Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03/11/2018

Forteresse

 

 Du bout des lèvres,

Elle ne goûtait que la vie.

Un espoir sans fin...

 

vie,fin,retour,éternité,passage

 

23/05/2017

Musée de province

Musée des hospices civils… Errance de chapiteaux et de cloîtres voûtés… L’odeur de la pénicilline mêlée à celle des transpirations… De vieilles femmes montent ou descendent les escaliers en portant des baquets remplis d’éponges et d’eau sale, quelques malades en pantalon de laine brune s’allongent paresseusement sur les bancs. L’apothicaire principal a oublié ses lunettes et sort de l’hospice… Musée de reliques vieillies, musée humain d’os et de chairs malades que l’on meurtrit de poussière et d’obscurité. A travers la grille sombre des fenêtres hautes parvient le bruit de la ville, bourdonnement continu entrecoupé de plaintes passives. Je vois là, les mains liées, le malade emporté par la peste dans la chambre nue des contagieux. Une lampe pend au plafond et projette sa lueur vacillante vers le lit de fer dont les barreaux  mêlent leur ombre à celle de la fenêtre grillagée. Là gisent les morts en puissance, morts avant l’agonie dans la chambre nue des pestiférés.

28/05/2014

rêve et réalité

Il se tenait droit. Son front couvert de poussière ruisselait de transpiration. Il marchait depuis des heures, perdu dans ces galeries souterraines. Il faisait chaud, trop chaud, et il avait du mal à respirer. Il haletait parfois et s’arrêtait, asphyxié. Ses chaussures lui faisaient mal aux pieds. Il se dit : « Je vis mes derniers instants. Je vais mourir enterré et personne ne saura ce que je suis devenu. Tous ignoreront où ma folie m’a conduit. Mais je ne regrette rien, ni ma peine, ni mon effroi. J’ai marché et je vais en finir avec la vie. Pourtant celle-ci avait bien commencé. J’ai connu la tendre douceur après l’effort, la virginale caresse des êtres de l’autre sexe, la détente de la boisson, l’indifférence des grands, la reconnaissance des sans culottes, le bourdonnement des mouches autour d’un pot de confiture, la lente décomposition de ce que j’avais construit. La face contre terre, j’ai crié mon désespoir et j’ai ri de mes regrets. Quelle absurdité ! Qui donc voudra et pourra me faire revenir sur cette terre acide et froide ? »

Elle dormait lorsqu’un rêve traversa son esprit. Elle le vit errant sous terre, les yeux fous. Eveillée, elle le regardait. Il ne sut qui elle était, mais il sentit cette sollicitude d’un être pour un autre être et il l’appela, dans le noir, à genoux, incapable de faire un pas de plus. Elle s’habilla, revêtit son kimono préféré, s’empara d’une lampe de poche et sortit. Elle se laissa guider jusqu’au puits, enjamba le rebord, mis les pieds dans le seau, fit basculer la corde au fond et se laissa descendre doucement. Peu à peu ses mains furent ensanglantées. Retenir son propre poids lui sembla surhumain. Elle tint bon néanmoins jusqu’au moment où elle toucha le fond du puits. Pas une goutte d’eau, mais un couloir qui s’enfonçait elle ne savait où. Elle attacha la corde au seau, certaine de pouvoir remonter à la force des poignets, alluma sa lampe et partit. « Il est là », se disait-elle pour se donner du courage. Elle le voyait, grand, altier, mais épuisé. Alors, rassemblant ses forces, elle continuait, avançant à petite pas, la soif à la gorge. Au tournant du boyau elle le vit, assis, le dos reposant sur la paroi, la tête entre les mains. Elle s’approcha doucement, murmurant des mots sans signification. Elle avança la main et la posa sur sa tête. « Viens, partons ! » En le soutenant, elle parcourut le chemin  inverse.  Ils arrivèrent au fond du puits. Le seau était là. Elle réalisa qu’elle ne pourrait le hisser à la force des poignets et il était trop faible pour l’aider. Elle cria longtemps, mais personne ne répondit. Elle tenta de se hisser elle-même pour aller chercher du secours, mais retomba deux fois de suite, malgré les lambeaux de sa robe dont elle avait entouré ses poignets. Alors elle s’assit, posa la tête de l'homme sur ses genoux et lui parla avec une douceur extrême : « Nous sommes arrivés au bout de la route. Je t’ai rêvé. Je t’ai cherché. Je t’ai trouvé. Je t’ai porté jusqu’ici. Nous allons vivre nos derniers instants et je suis heureuse de t’avoir connu. Oui l’absurde vaut la peine d’être vécu. Rien de ce qui nous arrive n’est vain. J’ai gagné en confiance. Je réalise que ton appel cette nuit m’a surprise. Je ne m’y suis pas opposée. J’ai suivi ma voie sans faiblir. Et mon cœur est joyeux, libre comme il ne l’a jamais été. J’appelle une dernière fois et nous mourrons la tête haute. » Elle appela plusieurs fois, jusqu’à épuisement.

Lydia jouait dans son jardin. Elle s’assit un moment après avoir couru. Elle entendit les appels, se redressa, cherchant d’où venait le son. Derrière la haie ! Elle se glissa sous les branches, déchira sa robe et poursuivit jusqu’au puits qui résonnait des cris de la jeune femme. Elle se dressa sur la pointe des pieds, se pencha avec précaution et appela : « Il y a quelqu’un ? ».  « Au secours », entendit-elle. « Nous arrivons », cria-t-elle. Rentrée chez elle, elle appela les pompiers et les entendit venir cinq minutes plus tard. Elle pleurait de joie lorsque les deux jeunes gens furent remontés. Ils étaient exténués, hagards et se tenaient par la main sans vouloir se lâcher. Ils se regardaient. Rien ne pourrait plus les séparer. Ils ne parlaient pas. Ils ne pensaient pas. Ils se touchaient et cela leur suffisaient.

Ce jour-là l'amour fit un pied de nez à la mort. Le rêve de la jeune femme était devenu réalité et la réalité devint rêve.