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11/05/2020

Énergie sombre

Sociale, la nature se cherche
Tout s’attire l’un vers l’autre
Le soleil attire les planètes
Les astéroïdes ce qui passe à leur portée
L’autre se laisse hypnotiser,
Captiver, emporter, avaler
Et pousse un soupir de soulagement
D’être ainsi dissous dans l’atmosphère
D’un plus grand que soi
Même si ce kidnapping est mortel

Si la nature poursuivait son œuvre
L’univers rétrécirait, se condenserait
Deviendrait une balle propulsée
Si massive qu’elle grossit sans cesse
Si lourde qu’elle s’écrase elle-même
Si dure qu’elle tranche même
La trame de l’espace-temps

Alors il fallait un contrepoids
Pour s’opposer à la gravitation
Sinon l’univers ne serait plus
Pas trop d’opposition tout de même
Il ne fallait pas semer à tout vent
Les céphéides permettent de mesurer
L’effet sur les étoiles grâce à leur oscillation
Mieux même les naines blanches
Permettent de mesurer l’accélération de l’expansion
De l’univers et la fuite des galaxies

Ainsi est née l’énergie sombre
Explication dont on ne sait pas grand-chose
Sinon que c’est une force antigravitationnelle
Qui repousse la matière au lieu de l’attirer
Une énergie qui s’oppose à la gravité
Qui n’a ni forme ni force d’attraction
Et qui entraîne le cosmos vers une fuite éperdue
Dans les immensités glaciales d’un cosmos libéré
Des cailloux gisant au fond de ses poches

©  Loup Francart

09/05/2020

Matière noire

Où es-tu ? Mais où es-tu ?
Existes-tu réellement ?
Je ne peux te palper ni même te voir
Ou encore te deviner en louchant
Rien, je ne sens rien et pourtant tu es
Étoiles et galaxies restent bien là
Soumises à la gravité, immuables
Pendant qu’une autre matière
Erre sans relâche dans le cosmos
Courbant l’espace et le temps
Comme les astres palpables
Mais qu’es-tu, toi dont on ne sait rien ?
Partout où la matière existe
Ta matière noire est présente
Et en très grande quantité
Cinq fois plus que celle que nous voyons
Serais-tu espiègle, petite fille invisible
Jouerais-tu à cache-cache
Pour faire peur aux humains ?
De quoi es-tu faite, la nouveauté ?
Personne ne le sait
Sans ombre, tu cours après la vie
Et la serre fortement entre tes particules
Pour empêcher la matière de fuir
Neutrons, protons et électrons
S’entassent dans l’immensité
Retenus par ce noir imperceptible
Qui n’est pas, mais qui existe
Sous peine d’effondrement de l’univers
Et donc de nous-même également
Qui regardons de l’intérieur
Ce qu’il est impossible de voir
De voir de l’extérieur
Grâce aux miracles des mathématiques
Qui conçoivent le monde en chiffres
Et reconstituent l’univers en pensées
Le zéro engendre le un
Le un engendre l’infini
L’infini est plus que le tout fini
Où va-t-on maintenant ?

©  Loup Francart

06/05/2020

Cauchemar à trois heures

Devant toi je suis
Mais que signifie être ?
Un battement du cœur
Un cri dans la nuit
Le souffle du bonheur
Le dégonflement d’un pneu
La chouette dans la nuit
Et puis, très vite,
Le ronronnement de l’autre
Le social indéfendable
Les pleurs des enfants
La plainte des vieillards
Les bruits estompés
Les chuchotements des femmes
Les clameurs des perdants
Les déflagrations des armes
Il existe pourtant des sachets
Qui enrobent les oreilles
Et te ferme dans la boite
Pour le meilleur et le pire
D’une vie d’adulte ramolli
Lève-toi homme mort
Crie ton innocence
Et fuit la société des hommes
Pour embrasser celle des anges
Ou des démons poilus
Au pieu… Adieu… A Dieu…

