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11/12/2018

Chaud-froid ou entropie

La chaleur ne peut pas passer
D’un corps froid à un corps chaud.
Rudolf Clausius


Que dans un sens ! L’autre est interdit
C’est un précepte solide et le seul
Qui, en physique, dans le temps s’investit
La chaleur n’est pourtant pas bégueule !

Le chaud  s’épanche vers le froid
Jamais il n’apporte, dans l’autre sens
Un effet authentique ou même maladroit
La chaleur glace le cœur avec aisance

Certes, si on lui donne un coup de main
Il est possible de réchauffer le tiède
D’en faire un outil jusqu’au lendemain
Il pourra alors devenir une aide

Mais il aura fallu activer l’énergie
Ce pouvoir miraculeux et cher
Qui fait fi de toute léthargie
Et peut se déchaîner sur terre

Il faudra toujours plus d’ardeur
Pour donner la fièvre aux hésitants
Et mettre en feu les frondeurs
Pour qu’ils deviennent entreprenants

C’est vrai… S’il existe des chauds-froids
On ne connaît pas de froid-chaud
Et si vous le réchauffez, étant aux abois
Vous finirez certainement au cachot

Ainsi Clausius découvrit l’entropie
Une propriété des corps à sens unique
Qui fait dire à ceux atteint de myopie
Un plat chaud est sans doute plus messianique

 

 

 

04/12/2018

Devenir

Qu’y avait-il avant le Big Bang ?
L'univers n’était pas né
Une explosion le fit apparaître
Avant ? Rien, répond Stephen Hawking
Mais qu’entendre par rien ?
Pas le moindre bout de matière
Ni, non plus, espace et temps
Ni même un pli de l’espace-temps
Mais cela signifie-t-il qu’il n’y a rien ?
La matière est-elle la seule substance palpable ?
La pensée ne serait-elle qu’un vide
Dans lequel errent des bribes cognitives
S’éloignant plus vite que la lumière !

Oui, je l’affirme, quelqu’un pensait et était
Et cette pensée sur l’origine du matériel
Qu’était-elle ? Personne ne sait
C’est le mystère insaisissable de la nature
Un jeu ? Une plaisanterie ? Un défi ?
Nul ne le sait. C’est pourquoi il est appelé Dieu
Celui qui est au-delà de l’inconcevable
Eh bien, qu’a-t-il à voir avec nous ?
Le néant parle-t-il au néant ?
Est-il possible que soit celui qui est ?
Je suis ce que tu es et tu le sais
Mais tu ne veux pas le savoir
Tu te caches la face et refuses de voir

Tu m’as perçu un jour de transparence
Tu m’as regardé les yeux pleins de larmes
Puis tu m’as oublié, repu des orgies terrestres
Ton regard n’avait que la terre pour horizon
Lève les yeux, point n’est besoin de te prosterner
Regarde le monde, vois l’univers
Je suis par toi et tu es par moi
L’un n’existe pas sans l’autre
Les apparences sont trompeuses
La mort d’un seul d’entre nous
Consacre la fin de l’humanité
Ton esquive est la fin du monde
Qu’est-ce qui nous relie ?

L’amour fut là, en un éclair
Et l’humain devint Dieu
Parce que Dieu était devenu homme
Rien ne commençait, mais rien n’était fini
Cela durera jusqu’à la fin des temps
Dans l’extinction de l’espace
Et la dissolution de la matière
Seul, ne restera que l’amour
Le combustible des vivants
Et, particulièrement de l’humanité

Tu pensas, tu fus et tu seras
J’aime, en un instant, et je deviens...

 ©  Loup Francart

03/12/2018

Atome

Le vide est plein de tout
Le plein est vide de rien

Quelles drôles de lois
Que celles de l’univers !

L’atome, si petit qu’il soit
Constitue un monde en soi

Dit élémentaire et insécable
Il n’est pourtant pas indivisible

Qu’il soit solide, liquide ou gazeux
Il est presque entièrement vide

Son noyau est cent mille fois plus petit
Mais il pèse 99,9 fois sa masse

Ce noyau ne se fait pas la guerre :
Les protons sont les plus vaillants

Les neutrons sont inoffensifs
Et les électrons sont hors d’atteinte

Ils errent en effet dans le vide
Jusqu’à cent mille fois plus loin

Ces fétus sont eux-mêmes emplis de quarks
Qui dansent en dissymétrie « up et down »

L’électromagnétisme est la colle
Qui fait tenir le tout dans le rien

C’est la cuisine quantique des champs
L’invraisemblable marmite de Planck

Ainsi s’interroge Richard P. Feynman :
"Qui comprend vraiment la physique quantique ?"

