fils. Tu fais partie de l’immense majorité des femmes qui ont été sacrifiées, qui ont vécu sans qu’on les voit. Ces femmes sont l’ombre des hommes, elles sont leur faire valoir. Enfin, elle revient. Elle a mis beaucoup de temps pour atteindre son but : l’amour qui vise le bonheur de ceux qu’on aime.

Le chapitre 2 traite de son père (le grand-père de la narratrice). Un homme de rigueur, et même rigoriste. Il décide et ne veut que la paix. Tu étais jolie, il était fier et heureux de marcher à tes côtés. C’est tout ce qu’il demandait. L’auteur place là son aversion pour la conception de la femme du début du XXe siècle : soumise et triste, rassurant modèle pour un home craignant de perdre ses prérogatives de mâle.

Son mari (chapitre 3) est le même homme : trop à faire pour pouvoir s’occuper des autres. Aucune tendresse, aucune douceur. Il t’a transformé en objet. Elle le choisi contre l’avis de ses parents, parce qu’elle porte le même malheur que lui au fond d’elle-même. Elle a lâché prise, elle est devenue triste, mais elle n'a pas perdu son âme. Il la terrorise, mais maintenant ne peut plus se passer d’elle.

Son fils maintenant (chapitre 4), attendu onze ans après elle, la narratrice. Elle le bichonne, le couve, sans que son père s’en occupe un seul instant. Il n’assure pas la relève de la mère. Pourtant l’enfant doit se sentir le fruit d’un projet à deux. En conséquence, ce fils n’eut pas d’enfant. Il n’en voulait pas.

Toi, l’étoile qui me fait rêver enfin (chapitre 5) qui veille et qui n’existe que par l’attente et la passivité, infirme de trop d’amour. Tu es de ces mères qui donnent tout, même ce que tu n’as pas reçu et tu essayes de faire mieux, toujours. Un mal profond t’empêche d’être vraiment dans le bonheur. Souffrante, tu es cette force qu’on a fait taire.

Le long des jours (chapitre 6), tu sais que tu as fait ce que tu avais à faire. Comment la souffrance t’atteindrait-elle encore ? La colère a disparu, tu ne souffres plus dans ton cœur. Tu n’as pas peur de la mort. Mais tu t’occupes de ton mari, tu le transforme et il t’offre sa vie. Tu le sauves et tu donnes sens à ton mariage.

Vous allez ainsi vers une autre vie (chapitre 7), parlant une nouvelle langue, celle de l’amour. Tu as réalisé ton rêve, tu as réussi à lui donner tout cet amour dont il a manqué. Mais la fin reste pessimiste. Ils se tiennent les mains : les tenir ainsi jusqu’à la fin finale, les serrer, ensemble, jusqu’au froid, le froid final.

Que dire ? Peut-on parler d’une telle lettre, dite dans l’intimité familiale, avec ses non-dits et ses trop-dits ? C’est avant tout une belle confession de la part de l’auteur. Se mettre à nu devant tous et oser dire ce que l’on garde dans son cœur jusqu’à la fin parce qu’on n’a pas su ou voulu l’exprimer. C’est un acte d’amour sans nul doute.

Mais cet amour concerne-t-il ceux qui lisent ce recueil ? Peuvent-ils accéder et adhérer à cette description acerbe qui devient plaidoyer pour les femmes et attaque de la société patriarcale du XIXe et première moitié du XXe siècle ? Oui, sans doute. Mais n’existe-t-il pas, au moins en parallèle, une vie autre, un refuge qui donne à ce passage sur terre un souffle de libération malgré les embûches et les contraintes de la vie en société ? N’y a-t-il pas eu en cette femme des moments de joie intense, d’exaltation bienheureuse, des instants où elle sut sortir d’elle-même et s’élever en pleurant de bonheur ?

Le style est beau, parfois poétique : L’automne est arrivé, c’est la saison que tu préfères. Les jaunes, les rouilles, les rouges fleurissent et commencent à descendre vers le sol dans un ait légèrement frais. C’est un festival de couleurs qui lâchent prise, qui s’effondrent. Le ton peut aussi être revendicatif, principalement envers les hommes. Il y a deux mondes : celui de la vie publique, celui des hommes, et celui du cœur qui appartient aux femmes. Peut-être un peu manichéen, malgré tout. Les êtres vrais participent aux deux par transformation progressive d’eux-mêmes.  

25/05/2018

7 façons d’être heureux, de Luc Ferry (1)

Dans son excellent livre intitulé 7 façons d’être heureux ou les paradoxes du bonheur, Luc Ferry livre sept visions d’envisager les rapports entre l’homme et le monde pour être heureux, constatant qu’actuellement la mode est à la recherche du bonheur sous toutes ses formes.

Il fait un constat initial : nous cherchons tous désespérément le bonheur, mais cette quête estbonheur, malheur, religion, morale, désir illusion, car tout ce qui nous rend heureux est aussi ce qui peut nous rendre le plus malheureux. Il constate que dans la plupart des sagesses anciennes, l’idée de bonheur occupe une place centrale dans la réflexion sur le sens de l’existence. Or le catholicisme bouleverse cette vision. Dans l’ici et maintenant, ce sont les maux inhérents à l’existence humaine qui nous donne l’occasion de nous y préparer, de trouver notre voie vers le salut. L’église aurait ainsi élaboré au fil des siècles une véritable philosophie du malheur qui souligne les vertus potentiellement rédemptrices de la misère. Pour surmonter ces épreuves, il faut espérer en une autre vie et faire mourir la mort. Pour que la bonne nouvelle puisse enchanter le monde, il faut y croire, c’est-à-dire avoir la foi.

Ce n’est qu’à l’époque moderne que cette vision évolue. On passe d’une éthique catholique à une étique républicaine qui consiste, dans le sillage de la parabole des talents, à lier la notion de mérite à celle du travail et à la pénibilité, sécularisant ainsi les formes de dépassement de soi du christianisme. Ainsi, la valorisation catholico-républicaine de l’effort et du mérite lié à la pénibilité du travail marque donc une rupture totale avec les visions morales du monde à la fois aristocratiques et eudémonistes qui caractérisaient la pensée antique. C’est donc deux visions différentes qui vont se développer au XXe siècle et qui s’opposent en ce qui concerne le bonheur : la vision républicaine pour qui le bonheur ne vient que grâce aux produits du travail et la vision  utilitariste anglo-saxonne de Jeremy Bentham qui développe une morale du bien-être et, au-delà, une morale de la liberté. Cette éclatante version met en évidence l’eudémonisme, vision dans laquelle les humains sont d’abord définis comme des êtres qui ont un intérêt fondamental, prioritaire et indiscutable, au bonheur.

Ces deux versions peuvent être complétées par une troisième thèse définie par André Comte-Sponville : le sage est celui qui parvient à regretter un peu moins, à espérer un peu moins, à aimer un peu plus. Aimer ce que nous avons ici et maintenant, plutôt que de désirer sans cesse ce que nous n’avons pas, voilà le secret !

14/05/2018

Mozart-Beethoven, le dialogue imaginaire, pièce en un acte d’Alain Aubert

En guise d’introduction :

L’action se déroule le 26 mars 1827. Mozart, délivré depuis plus de trente ans de ses difficultés terrestres, bénéficie d’un repos au panthéon réservé aux artistes ayant bien mérité de l’humanité. L’annonce est faite de la mort de Beethoven. Mozart, qui sait quel musicien Beethoven a été, demande à le rencontrer. Beethoven refuse… Mais la rencontre aura lieu.

 

Cela commence par un marivaudage qui dure très et même trop longtemps, chacun des deux compositeurs se lançant de méchantes gentillesses à la manière des préciosités du XVIIIe siècle. Beethoven raconte son entrevue avec Mozart, alors au sommet. Il en conserve un souvenir douloureux. Il cherchait un véritable maître aux qualités d’écoute et de respect, il ne rencontre qu'un homme débordé et perd sa confiance en lui alors qu'il venait chercher un réconfort.

