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19/08/2019

Faire le vide

Faire le vide en soi, ce n’est pas seulement faire le vide de la pensée, mais aussi le vide du corps : faire disparaître toutes les envies, tous les désirs qui nous emprisonnent. Alors l’univers dans les choses et les hommes, nous pénètrera, puis la déité se révèlera.

S’efforcer de se contenter de ce qu’il faut pour vivre et non pas chercher ce qu’il faut pour avoir du plaisir. Attentions à ne pas confondre l’amour du plaisir avec la joie de l’amour.

 

14/08/2019

Spiritualité ou religion ?

Il y a deux voies pour un même but : devenir Soi, au-delà du moi.

Le choix de la spiritualité, c’est le désir de liberté, mais c’est aussi celui du risque. La voie est pleine d'embûches. Le choix de la religion, c’est le désir d’ordre, il donne des garanties dans la conduite de sa vie, mais enferme dans les dogmes et les règles.

Deux démarches qui semblent opposées pour un même but : trouver celui qui est, en moi et hors de moi, dans le monde de la matière, dans le monde des idées et dans le monde de l’esprit.

Le but ultime : l’union des contraires, l’unification de Soi. C'est une dépossession de son personnage et une retrouvaille au même moment en un lieu unique qui s'impose : l'intérieur et l'extérieur ne font plus qu'un.

Je suis parce qu'il Est, mais aussi il est parce que je Suis. Comprenne qui peut !

28/06/2019

Paradoxe de la sainteté

Paradoxe de la sainteté : elle apporte une insatisfaction de soi de plus en plus grande et comble l’homme de la présence de Dieu parce que son amour est au-delà des fautes.

29/05/2019

Les contraires

Dieu : contraires assimilés. Il est à la fois ce que la femme aime en l'homme (la force, la volonté, la gloire) et ce que l'homme aime dans la femme (l'amour, la tendresse, la douceur, la maternité).

L'homme et la femme aime Dieu chacun à leur manière, souvent dans leur contraire.

Mais Dieu est au-delà de ces contradictions apparents et même de ces assimilations réconfortantes.

 

15/05/2019

Les hommes (et les femmes)

Il y a trois sortes d’hommes :

    1. Ceux qui sont dans l’ignorance totale et naturelle. Ceux-là sont les simples et ne troublent pas le monde.
    2. Ceux qui savent quelques bribes de sciences sans les connaître véritablement. Ceux-là parlent et croient savoir. Ils sont les plus nombreux et prétendent diriger le monde. C’est pourquoi celui-ci ne va pas bien.
    3. Ceux qui savent, ont fait le tour de la connaissance et voient qu’ils ignorent tout. Ceux-là sont simples et ne troublent pas le monde, car ils se savent ignorants malgré leur connaissance. Telle est la véritable simplicité à attendre. Mais s’il n’est pas possible d’atteindre le troisième stade, mieux vaut en rester au premier que prétendre au second.

"Heureux les humbles", c’est-à-dire heureux ceux qui disent ne pas savoir.

03/04/2019

La vertu

"La vertu est sans vertu, c’est pourquoi elle est la vertu", dit Lao-Tseu.

Ainsi la vertu est dans le renoncement à la vertu, car elle n’est pas un bien que l’on puisse acquérir. Comme tout ce qui appartient au monde divin, elle est, un point c’est tout.

Renoncer aux aspirations humaines pour accéder à la réalité divine qui est à l’origine de ces aspirations.

19/01/2019

Retournement

Ce n’est qu’un courant d’air
Fuir cette forteresse
Où l’on ne sait où aller
Enfermés dans nos contradictions

Cette nuit, en douceur
Nous nous sommes levés
Avons pris des chemins détournés
Nous n’avons pas posé de questions
Nous n’attendions pas de réponses

Le courant d’air nous a pris sous son aile
Et nous a mis en marche
Nous avons suivi sans savoir où aller
Même pas une intuition

Non, un simple courant d’air
Nous a mis en marche

Nous sommes sortis sur la terrasse
Délivrés du poids des pierres
Affranchis des habitudes

Il était moi et j’étais lui
Nous étions nous et lui et moi
Les pleurs nous étouffaient
Nous nous jetions dans les bras d’inconnus
Et pleurions ensemble de contritions
Délivrés de notre misère sociétale

Le cœur en tempête
Nous fûmes pris dans l’ouragan
Qui emporte tout sur son passage
Et ne laisse qu’un trou
Où il suffit de plonger
Pour baigner d’amour
Et pleurer de délivrance

 

©  Loup Francart

09/01/2019

Considération

La difficulté chez Teilhard de Chardin est de concilier le point Oméga avec Dieu. Il situe son analyse d’un point de vue strictement scientifique, c’est-à-dire du côté de l’homme en tant qu’associé à l’univers matériel en évolution.

Le point Oméga, ce n’est pas la déification de l’homme, mais son accession à l’esprit divin grâce à l’amour de Dieu.

08/08/2018

Prière

 

La prière naturelle est :

un combat de la volonté,

une aspiration du coeur,

une ouverture du mental.

La prière surnaturelle est communion de l'esprit.

 

05/08/2018

L'intention

 Ce ne sont pas nos actes, mais nos intentions qui comptent vraiment.
Bahrâm Elâhi,
La voie de la perfection, éditions Seghers, 1976.

 

L’homme vivant et pensant dans le monde n’a pas l’habitude de différencier l’action et l’intention de cette action. Pourquoi fais-je cela ?

Le plus souvent, son intention est limitée dans le temps, l’espace et les circonstances de la vie qu’il mène. Plus encore, il ne recherche que son bien propre lié à ces trois limites. Il ne prend donc pas en compte, le plus souvent, la durabilité de son action, son universalité et son désintéressement.

Toute action s’inscrit tant dans le monde matériel que dans le monde spirituel. Dans le premier, l’action prime et donne un résultat qui influence le monde matériel, visant le plus souvent à apporter un bienfait salutaire à l’être agissant. Dans le second, seule l’intention importe. Cette intention est personnelle et ne concerne que la personne qui agit, son avenir spirituel. Elle s’inscrit durablement, universellement et est fonction de son abnégation.

On peut agir apparemment de manière désintéressée alors que l’intention reste personnelle et vise un avantage matériel et terrestre. Certes, c’est un pas en avant que de vouloir dépasser l'intention immédiate et de rechercher un bien tendant vers le spirituel. Mais la plupart du temps, l’action reste attachée à la mise en avant de sa personne, c’est-à-dire de son égo. Il reste à franchir le second stade de l’accomplissement : se détacher du résultat personnel recherché par l’action entreprise. Ce deuxième stade nécessite l’acquisition du détachement vis-à-vis de soi-même.

Agir sans intention personnelle. Alors seulement, le résultat de l’action est durable, universel et totalement altruiste.

