26/11/2018
Métamorphose
Il vécut comme il mourut, prestement
En étoile filante, comme un souffle silencieux
Dieu, que d’arrogance dans cet entrefilet
Où l’homme devient singe hirsute
Baillant aux corneilles étonnées
L'histoire d’une femme délaissée
Quelle pitié que cette jeunesse enfermée
Dans un corps sans contour ni forme
L’homme saisit un bout de chair
Tâta prestement du doigt son élasticité
Puis, délaissant la fraîcheur odorante
Se tourna vers l’ombre vivifiante
Où donc vas-tu aller, toi l’autocrate
Aux poils longs et vigoureux ?
Rien ne va plus ! La mort entre
Pliée en deux, le regard avide
Elle ne dit mot, mais d’un doigt
Ouvrit le cœur de l’homme ébahi
Un filet d’air se glissa dans la fente
Ouvrant sur une couleur inédite
Le pincrol, mélange surchargé
Qui fait pleurer les yeux fatigués
Le sang gicla comme une fontaine
Mais la couleur âcre et inodore
Étalait la tache sur son corps
Et l’emplissait de dédicaces
L’être allait et venait en lui
Sans jamais s’écarter du sujet
Proche de l’impossible vengeance
Prononçant trop tôt le mot fin
Sous la lampe blafarde
Sous l’ombre vivifiante
Devant cette statue irradiante
Il perdit pied et ouvrit les mains
Plus rien ne va dans sa tête
Enveloppé de contentement
Il regarde le ciel, bouche ouverte
Et pousse le seul cri qui soit possible
« Dieu, rejoins-moi, soutiens-moi
Berce-moi, embrasse-moi
Et rend ce passage insensible
Me voici, plus vivant que jamais »
© Loup Francart
07:45 Publié dans 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, écriture, poème, littérature | Imprimer
25/11/2018
Un clin d'oeil sur la 5ème de Beethoven
Un clin d'oeil sur la 5ème de Beethoven :
https://www.youtube.com/watch?v=vcBn04IyELc
N'est-ce pas une idée désopilante !
07:37 Publié dans 51. Impressions musicales | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musique symphonique, beethoven, dessin, animation | Imprimer
24/11/2018
Changement
Il est vain de vouloir changer les choses, car l’homme a horreur du changement. Transformer le monde progressivement sans que les gens en prennent conscience et sans que cette transformation leur semble venir de lui.
07:53 Publié dans 45. Maximes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maxime, sentence, méditation, paradoxe | Imprimer
23/11/2018
Ephistole Tecque (19)
C'est la pluie qui m'a réveillé, pensa-t-il. Elle m'a fait rêver qu'il pleuvait, que j'avais froid et qu'il fallait fermer la fenêtre. Il faut fermer la fenêtre, mais comme il fait froid !
Il avait froid, très froid, ses pieds lui parurent glacés au toucher. Il eut conscience qu'il fallait sortir de cette zone tiède que formait encore le lit pour se plonger dans l'obscurité glacée, mais il pensa qu'il était préférable de fermer la fenêtre plutôt que d'attendre qu'il fasse encore plus froid. Il écarta donc les couvertures d'un bras, s'incurvant légèrement sur lui-même pour extraire du lit ses deux jambes et prolongeant ce mouvement d’incurvation horizontal en flexion verticale du rein, se mit à quatre pattes pour marcher vers l'extrémité droite du lit, située à côté de l'armoire à glace qu'il lui fallut enjamber après avoir posé les pieds sur le plancher glacial parce qu'il avait la veille oublié d'en fermer le tiroir d'en bas. Deux pas après le pas plus ample de l'enjambement, il allongea le bras droit, cherchant le contact du métal de la poignée qu'il trouva instantanément. Mais à peine allait-il la tourner qu'un vide étrange l'étreignit et qu'il prit dans son lit, entre les couvertures, conscience qu'il pleuvait au dehors et que le froid avait pénétré dans la pièce.
Alors Ephistole eut peur. Il avait rêvé et crut être éveillé, et il était maintenant éveillé par le froid qui avait pénétré jusqu'à son corps à travers les couches successives qui le recouvraient, c'est-à-dire le mince drap de toile, les deux couvertures de laine blanche et l'épais couvre-lit en tissu écossais à prédominance rouge. Il entendait la pluie tomber sur la verrière et il avait froid, surtout aux pieds. Il fallait fermer la fenêtre et retrouver le sommeil dans la chaleur et le silence. Écartant les couvertures et voussant fortement le rein, il réussit à extraire ses deux jambes et se mit à quatre pattes progressant ainsi jusqu'à hauteur du pied droit du lit pour finalement poser ses deux pieds sur le plancher dont la cire semblait congelée. Grâce à l'habitude qu'il avait d'évoluer dans sa chambre, ce lui fut un jeu d'enfant d'enjamber le tiroir de l'armoire à glace, de prolonger cet enjambement par deux pas jusqu'à trouver du bout des doigts la poignée métallique de la fenêtre. Une incroyable angoisse s'empara alors d'Ephistole quand il eut conscience d'avoir encore rêvé, de ne pas être réveillé.
07:34 Publié dans 43. Récits et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle, récit, vie, vacuité, mal-être | Imprimer
22/11/2018
Un instant
Instant subtil et fragile
Que ce passage du brouhaha
Au silence intérieur
C’est un flash de compréhension
Inaccessible au moi
Qui tourne dans la tête
Comme une lune indestructible
Certes il a ce désir tendre
Du silence indéfinissable
Mais celui-ci ne vient qu’à son heure
Espérée, sans qu’on la choisisse
Il regarde en lui
Il s’efforce de nager à contre-courant
Il tente de bloquer
Cet être qui le domine
D’un coup les défenses tombent
Décollage imperceptible
Les roues quittent le sol
Il largue ce moi encombrant
État d’apesanteur, consolant
Des efforts entrepris vainement
Il passe à travers lui
Et ne rencontre rien
Mais ce rien devient tout
Et même plus encore :
Un matelas d’air frais
Qui porte l’espérance
Le noir de la conscience
Devient l’éclair de la lumière
Un flash intérieur qui survient
Sans que l’on puisse le prédire
Son carburant est l’absence
Devenue présence inconnue
A conserver les mains en coupe
Sans le moindre courant d’air
Il vole dans un azur infini
Franchit les collines
Atteint ce lieu indéfini
Qui s’ouvre sur le néant
Et ce néant devient le tout
Qui pénètre le cœur
Et rend la transparence
A ce moi qui n’est plus
Il est
En pleine conscience
Hors de toute connaissance
En plénitude du soi
© Loup Francart
07:30 Publié dans 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poème, écriture, poésie, littérature | Imprimer
21/11/2018
Contact avec l'autre
L’amour est le seul contact véritable avec les autres :
osmose des âmes
et non superposition temporaire.
