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07/10/2015

Le miroir 4

– Je vous avoue que je suis troublé. Rien ne s’est manifesté alors qu’ils auraient pu tenter des incartades, se révolter, bref prendre de l’autonomie. Rien. Vous n’avez rien vu ?

– Absolument rien. Je me demande si ces incidents ont une réalité.

– Oui, c’est une possibilité. Vous pouvez les imaginer, les rêver, mais sans fondement véritable. Vous me donnez une idée. Ayez toujours sur vous un gros feutre noir qui permet d’écrire sur le verre. Dès qu’une incartade se produit, vous dessinerez une croix sur votre double comme si vous vouliez l’annuler. Il n’existe pas une telle infinité de doubles qu’il est impossible d’en voir la fin. Après ce combat, certes héroïque, vous serez tranquille. Ils seront morts et vous redeviendrez vivant pleinement.

Sur ces paroles réconfortantes, il me fit sortir de son cabinet, me fit payer la consultation, et me laissa seul avec mes interrogations. Je doutais de la justesse de son diagnostic et encore plus des moyens indiqués pour guérir. J’achetai cependant un gros feutre, qui tenait bien dans la main et rayait d’un geste dégagé la vitre qui se présentait devant lui.

Pendant plusieurs jours tout fut calme. Lorsque je passais devant un miroir, mon double ne pipait mot, ne bougeait pas plus que je ne bougeais, ne me disais rien dans ma tête. Un mois s’écoula pendant lequel, du moins les premiers jours, je me promenais le feutre à la main, prêt à m’en servir si celui-ci dérogeait à ses obligations. Puis, comme un mousquetaire son épée, je le portai à la taille, logé dans un petit étui que j’avais acheté dans une papeterie et qui s’enfilait à la ceinture. Je m’étais entraîné à dégainer en un temps record. Trois secondes et quelques centièmes. Mais à quoi tout ceci pourrait me servir si mon double restait sagement collé au miroir, reproduisant fidèlement mes propres mouvements ?

Sans m’en rendre compte, j’en étais venu à considérer mon double comme un autre moi-même, indépendant, ayant sa propre volonté. Il me jouait depuis longtemps des tours en me faisant croire qu’il n’était qu’un simple reflet, mais je l’avais démasqué. Il montrait sa véritable nature, tellement différente de ce qu’on peut attendre d’un simple vis-à-vis dans une glace. Aussi me posai-je la question : peut-on vivre sans son image ? Apparemment anodine, cette question finit par m’obséder. Il y avait peut-être un danger à vouloir combattre mon double et encore plus mes doubles. Ils pourraient se révolter et partir loin de moi. Que deviendrais-je alors ? Que verrais-je dans la glace lorsque je me regarderais ? Je n’osai en faire part à mon psychologue. Il m’avait sans doute pris pour un malade ou quelqu’un qui voulait se moquer de lui. Lorsque cela était possible, j’évitais de passer devant un miroir. Je faisais un détour ou encore je me tournais délibérément de l’autre côté de façon à éviter toute confrontation. Seuls les lieux où se trouvaient des miroirs face à face m’obligeait à me confronter à la réalité. Ceux-ci étaient cependant assez rares, aussi vécus-je pendant un certain temps sans être spécialement inquiété. J’avais pris l’habitude me raser sans me regarder dans une glace. Cela avait cependant quelques inconvénients. Je découvrais certains jours des poils ayant échappé au rasoir et qui s’étaient allongés pour me façonner une sorte de barbe très clairsemée. Je les coupais au fur et à mesure de leur détection, mais ils en revenaient toujours.

06/10/2015

Le miroir 3

Je me décidai alors à aller voir un psychologue. J’en connaissais un, que j’avais un jour consulté pour un cauchemar récurant. Une seule séance avait suffi et j’étais parti rasséréné de son cabinet. Rentré chez moi, je pris mon téléphone et l’appelai. Le rendez-vous fut pris pour le lendemain à 11 heures. Dès mon arrivée, il m’interrogea :

– Auriez-vous à nouveau des problèmes de cauchemar ? Cela peut en effet arriver, me dit-il de prime abord.

– Pas du tout. Il s’agit de bien autre chose. Vous ne me croirez pas. J’ai de problèmes avec mon double.

– Votre double ?

– Oui… Enfin… Mon image.

Et je lui racontai tout, les premiers troubles, puis la volonté d’autonomie de mon double, jusqu’aux accusations que je n’arrivais pas à comprendre.

– C’est grave, ce que vous me dites là. Vous n’enjolivez pas un peu votre récit ?

– Mais pas du tout. J’ai plutôt l’impression de ne pas tout dire de façon à ne pas trop vous effrayer.Il s’interrogeait. Je le vis réfléchir, se tordre l’esprit, dérouler dans sa tête sa check-list, puis rester impuissant. Il n’avait jamais rencontré un cas comme celui-ci.

– Je vais vous demander de revenir me voir dans deux jours. Je vais moi-même consulter un confrère qui est spécialisé dans les troubles de la personnalité. J’espère qu’il saura me dire de quoi il s’agit. Je ne vous adresse pas directement à lui, car il faut six mois pour avoir un rendez-vous.

Deux jours plus tard, j’étais convoqué par le psychologue. Mon double ne s’était pas manifesté et j’étais heureux que cette histoire prenne fin, inquiet, sans trop me le dire, de ce qu’il pourrait m’apprendre sur mon cas. Il ne me dit rien avant de me faire entrer dans une pièce que je ne connaissais pas. Un bureau, une chaise, un divan, un coussin et des glaces partout, y compris au plafond. Je me voyais, distendu, étiré, rapetissé, aplati, désaxé. Bref, un vrai cauchemar. Il s’assit et me regarda sans mot dire, guettant mes réactions. Je restai coït, interloqué, puis progressivement rassuré. Mes doubles semblaient calmes. Ils exécutaient sans aucune gêne mes propres mouvements, même les plus compliqués. C’était déjà ça. Mon psy prit alors la parole.

– Qu’en dites-vous ?

– J’ai été un peu effrayé en entrant, mais les choses ont l’air de bien se passer. Vous pensez réellement que cela peut me guérir.