 

Bahrâm Elâhi est le fils du maître Elâhi, né au Kurdistan iranien en 1895 et mort en 1974. Ce dernier a exercé la fonction de magistrat dans différentes villes d'Iran, puis, progressivement, les chercheurs spirituels vinrent à lui et suivirent son enseignement. Son fils Bahrâm a poursuivi sur la lancée de son père et les a transcrits dans deux livres : Le chemin de la lumière et La voie de la perfection.

11/07/2018

Néant et vide

 

Contrairement à ce que l’on a tendance à croire, le néant est le contraire du vide.

Le néant est rempli de tous les désirs de l’homme, de tous ses actes faits de  désir. Pour sortir de son néant, L'homme doit tendre à faire le vide en lui-même, c’est-à-dire renoncer à tous ses désirs.

Selon son attitude, le monde peut être source de joie et de bonheur parce qu’il a su y renoncer, source de déception et de malheur parce qu’il y est attaché.

 

06/07/2018

Voyage en pleine conscience, film documentaire

Ils méditent, marchent, mangent, font zazen, bref vivent. Ils appartiennent à la communauté du village des Pruniers, situé dans le sud-ouest de la France. Le film est construit sous forme de voyage initiatique sur les pas du maître bouddhiste zen Thich Nhat Hanh, dans la candeur des journées d’initiation à la méditation en pleine conscience. On suit l’entrée dans la communauté, la signification de la tête rasée, les chants sacrés à la sonorité curieuse pour les Occidenta7_830530.jpgux, les petites joies comme celles de la cuisine, les lents regards sur soi-même et les autres dans la paix mentale. De belles images campagnardes, une ambiance communautaire détendue, un retour sur soi-même initiatique. Cela dure, patiemment, dans cette méditation de l’instant présent, seule consigne permanente. Puis on assiste à un séjour à New York de la communauté. Éclairant ces instants en ville sous le regard des New Yorkais, cela fait penser à Alice au pays des merveilles. Que cherchent-ils ? « Trouver la vérité est différent de trouver le bonheur ! », proclame le maître. Le film ne dit pas ce qui est cherché.

Le film est intéressant parce qu’il vous sort des enseignements habituels des religions : règles, croyances, rites, obligations (même s’il y en a). Et si l’on se laisse porter, on constate que la réalité vécue au-delà de cela est semblable, quelles que soient les religions. Les chants de méditation rappellent, avec des sonorités différentes bien sûr, les chants de nos monastères, souvent émis de manière mécanique.

Cependant, le film reste à la périphérie du problème de la méditation. Il ne rend pas compte de ce qu’elle est réellement. Il ne montre que les apparences, mais ne permet pas d’entrer dans la peau du méditant et d’en faire l’expérience dure et amère avant qu’elle devienne un havre de paix. Qu’est-ce que la méditation ? On ne sait. On n’en voit que les gestes, mais pas la pratique et ses difficultés. Même les explications données par les disciples n’éclairent pas. Ce sont de petits cailloux déposés le long du chemin, mais ils ne constituent pas une allée de sérénité.

Peut-être est-ce le seul moyen d’initier : montrer et simplement donner envie d’essayer. Mais comment faire ensuite, c’est le mystère, en pleine conscience ou non.

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« Le “Village des Pruniers”, fondé en 1982 par le Vénérable moine Thich Nhât Hanh, comprend quatre hameaux principaux (deux pour les moines et deux pour les nonnes) et quatre autres petits hameaux “satellites”, tous répartis sur trois départements limitrophes: la Dordogne(24), la Gironde(33) et le Lot-et-Garonne(47). Ce nom provient des 1250 pruniers de la Communauté dont plus de la moitié fut offerte par des enfants, et dont la production est vendue au bénéfice des enfants qui ont faim au Vietnam. Les Enseignements de Thây (Thich Nhât Hanh) sont dispensés par plusieurs centres dans le monde.

Le Village des Pruniers est un lieu où l’on peut se ressourcer, respirer, sourire, et prendre le temps de poser un regard profond sur nos actes quotidiens : s’asseoir, marcher, parler, écouter, laver la vaisselle, répondre au téléphone… Mais c’est aussi plusieurs centaines de Sanghas dans le monde entier, qui pratiquent en groupes la Pleine Conscience et mettent en application les Enseignements de Thây. »

From : https://villagedespruniers.net/

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24/04/2018

Le nombre manquant (52)

Ne sachant que faire, nous reprîmes le tableau élaboré à Paris chez Mathias. Que pouvait-il nous apprendre suite aux événements de la nuit ? Il leur était à peu près sûr qu’en ce qui concernait les ravisseurs, il ne pouvait s’agir que d’un seul individu. Enlever deux personnes en une nuit en des lieux différents semblait irréaliste. De plus, pourquoi enlever ces personnes ? Pour l’argent ? Nous aurions déjà reçu une demande de rançon puisqu’ils connaissaient l’adresse de l’hôtel et vraisemblablement notre existence. Ils avaient été capables de faire le lien entre Claire et notre petit groupe et l’existence du professeur et, probablement également, de sa confrérie. Il s’agissait donc forcément de personnes ayant une connaissance de nos recherches et intéressées par celle-ci. Ce qui nous semblait le plus probable étaient soit une organisation religieuse ou idéologique, voire en mal de connaissance, soit un État dominant cherchant à tout prix à maintenir son omniprésence.

– Et si nous cherchions ce qui peut intéresser ces organisations ou ces États dans nos recherches, me dit Mathias. Cela nous permettrait peut-être d’éliminer ou d’infirmer certaines hypothèses.

– Nous avons principalement, jusqu’à présent, et sans doute par manque de compétences, axés nos approfondissements sur la cosmologie et ses investigations par les nombres. Très peu en ce qui concerne les aspects philosophiques et religieux. On pourrait peut-être éliminer les églises, non ?

– Je ne crois pas. Les églises ont toujours été les premières à être bien renseignées et à s’intéresser à tout ce qui concerne l’origine du monde et aux lois de son évolution. Elle a condamné de grands savants, mais elle a également laissé des ecclésiastiques faire des recherches. Deux exemples : le Père Teilhard de Chardin, paléontologue et philosophe, pour qui matière et esprit sont deux faces d'une même réalité, et le chanoine Georges Lemaître, physicien et astronome, qui élabora sa théorie de l’atome primitif, début temporel de l’univers. Pour moi, les églises sont tout à fait susceptibles d’intervenir dans nos recherches si celles-ci s’avèrent innovantes ou risquent de remettre en question l’existence de Dieu.

– Soit, gardons-les présentes à l’esprit, accordais-je à Mathias.

– Tu ne crois pas si bien dire. Pour elles, l’Esprit, avec un grand E, est le moteur essentiel de l’univers et de la vie. La matière n’est que la manifestation de la divinité. Étonnant d’ailleurs de constater que certains scientifiques, tel Jean E. Charon, énoncent que chaque grain de matière possède une part de mémoire et donc de possibilité de choix, donc de liberté. Pour ces physiciens, l’esprit ne serait pas le propre de l’homme. La spiritualité serait ainsi contenue à l‘intérieur de certaines particules de "matière". La matière et l’esprit seraient deux aspects d’une même réalité, la matière étant l’endroit et l’esprit l’envers.