07:40 Publié dans 61. Considérations spirituelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amour, connaissance, autre, moi | Imprimer
20/11/2018
Le plaisr d'essence
Publié le par Bérislav KOVACEVIC
(From https://www.auto-infos.fr/Le-plaisir-d-essence,10503.html)
Dans ce monde de brut,
de moins en moins raffiné,
nous passons Leclerc de notre temps
à faire l’Esso sur des routes, pour,
au Total, quel Mobil ?
On se plaint d’être à sec,
tandis que le moteur économique,
en ce temps peu ordinaire,
est au bord de l’explosion,
dans un avenir qui semble citerne.
Il conviendrait de rester sur sa réserve,
voire, jauger de l’indécence de ces bouchons
qu’on pousse un peu trop loin.
Il y a des coups de pompes
ou des coûts de pompes
qui se perdent…
La vérité de tout cela sortira-t-elle du puits de pétrole ?
Qu’en pensent nos huiles ?
Peut-on choisir entre L’éthanol et l’État nul,
voilà qui est super inquiétant !
C’est en dégainant le pistolet de la pompe
qu’on prend un fameux coup de fusil.
Je vous laisse réfléchir sur cet axe-là ou sur ces taxes-là...
Bonne route à tous !
07:02 Publié dans 12. Trouvailles diverses | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : les gilets jaunes, protestation | Imprimer
19/11/2018
Ephistole Tecque (18)
Ephistole dormit une heure ou deux, presque profondément, étreignant de ses bras pliés un des coins de son oreiller, la tête légèrement enfoncée au-dessous comme pour se protéger des bruits extérieurs. Mais cette position ne l'empêcha pas d'entendre tomber la pluie qui se précipitait sur la verrière installée sous sa fenêtre pour abriter le tas de charbon de madame Irmide, avec un bruit de roulement de tambour dont les baguettes auraient cependant été entourées de chiffons. Depuis quand la pluie tombait-elle ? Il ne savait pas exactement. Il avait rêvé que cette cour, minuscule puisqu'elle ne faisait que cinq mètres sur quatre, était l'objet de terrassements compliqués afin d'édifier un nouvel immeuble, plus impressionnant et grandiose que celui dans lequel se trouvait son lit, puisque ce dernier aurait servi de cour à l'édifice en construction. Il avait vu les plans et en avait conçu une sorte d'étouffement qui l'avait réveillé avec le bruit des marteaux-piqueurs. Il hésita un moment dans la chaleur de son lit à se lever pour fermer la fenêtre, car il craignait que la pluie ne coule à l'intérieur et n'inonde la chambre. Mais comme ce n'était jamais arrivé, même au cours d'une journée particulièrement pluvieuse, il se dit qu'il pouvait rester au chaud et cultiver à nouveau la recherche du sommeil. Celui-ci vint à nouveau, un peu agité, distrait, car la pièce avait été refroidie par l'air frais entrant par la fenêtre entrouverte et le corps d'Ephistole s'était recroquevillé sur lui-même, les jambes se rassemblant à hauteur des genoux à proximité de la poitrine, les deux bras encerclant soigneusement le nid de chaleur moite existant à hauteur du ventre.
Alors vint l'enroulement. Ephistole n'aurait su dire s'il rêvait qu'il était éveillé ou s'il était véritablement éveillé. Il avait froid, très froid. Ses pieds lui parurent glacés au toucher, comme s'il avait pris dans ses mains un de ces animaux à sang froid qui provoquent toujours un sentiment incontrôlable de dégoût. Il eut conscience qu'il devait fermer la fenêtre, car c'était elle qui était la cause de ce froid insupportable. Mais il fallait sortir de cette zone tiède que formait encore le lit pour se plonger dans l'obscurité glacée qu'il envisageait à travers les couvertures. Après réflexion, il préféra fermer la fenêtre et se réchauffer au radiateur plutôt que d'attendre qu'il fasse encore plus froid. Il écarta les couvertures d'un bras, s'incurvant légèrement sur lui-même pour extraire du lit la jambe gauche, puis la droite presque en même temps d'un même mouvement prolongé et redressa le buste jusqu'à être assis sur le lit, puis aussitôt après à quatre pattes, marchant vers le pied du lit ou plutôt l'extrémité du côté droit. Il lui fallut encore poser les pieds par terre, sur le plancher rugueux dont le contact glacé après la tiédeur des draps lui parut insupportable, allonger le bras droit dans l'obscurité jusqu'à toucher un des côtés de l'armoire à glace devant laquelle il avait l'habitude de se raser le matin et enjamber le rebord du lit parce qu'il avait oublié de repousser le tiroir du bas. Deux pas encore et tendant les bras, il chercha le contact du métal de la poignée, légèrement différent de celui du verre, d'un froid plus métallique et aigre que le froid lisse et mat de la vitre. Il tenait la poignée et allait la tournait pour ouvrir le battant fermé, puis le rabattre à nouveau en l'imbriquant dans celui qui était resté ouvert, quand il eut soudain l'étrange impression de ne plus rien tenir, d'étreindre le vide, et l'instant suivant, conscience d'être dans son lit, conscience de la pluie qui tombait sur la verrière comme un roulement de tambour atténué.