 ©  Loup Francart

30/11/2018

Nombres (3/3)

D’autres jeux de cache-cache existent et existeront
C’est ainsi qu’on inventa les pourcentages
Cela permit de renforcer les impressions
Et de mesurer les différences entre les produits
Quel pourcentage entre les nombres de bergères et de moutons ?
Quel pourcentage de taille entre la puce et l’éléphant ?
Ce comptage devint un changement d’horizon
Des plaines on passait aux montagnes
Les différences s’accentuèrent selon les administrés
Et l’on visait bien sûr les plus hauts ou les plus bas
Les moutons regardaient au plus terre à terre
Les jeunes bergères levaient les yeux aux cieux
Les uns restaient périssables pour le bien de l’homme
Les autres exaltaient le bonheur d’être humain

Puis, de bataille on passa à la guerre
Elle dure toujours. Le pourcentage en devint le nerf
On spécula sur la différence entre deux pourcentages
Non sur la réalité de l’évolution des sujets ou objets réels
Cela renforça le pouvoir des politiques
Commodément, ils avaient découvert la tromperie :
Passer de cinq pour cent à dix pour cent
N’est qu’une augmentation de 5 points de pourcentage
C’est une façon très utile pour ne pas dévoiler
Le doublement des impôts et des taxes

Mais on n’en resta pas là dans la duperie
On inventa l’analogique et le numérique
L’analogique reproduit les variations au plus près
Et reste le plus fidèle à l’état du sujet
Le numérique transforme le signal
En une suite de zéro et de un, soit deux amplitudes
Au lieu d’une multitude dans l’analogique
Le premier représente la danseuse idéalisée
L’image dans la tête du sculpteur
Le second n’est que l’essence du mouvement
Succession de sauts entre ciel et terre

Bon, on arrête ! Il n’y a ni moutons ni bergères
Il n’y a que des êtres diaphanes
Errant dans les mondes des nombres
Auquel s’ajoutent maintenant des lettres
Qui représentent des nombres
C’est l’invasion ! Sauve qui peut
Les migrants sont là, ils avancent
Les mots étouffent et la poésie s’effondre
Le numérique nous étrangle
Mayday… Mayday… Mayday…

©  Loup Francart

29/11/2018

Nombres (2/3)

Pythagore, un petit malin, découvrit les nombres irrationnels
On ne peut les écrire sous forme d’une fraction :
La diagonale d’un carré n’est pas exprimable
En un nombre rationnel qu’il soit entier ou fractionnaire
Tel est le nombre Pi, illimité en décimales
Serait-ce un nombre fini qui s’exprime en infini ?
Archimède en montra la transcendance
C’est un nombre non algébrique et non constructible
Pi serait-il un nombre univers, c’est-à-dire un nombre réel
Contenant n'importe quelle succession de chiffres de longueur finie ?
Si la bibliothèque de Jorge Luis Borges était de chiffres
Il en remplirait sans aucun doute la totalité, et même plus

Mais heureusement on s’aperçut qu’il n’était pas seul
On aurait pu penser que la transcendance est Une
(Au même titre que Dieu en tant qu’indénombrable)
Eh bien non ! Le nombre d’Euler, découvert bien plus tard
Est noté e, nombre dont le logarithme est l’unité
Il est irrationnel et transcendant
Et c’est un nombre réel et normal
Avouons que là moutons et bergères
Sont singulièrement coupés de la réalité
Jusqu’au moindre poil ou cheveux
Dommage, on aime bien les nombres de tous les jours !
Enfin on appela, parce qu’il faut bien les nommer
Les ensembles précédents des nombres réels
Soit le total de ces nombres, avec  ou sans virgule
Positifs ou négatifs, qu’ils soient rationnels ou non
Le nombre réel est un nombre représenté
Par une partie entière et une liste finie ou infinie de décimales
Les moutons en gains ou en pertes
Les bergères qu’elles soient vierges ou déjà femmes
les deux, même morts et coupés en morceaux
Font partie de cette foule infinie des nombres

Aurait-on fini cette énumération des types de nombres
Qui sont bien réels et manipulables ?
Au fond, y a-t-il des nombres non réels
Des nombres à part entière qui tirent leur existence
De la pensée sans réalité palpable ?
Eh bien oui ! Ce sont les nombres imaginaires
Et, encore, les nombres complexes
Une famille qui s’agrandit presque chaque jour
Les moutons créent des agneaux
Et les bergères deviennent mères de famille
Les prénoms y sont bizarres :
Quaternions, octavions, sédénions
Et même cyclotomiques
Mais là, ne m’en demandez pas trop
Mon imagination ne va pas jusque là
Car la complexité devient virtuelle

28/11/2018

Nombres (1/3)

L'homme, dans sa maison, n'habite pas l'escalier, mais il s'en sert pour monter et pénétrer partout ; ainsi l'esprit humain ne séjourne pas dans les nombres, mais il arrive par eux à la science et à tous les arts. (Comte de Rivarol)

 

De nos jours, tout se fait avec des nombres
Le mot n’est rien, il est fait de lettres
Et les lettres ne sont que des sons
Certes, les chiffres sont parfois écrits en lettres
Et ne constituent qu’un élément d’écriture    
Mais le chiffre est aussi un signe
Qui sert à l’écriture d’un nombre
Une lettre n’a pas de sens en soi
Tandis que le nombre engage qui l’utilise
Et peut le précipiter dans le tout ou le rien
Le chiffre a un poids que la lettre n’a pas

Auparavant la famille des nombres était simple
De zéro à neuf, puis mélange cousins cousines
On comptait les moutons avant de dormir
Et les jeunes bergères croisées dans la journée
Il suffisait de savoir compter pour vivre bien
La famille des nombres entiers naturels
Ce sont les nombres de tous les jours qui servent à compter.
Ils pèsent plus ou moins lourd et sont toujours positifs

