25/10/2018
Point de vue
La terre a mille faces.
Elle n'a qu'une seule gueule,
d'où veux-tu la voir ?
07:10 Publié dans 31. Pictoème | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : haïku, poème, pictoème, poésie | Imprimer
24/10/2018
Ephistole Tecque (12)
Ainsi Ephistole avait pendant quelques instants séparé de lui-même l’idée qu’il avait de sa conscience, la transférant involontairement sur l’image de son corps qui semblait à son tour régler chacun de ses mouvements. Cette découverte l’avait séduit, intrigué aussi, car il eut été incapable de saisir ce qu’il était lui-même. Mais elle ne l’intéressait pas. Aussi cessa-t-il complètement cette épreuve de la glace qui, tout bien réfléchi, lui semblait inutile. Il reprit le rythme monotone des jours ; se lever à sept heures, se raser, se laver en faisant chauffer sur son petit réchaud l’eau dans laquelle il infuserait un sachet de thé, enfiler un imperméable en buvant la tasse trop chaude, et traverser la ville, une partie de la ville, dans la tiédeur du petit matin, pour ouvrir d’un geste décidé la porte du bureau et se plonger dans d’invraisemblables calculs qui s’accumuleront dans les chemises entrouvertes sur une table.
La vie est faite de renoncement, avait-il lu un jour dans une des pages de son journal quotidien à propos d’un sportif célèbre qui avait dû se reconvertir dans des occupations plus intellectuelles à la suite d’une maladie. Il avait trouvé dans cette phrase une certaine résonance intime qui l’avait ému, bien qu’il se fut rendu compte, après s’être interrogé plus longuement sur sa signification, que ce renoncement n’était pas ressenti en tant que renoncement douloureux, mais comme une chose naturelle survenant parallèlement à un certain dégoût d’être envers la chose considérée. Aussi est-ce pour l’ensemble de ces raisons rassemblées, de ces déceptions ignorées, que Madame Irmide n’avait pu, malgré le bon cœur qui la caractérisait, un cœur de bonté curieuse, et sans doute était-ce plus par curiosité pure des réactions d’Ephistole que par générosité pure, lui faire accepter cette nouvelle glace à installer au-dessus de son lavabo ou un petit meuble rustique qu’elle avait alors chez elle et qui l’encombrait plus qu’il ne lui servait. Ces deux refus, espacés de quelques semaines, furent suivis d’un petit froid entre deux personnages, créé par Madame Irmide qui avait été vexée par le dédain de son locataire et entretenu volontairement par Monsieur Tecque qui n’avait pas pris garde à cette saute d’humeur, ignorant à son tour celle qui faisait mine de l’ignorer. Ils avaient même échangé quelques paroles amères le lendemain d’un de ces jours où il avait amené dans sa chambre une étudiante anglaise qui s’était assise sur le même banc que lui dans les jardins du centre et avait désiré se faire expliquer l’importance de la symétrie dans le plan de la ville. Puis Madame Irmide, les jours s’écoulant, s’était fait une raison, avait en quelque sorte renoncé, et leurs relations avaient repris comme par le passé, en dehors du fait qu’elle avait maintenant compris la véritable façon d’être de son locataire.
01:48 Publié dans 43. Récits et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle, récit, vie, vacuité, mal-être | Imprimer
23/10/2018
La recherche du bonheur
Notre époque a le bonheur de s’apercevoir de l’insuffisance de la satisfaction du corps et de l’esprit. Elle redécouvre l’ascèse. Elle cherche la plénitude de l’être au-delà de la possession, dans l’accès à la beauté du monde.
Son malheur est de croire que cette plénitude est un état second, une sorte de rêve éveillé que l’homme peut atteindre par des moyens artificiels.
07:35 Publié dans 11. Considérations diverses, 61. Considérations spirituelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bonheur artificiel, illusion, ascèse, plénitude | Imprimer
22/10/2018
Pictoème
Une larme
Ensanglantée,
Fouette l’azur.
En prise au vent,
Hurlant sans fin,
Elle s’évade,
Désintégrée,
Vers l’infini.