©  Loup Francart

02/05/2020

Rêve à venir

Il sortit vêtu de sa seule curiosité
Ferma doucement la porte et s’enfuit
Rien n’aurait pu l’obliger à rester là
Dans ce château de cartes croulant
Où se joue le destin de chaque homme
Libre, il marcha droit devant lui
Sans même un regard de côté
L’eau était là, grondant dans le noir
Comme une furie, elle l’appelait
« Viens me voir, je te chéris
Et aime caresser tes cheveux d’or
Chevauchant les fils d’Ariane
Tu t’agrippe à ton image fragile
Sans comprendre l’importance
Du choix que tu fais et proclame »
Il poursuivit son chemin, courbé
Remarquant le renard argenté
Buvant l’air chargé de volutes
Croisant les pieds sous la table
Il titubait lourdement, maladroitement
Mais avançait encore, le cœur ouvert
Osant voir au loin son avenir
Celui d’un homme aux abois
Ivre du bonheur de la liberté
Plus rien, plus d’esclavage
Il entra dans l’horizon quantique
Transpercé de particules fines
Passant entre ses dents
Filtrées de pensées abstraites
Puis quitta progressivement
Le monde de la matière
Entrant dans la semoule
Des pensées obscures et délicates
Là où l’homme ne vit qu’une fois
Enfin, devint transparent
Et monta vers les cieux
Dans la clarté éblouissante
Du vide quantique
Et de l’ombre divine

©  Loup Francart

28/04/2020

Où vais-je ?

Dieu est en moi

pour que je sois en lui

et devienne créateur.

Mais...

Entre en toi-même

pour ne plus être toi-même...

©  Loup Francart

 

27/04/2020

Soupe quantique

Le vide est plein, dit-on, le plein est plein de vide.
Que pèse la matière devenue énergie ?
Trous noirs d’où jaillissent des fontaines avides
Qui croire dans ce jeu du chat et de la souris ?

Matière et énergie forme le mouvement,
La lumière est à l’origine de l’univers.
Où se trouve la cause de ce débordement ?
Qui a fait naître l’envers de son contraire ?

Le bout du doigt de Dieu tend la main à l’inconnu,
Un devenir plaisant et sans cohérence
Qui devient foyer d’êtres devenus codétenus
Pour le meilleur et pour le pire en apparence.

Le créateur contemple son œuvre à rebours.
Il espère gagner leur confiance inquiète
En leur donnant conscience de ce qui les entoure
Mais qui ne sont que des restes pour les pique-assiettes

©  Loup Francart

24/04/2020

L'escroc

Qu’es-tu, toi l’escroc aux doigts gantés ?
Qui t’a donné le pouvoir d’être maître ?
L’or et la pluie ne te suffisent plus.
Il te faut également les cris du coq,
Le hurlement des chats et des perroquets
Pour repartir satisfait de ton entrée
Et fermer la porte à ton imagination.
Dans le noir tu fouilles la cave et le grenier
Sans trouver ce que tu cherches
Et pourtant tu sais qu’il est là
L’objet de tes rêves et de ton désespoir.
Avance encore dans l’ombre froide,
Cours au chevet du malade alité,
Ouvre l’œil, plie la jambe et agenouille-toi.
Rien ne fera de toi le pickpocket zélé
Qui s’engouffre dans la maison
Sans connaître même son adresse
Et ressort le sac vide et l’épaule creuse.
Tu as perdu la mémoire et ploie sous le joug.
Avance encore un peu tes pieds
Et cours dans le jardin obscur.
Te voilà devenu l’escroc le plus ailé
Sans connaître même la parade
Aux bousculements des flots.
Englouti, tu regardes froidement
Le raz-de-marée en furie.
Qu’es-tu, toi l’escroc aux doigts gantés…