– C’est possible. Confronté à plusieurs de vos doubles vous ne savez lequel regarder directement. L’un d’entre eux peut vous tromper sans que vous le sachiez. Et comme vous ne le savez pas, il n’induit en vous aucune réaction, donc aucune perturbation interne. Et même si vous en voyez un qui ne comporte pas normalement, vous aurez du mal à savoir duquel il s’agit en raison des divers reflets entre les glaces.

Un vrai cauchemar ! Il fallait que je tente de deviner lequel pourrait être infidèle. Je voyais une multitude de doubles dans des positions diverses, qui se regardaient les uns les autres, semblant défier ma réalité. Où étais-je dans tout cela ? Je fermais les yeux, las de me voir, ne sachant à quel moment l’un d’entre eux pourrait tenter une rébellion.

– Non. Surtout pas ! Vous devez garder les yeux ouverts et être attentif.

Sans ajouter un mot de plus, il me laissa me regarder. Il se faisait tout petit. Il ne devait pas apparaître à mes yeux. Je ne devais voir que moi, démultiplié, déformé jusqu’à ce qu’un sourire de satisfaction apparaisse sur mes lèvres. J’avais en fait plutôt envie de pleurer ou de piquer une colère. Ils se gardaient bien de se manifester. Ils se savaient vulnérables dans cette pièce agrandie jusqu’à perte de vue. Ils risquaient de se dissoudre dans l’espace. Je me levai et me mis à marcher, observant comment mes doubles réagissaient. J’avançai vers un des miroirs, les mains en avant, jusqu’à toucher sa froideur. Autour de moi, mes doubles faisaient de même, la main tendue, semblant même éprouver la différence de température. Ils attendaient toujours un geste de ma part pour faire le même. Ils n’anticipaient plus. Rien. Il ne se passa rien. Au bout d’une heure, le psychologue se leva, me remercia pour ma patience, me fit entrer dans son bureau qui n’avait pas de miroir. On pouvait y parler librement sans qu’il y ait des risques d’écoute de la part de mes doubles.

05/10/2015

Le miroir 2

En m’éveillant ma première pensée fut pour mon double. Que me préparait-il ? Quel sera sa prochaine incartade ? me demandais-je avant même de mettre le pied par terre. Je pris le temps de me faire un café et me dirigeai ensuite vers la salle de bain. Je pris une douche, puis me plaçai devant le miroir du lavabo. Je saisis mon rasoir et commençai à l’utiliser. Il ne se passait rien. Le comportement de mon double était normal, ou plutôt, il n’avait aucun comportement. Ce n’était qu’une image que reflétait la glace. J’avançai la main, la posai sur le verre, faisant bouger mes doigts. Rien. Il ne se passait rien. Je cherchai alors à le provoquer. Je lui fis quelques grimaces. Je l’injuriai tout bas. Je lui parlais même : « Va y, tu peux le faire. Je te laisse libre d’agir. » Il ne réagit pas. Je finis par me demander si je n’avais pas rêvé la veille. Le lendemain, même vaine tentative. Rien. Pas une manifestation de bonne ou mauvaise humeur. J’oubliai peu à peu cette histoire qui n’avait aucun fondement logique.  Quelle idée m’avait donc piqué. Oublions !

Deux jours plus tard, alors que je ne pensais plus à cette aventure, se produisit un nouveau fait. J’essayais un vieux costume pris dans l’armoire à glace du couloir. Voulant regarder s’il m’allait encore, j’eus la désagréable surprise de me voir dans un autre vêtement que celui que j’avais enfilé. C’était une tenue de sport. J’avais légèrement grossi et me sentais un peu oppressé dans ce short trop court et ce maillot étroit. Mais oui, il me demande faire du sport, m’exclamais-je, comprenant sa manœuvre. Cette fois-ci, il ne s’agissait pas de faire preuve d’indépendance d’esprit en trichant sur l’image qu’il se donnait de moi. Il s’agissait réellement de suggestion. Il me disait ce que je devais faire sous une forme détournée, mais je n’étais pas dupe. Il lui avait fallu quelques jours pour monter sa manœuvre, me laissant me décompresser, ne plus penser à rien, bref, l’oublier.

J’avoue que je vis rouge. Cette insubordination manifeste ne pouvait continuer. Je jurai :

– Non, non et non. Cela ne peut continuer ainsi. Tu vas me foutre la paix ou je me fâche.

 Mais il me répondit dans ma tête :

– Cause toujours. Que peux-tu faire ?  

De guerre lasse, j’enfilai ma tenue de sport et partis courir derrière la maison, dans le parc municipal. Rentré, après m’être déshabillé, je pris une douche et me peignai devant la glace, me demandant ce qu’il allait encore inventer. Rien, une image très sage sans aucune idée préconçue. Il ne s’était rien passé. Sans doute mon imagination, une fois de plus.

Désormais, je me méfiais. Je savais que ce double haï pouvait surgir à tout moment. En effet, une fois il se manifesta dans un hôtel, dans la salle de réception. Il y avait une grande glace qui tenait les trois-quarts d’un des murs. Je passais devant sans penser à rien lorsque je vis mon double se détacher de moi, prendre un chemin parallèle avec un petit sourire amusé et sortir au dehors. Je venais de perdre au jeu une somme importante et n’avais aucunement envie de m’amuser. Aussi fus-je surpris de sa réaction et estimai qu’il dépassait une nouvelle fois les limites de la courtoisie. Arrivé au bout de cette immense glace, j’eus la surprise de continuer à voir mon double marcher à mes côtés, légèrement lumineux, comme un reflet totalement soumis à mon apparence. Je pris l’escalier, ma chambre n’étant qu’au premier étage, et il se perdit vraisemblablement dans la montée restée relativement sombre. J’avais trouvé le moyen de le mettre dans l’embarras. Je m’en souviendrais, me dis-je intérieurement.