07:26 Publié dans 31. Pictoème | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pictoème, huile, dessin, poème, poésie | Imprimer
21/10/2018
Ephistole Tecque (12)
Quand cet apprentissage d’une révision du sens spatial lui parut satisfaisant, étant arrivé à un certain automatisme dans la symétrie de ses gestes, il étudia une technique plus compliquée présentant un second plan de symétrie réfléchie, en l’occurrence une feuille de papier blanc posée à plat sur laquelle il dessinait en regardant la glace. Il n’avait pas imaginé qu’on put être aussi malhabile lorsque est déréglé le sens que nous avons de l’éloignement ou du rapprochement des objets, quand il tentait de tracer une ligne droite s’éloignant réellement de lui sur la véritable surface de la feuille, sa main machinalement, irrésistiblement, sous l’impulsion du réflexe établi en lui depuis son enfance, depuis les premiers instants où, enfant, il tentait d’établir la place de l’objet par rapport à son corps, sa main involontairement traçait une droite dans sa direction. Cette droite ostensiblement, comme par moquerie, se rapprochait de lui. Encore plus difficile était de tracer une courbe oblique se rapprochant de lui par la gauche comme s’il eut voulu qu’elle forma autour de son corps une barrière symbolique le séparant de cette image qu’il avait de lui-même dans le miroir. A chaque tentative apparaissait sur sa feuille la courbe inverse, une courbe oblique, ébauche d’une ceinture involontaire de lui-même, mais qui sur la surface de la feuille véritable, seul vestige de ses gestes après un éloignement de la glace, s’écartait en fait de lui en une courbe divergente. Il lui fallut de nombreuses expériences poursuivies avec assiduité pour assimiler la distinction entre cette image de lui-même à laquelle chaque mouvement réel de sa main se rapportait et son corps propre qui semblait alors se dégager de sa volonté. Le problème en fait n’était pas un problème d’origine du mouvement, mais celui de sa direction. Il le résolut finalement en observant le mouvement de son avant-bras qui indiquait seul la véritable direction au trait tracé sur la feuille.
07:25 Publié dans 43. Récits et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle, récit, vie, vacuité, mal-être | Imprimer
20/10/2018
Créer
Il y a deux manières de créer : soit créer pour être remarqué et prétendre à devenir remarquable, soit créer pour agrandir, améliorer le monde physique (la matière) ou psychique (la noosphère) selon une vision humaniste.
La création ne crée pas ex nihilo, elle procède du connu vers l’inconnu. Elle est un agencement nouveau des idées, des concepts, des faits qui déclenche en certains une nouvelle vision qui devient créative. Elle agrandit l’espace de l’homme, qu’il soit physique ou psychique, sans toutefois créer un autre espace.
Maquiller l’absence de créativité en imitant les créateurs n’est cependant pas vénal si cela conduit à une véritable création. Ce n'est qu'un apprentissage indispensable.
Persévérez et vous serez récompensé.
07:03 Publié dans 45. Maximes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maxime, sentence, méditation, paradoxe | Imprimer
19/10/2018
Danse sans oubli
As-tu un souvenir qui ne vient pas à toi
Quand dans la nuit noire souffle le vent du soir ?
Connais-tu la joie et l’ivresse de la foi
Quand balance l’encensoir et dort le reposoir ?
T’arrive-t-il parfois d’entendre l’air narquois,
Quand le ciel rejoint la terre et gèle la carrière ?
Vois-tu les villageois danser comme des siamois
Et dresser des barrières pour pleurer sans manière ?
La coupure de la glace à la fontaine de la place
A fait fuir l’angoisse et les idées fugaces.
Danse le guilledou et embrasse les cous.
Dans l’aigreur du froid et la tristesse de l’effroi,
Tu découvres l’endroit où tu connus François,
Le vagabond sans tabou, amateur d’igloo.
Danse encore une fois.
Mais n’oublie pas toutefois,
Le miséreux qui larmoie
En cherchant un emploi.
© Loup Francart
07:33 Publié dans 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, écriture, poème, littérature | Imprimer
18/10/2018
Aimer sans imaginer
“Essayer d’aimer sans imaginer”, susurre Simone Weil. Cherchant la vérité dans les actes et non dans la parole, elle a fait de la philosophie une manière de vivre non pour acquérir des connaissances, mais pour être dans la vérité.
L’amour est en effet toujours un peu imagination intérieure. On crée l’être aimé à son amour, car l’amour naît de la différence entre l’être aimé et celui ou celle qu’on aime réellement dans son imagination. Trop d’imagination nuit à l’amour durable, mais sans imagination l’amour n’existe pas.
Pourtant Simone Weil nous dit bien « sans imaginer ». Ne parlerait-elle de l’amour divin qui seul permet d’aller au-delà de l’imagination, dans la transparence d’une réalité palpable et divine ?
L’homme a besoin d’imaginer. Mais au-delà, l’imagination n’a plus lieu d’être !
07:43 Publié dans 61. Considérations spirituelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amour divin, amour humain, imagination, réflexion | Imprimer
17/10/2018
Ephistole Tecque (11)
N’allez cependant pas croire que Monsieur Tecque ne connut pas, ou n’ait pas connu, de plaisirs plus subtils dans l’échelle des sensations indirectes, des plaisirs mettant en jeu non seulement une certaine participation de la nature de l’être, mais également une technique appropriée impliquant un apprentissage poussé. Il en avait puisé toute la joie par ce constant effort de découverte et de mécanisation qu’ils impliquaient, avec une patience et une volonté à toute épreuve. Mais le jour où cette tension de l’être tout entier avait abouti, était arrivée à ce but tant souhaité, le plaisir c’était évanoui, volatilisé, sans même qu’il ait eu le temps d’y goûter et tous ces efforts lui avaient paru d’une vaine utilité.