– C’est bien l’objet de notre entreprise, concilier la physique et la philosophie, la cosmologie et la théologie. Nous avons donc des précurseurs, scientifiques et visionnaires, voire mystiques.

– Oui, mais ils ne sont malheureusement pas écoutés.

15/04/2018

Le nombre manquant (51)

En début d’après-midi, nous prîmes rendez-vous avec le Commissari capo du rione[1] où se trouve l’hôtel. Celui-ci, après avoir écouté et posé quelques questions, désigna un ispettori superiori[2] qui parlait français pour l’enquête. Il leur déclara que c’est parce qu’ils avaient reçu un appel téléphonique désignant un enlèvement qu’ils pouvaient bénéficier d’une enquête. Une simple disparition ne suscite pas l’ouverture de recherche pour un adulte, comme en France, ajouta-t-il. Ils avaient convenu de ne pas s’étendre sur leurs recherches et de se présenter comme de simples touristes en visite à Rome. Mais ils durent bientôt entrer dans les détails.

L'inspecteur fut étonné d’apprendre que Claire était partie sans toucher à sa chambre, vêtue telle qu’elle y était arrivée. Serait-elle partie volontairement, comme si elle avait été appelée, probablement par l’intermédiaire de son téléphone portable ? Ce qui signifierait que la ou les personnes qui s’étaient emparées d’elle la connaissaient et connaissaient son numéro.

– Connaissez-vous l’adresse du professeur ? Nous demanda l’inspecteur.

– Nous ne connaissons que son lieu de travail qui est la villa Médicis où il est en charge des relations entre la ville de Rome et les résidents.

– Savez-vous s’il y habite ?

– Je ne crois pas, mais je n’en suis pas certain. Seule Claire pourrait nous le dire, remarquais-je.

– Demain matin, j’irai à l’Académie de France pour en savoir un peu plus. Cela va être une enquête longue et difficile, car, pour des raisons diplomatiques, il faut être discret et ne rien laisser apprendre à la presse. Vous connaissez la presse romaine, elle est à peu près semblable à celle de la France, surtout depuis l’apparition d’internet. Ne vous attendez pas à des résultats immédiats, sauf si bien sûr les ravisseurs se manifestent.

– Oui, mais d’un autre côté, je ne vois pas pourquoi ils les ont enlevés s’ils n’ont rien à nous demander.

– N’oubliez pas qu’ils détiennent déjà deux membres de votre groupe. Cela peut leur suffire. Là-dessus, il prit congé non sans nous rappeler de garder le contact et l’appeler si nous disposions d’éléments nouveaux.

 

[1] Les Rioni sont les quartiers situés dans le centre historique de Rome.

[2] L’équivalent d’un commandant de police en France.

10/04/2018

Le nombre manquant (50)

– Quant à la quintessence, autant que je souviens, c’est ce qu'il y a de meilleur, de plus précieux dans quelque chose ou chez quelqu'un.

– C’est la définition habituelle. Mais n’oublions pas que la quintessence vient du latin quinta essentia, soit « cinquième essence » et s’ajoute chez les philosophes anciens aux quatre premiers (la terre, le feu, l’air, l’eau) et en assure la cohésion ou la vie.

– J’avoue que pour un informaticien, tu es assez bon sur l’origine des mots. Bravo ! Mais cela nous apprend-il quelque chose ?

– Peut-être, de manière indirecte. C’est ce qu'il y a d'essentiel, de plus important dans un ouvrage, dans une œuvre, dans un concept et que l'on présente sous une forme résumée et condensée. Connaître ce mot de passe et savoir l’utiliser pourraient conduire à entrer dans un secret jalousement gardé par une barrière intellectuelle ou mystique.

– Quelque chose comme les différents sens de l’écriture dont Origène parle dans son homélie sur les nombres.

– Oui, ce pourrait être ça. La bible raconte l’histoire de la rencontre entre l’humanité et Dieu, mais elle est aussi terrain d’expérimentation de la vie spirituelle de tout homme et conduit à la découverte de soi.

– Ainsi, ce mot de passe, parce qu’il s’appelle quintessence, pourrait être une ouverture vers une autre compréhension ?

– C’est une possibilité, pas une certitude. Mais elle vaut la peine d’être creusée.

– Donc, si je comprends bien, les ravisseurs pourraient être intéressés par nos connaissances et tenter de se les procurer. Ce pourrait donc être un organisme qui aurait également pénétré dans notre base de données pourtant très sûre.

– N’allons pas si vite. Ne laissons pas marcher notre imagination.

On avait donc avancé, même si rien n’était résolu. Ils étaient vivants, on pouvait presque communiquer avec eux. L’homme paraissait intelligent, donc on pouvait négocier avec lui. On disposait d’un mot de passe sans savoir à quoi il pouvait servir. Ce n’était déjà pas mal. À nous de découvrir la suite. Mais comment et de quelle suite s’agit-il ?

– Dans tous les cas, il faut maintenant mettre les carabiniers dans le coup. Il est temps de faire une déclaration pour qu’ils tentent de retrouver Claire et le professeur.

04/04/2018

Le nombre manquant (49)

– Clément, c’est Claire. Nous sommes en danger. Enlevés. On ne sait qui. Un homme, grand, brun, avec lunettes, vêtu d’un costume gris, l’air intelligent, sans autre signe particulier. Nous ne savons où nous sommes. Ah oui, un mot de passe employé par l’homme : quintessence. Je ferme, il arrive. Ne rappelle pas !

Je n’eus pas le temps d’ajouter quelque chose et, de toute façon, j’étais tellement surpris que je n’aurais su quoi dire ou demander. Trop tard ! Mathias me regardait. Je n’avais pas eu le temps de mettre le mode haut-parleur. Il me voyait secoué et se demandait ce qui se passait.

– C’est un coup de fil de Claire. Très bref. Elle me disait qu’elle et le professeur (elle a dit nous, donc je pense qu’il s’agit du professeur) avaient été enlevés. Elle ne sait pas qui ou quelle organisation les a enlevés et ignore où elle se trouve. Elle a parlé d’un homme qui porte des lunettes, grand, brun, sans signe particulier. Elle a ajouté qu’il semblait intelligent. Elle a parlé d’un mot de passe : « quintessence ». Pour quoi faire, elle n’a rien spécifié, car elle a ajouté qu’il arrivait. Elle a coupé aussitôt.

– Et tu ne lui as posé aucune question ?

– Je n’ai pas eu le temps. Il fallait surtout que je l’écoute, puis elle a dû raccrocher parce que l’homme s’approchait, m’a-t-elle dit.

– Nous n’en saurons donc pas plus. Au moins, nous les savons en vie. Dieu soit loué ! Mais que pouvons-nous faire ?