Pendant quatre jours il ne se manifesta pas. Le cinquième jour, je compris que nous avions franchi une nouvelle étape. Il prit quelqu’un à témoin, et devant moi. Nous étions dans un autobus. Une vieille femme sortit son poudrier qui, comme la plupart des poudriers était munis d’un petit miroir permettant à la beauté supposée de se mirer en toute discrétion. Il y avait derrière elle une glace. Aussi me voyais-je moi-même sans qu’elle le sache. Je la vis soudainement me regarder d’un air bizarre, mi-figue mi-raisin. Elle semblait perturbée, regardait ailleurs, mais dès que je détournais le regard, elle revenait sur moi. Je la voyais grâce au reflet de la fenêtre. Elle se contempla à nouveau dans son poudrier et là je compris. Mon double me montrait du doigt et semblait dire quelque chose directement dans la tête de la propriétaire du poudrier. Elle leva les yeux, rencontra les miens, détourna son regard, l’air troublé. Si maintenant il se met à raconter des coups aux personnes que l’on croise, ça ne va plus du tout, pensai-je. Rouge de honte, je dus me lever et sortir à l’arrêt suivant alors qu’il me restait encore quatre stations à parcourir.

04/10/2015

Roselyne

Un prénom informel, ligne et pétales
Cela fait une enfant, délicate et chantant
Presqu’un courant d’air, au comportement royal
Quelle rose tiendrait devant ce trait béant

Le nez grec comme il se doit pour un tel prénom
Elle courait partout, virevoltant, secrète
Apparaissant seule comme un caméléon
Parée de mille couleurs et si gentillette

Oui, c’est l’enfant trouble, au regard perturbé
Elle secoue ses talents et fait trembler l’abbé
Qu’a-t-elle de plus que son caractère enjoué ?

Non, répond-elle radieuse. Je suis la bise
Qui sous la porte glisse ses vocalises.
Cours derrière moi et laisse-toi enchanter !

©  Loup Francart

03/10/2015

Le miroir 1

Ce matin, il m’est arrivé une chose étrange. J’étais dans la salle de bain, un gant de toilette à la main, me lavant les joues après les avoir savonnée. Je regardais mon visage fatigué, trouvant mes paupières lourdes et gonflées. Machinalement je passais et repassais le gant de toilette sur une barbe de la veille, accrochant des brins de tissu dans les poils du menton. Je suis gaucher. Normalement ma main gauche correspond sur la glace à la main droite si je me mets à la place de mon image. Et tout d’un coup, ce fut une autre symétrie qui apparut. Ma main gauche en face prenait la place de la main droite. La symétrie s’inversait. Je n’y pris pas garde au début. Poursuivant ma rêverie, encore quelque peu endormi, je ne me regardais pas vraiment. Ce fut une révélation.

– Que se passe-t-il ? Je rêve ! Mon personnage se disloque et me fait un pied de nez.

Cela ne dura qu’une seconde ou deux, puis tout redevint normal. Je me frottais les yeux, n’arrivant pas à admettre ce qu’ils avaient vu. Je finis par croire que j’avais rêvé, encore à moitié endormi. Je n’y pensai plus jusqu’au lendemain matin. Devant la glace, je me rappelai l’incident de la veille. J’ai rêvé, c’est sûr, me dis-je essayant de reconstituer ce que j’avais vu. Une inversion de la symétrie. Mon double devenait indépendant. Ce n’est pas possible. Voyons donc et prenons garde. Rien ne se passa pendant que je me lavais le visage. Un peu de savon, puis de l’eau fraîche pour le faire disparaître, le poil devenu plus souple, prêt à se laisser couper par le rasoir électrique. Je saisis donc mon rasoir, le mis en route et l’approchai de ma joue droite. Je vous l’ai dit, je suis gaucher. Je pris donc mon rasoir de la main gauche et traversai ma symétrie pour atteindre la joue droite. Eh bien, croyez-moi si vous voulez, je vis alors mon double exécuter le même mouvement avec sa main gauche. Quelle émotion ! Il alla jusqu’à me faire un clin d’œil et un petit sourire. Certes c’était un très petit sourire, mais suffisant pour que je m’interroge. Se moquerait-il de moi ? Puis tout cessa. J’eus beau tenter de revivre l’événement, rien à faire. Il s’agissait bien d’un double toujours docile, sans erreur, le regard franc. Bref, moi-même, dans sa plus grande ressemblance. Cela perturba ma journée. Je ne cessais de penser à cette image. Un être prenant son indépendance sans rien annoncer et qui osait de plus me faire un clin d’œil comme si je devenais complice de sa trahison. Toutes les heures, je me rendais aux toilettes du bureau, m’auscultais dans la glace sans cependant obtenir la moindre désobéissance de la part de mon double. Comportement normal, comme le temps est normal à la météo. Me voyant me lever assez souvent, mon voisin de bureau s’inquiéta.

– Que se passe-t-il ? Aurais-tu mangé quelque chose de mauvais ? Ton estomac te joue-t-il des tours ?

Je me contentais de marmonner quelques paroles inaudibles et tournais le dos à ce compagnon de travail. Il en conclut que ça n’allait pas très bien, mais sans plus.

Je rentrais chez moi pessimiste, inquiété par la tournure des événements. Je me promis d’interroger mon double s’il me refaisait un coup comme celui-ci. Mais d’une autre côté, je ne me voyais pas m’interrogeant et espérant une réponse de la part de ma symétrie qui n’est qu’une simple image de ma réalité, sans aucune possibilité que celle-ci prenne une indépendance impossible.

Mais… Je me demandais tout à coup si ce double existait lorsque je ne me trouvais pas devant une glace. Quelle idée. Je suis vraiment perturbé, me dis-je. Pourtant l’idée fit son chemin dans ma tête. Je m’imaginais errant dans chaque pièce avec ce double devant moi qui souriait d’un air moqueur. Tu m’agaces, me dis-je en moi-même. Mais j’y pensais et ne pouvais m’empêcher d’y penser. Je me couchai quelque peu perturbé et rêvai d’une révolte des doubles qui  se vêtaient autrement, qui gesticulaient sans autre forme de procès et qui même, pour certains, manifestaient dans la rue pour leur indépendance. Je me réveillai transpirant, haletant, éprouvé. Mais de quoi ? De guerre lasse, je me rendormis et sommeillai jusqu’au matin, cahin-caha.

Voie lactée

https://www.youtube.com/watch?v=3BHDUhX68hs


" Cette vidéo utilise plus de 400 000 photographies prises par le Spitzer Space Telescope qui a photographié l’espace en infrarouge de manière optimale entre 2003 à 2009.