Il avait pendant quelque temps tenté de mettre au point une occupation raffinée, au plaisir impalpable, demandant une égale tension du corps et de l’esprit, une domination absolue de ses gestes depuis le contrôle du réflexe jusqu’à la mobilité consciente de chaque doigt par rapport à l’autre. L’idée lui en était venue un matin, quand après s’être rasé et lavé, après avoir bu une tasse de thé fade, il s’était habillé devant l’armoire à glace de sa chambre qui occupait une partie du pan de mur situé à gauche de la porte en entrant. Il s’habillait, encore un peu engourdi par le sommeil malgré le contact de l’eau chaude, ou plutôt tiède, qu’il récupérait en un mince filet au bout du robinet à pastille rouge et regardait ses doigts courir de bouton en bouton pour fermer prestement sa chemise, quand, par hasard, à la suite d’une erreur dans ce travail inconscient, il constata que voulant régler le mouvement de sa main dans la glace, il était incapable de passer le bouton dans la boutonnière. Il cherchait désespérément à placer le pouce sur le biais du bouton et à y exercer une pression tandis que l’index et le majeur s’entrouvraient légèrement pour permettre son passage sans toutefois entraîner avec lui l’étoffe où était bâtie la boutonnière. Une telle mésaventure vous est bien arrivée un jour ou l’autre, à la suite d’un dérèglement de vos gestes habituels pour lesquels vous aviez perdu l’habitude de réfléchir. Vous avez été profondément déçu de ne pouvoir aussitôt, par l’emploi de votre intelligence, résoudre une difficulté que l’automatisme vous avait cachée. Je vous ai vu d’ailleurs hésiter quelques secondes pour lacer convenablement une de vos chaussures après avoir été bousculé en pleine rue par une bande de gamins courant après un chien, bien que vous ayez pris la peine pour vous faciliter la tâche qui semblait plus difficile sous le choc de l’énervement, de poser votre pied sur un banc suffisamment haut. Amusé par cette constatation insolite, Ephistole avait décidé au cours du trajet de sa chambre au bureau, d’inaugurer un divertissement consistant à s’habiller devant la glace sans jamais jeter un coup d’œil sur la véritable dispersion dans l’espace de ses vêtements et de ses membres, c’est-à-dire de ne considérer ses mouvements que par symétrie à la réalité. Difficile apprentissage qui l’obligea pendant un temps à se laver quelques minutes plus tôt, mais qui eût l’avantage de lui interdire ce demi-sommeil qui succédait aux premiers pas en dehors du lit jusqu’à l’instant où il posait le pied sur le palier obscur au-delà de la porte close de sa chambre.
07:01 Publié dans 43. Récits et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle, récit, vie, vacuité, mal-être | Imprimer
16/10/2018
Haïku
Un plein de choses
Ne comble pas l’absence.
Débarrasse-toi !
05:55 Publié dans 46. Haïku | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : haïku, poésie, poème, littérature orientale | Imprimer
15/10/2018
Entre dans la danse
Entre dans la danse de la vie
Ne te laisse pas écarter de l’amitié
Ne dédaigne pas la caresse d’une main
La douceur des baisers célestes
L’entente des chants du monde !
Vois la chaleur des couleurs
Et l’ombre portée par les souvenirs
Que les cris des présents n’écartent pas
La faiblesse de ceux qui ne sont plus
Que jaillissent sans vergogne
L’ivresse des profondeurs
Où le vide emplit ton être
Et court dans tes artères
Pour danser sans cesse la vie
Non, ne te retire pas de la danse
Au contraire, mène la danse
Mets ton cœur en danse
Et danse nuits et jours
Jusqu’à la danse funèbre
Qui te prendra un jour
Adieu le bal des vivants,
Vers quelle nouvelle danse allons-nous ?
© Loup Francart
07:07 Publié dans 31. Pictoème, 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poème, écriture, poésie, littérature | Imprimer
14/10/2018
Foule
On ne convainc pas une foule avec un raisonnement,
mais avec des images contenues dans des mots.
07:44 Publié dans 45. Maximes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maxime, sentence, méditation, paradoxe | Imprimer
13/10/2018
Ephistole Tecque (10)
Ignorant quelle attitude il devait adopter, Ephistole lui avait montré quelques cailloux pesants et lui avait fait remarquer les nervures bleutées ainsi que l’imperceptible bosse dans le contour quasi symétrique des deux pôles. Il avait rapproché sa tête de la sienne pour mieux lui faire percevoir la particularité de la pierre, puis avait déposé le caillou sur le meuble qu’il avait devant lui. Il avait vu ce corps abandonné, inerte comme la matière du caillou, et l’avait porté sur le lit pour qu’il s’éveille, se meuve, s’essouffle avec une ardeur jusque-là insoupçonnée. Il s’était longtemps souvenu de ce visage aux yeux clos, les lèvres légèrement entrouvertes, le cou tendu rejetant en arrière le menton, comme si cette extension de la tête eut mieux permis la tension du corps, de la gorge offerte et des jambes entrouvertes. Souvenir plus tactile aussi de cette zone de chaleur moite qu’il avait découvert d’une caresse descendant de la forme symétrique des seins vers la forme plus apaisante et maternelle du ventre. Il se souvenait aussi, et ce souvenir évolua au fil des diverses expériences qu’il avait pu faire par la suite, d’un cri, ou deux, inhumain, presque animal, bestial dirais-je, suivi d’un long et profond soupir rauque et enfin d’une sorte de halètement apaisé comme celui du coureur à pied quelques instants après avoir passé la ligne d’arrivée.
