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23/02/2017

La pêche de l'étang (1)

A l’heure où la nuit mêle encore à l’air plus libre le jeu d’ombres chinoises de l’horizon terrestre sur la pâle renaissance d’un ciel bleuté, nous avions regardé avec l’émerveillement des enfants qui s’essayent à démêler le nom des couleurs bien qu’ils en aperçoivent chaque nuance, apparaître d’abord un léger embrasement entre les branches noires et frêles des arbres, comme une rougeur imperceptible la veille que l’on découvre au matin sur l’épiderme, puis de longues trainées de sang et d’or mêlés, formées par chacun des particules de lumière du soleil que nous devinions derrière l’horizon et réfléchies par la densité opaque des bourrelets nuageux du ciel. Chacun de nous sentait la frêle et délicate joie que donne l’air léger et pur, sonore de chaque évènement  qu’on ne perçoit pas à la lumière du jour , et le réveil des formes du monde que nous retrouvons intactes, mais encore cristallisées dans notre perception du mystère de leur vie nocturne.

Dans la première clarté, plus fidèle et plus véridique que celle des autres heures, l’étang, asséché de ses eaux lourdes et sombres, voilait avec pudeur sa nudité désolante dans un scintillement poudreux, mais sa tache lumineuse et fade contrastait trop avec l’élégance ocrée des roseaux chevelus et la parure pacifique et verdoyante empreinte d’une ceinture chaude aux couleurs de sa vieillesse saisonnière. Les hommes avaient tiré du même geste que les haleurs dans leur lent cheminement à la remontée du canal, mais alourdis et empruntés par la boue dans laquelle ils imprimaient les traces de leur pas, le filet qui traînait derrière lui une onde plus pure et plus légère et avait enfermé la substance de l’étang, son véritable corps, dans ses mailles laissant échapper cette partie impalpable de chaque chose qui ne les intéressait pas.

29/05/2016

Regard

Ce matin, lors d'un regard par la fenêtre, un éblouissement... Plus rien n'existe. Seule cette trouée de lumière que vous contemplez, béat.

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24/02/2016

L'abbaye de Clermont (1)

Fondée par Saint Bernard en 1152, elle a résisté aux siècles et aux hommes. Elle se cache dans les fonds, le feuillage et le silence. On entre dans son intimité par un chemin creux et elle se découvre à votre arrivée. Alors on part à pied et le cœur vous guide, les yeux écarquillés. On a du mal à l’imaginer en activité, emplie de moines silencieux et fervents, mais la quiétude du lieu incline à penser à la majesté divine. On s’y sent bien, poursuivi par un tremblement d’émotions et la lumière de l’inconnu.

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Deux demoiselles l’ont achetée et ont consacré leur vie à une restauration difficile. Merci à elles. Elle serait en ruine sans leurs soins.

Voici l’entrée, à l’arrivée du chemin qui y conduit.

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Et, tout de suite, l'église abbatiale :

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On fait le tour. On ne peut entrer par la porte, alors on se glisse dans la cour et ses dimensions apparaissent : en majesté, mais ruinée.

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Et si haute, qu'elle touche le ciel :

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18/02/2016

Le mont Saint Michel

Les revenants descendent
Les portes d’en face se ferment
L’escargot ouvre sa coquille
Vous montez : serrez-vous !
Le mont est là qui vous écrase
Il se dresse humblement, seul
Dans une plaine sans fin
Où court un fil d’argent
Aimablement suivi par le conducteur

Le contrefort devient rocher
Le rocher devient forteresse
Et celle-ci hommage de dentelles et de croix mêlées
Au ciel pur et vierge de soucis
L’horizon pour toute assise
La verticale s’empare de votre vue
Vous grandissez et vous effilochez
Dans ces ruelles aux bras levés
Sur lesquelles la mouette pousse son cri

Couleurs du gris qui vire au jaune
Au blanc, au bleu des reflets
De l’azur qui chante dans cette élévation
Vous palpez cet univers liquide
Vous vous couchez dans ces ravins d’eau claire
Froide par nature et par résolution
Vous frissonnez à la bise du matin
Et vous montez toujours plus
Au long des pierres millénaires
Dans le bourdonnement des pas sur les marches sacrées