– Nous n’avons, tentais-je de résumer, que deux éléments nouveaux en dehors du fait que nous les savons en vie. Premièrement, ils ont été kidnappés par un homme non identifiable. Mais les éléments d’identification sont pratiquement inexistants. Deuxièmement, nous avons un mot : quintessence. Cherchons d’abord au plus simple : le mot de passe.

– Le mot de passe, me dit Mathias, je connais. Je peux même te donner la définition de Wikipédia : un  mot de passe est un mot ou une série de caractères utilisés comme moyen d'authentification pour prouver son identité lorsque l'on désire accéder à un lieu protégé, à une ressource ou à un service dont l'accès est limité et protégé.

– Mais cela peut également être, avec une définition plus large qui existait avant l’informatique un signe de reconnaissance entre initiés.

– C’est vrai. L’informatique n’a pas tout changé !

30/03/2018

Le nombre manquant (48)

Le soir de ce premier jour d’investigation dans les notes de Claire, nous avions convenu de faire un point de situation pour confronter nos points de vue, remarques, intérêts, voire points remarquables que nous avions trouvés. Mathias commença :

– Pour ma part, j’estime que ces notes ont une réelle richesse. Elles constituent, me semble-t-il, une bonne synthèse des différentes théories d’interprétation des différentes religions : leurs rôles réels, leurs doctrines, leurs influences évidemment et, bien sûr, leurs nuisances. Mais je constate, à travers ce que j’ai lu, qu’une étude des dogmes, doctrines, rites des religions ne nous apprendra pas grand-chose. Nous pourrons creuser, creuser encore, nous aurons toujours quelque chose à découvrir, mais serons-nous plus avancés dans notre objectif, j’en doute. Il y a dans toutes les religions, ou au moins la plupart, une part d’adhésion sentimentale ou intellectuelle ou encore sociale, qui en fausse la vision. Elles demandent de croire en leurs dogmes, c’est-à-dire d’adhérer à une image de Dieu qu’on ne peut penser que selon leurs critères. Dieu ne s’impose pas à notre évidence : il faut croire en lui, ou pas.

– C’est une démarche subjective inverse de la démarche objective de la science où tout passe par l’expérimentation.

– Oui, effectivement. La science ne demande pas une adhésion spontanée. Elle démontre et laisse son interlocuteur croire ou non à sa démonstration qui s’appuie sur une expérience et des conclusions tirées de celle-ci.

– Pourtant, répliquais-je, il a bien fallu une force d’adhésion au départ suffisamment convaincante pour que de nombreuses personnes croient, s’engagent et vivent leur foi. Et cette force constitue bien une expérience personnelle au même titre qu’une expérience de physique.

– Oui, nuança Mathias, mais c’est une expérience qui ne peut être partagée, alors que l’expérience scientifique consiste à prouver la véracité d’un fait en démontrant à tous son existence que tous peuvent partager.

–  Si je comprends bien, la religion implique de croire et non forcément de vivre ce que la religion déclare comme vrai. C’est pourquoi beaucoup pensent que la religion s’arrête à une croyance à laquelle il convient d’adhérer.

– Je te ferai remarquer que toutes les religions ne voient pas l’adhésion de leurs pratiquants de la même manière. Prenons par exemple le Zen. Seule l’expérimentation de la pratique du non-mental compte. De même pour le yoga au travers des exercices corporels ou mentaux.

– C’est exact, confirmais-je, et c’est pourquoi les religions dites révélées disent qu’il ne s’agit pas de religion, mais simplement d’états psychologiques à atteindre.

– C’est vrai qu’il y a une différence fondamentale entre les religions révélées et les autres, soit les religions orientales, soit les religions dites naturelles des philosophes des XVII et XVIIIes siècles.

La sonnerie de mon téléphone portable me coupa. Je décrochais et j’entendis la voix de Claire, une voix effrayée, très faible, comme téléphonant en cachette.

21/03/2018

Le nombre manquant (47)

Il nous restait deux jours avant de déclencher une alerte massive auprès de la police, de l’ambassade de France, du Saint Siège et des médias. Il s’agissait de bien utiliser ces moments, aussi avions-nous décidé de les consacrer à la recherche, moi dans un domaine assez nouveau pour moi puisque c’était Claire qui était en charge des aspects religieux, mystiques et spirituels. Mathias devait travailler sur les trous noirs et mêmes, nouvelles découvertes oblige, les trous blancs.

Nous décidâmes avec Mathias de jeter un œil sur les dernières notes de Claire qui se trouvaient sur la base de données et que nous n’avions pas eu le temps d’examiner. J’avoue avoir eu du mal à dormir en raison des circonstances et me suis réveillé tôt. Aussi dès sept heures, je me plongeais dans les notes que Claire avait prises suite à ses lectures de livres traitant de ces sujets ou d’interviews d’auteurs ou même de véritables hommes de Dieu. Il y avait de nombreuses notes, plus ou moins importantes, certaines peu intéressantes ou pour un point seulement ; mais d’autres détenaient de véritables informations sur le point de vue que nous recherchions, c’est-à-dire la notion de déité au-delà des problèmes de dogme et de théologie. Ces notes posaient des questions importantes qui dépassaient la notion de Dieu vu à travers une religion : comme il y a de nombreux Dieux puisqu’il existe de nombreuses religions, y a-t-il derrière ce Dieu, un Dieu unique, une déité qui serait le seul véritable Dieu ? Ce Dieu pourrait être exprimé en concepts théologiques globaux ou non ? Aurait-il des attributs définissables ou non ? Cette Déité est-elle perceptible, identifiable ? Y a-t-il un monde spirituel comme il y a un monde physique et un monde psychique ?

J’avoue que je fus assez vite emmené dans des sommets qui me semblèrent impossibles à franchir. Le lecteur conviendra qu’un homme peu porté sur la théologie, les dogmes et même l’illumination mystique peut avoir des difficultés à se retrouver dans les écrits de saints, soufis, cheikhs, swamis, maîtres et autres appellations d’hommes supposés éclairer l’humanité. Il y avait également des résumés de livres ou d’articles de philosophes ou chercheurs en religion et enfin d’opposants à toute religion. Cela représentait un travail considérable effectué en peu de temps par, incontestablement, une personne à l’esprit clair et synthétique. J’en fis part à Mathias qui prit à sa charge l’analyse des théoriciens alors que je me chargeais de celle des praticiens.

19/03/2018

Prière

Mon Dieu, je ne vous adresserai qu’une seule prière, c’est de me laisser le temps d’apprendre et de connaître, en vous, toutes choses, dont moi-même. Donnez-moi la volonté de chercher, car ce n’est qu’ainsi que je vous trouverai.

Faites de moi celui qui n’est rien, apprenez-moi à m’oublier dans le reste des choses, et c’est en appréhendant le Tout que je deviendrai moi-même.

13/03/2018

Le nombre manquant (45)

– Quels États pourraient mener de telles actions, finalement ?

– Je pense tout de suite aux États-Unis, dit aussitôt Vincent, toujours intéressés par l’innovation et les idées permettant de maintenir leur supériorité sur le monde. Cela suppose des contacts avec des organisations comme la CIA ou FBI. On peut essayer, mais attention, on est ensuite sous leur œil et pisté définitivement.