En fait, on ne commence à parler de musique qu’à presque la moitié de la pièce, en évoquant Haydn et Kant, les Italiens et des princes qui accordent ou non leur faveur. Le ton devient alors plus amène, les angles s’arrondissent et l’on commence à disposer de dialogues intéressants. Beethoven parle de la difficulté d’innover, de l’impératif pour l'artiste de trouver une expression personnelle dans sa discipline, d’être un visionnaire qui transpose la perception de l’environnement en une proposition sans cesse renouvelée. Mozart, vieux jeu, s’attache à moderniser l’écriture classique en composant la musique dont il pensait qu’elle plairait dans cet environnement. Quelle erreur ! lui réplique Beethoven. Il vous fallait composer pour vous, en vous imposant, en laissant libre cours à vos idées, à votre imagination, à vos sentiments, en exprimant ce que vous aviez au plus profond de vous, et, j’ajouterais…oui j’ajouterais, en prenant le risque de déplaire. (…) Votre musique est belle… seulement belle. On reproche à Beethoven d’avoir sacrifié le mode de la répétition prévisible des formes et modèles gracieux, par des éléments transcendants et dramatiques. Il est convaincu que cet art vivra la révolution qu’il s’est attaché à provoquer dans l’univers musical.

Peu à peu chacun comprend mieux l’autre et se complimente mutuellement. Beethoven reste suffoqué par le fait que les partitions originales de Mozart ne comportent aucune correction. Mozart répond : chez moi, l’écriture n’intervenait qu’après une période de maturation intense. C’est là le plus grand bienfait qui m’ait été donné. Mon cerveau s’enflammait, l’invention, l’élaboration… Tout se passait en moi comme dans un rêve. L'oeuvre était achevée dans ma tête et je n’avais plus qu’à coucher sur le papier. Et Beethoven en dernier lieu lui confie : « J’aurais donné toute ma musique symphonique pour écrire un seul de vos opéras. »

 

07/05/2018

Le partage de midi, pièce de Paul Claudel

Drame séculaire de l’amour interdit, un mari, une femme et un amant, mêlé à un drame spirituel. Mésa, qui deviendra l’amant de Ysé, a voulu consacre sa vie à Dieu et s’est retiré du monde. Mais Dieu l’a refusé. Depuis, il erre à travers les continents à la recherche de son âme, pour l’instant sur un bateau, au milieu de l’océan, à midi. Il ne connaît pas de femme, il ne les aime pas et il rencontre Ysé,théâtre,littérature,pièce,drame la femme idéale, belle, femme jusqu’au bout des ongles dans son désir de possession.
Mésa s’interdit de tomber sous son charme. Mais il succombe et déclare à Ysé son amour. Celle-ci est liée à de Ciz par les liens du mariage, mais bientôt les deux amants passent outre. Alors Ysé et Mésa, vivants ensemble, s’aperçoivent qu’ils ne s’entendent pas. Le feu de leur amour les brûle et ils s’apportent l’un à l’autre la damnation. « Je ferai sortir de toi un feu qui te consumera ». Dans le mariage, il y a deux êtres qui sont condamnés l’un à l’autre. Les deux amants se constatent irréductibles et se séparent. Mais l’amour les consumera toujours. Ysé est partagée entre la haine et l’ignorance que lui prêche la raison, mais se laisse mourir pour l’amour qui dicte son âme.

Mesa
Tu es radieuse et splendide ! Tu es belle comme le jeune Apollon !
Tu es droite comme une colonne ! Tu es claire comme le soleil levant !
Tu es fraîche comme une rose sous la rosée ! Et tu es comme l’arbre Cassie et comme une fleur sentante ! Et tu es comme un faisan, et comme l’aurore, et comme la mer verte au matin pareille à un grand acacia en fleurs comme un paon dans le paradis.

Ysé
Certes, il convient que je sois belle
Pour ce présent que je t’apporte.

01/05/2018

Blocage

Avouer l’impensable, oser dire ce vide immense qui s’est emparé de moi, me laissant exsangue, oscillant entre l’humeur aigre et un réconfort fluet et mal venu.

Cela m’est déjà arrivé et c'est un retour mal venu. De longs moments inexistants, un léger dessèchement dans la bouche, entraînant un manque de fraîcheur qui laisse éperdu et sans fond. Plus rien ne veut sortir de cette tête qui m’a toujours soutenu par des inventions loufoques et, parfois, luxuriantes. Une étincelle suffisait : un mot, une phrase, un son, une image lançaient la machine bien rodée et ouvraient les vannes de l’imagination débordante. Le mot ou la phrase engendraient d’autres mots, d’autres phrases et finissaient par former un texte plein de surprises que je ne comprenais que plus tard, le soir, au creux d’un lit ou au matin, lorsque je courais dans le froid du printemps. Je vais désespérément du bureau au piano, du piano au pinceau et, de nouveau, du pinceau à l’ordinateur. La fièvre est dans le déplacement de l’un à l’autre, mais plus dans le soulagement de ce calme de l’étape, qui donne à la vie sa faconde et le bonheur de créer. Quand reviendront ces instants de fébrilités transcendantes qui élèvent l’âme et donnent la souplesse des vieux cuirs.

Conséquence imparable, le nombre manquant manque bel et bien : comment poursuivre cette aventure à peine commencée alors qu’un trou s’est ouvert devant mes pieds, empêchant toute avancée. Je ne peux même pas sauter dans le vide. Il n’est que néant et ne porte plus, même le poids des pensées qui s’échappent sans rien produire d’autre qu’un sifflement strident sans signification. J’ai perdu mon âme. Le corps tient toujours, il court derrière elle, à petits pas bordés d’amertume, sans pouvoir la rattraper. Il ne sait même plus où elle est passée. C’est un poids que cette recherche vaine qui occupe sans solution les transports d’une activité à une autre sans jamais s’y fixer.

Alors je vais inaugurer un nouveau quartier, une nouvelle aventure, sans certitude d’aller au bout. Mais que faire d’autre ? Le nombre est réellement manquant, impuissant à combler ce vide qui m’a envahi et me gangrène. Demain sera un autre jour, mais me permettra-t-il de survivre ?

29/04/2018

La grande course de Flanagan, de Tom McNab

La plus grande course à pied jamais organisée : quel incroyable défi lancé par Charles C. Flanagan, tandis que le pays s’enfonce dans la crise de 1929. Cette course épique, la Trans-América, a bien eu lieu en 1928 et 1929. Mais l’interprétation qu’en donne l’auteur la transforme en épopée digne des plus grands conteurs.

Jusqu’au bout de l’effort et même plus loin. Ils courent huit heures par jour, six jours sur sept,runing, marathon, endurance, effort, folie, sport de fond pendant trois mois, quatre-vingts kilomètres par jour en deux étapes, plus de cinq mille soixante-trois kilomètres au total, de Los Angeles à New York, en passant par le désert de Mojave et les Rocheuses. Waouh ! Quelle randonnée de dingue ! Ils sont 2000 coureurs  au total, dont 121 femmes. La moitié ne rejoindra pas la fin de la première étape. Seuls 862 atteindront New York, bravant la neige, la pluie, le soleil, les crampes, la fatigue, le découragement, la douleur, surmontant grâce à une volonté de fer un enfer jour après jour plus dur, pour se découvrir et montrer le meilleur d’eux-mêmes.

On suit une partie d’entre eux, les champions nostalgiques, des chômeurs, des femmes qui s’épuisent, des débutants, des nationaux de tout pays. Ils ne se connaissent pas, ne veulent pas se mêler aux autres. Mais peu à peu, subtilement, s’organise une véritable coopération entre certains pour tenir le coup, moins souffrir, poursuivre leur rêve et leur cauchemar.

Les péripéties sont nombreuses. Le FBI et son patron J. Edgar Hoover soupçonnent les coureurs d’être des agitateurs et des anarchistes cherchant à entraîner des grèves. Al Capone est mêlé à l’aventure, des paris permettent de poursuivre la course malgré les embûches  et on découvre l’aventure en chaque coureur-clé décrit par Tom McNab. Le meilleur, l’impressionnant Doc Cole, fait figure de héros. Au dernier chapitre, il gagne, mais s’arrête à cent mètres de l’arrivée, attend les membres de son équipe et ils franchissent ensemble la ligne sans possibilités de les départager.