Et tous vont jusqu’à la montée d’escalier
Telle l’entrée au paradis ouvert sur l’océan
Vous êtes aspirés hors de l’espace et du temps
Et vos cheveux se dressés droits sur votre chef
Vous tirent vers l’abîme des cieux
Jusqu’à la lévitation promise et envoûtante

Mais plus haut encore, Saint Michel se dresse
Les ailes déployées, l’épée levée, terrassant les âmes

©  Loup Francart

26/01/2016

Brume sur la campagne

Courir dans la campagne n’empêche pas l’âme d’être acquise à des instants de romantisme. Ce fut le cas ce matin, en haut d’une côte, dans un tournant.

Merci au créateur de ce monde de nous donner ces aperçus de paradis.

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26/12/2015

Emerveillement

Parfois, pendant quelques minutes, le monde s'illumine et enchante le regard. Il faut alors la magie de l'instant, la garder en soi et la revisionner pour saisir la beauté du monde. Ce fut le cas hier, jour de Noël :

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Le feu divin se révèle sous nos yeux, pour une ou deux minutes. Plus rien n'existe que cet or filtré par un chemin comme une ouverture vers l’inaccessible.

Et, au retour, nouvelle surprise :

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C'est vrai la pelleteuse ne fait pas bon effet dans cet embrasement. Mais c'était cependant à saisir!

11/12/2015

Quelques pas dans Dole

Une promenade insolite. Bien sûr tous la connaissent. Mais elle est sympathique et original cette entrée dans les profondeurs de la ville par un passage singulier, celui d'une fontaine qui pourrait avoir sa place à Jérusalem, en Turquie ou en Grèce :

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07/12/2015

Le lac à Annecy

Le lac, royal et immuable, mais toujours changeant.

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27/11/2015

Saline royale d'Arc-et-Senans

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La saline royale d’Arc et Senans dans le Doubs, est un ensemble majestueux construit par un architecte génial, Claude-Nicolas Ledoux. Celui-ci fit un premier projet de saline qui a été présenté au roi Louis XV en 1774. Il fut rejeté, jugé trop ambitieux et novateur. Ledoux raconte cet échec : « Un prospectus dicté par des agents subalternes, qui préparent l’obscurité des décisions, avait circonscrit le travail. Tel est le despotisme des délégués de Plutus, ils passent une partie du jour à tailler leurs plumes, l’autre à neutraliser l’encre qu’elles contiennent. »

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Le second projet est également somptueux. Il comprend un saumoduc, canalisation en sapin longue de plus de 21 km, enterrée, le bâtiment de graduation qui permettait d’augmenter la concentration en sel de la saumure, le bâtiment des gardes, la maison du directeur et d’autres bâtiments et des jardins.

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Vous pourrez rêver devant la majesté des lieux et admirer l’ingéniosité de cet architecte infatigable dont un bâtiment abrite les plans. Il était sans doute trop en avance sur son temps comme beaucoup de personnes de génie. Il est dommage que la plupart de ses œuvres aient été détruites. Il construisit les 50 barrières d’octroi dont la plupart ont été démolies au XIX° siècle. Ne reste que celle de La Villette et de la place Denfert-Rochereau ainsi que la rotonde de l’entrée du parc Monceau.

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Dans sa ville idéale, Ledoux aspirait à créer un environnement rationnel et une organisation hiérarchique du travail. C’était une ville à la campagne,, avec des plantations alignées sur trois rangs, bordant les routes de la province et des bâtiments intégrés dans la nature. Tout le monde devait y être vu : le directeur par les employés, les employés par le directeur.

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Il avait des conceptions très modernes de l’architecture. Pour preuve cette maison des gardes agricoles :

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Ou encore ce pavillon des Cercles, construit sur les plans exacts de Ledoux, aire du Jura, sur l’autoroute A39 :

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08/11/2015

La Mayenne, sens dessus dessous

L’irréalité du soir envahit les bords de l’eau. Elle devient ciel et cette beauté transmise par l’oeil du photographe vous dédouble vous-même et inspire un double fortuné de rêves délirants.