Mais un jour la tartine tomba à l’envers
Dévoilant les cuisses de dame numéro
Alors on compara les nombres entre eux
Certains en sortirent gonflés d’orgueil
D’autres se tournèrent vers la pauvreté
Et descendirent aux enfers
De plus, il arrive qu’il y ait des pertes
Les moutons se font manger par les loups
Les bergères perdent leur virginité
Alors, d’un coup de doigt, on conçut le moins
Les nombres pouvaient devenir négatifs
On comptait à l’envers et ce fut l’enfer
Il y eut ainsi les nombres entiers négatifs
On les plaça aux côtés des nombres positifs
Créant ainsi les nombres entiers relatifs

Mais on prit conscience, en toute innocence
Que si l’on multiplie deux nombres entiers
On obtient en toute logique un autre nombre entier
Alors que si on le divise peut surgir une fraction
Le nombre ainsi trouvé devient fractionnaire
Pourquoi l’appelle-t-on couramment nombre rationnel
Alors qu’il peut être totalement irrationnel :
La moitié de cinq jeunes bergères ne peut être deux et demie
Il faudra en ajouter ou en retrancher une
Si belle ou si riche soit-elle, dans l’une ou l’autre union

 

26/11/2018

Métamorphose

Il vécut comme il mourut, prestement
En étoile filante, comme un souffle silencieux

Dieu, que d’arrogance dans cet entrefilet
Où l’homme devient singe hirsute
Baillant aux corneilles étonnées
L'histoire d’une femme délaissée

Quelle pitié que cette jeunesse enfermée
Dans un corps sans contour ni forme
L’homme saisit un bout de chair
Tâta prestement du doigt son élasticité

Puis, délaissant la fraîcheur odorante
Se tourna vers l’ombre vivifiante
Où donc vas-tu aller, toi l’autocrate
Aux poils longs et vigoureux ?

Rien ne va plus ! La mort entre
Pliée en deux, le regard avide
Elle ne dit mot, mais d’un doigt
Ouvrit le cœur de l’homme ébahi

Un filet d’air se glissa dans la fente
Ouvrant sur une couleur inédite
Le pincrol, mélange surchargé
Qui fait pleurer les yeux fatigués

Le sang gicla comme une fontaine
Mais la couleur âcre et inodore
Étalait la tache sur son corps
Et l’emplissait de dédicaces

L’être allait et venait en lui
Sans jamais s’écarter du sujet
Proche de l’impossible vengeance
Prononçant trop tôt le mot fin

Sous la lampe blafarde
Sous l’ombre vivifiante
Devant cette statue irradiante
Il perdit pied et ouvrit les mains

Plus rien ne va dans sa tête
Enveloppé de contentement
Il regarde le ciel, bouche ouverte
Et pousse le seul cri qui soit possible

« Dieu, rejoins-moi, soutiens-moi
Berce-moi, embrasse-moi
Et rend ce passage insensible
Me voici, plus vivant que jamais »

 ©  Loup Francart

22/11/2018

Un instant

Instant subtil et fragile
Que ce passage du brouhaha
Au silence intérieur

C’est un flash de compréhension
Inaccessible au moi
Qui tourne dans la tête
Comme une lune indestructible

Certes il a ce désir tendre
Du silence indéfinissable
Mais celui-ci ne vient qu’à son heure
Espérée, sans qu’on la choisisse

Il regarde en lui
Il s’efforce de nager à contre-courant
Il tente de bloquer
Cet être qui le domine

D’un coup les défenses tombent
Décollage imperceptible
Les roues quittent le sol
Il largue ce moi encombrant

État d’apesanteur, consolant
Des efforts entrepris vainement
Il passe à travers lui
Et ne rencontre rien

Mais ce rien devient tout
Et même plus encore :
Un matelas d’air frais
Qui porte l’espérance

Le noir de la conscience
Devient l’éclair de la lumière
Un flash intérieur qui survient
Sans que l’on puisse le prédire

Son carburant est l’absence
Devenue présence inconnue
A conserver les mains en coupe
Sans le moindre courant d’air

Il vole dans un azur infini
Franchit les collines
Atteint ce lieu indéfini
Qui s’ouvre sur le néant

Et ce néant devient le tout
Qui pénètre le cœur
Et rend la transparence
A ce moi qui n’est plus

Il est
En pleine conscience
Hors de toute connaissance
En plénitude du soi

©  Loup Francart

17/11/2018

Ecoulement

L’eau morte coule le long des tuyaux
J’entends son gazouillis dans le creux de ma main

Goutte à goutte le temps s’écoule

Les gens dans leur bêtise hautaine
Glissent le long des trottoirs embués
Tandis que l’œil morne des fenêtres les observe

Les vents poussent la brume et les franges des manteaux
Traînant dans la boue houleuse de nos pas

Une main fine a essuyé les larmes qui creusent l’œil
D’un geste mouillé et gémissant

Les rues fuient les rues sans se séparer
Et la nuit abat sa longue cape de deuil

L’eau ruisselle et éponge le son des pas
Et les passants cachent leur misère
Derrière un col ou sous un parapluie

Marche continuelle et pressée
Qui ne finira jamais sa danse effrénée

Le fer de mon balcon a perdu sa beauté
Comme les volets ont fermé leur bras

Les ombres regagnent la clarté enfermée
Dans le sein des flancs de ces rues
Pendant que s’étend la grande bête noire