Plaisir simple, me direz-vous, si simple qu’il semble naturel et que par là même il peut être classé parmi ces plaisirs anodins dont vous nous avez parlé plus haut. Peut-être ? Mais qui d’entre nous n’a jamais éprouvé à cet instant son illusoire puissance. Ephistole, comme vous, crut un temps avoir atteint une sorte d’idéal écologique et social. Puis son exaltation s’était faite de plus en plus brève, jusqu’à ne plus être par la suite qu’une sorte d’indifférence vis-à-vis de ces fonctions intimes. Il avait alors espacé ces moments de plaisir pour être à même d’en goûter plus profondément le charme illusoire.
07:24 Publié dans 43. Récits et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle, récit, vie, vacuité, mal-être | Imprimer
12/10/2018
Belle
Elle était belle comme la mort.
Elle connaissait la vie,
Mais préférait l’inertie
Et les lieux insonores.
Elle souriait sans cesse,
Courait d’un bout à l’autre.
Elle faisait des apôtres,
Prodiguant ses largesses.
Elle pouvait pleurer aussi.
Elle se terrait dans l’ombre,
Cachée dans les décombres,
Occultant sa gaucherie.
Jusqu’au jour où elle s’anima,
Sortit de son silence,
Fit preuve de magnificence
Et, subtilement, le fascina.
Alors l’air devint plus léger,
Les cœurs moins lourds,
Les corps de velours,
L’intimité protégée.
Il se présenta sans honte,
Raviva les désirs,
Restaurant le délire
Et lui bâtit un conte.
Elle était belle comme la mort.
Elle connaissait la vie,
Mais préféra ses envies
Et la plénitude du matamore.
© Loup Francart
07:02 Publié dans 31. Pictoème, 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poème, écriture, poésie, littérature, pictoème | Imprimer
11/10/2018
Improvisation de Gert van Hoef - Cathédrale St. Baafs à Gand
Une improvisation sur le choral de Bach : "Jésus, que ma joie demeure".
Délirant !
07:17 Publié dans 51. Impressions musicales | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : orgue, choral, improvisation, gand | Imprimer
10/10/2018
Reflets
L’avenir trouble
Un plongeon dans le néant
Plus rien n’est sans Toi
06:45 Publié dans 31. Pictoème | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pictoème, haïku, poème bref, eau, noyade | Imprimer
09/10/2018
Ephistole Tecque (9)
En dehors de ces plaisirs anodins, tel celui de la collection de cailloux, Ephistole avait cherché, ou plutôt avait trouvé par hasard, sans même en avoir ressenti le besoin puissant, sans même avoir sciemment puisé à cette force venant du bas-ventre et qui fait de nous pour quelques instants un être vulnérable, un plaisir nouveau, plus personnel, plus humain peut-être ou tout au moins plus biologique, le plaisir de l’amour. Il ne semble pas pourtant, à bien observer Monsieur Tecque, qu’il ait connu l’amour, c’est-à-dire cette communion intime de l’esprit et du corps avec l’autre face de votre moule, mais plutôt ce qu’on a coutume d’appeler le plaisir de la chair, plaisir de consommation, à la mode de notre époque, seul plaisir où la production vient après la consommation.
Ce plaisir, il l’avait en fait pris parce qu’il le fallait, comme une nécessité biologique. Il lui avait été offert par une de ces jeunes filles, jeune peut-être, fille sûrement pas, qu’il vous a probablement été donné de rencontrer un soir, alors que la solitude vous pesait ou que la compagnie d’une femme quotidienne vous fût à ce moment insupportable. Vous l’avez sans doute rencontrée dans un café bruyant, illuminé, trop, par des lustres de cuivre jaune, assise devant le bar, devant un verre, devant le garçon du bar avec qui elle semblait en excellent terme. Et vous-même vous asseyant sur le seul tabouret libre comme par hasard à côté d’elle, vous-même commandant par une étrange ironie du sort le même breuvage glacé et répondant par politesse à l’une de ces questions idiotes qu’elle a l’habitude de poser pour engager la conversation, jusqu’à ce qu’enfin, las de discourir, vous avez proposé à cette jeune fille de lui montrer votre collection de cailloux et qu’elle vous ai répondu bêtement qu’elle avait également dans sa jeunesse collectionnée les timbres. Alors elle vous avait suivi, ou plutôt vous l’aviez précédé comme le fit d’ailleurs Ephistole jusqu’à votre chambre un peu sale, désordonnée, que vous vous êtes efforcé de ranger en quelques secondes dès votre arrivée et en particulier le lit sur lequel vous aviez laissé traîner une pile de linge.