©  Loup Francart

20/04/2020

Clignotement

La longue main de mon regard au poing fermé dans la nuit noire
S’est avancée derrière la vitre pour se fermer sur l’obscure froideur
De la rue ouatée et transparente. À l’abri de l’enceinte linéaire
Du verre mobile et ondulé, j’ai tâté chaque recoin d’ombre
Comme un lac profond et frais dont on cherche vainement le fond.
J’ai caressé le velours frissonnant du halo de lumière,
Accroché en guirlandes éphémères sur les murs tièdes.
J’ai arrondi le creux de ma paume sur la boule de chaleur
Qui se creusait un nid douillet dans la courbe du globe oculaire,
Penchant la tête de côté pour bien me pénétrer de ce contact bienfaisant.
Et j’ai voulu aller plus loin, regarder les étoiles, les effleurer,
Comme, enfant, j’essayais vainement d’atteindre, à la surface du lac,
Les nombreuses lentilles d’eau qui dérivaient en étoiles marines.
Mais la joue écrasée, aplatie, sur le verre froid,
Je dus tellement tendre le bras, la main et les doigts,
Qu’ils tremblaient à l’instant de caresser la petite lueur.

Voilà pourquoi les étoiles clignotent à l’horizon.

11/04/2020

Le coco confiné

L’avez-vous vu ?
Il est arrivé il y a quelques jours
Le co… Le coco… le corona…
La nana… Non , la carina…
Oui, la cocotte l’a cuite…
Mais, de cui s’agit-il ?
Ben quoi, du cocu…
Cui nous a été refilé par les cornistes
Celui qui a des corps aux pieds
Et des trompes dans les oreilles…
Non, je parle du coco…
Du corona … du cornard
Celui qui cocotte des pieds
Et qui m’a filé son virus
Au dernier virage de l’hiver
Tous nous avons fui
Dans notre boite à puces
Et le puceau a tourné en rond
Pour chopper les retardataires
Alors les comptables s’y sont mis :
Quelques dizaines contaminées
Qui proliférèrent comme des lapins
Et devinrent quelques centaines hospitalisées
Et, malheureusement quelques milliers décédés
Non, c’est l’inverse, les décidés sont moins de dix
Seuls, les centaines sont en hostilité
Non en hôtellerie… heu… sûrement en hôpitaux
Et les milliers restent chez eux, cons finis
Non, confits… heu… confinés…
La grande majorité n’a rien, rien de rien
On ne les voit plus
Juste un peu de fumée sur leur cheminée
Certains disent qu’Il faut se tenir chaud dehors
Pour qu’il meurt dedans
Enfin quelques-uns grelottent
En attendant les têtes… Heu, les tests
Non, le testament de la vieille tante…
Ah, je ne sais plus, tous parlent
Les compatis attendent la fin les confettis
Non, du boniment sur le confinement
Enfin, bref, des vacances dehors
En laissant leurs virus dedans
Hum… Je crois plutôt que c’est l’inverse
Virons le dedans et confiez-nous le dehors
Ou… plutôt… prenons les vacances sans lui

Le covid n’a rien puisqu’il est vide
Le corona est couronné et vaut de l’or
Mieux vaut mourir du corona
Qui pèse son poids d’homme
Que flotter dans l’absence de vêtement
Même s’il arbore le 19

09/04/2020

Premiers rayons... de confinement

L’herbe se replie,
Les hannetons font des loopings,
Les rayons du soleil t’assomment,
L’eau coule dans ton cou,
Les dieux te réchauffent
De leurs ailes protectrices

Sentiment d’irresponsabilité
L’air devient transparent
Je vois l’ombre des filaments
S’entortiller autour des portes
Empêchant leur ouverture

Adieu la vie, tout devient blanc
Seule la tête fonctionne encore
Cahin-caha, à la va-comme-je-te-pousse
Pour le bonheur des vers de terre
Qui s’inclinent dans le crépuscule