Goutte à goutte le temps s’écoule

©  Loup Francart

13/11/2018

Libre

Libre…
Que crois-tu être ?
La pesanteur te pèse-t-elle ?
Elle te tire vers le bas
Pour mieux t’élever
Ne pas bouger
N’est pas une solution
Lance-toi derrière tes pensées
Cours après la vie
Réjouis-toi de cette attirance
Vers la lourdeur des mots
Là-bas, plus loin… Très loin
Dans la clarté obscure
Au-delà de ton entendement
En ce lieu inconnu et sans poids
Qui t’attire et te rejette
Erre l’absence des modèles
Des règles et de la morale
Oui, la vie est sans fin
Ouverte sur le monde
Ne traîne pas ce bagage inutile
Que tu t’efforces de gonfler
Laisse-le au bord du chemin
Et va libre de contraintes…
Mais ne te trompe pas de direction
Ne va ni à gauche ni à droite
Ni en haut ni en bas
Ouvre ton cœur
Et marche vers toi
Là où rien ne guide tes pas…

  ©  Loup Francart

12/11/2018

La dernière fois que j’ai rencontré Dieu, de Franz-Olivier Giesbert

« Dieu est une chose trop importante pour être confiée aux religions », annonce Franz-Olivier Giesbert dans son avant-propos. Mieux même, il énonce que « l’existence de Dieu ne se prouve pas, elle se sent ». Et il renonce à trouver Dieu dans la théologie et même l’intellect. Alors il nous raconte ses tentatives pour rencontrer Dieu : l’eau qui coule et qui emmène loin de soi, le bouillonnement de la vie, l’harmonie des après-midis dans l’infini du monde. « J’ailittérature,publication,éditeur,dieu,nature,monde cosmos retrouvé Dieu au sommet d’un tas de foin qui sentait le caramel cuit ». Mais sa première rencontre avec le Dieu d’amour se fit dans les yeux de sa mère, « le regard maternel l’emmena très loin, dans une danse effrénée jusqu’au bout de l’azur ».

Depuis lors, sa conviction est que Dieu c’est la nature. Il comprend l’antispécisme comme une égalité qui lui fait dire que la condition animale, voire celle des plantes, est égale à celle de l’homme. Il fait pour cela appel aux religions orientales, en particulier à l’hindouisme et au bouddhisme. « Le bouddhisme est un panthéisme où Dieu et tout et tout est Dieu, le bien, le mal, le vrai, le faux, l’amour, la haine, la bête, l’homme, la part d’ombre, de lumière, etc. l’hindouisme ne voit pas les choses de la même façon. L’un de ses textes fondateurs, l’Advaita Vedanta de Brahma-Siddhi stipule : le Brahman est tout mais tout n’est pas le Brahman ».

L’auteur, après cinquante pages de poétique vision du monde entre dans sa vision des religions. L’effet sur le lecteur n’est pas le même. Les poètes regretteront sa verve campagnarde. Les philosophes se dotent d'un langage scientifique, les scientifiques manque d’approfondissement. Le livre alors s’ouvre en deux : le visible évalué par la science, la rationalité, l’analyse ; l’invisible discerné par le cœur, les sentiments, la beauté et la bonté. Le pont entre les deux ? Le panthéisme qui unifie le monde et Dieu. Alors, tout au long du livre, il oscille entre les deux approches, par l’intellect et les sentiments. Il nous parle du regard d’une chèvre, Rosette, et explique que « notre moi humain nous a bouché la vue sur le monde. Elle nous a empêchés d’approcher Dieu, de le toucher et d’être en sympathie avec lui, c’est-à-dire vous, nous, tous les autres. Il dévoile des ponts entre les deux : François d’Assise, saint et voyou ; les avancées cosmologiques qui mettent en évidence que nous ne sommes pas au centre du monde.

Mais ne dévoilons pas l’ensemble du livre. Ne retenons qu’un conseil : « Merci est ma prière » (chap. 33), merci la vie, merci le monde, merci la nature. Et pourtant, « notre vieux monde vit sous la dictature de la déploration et de la mélancolie… Tout va mal, même quand tout va mieux… C’est pourquoi il n’est pas de bon ton, aujourd’hui, d’admirer, de célébrer, de dire merci.

Et dans l’épilogue, Franz-Olivier Giesbert ajoute : « Même si j’ai pensé que la mort se rappelait à moi, je suis sûr que j’ai gardé mon sourire con : alors que l’âge venait, elle ne me gâcherait jamais la vie que j’ai passé à mourir de joie en attendant de murmurer, l’instant fatal, ce vers d’Aragon qui résume notre destin ici-bas : Ce serait vivre pour bien peu s’il fallait pour soi que l’on vive… »

10/11/2018

Folie enfantine

 

