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27/10/2018

Faire de la vie une symphonie

https://www.youtube.com/watch?v=4uX-5HOx2Wc


 

L’amour  au-delà de la compréhension logique : alors la vie devient une symphonie qui se passe de chef d’orchestre. Nous cherchons trop souvent à être le chef d’orchestre, nous agitons notre petite baguette, tapotant le pupitre, battant l’air de gestes démesurés et avides qui n’arrivent pas régler l’harmonie des sons. L'orchestre se dérègle et pendant que l’on s’attache au jeu d’un instrument, nous ignorons les autres.

Sentir les choses dans leur ensemble, c’est déjà transformer leur potentiel d’harmonie simultanée en symphonie. Faire de la vie ce que sont les fugues de Bach qui se déroulent sans heurt, dont la mélodie s’enroule peu à peu sur elle-même, chacune des voix s’harmonisant parfaitement avec les autres parce qu’elles savent reprendre des premières leur ligne mélodique et la parer de nouvelles aptitudes sonores, jusqu’à ce qu’éclatent un final majestueux où s’enchevêtrent  tous les instants précédents en un point d’orgue vertical brisant la fuite du temps et accédant à l’éternité.

18/02/2017

Bach, le géant de la musique

Oui, c'est bien un géant, la preuve !

https://www.youtube.com/watch?v=JKaM3_8Hx0s


On aura tout vu !

05/03/2016

J.S. Bach Fugue in G minor BMW 578

http://www.youtube.com/watch?v=0kc81fkeN28&feature=re...


Une Magnifique interprétation du quartet de llevant de llevant.

La musique, c’est la vie avec Jean-Sébastien Bach.

Promenade un matin d’été, descente vers la rivière et plongeon dans l’eau fraîche…

16/09/2014

Le clavecin bien tempéré livre 1, interprété par Frank Wasser

Entrée dans l’église Saint Mery, à proximité du Centre Georges Pompidou. Elle est quasiment invisible, entourée d’une barrière de planches. On procède à sa toilette et elle se cache derrière le paravent. Aussi entre-t-on par une porte dérobée, sur le côté. Les auditeurs sont tous là, déjà. Assis en rond autour du piano qui trône seul dans la nef, grand ouvert, mais silencieux, en attente, se laissant regarder dans son vêtement noir de concert, prêt à faire résonner ses cordes. Le maître arrive enfin du noir qui règne derrière les spectateurs. Il surgit souriant, décontracté semble-t-il. Mais son salut profond, révérencieux, est néanmoins quelque peu crispé. Normal. Avant les premières notes, il y a toujours une petite inquiétude ou même simplement un pincement du cœur qui cesse vite dès que les doigts commence à courir sur le clavier. Progressivement, le pianiste se détend, s’engage dans la musique, se laisse immerger dans les sons que ses doigts, ses mains, ses bras, son buste, son corps tout entier propagent dans l’air. Ils rebondissent sur les colonnes, s’enlacent sur les volutes des clés de voûte et pénètrent dans les oreilles en miasmes enchantés. Les malades commencent à être atteints : ils ferment les yeux, laissent aller leur tête, battent la mesure du bout des doigts, et semblent pris d’une fièvre alanguie. Pas un bruit, même le son du piano semble silencieux, avec une qualité d’écoute telle que l’on n’entend plus que la pulsation du prélude et fugue n°1 BWV 846.


Chaque pianiste se targue de le jouer à sa manière. Profondément, lentement, rondement pourrait-on dire, à la manière d’Alexander Paskanov, comme dans un œuf, laissant les sons tourner en boule autour de la coquille qui finit par vibrer fortement, puis revient à ce léger tremblement qui l’avait d’abord ébranlé. Lentement également, à la manière de Glenn Gould (encore qu’il ait eu plusieurs manières de jouer le prélude), qui fait vibrer la résonnance de la main de la main gauche et pique les quatre dernières notes avec, en arrière fond, sa chansonnette si caricaturale qui donne une vie unique à son jeu. Plus rapidement, en écho, à la manière Richter, en accentuant la première note de la montée des notes de la mélodie, rajoutant un chant derrière la mélodie principale, comme un arrière fond de regret ou de nostalgie qui donne au prélude une profondeur assez inusité. Ou encore à la manière Maurizio Pollini, détachant chaque note, accentuant les deux dernières notes de la phrase mélodique, introduisant un rythme et une sonorité différente, plus distincte, mais également plus liée.