Bref, un livre extraordinaire, à lire, puis à relire, jusqu’à connaître par cœur l’épopée de ces hommes tous aussi attachants les uns que les autres et d’une femme, Kate Sheridan, qui, elle aussi, va au bout de son effort et vainc ses peurs.

14/04/2018

Le gardien, pièce d’Harold Pinter

Ce clochard recueillit par une sorte de misanthrope doublé d’un sage proche de la folie, c’est une caricature de l’homme, c’est-à-dire un être qui cherche avant tout un certain bien-être physiquepièce,théâtre,fraternité,psychologie et la certitude de sa continuité, quitte à empiéter sur le bien-être d’autrui. Il lui semble que ce bien-être acquis grâce à la bonté d’un homme, lui est dû et que nul n’a le droit de le lui retirer, pas même celui qui le lui a donné.

Le frère de cet homme, moins complexe, et cependant plus difficile à définir : il s’intéresse aux choses, c’est-à-dire à tout ce que la vie lui permettra d’acquérir et ne voit dans les autres que le moyen de lui apporter ces choses. Cependant, il a conscience du sentiment fraternel qui le lie à son frère. Peut-être même l’admire-t-il inconsciemment ?

Théâtre réaliste, très cru, il n’en émane pas moins une profonde poésie du quotidien, pleine d’humour, qui fouille jusqu’au fond des êtres, livrant leurs réactions intimes.

15/03/2018

Le sexe des mots

Le sexe des mots: Un texte précurseur de Jean-François Revel. (1924-2006 )

 Il aurait pu être écrit aujourd'hui en réponse à "l'écriture inclusive".

 

" Byzance tomba aux mains des Turcs tout en discutant du sexe des anges. Le français achèvera de se décomposer dans l’illettrisme pendant que nous discuterons du sexe des mots. 

La querelle actuelle découle de ce fait très simple qu’il n’existe pas en français de genre neutre comme en possèdent le grec, le latin et l’allemand.

D’où ce résultat que, chez nous, quantité de noms, de fonctions, métiers et titres, sémantiquement neutres, sont grammaticalement féminins ou masculins.

Leur genre n’a rien à voir avec le sexe de la personne qu’ils concernent, laquelle peut être un homme.

Homme, d’ailleurs, s’emploie tantôt en valeur neutre, quand il signifie l’espèce humaine, tantôt en valeur masculine quand il désigne le mâle.

Confondre les deux relève d’une incompétence qui condamne à l’embrouillamini sur la féminisation du vocabulaire. 

Un humain de sexe masculin peut fort bien être une recrue, une vedette, une canaille, une fripouille ou une andouille.

De sexe féminin, il lui arrive d’être un mannequin, un tyran ou un génie.

Le respect de la personne humaine est-il réservé aux femmes, et celui des droits de l’homme aux hommes ?

Absurde !

Ces féminins et masculins sont purement grammaticaux, nullement sexuels.

Certains mots sont précédés d’articles féminins ou masculins sans que ces genres impliquent que les qualités, charges ou talents correspondants appartiennent à un sexe plutôt qu’à l’autre.

On dit: «Madame de Sévigné est un grand écrivain» et «Rémy de Goumont est une plume brillante».

On dit le garde des Sceaux, même quand c’est une femme, et la sentinelle, qui est presque toujours un homme.

Tous ces termes sont, je le répète, sémantiquement neutres.

Accoler à un substantif un article d’un genre opposé au sien ne le fait pas changer de sexe. Ce n’est qu’une banale faute d’accord.

Certains substantifs se féminisent tout naturellement : une pianiste, avocate, chanteuse, directrice, actrice, papesse, doctoresse.

Mais une dame ministresse, proviseuse, médecine, gardienne des Sceaux, officière ou commandeuse de la Légion d’Honneur contrevient soit à la clarté, soit à l’esthétique, sans que remarquer cet inconvénient puisse être imputé à l’antiféminisme. 

Un ambassadeur est un ambassadeur, même quand c’est une femme. 

Il est aussi une excellence, même quand c’est un homme. 

L’usage est le maître suprême !

Une langue bouge de par le mariage de la logique et du tâtonnement, qu’accompagne en sourdine une mélodie originale. 

Le tout est fruit de la lenteur des siècles, non de l’opportunisme des politiques. 

L’Etat n’a aucune légitimité pour décider du vocabulaire et de la grammaire.

Il tombe en outre dans l’abus de pouvoir quand il utilise l’école publique pour imposer ses oukases langagiers à tout une jeunesse.

J’ai entendu objecter: «Vaugelas, au XVIIe siècle, n’a-t-il pas édicté des normes dans ses remarques sur la langue française ?». 

Certes.

Mais Vaugelas n’était pas ministre. Ce n’était qu’un auteur, dont chacun était libre de suivre ou non les avis. Il n’avait pas les moyens d’imposer ses lubies aux enfants.

Il n’était pas Richelieu, lequel n’a jamais tranché personnellement de questions de langues.

Si notre gouvernement veut servir le français, il ferait mieux de veiller d’abord à ce qu’on l’enseigne en classe, ensuite à ce que l’audiovisuel public, placé sous sa coupe, n’accumule pas à longueur de soirées les faux sens, solécismes, impropriétés, barbarismes et cuirs qui, pénétrant dans le crâne des gosses, achèvent de rendre impossible la tâche des enseignants. 

La société française a progressé vers l’égalité des sexes dans tous les métiers, sauf le métier politique.

Les coupables de cette honte croient s’amnistier (ils en ont l’habitude) en torturant la grammaire.

Ils ont trouvé le sésame démagogique de cette opération magique : faire avancer le féminin faute d’avoir fait avancer les femmes…’’

 Jean-François Revel

11/03/2018

L’inconnu d’Arras, pièce d’Armand Salacrou

L’inconnu d’Arras est la plus belle et une des plus puissantes pièces du théâtre moderne. La rencontre d’Ulysse qui est mourant avec les figures de son passé atteint des moments extraordinaires. Ulysse se tue pour l’amour de sa femme Yolande qui le trompe avec son meilleur ami d’enfance, Maxime. Le temps de la pièce et le temps de la seconde qui précèdethééâtre,destin,detinée,peine,espoir sa mort, pendant laquelle il revit ses souvenirs un par un.

Si Ulysse a la surprise de découvrir en la personne d’un jeune soldat (son cadet) le grand-père tué pendant la guerre de 1870, celui-ci a la désillusion de voir apparaître sous les traits d’un vieillard la petite fille qu’il avait espéré avec sa femme qui était enceinte.

L’opposition du Maxime de vingt ans au Maxime de trente-sept ans concrétise, avec une rigueur incroyable, l’antagonisme de l’adolescent plein d’un idéal intransigeant et de l’homme mûr qu’il est devenu, avec ce regret du Maxime de vingt ans : « Et penser que mes enfants ne me connaîtront jamais ».

Autre image poétique, celle du nuage bourdonnant qui environne Ulysse mourant. Ce sont les paroles qu’il a prononcées durant sa vie qui reviennent et dont l’amoncellement a soudain quelque chose d’effrayant : « Chasse toutes ces petites mouches bavardes, crie Ulysse à Nicolas, écrase mes paroles… »

Nicolas, le serviteur d’Ulysse, est le raisonneur du théâtre de Salacrou : « N’avez-vous jamais vu deux langoustes essayer de se caresser, puis partir bras dessus, bras dessous, comme à la noce ? Aussi grotesques, aussi maladroits, aussi caparaçonnés sont deux êtres de notre race qui cherchent à aimer ? »

Et cette inconnue rencontrée par Ulysse à Arras. Personnage fugitif entrevu à peine une heure, mais dont la présence demeure la plus forte, la plus émouvante, la plus vraie. C’est que Salacrou a eu le génie d’exprimer dans la silhouette de cette jeune fille égarée avec son propre malheur, au milieu du malheur universel, toute la peine et tout l’espoir de l’homme : il a imaginé un mythe de la fraternité.

03/03/2018

Missa sine nomine, d’Ernst Wiechert

Missa sine nomine, c’est le livre de l’amour, amour plus fort que la solitude, plus fort que le mal, plus fort que la haine.