L’enfant n’est qu’un adulte en formation
Ou l’adulte est-il un enfant devenu vieux ?
Nul ne le sait, ni lui ni moi
Parfois il me regarde et sourit benoîtement
Il m’arrive aussi de ne pas savoir
Où et quand je change de personnalité
D’émotion, je passe du rire aux pleurs
Indifféremment, du mal au bien
De l’impulsion à la réflexion
De l’absence à la présence
Du tout au rien, ou presque
L’enfant est là, inconnu, sans souvenirs
L’adulte n’est déjà plus présent
Il erre dans son passé sans avenir
Figé et ployé sous le harnais
Il lui arrive de se contempler
Alors il rit de ne plus savoir
Si l’endroit est bien à l’envers
Ou si la droite est en haut ou en bas
Comment délimiter ma place dans la vie
Si je ne sais quelles sont les limites
Qui me permettront de me connaître ?
À moins que ces limites soient sans fin
Ou que je sois enfermé dans le rien
Comme l’oiseau qui vole et tombe
Au moment fatidique de sa mort
Ah, je ne sais où je suis
Mais, au fond, suis-je ?
Je crois que je ne pense pas suffisamment
Et qu’à l’inverse de Descartes
Je suis sans penser, donc sans être
Plein et entier…

 ©  Loup Francart

05/11/2018

Rapace


L’œil en recherche, les mains aux ongles crispés,
Les lèvres avides et le cœur de pierre,
Il regarda passer une femme dissipée
Qui serait consentante et s’offrirait aux serres.

Elle marchait hagarde, titubant de bonheur.
Pour la première fois, elle vivait la caresse.
Elle n’avait aucunement peur du déshonneur,
Seul importait le don de soi sans maladresse.

Et la rencontre fut telle qu’imaginée.
Que dire de ces instants perçut le cœur battant.
Consentante, elle les vécut en combattant.

Elle vit l’homme rapace à terre, inanimé.
Qu’avait-elle fait, la glorieuse, en un seul geste,
Les doigts recourbés dans le regard céleste ?

 ©  Loup Francart

01/11/2018

Neige

La neige tombait dans la nuit
Et s’amoncelait devant l’huis.
La nuit avait revêtu sa robe de mariée,
Le monde en était changé.
Les rues de toujours
Devenaient les rues d’un jour.
La lumière des réverbères,
Qui, souvent, désespère,
S’estompait en l’air
Et scintillait par terre.
Seule, de mes enjambées la cadence
Troublait l’émouvant silence.
Par mes pas imprimés,
Je la sentais violée.
Mais bientôt l’aurore, enfant de la nuit obscure,
Fera rougir sa blanche parure.
Mettant au monde la lumière, elle s’éteindra
Et l’homme du jour s’étonnera :
« Quel est ce voile
Laissé par une nuit sans étoiles ? »

 ©  Loup Francart

29/10/2018

Envers ou endroit

Parfois, il s’enferme dans l’envers
Il s’y trouve bien, c’est son refuge
Devant l’ampleur du monde
Et la somme des découvertes à faire

Rien pourtant ne l’oblige
A bailler sans cesse devant ses souvenirs
Ou à errer devant son avenir

Il est bien là, las de son être
Et emprunté de sa distance
Il lève la tête quand il faut
Mais rares sont les lieux
Où le repos accompagne la fête

L’endroit pourtant est étayé
Construit selon les règles de l’art
Trop bien pour lui, sans doute
Mais c’est en fait une lassitude interne
Qui disjoncte la machine
Et la rend si instable et imprévisible

Il cherche le juste milieu
En équilibre sur le pic, mort ou vif
Rien ne va plus !

Il s’enfuit en courant
Vers le lac sans fond
Dans lequel l’ombre ne pénètre pas

©  Loup Francart

19/10/2018

Danse sans oubli

As-tu un souvenir qui ne vient pas à toi
Quand dans la nuit noire souffle le vent du soir ?
Connais-tu la joie et l’ivresse de la foi
Quand balance l’encensoir et dort le reposoir ?

T’arrive-t-il parfois d’entendre l’air narquois,
Quand le ciel rejoint la terre et gèle la carrière ?
Vois-tu les villageois danser comme des siamois
Et dresser des barrières pour pleurer sans manière ?

La coupure de la glace à la fontaine de la place
A fait fuir l’angoisse et les idées fugaces.
Danse le guilledou et embrasse les cous.

Dans l’aigreur du froid et la tristesse de l’effroi,
Tu découvres l’endroit où tu connus François,
Le vagabond sans tabou, amateur d’igloo.

Danse encore une fois.
Mais n’oublie pas toutefois,
Le miséreux qui larmoie
En cherchant un emploi.

  ©  Loup Francart

15/10/2018

Entre dans la danse

Entre dans la danse de la vie
Ne te laisse pas écarter de l’amitié
Ne dédaigne pas la caresse d’une main
La douceur des baisers célestes
L’entente des chants du monde !

Vois la chaleur des couleurs
Et l’ombre portée par les souvenirs
Que les cris des présents n’écartent pas
La faiblesse de ceux qui ne sont plus
Que jaillissent sans vergogne
L’ivresse des profondeurs
Où le vide emplit ton être
Et court dans tes artères
Pour danser sans cesse la vie

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Non, ne te retire pas de la danse
Au contraire, mène la danse
Mets ton cœur en danse
Et danse nuits et jours
Jusqu’à la danse funèbre
Qui te prendra un jour

Adieu le bal des vivants,
Vers quelle nouvelle danse allons-nous ?

 ©  Loup Francart

12/10/2018

Belle

Elle était belle comme la mort.
Elle connaissait la vie,
Mais préférait l’inertie
Et les lieux insonores.

Elle souriait sans cesse,
Courait d’un bout à l’autre.
Elle faisait des apôtres,
Prodiguant ses largesses.