– Pensons bien sûr également à la Chine ayant de visées de maîtrise mondiale économique et derrière géopolitique.

– C’est vrai, mais ce genre de recherche est moins dans leur habitude. Alors pensons plutôt à la Russie concernée sur le plan religieux par l’Orthodoxie, religion quasiment d’état, sur le plan géopolitique par une ambition ancestrale et sur le plan culturel par leur compétence en matière de renseignement.

–  C’est exact. Plaçons la Russie en numéro deux derrière les États-Unis. Quant aux autres États, je ne vois pas lesquels pourraient être concernés.

– Mais bien sûr que si. Vous oubliez l’Islam en tant que religion qui couvre l’espace politique du Moyen-Orient. Les gouvernements de ces pays associent leur action politique aux visées politiques islamistes. Je pense bien sûr à l’Iran, à l’Arabie Saoudite, à la Turquie avec Erdogan, et aux rivalités entre tous les petits pays du Proche-Orient. Ah, et puis, bien sûr au Pakistan devenu un foyer important de l’islamisme avec derrière le spectre du nucléaire.

– Là aussi, trop de pays, trop de renseignements à acquérir, trop de contacts à établir. Et il nous reste encore les organisations !

Le lecteur doit commencer à trouver qu’on exagère. Au cours de ces deux heures de brainstorming beaucoup d’idées furent remuées. Elles concernaient des domaines inconnus de nous autres : la géopolitique, le renseignement, la diplomatie, la direction des religions et beaucoup d’autres choses encore. Ils se demandent si cette frénésie d’hypothèses n’est pas un peu exagérée pour une disparition de 48 heures de deux personnes qui n’ont jusqu’à présent jamais manifesté la moindre intention de s’attaquer ou même s’intéresser à la marche du monde et au pilotage difficile des rapports entre les nations ou les religions. Aussi je pris la parole :

– Non, on laisse tomber. On a déjà beaucoup trop de pistes qui sont plus probables que celles des organisations qu’elles soient mafieuses et scientifiques.

Un soupir inaudible de soulagement sortit de la bouche des deux autres participants qui, eux-mêmes, commençaient à trouver qu’on avait du travail pour dix ans alors que l’objet de nos recherches était bien différent.

– Je propose, dit Mathias, que, dans un premier temps, nous attendions un peu plus avant de nous lancer dans ces investigations. Disons encore deux jours. Et puis, essayons de penser à une action volontaire de leur part et de savoir ce qui aurait pu se passer. Rappelez-vous ce qui vous est arrivé depuis deux jours. Auriez-vous été contacté à Paris par quelque personne dont la demande vous aurait paru bizarre ? Ou par quelqu’un qui vous aurait proposé quelque chose d’insolite ? Auriez-vous reçu une lettre incompréhensible que vous auriez jetée parce qu’elle vous semblait hors contexte ? Ou encore un paquet que vous n’auriez pas encore ouvert ?

12/03/2018

L'infini de l'amour

Comment ne pas se sentir ridiculement petit devant ce monde à aimer en même temps que Dieu ?

Une vie ne suffit pas pour apprendre à aimer Dieu.

Une vie ne suffit pas pour apprendre à aimer le monde.

Pourtant, Dieu ne nous demande pas un choix.

Il veut l’un et l’autre.

09/03/2018

Le nombre manquant (44)

– En fait, remarquais-je, tout ceci ne nous apprend rien de plus que ce que nous savions déjà. Il faudrait maintenant entrer dans une recherche beaucoup plus poussée des individus, organisations ou États susceptibles  d’être intéressés, ce qui n’est pas une moindre affaire. Mais on peut y réfléchir. Prenons par exemple, la catégorie des religions. Lesquelles énumérer ?

– Eh bien, tout d’abord, la religion catholique, organisée, institutionnelle, détentrice ainsi de pouvoirs sur les sociétés et le affaires du monde. Ce n’est pas nouveau et il est inutile d’énumérer les exemples.

– C’est vrai, mais est-ce si sûr de nos jours ? Il me semble que l’église a perdu beaucoup de pouvoir temporel et que la société civile et les notions de laïcité bloquent leurs prétentions.

– Justement, raison de plus pour inciter certains fanatiques à agit pour un retour à leur capacité de pouvoir.

– Je vous ferai remarquer, dit Mathias, que l’Islam est au moins autant, sinon plus, susceptible d’avoir les mêmes raisonnements et donc les mêmes actions. Je dirai même, beaucoup plus susceptible.

– C’est exact. On pourrait même la faire passer en premier dans l’ordre des probabilités, en raison des événements actuels et de leur montée en puissance dans tout le Moyen-Orient. Leurs capacités à utiliser Internet pourraient même nous inciter à étudier en premier lieu cette possibilité.

– Pour poursuivre notre tour des religions, je pense que l’orthodoxie et le judaïsme pourraient également être concernés.

–Oui, certes, mais pas pour les mêmes raisons, me semble-t-il. Se mêlerait alors un fort aspect politique et étatique, que serait la défense de la Russie telle que l’imagine Poutine ou la défense du peuple hébreu, moteur de l’action du gouvernement de Tel-Aviv. Ce qui réduit considérablement leur intervention. Ces États attendraient simplement que nos recherches soient beaucoup plus avancées pour intervenir.

– C’est exact. Gardons-les, mais pour des recherches ultérieures.

– Voyez-vous d’autres religions qui pourraient être intéressées ?

– C’est assez réduit, je dirai même inexistant. Les religions et courants religieux issus du Bouddhisme sont moins organisés, plus foncièrement pacifiques et moins missionnaires. Je pense qu’on peut les écarter. Les religions hindouistes peuvent être plus guerrières, mais elles restent géographiquement tournées vers l’Asie et idéologiquement et historiquement plutôt pacifiques, comme le Bouddhisme.

– Alors, pour devenir plus pragmatique, conclut Vincent, il faut se concentrer sur l’Islam et l’Église catholique principalement, voire l’Orthodoxie et le Judaïsme. Êtes-vous d’accord ?

Ce fut unanime et cela représentait déjà un travail énorme et une recherche de renseignements trop importante pour trois personnes, d’autant plus que les deux autres possibilités d’acteurs n’avaient pas encore été envisagées : les organisations à visées dominantes et les États.

05/03/2018

Le nombre manquant (43)

– Au fait que désirez-vous savoir ? me demanda l’artiste.

– Eh bien, je vous avoue que cela fait maintenant deux jours que le professeur et sa secrétaire sont absents et peut-être pourriez-vous me renseigner sur leur emploi du temps ou les raisons de leur absence.

– Je vous avoue que les pensionnaires ne sont pas mieux placés pour connaître l’emploi du temps du professeur. Peut-être devriez-vous vous adresser à la secrétaire générale, elle sera plus à même de vous indiquer où se trouvent le professeur et son assistante. Je vais la prévenir de façon à ce que vous n’attendiez pas.

