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14/12/2012

Les lis naissants, de François Couperin

http://www.youtube.com/watch?v=eu2qfGmaN74&feature=related

 

Vous vous promenez au printemps dans la campagne, au bord d’une rivière et vous vous laissez bercer par l’écoulement de l’eau sur les pierres. Rien ne trouble ce repos. Le temps s’est arrêté et pourtant l’égrenage de la musique vous poursuit et fait fuir toute pensée.  Quatre notes en variation dont la seconde comporte un mordant. Rien que cela ou presque. Et vous êtes enchantés, au septième ciel. Vous planez au-dessus des humains dans votre sphère sans pensée, j’allais dire sans bruit et sans musique.

Une vraie leçon de composition de part sa simplicité mélodique et harmonique, sans qu’aucun effet de changement de rythme ou de sonorité ne cherche à séduire l’auditeur.

Cinq heures, je peux maintenant aller me coucher… dans les nuages…

07/12/2012

Douze variations en sol majeur pour violon et piano, de Wolfgang Amadeus Mozart

http://www.youtube.com/watch?v=HoGdiwtvt10

 

Une musique fraiche et enfantine, mais si difficile à jouer ! Elle vous enchante l’ouïe et vous détend le corps. Vous êtes baigné d’ondes chaleureuses et vous partez au bord du Danube pour une promenade intemporelle dans un autre siècle, sans souci.

L’interprétation est parfois un peu lourde pour le piano, à tendance appuyée (il n’est pas dit qui interprète), mais les nuances sont brillantes, avec ses ralentissements et glissandos. Ces défauts sont peut-être dus à l’enregistrement, le piano couvre parfois le violon.

Il n'empêche, quelle fraicheur !

26/11/2012

4ème mouvement « Fuga, allegro con spirito » de la sonate pour piano opus 26 de Samuel Barber (1949)

http://www.youtube.com/watch?v=Ga_280If08A&feature=fvwp&NR=1

 

Le thème donne un accent guerrier, triomphant, à cette fugue équilibrée, à la fois classique dans son organisation et moderne à la manière de Stravinsky.

Déferlement de notes en cascades avant une pause à la manière de Bach en 0.24 : cela dure peu, mais quel rappel au grand compositeur.

En 1.50, introduction d’un nouveau thème, rappelant la musique de Gershwin ou de Bernstein (West Side Story). C’est bref puisqu’en 2.06 on revient au thème principal, arrangé, clairsemé de bouquets de notes, comme un rappel nostalgique.

La sonate finit en étincelles, en gerbes de notes distendues, feu d’artifice en finale qui laisse l’auditeur épuisé, mais heureux.

 

 

Admirons le jeu de Marc-André Hamelin. La partition est extrêmement difficile et trouver une unité dans ce puzzle demande un effort de réflexion, puis de restitution dans le jeu, dont peu de pianistes sont capables.

08/11/2012

Triodion, d'Arvo Part

http://www.youtube.com/watch?v=uwmmnmVFTjg&feature=related

Nous avons déjà entendu ce compositeur estonien. Il signe là une œuvre pour chœur mixte chantée a capella, intitulée Triodon.

Cette œuvre est une commande pour le 150e anniversaire de la fondation du Lancing College au Royaume-Uni. Sa première mondiale a été exécutée le 30 avril 1998 par le chœur de la chapelle de Lancing sous la direction de Nicholas Cox à l'abbaye de Westminster à Londres. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Triodion_(P%C3%A4rt)

Le triode est un livre de la liturgie orthodoxe constitué de trois odes qui se chantent au temps pré-pascal. La plupart des canons du Triode ont été composés par St. Théodore de Stoudion (†826) et par son frère Joseph de Stoudion (†830), qui ont complété les chants plus anciens des Saints Côme de Mayuma et André de Crète, du VIIIe siècle (http://fr.orthodoxwiki.org/Triode).

Ces trois odes sont chantées en anglais :   

Ode I: O Jesus the Son of God, Have Mercy upon Us ;

Ode II: O Most Holy Birth-giver of God, save Us ;

Ode III: O Holy Saint Nicholas, Pray unto God for Us.