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Mais s’agit-il d’un rêve ou d’une réalité transformée par la symétrie. L’univers serait-il dédoublé pour le plaisir des yeux ?

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Le ciel et la terre confondus en un ensemble dont la symétrie fait douter de son existence :

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19/08/2015

Square Anna Politkovskaia, à Saint Brieuc

Avouons-le, Saint Brieuc est une ville horrible. Ne détaillons pas ! Cette affirmation péremptoire est certes à vérifier, mais souvent une première impression résume clairement une certaine vérité.

Cependant il est une petite place, dénommée square on ne sait pourquoi, qui garde un charme qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. C’est une remontée du temps de quelques dizaines de mètres carrés. Qu’y voit-on ? Une petite esplanade occupée principalement par un arbre, malheureusement cerclé de ciment, à l’image du reste de la ville où se côtoient quelques rares vieilles pierres rescapés de la folie des maires successifs pour le béton moderne.

 

 

 

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Peu de monde sur cette placette, comme d’ailleurs dans le reste de la ville. Ici, la municipalité, ou quelques bonnes consciences, a placé des jardins en bac contenant quelques fines herbes ou potirons jaunis. Mais si vous levez les yeux des pavés vous contemplez quelques vieilles maisons  qui vous font dire : « Elles sont drôlement tournées et semblent avoir du mal à tenir debout, mais elles tiennent et sont belles ! ».

 

 

 

Une place romantique, mais froide du manque de personnes. Certes, il n’y a pas de magasins, ni de divertissements, mais un charme et une propreté hors du commun. On s’assied et on contemple le passé si proche que vous pouvez le toucher.

 

 

 

Et ces maisons vous regardent et vous disent ce qu’était vraisemblablement la ville autrefois. Alors vous regrettez ces rues champêtres et ces pavés de bonne intention.

 

 

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Mais y a-t-il des habitants dans cette ville ?

 

19/03/2015

Matin

La campagne est enrobée d’une brume laiteuse. Rien n’est cependant indifférent aux rayons d’un soleil discret, mais réel, qui pointe son œil sur le monde encore endormi. Le train file, flèche virtuelle dans la réalité du paysage printanier. Les trains, comme les cailloux, ne sont pas sensibles aux saisons. Ils s’essoufflent par jeu pour monter la côte, mais regardent en arrière dans la descente vertigineuse des souvenirs.

Et nous, enfermés dans cette boite roulante, mi-dormant, mi-éveillés, admirons cet éclaircissement progressif des sens et de la nature. Plus de ciel, aucune trace, rien qu’un pâle bleu de lait qui se confond avec l’horizon, un peu plus sombre, mais si peu qu’on se demande s’il y en a un. La terre s’illumine, chatoyante, semée de pierres précieuses qui flottent dans la verdure des bassins fourragers. Quelques êtres vivants, vaches couchées, lièvres levés par le bruit, chouette s’envolant de son arbre, rompent la monotonie de l’immobilisme.

Un monde figé, extatique, ronronnant et béat, se réjouit à chaque seconde de cette chaleur qui envahit le corps. Il s’épanouit en silence. Un coup de ciseau dans la pellicule de la vie…

13/03/2015

Galerie Vivienne

Au cœur de Paris, près de la bibliothèque nationale et de l’Ecole des Chartes, se trouve la galerie Vivienne.

« Luxueux passage couvert construit, en 1823, selon les plans de l'architecte François-Jean Delannoy, la Galerie Vivienne est inscrite aux monuments historiques en 1974. Sur 176 mètres de long et sous une lumière zénithale qui illumine le sol de mosaïque d'époque, s'affichent des boutiques au luxe raffiné. » (http://www.galerie-vivienne.com/la-galerie-r21721.html)

«P1040479 Paris II galerie Vivienne entrée rwk» par Mbzt Travail personnel. Sous licence CC BY 3.0 via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:P1040479_Paris_II_galerie_Vivienne_entr%C3%A9e_rwk.JPG#/media/File:P1040479_Paris_II_galerie_Vivienne_entr%C3%A9e_rwk.JPG »

 

 

 

Deux autres entrées donnent l’impression d’un terrier enfoui entre les immeubles. Et on y est bien, comme dans un cocon !