Elle pouvait pleurer aussi.
Elle se terrait dans l’ombre,
Cachée dans les décombres,
Occultant sa gaucherie.

poème,écriture,poésie,littérature

Jusqu’au jour où elle s’anima,
Sortit de son silence,
Fit preuve de magnificence
Et, subtilement, le fascina.

Alors l’air devint plus léger,
Les cœurs moins lourds,
Les corps de velours,
L’intimité protégée.

Il se présenta sans honte,
Raviva les désirs,
Restaurant le délire
Et lui bâtit un conte.

Elle était belle comme la mort.
Elle connaissait la vie,
Mais préféra ses envies
Et la plénitude du matamore.

 ©  Loup Francart

06/10/2018

Jardin public, à Laval

Le soleil est là. Enfin !

Tout d’abord, le bourdonnement :
Une multitude de sons amalgamés les uns aux autres
Qui forment une bouillie épaisse et pâteuse
D’où sort parfois une voix ou un cri

Puis, le soleil, chaleureux, accueillant
Trop, trop chaud, trop brillant, trop puissant
Peu restent en sa présence, préférant l’ombre
Bienfaisante, enjôleuse, caressante

Enfin, le vif, le cru, le rebelle, encombrant
Telle la verdure qui descend des rangs carrés
Ou ces deux amies, bavardes et inconscientes
Du calme qui émane du jardin encerclé

Et, encore un fait, les ombres sous les arbres
Fantômes avançant parcimonieusement comme flottant sur les eaux
Et contemplant silencieusement l’épaisseur de l’après-midi

L’automne cette année n’avance qu’à petits pas
Préférant se cacher au fond des frondaisons
Et se dire : « Encore un rayon ou deux ! »

 

02/10/2018

Coup de froid

Il sortit, les pas sur la tête
Une bouche de chaleur dans l’oreille
Sans bruit ni trompette
Il émergea d’un tunnel sans fin
La rosée sur le nez
Appesanti par un silence fiévreux
Il se sentit extrait d’un coffre
Avec retour vaniteux à la lumière
Pfuit… Expulsé comme un pet
Et remisé sur la place publique
L’œil encore chavirant
« D’où sort-il celui-là ? »
S’exclama un gamin passant par là

Il est vrai qu’il ne sait
Cela tape dans sa tête
Comme un tambour entre deux immeubles
Suivi d’une claque, puis d’une caresse
Il ouvre avec patience les yeux
Déclenchant des ronds bronzés
Et des notes cristallines
Il cherche le cœur entre ses souliers
Et le remet à sa place
Le temps est arrêté dans sa fuite
Il surnage sur l’horizon
Flottant dans l’air vaporeux
Il contemple le visage de l’aimée
Derrière sa toile d’embaumement
L’œil ouvert, souriant et pâle
Comme une biche en forêt
Ou un pousse-pied en mer
Il n’a plus à, sans cesse, se grandir

Le sommeil se glisse en lui subrepticement
Et envahit son personnage
Il part, en toute tranquillité d’esprit
Dans les collines du rêve éveillé 

  ©  Loup Francart

28/09/2018

Équerre

L’eau seule est d’équerre
Avec la verticalité du rêve

Le plan et … le vide
Où donc as-tu tenté ta chance
Dans l’eau qui glisse
Ou l’ombre qui se dérobe ?
Chaque ondulation te rapproche
Le saut se révèle-t-il ?

Ce n’est pas encore le moment
Laisse-toi charmer par l’étincelle
Enrobé de lumière, le soir
Dévide sa prestance et son souffle
Enfoui dans l’eau, perdu
Je contemple le coucher
Comme un gamin ensorcelé
« Approche… Approche… »
Mais la brise te pousse
Et t’empêche d’atteindre ce mur
Qui sépare la réalité du rêve

Le poids de ton corps dans l’eau
Ou la poussée de l’imagination
Qui te fait bondir
Au-delà du paysage
Et t’entraîne sur la pente
Des images qui défilent
Une à une d’abord
Puis ensemble, mêlées
Enlacées, superposées
Jusqu’à la rupture mentale

Parfois les gouttelettes te voilent
L’attrait du vide attirant
Mais t’empêche de dépasser malgré tout
Le trait de l’horizon
Qui ferme ton existence
Et t’ouvre à l’inconnu
Au sans nom
Aux formes doucereuses
A l’angle de tes remords
Et l’arrondi de ta chute

Tu passes la tête
Sans vraiment jeter un coup d’œil
Ton corps frissonne d’effroi
Ton cœur se soulève et pleure
Mais tu ne peux t’empêcher
D’éprouver le pincement
Du bonheur interdit
Et cette délicate assurance
Que donne le manteau bleu
Des jours sans nuages

Tu es prêt à sauter
A franchir la ligne de l’horizon
Pour t’envoler hors de toi
Dans l’azur libre d’objets
Peuplé de rêves et d’idoles
Tu quitteras le liquide froid
Pour l’air échaudé du virtuel
Et peut-être même
Pour l’indescriptible

Ce sera la fin
Dans la joie folle
D’une vie bien remplie
Où les paysages sont mouvants
Et les baisers si doux