07:54 Publié dans 43. Récits et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle, récit, vie, vacuité, mal-être | Imprimer
18/11/2018
La cave
L’agent du sous-sol, un homme épais à l’haleine peu fraîche, l’attendait en bas des escaliers. Elle n’avait que onze ans, une figure ronde et joyeuse, un sourire aux lèvres. Mais ce matin, elle avait peur. De quoi ? Elle ne savait. Peut-être le froid qui l’avait prise en descendant les marches ou encore en raison de la mission qu’elle venait de recevoir : chercher une bouteille de vin à la cave. Elle était pourtant déjà descendue, le plus souvent accompagnée, parfois uniquement de sa petite sœur, Emilie. Elle lui tenait la main et lui disait : « N’aie pas peur. C’est là, en bas, à droite. On ouvre la porte, on tend la main, on prend le goulot d’une bouteille et on tire en prenant garde de ne pas en faire tomber d’autres. » Aujourd’hui, elle était seule. Elle avait été moquée par son père qui avait dit au reste de la famille : « Laissez-la faire. Elle doit maintenant se débrouiller seule ! » Alors, pour ne pas paraître peureuse, elle avait regardé sa maman qui avait souri et avait ouvert la porte de la cave. Elle ne savait pas qu’il y avait un employé qui y travaillait. Personne ne l’avait prévenue. La lumière était insuffisante et l’homme se reposait, assis sur des sacs vides. Lui aussi fut surpris d’entendre quelqu’un descendre. Juste de petits pas discrets et incertains. Elle s’accrochait à la rampe froide, tâta quelque chose de gluant, poussa un petit cri en s’arrêtant, puis se rappela que les toiles d’araignée encombraient la descente. Elle se força à poursuivre, essuyant sa main gauche dans son tablier, et s’obligea, tremblante, à avancer une jambe sur le vide, pliant l’autre jusqu’à ce qu’elle touche la marche inférieure. Cela lui parut long, interminable et elle vit l’homme bouger. Elle poussa un cri, sentit ses jambes se dérober sous elle et tomba mollement sur le sol de terre. Elle était arrivée en bas. Elle vit l’homme se pencher vers elle, sentit ses mains la prendre par les épaules et les jambes et la déposer sur les sacs. Ils sentaient la carotte, une odeur doucereuse et persistante qui lui redonna confiance. Elle ouvrit les yeux et le regarda.
– Que faites-vous là ? Qui êtes-vous ? osa-t-elle lui demander, tremblante de peur.
– Je travaille à la réparation de la cave d’à côté. Le mur entre les deux maisons s’est écroulé, il le refaire.
En effet, un trou béant se remarquait au fond de la pièce, laissant passer la lueur des ampoules de la pièce à côté.
– C’était donc çà, le bruit que j’ai entendu au milieu de la nuit dernière.
– Tiens, regarde, tu saignes !
Effectivement, Olga s’était écorchée le genou en tombant. L’homme sortit un mouchoir de sa poche et tamponna avec douceur la partie ensanglantée de sa jambe.
– As-tu mal ? lui demanda-t-il.
– Ça pique un peu. Des larmes perlaient maintenant de ses yeux. L’homme écarta un bras et la coinça contre son buste, l’entourant de ses bras. Elle se sentit bien.
– Mais que viens-tu faire à la cave ?
– Je venais chercher une bouteille de vin.
– Toute seule ?
– Oui, mon papa veut que je sache me débrouiller toute seule, sans avoir peur.
– Et pour cela il t’envoie dans le noir pour te guérir de ta peur ?
– Oui. Il dit que je finirai par avoir l’habitude de ne plus avoir peur.
– Et c’est le cas ? demanda-t-il.
– Je ne sais pas, c’est la première fois que je le fais.
– Et tu n’as pas eu peur lorsque tu m’as vu ?
– Si, un peu, mais il était trop tard. La porte était déjà fermée là-haut. Alors il fallait faire face.
Et maintenant, as-tu peur ?
– Oui, encore un peu. Je ne vous connais pas et c’est la première fois que je vous vois. Mais en même temps, je me sens bien. Je suis protégée.
– Viens voir de l’autre côté.
Elle avança vers le trou se sentant attiré vers la lueur dorée qui luisait au-delà. L’homme l’accompagnait, la main sur son épaule, une main rassurante qui la poussait quelque peu. Elle entra dans une vaste pièce éclairée par d’immenses lustres qui diffusaient une lumière irréelle, trop artificielle. Rien, il n’y avait rien, même pas une porte. Elle se tourna vers lui sans comprendre. Il mit son doigt sur ses lèvres et lui fit signe d’avancer. La lumière changea, devint plus diaphane et des étoiles apparurent quand elle leva les yeux. C’est vrai, il n’y avait rien, mais qu’elle était bien. Une douce tiédeur l’entourait. Elle fit un pas, puis deux, seule, puis courut, tendant les bras pour s’appuyer sur quelque chose. Elle poussa un petit cri de joie, puis se tourna vers l’homme. Mais il n’y avait plus personne. Elle était seule, seule avec elle-même, et se sentait bien. Elle courut encore et sentit le sol rebondir sous ses pieds. Elle courait sans effort. Elle s’arrêta, s’assit sur le sol, se sentit lasse et finit par s’endormir.
Elle se réveilla dans le salon de sa maison, derrière ses parents qui la cherchaient. Ils parlaient entre eux, s’interrogeant :
– Mais enfin, où est-elle passée ? disait son père.
– Voilà ce que c’est d’envoyer seule une enfant à la cave, commentait sa mère.
– Mais je suis là, tentait-elle de dire sans que ses parents réagissent.
Enfin, sa mère se retourna, la vit, l’enserra dans ses bras :
– Ma fille, comme tu as grandi. Je ne te reconnais plus. Que s’est-il passé ?
– J’ai vu le paradis. Il n’y a rien, mais qu’on y est bien ! Elle n’en dit pas plus. Elle monta se coucher et dormit jusqu’au matin.
À son réveil, elle avait tout oublié, mais elle n'eut plus jamais peur.