Je rencontrais la secrétaire générale, une femme efficace, semblait-il, mais qui ne savait rien sur l’absence du professeur et encore moins sur celle de son assistante.

– Nos responsables ont besoin de nombreux contacts extérieurs et pour cela sont très libres dans leur emploi du temps, me dit-elle.

L’heure avançait, je devais rentrer à l’hôtel pour la réunion programmée. Aussi quittais-je la villa Médicis, sans avoir pu véritablement progresser sur la disparition de Claire et du professeur.

 

– Voilà. J’ai repris le tableau que nous avions fait à Paris. Que nous apprend-il ? s’interrogea Vincent.

– Plus je réfléchis, remarqua Mathias, sur les auteurs de ces actes encore non identifiés, plus je penche vers trois catégories de personnes : en premier lieu les religions toujours poussées par la protection des dogmes et de la morale ; en second lieu, les organisations à visée dominantes stimulées par la connaissance et l’influence ; enfin, les États dont l’objectif est la conquête ou le maintien à la fois au plus haut niveau géopolitique et en même temps réservé à la caste des politiques. Il me paraît évident que la première catégorie est la plus susceptible d’avoir un rôle dans nos difficultés. Juste un mot encore. On pourrait ajouter à ces trois possibilités certains scientifiques, individuellement, dont l’objectif pourrait être la reconnaissance de la communauté savante. Il y a et il y aura toujours des savants fous !

– Gardons cette hypothèse à 3% de possibilités, mais les recherches dans ce cas seront très difficiles, voire quasiment impossibles sauf erreur de sa ou de leur part, remarqua Vincent.

– Pourquoi ? Je te fais remarquer que nous avions mis un indice de 2 pour cette catégorie de personnes.

– Oui, c’est exact. Mais autant je vois la possibilité d’une intervention de scientifiques pour connaître nos recherches, autant je ne les vois pas organisant un kidnapping ou une action de force.

– Je le concède, cet élément nouveau, une éventuelle action contre Claire ou même le professeur change la donne des possibilités.

– En fait, remarquais-je, tout ceci ne nous apprend rien de plus que ce que nous savions déjà.

01/03/2018

Le nombre manquant (42)

Je souhaitais revoir les artistes avec lesquels nous avions conversé lors de notre visite à la villa Médicis. Vous vous souvenez que j’avais pris le rôle de directeur d’une agence de communication pour nous introduire auprès des artistes résidents. Cela restait une bonne introduction pour aller prendre le pouls. Je pris le temps tout d’abord pour me promener dans les jardins, puis pour admirer la vue sur Rome et enfin pour visiter ce magnifique palais qui est bien plus qu’une simple villa. Je me laissais aller à regarder les pièces d’exposition et les tableaux qui ornaient les murs et  me présentais vers seize heures à l’académie. Rappelant mon rôle, je demandais à voir le jeune artiste qui travaillait sur les chiffres en verre. Après quelques minutes d’attente, je fus introduit dans son atelier.

– Je me souviens très bien de vous, me dit Pierre Englebert, et du jour auquel nous nous sommes vus. C’était il y a peu quand le professeur vous faisait visiter les logements de quelques pensionnaires et leurs travaux. Plus particulièrement de votre tête lorsque le professeur se fâcha à propos du nombre qui devait achever  le lustre en verre que j’étais en train de faire.

– Cela s’est donc tant vu ?

– Oui, nous nous sommes habitués à de telles sorties. Mais vous, quelle tête !

– J’avoue avoir été un peu surpris, sinon décontenancé.

– Oui, le professeur est parfois abrupt, décalé et surprend les visiteurs par des remarques originales traitant tantôt de cosmologie, tantôt de philosophie et tantôt de religion et même de mystique. C’est un être assez étonnant qui ne s’arrête pas à ce qu’il connaît et qui tente d’élargir en permanence sa vision du monde sur des sujets à l’extrême pointe de la recherche. C’est pour cela que les pensionnaires l’apprécient malgré ses sorties parfois scabreuses.

– À ce propos, savez-vous pourquoi celui-ci vous a dit « Non, pas zéro, orez ! » Est-ce habituel chez lui ou cette injonction est-elle nouvelle ?

– Vous devez vous souvenir qu’il l’a en partie explicité. Mais je ne l’avais jamais auparavant entendu dire quelque chose de cet ordre. Cela doit dater de trois à six mois au plus.

– Cet orez dont il parle a à voir avec l’infini, mais j’avoue que pour l’instant, je ne vois pas.

– Il parle assez souvent d’infini potentiel ou en puissance et d’infini en acte. Je concède que je ne suis pas capable de bien distinguer les deux notions. Il a repris une fois la définition d’Aristote, « l’infini est ce qui est tel que lorsqu’on en prend une quantité, c’est-à-dire quelque grande que soit la quantité qu’on prend, il reste toujours quelque chose à prendre »[1]. Je pense que c’est ce qu’il appelle l’infini en puissance : il est toujours possible de l’augmenter dès l’instant où l’on découvre quelque chose de plus.

– C’est sans doute ainsi, tentais-je d’expliquer, que Jean Duns Scot prétend que l’infini n’est pas ce qui laisse toujours quelque chose derrière, mais bien ce qui excède le fini selon toute proportion déterminée ou déterminable[2]. Mais ce qui me semble le plus intéressant chez Scot, c’est la transposition qu’il fait de la physique à la métaphysique. Il parle d’ « être infini actuel, indépassable en entité », qui serait « véritablement un tout, et un tout parfait ».

Mon interlocuteur resta coi. Il semblait avoir du mal à me suivre. Peut-être me trompais-je et le professeur n’avait jamais parlé de ces comparaisons possibles entre le monde physique et le monde spirituel.

 

[1] Aristote, Physique, III, 6, 206 b 32-207 a 15[207 a 7-8], dans Sondag 2005, p.119 

[2] Quolibet V (Olms, p. 118) dans Sondag, Duns Scot : la métaphysique de la singularité, p. 107        

25/02/2018

Le nombre manquant (41)

– Bon, revenons à nos moutons, dit Vincent. Mais si tel était le cas que nous venons d’évoquer, il est probable que le professeur n’est pas concerné et qu’il s’est absenté pour une autre raison. Donc deux hypothèses : une agression ou un enlèvement qui d’ailleurs est qualifié d’agression par la police.

– Dans le fond, est-il possible qu’il n’y ait eu en premier lieu une agression ou un enlèvement et que celui-ci se soit transformé en accord avec Claire ou le professeur pour des raisons d’informations qu’ils jugeaient très intéressantes.

– Ce n’est pas impossible. Mais tout de même quelque peu invraisemblable. Disons une chance  sur dix.

– Bon, dis-je. Nous avons à peu près fait le tour des possibilités en ce qui concerne l’incident qui a provoqué leur disparition. Mais finalement cela ne nous avance guère. Nous n’en savons pas plus. Où peuvent-ils être ? Pourquoi si l’incident est voulu par eux ou par qui autrement ? Posons-nous donc la question des causes. Pourquoi cette absence non explicitée ?