Le baron Amédée de Liljécrona, qui ne croyait plus à rien, pour qui l’homme n’a pas de pire en18-03-03 Missa-Sine-Nomine.jpgnemi que son semblable, renaît lentement à la vie et redécouvre la pitié, la compassion et l’amour véritable. Déchiré par quatre ans dans les camps nazis, il aspire d’abord à la solitude, et fuit le commerce des hommes et même de la nature. Mais d’autres lui feront retrouver le fond de l’âme, ce lieu éclairé d’une petite flamme fragile et  vacillante, qui ne s’éteint que rarement. Le pasteur Wittkopf et le vieux cocher Christophe, gens simples et bons, sont des personnages d’autrefois, grandes figures de l’âme humaine dans ce qu’elle a de meilleur.

Cet amour que retrouve Amédée, c’est l’amour du Christ pour les hommes, un amour pur, désintéressé, fait de multiples renoncements de soi, un miracle difficile à cerner, mais d’une incroyable puissance sur les autres.

07/02/2018

Clore l'écriture

Il existe de nombreuses manières d’achever l’écriture d’un livre pour l’améliorer et le rendre lisible et présentable. C’est une étape indispensable, périlleuse et… bénéfique.

La première manière est celle de l’écolier. Je relie mon texte et corrige les fautes d’orthographe évidentes, les fautes de français et les quelques coquilles de langage qui sautent aux yeux. Nous le faisons tous chaque jour dès l’instant où l’on s’adresse par écrit à quelqu’un. Mais cela ne fait pas de vous un écrivain, ni même un bon correspondant. Vous n’êtes qu’un informateur sur toutes sortes de sujets qui tente d’influencer maladroitement les autres.

La deuxième manière est plus professionnelle. Elle procède en deux temps, voire trois, séparant les corrections orthographiques des corrections de style, voire des corrections d’expression française. Cela demande une attention plus soutenue, une connaissance supérieure de la langue et une volonté très nette de s’améliorer. Malheureusement, tout cela certes est utile, indispensable même, mais n’améliore que la forme du texte sans en modifier, sinon à la marge, le fond.

Pour aller plus loin, il faut pour beaucoup d’auteurs, demander l’aide de quelqu’un qui sera capable de lire, d’analyser ce que vous avez voulu exprimer, puis de se poser la question d’une amélioration de la manière de présenter le récit. Il vous donnera ou non des pistes ; mais dans tous les cas, vous saurez ce qu’il faut corriger, ajouter ou retirer. Là, vous avez franchi une étape importante qui vous amène à une nouvelle version qui s’avère assez différente du texte initial.

Pour poursuivre avec assiduité votre amélioration de vos écrits, il faut changer de règles. Jusqu’à présent, vous êtes resté dans votre rôle d’auteur qui améliore sa composition pour la rendre la plus lisse possible. Maintenant, il faut vous mettre dans la peau d’un lecteur. Non pas de quelqu’un qui est un clone de vous-même, mais d’un liseur qui s’imagine ce qu’il lit et crée sa propre vision de votre récit au fur et à mesure de son avancée. Cela suppose que vous vous détachiez de vous-même, que vous preniez de la hauteur, que vous vous fassiez autre, l’inconnu qui lit votre texte pour la première fois. Et cela, ce n’est pas facile. Pendant quelques instants, vous arrivez à prendre de la distance, vous vous trouvez transporté dans votre imagination, donnant une coloration nouvelle à vos formules, voyant des scènes différentes de celles que vous avez-vous-même imaginées. Et puis un mot, une tournure de phrases habituelles, vous ramène à l’auteur que vous êtes. Vous perdez le charme de la nouveauté et retombez dans la lourdeur d’un texte écrit, réécrit, modifié, remodifié, transformé. Les pieds redeviennent lourds, le cerveau embué, la main moins leste. Alors, il faut refaire le chemin inverse, respirer lentement, jusqu’à sentir à nouveau le souffle de la nouveauté des paysages et des personnages. Vous mesurez l’éloignement de cette scène par rapport à ce que vous avez écrit et cette distance est la garantie d’un bon travail de correction. Vous laissez votre deuxième personnalité s’infiltrer dans la première et vous flottez dans un nuage d’impressions totalement différentes qui vous révèlent une autre vision du monde. Ah, si chaque jour nous pouvions créer notre environnement et notre comportement, combien la vie serait encore plus passionnante : finies les dépressions, finie la morosité sans fin, fini le coup de cafard en hiver, fini le blues des matins d’été.

Mais revenons à notre texte. Vous avez corrigé quelques phrases, voire des paragraphes entiers en vous coulant dans la peau d’un lecteur. Mais, au fond, qu’est-ce qu’un vrai lecteur en pense ? Eh bien, il suffit de le lui demander et ce dernier passage auprès de vos aides est indispensable. Oui, il retarde le moment de la proposition aux éditeurs, instant important que vous avez attendu en peinant. C’est une assurance, c’est la corde de rappel que vous utilisez pour descendre de votre enchantement afin de tendre la main aux vrais lecteurs, ceux de tous les jours. Si vous avez bien fait le travail déjà décrit, vous ne devriez pas avoir de grosses surprises. Mais sait-on jamais ?

Enfin, les professionnels de la littérature ou les mordus de l’écriture destinée à ravir les lecteurs réécrivent complètement leur roman d’une autre manière. Certes, c’est plus simple que la première fois puisque vous connaissez déjà l’intrigue et vous la maîtrisez. Néanmoins, cela demande un certain courage que bien peu ont. Car ensuite, il faudra comparer les deux textes, emprunter les meilleurs passages à l’un ou à l’autre, ré-articuler le fond de l’intrigue pour concilier les deux versions et, enfin, reprendre toutes les étapes décrites précédemment. Mais qui est assez fou pour s’infliger un tel calvaire !

30/12/2017

Géométrie dans l’espace, nouvelle de Ian Mac Ewan

C’est une nouvelle moyenne littérairement, mais dont l’idée de base développée est intéressante17-12-30 Sous les draps.jpg et fait preuve d’imagination : découverte du plan sans surface.

En fait, ce phénomène est impossible dans notre continuum où tout plan, fait de deux dimensions, forme par définition, une surface. Ce plan peut prendre toutes sortes de formes lorsqu’on le fait évoluer dans une troisième dimension, sans que cependant sa surface soit modifiée.

L’auteur suppose la découverte d’une construction géométrique particulière et réversible dont l’agencement une fois retourné abolit toute surface et rend le plan invisible. Par ce moyen géométrique, l’homme, adoptant certaines positions, pourrait abolir sa surface corporelle, donc se rendre invisible. Ce que l’auteur ne dit pas, c’est ce que devient son corps et comment il pourrait regagner notre continuum.

 

NB. recueil « Sous les draps et autres nouvelles » poche Folio

17/12/2017

Il est encore temps

Oui, il est encore temps de commander "Un sourire et quelques mots" pour vos cadeaux de Noël ou de nouvel an.

17-05-17 1° de couv US&QM.jpg

 

« C’est justement lorsque nous abandonnons notre histoire personnelle que nous découvrons la vraie vie. »

 

Sourire aux autres, au monde et à soi-même reste la meilleure thérapie contre la morosité et l’amertume. Dans de brefs textes, l’auteur s’interroge sur le mystère de la vie individuelle (notre histoire personnelle, le destin, le bonheur, l’au-delà du moi), l’avenir collectif (la politique, la culture, la communication, l’art), l’univers (le Big Bang, l’infini, la noosphère), ainsi que d’autres sujets plus terre à terre (la danse de la Parisienne, le bain de mer, courir la nuit).

Ces anecdotes et réflexions sont drôles, provocantes, parfois intimes, à méditer, au lit, sur la plage ou dans le métro.

 

 

Livre broché : 18,90 € TTC
E-book : 7.99 €
298 pages
ISBN 979-10-326-0249-2

 

A vous qui errez dans votre être sans le comprendre,
A vous qui cherchez la lumière au-delà du moi,
A vous qui entrevoyez derrière votre histoire personnelle
Ce vide qui possède avec sobriété l’attrait du plein,
Ouvrez ce livre et laissez-vous prendre
Par ses anecdotes, réflexions, interrogations
Qui vous ouvrent la voie et incitent au retournement.