En combinant les images et en les retravaillant, sans ajout d’images de synthèse, pour ajouter de la profondeur daveachuk nous donne l’impression que l’on flotte dans l’espace pendant que les étoiles de notre galaxie défilent devant nos yeux."

02/10/2015

TGV

Je suis près de la porte du compartiment. C’est un va et vient incessant. La vitre reflète l’intérieur de la voiture et même l’extérieur que je regarde défiler tout en conservant le regard sur la porte. Au-delà, le couloir, les toilettes qui s’ouvrent parfois et laissent une lumière jaune rayonner. Le couloir est sombre, mais je vois une femme un téléphone à la main, parlant en souriant à son interlocuteur.

Ah ! Un intervenant. Oui, il entre dans notre histoire, la main sur la poignée de porte coulissante. Il est grand apparemment, cravaté, mais une cravate trop petite qui se bat les flancs sur un ventre un peu trop gros. Son pantalon laisse voir ses chevilles, quelle indécence. Il est passé. Je n’ai pas eu le temps de voir réellement son visage.

Le ver continue son chemin, se glissant entre les pieds de vignes, entre les collines, dans les vallées obscures et débouche sur l’autre versant, hilare, mais moins sûr de lui, plus discret, à l’image de la différence entre l’est et l’ouest.

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30/09/2015

Colmar, mardi après-midi

Vent et soleil, mélange détonant
Le cheveu en bataille, la peau desséchée
Vous marchez entre les rangs de vigne
Où quelques rares raisins restent accrochés

Vous visitez l’exposition « Le voyage en Orient »
Visages de bédouins chrétiens, de turcs chafouins
Architecture embrouillée sur un sol sans végétation
L’eau n’y est présente que par l’aridité des oueds

Les voix… isolées… retentissantes… douces pourtant
Une place sans un bruit où passent des fantômes
Et parfois une jeune fille pédalant vigoureusement
Evitant chaises et tables en attente de clients

Les carrés de chaleur où le soleil évolue discrètement
Sont enviés des personnes âgées en recherche de douceur
Elles passent, se tenant par le bras, boursoufflées de rides
A l’image de leur passé : rieur, envieux, chagrin

Vous poursuivez votre errance, étonné et curieux
Vous croisez des visages, évitant les corps
Vous contemplez la voûte de la cathédrale
Vous vous asseyez là… heureux… sans pensée…

28/09/2015

Signes

Ces signes discrets évoluent prudemment. Ils deviennent langage, mais perdent de leur beauté. Le langage ne conduit-il pas à l'utilitaire? D'un certain aspect oui , sans doute. Mais le langage c'est aussi la poésie. Alors ne cherchons rien, laissons ces signes vivre sans en chercher la signification.

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26/09/2015

Woman World Synchronized Skating Championship

http://www.flixxy.com/russian-women-world-synchronized-skating-championship.htm  


Admirez la majestueuse démonstration de l'équipe russe. Une symétrie parfaite et des changements de figure magnifiquement orchestrés.

ATTENTION : Rien ne sera publié d'ici mercredi. Un impératif m'oblige à partir sans liaison internet.

25/09/2015

Illogisme de la logique

C’est le mathématicien Gödel qui démontra que la logique contient toujours de l’illogisme. Tout système logique est incomplet en lui-même, car il existe toujours des propositions indécidables dans tout système arithmétique, c’est-à-dire des énoncés mathématiques dont on ne peut jamais dire s’ils sont vrais ou faux. Tout système est incomplet en lui-même. Il faut lui ajouter des axiomes supplémentaires extérieurs à lui pour qu’il soit cohérent.

Ainsi des failles logiques se manifestent dès qu’on aborde des propositions autoréférentielles, c’est-à-dire qui font référence à elle-même. Deux exemples :

« La présente phrase est fausse. » Si la phrase est vraie, elle est fausse ; si elle est fausse, elle est vraie. La logique se contredit.

« Un habitant de Séville est rasé par le barbier de Séville si et seulement s’il ne se rase pas lui-même. Alors, est-ce que le barbier de Séville se rase lui-même ? » S’il se rase lui-même, il ne peut être rasé que par le barbier de Séville, donc il ne se rase pas lui-même ; mais s’il ne se rase pas lui-même, il est rasé par le barbier de Séville, donc il se rase lui-même.

Ces deux exemples sont tirés du livre de Trinh Xuan Thuan, Le chaos et l’harmonie, la fabrication du Réel, Arthème Fayard, 1998. Sa conclusion : l’univers est conscient de lui-même et le fait que l’homme ne subisse pas aveuglément  les lois de la nature sans les comprendre est porteur de signification. Nous avons le don de comprendre parce que l’Univers n’est pas qu’une collection de particules de matière inerte. Il est la manifestation d’un principe infiniment plus subtile et élégant. L’univers a un sens, et c’est l’homme qui, en le comprenant, lui confère ce sens.

Mais la science ne pourra jamais aller au bout du chemin par les mathématiques. Il faut à l’homme d’autres outils et d’autres modes de connaissance pour le comprendre, telle l’intuition mystique.

24/09/2015

Perdue

Son but à portée de main, elle plongea,
Nue et vierge du passage des eaux.
Elle sourit aux crêtes blanches des vagues.
Elle n’en ressortit pas…
Parvenue au centre de la sphère,
Elle se tourna vers le ciel.
Mais il était loin, voilé et discret
Comme le vol de l’oiseau.
Elle avait découvert le pli
Dans l’espace intérieur
Et s’y installa sournoisement
En attente d’un occupant.
Plus rien ne lui permettait
De courir derrière les ondes
Et d’en tirer profit.
Quelle écervelée !

23/09/2015

Exposition à Bellebranche

Quelques photos de l’exposition à Bellebranche (Mayenne) qui a eu lieu les samedi 19 et dimanche 20 par une belle journée d’été.

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22/09/2015

Illusion 2

Ce n’est plus le son qui résonne, comme dans Illusion 1, mais l’œil qui divague. Quel aveuglement. A tel point que je ne sais plus qui éclaire quoi. Alors, fermez les yeux et imaginez ce que vous voulez.