Oui, le confinement est finement rond
Il t’englobe de nuages fiévreux
Et t’encourage à dire à tous :
« Les monts sont comme les fleuves
Des outres pleines d’absence
Que les enfants percent d’un coup d’épingle… »

©  Loup Francart

05/04/2020

La vie

Une vie, quelle aventure !
Au début, toujours chercher ce que l’on n’a pas,
Gloire, amour, richesse, beauté, notoriété,
Records, créativité, connaissance ou paix,
Sans jamais se lasser ni se laisser éconduire ;
Ensuite jouir quelques temps, de satisfaction, puis d’ennui ;
Enfin chercher toujours, au-delà de nous-même,
Dans les plis du temps et l’espace des pensées,
Un autre moi que l’on appelle le soi
Qui, un jour, deviendra le Tout ou le Rien,
Selon la façon dont on a vécu sa vie.

©  Loup Francart

01/04/2020

Premier avril

Comme un poisson dans son bocal
L’être s’étouffe du peu d’air frais
Que lui offrent les thaumaturges
Comment pousser ces murs de verre
Et dévoiler la fraîcheur de la nuit ?
L’ange passe par là et tend la main
L’être part sens dessus-dessous
Dans une valse lente et pimentée
D’étoiles et d’astres tourbillonnants
C’est le premier avril, jour des poissonniers
De papier et d’amour des enfants
Pour dire aux adultes leurs rires

 

27/03/2020

En toute liberté

Les animaux sont en vacances
De mémoire d’homme, cela fait longtemps
Qu’une telle chose ne leur est pas arrivée

Hier même, je courais dans la campagne
Lorsque je vis un chevreuil curieux
Sortir la tête d’un champ de colza
Me narguer à deux longueurs d’humain
Puis décider de bondir au-dessus de la route
D’un envol majestueux et puissant
Pour gambader dans un pré à l’herbe rase
Et poursuivre sa route paisiblement
Sautillant du derrière comme un elfe
Semblant me dire à voix basse :
« Ne bouge pas, le virus est près de toi ! »

Ce matin, au lever du soleil
Un étourneau est venu nous réveiller
En cognant au carreau effrontément
Nous crûmes d’abord qu’il dormait encore
Mais il recommença plusieurs fois sa demande
Montrant sa tête environnée de plumes
Dans une effervescence de bon aloi
Osant même, d'un clin d’œil espiègle
Nous dire avec douceur : « Viens, viens
Il est temps de se lever, le soleil est là ! »
Alors nous nous sommes redressés et il partit
À tire d’ailes dans le froid de l’aurore

Même les vaches n’ont plus le même regard
Nous ne les intéressons plus
Elles ne vous jettent pas un demi-œil
Ne s’intéressant qu’aux pissenlits doucereux
Trempant leur museau dans l’eau sale
Du chemin boueux sur lequel vous vous trouvez

Il y a trois jours, je longeais le chemin
Autorisé par un papier plié dans ma poche
Lorsqu’une belette se précipita sous mes pieds
Soit elle ne m’avait pas vu ou entendu
Soit elle montrait son peu d’attention
Aux humains inoffensifs en ces jours de vacances
Elle disparut prestement lorsqu’elle comprit
Qu’une chaussure est portée par un homme

Oui, c’est la grande décontraction
Chez les animaux de toute taille
Étonnés du silence impressionnant
Qui règne sur une campagne déserte
Laissant libre cours aux espiègleries
Dans le dos des humains qui ne disent mot

©  Loup Francart

24/03/2020

Confinement

Plus un mouvement
Le temps s’est arrêté
L’humain n’ose bouger
Seule la nature poursuit
Sa ronde, impavide

Plus un bruit
Les mouvements ont cessé
L’homme ne se déplace que dans sa boite
Seuls les animaux vivent
Leur vie, étonnés

Plus un chat
La guerre a mis fin
A la lutte finale
Seuls les enfants rient
et impriment des mots, réjouis

Plus de caresses
L’apathie s’est installée
Le cerveau est embué
Seul le silence règne
Sur la campagne, étouffant

Plus même un regard
Chacun contemple le vide
Et rêve au temps bénit
Ou seules les paroles emplissaient la rue
Et courraient entre les maisons, libres

Aujourd’hui, plus rien n’atteint
L’humain cloitré dans sa boite
Il n’ouvre plus la bouche
Seul, il regarde le ciel et murmure :
Qu’avons-nous fait au Bon Dieu ?