 

https://www.youtube.com/watch?v=OodjVwXH1Co


  Les commandes peuvent être passées :
- Sur le site internet de l'éditeur : http://7ecrit.com/livre/sourire-quelques-mots 
- Sur Amazon : http://www.amazon.fr/
- A la FNAC : http://livre.fnac.com/

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02/12/2017

L’annulaire, un roman de Yoko Ogawa

Le livre pourrait s’appeler le mystère du laboratoire de spécimens. La jeune filroman,japon,littérature fantastiquele qui y travaille a eu un accident dans la société qui l’employait auparavant. Elle a perdu le bout d’un doigt dans un engrenage. Ici le travail est plus simple, mais sait-elle réellement à quoi il sert ? Son propriétaire recueille des spécimens qu’amènent les gens et les conserve avec une préparation en laboratoire auquel elle n’a pas accès. Ils sont ensuite étiquetés et placés sur des étagères dans diverses salles. A quoi servent ces spécimens ? Il est difficile de leur trouver un but commun. Les raisons qui poussent à souhaiter un spécimen sont différentes pour chacun. Il s’agit d’’un problème personnel. Cela n’a rien à voir avec la politique, l’économie ou l’art. En préparant les spécimens, nous apportons un réponse à ces problèmes personnels. Vous comprenez ? explique M. Deshimaru, le propriétaire du magasin laboratoire.  Un visiteur arrive avec l’objet qu’il veut faire naturaliser. Après les formalités d’usage, vous le prenez et j’en fais un spécimen.

C’est ainsi qu’un jour, une jeune fille vient faire naturaliser un morceau de musique. Pas la partition, la musique elle-même. Pour cela, M. Deshimaru fait appel à une vieille demoiselle qui jouera la partition et le tout sera enfermé dans un tube de verre fermé par un bouchon de liège. Le même jour, M. Deshimaru lui offre une magnifique paire de chaussures qui s’ajuste parfaitement à ses pieds et les lui met aux pieds avec des mains caressantes. Elle doit les garder et il détruit les anciennes chaussures. Ils prennent l’habitude de se retrouver dans la salle de bain du magasin pour discuter, puis pour s’aimer étroitement dans la baignoire. Une autre jeune fille débarque un matin. Elle veut conserver un spécimen de sa brûlure sur une joue. Elle passe dans le laboratoire avec le propriétaire, mais ne ressort jamais. Qu’est-elle devenue ?

D’autres péripéties s’échelonnent au long des pages. Laissons-les là pour que vous les découvriez. La fin est-elle une fin ? L'assistante veut aussi son spécimen, c’est-à-dire le bout de son doigt. Elle prépare le tube, les étiquettes et va frapper à la porte du laboratoire. C’est ensuite à votre imagination de finir le roman selon votre personnalité.

Une atmosphère pleine de mystère au travers de descriptions très matérielles et pratiques. C’est une sorte de rêve éveillée, une histoire simple, si simple que l’on se demande ce qui transforme le récit en un conte énigmatique dont le déroulement vous envoûte.

 

21/11/2017

Détruire, dit-elle, de Marguerite Duras (2)

Alissa n’est pas encore allée au-delà de la folie, de cette folie apparente engendrée par la destruction. Elle est la destruction (détruire, dit-elle) et en fait elle qui déclenche le drame, car rien ne serait arrivé ans elle. Alissa sait, dit Max Thor, mais que sait-elle, se demande-t-il. Sans doute, ne le sait-elle pas elle-même, n’est pas capable de le formuler. Seul Stein pourrait le faire, mais Stein ne répond pas. Alissa comprend Stein d’instinct, intuitivement. Elle le sent fémininement et Stein la comprend, c’est pourquoi l’amour naît aussitôt entre eux, ontologiquement pourrait-on dire.

Max thor n’est pas encore du même camp. Il cherche. Il s’interroge, il regarde de la même manière dont regarde Elisabeth Alione. « Quelque chose le fascine et le bouleverse dont il n’arrive pas à connaître la nature », aussi bien chez Elisabeth que chez Alissa. Il ne connaît pas Alissa, sa femme. Il la cherche, car il sait que c’est en elle que doit être la réponse ; et ce problème, le seul qui le touche vraiment, s’effacera de lui-même, sans qu’il ait besoin d’en avoir la réponse, au cours du troisième temps du livre, au cours de l’affrontement. Alors il saura ce qu’est Alissa et Stein. Elisabeth Alione le fascine également. Il l’aime d’un amour différent de celui qu’il éprouve pour Alissa (amour inquiet et interrogateur, tourné vers l’avenir), d’un amour tourné vers le passé qu’il ne peut encore quitter tout à fait, ne connaissant pas l’avenir.

Enfin, il y a Elisabeth Alione, qui, en fait, n’existe pas en elle-même, c’est-à-dire en tant qu’être propre, individuel et personnel. Elle croît à ce que les autres disent d’elle. « Elle est à celui qui la veut, elle éprouve ce que l’autre éprouve. Elisabeth Alione, c’est le passé. Tout n’existe pour elle que par le passé et l’avenir lui fait peur car aucun passé ne s’y rattache. Aussi a-t-elle peur des trois autres et surtout d’Alissa, peur d’eux qu’elle ne comprend pas parce qu’elle ne sait rien d’eux alors qu’eux savent tout d’elle. Une fois dans sa vie, Elisabeth aurait pu être en tant qu’être véritable, mais elle a eu peur de cette lettre du médecin qu’elle a montré à son mari parce que, là encore, elle avait peur d’un avenir différent du passé, inconnu. Puis elle a regretté son geste parce que quelque chose en elle disait oui à la lettre. Sa maladie véritable venait en fait de cette contradiction entre ce qu’elle croyait être et ce qu’elle était réellement, intérieurement. La destruction de l’ancienne Elisabeth commence le jour où elle rencontre Alissa, puis Stein. Elle découvre par l’intermédiaire d’Alissa la véritable cause de sa maladie. Elle ne peut plus redevenir ce qu’elle était auparavant, bien qu’elle ne s’en rende pas compte, et au-delà de la peur qu’elle a éprouvée, elle découvre le dégoût (ces nausées… Ce n’est qu’un début, dit Mas Thor. Bien… Bien… dit Stein).

« Il y a eu un commencement de… comme un frisson… non... un craquement de… du corps », dit Stein.

« Ce sera terrible, ce sera épouvantable, et déjà, elle le sait un peu ».

La destruction a fonctionné comme cette musique, cette fugue de Bach qui s’arrête, reprend, s’arrête à nouveau, repart jusqu’à ce qu’elle passe la forêt, fracasse les arbres, foudroie les murs.

20/11/2017

Détruire, dit-elle, de Marguerite Duras (1)

Le décor : un périmètre dans la forêt où les gens viennent s’isoler, s’apprendre à vivre eux-mêmes dans le repos. Ici les livres, qu’ils soient à lui, Max Thor, ou à elle, Elisabeth Alione, ne servent à rien. Ils font partis du décor. Rien ne se passe dans cet hôtel, tout commence et rien ne s’achève, car aujourd’hui n’a plus de rapport avec hier. Le temps ne soule plus, ou coule sans souvenirs, sans souvenirs d’impressions durables, sauf, peut-être, le souvenir de ce qui est et non pas de ce qui arrive.

C’est dans ce monde où rien ne compte qu’être, que fonctionne la destruction comme cette musique des dernières pages, cette fugue de Bach, qui s’arrête, reprend, s’arrête à nouveau, repart, jusqu’à ce qu’elle fracasse les arbres, foudroie les murs. Elle arrive en trois temps, trois actes du livre. Sans un premier temps, il n’y a rien, rien ne se passe, on regarde, Marguerite Duras pose le décor et ses personnages, puis arrive Alissa qui est la destruction à l’œuvre et cette destruction plante ses racines et les enfonce dans le décor, imperceptiblement. Enfin, dans un troisième temps, les deux forces opposées, l’avenir avec le groupe d’Alissa de Stein et Max Thor et le passé avec Bernard et Elisabeth Alione, s’affrontent et se déchirent, enracinant la destruction chez Elisabeth Alione sans même qu’elle s’en soit rendu compte, sans toutefois aller jusqu’au bout de l’acte, jusqu’à ce qu’il y a au bout de la destruction, c’est-à-dire la folie. La folie, c’est Alissa, l’inacceptation de tout état de fait, la destruction de tout le passé, c’est-à-dire de toutes les habitudes.