  ©  Loup Francart

25/09/2018

Pierres

Pierres et silence…
Un rapace se jette du ciel
L’insecte sous la feuille
Cache ses pieds multiples
L’eau a déserté l’espace
Qui se fait lourd aux pas

Rien ne bouge
Seule la tête ronronne
Tournant dans le vide
Hébétée par le poids
D’une existence réduite
Au cri obsédant de la buse

L’avancée ouatée craque
Sous la chaussure amortie
Le bois et le feuillage allégés
Fouettent ton passage taciturne
Le lézard te regarde
Et disparaît dans son trou

L’automne pourtant est là
La lumière s’estompe
Les bruits s’étouffent
Les moteurs se font discrets
La dormition programmée
Berce l’irréalité de la présence

L’homme n’est rien
Au sein du minéral

 ©  Loup Francart

21/09/2018

Cloche

Quelle cloche !
Pourtant mieux vaut se taper la cloche
Plutôt que de plonger sans cloche
A l’ombre de l’horticole cloche,
Coiffé d’un ridicule chapeau cloche
Et se pavaner de sa noblesse de cloche !

Face à une courbe en cloche,
Le mathématicien utilise la cloche à oxygène,
Quitte à se faire sonner les cloches,
Pendant que d’autres déménagent à la cloche de bois,
Préférant passer pour une cloche.

Oui, qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son.
Il n’est pourtant pas cloche à ce point,
Aurait-il perdu sa cloche à oxygène ?
Mieux vaut pourtant entendre un autre son de cloche.

Faire une bonne cuisine sans cloche
C’est sans doute avoir la cloche fêlée.
Seules, les femmes aux jupes cloche
Sont capables de faire fondre leur cloche.

Mais… Qui donc n’a pas la cloche fêlée ?

 ©  Loup Francart

15/09/2018

Délivrance

Il est là, assis, tranquille, en idylle
Insensible aux mouvements du monde
Le cœur ancré dans la légèreté velue
De son moi proéminent et chéri
Il rumine sa faconde, disserte
Raconte par le menu les détails
De son errance insolite parmi les étoiles
Il exalte le bien-vivre et la rondeur
Et passe parmi les hommes
Sans même les regarder

Soudain, un trou d’air, une dépression
Qui bloque son cœur et ouvre l’être
C’est une explosion sans précédent
Qui s’engouffre dans son enveloppe
Et déchire la façade de l’apparence
Les lambeaux de souvenirs s’échappent
Soulevés par le vent de la déraison
Ils tombent à terre, desséchés
Comme la mue fripée du serpent
Le vent grossi, c’est une tempête
Qui balaie les poussières collantes

Gratte, gratte encore et toujours
Ces déchets mémorables et sordides
Jusqu’à la transparence immaculée
Qui se cache au fond de ta créature

Délivre-la de ses concessions
Et affiche ta désinvolture aux dieux
D’une société ignorante du frisson
Qui te glace chaque matin
Et t’enferme le soir, perdu
Ouvert à tout vent, nu
Devant ton émerveillement
D’être présent et vaillant
Pour contempler la beauté
La vérité et la bonté
D’un monde où le vide
Devient le plein, empli de rien
Sauf de chaleur poignante
Qui étreint le cœur, dilate l’esprit
Écrase le corps, le laissant exsangue
Mais délivré du poids de l’existence
Et heureux de n’être rien

 ©  Loup Francart

11/09/2018

Existense

 

Il était là et mourait de ne pas savoir.
Mais que cherchait-il encore à connaître ?
La vie, seule, qu’il chérissait, sans jamais pouvoir
En être malgré tout le véritable maître.

Oui, la vie ne lui offrait plus assez d’espace
Pour expérimenter la connaissance acquise.
Il naviguait sans oser regarder en face
Les trésors chinés et les rêveries conquises.

Il savait que la vie n’est affaire que de temps ;
Que quel que soit le lieu, elle s’appuie sur la durée,
Et que l’existence fonctionne à contretemps,
S’amenuisant sans même pouvoir murmurer.

Alors il fit aux dieux ce constat sauvage :
« Vous m’avez doté d’un immense territoire.
Je termine sur un glaçon sans rivage
Et me noyer devient ma seule échappatoire ! »

 ©  Loup Francart

01/09/2018

Crainte

Il était là et mourait de ne pas savoir.
Mais que cherchait-il encore à connaître ?
La vie, seule, qui embrasse tout le pouvoir
Et qui déploie l’échelle au-delà de son être.

A certains moments, il sentait monter en lui
Le vide de l’espérance et la part de rêve
Que tout homme doit affronter sans sauf-conduit.
Mais il ne pouvait laisser seule son Eve.

Alors il tendait les bras vers sa bien-aimée.
Il la couvrait de caresses amènes et prodiges
Et lui dévoilait la cause de ses vertiges.

Elle ouvrait ses grands yeux et ses lèvres enflammées.
Lançait son cri de désespoir, avec crainte,
Et refusait la joie d’une tendre étreinte.

 ©  Loup Francart

29/08/2018

Haïku et plus

 

Il tendit la main

Elle tressaillit sous l’invite

Ils partirent à deux…

 

L’esprit libre

Le cœur ouvert

L’âme sereine

 

Jusqu’au dernier jour

Ils "nuagèrent" dans le bonheur...

Finir, œil dans l’œil !