 

22/03/2020

Entends-tu ?

Qu’ouïs-je ?
Non, je ne ouïs rien.
Je n’ouïs que le silence.
Et l’autre, me ouït-il ?

Jouis-je ?
Oui, je jouis de tout.
Je jouis de l’absence.
Et l’autre jouit-il ?

Ouïs-je la jouissance
Qui coule dans mes veines ?
Oui, je m’épanouis
Sans même m’évanouir.

Mais non, le béni-oui-oui
Ne peut jouir sans ouïr.
C’est inouï ; il se réjouit
Et… S’enf(o)uit…

©  Loup Francart

20/03/2020

L'impudence

Ma joie est dans l’ignorance
Mon bonheur s’épanche dans l’inexpérience
Je cherche ce que j’ignore, sans méfiance,
Puis, je découvre l’inexistence…

Je fouille donc les abîmes de l’incompétence
Et reviens orné des palmes d’une nouvelle naissance
Fort d’un plein auparavant sans nuance
Revêtu d’indécence et de munificence

Quelle jouissance, douce et bienfaisante
Que cette crème onctueuse et séduisante
Qui éblouit le monde et sa croissance
Et le rend vulnérable à la puissance

Je caresse alors le squelette de la déliquescence
Et l’emmène aux sommets de l’inconnaissance,
Ce lieu dont peu connaissent l’existence
Et qui conduit à l’évanescence…

Depuis, j’erre dans la redondance
Je contemple enfin la transcendance
Dans laquelle l’ascendance
Devient connaissance et surabondance…

©  Loup Francart

14/03/2020

L'univers

U… un… uni… hiver… ver… vers…

Cela commence par la vingt-et-unième lettre.
Pourquoi n’est-ce pas la première et la dernière,
Un contenant empli de finis, lui-même infini,
Le mystère tenu dans la main de Dieu,
Réfugié dans la chaleur de son être ?
Ce n’est qu’une courbe recueillant le monde,
Cette goutte de parfum qui résume
La petitesse et la puissance rassemblées,
Féminin et masculin unis en un tout
Qui gonfle la poitrine du souffle de l’Unique.
Il pourrait être clos, un O parfait,
Un zéro empli de lui-même,
Gonflé d’importance, vide d'absence.
Mais il reste ouvert. Sur quoi ?
Nul ne le sait pour l’instant.
Il se construit sans cesse, de néant,
Pour devenir le monde, le Tout,
Seul dans le rien, caressé par le doigt
De Dieu, une larme d’attendrissement
Qui soulève les corps, les cœurs et les âmes
Et qui reposent dans le souffle divin.
Mais qu’il fait froid en son absence.
L’hiver éternel s’étend vers l’inimaginable,
Un au-delà incertain, une glu sans fond
Où grouillent les vers, vraie face de la matière,
A l’origine de l’espace et du temps,
Branes, filaments, cordes sous-tension
Qui semble nous dire que l’univers n’est pas seul.
Ferait-il partie d’un ensemble plus large
Dans lequel les Big-bang se succèdent ?
Seuls les poètes peuvent concevoir un tel fait,
Ces vibrations parvenant à l’oreille de Dieu,
Le chatouillant pour lui rappeler la solitude
Des choses et des hommes sans son souffle
Qui fait inexorablement monter les âmes vers lui.
Voilà pourquoi l’univers ne peut être
Ni ouvert, ni fermé, un monde replié sur lui-même,
Aspirant à l’union dans la main du destin…