07:47 Publié dans 43. Récits et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : récit, vie, aventure, surprise | Imprimer
17/11/2018
Ecoulement
L’eau morte coule le long des tuyaux
J’entends son gazouillis dans le creux de ma main
Goutte à goutte le temps s’écoule
Les gens dans leur bêtise hautaine
Glissent le long des trottoirs embués
Tandis que l’œil morne des fenêtres les observe
Les vents poussent la brume et les franges des manteaux
Traînant dans la boue houleuse de nos pas
Une main fine a essuyé les larmes qui creusent l’œil
D’un geste mouillé et gémissant
Les rues fuient les rues sans se séparer
Et la nuit abat sa longue cape de deuil
L’eau ruisselle et éponge le son des pas
Et les passants cachent leur misère
Derrière un col ou sous un parapluie
Marche continuelle et pressée
Qui ne finira jamais sa danse effrénée
Le fer de mon balcon a perdu sa beauté
Comme les volets ont fermé leur bras
Les ombres regagnent la clarté enfermée
Dans le sein des flancs de ces rues
Pendant que s’étend la grande bête noire
Goutte à goutte le temps s’écoule
© Loup Francart
07:20 Publié dans 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, écriture, poème, littérature | Imprimer
16/11/2018
Le parfum de Dieu
Chercher Dieu dans les bois, la mer, les montagnes ou les plaines est un jeu aussi vain que de le chercher dans les églises et les livres, y compris ceux écrits par Dieu lui-même comme le prétendent leurs adeptes. Vous n'y trouvez que ce que l'on dit de lui, alors que l'important est d'en faire l'expérience.
Plusieurs fois, il vous est arrivé de humer l’air et de sentir ce parfum subtil, inconnu jusqu’à maintenant, qui ouvre en un instant votre être au ravissement. Vous vous contemplez suspendu au parachute, poussé par les vents contraires de la grâce, petit grain d’homme dans le tourbillon de la vie et du monde. C’est un parfum prenant qui vous décoiffe comme un ouragan : Dieu passe ses doigts dans vos cheveux et vous allège du poids du monde. Ce parfum, vous ne pouvez ni le saisir ni le voir. Mais si vous fermez les yeux, il peut vous envahir en une seconde, disparaître en un clin d’œil et vous laisser au cœur la douceur des amandes, la caresse du chat, le chatouillement de l’écoulement de la rivière, le murmure de l’être aimé(e). Vous voulez garder en vous ce parfum décisif et marcher droit devant en humant la beauté du monde, mais peu à peu s’impose l’autre réalité.
Vous redescendez vers les odeurs journalières, vers la morne quotidienneté du chou et du cambouis. Le nuage s’est envolé. Il ne vous reste plus que cet élan vers lequel vous tendez les bras. Oui, courrez derrière lui. Mais ne vous rompez pas les os en larguant vos suspentes.
07:40 Publié dans 61. Considérations spirituelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dieu, grâce, croyance, sens de la vie | Imprimer
15/11/2018
Ephistole Tecque (17)
Quelle heure était-il ? L'insuffisance de la lumière l'empêchait de regarder sa montre comme il l'aurait fait en plein jour, et la lumière diffuse du réverbère de la rue, deux immeubles plus loin, interdisait l'effet de phosphorescence qui lui eut permis de voir les aiguilles dans l'obscurité. Tant pis. L'essentiel est de dormir, d'arriver à dormir, à sombrer dans le sommeil réparateur qui lui ferait oublier les pensées qui grouillaient dans sa tête comme des fourmis à l'intérieur d'une fourmilière.
L'air frais lui fit du bien. Il ouvrit complètement la fenêtre, respira l'odeur moite de la nuit, s'inquiéta aussi, car ce changement d'atmosphère allait chasser de lui cette trouble somnolence qui précède le sommeil et qu'il s'efforçait d'entretenir depuis qu'il avait fermé son livre et éteint la lumière crue venant de sa table de nuit. Songeant qu'il pourrait avoir froid pendant la nuit et qu'il lui faudrait à nouveau se lever et abandonner le coussin d'air chaud entretenu par son corps sous les couvertures, il referma un des battants, laissant l'autre légèrement entrouvert et maintenu par la poignée inclinée horizontalement. Il revint vers son lit, se glissant entre les draps, remontant les couvertures jusque sous le menton. Il avait froid maintenant. Cherchant le sommeil à nouveau, cela lui parut plus facile d'abord, car la fraicheur extérieure semblait avoir endormi, ralenti quelque peu le cheminement rectiligne des pensées, faisant de celui-ci une sinusoïde imparfaite, imprévisible, parfois interrompue par un vide insaisissable qui était le seuil même du sommeil. Enfin, Ephistole, dans un glissement imperceptible pour lui, sombra lentement dans le puits du sommeil, vers des régions de la pensée qui lui étaient inconnues, dont il ne pouvait pas avoir conscience, descendant toujours plus profondément dans cet océan trouble, jusqu'à s'enfoncer mollement dans la vase impalpable des fonds.
07:48 Publié dans 43. Récits et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle, récit, vie, vacuité, mal-être | Imprimer
14/11/2018
Sentence
Ce qui perd l’homme, c’est cet immense orgueil
qui lui fait croire que parce qu’il pense, il est, face au reste.
07:43 Publié dans 45. Maximes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maxime, sentence, méditation, paradoxe | Imprimer
13/11/2018
Libre
Libre…
Que crois-tu être ?
La pesanteur te pèse-t-elle ?