 

 ©  Loup Francart 

 

 

23/08/2018

Glissade

Se lever dans la nuit et errer dans ses pensées
Jusqu’à l’instant attendu, coupant comme une lame…
Lente glissade du corps hors de ses parois…
Laisser le foret creuser le trou de l’absence

C’est une rupture imperceptible et volage
Un vol diaphane de libellule dans la lourdeur de l’air
Il faut le saisir avant qu’il ne s’enfuie
Et tendrement enlacer ce rien qui brûle l’être

Entrer en vibration, c’est une aventure
À renouveler chaque matin, sans fard
Se dégager du poids des miasmes éthérés
Et ouvrir le corps et le cœur à l’imprévu

Elle entre par une fuite dans la carapace
Un petit bruit proféré sans attention
Qui doucement, emplit l’être d’effroi ou d’ardeur
Le dedans devient le dehors, sans effort

C’est un bain rafraîchissant d’apesanteur
Qui transporte l’être vers le plus être
Un coup de vent qui balaye l’occupant
Et le rend craintif comme une biche

Au cœur de ce rien qu'est l’humain transi
Surgit l’être isolé dans sa magnificence
Revêtu de sa robe de gloire immaculée…
L’âme est dévoilée… Incline la tête…

 ©  Loup Francart

16/08/2018

L'incertitude

L’incertitude est cet épais brouillard
Qui vous prend à la gorge sans préambule
Et vous plonge dans une mélasse opaque
Alors que vous ne pensez qu’à elle

D’où vient-elle ? Vous ne savez
Vous ne connaissez que le dernier maillon
Celui d’une fausse origine de la frappe
Une cuillerée de confiture noire
Qui tombe dans votre gamelle
Sans crier gare ou même crier tout court

Elle est là, vous n’y prenez pas garde
Elle s’installe tranquillement dans votre tête
Puis produit sa première étincelle
Comme un caillou qui tombe à l’eau
Et qui éclabousse votre pré tranquille
Les ondes s’étalent avec lenteur
Débordant du cercle habituel
Et gagne peu à peu votre inconscient
Venant frapper le rivage obstinément
La plage s’élargit, découvrant le sable fin
De votre égo vulnérable et dénudé

Apparemment vous marchez normalement
Mais le feu est subtilement entré en vous
Et vous lèche la pointe des pieds
L’incertitude vous ronge et vous broie
Elle est entrée dans la place
Par où ? Vous ne savez
Pour combien de temps ? Ignorance
Avec quels dommages ? Tout s’écroule
A la place du cœur une épine
Le lac des pensées devient un torrent
Qui bouleverse tout sur son passage
Si encore vous saviez d’où cela vient
Qui s’introduit dans votre pré carré
Ce qu’il sait et ce qu’il ignore
Rien ! Le blanc opaque et propre
D’un drap qui sèche sur une corde

Parfois l’incertitude n’est pas méconnaissance
Elle est plus subtile et dangereuse
Et empêche la résolution attendue
Que faire ?
Penser l’ignorance est une chose
Décider d’agir est une autre
Vous vous réfugiez dans votre immobilisme
Vous vous y complaisez benoîtement
Et votre corps lui-même refuse toute avancée
Vous tendez le bras, mais jamais entièrement
Vous touchez l’objet de l’incertitude
Mais refusez de le serrer entre vos mains

Alors votre être dévoilé et pantelant
Offert à la vindicte populaire
S’offre en sacrifice suprême
Crucifié dans l’indifférence
Meurtri pour de longs mois

L’incertitude est un piège mortel
Qui entraîne aux confins de l’enfer
Mais qui peut devenir également  
Une étrange voie de guérison
Pour celui qui se laisse porter
Et plonge au-delà de l’égo

Dépouillez de vous-même
Vous errez dans un paysage sans décor
Quand, d’un mouvement impulsif
Le silence s’installe et vous broie
Le monde s’immobilise
Vous n’avez plus rien
Et ce rien devient tout
Vous n’êtes plus là
Puisque tout est là
La puissance créatrice
Vous rend inatteignable
Vous n’êtes rien
Et vous devenez tout

Va où t’entraîne l’incertitude
Mais reste droit et souple !

©  Loup Francart

15/08/2018

Après les moissons

Dans la nuit, j’ai vu
Des monstres d’acier
Avaler les champs de blé
Et laisser le chaume nu.

Comme des vers luisants
Ils allaient dans la nuit obscure
Chercher tout ce que procure
Les moissons du bon vieux temps.

De petites larves sombres
S’affairaient pour recevoir
Leur pitance en avoir.
Ils allaient tels des ombres.

Puis la pluie est venue
Comme la mort étend sa main
Et les rigoles du chemin
Se sont élargies, nues.

Il a plu tous les jours.
Il pleuvra toutes les nuits
Jusqu’à ce que s’ensuive
La naissance du blé, toujours.

Ainsi l’homme attend
Les monstres sont rangés
Pendant que les blés
Sont à la merci du temps.

Dans le ciel moutonnent
Quelques nuages irascibles
Qui, espérons-le, ne serviront pas de cible
Aux piétons qui randonnent.

Le temps s’est fait meilleur.
Souvenir des belles moissons d’antan
Où le ciel d’azur n’était jamais blanc
Et où les foudres de Zeus vont ailleurs.

©  Loup Francart