Les personnages maintenant : qui sont-ils ? Il y a en fait deux forces en action, deux clans qui s’opposent, ceux qui sont tournés vers l’avenir, qui savent ce que les autres ne savent pas, qui ne savent même pas qu’il y a à savoir, qui sont leurs habitudes.

Stein sait. Il sait au-delà de la folie, vers ce vide qui est au-delà. C’est un sage, une sorte de moine, pourrait-on dire. Il se refuse à tout, à tout ce qui semble constituer la vie de chacun, le mariage, un métier, des projets. Il peut se permettre de faire des choses que les autres ne feraient pas, qu’ils appelleraient indiscrètes. Les autres ne l’intéressent pas vraiment. Il les regarde comme on regarde un troupeau. Lui-même ne l’intéresse pas, il se regarde comme il regarde les autres, sans retenue aucune (quelques fois j’entends ma voix, dit-il).

08/11/2017

L’éruption du Krakatoa, de Simone Jacquemard

L'éruption du Krakatoa ou des chambres inconnues dans la maison, tel est le titre exact du roman de Simone Jacquemard, paru en 1969.

Ces chambres, ce sont toutes les pièces que nous ignorons nous-mêmes, toutes ces chambres qui n’ont pas encore été explorées et que Simone Jacquemard fouille comme on fouille un grenier, au hasard, d’un objet à l’autre.

Exploration d’une conscience, celle d’Anne, sensibilisée à l’extrême par la souffrance. Nous pénétrons dans le monde extraordinaire de l’imagination et du rêve. Tout se déroule pêle-mêle, le passé le plus proche et le plus personnel, un passé collectif et lointain, la réalité et l’imagination aiguisée par la connaissance, la perception de l’intimité de l’être dans sa construction microscopique, tout cela tournant, s’enroulant en spirales autour d’une idée fixe, faire face à la mort, tenir aux limites mêmes de la mort, vivre encore dans cette zone d’inconscience qui la précède.

Il s’agit bien d’une éruption, d’un éclatement de toutes les couches superposées de la conscience qui fait remonter à la surface le magma primaire d’une conscience collective que nous portons en nous et qui contient le vieux rêve de l’homme, celui de l’immortalité et de la fusion de l’être dans la matrice nourricière de l’univers.

« Tout d’abord l’image s’est imposée d’une bouche, d’un certain cratère de volcan par quoi est déversée sur le monde une certaine sève possiblement mortelle, mais limpide, faite de force et de conscience. Et cette bouche, j’ai compris qu’elle était celle des voyants, des sages, des prophètes dont le rôle d’intermédiaires est d’autant mieux rempli qu’ils sont indemnes de tout désir, de tout égocentrisme (et ce n’est pas le désir, le plaisir qui sont condamnables, mais le temps, l’énergie et la transparence qu’ils font perdre). L’unique fonction de certains vivants serait d’être traversés par la lumière qu’ils attirent comme le paratonnerre la foudre, puis de divulguer vaille que vaille les détails de ce formidable assaut. En laissant couler d’eux sans en rien garder ce qu’ils ont reçu. Car la lumière cesse d’affluer s’ils ne se départent pas aussitôt, eux devenus ne chenal d’une eau clairvoyante. »

06/11/2017

La chamade, de Françoise Sagan

C’est bien une étude du bonheur que fait Françoise Sagan, une étude dans les conditions idéales, puisque aucun des personnages n’est préoccupé par la vie matérielle. Riches, insouciants, ils ne semblent s’intéresser qu’aux sentiments et ce n’est que lorsque les exigences matérielles s’imposeront que le bonheur se troublera.

C’est dans une atmosphère qu’on peut comparer à celle des salons du XVIIIème siècle, que Lucile, maîtresse de Charles, connaît pour la première fois un amour véritable. Insouciante, libre, elle s’éprend d’Antoine, amant d’une belle courtisane. Le bonheur les prend, avec les angoisses de l’attente, le délire des nuits, la fatigue des matins, la douceur des jours. Un bonheur de six mois sans interruption. Mais Lucile un jour attend un enfant et ce sera Charles qui les aidera à s’en séparer. L’habitude, la monotonie des jours, la pauvreté les lassent peu à peu et Lucile, pour retrouver sa vie de liberté, d’ivresse et de bien-être, quitte Antoine qui ne pouvait lui offrir que son cœur et son corps. Elle reprend alors sa vie avec Charles.

Le livre contient quelques bons mots :

… Un de ces journaux qui se disent de gauche afin de mal payer leurs collaborateurs et dont l’audace s’arrête là…

… A Paris, il ne faut jamais s’excuser de rien ; on ne peut faire n’importe quoi que si on le fait gaiement…

… Les gens ont de plus en plus peur. Ils ont peur de vieillir, ils ont peur de perdre ce qu’ils ont, ils ont peur de ne pas obtenir ce qu’ils veulent, ils ont peur de s’ennuyer, ils ont peur d’ennuyer, ils vivent dans un état de panique et d’avidité perpétuelles…

… Rien n’est plus affreux que le rire pour la jalousie…

18/10/2017

Musica et Carmina

 

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Patricio Cadena Pèrez, interprète de musiques baroques, classiques et contemporaines, est aussi fin connaisseur du répertoire folklorique latino-américain : malambo, chacarera, tango, candombe argentins, valses, marineras péruviennes ; bossa, choros, choriño, brésiliens ou encore pasillo, yumbo, sanjuanito, albazo équatoriens…Son répertoire est riche et dense. Le chant fait aussi partie de son expression artistique et l'accompagne dans ses explorations de l'univers musical populaire latino américain. 


Les textes sont extraits du dernier livre de Loup Francart "Un sourire et quelques mots" ou de poèmes non encore publiés.


 

03/09/2017

Le planétarium, de Nathalie Sarraute

Le planétarium, c’est cette immense grotte de la conscience où les mots des autres viennent raisonner avec une force incroyable, ébranlant la juste répartition des astres, l’équilibre méticuleusement échafaudé des orbites qui oblige à bien des concessions, à beaucoup de revirements. En avançant dans ces pages pleines d’ombres contradictoires, on découvre que c’est dans la nature même du planétarium d’être aussi fluctuant, aussi soumis à n’importe quel événement, à un mot, à un geste, un regard qui bouleverse entièrement l’équilibre qui venait à peine d’être rétabli.

Nathalie Sarraute, dans cette histoire qui n’en est pas une, dans cet épisode de la vie d’un jeune couple mi- bourgeois, mi- intellectuel et de ceux qui l’entourent (des parents snobs, une tante maniaque, un écrivain qui n’est qu’une femme comme les autres, mais dont la notoriété leur fait peur) n’a pas cherché à décrire directement un certain milieu, une certaine manière de vivre, mais plutôt la manière d’être intime de chaque personnage et, en particulier, sa manière d’être en face d’un autre. Elle traite de cet affrontement perpétuel dans la rencontre de deux êtres, des pensées brèves provoquées par cette rencontre et de leur camouflage en paroles, adoucies, amadouées, domptées, convenables et raisonnables.

L’analyse et excellente, mais l’homme ne serait-il qu’un spéculateur perpétuel dans ces rapports avec autrui ? Pas une ombre de spontanéité, et c’est pourtant elle seule qui fait le plaisir des rapports humains.