Ce dessin peut également être tiré sur plexiglas au format 50 x 50 cm ou 60 x 60 cm.

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21/09/2015

Odeur

Le paradis… ce lilas qui touche l’âme
Entre deux souffles de brise discrète
Coin de ciel entre les nuages gris
Qui dit : « Respire et va sans but ! »

Le nez au vent tu vas…
Cours aux senteurs du matin
Grise-toi des nuées du raisin
Rampant en pourritures nobles

En passant au pied du ruisseau
Jette ton appendice entre les herbes
Que le barbeau opère son demi-tour
Vers le marais putride

En odeur de sainteté il est parti…
C’est tout ce qu’on en retient
Un brouillard de sentiments
Et la tristesse d’un flacon vide

Combien de fioles as-tu usées
De la senteur des champignons
A celle des bouses animales
Jusqu’à l’acidité des rencontres

Et de toutes ces émanations
Ne manque que celle du paradis
Un bouquet léger mais grisant
Qui emporte l’âme dans l’au-delà

20/09/2015

Art et spiritualité

L’art est spirituel ou n’est pas.
Père Marie-Dominique Philippe

Deux jours d’exposition pendant lesquels je ne suis attentif qu’à une seule chose : transmettre le tremblement de l’être devant la vie et la création. Quelle exigence et combien cela est difficile !

Tout d’abord laisser parler l’autre. Se taire et regarder ce qui en lui est ému ou indifférent. S’il est ému, lui demander doucement ce qui l’émeut. Il ne sait pas, bien sûr, mais il se sait ému. Alors le guider dans cette quête de soi qu’est l’approche d’un tableau.

Le plus souvent, devant l’incompréhension des formes et des couleurs sans représentation d’une réalité connue, la personne est perdue. Elle vous dit : cela me rappelle telle chose ou telle autre chose. Elle fait l’effort de chercher à quoi ressemble ce qu’elle a sous les yeux. Elle voit une forme et cette forme évoque en elle tel souvenir ou telle image. Elle voit une couleur et cette couleur lui rappelle tel ou tel sentiment ou telle et telle émotion. C’est normal. L’adulte juge ce qu’il voit à travers ce qu’il connaît. L’enfant seul est innocent, car il ne peut se raccrocher à ce qu’il connaît. Il éprouve donc une émotion originale et nouvelle devant ce qu’il ne connaît pas. Il n’a pas encore appris à juger le monde par ce qu’il sait du monde. L’adulte ne regarde pas vraiment le monde. Il le regarde à travers sa vision propre. Vous vous êtes bien sûr promené dans une rue que vous connaissez parce que cela fait des années que vous y passez. Et un jour, vous découvrez un détail que vous n’aviez jamais vu. Ce détail transforme votre vision de cette rue. Elle vous paraît nouvelle, belle de surprises. Elle vous a étonné et cet étonnement vous a transformé. Première expérience : l’étonnement devant ce que l’on connaît et découverte d’une autre réalité derrière celle connue.

En réalité, la personne se raccroche à une réalité objective au lieu de se laisser aller à une subjectivité rafraichissante et sans souvenir. Deuxième expérience : sortir de la vision d’un monde objectif qui existe sans nous auquel l’esprit se raccroche en se croyant objectif. Le monde est ce que nous croyons qu’il est jusqu’au jour où on le découvre autre, mystérieux, cachant un invisible au-delà du visible. Là nous sommes touchés et ne savons que dire parce que nous éprouvons un sentiment autre que ceux auxquels nous sommes habitués. Un vide se crée en nous que nous ne pouvons nommer, mais qui nous fait du bien parce qu’il renouvelle notre sens de la vie. La vie est autre que ce que nous avons cru jusqu’à maintenant. Elle cache un mystère qu’il va falloir découvrir.

L’art déjà a fait la moitié de son travail : l’éveil à une autre réalité, apaisante et bouleversante. Mais qu’est-ce ? La recherche personnelle de ce qui nous touche dans la contemplation d’une œuvre d’art va nous permettre d’aller plus loin. L’œuvre nous questionne : écouter les questions, c’est l’objet des deux premières expériences. Il faut maintenant y répondre, c’est-à-dire se laisser guider par autre chose que notre intelligence objective et notre connaissance du monde habituel. Là, l’œuvre d’art abstrait amène la personne à s’interroger d’une autre manière que de tenter de reconnaître ce qu’il a l’habitude de voir. Ne pouvant retrouver ce qu’elle connaît, elle doit s’interroger autrement. Je ne vois rien de connu et pourtant cela m’émeut. Pourquoi ? La personne se décourage très vite. Elle ne sait pas pourquoi elle aime ou n’aime pas et ne trouvant pas de réponse, elle laisse tomber. Je ne sais pas, dit-elle. Il faut l’encourager à aller au-delà. Elle se pose alors des questions techniques : pourquoi cela est-il peint ainsi et pas autrement ? Pourquoi y a-t-il une symétrie entre telle et telle partie du tableau ? Pourquoi lorsque je regarde là je vois telle perspective et lorsque je regarde ici y en a-t-il une autre ? Oui, pourquoi ne pas encourager cette façon de se poser objectivement les raisons de son émerveillement ? C’est une troisième expérience : chercher dans la technique de la peinture ce qui est source d’émerveillement.

Mais très vite la personne se rend compte que cela ne suffit pas à expliquer son étonnement qui en fait se trouve au-delà de la technique. Je contemple le tableau et j’éprouve un vide en moi et ce vide est bon. Il me sort de moi-même. Je suis transformé, je ne sais pourquoi, mais combien est bonne cette émotion que les intellectuels appellent émotion esthétique. Peu importe comment elle est appelée. Elle me transforme et j’en suis bien. Quatrième expérience : c’est une expérience qui n’en est pas une ou plutôt qui est différente. Je n’apprends pas quelque chose. Je vis autre chose. Ce n’est pas un concept que je vais ensevelir dans mon cerveau. C’est un état d’être nouveau que j’éprouve et que j’aime et qui n’est pas lié à mon savoir. Il est subjectif et donc sans intérêt, pensent la plupart des gens. Eh bien non, il est objectif au-delà de l’objectivité construite par notre connaissance. Il est objectif parce qu’il me pose en tant qu’être différent de celui que je suis habituellement. Il est objectif parce qu’il me change et m’oblige à voir autrement, comme je n’ai jamais vu. C’est l’expérience du tout autre, ce que certains appellent le numineux, d’autres l’invisible ou le nuage d’inconnaissance ou encore l’expérience mystique. Peu importe comment on l’appelle. Cette expérience me renouvelle et m’offre une nouvelle vie, ne serait-ce que pour une minute, voire une seconde.