11/03/2020

Trou blanc

 

Le trou noir n’est noir que parce qu’il est invisible
On peut penser que le trou blanc est observable
Pour l’instant, personne n’en a vu, même pas un

Le trou noir est un avaleur de matière usée
Une sorte de poubelle pour étoiles fatiguées
Le trou blanc expulse de la matière renouvelée
Après un passage dans un trou de ver
Une sorte de tambour de machine à laver

Mais alors puisqu’il y a de la matière noire
Peut-on imaginer de la matière blanche
Pourquoi pas, mais elle aveugle tellement
Qu’elle est impossible à voir à l’œil nu
Doit-on la munir d’un cache sexe pour l’apercevoir
Mais la matière aurait-elle besoin de sexe
L’antimatière serait-elle de la matière inversée
Mâle ou femelle ou encore femelle ou mâle
Ce trou est-il une matrice, un utérus géant
Permettant la renaissance du noir en blanc
S’emparant d’une matière à bout de souffle
Et la régénérant en la dotant d’un nouveau souffle vital

Ainsi l’univers serait éternel, se ressuscitant sans cesse
En transformation permanente, toujours neuf
Un soleil impérissable dont le prestidigitateur
Serait un Dieu au souffle éternel
Créant le mouvement qui lui-même crée
L’espace, le temps et la matière

Alors laissons-nous entraîner par son haleine
Et, léger comme l’antimatière, volons dans les cieux
Sans nous laissez prendre dans le filet des astres !

©  Loup Francart

 

02/03/2020

Impudence

Ma joie est dans l’ignorance
Mon bonheur s’épanche dans l’inexpérience
Je cherche ce que j’ignore, sans méfiance,
Puis, je découvre l’inexistence…

Je fouille donc les abîmes de l’incompétence
Et reviens orné des palmes d’une nouvelle naissance
Fort d’un plein auparavant sans nuance
Revêtu d’indécence et de munificence

Quelle jouissance, douce et bienfaisante
Que cette crème onctueuse et séduisante
Qui éblouit le monde et sa croissance
Et le rend vulnérable à la puissance

Je caresse alors le squelette de la déliquescence
Et l’emmène aux sommets de l’inconnaissance,
Ce lieu dont peu connaissent l’existence
Et qui conduit à l’évanescence…

Depuis, j’erre dans la redondance
Je contemple enfin la transcendance
Dans laquelle l’ascendance
Devient connaissance et surabondance…

©  Loup Francart

Ignorance

Au retour de la rue encombrée
Des paroles mièvres des passants,
Il s’arrêta au tournant de l’escalier,
S’assis sur une étroite marche
Et contempla le colimaçon de ses aspirations.
Il creusa loin et en profondeur
Pour prendre conscience de la futilité
D’un coup d’œil sérieux sur sa vie.
Il ne tenait rien dans ses doigts,
Sinon un mince morceau de chair
Qui se débattait mollement
Dans la poussière cosmique
Ou se noyait éperdument
Au bord du rivage escarpé.
Où est passé l’animal agile
Qui courrait, endiablé, au gré des saisons,
Sautant d’une pierre à l’autre,
Fouillant toujours plus la surface
De l’étendue brillante et nue
Qui s’ouvrait devant lui.
Il en conçut une certaine gêne,
Comme une larme de crocodile,
Verte et grosse comme le poing,
Un avocat encombrant et tenace
Qui conduit à l’écrasement.
Où donc vais-je courir
Devant cette patinoire luisante
Qui glisse sur la peau
Et donne le vertige de l’absence ?
Il avança d’un pas précautionneux
Tâta le plan froid et morne
Se dit qu’il conduisait à la vie
Et pourtant il n’osait y croire.
Un pied, puis l’autre, à plat,
Les deux jambes bien tendues,
La main sur la rambarde,
Le cœur battant la chamade,
Il risqua un pas, précautionneusement,
Puis poussa sur l’autre pied.
Ce fut un trou d’air qui le prit dans ses bras
Une valse lente et aventureuse
Dans les bras d’une femme inconnue
Belle comme la musaraigne
Qui passe entre les meubles
Et court se réfugier auprès de l’ombre,
Effarouchée de se trouver là,
Bercée par le bonheur
D’un jour nouveau et inattendu.