Elle te tire vers le bas
Pour mieux t’élever
Ne pas bouger
N’est pas une solution
Lance-toi derrière tes pensées
Cours après la vie
Réjouis-toi de cette attirance
Vers la lourdeur des mots
Là-bas, plus loin… Très loin
Dans la clarté obscure
Au-delà de ton entendement
En ce lieu inconnu et sans poids
Qui t’attire et te rejette
Erre l’absence des modèles
Des règles et de la morale
Oui, la vie est sans fin
Ouverte sur le monde
Ne traîne pas ce bagage inutile
Que tu t’efforces de gonfler
Laisse-le au bord du chemin
Et va libre de contraintes…
Mais ne te trompe pas de direction
Ne va ni à gauche ni à droite
Ni en haut ni en bas
Ouvre ton cœur
Et marche vers toi
Là où rien ne guide tes pas…
© Loup Francart
07:15 Publié dans 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, écriture, poème, littérature | Imprimer
12/11/2018
La dernière fois que j’ai rencontré Dieu, de Franz-Olivier Giesbert
« Dieu est une chose trop importante pour être confiée aux religions », annonce Franz-Olivier Giesbert dans son avant-propos. Mieux même, il énonce que « l’existence de Dieu ne se prouve pas, elle se sent ». Et il renonce à trouver Dieu dans la théologie et même l’intellect. Alors il nous raconte ses tentatives pour rencontrer Dieu : l’eau qui coule et qui emmène loin de soi, le bouillonnement de la vie, l’harmonie des après-midis dans l’infini du monde. « J’ai retrouvé Dieu au sommet d’un tas de foin qui sentait le caramel cuit ». Mais sa première rencontre avec le Dieu d’amour se fit dans les yeux de sa mère, « le regard maternel l’emmena très loin, dans une danse effrénée jusqu’au bout de l’azur ».
Depuis lors, sa conviction est que Dieu c’est la nature. Il comprend l’antispécisme comme une égalité qui lui fait dire que la condition animale, voire celle des plantes, est égale à celle de l’homme. Il fait pour cela appel aux religions orientales, en particulier à l’hindouisme et au bouddhisme. « Le bouddhisme est un panthéisme où Dieu et tout et tout est Dieu, le bien, le mal, le vrai, le faux, l’amour, la haine, la bête, l’homme, la part d’ombre, de lumière, etc. l’hindouisme ne voit pas les choses de la même façon. L’un de ses textes fondateurs, l’Advaita Vedanta de Brahma-Siddhi stipule : le Brahman est tout mais tout n’est pas le Brahman ».
L’auteur, après cinquante pages de poétique vision du monde entre dans sa vision des religions. L’effet sur le lecteur n’est pas le même. Les poètes regretteront sa verve campagnarde. Les philosophes se dotent d'un langage scientifique, les scientifiques manque d’approfondissement. Le livre alors s’ouvre en deux : le visible évalué par la science, la rationalité, l’analyse ; l’invisible discerné par le cœur, les sentiments, la beauté et la bonté. Le pont entre les deux ? Le panthéisme qui unifie le monde et Dieu. Alors, tout au long du livre, il oscille entre les deux approches, par l’intellect et les sentiments. Il nous parle du regard d’une chèvre, Rosette, et explique que « notre moi humain nous a bouché la vue sur le monde. Elle nous a empêchés d’approcher Dieu, de le toucher et d’être en sympathie avec lui, c’est-à-dire vous, nous, tous les autres. Il dévoile des ponts entre les deux : François d’Assise, saint et voyou ; les avancées cosmologiques qui mettent en évidence que nous ne sommes pas au centre du monde.
Mais ne dévoilons pas l’ensemble du livre. Ne retenons qu’un conseil : « Merci est ma prière » (chap. 33), merci la vie, merci le monde, merci la nature. Et pourtant, « notre vieux monde vit sous la dictature de la déploration et de la mélancolie… Tout va mal, même quand tout va mieux… C’est pourquoi il n’est pas de bon ton, aujourd’hui, d’admirer, de célébrer, de dire merci.
Et dans l’épilogue, Franz-Olivier Giesbert ajoute : « Même si j’ai pensé que la mort se rappelait à moi, je suis sûr que j’ai gardé mon sourire con : alors que l’âge venait, elle ne me gâcherait jamais la vie que j’ai passé à mourir de joie en attendant de murmurer, l’instant fatal, ce vers d’Aragon qui résume notre destin ici-bas : Ce serait vivre pour bien peu s’il fallait pour soi que l’on vive… »
07:17 Publié dans 41. Impressions littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, publication, éditeur, dieu, nature, monde cosmos | Imprimer
11/11/2018
Ephistole Tecque (16)
Cela dura des heures. Peut-être ne fut-ce qu'une heure ou deux, mais déjà la nuit lui semblait plus qu'à moitié écoulée et cette absence de sommeil, cette impossibilité de trouver le sommeil, le faisait enrager, car il savait qu'au réveil, si jamais il parvenait à s'endormir, ce sommeil l'assiègerait, rendant la journée maussade, insupportable, pire encore que ces journées d'automne, brumeuses et froides. Peut-être avait-il trop chaud, peut-être même en dehors de ce lit qui était devenu une étuve, faisait-il trop chaud dans la pièce. Oui, sans doute, la vieille Irmide avait encore dû pousser le chauffage de quelques degrés, n'arrivant pas à réchauffer son vieux corps fatigué, malgré les édredons et les couvertures. Il faut que j'ouvre la fenêtre, pensa-t-il. Hais il avait beau le penser, il n'arrivait pas à bouger suffisamment ses membres, à leur donner un mouvement coordonné tendu vers la fenêtre. Non pas qu'il en fut incapable, mais quelque chose en lui s'y refusait. Il préférait la chaleur suffocante du lit à l'effort des mouvements qu'il aurait voulu s'imposer. Enfin, au bout de quelque temps, faisant taire cette partie de lui-même qui ne voulait pas, il écarta les couvertures d'un bras, s'incurvant légèrement sur lui-même pour extraire du lit la jambe gauche, puis la droite, presque en même temps, d'un même mouvement prolongé, et redressa le buste jusqu'à être assis sur le lit, puis aussitôt après à quatre pattes, marchant vers le pied du lit ou plutôt l'extrémité du côté droit. Il lui fallut encore poser les pieds par terre, sur le plancher rugueux dont le contact tiède après la chaleur des draps lui parut insupportablement froid, allonger le bras droit dans l'obscurité jusqu'à toucher un des côtés de l'armoire à glace devant laquelle il avait l'habitude de se raser le matin et enjamber le rebord du lit qui, en raison de l'exigüité de la pièce venait presque toucher l'armoire, d'autant plus qu'il avait avant de se coucher oublié de repousser le tiroir du bas dans lequel il enfermait une partie de son linge. Deux pas encore et la chaleur étouffante du radiateur dont il perçut du bout des doigts les courbes aiguës des éléments, jusqu'au dernier au-dessus duquel, logiquement, si sa mémoire était bonne, et elle l'était, car le geste était pratiquement automatique, il devait trouver le milieu de la fenêtre avec la poignée qu'il faudrait tourner de droite à gauche, en sens inverse des aiguilles d'une montre.