 

 

 

 

Les pas résonnent sur une mosaïque turlupinée que l’éclairage naturel illumine.

 

 

 

 

Des recoins permettent au promeneur de s’assoir pour passer un moment. Même les élèves d’une école de dessin viennent ici pour apprendre la perspective. Il y a de quoi faire.

 

 

Enfin, quelques boutiques originales donnent à l’ensemble un air de fête. 

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Allez donc passer quelques instants dans cette galerie qui garde tout le charme du XIXème siècle. S’il n’y a pas trop de monde, vous pourrez vous prendre pour un poète ou un musicien renommé qui ont hanté ce beau passage. Cela vous inspirera.

13/07/2014

L'aquarium du Trocadero à Paris

Est-ce vraiment un aquarium et non un trou du diable ? Certes, l’entrée est avenante, mais on descend, on descend et on descend toujours plus bas, sous terre, dans le noir, pour mieux faire ressortir les fonds marins et ceux qui les habitent.  Les architectes qui ont construit ce lieu nous plonge dans le monde du silence par l’ambiance. Peut-on parler de silence d’ailleurs. Cris des enfants : « Oh ! Maman, regarde ! » Et réponse des parents : « Ne va trop près ! ». Mais, miracle, on ne les entend plus au bout d’un moment. On s’isole et l’on se plonge dans les profondeurs d’une eau chaude et bleu. On remue le bassin, on gigote des pattes, on ouvre un œil maussade, on donne un coup de nageoire pour s’éloigner d’un intrus qui vient pérorer à nos côtés. On fait un clin d’œil à la murène, un signe d’amitié au pageot rose, on jette un regard craintif au squale effilé qui se profile derrière le rocher. On ouvre la bouche en cadence, pour respirer, les poumons emplis d’eau. On sent même l’odeur aigre de la grande raie guitare qui vient vous effleurer le dos du bout de son aile et qui repart lentement, insensible au charme qu’elle vous a fait.

Première grande halte, les calanques de Cassis, grandioses : une grotte sortie des contes de Pagnol, environnée d’ombres glissant dans le liquide bleu. On distingue les énormes mérous, passifs et s’imposant d’eux-mêmes, les castagnolles aux petites rayures dorées, les coquettes rouges, le Crénilabre commun (peut-être, mais qui le connaît si bien ?). On sent la chaleur de la Méditerranée : pourquoi n’a-t-on pas amené notre maillot de bain ?

Un détour au cinéma avec les scientifiques qui devisent avec force conviction sur le sexe des anges, non, des poissons… 

Entrée dans l’eau des Outre-mers. Drôle d’appellation. Ce pourrait être également d’outre-tombe, car l’on descend progressivement dans les entrailles de la terre. On admire les poissons typiques des  Caraïbes et leurs fantastiques colorations qui proviennent de l'exposition importante et soutenue au soleil, un bronzage naturel dû à la faible profondeur des eaux lagunaires. On y voit le poisson papillon, le Gramma royal bistré, bleu à la tête et jaune à la queue, le sergent major aux rayures de zèbre, le chirurgien bleu à l’œil jaune.

Et l’on descend, suffoquant de la chaleur de volcan qui s’échappe des grilles d’aération, car il faut bien respirer malgré tout. Passage au "bassin caresses" où chacun peut toucher les carpes koï et les ides peu farouches. Les enfants s’en donnent à cœur joie, relevant leurs manches, se trempant le haut des bras, agitant leurs petites mains en tous sens. Certains adultes ne peuvent résister et font de même avec un sourire enchanté qui donne envie à ceux qui n’osent pas d’essayer ces caresses affriolantes. Retour à l’enfance, au temps des deux pieds dans l’eau, sautant pour éclabousser tout le monde, y compris soi-même.