07:46 Publié dans 43. Récits et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle, récit, vie, vacuité, mal-être | Imprimer
08/10/2018
Maxime
Être simple en esprit et non simple d'esprit.
Avoir l'esprit d'enfance et non l'esprit d'enfantillage.
06:37 Publié dans 45. Maximes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maxime, sentence, méditation, paradoxe | Imprimer
07/10/2018
Pictoème
Jusqu’au dernier jour
Ils "nuagèrent" dans le bonheur...
Finir, œil dans l’œil !
07:10 Publié dans 31. Pictoème | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pictoème, haïku, poésie, poème | Imprimer
06/10/2018
Jardin public, à Laval
Le soleil est là. Enfin !
Tout d’abord, le bourdonnement :
Une multitude de sons amalgamés les uns aux autres
Qui forment une bouillie épaisse et pâteuse
D’où sort parfois une voix ou un cri
Puis, le soleil, chaleureux, accueillant
Trop, trop chaud, trop brillant, trop puissant
Peu restent en sa présence, préférant l’ombre
Bienfaisante, enjôleuse, caressante
Enfin, le vif, le cru, le rebelle, encombrant
Telle la verdure qui descend des rangs carrés
Ou ces deux amies, bavardes et inconscientes
Du calme qui émane du jardin encerclé
Et, encore un fait, les ombres sous les arbres
Fantômes avançant parcimonieusement comme flottant sur les eaux
Et contemplant silencieusement l’épaisseur de l’après-midi
L’automne cette année n’avance qu’à petits pas
Préférant se cacher au fond des frondaisons
Et se dire : « Encore un rayon ou deux ! »
07:07 Publié dans 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poème, écriture, poésie, littérature | Imprimer
05/10/2018
Ephistole Tecque (8)
Il avait passé de nombreuses heures à contempler, toucher et retourner chaque nouvelle pièce de sa collection. Il en connaissait parfaitement le volume et pouvait de mémoire en reproduire les formes diluées dans la masse. Cette connaissance faisait appel à l’espace visuel du caillou et à son espace tactile. Il savait qu’il devait écarter le pouce de l’index d’une distance qui correspondait à une certaine tension de la peau et des muscles se profilant au-dessous. Il apprenait à connaître chaque contour des veines bleutées ou rosâtres qui courraient à la surface du caillou. Il y trouvait la preuve de la vitalité interne de la pierre et de sa possibilité de rayonnement sur l’environnement. Il y attachait une grande importance, malgré la difficulté qu’il ressentait à ne pas s’identifier complètement à la perception qu’il avait du caillou. Plaisir anodin, car au fond, qui de nous n’a pas éprouvé un tel ravissement à contempler un objet quelconque, le plus simple soit-il, le plus rapproché même de la neutralité de la matière, jusqu’à s’en imprégner les sens et épuiser le pouvoir illégitime qu’il a parfois sur nous.
Ne vous êtes-vous pas surpris un jour, sans pouvoir en analyser parfaitement les mobiles, à ramasser le matin d’un jour semblable aux autres un de ces galets amenés dans la nuit par les vagues jusqu’aux limites de la marée sur le rivage et que la mer aurait abandonné comme un objet font elle n’a plus besoin ? Ce galet, vous l’avez inconsciemment mis dans votre poche et vous en avez moulé les formes avec votre paume dans les profondeurs du vêtement jusqu’à votre retour chez vous pour le poser quand vous avez eu besoin de votre main ou quand vous avez voulu mettre un objet plus utile dans votre poche. Vous l’avez déposé dans un endroit quelconque et ne l’avez retrouvé que quelques jours plus tard pour le jeter dans la poubelle ou l’enfouir dans un fond de tiroir où il repose encore.
07:02 Publié dans 43. Récits et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : http:regardssurunevissansfin.hautetfort.comtagmal-%c3%aatre | Imprimer
04/10/2018
Le mode d'habiter
Hier, dans une soirée du « Cercle du sens » que nous organisons tous les mois nous avons parlé du mode d’habiter. Le Cercle du sens a pour but de réfléchir ensemble à ce qui nous motive et nous renouvelle. Aussi, plutôt que de travailler directement à l’évolution de notre société, nous cherchons plutôt à nous poser la question du sens de notre vie pour améliorer notre propre compréhension de nos buts de vie dans la société et notre environnement. Ainsi c’est tout naturellement posé la question du mode d’habiter, concept surgi récemment dans les recherches en géographie.