L’œuvre débute par une prière chantée par une femme, à la manière grégorienne. Puis le chœur des hommes. Selon l’habitude des chœurs orthodoxes, la composition utilise le bourdon, accompagnement du chant par un fond permanent sur une seule note. Les répons sont chantés par l’ensemble du chœur, hommes et femmes.

Le compositeur utilise parfois des accords de seconde qui donnent une note insolite dans la parfaite harmonie classique de l’œuvre.

 

Dans son style minimaliste, Arvo Part nous donne une musique profondément religieuse, apparemment très traditionnelle, presque conventionnelle au début, pour progressivement entrer dans un dialogue insolite, fait de chant et de silence, qu’il faut laisser vibrer en soi pour en saisir la subtilité spirituelle et se laisser envahir par cette prière magnifique. C’est une sorte de méditation intérieure qui donne toute sa force parce qu’au-delà des prières habituelles de remerciement, de supplication et de demande.

31/10/2012

Le sacre du printemps, ballet de Maurice Béjart, musique d’Igor Strawinsky

 

Un ballet de Maurice Béjart créé en 1959. Ce film date de 1970. Les deux élus du sacre sont interprétés par Tania Bari et Germinal Casado.

http://www.youtube.com/watch?v=ooi7eomsTuc

 

Quels sont ces insectes mâles qui, collectivement, tentent d’approcher leur reine, elle-même protégée par ses fidèles ? Est-ce une danse rituelle africaine, une parade de fourmis ou une évocation d’extra-terrestres. Ils sont impressionnants ces guerriers exaltés qui, mus par un instinct viscéral envahissent l’espace autour du bouton fermé sur lui-même. Leurs pattes et leurs ailes se meuvent ensemble pour se donner plus d’impact. Oseront-ils approcher ? Ils se scindent en paquets, tournent autour de cette forme insolite, approche peu à peu jusqu’à l’apparition de la reine. Celle-ci tout à coup se dresse et s’offre dans toute sa beauté, seule face aux mâles. Puis, très vite, par peur ou pudeur, ou peut-être parce que ses protectrices ont-elles-mêmes peur, elle se montre borgne pour que les mâles se détournent. Les deux entités, mâles et femelles, se regroupent, se serrent, se regardent avec fureur, se haïssent et se désirent.

La reine s’impose alors, majestueuse et animale. Elle vit sa vie propre, dans son monde à elle, rythmée par une horloge puissante qui imprime à son corps des attitudes tantôt terrifiantes, tantôt érotiques. Mais elle dévoile derrière ces attitudes un désir de rapprochement des entités. Et ce désir qu’évoque les allées et venues entre les deux groupes, éclate tout à coup. Elle s’est rendue désirable et cherche à les rendre désirables entre eux par une démonstration de sa propre envie. Jeu de la séduction qui tout à coup déchaîne les deux groupes. L’humain se retire, ni homme, ni femme, l’animal se dévoile, c’est une sorte d’ensorcellement qui, tout à coup, fait sortir du groupe des hommes un être.

Aussitôt, la reine cherche à séduire cet homme. Elle parvient vite à ses fins. Et c’est le déchaînement des corps, la confusion. Tous s’y mettent dans une extase sans limite. C’est la consécration de la femme et de l’homme dans une passion exacerbée. Derrière l’animalité de la danse se dévoile l’humain et le mystère de cette division en deux groupes sexués qui se cherchent et n’ont de cesse de s’unir. L’un et le tout.

 Ce ballet fit scandale lors de sa première représentation. Stravinsky en fut malade. Il en voulut aux ballets russes de Diaghilev et à Nijinski, le chorégraphe. Il ne connut le triomphe que l’année suivante. C’est un ballet mythique qui réunit à la fois le scandale, le fait qu’il ne fut joué que 5 fois dans les années 1913, un chorégraphe célèbre et une musique moderne fondée sur le rythme, la dissonance et le discontinu. La mélodie et même l’harmonie importent peu.