Autres bassins et aquariums avec des fantômes aux formes et aux couleurs étranges. Ils sont nombreux et fastidieux à décrire. Enfin, on arrive au grand bassin après avoir traversé une multitude de bazars plastiques sous forme de Play mobil qui n’attire personne, même pas les enfants qui viennent voir la vie qui est plus palpitante, même sous-marine.

Ce bassin est immense et peuplé de créatures effilées, glissant dans l’onde comme l’oiseau vole dans l’air : requins gris, à pointe noire, requin-chabot, requin-zèbre indolents. Ils se déplacent lentement, mais d’un coup de queue se propulsent à l’autre bout de l’espace, en un instant. Oui, c’est vrai le temps diminue quand la vitesse augmente. On n’est pourtant pas près du mur de Planck ! Bizarrerie de la nature ! Ah, voici la grande raie qui plane lentement et creuse son ombre sur le roc, effrayant les Pompaneaux lune, argentés et majestueux. Après la contemplation de ce volume d’eau impressionnant, peuplé d’animaux extraordinaires, rien d’autre ne peut nous intéresser. Aussi est-on poussé vers la sortie avec un passage obligatoire dans le grand bazar où il n’y a pas grand monde pour sortir quelques billets supplémentaires. Sortie des méandres du volcan, dans un Paris ensoleillé. Le grand bassin des jets d’eau nous rafraichit fort heureusement.

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Ce n’était pas le grand bleu, mais ce fut un moment agréable reposant, méditatif si l’on s’abstrait des cris et des humains qui dénotent dans ce paysage aquatique.

L’on se prend à rêver être poisson. On retrouve ses jambes à la sortie. C’est moins palpitant qu’une torsion du buste pourse déplacer.

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C'est vrai, n'oublions pas ! Le 21 juillet...

18/06/2014

La grande cascade du bois de Boulogne

Côté pile, la campagne… ou plutôt le bois ou les bois. Calme, platitude et sérénité. Quelques silhouettes déambulent autour de la pièce d’eau sur laquelle quelques canards cherchent une vaine nourriture. Il fait bon à l’ombre des grands arbres. On s’endormirait facilement en regardant ces scintillements à la surface, les ondulations argentées en perpétuel mouvement, ces reflets palots de la majesté des arbres puissants qui s’élèvent autour des rebords du lac. Calme, platitude et sérénité.

Mais j’étais arrivé côté face, face à la cascade située à un grand carrefour. Impressionnante et harmonieuse. Au fond, une immense grotte enrochée, surmontées de cèdres qui donnent une hauteur supplémentaire. C’est une anfractuosité à deux étages. Du second coule la cascade en un rideau de gouttelettes d’argent qui tombent sur les roches baignant dans l’eau d’une autre pièce d’eau que côté pile. On pourrait être dans les Rocheuses aux Etats-Unis ou encore au Liban. Seul le bruit incessant des voitures nous rappelle la proximité de la capitale. Alors, bouchons-nous mentalement les oreilles et poursuivons cette promenade dans un autre siècle.

Côté intérieur, il est possible de descendre au bord de l’eau, derrière la chute dans un étroit boyau qui sent la verdure pourrissante des roches éclaboussées. Je suis l’acteur face à son public (les voitures tourbillonnantes sur le carrefour), isolé, éperdu de présence.

Un dernier coup d’œil avant d’enfourcher ma monture et de rejoindre la civilisation non civilisée.