Depuis, il fuit éperdument
La terre ferme et rugueuse
Et se contemple, étincelant,
Dans le miroir de sa félicité.
Elle se tient là, auprès de lui,
Amoureuse de l’homme
Qui lui sauva la vie,
Sans connaître son existence antérieure.
Elle est bien, et lui de même.
Ils ont atteint leur raison d’être :
Mourir pour vivre un avenir inconnu !

©  Loup Francart

27/02/2020

tangage

La langue tangue derrière les calanques
Sous quelle gangue caches-tu ta banque
Quelle novlangue interdit aux saltimbanques
De piller la planque avec des tanks

Les doigts pleins d’encre de chine
Elle porcine à Messine devant la piscine
Fascinée, la médecine ne voit pas Alphonsine
Jouer les bécassines devant l’officine

Il assassina sa cousine en spadassin
Inoculant le vaccin, les mains sur ses seins
A dessein, s’assit sur le coussin
Et, succinctement, fit sonner le tocsin

Enfin, n’en tenant plus, il monta sur le talus
Et ne dut son demi-salut qu’au merlu
Qui coula le chalut au port salut...
Ah, quelle plus-value pour les farfelus !

©  Loup Francart

21/02/2020

Quand l’ombre des lignes de mes paumes

Quand l’ombre des lignes de mes paumes
S’allonge tendrement à l’insu de tes rides
Sur l’ombre de ta joue au velours bienfaisant
Chacun de mes doigts rêve à ce souvenir

J’ai beau les promener à la même hauteur
Dans le même égarement ou la même folie
Sur le souvenir du baiser vers ma joue
Ils ne retrouvent pas leur ignorance vagabonde

Quand je dessinais au long de ton profil
Un doigt d’inquiétude au regard de bonheur
Je surprenais à l’espace de tes lèvres un sourire
Dont je traçais vers les étoiles la courbe silencieuse

Et le parfum de chacun de tes doigts, un à un,
Dont je tente, dans le creux de ma main, de me souvenir
Je dois longuement chercher pour en trouver la trace subtile
Bientôt, j’aurai perdu jusqu’à l’ombre du goût de tes lèvres

©  Loup Francart

18/02/2020

Gris

Le monde est gris
Connais-tu la couleur de l’histoire ?

Selon les cas, il y a des gris lumineux
Des halos de tendresse flottant au vent
Faisant claquer les étendards du bien-être
Et reposer les corps sur des nuages blancs
Mais ils sont si maigres qu’ils s’absentent
Du paysage habituel du climat social

D’autres fois, le gris devient foncé
Son œil courroucé se teinte de verre
Qui reflète l’ambiance des matins verts
Fermez les yeux et buvez un coup
Rien ne se perd et tout se gagne
Dans le brouhaha de l’information

Certains imaginent sans jamais voir
Le produit de leur rêverie nocturne
Il est vrai qu’ils ne savent plus réellement
Ce qu’est la folie des couleurs empêtrées
Dans de petites liaisons dangereuses
Et contraignent à s’assoir par terre

Il arrive même que le gris se noie
Ou lave ses effets dans la cuvette noire
Des interrogations clairsemées sur la toile
Les passoires du correct relâchent leur ignorance
Et bouillent d’impatience au regard
De l’envie des humbles et des sans dents

Quand serons-nous délivrés de ces délires
Qui naviguent à tire d’ailes dans les plumes
Sans jamais tomber dans les trous
D’une absence d’histoires scabreuses
Monte d’un cran au-dessus de ces gris
Qui toujours encombrent ta vision

Cela forme-t-il une histoire vraie
Ou au moins un conte à dormir debout ?
Ne confondons pas les volutes glauques
De racontars à l’imagination sans fin
Avec le doux zéphyr caressant
De la vérité cachée dans les plis de l’histoire

 

14/02/2020

Folie ?