Voilà pourquoi j’aime accompagner chaque personne devant la découverte d’un tableau. En fait je n’explique rien, je le laisse découvrir en lui cet être inconnu qu’il va ensuite tenter de retrouver, d’apprivoiser pour progressivement se fondre en lui.

19/09/2015

Le chant polyphonique géorgien

Une polyphonie qui sonne bizarrement à nos oreilles à l’égal de l’attitude guindée de ces hommes.

https://www.youtube.com/watch?v=j4bGuJteQIo

 

UNESCO: Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité - 2008
URL: http://www.unesco.org/culture/ich/RL/...  (Mise en ligne le 29 septembre 2009)

Description: Les chansons populaires occupent une place de choix dans la culture géorgienne. Le chant polyphonique en langue géorgienne est une tradition séculaire dans ce pays où la langue et la culture ont souvent été opprimées par divers envahisseurs. On y distingue trois types de polyphonie : la polyphonie complexe, très courante en Svanétie ; le dialogue polyphonique sur un bourdon de basse, surtout répandu en Kakhétie dans l’est de la Géorgie ; et la polyphonie contrastée comprenant trois parties chantées partiellement improvisées, caractéristique de l’ouest du pays. Le Chakrulo, chanté lors des cérémonies et des fêtes et qui appartient à la première catégorie, se distingue par son recours à la métaphore, son yodle, le krimanchuli, et un « cri du coq » exécuté avec une voix de fausset. Certains de ces chants sont liés au culte de la vigne et beaucoup remontent au huitième siècle. Le chant est omniprésent dans toutes les activités de la vie quotidienne, des chants de travail (les
Naduri qui introduisent dans la musique les cris de l’effort physique) aux chants de Noël (Alilo), en passant par les chants de guérison. Des hymnes liturgiques byzantins ont eux aussi intégré la tradition polyphonique géorgienne, au point d’en devenir une expression majeure.

Après avoir subi les effets des politiques culturelles socialistes, la musique traditionnelle géorgienne est aujourd’hui menacée par l’exode rural et le succès croissant de la musique pop. Les nombreux enregistrements de chants polyphoniques effectués sur des disques vinyle au début du vingtième siècle, n’offrent pas de garanties suffisantes pour la préservation de ces données sonores dans le long terme.

18/09/2015

Exposition

Un rappel, sans malice!

Affiche Expo Bellebranche.jpg

17/09/2015

Hôpital

Un hôpital a de grands yeux
Qui s’ouvrent sur la folie des infirmes,
De ceux pour qui le monde n’a pas d’odeur,
De ceux pour qui le monde est un trou noir,
De ceux pour qui les bruits restent secrets.
C’est une plaie béante sur la pauvreté,
Non de l’argent mais des humains déprimés.
Des flacons, des odeurs, des couleurs
Y vivent en harmonie
Pour complaire au malheur.
Du haut des plafonds
Arrive l’écho des plaintes
De douleur ou d’orgueil.
Il s’y imbibe en cercles ronds
Qui s’élargissent en ondes
Et se contredisent en préséance.
Seul le muet ne peut rien dire,
Mais ses convulsions montrent bien
Qu’il veut défendre son droit.
La douleur reste indifférente
A qui la côtoie chaque jour.
J’ai vu des hommes
Rire de la forme d’une blessure,
D’autres pincer pour entendre crier.
Seul reste, avec sa tristesse,
Le pinson suspendu dans sa cage,
A l’entrée de l’hôpital.

©  Loup Francart

16/09/2015

Campus Stellae, chants sacrés du XIIème siècle

https://www.youtube.com/watch?v=EX3-K-YPzu8


Apparition de la polyphonie. Elle est bien sûr différente de celle qui suivra, mais elle a sa beauté.

Tout d’abord pour les premiers chants vous entendez une seconde voix monotone, sur la même note, puis sur deux notes et parfois plus. Les Byzantins appelaient cet note d’accompagnement l’ison qui a pu naître soit d’un instinct harmonique primitif, soit simplement du besoin utilitaire de maintenir le ton. Cette teneur est le plus souvent la même note que la finale.

Puis le début d’une vraie polyphonie avec l’organum latin parallèle qui date de l’apparition de l’orgue importé de Byzance en Occident. Cette hétérophonie suit la mélodie principale en intervalles « parfaits », octave, quinte, quarte, note contre note.

Vint ensuite le déchant à partir du XIème siècle où la voix organale se chante plus haut que la voix principale. Apparaissent des éléments de contrepoint jusqu’à l’organum mélismatique ou à vocalises.  

Un magnifique disque de l'ensemble Discantus dirigé par Brigitte Lesne.

15/09/2015

Illusion 1

Le son résonne entre ces surfaces désunies. Il monte de toutes parts et emplit les oreilles de sons inaudibles. Ce sont les yeux qui les entendent. Ce sont les doigts qui les caressent.

Un silence impressionnant qui danse sans que l’on sache d’où il vient.

Ce dessin peut être tiré sur plexiglas au format 50 x 50 cm ou 60 x 60 cm.

15-07-03 Illusion1cor.jpg

14/09/2015

Le fond de l’être

Deux jours, deux jours que je vis à la superficie de moi-même. Je racle les parois de la bulle sans jamais me promener  dans l’azur de la seule réalité, le Soi. Le paysage est rugueux, fait d’événements parcellaires, de rires et d’inquiétudes, de rencontres et de ruptures. Rien de suivi dans ces deux jours. La succession devient la norme, je suis sans continuité.