« La Grande cascade du Bois de Boulogne a été aménagé en 1856, sous le Second Empire grâce à des rochers en grès amenés depuis Fontainebleau. La nappe d'eau provenant d'un plan d'eau tombe de 7,50 mètres. Napoléon III, afin d'agrémenter ses haltes au bois, fait construire le Buffet de la cascade en 1857. Agrandi pour l'exposition universelle de 1900, il adopte un décor Belle Epoque. Endommagé pendant les bombardements, le pavillon est démoli vers 1950. Il est remplacé par le restaurant actuel de la Grande Cascade au style “rétro-moderne”. »

(http://paris1900.lartnouveau.com/paris16/bois_de_boulogne/la_grande_cascade.htm)

18/05/2014

Monserrate, un palais à Sintra

Sintra, l’endroit le plus agréable d’Europe, d’après Lord Byron, une ville côtière, perdue dans la montagne, aux jardins exotiques et pourtant anglais, emplis de surprises, de grottes, d’escaliers. On s’y promène comme dans un rêve, hésitant entre monter ou descendre, toujours entre ciel et terre, baignant dans une atmosphère irréelle, volant au-dessus des platebandes et des lacs artificiels.

Le XIXème siècle est omniprésent, siècle du romantisme, de la passion, de l’exubérance, de la folie architecturale qui mélange les styles, les époques, les continents. Monserrate, un palais de style arabo-indien, digne des grandes heures des colonies anglaises, avec un parc éblouissant, création de la famille Cook.

Oui, difficile à lire, mais cela donne une idée de ce qu’est ce parc sublime, pleins de fausses ruines, d’arbres étonnants, de cascades ruisselantes, de pièces d’eau, de plantes exubérantes. On s’attend à voir au détour d’un chemin une élégante anglaise en robe longue et ombrelle, venir à votre rencontre pour vous conter une vie de voyages, de palais et d’hommes extraordinaires brassant des fortunes en se laissant vivre. 

 

 

  

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16/04/2014

Place des Vosges

Avril ! Mais… Plein été ! Heureusement l’eau coule des fontaines et ce bruissement continu rafraîchi l’atmosphère. Peu de promeneurs vont et viennent. La plupart ne sont plus passants, mais hommes (ou femmes) à l’horizontal, au ras des pâquerettes, le plus souvent deux par deux, parfois trois ou quatre.

L’herbe est encore jeune, d’un vert tendre. Devant moi, une jeune femme, les bras nus, les mains croisées derrière la nuque, le ventre à l’air, le pull remonté sur les seins. Elle se caresse l’estomac, comme si le soleil méritait une attention sur cette partie du corps. Pas un nuage. Les promeneurs passent, leur veste, voire manteau, sur le bras comme un poids mort. Un père et son jeune fils s’assoient dans l’herbe. Ils dégustent une glace comme deux jumeaux attentifs à ne pas en perdre une miette. Une jeune fille traverse la pelouse d’un pas alerte, souple, coulant. Elle glisse sur l’herbe avec aisance et une certaine nonchalance malgré l’ampleur de ses foulées. Quelle belle mécanique elle développe.

Il me semble que tous se parlent par l’intermédiaire d’un téléphone portable. La main sur l’oreille ou l’écouteur dans les ouïes, ils parlent, ils parlent, consultent, jouent. Voient-ils les autres ? Peu leur importe ; ils communiquent, sans un regard pour leurs voisins. Le jardin est un réseau miniature fermé par une cage de Faraday que forment les grilles qui l’entourent.

L’ombre se déplace, empiète sur le coin d’herbe, obligeant à une migration progressive jusqu’au moment où l’on se lève, on prend ses affaires et on fait une dizaine de pas pour se rassoir  épuisé derrière l’ombre qui poursuit sa course imperturbablement.

Comme elle est belle, d’une valeur sentimentale inestimable, cette humanité nonchalante, fondue au soleil, liquéfiée comme une motte de beurre parmi l’oseille dans la poêle qui chauffe. La chaleur brouille la vue, suscitant de légers tremblements lorsqu’on regarde au loin, dans les trous noirs des arcades. Une classe d’écoliers traverse le jardin, soulevant un nuage de poussière. Tout se trouble, tout devient gris, noire, sans forme. J’erre dans l’absolu. Oui, j’ai dû rester trop longtemps au soleil…

02/04/2014

Jusqu’où peut-on aller ?