11/08/2017

Le dit de Tianyi, de François cheng (Albin Michel, 1998)

La guerre, l’amour, l’amitié, l’idéologie et bien d’autres choses encore, pourraient installer le livre dans une gravité impressionnante. C’est vrai à certains moments, mais l’auteur nous promène également la tête dans les nuages et la brume au travers d’épopées poétiques qui rassemblent une belle langue française au service d’impressions, de réflexions et de réminiscences chinoises. En un peu plus de 400 pages, François Cheng nous plonge à la fois dans les mentalités paysannes d’un Moyen-âge chinois  et dans l’histoire du XX° siècle occidental : la guerre sino-japonaise, le Grand Bond en avant de 1958, puis la révolution culturelle. La vie de trois personnages rythme le roman : tout d’abord Tiannyi, qui deviendra peintre, Yumei, l’amante, et Haolang, l’ami. Chacun cherche sa vie dans l’exaltation de la jeunesse et ne trouve que malheurs et parfois des éclaircis où l’amour et l’amitié leur permettent de faire face à un destin hors norme. Tout a déjà été dit sur ce livre qui est à la fois un roman, une autobiographie, un poème, un conte et un livre d’histoire vu sous l’angle personnel de quelques héros anonymes.

Ne citons que ce paragraphe, bouleversant, car il résume grandement l’esprit du livre :

… Je mesurais la difficulté qu’il y avait à toucher la vraie profondeur d’un autre, a fortiori d’un autre féminin. Oui, l’homme peut-il rejoindre l’extrême désir de la femme dont elle-même ne peut sonder le fond ? Il y a certes de la tendresse sans bornes qui fait tomber comme de vaines poussières préventions et fantasmes de l’homme. Il u a des moments d’extase qui entretiennent éphémèrement de rêve de l’Un ? L’homme, taraudé par le fini, s’échine à rejoindre la femme, envahie par l’infini, sans jamais y parvenir. Il lui reste à demeurer cet enfant abandonné qui pleure au bord de l’océan. L’homme s’apaiserait s’il consentait à écouter seulement la musique qui résonne là, en lui et hors de lui – d’écouter humblement la femme devenue un chant trop nostalgique pour être accessible.

Ne pas en dévoiler plus. Mais « il n’est pas trop tard ; faisons quelque chose encore ! » nous dit la rieuse voix de Yumei dans les brouillards et les nuages d’une Chine malgré tout immuable.

03/08/2017

Les allées du Luxembourg, de Maurice Bellet

Monsieur Périer sort de chez lui. Il n’est ni long ni court, ni gras ni maigre, ni beau ni laid : il est moyen. C’est un être anonyme qui traverse le Luxembourg, son Luxembourg qu’il connaît par cœur. Et voici que ce jour-là, il le découvre tout autre. Il voit le Luxembourg et le ciel ouvert. Il ressent seulement une sensation étonnante de chaleur, de douceur, de bienveillance universelle ; la lumière paraît plus douve et plus forte, les visages plus dignes d’amour, l’ânelivre, littérature, surnaturel, envers plus fraternel. Tout a basculé, invisiblement et sans secousse, dans l’absolu inentamable : une splendeur de l’être, une douceur de la création, une saveur de la vie, une générosité du temps qui ne passe plus – soudain , Monsieur Périer est dans l’éternité, l’éternité ici et maintenant, le suspens bienheureux de toute chose dans l’instant pur de l’origine.

Et cet instant bouleverse sa vie et lui donne un inattendu de tous les instants. Il songe à la vie qu’il a menée, aux gens qu’il a côtoyés, à sa femme, à celle qui l’a compris, à sa famille, à un ami. Dans l’autobus, il regarde une femme qui lui demande pourquoi il la contemple ainsi. C’est que vous êtes très belle. Elle le prend mal. Et pourtant, tout à l’heure, quand elle s’était assise devant lui, elle avait souri à une pensée  qu’elle avait eue et qu’il ignorait. Et ce sourire était une transfiguration ; le pauvre visage ingrat rayonnait du dedans, il lui venait cette beauté quasi surnaturelle, qui ne peut se fixer, qui passe lorsque passe en l’être humain quelque peu de la lumière divine.

A la fin du livre, il a une nouvelle vision au Luxembourg. La chose  sans nom saisit Jean Périer, le traverse, le transperce de part en part. Le voilà immobile, noué au milieu de l’espace vide, cloué vif, dans le halètement et le hurlement muet, coulé sur le poteau d’angoisse. Le Luxembourg est un désert qui s’étend jusqu’aux limites de l’univers. Et le vide qui encercle Monsieur Périer  et qui le fouaille jusqu’au-dedans des os est bien plus dur, d’une absence bien plus atroce que l’intersidéral pour le cosmonaute. Car ce que Monsieur Périer connaît, en cet instant, c’est la vacuité du monde, c’est la grande vidange de tout. (…) Monsieur Périer ne pense pas. Il ne pense plus. Il est tout entier cette vague énorme, cette vague de vide, qui déferle à grands coups, imprévisible, immaîtrisable.

Il se passa quelque temps. Monsieur Périer constatait, étonné, le changement qui se faisait de plus en plus autour de lui : c’était une espèce d’aura d’amitié, de bienveillance, de simplicité aimable. On lui parlait beaucoup. Il entendait autrement. Il sait maintenant écouter, vraiment écouter et non, simplement, entendre le brouhaha du monde et des gens. Il voit ce qu’il a toujours vu : le Luxembourg. Et pourtant ce qu’il voit, c’est l’envers lumineux du monde. À moins que ne soit l’endroit, et que notre regard ordinaire ne voie que l’envers de la tapisserie, confus et laid. De l’autre côté, de l’autre côté est la merveille.

Un livre tout en douceur, en mots couverts, qui ne dit pas l’expérience, car il est impossible de la décrire, mais qui tente d’en donner les sensations, les impressions, voire les réflexions qu’elle crée. C’est à la fois banal et exaltant, une histoire où ne se passe pas grand-chose, mais où se qui se passe renouvelle complètement la vision du monde, élève l’âme et la conduit à l’admiration pour le créateur.

24/07/2017

"Un sourire et quelques mots", essai de Loup Francart

A vous qui errez dans votre être sans le comprendre,
A vous qui cherchez la lumière au-delà du moi,
A vous qui entrevoyez derrière votre histoire personnelle
Ce vide qui possède avec sobriété l’attrait du plein,
Ouvrez ce livre et laissez-vous prendre
Par ses anecdotes, réflexions, interrogations
Qui vous ouvrent la voie et incitent au retournement.

 

https://www.youtube.com/watch?v=OodjVwXH1Co


 

Vous pouvez acheter ce livre sur :

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http://livre.fnac.com/a10826867/Loup-Francart-Un-sourire-et-quelques-mots#newReview#int=NonApplicable|10826867|NonApplicable|L1

05/07/2017

Il est paru : "Un sourire et quelques mots"

Ce livre est la continuation des "Petits bouts de rien", c'est-à-dire une somme de réflexions ou d'anecdotes faites au fil de deux années sur des sujets très divers.

17-05-17 1° de couv US&QM.jpg

 

« C’est justement lorsque nous abandonnons notre histoire personnelle que nous découvrons la vraie vie. »

 

Sourire aux autres, au monde et à soi-même reste la meilleure thérapie contre la morosité et l’amertume. Dans de brefs textes, l’auteur s’interroge sur le mystère de la vie individuelle (notre histoire personnelle, le destin, le bonheur, l’au-delà du moi), l’avenir collectif (la politique, la culture, la communication, l’art), l’univers (le Big Bang, l’infini, la noosphère), ainsi que d’autres sujets plus terre à terre (la danse de la Parisienne, le bain de mer, courir la nuit).

Ces anecdotes et réflexions sont drôles, provocantes, parfois intimes, à méditer, au lit, sur la plage ou dans le métro.

 

 

Livre broché : 18,90 € TTC
E-book : 7.99 €
298 pages
ISBN 979-10-326-0249-2

 Les commandes peuvent être passées :
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Alors, bonne lecture à tous, quel que soit le moment, le lieu et votre humeur !

03/07/2017

Les choses, roman de Georges Perec (1965)

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Sans doute fruit d’une longue enquête sociologique, ce roman est celui du mal moderne, c’est-à-dire de cette absurde quête actuelle du bonheur dans « les choses », tout ce qui s’étale sur les affiches, qui fait envie, qui se vend, qui s’achète enfin si l’on possède de l’argent. Telle est la course au bonheur de ce jeune couple, semblable à des milliers d’autres. Et cette course demeure vaine, faite d’envies aussitôt épuisées ou jamais soulagées.