 – Très sérieusement, je ne crois pas à un vol de valeurs. C’est donc pour des documents ou encore pour leur soutirer une information qu’ils auraient disparu. Ou également pour qu’ils donnent volontairement une information  à quelqu’un.

– Toutes ces suppositions me paraissent intéressantes. En effet que peuvent avoir à cacher Claire ou le professeur : le fruit de leurs investigations et travaux. Rien d’autre. C’est donc bien à notre recherche que l’on s’en prend et à l’avancée de nos travaux.

– Alors, qui peut chercher à percer notre secret ? Il me semble que nous avons déjà abordé cette question et que l’on a identifié des personnes ou organisations qui pourraient être intéressées.

– Oui, c’est vrai. Tu te souviens, c’était au début de notre recherche sur qui remplaçait le zéro par orez. On avait même fait un tableau. Il faut le reprendre et essayer d’aller plus loin. Nous nous sommes peut-être trompés et creuser plus avant notre analyse.

–  Ne poursuivons pas, dis-je. Attendons de disposer du tableau que Vincent va extraire de la base de données et puis nous réfléchirons à nouveau. Rendez-vous ce soir vers 19 heures pour reprendre le brainstorming. Pendant ce temps, je vais aller faire un tour à la villa Médicis. Mathias, que feras-tu ?

– Je vais faire le tour de l’actualité des chercheurs en cosmologie ainsi que celle des recherches théologiques et spirituelles.

 – Bon. Alors, à tout à l’heure !

21/02/2018

Le nombre manquant (40)

– oui, au lieu d’un homme à suivre, ils pourraient avoir découvert un endroit où le téléphone ne passe pas et ils ne peuvent s’en éloigner parce qu’il a trop d’importance pour eux et qu’il faut le surveiller.

– Oui, une sorte de cave ou de tunnel. Mais pourquoi ?

– il est aussi possible qu’ils ne puissent communiquer parce qu’ils risquent d’être écoutés.

– c’est aussi une possibilité effectivement. Mais cela me semble peu probable, car ils peuvent mettre le téléphone sans le son et envoyer un SMS.

– Bon, arrêtons nos spéculations sur une disparition volontaire. Il me semble qu’il serait intéressant de se poser la question d’une disparition involontaire, c’est-à-dire provoquée par quelqu’un, telle qu’un enlèvement, un accident ou autre.

– Au fait, nous n’avons pas interrogé la police. Ils se pourraient qu’ils aient été arrêtés sous un prétexte quelconque ou que quelqu’un est signalé une agression.

– C’est une hypothèse, mais tellement peu probable. Disons, moins de 3% de chance.

– Je parle italien couramment, dit le hacker Vincent. Je vais les appeler.

Il sort, cherche le numéro de la police et leur pose la question. Toutes les informations étant centralisées il devrait avoir une réponse assez vite. Trois minutes plus tard, Vincent revient et nous fait un signe de négation. Rien auprès de la police.

– Nous pouvons donc écarter l’hypothèse d’un accident ? suggéra Mathias.

– En principe oui, sauf si cet accident n’a pas été signalé ou a été camouflé.

– Dans ce cas, il s’agit très probablement d’une agression volontaire, n’est-ce pas ? Alors, passons à cette autre hypothèse, ajouta Mathias.

– C’est-à-dire ? Un enlèvement ?

– cela est possible, mais pourquoi ?

– Nous verrons le pourquoi plus tard. En dehors de l’enlèvement, il y a en effet ce qui a été évoqué tout à l’heure, une attaque pour leur voler quelque chose : argent, bijoux, biens ou même documents.

– Pourquoi pas ? Claire nous a souvent dit qu’elle accompagnait le professeur à des réunions et qu’ils emportaient toujours une serviette pleine de documents. Cela est tout à fait plausible.

– Oui, mais pas au moment du coucher. Souvenez-vous que nous n’avions rien de prévu hier soir. Je l’ai laissé devant sa porte après le diner, dis-je en me rappelant ce qui s’était passé.

– Mais peut-être quelqu’un est passé ensuite avant qu’elle ne se couche.

– C’est possible, mais dans ce cas le veilleur de nuit l’aurait vu sortir. Il m’a dit qu’il n’avait vu personne ni entrer ni sortir.

– Il s’est peut-être absenter ne serait-ce qu’un bref temps, ne serait-ce qu’une envie pressante.

– Eh bien! Nous pourrons l’interroger ce soir puisqu’il est là à partir de neuf heures.

– N’oublions pas non plus qu’on a écarté une agression puisque la police n’a eu aucun compte-rendu de ses agents sur le terrain.

16/02/2018

Le nombre manquant (39)

Mathias et Vincent débarquèrent à l’hôtel vers onze heures du matin. J’avais retenu deux chambres la veille au soir et je leur laissai une demi-heure pour se rafraîchir et se changer. Puis nous nous réunîmes dans un petit salon que j’avais retenu.

– Alors, où en est-on ? demanda Mathias d’emblée de jeu.

– Je n’ai rien d’autre à vous annoncer que vous ne savez déjà : Claire n’était pas là hier au petit déjeuner, sa chambre n’avait pas été utilisée au cours de la nuit et le professeur n’a été au bureau ni hier, ni ce matin.

– Pensez-vous que les deux disparitions sont liées ou non ?

– Il m’est difficile de choisir. Certes, Claire était l'assistante du professeur, particulièrement dévouée et au courant de ses affaires, y compris de sa confrérie dont les recherches sont proches de nous. Mais d’une autre côté, je sais que le professeur avait assez souvent l’habitude  de disparaître quelques jours sans dire où il allait et pendant combien de temps. Au fond ce qu’il faudrait arriver à savoir, c’est principalement pourquoi ils ont disparu et non dans quelles circonstances.

– Il serait également indispensable de savoir si ces deux absences sont volontaires ou non, c’est-à-dire si elles viennent d’eux-mêmes, ou si on les a forcés à partir.

– Exact, mais comment le savoir ?

– Alors, allons-y ! Considérons tout d’abord que s’ils sont ensemble ou non importe peu. Ce n’est peut-être pas vrai, mais il faut bien commencer par un bout. Si cette disparition est volontaire, pourquoi ? Qu’est-ce qui aurait poussé l’un et l’autre ou l’un ou l’autre à disparaître sans laisser ne serait-ce qu’un message ?

– Je vois en premier une piste à suivre, annonça aussitôt le hacker. Disons un homme à ne pas perdre de vue parce qu’on a eu la chance de tomber dessus au bon moment. Bref, faire une filature en improvisant parce qu’elle est extrêmement importante pour connaître le lieu où il se rend ou les gens qu’il rencontre.

– Il se peut aussi que son ou leurs téléphones portables n’aient plus de batterie, dit tranquillement Mathias.

– peut-être, mais depuis une journée ils auraient trouvé une prise pour recharger.  

– Oui, mais quand on suit quelqu’un on ne peut s’arrêter.