Jusqu’où peut-on aller lorsqu’au matin, dès le lever du jour, on part calmement faire un tour en bicyclette. Une envie soudaine d’air frais, de dégourdissement des muscles, de dénaturation des neurones. C’est décidé, on part sans savoir où l’on va, mais on y va. Il faut d’abord délivrer l’engin de ses nombreux liens qui bloquent les roues, attachent le cadre au support choisi pour sa solidité et empêchent toute prise de possession hasardeuse. On est parti, petitement au départ, car cela monte et les jambes ne sont pas chaudes, simplement prêtes à se dégourdir.

Peu de voitures, des camions sans doute et des bus. Ding, ding… je ne l’ai pas entendu arriver. Les conducteurs ont pris l’habitude d’avertir gentiment d’un petit coup de cloche. Ce n’est un repas servi. Juste un petit rappel : cette voie n’est pas la vôtre et je suis plus gros ! Bien sûr, on sursaute lorsqu’on ne s’y attend pas. Le conducteur fait un petit signe : « Je vous ai surpris, n’est pas ? » Mais il s’arrête à la prochaine station et on peut reprendre l’avantage. Une piste cyclable se profile. On est parti le long du canal de l’Ourcq, ni montée, ni descente. Le profil plat tranche avec les immeubles de plus en plus hauts, puis qui diminuent au fur et à mesure que l’on s’éloigne de Paris.  On ne peut dire que le paysage est beau. Il est même quelque peu affligeant. Poussière, déchets, tags, trous dans la chaussée, un paysage de banlieue sans charme, mais à l’atmosphère si irréelle qu’elle laisse l’étranger sans voix.

Quelle liberté ! Plus de bruit, plus de voitures, mais des trains, un métro et un RER. Est-ce vraiment une piste cyclable ? Ne dirait-on pas une piste à chars ? Ah, ce sont les racines qui la gangrènent. Des serpents jonchent la route, l’enlacent par en-dessous. Heureusement les pneus s’amollissent à l’approche pour reprendre leur air gaillard une fois passée la grosse ficelle. Lorsque le chemin est bon, on pousse le vice jusqu’à se laisser guider par l’équilibre. On lâche les mains, on porte le corps en arrière et on appuie avec aisance sur les pédales. Cela repose le haut du corps. On croise de temps à autre d’autres cyclistes, d’une race fort différente. Nombreux sont ceux qui arborent un maillot rutilant de rouge, jaune, vert et noir, un bariolage de publicité. Ils portent des collants également participatifs et un casque pointu pour mieux fendre l’air (vous savez, un port à la manière des bérets basques). Ils vous doublent le nez sur le guidon, ils ne profitent pas du paysage qui, même s’il n’a rien d’extraordinaire, vaut parfois quelques coups d’œil. Beaucoup plus nombreux sont ceux qui roulent vers Paris comme aimantés par le devoir. C’est vrai le parisien se modère, utilise moins sa voiture et s’essaie à quelques tours de roues pour dire le soir, entre amis : « Moi, je roule écolo ! » Bientôt on entre dans le brouillard. C’est une sorte de couche plus humide probablement créé par l’eau du canal. On ne sait jusqu’où elle va, mais elle gène la progression, non pas physiquement, mais moralement, comme une couche de colle guimauve qui envahit l’environnement. On commence à ressentir la fatigue. Monte-t-on ? On ne sait, c’est le trou blanc. Ah, un vieillard qui court. Il va à petites enjambées, les coudes au corps, la tête haute levée, le sourcil broussailleux. Il fait un drôle de petit bruit à chaque foulée : « Schiiiite, schiiiite… » On le salue d’un signe de tête. Il s’arrête, regarde l’être étrange qui passe à côté de lui, mi-homme mi-roue, un cavalier de l’apocalypse, cahoté par les serpents.