La notion de mode d’habiter a fait peu à peu son apparition chez les universitaires, dont en particulier les géographes. De manière grossière, on peut dire que les lieux, d’un côté, et les personnes, de l’autre, s’influencent les uns les autres et constituent ainsi une manière unique et locale de vivre, créant de nouveaux rapports entre les êtres et les lieux. Si, comme le dit Heidegger, « habiter est un trait fondamental de l’être humain », on constate des habitudes différentes dans la vie de tous les jours et même des façons de bâtir et d’utiliser l’espace également différenciées. Ceci est vrai tant pour les sociétés que pour les personnes individuelles et leur lieu de vie, de travail, de loisirs, bref de tout lieu utilisé. L’homme des grandes métropoles a évidemment des modes d’habiter très différents de l’homme de la terre, l’homme de régions froides se distingue de l’homme de pays chauds, etc. Mais pour sortir d’un contexte trop théorique, interrogeons-nous plus profondément sur le concept et son intérêt.
Le mode vie concerne les lieux qui nous marquent et que nous marquons, c’est-à-dire les lieux qui permettent d’initier des relations et des échanges entre les personnes et les lieux qu’ils habitent, et de créer ainsi une fusion entre l’homme et le lieu qui donne à cet ensemble des particularités propres géographiquement, socialement, professionnellement, intimement pourrait-on ajouter. Le mode d’habiter permet le passage d’une conception géographique trop objective et scientifique à une vision plus humaine et personnelle à définir, entretenir, développer pour se sentir à l’aide dans son environnement. L’idée de mode d’habitat n’a de valeur que parce qu’il permet de développer un contexte d’amélioration des rapports entre l’homme et ses lieux de vie.
07:52 Publié dans 11. Considérations diverses | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : habiter, babitat, mode d'habiter, mode de vie | Imprimer
03/10/2018
Être
« Je suis celui qui est »
Ramener toute chose à l’être, car, s’il n’y avait pas d’être, il n’y aurait pas de pensée.
C’est pourquoi il est nécessaire de se dire en face de chaque personne : « Il est », de la même manière, avec la même intensité que l’on se dit : « Je suis ».
En poursuivant cette démarche, on en viendra à dire :
« Je suis parce qu’il est ».
07:22 Publié dans 61. Considérations spirituelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : être, vie, existence, essence | Imprimer
02/10/2018
Coup de froid
Il sortit, les pas sur la tête
Une bouche de chaleur dans l’oreille
Sans bruit ni trompette
Il émergea d’un tunnel sans fin
La rosée sur le nez
Appesanti par un silence fiévreux
Il se sentit extrait d’un coffre
Avec retour vaniteux à la lumière
Pfuit… Expulsé comme un pet
Et remisé sur la place publique
L’œil encore chavirant
« D’où sort-il celui-là ? »
S’exclama un gamin passant par là
Il est vrai qu’il ne sait
Cela tape dans sa tête
Comme un tambour entre deux immeubles
Suivi d’une claque, puis d’une caresse
Il ouvre avec patience les yeux
Déclenchant des ronds bronzés
Et des notes cristallines
Il cherche le cœur entre ses souliers
Et le remet à sa place
Le temps est arrêté dans sa fuite
Il surnage sur l’horizon
Flottant dans l’air vaporeux
Il contemple le visage de l’aimée
Derrière sa toile d’embaumement
L’œil ouvert, souriant et pâle
Comme une biche en forêt
Ou un pousse-pied en mer
Il n’a plus à, sans cesse, se grandir
Le sommeil se glisse en lui subrepticement
Et envahit son personnage
Il part, en toute tranquillité d’esprit
Dans les collines du rêve éveillé
© Loup Francart
07:06 Publié dans 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poème, écriture, poésie, littérature | Imprimer
01/10/2018
Ephistole Tecque (7)
Ce n’était pas cependant qu’Ephistole n’aima rien et n’éprouva pas de plaisir, quel que fut l’objet de ses divertissements. Mais ce plaisir, cette petite joie qu’on éprouve chaque jour à propos d’un rien, il la considérait comme normale, faisant partie de sa vie, se mêlant dans l’ordre logique des choses aux déceptions et déboires habituels. Il se laissait aller entre deux eaux, sans effort de sa part, comme un noyé qui, après avoir rempli ses poumons d’eau, s’est aperçu qu’il est impossible de respirer en subtilisant à l’eau trouble les quelques bulles d’oxygène qu’elle transporte. Sa seule préoccupation était de s’attacher à rester aux abords de cette ligne de démarcation impalpable, mais sensible, qui sépare les eaux en fonction de leur densité.