Mais peut-être est-ce tout simplement l’attention que chaque auditeur porte au déroulement de la phrase qui lui donne ces différences d’interprétation, l’interprète ne faisant que suggérer une attention nouvelle de la part de la salle qui connaît bien sûr le morceau par cœur. Alors, on se laisse bercer, on laisse se créer une échelle entre la terre et le ciel par cette montée des notes sans cesse renouvelée et on part dans cette délicieuse absence de pensée, tout entier vibrant de la relation entre les deux mondes, celui des sons et celui, plus subtil, des émotions engendrées, propres à chacun.

Oui, c'est vrai, je n'ai rien dit de la prestation de Franck Wasser. N'ayant pas trouvé son interprétation du clavecin bien tempéré, je me suis laissé aller à d'autres considérations. Mais est-ce si important?

04/09/2013

Suite II pour violoncelle, en ré mineur (BWV 1008)

https://www.youtube.com/watch?v=3WxnXerG4cM

 

Rêverie…
Qui te prend et t’étire
Quelle gymnastique elle te fait faire
La tête en bas tu es, les oreilles pendantes
Mais quel charme ces extensions !

Tu montes et descends, d’un souffle inspiré
C’est un bocal de sons, résonant et ronronnant
Et parfois un cri d’amour poignant
Coupant comme un sabre effilé

Dans le noir du corps inversé
S’élève la grande plainte des hommes
Corde vibrante des dents acérées
Comment ne pas laisser son cœur
Derrière la page écrite et jouée

Pliée elle se tient attentive
Ensorcelante, adoucie, mâchée
Elle écorche le palais, mais quel goût
En saliver de bonheur
Et pleurer à l’idée de ces caresses
Qui chatouillent l’oreille
Et la rendent câline

Tout n’est que vibration
Qui met en marche la vie
Pour un court instant
Et qui te dépossède
Des rondeurs de l’habitude
La corde du temps
T’étire dans l’espace

Tu es le Tout,
Grain énigmatique
Des poussières de l’illusion

04/05/2012

The piano guys: Bach is back

 

http://www.youtube.com/watch?v=Ry4BzonlVlw&feature=fvst

 

Quelle féérie ! Un feu d’artifice, une marche triomphale et sans gêne qui s’affirme en se moquant des conventions, une sorte de pied de nez à tous les musicologues, aux doctes du classicisme, aux serrés des globes. Amusons-nous, chantons, dansons, dans la joie, la vigueur, jusqu’à faire péter les cordes des violoncelles !

Qui faut-il admirer ? Ce(s) musicien(s) échevelé(s), jouant de manière folle, tapant sur leur instrument pour en tirer les sons les plus insolites, mais harmonieux, ou  le compositeur, ce grand Bach, toujours d’actualité, toujours merveilleux quelle que soit la manière de le jouer.

« Une divine machine à coudre », disait Colette de sa musique. 

 

 

 

28/04/2012

J.S. Bach - Suite No. 2 pour violoncelle en ré mineur BWV 1008 - I. Prélude

 

http://www.youtube.com/watch?v=gNiHcxIzACs

 

 

L’autre jour, place des Vosges, j’ai rencontré un musicien solitaire qui jouait, seul, au bord du trottoir, les yeux fermés, perdu dans son rêve musical pendant que les passants glissaie12-04-21 Violoncelliste red.JPGnt autour de lui, presque sans le voir. Certains s’arrêtaient, puis repartaient très vite, comme soumis à une obligation impérative. Et le violoncelle continuait à jouer de sa voix grave, enjôleuse, encouragé par les mains du violoncelliste qui n’existait que pour mieux faire passer l’esprit de la musique dans l’âme du passant. Les sons se répercutaient sous les voûtes de la porte d’entrée sur la place, comme pour mettre en évidence la solennelle majesté du lieu et dire à tous qu’ici se trouve un bout de Paris différent. Mais peu importe aux gens qui passent, ils sont tellement occupés par leurs propres pensées qu’ils ne perçoivent pas la beauté du lieu et de la musique réunis.