07:15 Publié dans 43. Récits et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle, récit, vie, vacuité, mal-être | Imprimer
10/11/2018
Folie enfantine
L’enfant n’est qu’un adulte en formation
Ou l’adulte est-il un enfant devenu vieux ?
Nul ne le sait, ni lui ni moi
Parfois il me regarde et sourit benoîtement
Il m’arrive aussi de ne pas savoir
Où et quand je change de personnalité
D’émotion, je passe du rire aux pleurs
Indifféremment, du mal au bien
De l’impulsion à la réflexion
De l’absence à la présence
Du tout au rien, ou presque
L’enfant est là, inconnu, sans souvenirs
L’adulte n’est déjà plus présent
Il erre dans son passé sans avenir
Figé et ployé sous le harnais
Il lui arrive de se contempler
Alors il rit de ne plus savoir
Si l’endroit est bien à l’envers
Ou si la droite est en haut ou en bas
Comment délimiter ma place dans la vie
Si je ne sais quelles sont les limites
Qui me permettront de me connaître ?
À moins que ces limites soient sans fin
Ou que je sois enfermé dans le rien
Comme l’oiseau qui vole et tombe
Au moment fatidique de sa mort
Ah, je ne sais où je suis
Mais, au fond, suis-je ?
Je crois que je ne pense pas suffisamment
Et qu’à l’inverse de Descartes
Je suis sans penser, donc sans être
Plein et entier…
© Loup Francart
07:10 Publié dans 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poème, écriture, poésie, littérature | Imprimer
09/11/2018
Larme (atelier de poésie 1)
Une larme
ensanglantée
fouette l’azur
en prise au vent
hurlant sans fin
elle s’évade
désintégrée
vers l’infini
07:35 Publié dans 31. Pictoème | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pictoème, poésie, écriture, poème, peinture | Imprimer
08/11/2018
Recherche philosophique de Dieu
Ambiguïté de la recherche philosophique de Dieu : atteindre le principe premier qui est à la fois la cause, l’exemplaire et la fin de tout ce qui est. Le principe s’appelle Dieu.
Elle y parvient par une exigence d’intelligibilité. Mais elle veut alors appliquer à Dieu la méthode qui l’a conduite à lui, elle le veut aussi intelligible. C’est alors qu’elle le perd.
Dieu est l’intelligible par lequel tout le reste est intelligible. Mais lui-même n’est pas intelligible par la raison. Seul le soi, hors du moi, ouvre l’homme à la compréhension de Dieu. Mais il reste toujours un brouillard à explorer et à perdre à chaque instant.
07:25 Publié dans 61. Considérations spirituelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philo, théologie, soi, intelligible | Imprimer
07/11/2018
Ephistole Tecque (15)
Parfois cependant, pour quelques instants, quelques très courts instants, une sorte de trou vague, comme une descente vertigineuse, une baisse instantanée de tension, pendant lesquelles le déroulement rectiligne du mécanisme cervical s'incurvait sur lui-même brusquement, en spirale descendante jusqu'au sommeil. Mais avant d'en toucher la frontière et de s'y introduire, il revenait au point d'incurvation en une tangente asymptotique. Ayant alors repris une nouvelle position, soit qu’il se fût tourné vers l'autre côté du lit faisant face au mur jaune crème dont la peinture formait par endroits quelques cloques, soit qu'il se fût allongé sur le ventre, les deux jambes écartées symétriquement vers la fraicheur des bords du lit, les deux bras reposant perpendiculairement à la longueur du matelas, il cherchait à distraire ses idées. Il les forçait à s'appesantir sur un même point fixe, à tourner autour, de plus en plus proche jusqu'à s'y confondre dans le sommeil. Mais avant d'avoir pu emprisonner dans cette satellisation elliptique une idée très simple,comme la façon dont on pourrait compter des pièces de deux euros avec un double décimètre, celle-ci s'était déjà enfuie vers un autre point, puis un autre encore, inlassablement.
Parfois, à nouveau, pour quelques instants, quelques très courts instants, une sorte de trou vague, une descente vertigineuse, puis l'éclat insupportable de la conscience, comme l'émergence d'une bulle d'air à la surface de l'eau.
07:23 Publié dans 43. Récits et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle, récit, vie, vacuité, mal-être | Imprimer
06/11/2018
Maxime
La création est le propre de l’homme :
Créé, tu deviens créateur, pour le meilleur ou le pire.
07:11 Publié dans 45. Maximes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : maxime, sentence, méditation, paradoxe | Imprimer
05/11/2018
Rapace
L’œil en recherche, les mains aux ongles crispés,
Les lèvres avides et le cœur de pierre,
Il regarda passer une femme dissipée
Qui serait consentante et s’offrirait aux serres.
Elle marchait hagarde, titubant de bonheur.
Pour la première fois, elle vivait la caresse.
Elle n’avait aucunement peur du déshonneur,
Seul importait le don de soi sans maladresse.
Et la rencontre fut telle qu’imaginée.
Que dire de ces instants perçut le cœur battant.
Consentante, elle les vécut en combattant.
Elle vit l’homme rapace à terre, inanimé.
Qu’avait-elle fait, la glorieuse, en un seul geste,
Les doigts recourbés dans le regard céleste ?
© Loup Francart
10:50 Publié dans 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poème, écriture, poésie, littérature | Imprimer
03/11/2018
Forteresse
Du bout des lèvres,
Elle ne goûtait que la vie.