Roman insipide, car il fait un étalage abusif de ces choses qui seront le bonheur, un bonheur dans lequel rien ne vient éclairer cette vaine recherche d’un bien-être matériel.

23/06/2017

Le cavalier de l’espace, nouvelle de Barrington J. Bayley

Cette nouvelle est un traité imaginaire sur des formes présumées de continuum espace-temps autres que celui que nous connaissons. « Notre continuum est étroitement, automatiquement, synonyme d’univers contenant choses et événements, et donc, inéluctable ; sans lui plus d’existence. »science fiction,espce,temps,matière,lumière,multivers

Par le truchement d’un jeu d’échecs dont le cavalier se personnifie sous forme d’un voyageur d’un autre espace, l’auteur nous présente un système analogue au jeu d’échecs, où l’espace au lieu d’être continu et homogène comme le nôtre, est constitué de positions discontinues et infinies où les entités lui appartenant peuvent faire varier leurs déplacements de manière plus  ou moins ingénieuses selon leur degré d’évolution. Ce système serait appelé transitionnel par rapport à notre espace tridimensionnel.

Le cavalier expose ensuite qu’il existe un grand nombre de formes d’espace-temps :

* Les espaces tridimensionnels dont la vitesse de la lumière varie du nôtre ;

* Les espaces transitionnels dont il donne quelques exemples :

   . Espace qui bien que continu n’est pas symétrique dans toutes les directions,

  . Espace où l’image d’un objet ou d’un individu a les mêmes caractéristiques et les mêmes facultés que l’original ;

* Les espaces ayant un temps réversible ;

* Les espaces où la matière est continue et confondue à l’espace qu’elle occupe.

En fait, pour ce voyageur de l’espace, la notion d’espace est intimement liée au nombre. A chaque nombre correspond au moins un espace. Le centre de gravité de notre espace est le Un : l’unicité représente la totalité d’un objet de notre monde. Dans l’espace venant après le nôtre, la plénitude correspond au chiffre deux : la dualité est idéale tandis que la singularité est incomplète. En s’éloignant encore d’autres mondes sont fondées sur le trois, quatre, jusqu’à l’infini. Il existe même des espaces transfinis dont Cantor a découvert l’existence mathématique.

22/06/2017

Lettre ouverte à un jeune homme, d’André Maurois

Quatre règles de vie :
•    Il faut vivre pour autre chose que pour soi ;
•    Il faut agir ;
•    Il faut croire à la puissance de la volonté ;
•    Il faut être de ceux qui ne déçoivent jamais.

Les obstacles :
« Il faut se dire chaque matin : aujourd’hui j’aurai à faire à un important, à un ingrat, à un brutal, à un fourbe » (Marc-Aurèle).
Ne répondez pas à la haine par la haine.
Pardonner en expliquant le pardon, n’est pas pardonner.
Vivons avec ceux qui nous aiment.

L’objectif :
Je suis capable de gentillesse. Je ne savais pas refuser durement, ce qui est la seule façon de refuser.
Choisissez bien le point d’application de vos efforts ; puis, le choix fait, il suffit que vous soyez tout entier derrière votre décision.
Il faut apprendre à faire la moindre chose de la façon la plus grande.
L’objectif, c’est d’être heureux.

Les loisirs :
Il faut choisir très jeune un sport et y exceller.
Acquérir une culture artistique.

Votre carrière, le chef, la conduite des hommes :
Deux attitudes, soit vivre dans l’ombre, un des chemins de bonheur, soit se jeter dans la mêlée.
Il n’y a point de faveur imméritée qui puisse durer. La chance sera fragile, si au temps du jeu ou de l’amour, ne succède le temps du travail.
Les vertus du chef : l’objectivité, une ardeur passionnée, le respect par la rigueur envers soi.

Les femmes :
Faites-vous une jeunesse tendre et passionnée.
Les femmes ont besoin qu’on s’occupe d’elle, qu’on leur parle.
Le temps passé auprès des femmes n’est jamais perdu.
Ne cherchez à tenir une femme que de sa propre volonté.

Le bal masqué :
La vie est un bal masqué. Faut-il toujours y porter le même masque ? Cela dépend du masque… et de vous. Mais attention ! Le masque fera pour vous le bal.

L’entraînement :
Commencez par le plus facile.
Au début, écrivez des choses courtes.
Prenez confiance en vous. Et surtout, ne dites jamais du mal de vous-mêmes. On vous croirait.

On peut ne pas être d'accord sur tout. Mais André Maurois reste un fin observateur de la vie !

 

19/06/2017

Les boîtes chinoises, nouvelle de Graham Charnock

Ce n’est qu’après réflexion que l’on perçoit la profondeur réelle de cette nouvelle qui date de 1970 et est parue dans une anthologie de Maxim Jakubowski. C’est une histoire au fond banale, dont le développement anecdotique ne présente pas de réel intérêt parce que prévisible au milieu de la lecture. Une fois achevée, la nouvelle laisse perplexe ; que peut-on y trouver d’intéressant ?

Le titre seul peut nous mettre sur la voie. Pourquoi les boîtes chinoises ? Au centre d’une pièce,17-06-17 Galaxies-interieures, de Graham Charnock.jpg une boîte. Elle et au centre de la nouvelle. Elle contient un homme, sans raison de vivre. Dans la pièce, un autre homme, le gardien, qui se nomme Carpenter, sans raison de travailler. Le premier vit parce qu’il faut vivre. Le second travaille parce qu’il le faut également. Dans une autre boîte encore, qui englobe les deux autres, la société Chemitect, qui connaît une partie des clés de la liberté, mais qui ne peut la dévoiler. Seul sait l’inconnu, l’homme au briquet en forme de boîtes chinoises. Mais il sait aussi  que les autres ne peuvent savoir sans détruire l’ordre du monde.

Carpenter sait que l’homme dans la boîte vit une expérience, mais il découvre progressivement que lui-même est sujet d’expériences.

15/06/2017

Rappel : Parution de "Récits insolites", déjà 6 mois

« Remontant à la surface pour respirer, elle regarda l’au-dehors, puis l’au-dedans. Aucune rupture. Elle n’éprouva aucun changement d’impression, aucun décalage entre les deux regards, aucun déclic inaudible. Rien, un monde lisse et pourtant ô combien différent. »

1e de couv RI.jpgAprès quoi courons-nous ? L’argent, la gloire ou l’amour ? Au fond, qu’est-ce qui nous anime, nous transporte et nous imprègne ? Enfin… qu’est-ce qui nous fait vivre ?

 Avec ce recueil de nouvelles, Loup Francart reprend la plume avec une profondeur nouvelle, affûtée au contact du fantastique. En prenant le quotidien pour cadre, dans tout ce que la vie courante se réclame de banale, il baisse notre garde et nous touche en plein cœur. Voyages initiatiques à part entière, chacun de ses récits sonde nos existences, nos doutes et nos attentes. Que sont devenus nos espoirs d’une vie meilleure ? Décorseté par le surnaturel, l’ordinaire vibre de sa fonction primaire : donner un sens. Épris de liberté, nos existences prennent enfin le chemin différent, éveillé et souriant auquel nous sommes destinés. Sitôt affranchis, le fantastique s’estompe pour laisser place à l’accoutumée. Insolites, ces nouvelles le sont assurément : mais n’est-ce pas le cas de chacun d’entre nous ?

 Avec humour et tendresse, Loup Francart patine de nostalgie cet ouvrage intimement philosophique, le troisième paru aux Éditions du Panthéon.

€ 21,90 TTC
314 pages
ISBN 978-2-7547-3158-4

Je serai enchanté que tous ceux qui ont apprécié ce recueil de nouvelles, veuillent bien mettre un petit mot pour donner leurs impressions et leur appréciation sur les sites suivants :

  • Amazon
    • https://www.amazon.fr/livre-achat-occasion-litterature-roman/b?ie=UTF8&node=301061
    • Tout en haut dans la case blanche taper Récits insolites et cliquer
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A la fin du mois, un nouveau livre doit sortir de presse. Le mystère reste entier !