En fait, ses plaisirs n’étaient que passagers et plus dus à certaines circonstances extérieures qu’à une véritable conviction personnelle de leur agréable possibilité et des bienfaits qu’ils pourraient lui procurer de façon durable. Il prenait le plaisir comme il venait, inéluctablement, avec la simplicité de l’acceptation, car aucun détachement ne s’y mêlait (si ce n’est une sorte d’inertie à participer). Il le laissait repartir, non pas comme un être anormalement repu de jouissances de toutes sortes, mais comme s’il acceptait l’ordre inévitable du temps, ce va-et-vient continuel de contradictions qu’éprouve chaque homme au cours de sa vie. Il avait éprouvé des plaisirs banals qui sont peut-être les seuls vrais plaisirs intimes parce qu’ils semblent parfaitement anodins et injustifiés à autrui quoique celui-ci en éprouva de semblables pour d’autres choses. C’était par exemple la collection de cailloux qu’il avait patiemment accumulée au cours de plusieurs années de recherche dans les différents lieux qui l’avaient accueilli. Elle gisait maintenant éparse dans un tiroir de son armoire, ou, pour les plus belles pièces, sous son lit, comme si la matière des cailloux eût pu lui transmettre durant son sommeil l’inertie qu’il opposait aux évènements quotidiens.
06:49 Publié dans 43. Récits et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle, récit, vie, vacuité, mal-être | Imprimer
30/09/2018
Sentence
L'enfant mange, le vieillard regarde. La sagesse est dans le regard et l’ouïe, l'avidité dans les autres sens. Et pourtant, ne voit-on pas des enfants contempler et des vieillards saisir avec avidité ?
L'enfant est souvent plus proche de la vérité par son innocence que le vieillard redevenu un enfant dans son instabilité.
08:03 Publié dans 45. Maximes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maxime, sentence, méditation, paradoxe | Imprimer
29/09/2018
Celui qui Est, transcendant, immanent et personnifiant
Qui est Dieu pour moi ?
Quelle question ! Cela relève tellement de la conviction intime que l’on ne peut échanger sur ce sujet. Mais comme personne n’a de réponse à cette question, peut-être faut-il se contenter de questions qui permettront de faire progresser notre connaissance ou notre expérience de Dieu au-delà des réponses des religions quelles qu’elles soient.
C’est à l’expérience que je veux faire appel et non pas à un savoir sur Dieu. Cette expérience s’appuie sur trois constats et une conclusion (non expérimentale pour moi) :
* Dieu est transcendant. C’est le Dieu dont commence à parler la science, l’initiateur du Bigbang. On ne sait rien de lui. Est-ce un être avec une volonté qui sait ce qu’il fait ? C’est probable. Mais certains parlent de hasard ou de nécessité. Quelle nécessité de créer l’univers à partir du néant ? Même cette idée suppose la volonté de créer. De plus, le néant peut-il engendrer ? S’il le fait, c’est qu’il n’est pas néant.
* Dieu est immanent. Il vit en toutes choses. Il est l’univers en même temps qu’il est hors de l’univers. C’est pourquoi l’univers est beau et nous tire des larmes de joie. C’est aussi pourquoi chaque être est unique, homme, animal, plante, voire planète et constellation. Mais pour le voir, il faut s’éduquer par expérience personnelle, retirer ses lunettes et se laisser réjouir par la vie.
"Prendre conscience de notre être véritable, c'est réaliser le sens de notre vie en relation avec le cosmos tout entier, c'est nous identifier à la divinité qui pénètre toute vie, qui est derrière chaque pensée que nous avons, chaque forme que nous voyons, chaque fleur que nous rencontrons."
Ma Anandamayi
* Dieu est personnifiant. Il nous entraîne à chercher toujours plus en nous, à nous personnifier. Il facilite ainsi le passage d’une idée abstraite de la nature humaine (l’homme est matière et pense par hasard) à l’idée de la personne humaine tendant à devenir personne divine (l’homme est esprit avec un corps matériel). Mieux, Saint Irénée n’affirme-t-il pas que Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ? Cette personnalisation est l’œuvre de la vie d’un homme, chacun à sa manière. C’est ce que les orientaux appelle la réalisation de soi, bien que l’on ne se réalise jamais complètement, sauf peut-être (qui sait ?) au moment ultime de la mort. Mais seuls ceux qui sont de l’autre côté peuvent le savoir.
* Dieu est celui qui est plus nous-même que nous-même. Enfin, certains entrent en relation avec Dieu et font l’expérience de Dieu en tant que personne. Comment ? Seuls ceux qui en ont fait l’expérience le savent et peuvent en parler.
" Lorsque l'âme est libérée du temps et de l'espace, le Père envoie son Fils dans l'âme."
Maître Eckhart
"On atteint la perfection de la connaissance lorsqu'on voit Dieu en chaque homme."
Ramakrisna
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07:26 Publié dans 61. Considérations spirituelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : divin, divinité, absolu, déité | Imprimer
28/09/2018
Équerre
L’eau seule est d’équerre
Avec la verticalité du rêve
Le plan et … le vide
Où donc as-tu tenté ta chance
Dans l’eau qui glisse
Ou l’ombre qui se dérobe ?
Chaque ondulation te rapproche
Le saut se révèle-t-il ?