Un espoir sans fin...
07:20 Publié dans 22. Créations numériques, 31. Pictoème | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vie, fin, retour, éternité, passage | Imprimer
02/11/2018
Ephistole Tecque (14)
Abrégeons malgré tout, car les jours se suivent et se ressemblent malgré l'adage.
Il avait donc travaillé, était rentré chez lui, s'était déshabillé et couché comme vous le faites vous-même chaque jour, malgré quelques entorses à la règle de la continuité. Après avoir lu pendant quelque temps, car il ne pouvait s'endormir sans lire, comme s'il était indispensable de nourrir son cerveau avant de le faire sombrer dans les divagations du sommeil, comme si une lecture saine pouvait mettre un peu d'ordre dans ces cheminements anormaux de la pensée durant le sommeil, il éteignit et chercha une position avantageuse pour permettre à son corps de reposer en toute quiétude. Ephistole n'aimait pas cette heure difficile entre le besoin de sommeil de son corps et le déroulement incessant de souvenirs et de tracas que son cerveau était incapable d'arrêter ou même de freiner. Le fait de s'attarder plus longuement sur une pensée, comme s'il allait pouvoir épuiser toutes les images qu'elle devait suggérer à son esprit, ne l'empêchait pas, malgré lui, d'enchaîner sur d'autres faits, sur d'autres souvenirs ou d'autres préoccupations. Et les minutes semblaient s'allonger démesurément, se transformant en heures, bien que lorsqu'il y portait attention, conscient de ce ralentissement intempestif du temps, le tic-tac mécanique de son réveil ne paraissait pas avoir varié. Alors, pour calmer un peu cette fièvre dévorante de l'esprit d'autant plus ennuyeuse qu'elle ne lui apportait rien de constructif, toutes les images s'enchevêtrant imperceptiblement sans qu'il puisse à l'envers en reprendre le fil conducteur, il changeait la position de son corps qui peu à peu était gagné par l'échauffement inéluctable des pensées, remontant légèrement la jambe gauche jusqu'à trouver un emplacement moins chaud à hauteur de son nombril, déplaçant le bras droit jusqu'à le glisser dans le nid de fraîcheur sous l'oreiller, étreignant de l'autre bras le volume un peu mou d'un des quatre coins de ce même oreiller. Et à nouveau cette recherche du sommeil après une accalmie de quelques minutes, de quelques secondes peut-être, puis ce même déchaînement logique et inexorable de pensées absurdes, indésirables.
06:03 Publié dans 43. Récits et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle, récit, vie, vacuité, mal-être | Imprimer
01/11/2018
Neige
La neige tombait dans la nuit
Et s’amoncelait devant l’huis.
La nuit avait revêtu sa robe de mariée,
Le monde en était changé.
Les rues de toujours
Devenaient les rues d’un jour.
La lumière des réverbères,
Qui, souvent, désespère,
S’estompait en l’air
Et scintillait par terre.
Seule, de mes enjambées la cadence
Troublait l’émouvant silence.
Par mes pas imprimés,
Je la sentais violée.
Mais bientôt l’aurore, enfant de la nuit obscure,
Fera rougir sa blanche parure.
Mettant au monde la lumière, elle s’éteindra
Et l’homme du jour s’étonnera :
« Quel est ce voile
Laissé par une nuit sans étoiles ? »
© Loup Francart
07:33 Publié dans 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poème, écriture, poésie, littérature | Imprimer
30/10/2018
La foi
"Agenouillez-vous et priez. Alors viendra la foi", disait Pascal. C’est ainsi que furent fabriquées des générations de croyants qui n’avaient pas la foi.
On peut passer des années à prier gentiment le dimanche ou même tous les jours sans que vienne la foi. Et la prière ne sera qu’une contrainte qu’on s’impose à soi-même alors qu’elle doit être don total de soi et création.
On peut aussi, avec beaucoup de patience et un peu d’imagination exaltée, croire qu’on croit. La foi vient avec la prière, mais disparait après elle, s’éteignant, comme si le monde tous les jours n’avait rien à voir avec elle. Cette foi est une pure invention psychologique que l’imagination fabrique elle-même, par échauffement pourrait-on dire.
La foi ne peut venir de l’habitude. L’habitude de prier ne peut donner la foi, elle ne peut que l’empêcher de venir, car la prière n’est alors qu’une machine bien remontée qui fonctionne mécaniquement. La foi vient quand toute habitude est abandonnée.
Cependant, n’oublions pas, à chaque jour suffit sa peine. Il est des jours où rien ne vient, où la présence est absence, où la sécheresse vous dessèche. Alors, oui, agenouillez-vous et priez. Mais ce n’est plus la foi que vous cherchez. C’est vous-même que vous avez perdu.
07:02 Publié dans 61. Considérations spirituelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : foi, coire, habitude, prière | Imprimer
29/10/2018
Envers ou endroit
Parfois, il s’enferme dans l’envers
Il s’y trouve bien, c’est son refuge
Devant l’ampleur du monde
Et la somme des découvertes à faire
Rien pourtant ne l’oblige
A bailler sans cesse devant ses souvenirs
Ou à errer devant son avenir
Il est bien là, las de son être
Et emprunté de sa distance
Il lève la tête quand il faut
Mais rares sont les lieux
Où le repos accompagne la fête
L’endroit pourtant est étayé
Construit selon les règles de l’art
Trop bien pour lui, sans doute
Mais c’est en fait une lassitude interne
Qui disjoncte la machine
Et la rend si instable et imprévisible
Il cherche le juste milieu
En équilibre sur le pic, mort ou vif
Rien ne va plus !