 

Fou, l’était-il, cet homme vert de rage ?
Un point rouge au front, il se mit à l’abri
N’avait-il pas osé plonger dans le bleu des eaux
Et déambuler dans le jaune des moissons
Seul le blanc lui sied, mais sur fond noir
Alors il peut partir vers l’absence de couleurs
Là où rien ne se voit, mais où tout se sent
Il se laissa couler dans l’onde incolore
Et s’évanouit à leurs yeux de verre
Sans pouvoir prédire leur avenir incertain

©  Loup Francart

09/02/2020

vent ou fuite ?

C’est le bourdonnement inlassable du vent
Qui arrache les pensées et fait fuir la conscience
Il prétend connaître le monde des vivants
Mais la solitude efface la croyance

L’aridité est là, la poésie s’enfuit
Seuls demeurent les cœurs et la fuite en avant
Appuie, appuie, appuie sur le coupe-circuit
Ou ton corps passera, qu'il soit ou non savant

©  Loup Francart

06/02/2020

Peur

J’ai peur, peur de quoi ? De rien…
Mais j’ai peur d’avoir peur… De quoi ?
Je frisonne de peur, glacé de crainte
Sans savoir pourquoi !
Cette peur n’est pas crédible,
Elle s’enfonce en moi
M’environne de brouillard
Me donne des ailes vertes
Et une moustache bleue
Je plane au-dessus du nid
Sans savoir où me poser
Mais rien ne me décide
A garer mes pattes fragiles
Sur la surface étoilée…
J’y laisserais ma peau
Ou au moins mon calme
Je garde mes paroles pour moi
Regardant au loin les monts
Et marche sans vergogne
Jusqu’au bout de la route
Dans l’épaisseur de mon ennui
Va et ne dis rien, rien ne va plus
Plus lucide que la peur
L’absence me fait froid dans le dos
Car on ne sait où elle se tient
Je ferme les mains sur le rien
Et pourtant tu m’accompagne
De ton sourire moqueur
Et je vois dans tes yeux
L’ombre de ta satisfaction…
Allez, va et ne pense plus
La pensée est la peur des faibles
Et l’escalier des rêves…

©  Loup Francart

02/02/2020

Temps présent

Demain sera toujours un autre jour…
Comment voir encore les jeunes filles
Deviser et rire dans les rues de Paris
Alors que la vie déroule son tapis
Sur les bosses du désaccord
Fuyez, mes amis, entre les pavés
Que vous avez longuement foulés
Perdez-vous dans les montagnes obscures
Ou noyez-vous dans la froideur de l’océan
Mais surtout ne restez pas sur le passage
Des révoltés haineux sans conscience
Seuls les innocents marchent sans espoir
Ni même crainte d’un avenir imprévisible

©  Loup Francart

29/01/2020

Sommeil

 

Est-il cru et nu
étendu sur sa planche ?
fleur écartelée

 

©  Loup Francart

28/01/2020

Eolien

 

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Une éternité

mais le mouvement est là

et nargue l'instant

©  Loup Francart

27/01/2020

Délire

 

Entrée dans le coton
Brouillard sans visage
Ombre de lui-même
Devenu autre et semblable
Il ne peut résister
Le mirage devient vrai
Plus rien n’existe que l’évocation
Il enfle sous les sollicitations
L’imagination le relance
L’irrépressible l’envahit
Et l’entraîne vers la chute
S’ouvre un délire bref
Le comble du bonheur

Dans quelques heures, de nouveau
Il fermera les yeux, s’ouvrira à l’inconnu
Et plongera dans l’existence noire…

©  Loup Francart