Merci à Maurice Béjart de cet instant magique qui fouille au cœur du mystère de la vie humaine : homme et femme, semblables et différents, une différence qui ne cherche qu’une chose : l’unité.

17/10/2012

Sicilian Blue, improvisation d’Hiromi Uehara

http://www.youtube.com/watch?v=KCy755hus80&feature=related

Premières phrases, comme un appel à l’évasion. C’est une sorte de poème que nous fait entendre Hiromi, avec une introduction insolite qui ne laisse nullement présager ce qui suit. Elle ne cadre pas le décor. Elle nous aide à sortir de nos pensées, par l’interrogation qu’elle suscite : quel est le message ? Il n’y en a pas. C’est un plus fascinant que nous offre la pianiste, sans intention délibérée, hormis celui de nous introduire dans son monde.

jazz, piano, improvisationEt puis, changement, qui se voit à l’expression de son visage. Nous sommes prêts à l’écouter. C’est une romance : souvenir, souvenir… promenade en bord de Seine, au petit matin, quand la brume envahit les pensées et empêche toute réflexion. On se laisse aller, errant dans cette atmosphère insolite, en espérant que cela va continuer.

Mais, arrêt, réflexion, et nouveau départ. Un déferlement de notes, une pluie de sonorités insolites et charmeuses, une chute d’eau en liberté. Et nous sommes transportés vers un autre monde, tout aussi difficile à définir, fait d’étincelles jusqu’au retour au thème de la romance qui revient, inespéré dans ce déchaînement.

La conclusion est aussi imprévue que l’introduction, mais elle permet de revenir à soi, dans le calme, avec nostalgie. C’est fini, dommage ! Admirons chaque transition, sur une seule note comme une incantation, qui divise le morceau en strophes différenciées, laissant chacun à sa rêverie.

 

07/10/2012

Barcarolle Op.65 N°6, de Charles-Valentin Alkan, jouée par Marc André Hamelin

http://www.youtube.com/watch?v=ywaE1Mg4y2U&feature=related

Regrets, nostalgie, mélancolie, comment qualifier cette pièce romantique qui se trouve  à l’opposé de ce que l’on a entendu du même compositeur le 17 août (Le festin d’Esope, étude). Bien que musicalement elle soit très différente des pièces de Chopin, on peut dire qu’elle appartient à la même famille.

Une barcarolle est à l’origine le chant des gondoliers. C’est une forme musicale qui évoque les ondulations d’une barque sur l’eau. En Sol mineur, celle-ci nous berce de son accablement joyeux, comme le remord d’un passé qui revient sans cesse nous bousculer. Cette impression est donnée par l’accompagnement de la main gauche qui reprend sans cesse la première phrase énoncée par la main droite : trois notes montantes, puis descendantes, qui se terminent par un rappel à la basse avant de revenir à la finale. Et cette petite phrase va bercer notre vague à l’âme avec des variations qui peuvent rappeler celles de Chopin.

L’interprétation d’André Hamelin semble dans l’esprit de la pièce : romantique à souhait, elle met en valeur toutes les nuances. Peut-être en ajoute-t-elle-même ? Mais qu’importe, ces ralentissements, les diminuendo apportés dans la première phrase en donnent un exemple intéressant. Ecoutez comment la première note de la première phrase est émise : légère, détachée, piano, ralentie, elle donne le ton à la barcarolle.

 

http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=aScyFhJafBU

Cette interprétation de Jack Gibbons est moins fine, moins chargée d’émotions. Elle est brillante certes, mais ne donne pas la même impression de rêverie douce que procure l’autre.

 

29/09/2012

Vox Balaenae, de George Crumb

 

http://www.youtube.com/watch?v=e6IWoHguF4o&feature=relmfu

http://www.youtube.com/watch?v=TvNfjyWHXLA&feature=relmfu

http://www.youtube.com/watch?v=HmBldH5lD8I&feature=relmfu

ou cette interprétation, plus visible, ce qui aide à écouter :

http://www.youtube.com/watch?v=qj29FFqg-Iw&feature=related

 

Nous avons déjà entendu la musique de George Crumb (voir le 21 juin 2012 : Dream Images).