Il s’enfuit en courant
Vers le lac sans fond
Dans lequel l’ombre ne pénètre pas
© Loup Francart
07:35 Publié dans 42. Créations poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poème, écriture, poésie, littérature | Imprimer
28/10/2018
Ephistole Tecque (13)
Ce jour-là, Ephistole Tecque avait vécu une de ces journées habituelles, pas plus fatigantes que d'habitude, pas moins non plus, une de ces journées où l'atmosphère grisâtre des ciels d'automne répand jusque dans les esprits un égal mélange d'amertume et d'acceptation, comme le faisait la semonce d'un de nos professeurs lorsque, enfants, nous avions insuffisamment appris une leçon. Il s'était levé à l'heure habituelle, sept heures pour être précis, encore un peu engourdi par le sommeil, la paupière lourde (il l'avait décongestionné à l'eau chaude). Il s'était lavé et rasé sans avoir remarqué quoi que ce soit d'anormal dans le dessin de son visage ou dans son expression, même après avoir tiré sur sa peau pour passer un énergique coup de rasoir. Peut-être avait-il dans le regard une lueur d'ennui atténuée par l'habitude, mais rien d'autre et c'était somme toute normal. De même, le trajet entre sa chambre et l'usine s'était déroulé comme à l'accoutumée, banal même dans les propos échangés avec son voisin dans le métro, un vieillard de quarante ans, employé de bureau, qui lui avait déjà raconté au moins dix fois les malheurs qui l'avaient accablé durant sa courte vie. Sigalène, sa secrétaire, était restée égale à elle-même, jeune fille un peu vieille fille, insuffisamment belle pour être aimée, mais pas assez laide pour s'exhiber dans quelque baraque foraine et faire de son malheur un gagne-pain qui eût pu lui procurer un bonheur compensateur. Il s'était au fil des jours habitué à elle, comme on s'habitue à un vieux meuble qu'on a toujours vu dans une pièce et dont la laideur ne choque plus. Il avait même appris à l'aimer d'un semblant d'amour ou plutôt de sympathie créés par l'habitude du travail en commun et la compréhension qu'elle avait pour le soulager des problèmes secondaires qui occupent toujours une grande partie du temps et ne servent pas à grand-chose si ce n'est à retarder le véritable travail qu'on lui avait confié. Il avait ce jour-là travaillé avec la même application, un peu scolaire, un peu trop sérieuse, faisant de cette tâche l'unique préoccupation de la journée, comme si rien d'autre ne comptait pour lui en dehors des chiffres et des résultats accumulés en bas de page, entourés d'un trait noir comme le sont dans les livres d'école les diverses formules permettant à l'élève apprenti sorcier de résoudre divers petits problèmes concernant la fréquence d'un mouvement ou la trajectoire d'un projectile.
07:31 Publié dans 43. Récits et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle, récit, vie, vacuité, mal-être | Imprimer
27/10/2018
Faire de la vie une symphonie
https://www.youtube.com/watch?v=4uX-5HOx2Wc
L’amour au-delà de la compréhension logique : alors la vie devient une symphonie qui se passe de chef d’orchestre. Nous cherchons trop souvent à être le chef d’orchestre, nous agitons notre petite baguette, tapotant le pupitre, battant l’air de gestes démesurés et avides qui n’arrivent pas régler l’harmonie des sons. L'orchestre se dérègle et pendant que l’on s’attache au jeu d’un instrument, nous ignorons les autres.
Sentir les choses dans leur ensemble, c’est déjà transformer leur potentiel d’harmonie simultanée en symphonie. Faire de la vie ce que sont les fugues de Bach qui se déroulent sans heurt, dont la mélodie s’enroule peu à peu sur elle-même, chacune des voix s’harmonisant parfaitement avec les autres parce qu’elles savent reprendre des premières leur ligne mélodique et la parer de nouvelles aptitudes sonores, jusqu’à ce qu’éclatent un final majestueux où s’enchevêtrent tous les instants précédents en un point d’orgue vertical brisant la fuite du temps et accédant à l’éternité.
07:38 Publié dans 11. Considérations diverses, 51. Impressions musicales | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bach, fugue, symphonie, psychologie | Imprimer
26/10/2018
Mariage
L’autre jour, j’étais à un mariage. Un scarabée épousait une grenouille. Elle était d’ailleurs très petite !
Le scarabée, très noir, hésitait lourdement avant la cérémonie en ce qui concernait l’emploi de ses ailes. Si l’une d’elles venait à se décrocher, quelle histoire à raconter pour les invités ! Aussi se promenait-il avec inquiétude et discrétion dans l’entre-deux rangs des convives. On s’y interrogeait sans vergogne sur l’objet de la cérémonie. Quelle fleur allait-on de nouveau immoler ? Déjà, la foule des curieux amassait ses regards par-dessus la tête des plus proches pour s'apercevoir qu’il n’y avait rien à voir. Qu’est-ce que c’est ? Distinguait-on dans ce chant modulé en divers tons, des tons très bas et d’autres plus hauts, des tons très chers aussi. La mariée agitait avec élégance et le charme de la jeunesse ses longues et minces cuisses et faisait admirer à ses demoiselles d’honneur, de charmants têtards, l’éclat incomparable de la peau de son ventre, d’une blancheur veloutée qui s’inspirait de la porcelaine qu’elle avait découverte un jour dans la mare natale. De vieilles grenouilles à la peau flétrie et distendue par les frottements de l’herbe élaguaient les ongles de la mariée qui minaudait de la tête. Elle ne disait rien et trouvait bien suffisant de se faire admirer sans avoir rien à ajouter. Peut-être n’aurait-elle pu dire grand-chose, les grenouilles ont le foie si léger !
Chacun pour la cérémonie, c’était l’usage, s’empara de son ancien cocon dont certains, traînant au fond des armoires depuis des années, étaient un peu défraîchis. Nantis de cet encombrant fardeau, les membres de la famille se trainèrent au lieu de la cérémonie. Le scarabée voulut mettre son aile sur le dos de la grenouille pour montrer que désormais il assurait son logis. La grenouille voulut bien poser une de ses mains sur l’antenne du scarabée pour montrer qu’elle prendrait part aux décisions du ménage. Ils étaient mariés. Les invités se débarrassèrent de leur cocon et s’amusèrent jusqu’à l’aube.
07:48 Publié dans 43. Récits et nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : divertissement, récit, apéritif | Imprimer