Les kilomètres défilent comme sur un compteur d’eau, les flèches tournent et on pédale toujours, plein d’entrain, de hargne même. Aucun arrêt, même pas un ralentissement… La route d’huile file sous les roues, passant de pavés à l’asphalte, puis à la terre, tassée par les roues, ou encore au béton. Les ponts sont nombreux. On n’y fait plus attention. Mais là, on va être contraint de passer au-dessus pour reprendre la piste sur l’autre berge. Une grue barre le passage, le bras levé, la main acérée. On prend la place du vélo et lui se trouve juché sur l’épaule, les roues tournant dans le vide. De l’autre côté, après quelques pas sur place, on remonte sur la selle, on fait un tour de roues avant de repartir avec le même entrain, la même verve flottante jusqu’au bout du monde qui s’arrête dans un pays en révolution. Jamais un champ ne s’est profilé à l’horizon. Des constructions, en ruine, en construction, en location, à vendre. Des espaces non définis, mi-terrain vague, mi-terrain en attente d’implantation d’on ne sait quoi.

Et on poursuit le long du ruban grisâtre, dans ce couloir magique exempt de bruits où passent quelques fantômes sur roues, sans regard, pédalant et transpirant, chiens enragés de courses folles. Il est temps de faire demi-tour. On ne sait où l’on est, explorateur de terre hostiles, dans le froid des mers arctiques passant près des icebergs qui projettent leur ombre sur une mer d’huile.

25/03/2014

La petite ceinture, côté nord (2)

Chaque tag a sa particularité. Il peut être ordonné, global et coloré, incompréhensible, fleuri, pimpant.

 

 

 

 

 

Ils s’enchevêtrent, se marchent dessus. C’est à celui qui se réserve une place de choix. Certains sont presque des dessins contemporains, du design pur et dansant.

 

 

D'autres sont même des dessins. Peu, car la liberté est dans l’abstraction, dans la singularité de sa propre signature, dans sa marque de fabrique que l’on affiche glorieusement, comme un trophée.

 

 

Allez, un coup d’œil à la gare. Enfin… Ce qu’il en reste.

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21/03/2014

La petite ceinture, côté nord (1)

Ils partirent en catimini, enfourchant leurs vélos, revêtus d’un jean, d’un pull camionneur et d’un anorak. Lampe de poche obligatoire ! L’un, jeune sur un vélo moderne (entendez par là qu’il n’a qu’un cadre, qu’un pignon, qu’un frein et que l’on est pratiquement couché sur cet assemblage), l’autre, plus âgé, plus droit sur un vélo allemand gris perle et pneus increvables. Près du boulevard circulaire, porte de Pantin, ils les attachèrent, se glissèrent entre deux clôtures et les voilà seuls dans un paysage à la Stalker, le film de film d’Andrei Tarkovski (1979, voir le 24 décembre 2011), les tags en plus.

La zone est un lieu interdit d’accès. Elle est devenue un lieu mythique. Au cœur de la zone, le tunnel. On l’atteint après une longue marche, difficile.  Chaque pas est mesuré, différent, chaotique, à la distance différenciée de chaque traverse.

Ils sont environnés de tags, signatures originales, propres à chaque « artiste », difficilement lisibles, environnées d’autres tags, enchevêtrées dans un réseau de signatures, comme une pétition en plein ciel, cachée aux parisiens qui ne connaissent pas les secrets des couloirs de fer abandonnés.

Ils traversent des lieux mixtes, entre zone et ville où certains cultivent leur jardin, en toute innocence.

 

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Voici le tunnel. Entrée dans le noir, la crasse, les détritus. Une odeur de renfermé, les pas soulèvent la poussière, pas un bruit ne vient troubler la marche. Ils tournent avec allégresse les moulins à éclairer (vous connaissez ces lampes de poche sans pile qu’une dynamo entraîne en tournant la manivelle). Parfois, un puits de lumière, tagué bien sûr, d’une statue sans relief, sorte de décor virtuel.


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Après cinq minutes, ils débouchent dans une ancienne gare. Un chef d’œuvre de Street Art, brouillon certes, mais c’est sa caractéristique. Promenade dans une cathédrale de couleurs violentes, d’herbes, de fer et de pierres… Les graffitis en sont le décor baroque qui envahit tous les murs, quel qu’en soit la hauteur.  Le cloître étire ses piliers, désert et silencieux. La méditation y est praticable, malgré les odeurs. Rien ne viendra troubler votre paix… Et vous contemplez des chefs d’œuvre.