Mais qui aurait imaginé entendre les baleines sur une scène de concert ! Et pourtant, dès les premiers instants, nous sommes saisis : leur chant comme si vous vous trouviez au fond de la mer !

Est-ce beau ? On peut se poser la question. C’est certes une belle performance qui fait courir sur votre peau la chair de poule du plongeur baignant dans ces sons insolites. Mais est-il vraiment nécessaire de parler de beauté ?

On se laisse progressivement envahir à la fois par la masse d’eau, sa transparence et le jeu des baleines, qui trouble avec bonheur cette atmosphère sans repère. On flotte, on est porté par l’onde, on descend au fond de nous-mêmes, c’est une méditation insolite. Va-t-on franchir la frontière entre l’air et l’eau ?

 

« Le chant de la baleine à bosse se compose d'une structure globale déterminée et prévisible, elle-même composée d'une série d'unités sonores. Un chant typique comporte de 5 à 7 thèmes différents, qui sont habituellement repris selon un ordre séquentiel. Sa durée moyenne est de 8 à 15 minutes, mais peut atteindre 30 minutes. Répétés encore et encore, chaque session de chant peut se prolonger plusieurs heures.

Les sons utilisés vont des couinements suraigus jusqu'aux grondements infrasoniques et aux cliquètements variés. Une caractéristique frappante de ce chant est qu'il ne cesse d'évoluer au cours du temps. Chaque année, des sons différents et des arrangements orignaux suscitent la création de nouvelles phrases et de nouveaux thèmes. Ces changements sont peu à peu incorporés dans le chant, tandis que d'autres éléments plus anciens disparaissent complètement. De telles modifications surviennent de façon collective  au sein de toute la population. Au terme de quelques années, le chant initial devient totalement différent de la version originale. »

(From : http://www.dauphinlibre.be/chant-des-baleines.htm)

 

14/09/2012

Les barricades mystérieuses, de François Couperin

1. Interprétation au clavecin :

Ecoutons d’abord la pièce jouée au clavecin. Le clavecin a une sonorité aigre très différente du piano. En réalité, le caractère du clavecin se rapproche plus de celui de l’orgue que de celui du piano. Camille Saint Saëns nous dit que la musique écrite pour le clavecin est délicate et que son charme ne résiste pas à une exécution brutale. Les nuances sont inconnues dans le monde du clavecin. Seul l’emploi des registres peut faire varier la puissance de la sonorité (si l’instrument en possède plusieurs).

Haendel, dit Camille Saint Saëns, nous montre que pour goûter la musique des siècles passés, il faut, comme lorsqu’on regarde les peintures des Primitifs, se défendre de chercher, dans les œuvres d’art d’un âge différent du nôtre, des effets et des expressions de sentiment qui ne sauraient s’y trouver, faire table rase, autant que possible, de ses habitudes journalières et se laisser aller naïvement à l’impression produite par le contact avec des formes inusitées.

 

Scott Ross :

http://www.youtube.com/watch?v=sf-LMHrslHw&feature=related

Belle interprétation de Scott Ross, dans l’esprit du jeu du clavecin, avec un jeu fait de légers ralentissements et accélérations. Il est dans la juste mesure, et la musique en sort raffermie.

Bruno Procopio :

http://www.youtube.com/watch?v=8O_oeMTnn84&feature=related

Quel rythme ! Y a-t-il une âme derrière cela ? Oui sans doute, mais la technique prime. C’est ennuyeux, car cela n’a pas la rondeur du précédent interprète.

Russel Piti :

http://www.youtube.com/watch?feature=endscreen&NR=1&v=md0nW7bL2vI

C’est plus lent, sans doute un peu trop. Où se trouve le mystère ? C’est également ennuyeux.

 

2. Interprétation au piano

Le piano apporte une profondeur qui n’existe pas au clavecin. La pièce prend du volume et du sentiment. Le son, la sonorité et les émotions soulevées sont vraiment différents. 