Mais au fond de moi, auquel je n’ai plus accès, je sens la rébellion gagner. C’est une grosse vague que j’entends et qui va tout recouvrir. Que restera-t-il après son passage ? Je ne sais. Pour l’instant je fais le gros dos et préfère ne rien savoir, ne rien penser, n’être que sensations et émotions. Au-delà, une mousse trouble de pensées éparses qui constituent une soupe impénétrable. Une odeur, puis un bruit, puis le toucher frais d’un rêve… Rien de tout cela ne permet d’avancer. C’est une stagnation de l’être, une dissolution du moi dont on ne comprend le mécanisme que lorsqu’il est déjà enclenché. Comme il est difficile de s’en défaire. Je suis comme une bulle d’air enfermée dans une bouteille. Elle courre à la surface contre le verre, séparé par cette attraction du plus léger et désormais rien ne la fera redescendre dans le liquide bouillonnant de la vie réelle, dans cette douceur impensable de l’absence de moi-même. Qu’il est loin ce fond de l’être qui borde le moi et devient le soi.

Alors plonge en toi-même, rassemble tes forces pour te concentrer sur cette descente, prend une apnée, insuffle-toi l’absence pour vivre la présence !

 

12/09/2015

Trou noir

Il enserre dans ses griffes l’espace
Il le chiffonne de ses soubresauts
Et crée des perturbations incontrôlées
Le puits s’ouvre dans la courbure
Il tombe selon sa densité
Et se referme sur lui-même
Plus rien n’en sort
Même pas une parole divine
Le mystère reste entier
Où donc est passé le temps ?
Ce trou dans l’espace est-il
Creusé par le doigt de Dieu
Dans une motte de beurre ?
Même la matière a disparu
Plus rien n’est apparent
Et cet invisible est pourtant
Aussi surement que je suis
Immatériel, dans un corps matériel

©  Loup Francart

11/09/2015

La beauté

Pourquoi sommes-nous attirés par l’immensité du cosmos et dans ce cosmos par le vide qui semble exister ? La beauté serait-elle culminante par l’absence de forme ? Le rien est-il l’amalgame du tout hors de l’espace, du temps et de la matière ? Le rien nous attirerait parce qu’il est la rencontre du tout en un point qui devient l’infini.

Quelle pensée vertigineuse : la rencontre des contraires en un point inimaginable. Peut-être est-ce cela la beauté ? Indéfinissable, elle émerge par intuition et n’est pas démontrable. Mais elle est plus que vraie. Elle surgit de la vérité et en dérive.

Affine ton esprit et laisse aller ton intuition. Tu découvriras la beauté de l’infini, aussi beau qu’un minuscule point de matière en un lieu de l’espace à un moment donné.

09/09/2015

Haïku

Matin, bleu divin
Voler entre les poubelles
Arriver, béat

 

haïku est une forme japonaise de poésie permettant de noter les émotions, le moment qui passe et qui émerveille ou qui étonne.

C'est une forme très concise, dix-sept syllabes en trois vers (5-7-5).

(http://www.tempslibres.org/tl/fr/theo/mode01.html)

08/09/2015

Trouble 2

A nouveau, il est peint et il conserve son trouble : des points et lignes blanches apparaissent entre les signes noirs et reviennent aussitôt les points et lignes blanches en surimpression sur le blanc.

Reprenez le tableau du 8 avril 2015. Ce n’est pas le même en couleurs inversés, mais celui-ci procède de la même construction. Et comme lui, il représente les signes de l’invisible derrière le visible.

Les points existent sans exister. Ils ne sont pas visibles et pourtant on les voit.

 

Acrylique sur toile
1m x 1m
septembre 2015

07/09/2015

Exposition d'art cinétique

Une nouvelle exposition :

Affiche Expo Bellebranche.jpg

 

06/09/2015

Le nombre manquant (récit insolite 13)

         Trois heures du matin. Un coup de fil me réveilla. C’était Vincent.

– Ils ont recommencé, m’annonça-t-il.

– De quoi me parles-tu ?

– Les pirates. Ils sont à nouveau entrés dans notre base malgré toutes précautions prises.

– Comment le sais-tu ?

– A nouveau, le terme zéro est devenu orez. Dans tous les documents et pas seulement dans un des ordinateurs du réseau. Ce qui signifie qu’ils connaissent notre système de sauvegarde et qu’ils peuvent modifier nos fichiers sans aucune difficulté.

– Ce que je ne comprends pas, c’est le pourquoi de ce changement de nom. Es-tu sûr qu’il n’y a pas d’autres modifications ?

– Absolument sûr ! J’ai passé ma soirée à vérifier avec le comparateur. Je n’ai vu que cette différence.

– C’est peut-être un message que l’on cherche à nous faire passer.

– Peut-être. Mais il est bien incompréhensible. Cela peut aussi être l’œuvre d’un mauvais plaisant qui cherche à nous prouver son habileté. Enfin, et ce serait plus inquiétant, ce peut-être une affaire beaucoup plus sérieuse. Un espionnage qui laisse intentionnellement une trace pour voir nos réactions et anticiper. Ceci pourrait alors être l’œuvre soit d’un niveau étatique, soit du niveau d’une organisation inconnue qui cherche quelque chose, mais quoi ?

– Si c’est cela, nous sommes mal partis, constatai-je. Que comptes-tu faire ?

– Pour l’instant je ne sais. Mais nous devons en discuter, donc nous réunir très rapidement et nous poser la question de l’action à mener.

– Cela me semble logique. On se réunit aujourd’hui ?

– Oui, cet après-midi, à quatorze heures. Tu peux ?

– Oui, aucun problème. Alors, à cet après-midi.

Notre petit groupe se réunit après le déjeuner : analyse, hypothèses, recherche de solutions. Mais peu de choses en sortie. Il fallait en savoir plus sur les intentions de l’auteur du piratage et rien pour l’instant ne nous avait mis sur la voie.

– Tendons-leur un piège, dit tout à coup Mathias. S’ils tombent dedans nous saurons qui ils sont et ce qu’ils veulent.

– Excellente idée, mais quel piège et comment les attirer ? répliqua Vincent.

– La première des choses est de savoir ce qui les intéresse dans nos recherches, dit Claire. Est-ce l’aspect scientifique, la numérologie et la cosmologie ? Est-ce l’aspect métaphysique, les notions d’infini vues par les philosophes ? Est-ce l’aspect ésotérique, les confusions possibles entre le zéro, le néant, l’infini et le tout ? Pourquoi ne pas mettre dans un nos textes récents une allusion à une découverte fondamentale dont on ne mettra que quelques bribes qui attireront les pirates et nous révèleront leurs motivations.