– Bon, ne nous égarons pas. Y a-t-il d’autres causes pour un manque de nouvelles volontaires ?

12/02/2018

Le nombre manquant (38)

En fin d’après-midi, je décidai d’appeler notre informaticien à Paris. Il devait être rentré du travail et pourrait peut-être me donner de bons conseils. Celui-ci décrocha tellement rapidement qu’il en fut surpris. « Oui, un pressentiment », confirma-t-il. Je le mis au courant de l’absence de Claire et du professeur, sans que les deux défections soient forcément liées.

– Ce que tu me dis me paraît grave. Certes, les deux absences ne sont pas forcément liées, mais il y a cependant de grandes chances que ce soit le cas. Mais pourquoi ? Elle n’aurait pas laissé quelque chose dans sa chambre, un papier, un signe discret, quoi que ce soit qui indique qu’elle partait et éventuellement pourquoi.

– Je n’ose pas trop retourner dans sa chambre, car s’il y a une enquête de police, on pourrait m’objecter que je cherchais à cacher des preuves. Mais ce matin, je n’ai rien vu.

– Je te propose d’attendre pour aller à la police. Elle ou ils vont peut-être rentrer ce soir ou cette nuit. Je crois cependant qu’il serait bon que nous venions, moi et Vincent, à Rome pour t’aider. Il me semble difficile pour toi d’assumer seul cette absence et les recherches nécessaires. Nous prenons le premier vol demain matin et serons auprès de toi en fin de matinée. Cela te convient-il ?

– Oui, cela me paraît plus sage. Nous ne serons pas trop de trois pour effectuer nos recherches et poursuivre notre mission, car très probablement les deux sont liées.

L’après-midi fut longue et la soirée encore plus. Aucune nouvelle, ni de Claire, ni du professeur. Je pris soin de téléphoner à la villa Médicis en demandant que l’on me joigne si l’un de deux se manifestait au bureau. Mais je ne reçus aucun appel.

08/02/2018

Le nombre manquant (37)

Je décidais d’attendre jusqu’à l’heure du déjeuner avant d’alerter. Mais qui ? Je ne savais. Autant l’avouer, j’étais décontenancé, quasiment perdu dans cette ville que je connaissais peu et dans un milieu qui, cette fois-ci, me semblait hostile. Je décidais de sortir plutôt que de tourner en rond dans ma chambre et de me ronger les sangs. Mais sitôt dehors je me dis que peut-être Claire pourrait me faire parvenir un message à l’hôtel. J’avais cependant pris la précaution de me munir de mon téléphone portable, au cas où. Je déambulais le long du Tibre, contemplant ses eaux noires, en me demandant ce qu’elle avait bien pu faire. Soudain, je me rendis compte que la première chose à faire était de téléphoner au professeur Mariani pour savoir si elle avait rejoint son lieu de travail ce matin. Je m’assis sur une grosse pierre et composai le numéro de son bureau. La seule personne que je réussis à joindre était une femme de ménage de la villa Médicis. J’eus beaucoup de mal à lui expliquer que je voulais parler au professeur Mariani ou à sa secrétaire particulière, mais elle ne les avait vu ni l’un ni l’autre ce matin. Diable, comment cela se faisait-il ? Je commençais à m’inquiéter réellement. Non seulement Claire avait disparu, mais également le professeur. Cela aurait-il un lien avec sa confrérie ? Cependant, je savais qu’il arrivait assez fréquemment au maître de ne se rendre au bureau qu’en début d’après-midi. Donc, ne pas paniquer et attendre jusque vers trois heures pour retéléphoner. Je rentrai à l’hôtel pour déjeuner et demandai au portier si l’on avait laissé un message à mon intention. Rien. Attendons encore un peu. Je passais le repas à envisager diverses circonstances qui auraient pu amener une telle situation. Mais je dus avouer que rien d’intéressant ne sortit de ce soliloque, mes pensées étaient trop embrouillées et manquaient totalement de cohérence. À deux heures trente, je retéléphonai à la villa Médicis, mais ni le professeur ni Claire n’était apparu. La personne que j’eus au bout du fil me dit qu’il était assez fréquent que Monsieur Mariani s’absente une journée et que cela n’avait rien d’anormal. « Peut-être a-t-il eu besoin de son assistante », ajouta-t-il en pensant à notre collègue. Je ne pus rien en tirer de plus et n’étais pas plus avancé. Je remontai dans ma chambre, inquiet, ne sachant que faire. Inutile d’aller à la police. Tout d’abord je ne parlais pas suffisamment bien italien et de toute façon, ce que mon correspondant de la villa Médicis m’avait dit ne m’inclinait pas une telle démarche. La police m’aurait simplement dit d’attendre, qu’il n’y avait aucune raison de s’angoisser. Et pourtant, j’étais inquiet.

04/02/2018

Le nombre manquant (36)

Claire me raconta le lendemain ce qui s’était passé. Nous avions la réponse que nous cherchions sans que nous ayons eu besoin de la rechercher. Mais, que nous apprenait-elle ? Pas grand-chose. Certes nous savions que le professeur était quelque peu exalté, idéaliste même, qu’il pouvait à certains moments disjoncter et ne plus savoir ce qu’il disait, mais c’est tout. Qu’en conclure ? Nous pouvions lui faire confiance quant à la franchise de ces paroles et de son action, mais jusqu’à une certaine limite, difficilement identifiable. Que faire ? Nous décidâmes d’en référer à ceux qui étaient restés à Paris.

– Trop risqué, dit Vincent. Il est sans doute sincère et vrai, mais il est incontrôlable. Nous ne pouvons nous reposer sur quelqu’un qui peut déjanter à tout moment.

– Certes, mais ils peuvent nous apporter un soutien réel dans nos réflexions, dit Mathias. Depuis l’incident du remplacement du zéro par l’orez, nous n’avançons plus. Ils apporteraient un souffle nouveau, une autre manière de voir. À nous de tenir notre homme pour nous livre ses secrets.

– C’est vrai, mais nous livrons également les nôtres. Et ils sont avancés quoi que vous en pensiez, dit Claire. Oui, certes, agrandir notre cercle serait utile, mais après tout, que savons-nous de ce qu’ils ont découvert. Avons-nous eu une seule fois accès à leur propre connaissance ? Alors, de quel côté la balance doit-elle pencher ?

– C’est exact. Nous devons savoir ce qu’ils cachent derrière leurs apparences doucereuses avant de nous engager avec eux. Quant aux membres de la confrérie du professeur, sans doute faudrait-il mieux faire connaissance avec eux,  puis passer ensemble un pacte, même derrière le dos du professeur.

Je m’interposai :

– Sûrement pas ! Celui-ci est ouvert et vrai, ne cherchons pas à le tromper, cela pourrait nous en coûter.

– Soit, alors mêlons-nous à eux sans perdre notre autonomie ! Mais ne perdez pas trop de temps pour pouvoir rentrer à Paris au plus tôt et reprendre nos recherches.