 

Quel prélude ! Comme des vagues au bord d’une plage, par un temps froid, dans la solitude d’un coucher de soleil, lorsque, seul, vous contemplez l’immensité de la mer qui se résume au bruit de chaque vague qui vient frapper le rivage. Derrière ce bruissement rythmé, vous percevez l’âme des eaux et du ciel et vous vous retrouvez nu devant tant de beauté non dite, mais que vous ressentez dans votre corps autant que dans votre cœur.

La paix vous envahit et vous devenez un réceptacle sans pensée propre, ouvert à l’univers.

 

 

25/10/2011

Contrepoint, roman d’Anna Enquist, Actes Sud, 2010

 

C'est une visite particulière des variations Goldberg, vue par une femme :

La femme s'appelait tout simplement "femme", peut-être "mère". Il y avait des problèmes d'appellation. Il y avait beaucoup de problèmes. Dans le conscient de la femme, des problèmes de mémoire affleuraient. L’aria qu'elle examinait, le thème à partir duquel Bach a composé ses Variations Goldberg rappelait à la femme des périodes pendant lesquelles elle avait étudié cette musique. Quand les enfants étaient petits. Avant. Après. Elle n’était pas à l'affût de ces souvenirs. Sur chaque cuisse un enfant, puis se débrouiller tant bien que mal, les bras autour de leurs corps, pour produire ce thème ; pénétrer dans la petite salle du Concertgebouw, voir le pianiste entrer sur scène, attendre le souffle coupé l’octave dépouillée de l'attaque - sentir le coude de la fille : "Maman, c'est notre air !" Ce n'était pas le moment. Elle voulait seulement penser à la fille. La fille quand elle était bébé, fillette, jeune femme.

 

Aria, des variations Goldberg, joué par Glenn Gould :

http://www.youtube.com/watch?v=Gv94m_S3QDo

 

Cette femme est musicienne, concertiste même. On ne comprend qu’à la fin du livre qu’elle a eu un grave accident au cours duquel sa fille, la fille, a perdu la vie. Cette visite des variations Goldberg, une par une, effeuillant des sentiments et des souvenirs selon la variation, est une thérapie qui permet d’évoquer l’être disparu, bébé, petite fille, jeune fille, femme, sans jamais tomber dans le sentimentalisme, la morbidité ou même l’asthénie. C’est, à travers l’analyse de chaque variation l’évocation de souvenirs tendres, simples, si simples qu’on ne se rend pas compte qu’il s’agit d’une évocation d’évènements douloureux.

Tiens, prends les Variations Goldberg, par exemple. Tu joues l'aria. Mais non, pensa la femme, je ne jouerai jamais plus cette aria. Bon, mets-le au passé, tu as joué l'aria, cet air tranquille, tragique. C'est une sarabande, écoute, un rythme solennel et l'accent sur chaque deuxième temps, une danse lente, peut-être majestueuse. Tu jouais l'aria avec ardeur, avec passion, avec l'obligation d’un sans faute. Les notes prolongées se multipliaient vers la fin en guirlandes de doubles croches, sans pour autant que la cadence perde de son sérieux. Tu ne cédais pas à la tentation de te mettre à jouer plus doucement, en chuchotant à la fin, de conclure par un soupir à peine audible. Non, même à l’époque déjà, tu laissais ces tristes festons aller crescendo au-dessus de la ligne de basse progressant tranquillement, il ne fallait pas se précipiter, et même plutôt ralentir imperceptiblement - mais le tout avec force. Jusqu'à la fin.