Ce n’est pas encore le moment
Laisse-toi charmer par l’étincelle
Enrobé de lumière, le soir
Dévide sa prestance et son souffle
Enfoui dans l’eau, perdu
Je contemple le coucher
Comme un gamin ensorcelé
« Approche… Approche… »
Mais la brise te pousse
Et t’empêche d’atteindre ce mur
Qui sépare la réalité du rêve
Le poids de ton corps dans l’eau
Ou la poussée de l’imagination
Qui te fait bondir
Au-delà du paysage
Et t’entraîne sur la pente
Des images qui défilent
Une à une d’abord
Puis ensemble, mêlées
Enlacées, superposées
Jusqu’à la rupture mentale
Parfois les gouttelettes te voilent
L’attrait du vide attirant
Mais t’empêche de dépasser malgré tout
Le trait de l’horizon
Qui ferme ton existence
Et t’ouvre à l’inconnu
Au sans nom
Aux formes doucereuses
A l’angle de tes remords
Et l’arrondi de ta chute
Tu passes la tête
Sans vraiment jeter un coup d’œil
Ton corps frissonne d’effroi
Ton cœur se soulève et pleure
Mais tu ne peux t’empêcher
D’éprouver le pincement
Du bonheur interdit
Et cette délicate assurance
Que donne le manteau bleu
Des jours sans nuages
Tu es prêt à sauter
A franchir la ligne de l’horizon
Pour t’envoler hors de toi
Dans l’azur libre d’objets
Peuplé de rêves et d’idoles
Tu quitteras le liquide froid
Pour l’air échaudé du virtuel
Et peut-être même
Pour l’indescriptible
Ce sera la fin
Dans la joie folle
D’une vie bien remplie
Où les paysages sont mouvants
Et les baisers si doux
© Loup Francart
07:57 Publié dans 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poème, écriture, poésie, littérature | Imprimer
27/09/2018
Ephistole Tecque (6)
Aussi vivait-il toujours cinq ou six ans après son installation (s’était-il d’ailleurs installé) en face de la même glace, la même armoire, dans le même lit dont le côté droit était légèrement affaissé parce qu’il y dormait plus souvent que sur le côté gauche. Et sans doute cet affaissement involontaire était-il une des seules transformations de sa chambre et du mobilier, si ce n’est l’entassement continuel de revues techniques et de journaux spécialisés qui, après avoir encombré les placards, débordaient maintenant des extrémités de la pièce vers son milieu, enduits d’une légère couche de poussière.
Madame Irmide, sa logeuse, semblait avoir trouvé dans son bon sens de matrone affable, le véritable problème d’Ephistole. A quoi bon ! Tel était souvent son dernier mot. Pour quoi faire ? demandait-il également. Ephistole ne croyait pas à grand-chose comme beaucoup de ses congénères qu’il croisait chaque matin en se rendant à l’usine. Croire à quoi, disait-il, et d’abord qu’est-ce que croire ? Croyez-vous qu’il faille croire à quelque chose pour vivre. Certainement pas. Ce manque de croyance n’empêchait pas Ephistole de vivre, c’est-à-dire chaque matin de se lever à sept heures après avoir rêvassé dans son lit, de se raser et de se laver tout en faisant chauffer sur un petit réchaud de fonte l’eau dans laquelle il mettait un sachet de thé à infuser, puis d’enfiler son imperméable tout en buvant sa tasse de thé trop chaude, de traverser la ville, une partie de la ville dans la tiédeur du petit matin, pour ouvrir d’un geste décidé la porte de son bureau et se plonger dans d’invraisemblables calculs qui s’accumuleront dans des chemises entrouvertes sur une table.
Cette absence de désir ne l’empêchait nullement de prendre de bon appétit son déjeuner au self-service de l’usine en compagnie d’autres ingénieurs aussi peu bavards que lui. Ils échangeaient cependant, par politesse ou distraction, quelques mots sur le temps toujours aussi pluvieux et maussade ou sur des arrivages de matières premières, en retard comme à l’accoutumée. Enfin, chaque soir, malgré son absence certaine de croyance en quelque chose, il rentrait chez lui pour se déshabiller et plonger distraitement dans les draps fripés de la veille. Ainsi vivait, depuis huit ou neuf ans, Ephistole Tecque, ingénieur chimiste.
07:10 Publié dans 43. Récits et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle, récit, vie, vacuité, mal-être | Imprimer
26/09/2018
La vertu
Ce n’est que dans le renoncement que l’homme accède à la véritable vertu (accéder à quelque chose et non pas la posséder). S’il se tend perpétuellement vers la vertu, il finira peut-être par la posséder, mais il la perdra par le fait même de sa possession.
Quand l’homme faute, ce n’est parce qu’il est insuffisamment vertueux, mais parce qu’il ne renonce pas suffisamment à lui-même.
07:18 Publié dans 45. Maximes | Lien permanent | Commentaires (0) | Imprimer