– Qu’est-ce que vous proposez concrètement, demanda Vincent, toujours avec une pointe d’ironie vis-à-vis de l’intruse, comme il l’appelait lorsqu’elle était absente.

– Pourquoi tout d’abord ne pas tenter de savoir s’ils sont intéressés par l’argent, le pouvoir ou la renommée, dit Mathias, avant de savoir quel est le sujet de leur recherche.

– L’idée de Claire me semble excellente, dis-je. Que vaut-il mieux ? Rechercher le sujet ou le mobile. C’est à étudier. Il faut maintenant que chacun réfléchisse à la manière d’attirer nos faussaires. Coupons à nouveau notre base du réseau et mettons-nous au travail. Rendez-vous dans deux jours chacun avec une proposition acceptable. Nous choisirons ce qui nous semble le meilleur.

L’ensemble des participants acquiescèrent. Vincent fit cependant remarquer que mettre à l’abri la base de données donnerait une indication claire aux pirates. Nous savons que nous avons été piratés et nous nous posons la question de savoir ce que nous devons faire. Peut-être valait-il mieux faire comme si nous ne nous étions aperçus de rien et chercher la parade sans donner l’alerte.

– Je pense qu’il a raison, dit Mathias. Evitons de nous servir de la base et ne nous contactons pas pendant quelques jours en faisant semblant d’être très occupés à autre chose.

Sur ces recommandations, la séance fut levée.

05/09/2015

Attente

Ne rien chercher ! Ne pas penser !
C’est ainsi que viennent les idées
Quelle drôle de façon de trouver.
Y a-t-il des possibilités d’avancer ?

Laisse travailler en roue libre.
Ne te perd pas en recherche fébrile.
Retrouve un propice équilibre
Et soupèse arme et calibre.

L’idée vient lorsqu’elle est prête.
Elle dévoile sa fumée joliette
Et signale sa venue dans l’oreillette.
De pique-assiette, elle devient rondouillette.

Alors détend-toi, le regard à l’horizon.
Peux-tu te croire  ainsi en prison ?
Rien. Ne pense à rien. Pas de trahison.
Juste : attend la prochaine lunaison.

Tout viendra sans peine ni reproche.
Nul besoin d’engeance ou de taloches,
Tout se passe dans la caboche.
Et quel bonheur que cette approche !

©  Loup Francart

04/09/2015

Mémoires d’un rebouteux breton, écrites par Catherine Ecole-Boivin

Personnalité émotive, réfléchie, sous une allure en retrait, sérieuse et un tempérament en ébullition, il était considéré durant son enfance comme un garçon agité, nerveux et remuant. Il possède cependant une disposition phénoménale pour le calcul. Le calcul mental, les mathématiques, sont, avec ce que nous ne calculons pas, l’infini de l’homme, sa géométrie.

Portrait, biographie, histoire et mémoire d’un rebouteux. C’est un livrepaysan,rebouteux,vis,société d’impressions, de sensations, plus que de sentiments ou d’idées. On sent la main qui ausculte, qui palpe, qui caresse, qui remet à leur place tendons, muscles, articulations, avec douceur. (…), lui, guérit avec ses mains. Il se sert de l’imperceptible, de l’invisible qui produit le sensible, mais aussi la logique du corps. La vie en lui bouillonne à flots, encore aujourd’hui, cette énergie qui l’habite en continu. Etrange impression de force qui le tenaille depuis le départ. Il bouge constamment, il est comme toujours animé, électrique. Pour lui, le corps n’est pas une prison, ni un tombeau, le corps est le vivant de l’esprit. Les deux sont liés.

Et commence son histoire, l’histoire d’un petit garçon dont la passion est de regarder son père, rebouteux, masser et soigner dans ce monde paysan à mi-chemin entre la Bretagne et la Normandie, près du Mont Saint-Michel. Je suis un enfant, c’est-à-dire un être non pensant (…). Un être inapte aux souvenirs et à élaborer sa propre pensée, un invisible. Les gestes de mon père se répètent, il tourne les membres, les étire, les plie d’une certaine façon. Je remarque une pression, puis une autre. J’enregistre le mouvement. Les gens crient un peu, retiennent leur surprise, dans un vagissement venant des profondeurs. Le soulagement presque instantané de ceux qui sont passés entre ses mains leur redonne confiance. Pendant qu’il les raccommode, tous parlent avec leur soigneur, des semailles, des travaux à finir le lendemain, de leurs bêtes, de leurs affaires, des ventes et des locations de terre. Aussitôt rassérénés, ils repartent avec tellement de joie. Mon père n’en éprouve visiblement pas de fierté. Je suis fier à sa place.

Une vie rude, dure au départ, et, en permanence, la puissance du dedans qui soutient l’homme, le modèle, l’entraîne toujours plus avant dans la compréhension des corps. Notre métier de rebouteux n’a rien à voir avec le magnétisme, pas de fluide. (…) C’est l’usage qui fait la différence et le palper. Rebouteux, c’est un travail manuel, pas de la sorcellerie. Là on doit agir, on passe notre main et ça grésille sous le doigt, la tension de la douleur de l’autre, celui qui se croit abandonné par la chance, nous résonne dans les doigts. (…) Je vois avec les mains. Le vide qui existe entre nos mains et la peau du souffrant, on en fait quelque chose : « Après tout : le diplôme à celui qui guérit. »

Au fil des chapitres, on revit sa vie : garçon boucher, béret rouge, boxeur, maquignon, rebouteux enfin. On apprend sur les dons, don du zona, don du remaillage des articulations, don de réparation des corps-machines, toutes sortes de don, avec celui de la douceur physique et de la chaleur des mots.

Quatre-vingt-cinq ans. Une vie dans les mains, des milliers de patients rafistolés, et toujours l’espoir. La preuve : il se remarie une troisième fois à soixante-dix-neuf ans.

Merci à l’auteur qui nous fait entrer dans ce monde de notre enfance où les paysans avaient du bon sens et non du savoir.