C’est un journal qui ne le dit pas, un journal au fil des partitions, tantôt lent, calme, serein, tantôt pressé, courant de souvenirs en souvenirs. Et la femme se reconstruit dans cette analyse des variations de Bach :

L’étude obsessionnelle lui avait permis de savoir jouer les variations, mieux que jamais auparavant, mieux que lorsqu'elle était en bonne santé et complète. Cela aussi l’étonnait, il aurait dû être impossible qu'une pianiste abîmée et amputée puisse connaître sur le bout des doigts cette œuvre compliquée. Elle y était parvenue, en dépit de et grâce à la blessure. Son cerveau endommagé avait réussi à s'imprégner des notes et à distinguer les mélodies. Au rythme de la musique, elle avait chaque jour pu respirer un certain temps naïvement. Par des voies détournées, Bach lui avait donné accès à sa mémoire : chaque variation évoquait des souvenirs de l'enfant, qu'elle notait dans 1e cahier. Avec méfiance, car les souvenirs sont des mensonges. Avec retenue, car elle ne voulait pas faire de sentiment.

Ce n’est que dans les dernières pages que l’on comprend ce lent cheminement au travers la musique si bien construite de Bach, si pleine de calme physique, de douceur des émotions, d’équilibre d’une rationalité invisible, d’ouverture mystique.

Le voyage interminable pour rentrer à la maison, en état de choc total. Les trains, les avions. Les amis attendant en silence dans le hall de l'aéroport. L’enfant froide. La maison pleine de monde, un soir après l'autre. Les pourvoyeurs de repas, les scripteurs d'adresses. Les aides.

L’enfant froide. (…)

La toilette, l'habillage, les soins et la disposition. La petite couverture, la poupée. L’adieu. La levée. Le transfert. Le port. L’installation dans l'endroit où elle va désormais rester. La prise de possession du cimetière comme annexe au salon. Le trépignement devant la grille fermée après quatre heures.

Et comme dans les variations Goldberg, le livre s’achève par une méditation sur l’aria final comme il avait commencé sur l’aria introductive.

Derrière les fenêtres l'été est brûlant. A l'intérieur, il fait sombre et frais. Elle allume la lampe du piano. "Allez viens, dit-elle à sa fille. Je vais te jouer un morceau. Je l'ai beaucoup travaillé. Ecoute." Puis s’épanouit l'aria. Les sons de l'ensemble des trente variations vibrent à chaque note ; l'air simple entraîne derrière lui sans peine un cortège de souvenirs. Il se déploie avec une évidence désarmante. Il contient tout ce qu'aime la femme. (…)

L’avenir s'est retiré dans le recoin le plus éloigné de la pièce. Dehors, la vie continue son insoutenable progression. Dans un petit monde, détaché de l'espace et du temps, la mère joue un air pour son enfant. Pour la première et la dernière fois. La jeune fille s'appuie contre son épaule. "C'est notre air", dit-elle. La mère acquiesce et amorce le crescendo des dernières mesures ; imperturbable, elle fonce vers la fin. A la toute dernière mesure, elle sautera la reprise et aboutira sans ornement à la double octave vide. Dans ce vide se trouve tout. Maintenant elle joue, maintenant et toujours la femme joue l'air pour sa fille.

 

Contreproint 3_Aria fin.jpg

 

Contrepoint est un beau livre, discret, intime, qui dévoile le cœur d’une artiste et d’une mère avec douceur, dans le déroulement quotidien des faits simples et l’étude ardue des partitions. Cet entremêlement de la musique et de la vie devient une thérapie douce qui conduit la femme du désespoir à l’acceptation. Le roman est parfois un peu long, un peu lent, mais, au-delà de la femme, on découvre la vie intérieure de Jean-Sébastien Bach, celle de la naissance de ses œuvres, de son architecture musicale dévoilée par la méditation de chacune des variations.