Georges Cziffra :

http://www.youtube.com/watch?v=1lvBZhXEJXY&feature=ymg

Un jeu assez proche du jeu du clavecin, très classique. Un bon rythme qui permet de faire ressortir les nuances et le charme de ce morceau.

Sylviane Deferne :

http://www.youtube.com/watch?v=JeJClooBYqY&feature=related

Quelle chaude sonorité et quelle nuance ! Une leçon de musique dans la douceur et la subtilité de la féminité. Très belle interprétation  dans un rythme parfois peut-être un peu lent vers la fin, mais un jeu si profond que cela s’oublie.

Alexandre Tharaud :

http://www.youtube.com/watch?v=IDavx0eyjUY&playnext=1&list=PLAFCB0C4B28BD5242&feature=results_video

Est-ce une course ? Ce n’est plus le même morceau. Une page virtuose qui n’a pas grand-chose à voir avec le sens initial et l’écriture pour clavecin. Il y a cependant des nuances et une certaine douceur qui laisse deviner une certaine sensibilité. Cela berce le mystère et reste une interprétation intéressante, mais hors norme.

3. La pièce

 Empruntons au blog  de Viviane Lamarlère, que nous remercions, cette bonne analyse de la pièce de Couperin :

Le titre lui-même ne laisse pas d'interroger et pourtant, il suffit de regarder la partition pour comprendre qu'entre la main droite et la main gauche se tissent des lignes verticales et horizontales qui évoquent bien figurativement une barricade.
Mystérieuse pourquoi? Tout simplement parce que la ligne mélodique va être très judicieusement répartie, dans cet inextricable treillis, entre main droite et main gauche, demandant à l'interprète de peser sur certaines notes, d'en alléger d'autres, le tout sur chacune des deux mains et en permanence à contretemps...
La basse (ce que joue la main gauche) est écrite dans un registre très grave pour l'époque. Elle se répète à l'identique tout du long du morceau, constituant ce qu'on nomme un ostinato.

Cette répétition va conférer à l'œuvre une forme circulaire hypnotisante dans laquelle le refrain vient jusqu'au bout, avec ses ornements légers, contredire les couplets plus interrogatifs.

On a l'impression que c'est la main droite qui tient la mélodie, que nenni, par le jeu des registres ce sera parfois la main gauche qui fera entendre la fin d'un trait ou d'une phrase...

(http://www.vlamarlere.com/article-10825431.html , le lundi 11 juin 2007)

 

08/09/2012

Labyrinth, de Philippe Glass

 

http://www.youtube.com/watch?v=IT_vMQBWf4s&feature=related

 

Le labyrinthe a toujours fasciné les hommes. Il est symbole de leur appétit de connaissance et de la difficulté à en faire le tour.

Généralement le labyrinthe est objet matériel, invention de l’homme qui se cherche ou qui cherche de nouvelles connaissances. Il est également dessiné, sous diverses formes : rondeur, angles, fractal. Il est souvent évoqué dans la littérature ésotérique ou même la littérature tout court, à l’instar de Borgès. Pour la musique, Bach, dans ses fugues, constitue des labyrinthes sonores, organisés pour charmer et tromper l’auditeur.

Ici, Philippe Glass ne cherche pas à construire un labyrinthe. Son but est plutôt d’ordre psychologique : que ressent-on lorsqu’on parcourt un labyrinthe ? D’abord l’excitation, mais une excitation calme, qui monte et descend selon la distance du but. Puis la régularité qui est donné par  le rythme de deux notes. La monotonie du chemin, dont on ne voit ni le cheminement, ni la fin, est rendue par les voix qui, dans le même temps, englobe cette monotonie de mystère. Musique descriptive, proche de la musique de film. Est-elle belle ? Pas au sens habituel où l’important est d’être bouleversé. Ce n’est qu’une musique d’ambiance qui permet à l’auditeur d’entrer dans le mécanisme psychologique du labyrinthe.

Le labyrinthe est un chemin de sagesse, comme l’écrit Jacques Attali dans son traité du labyrinthe (Fayard, 1996, p.209). Quoi qu’il en soit, traverser, ne serait-ce qu’une fois, un labyrinthe, transforme la conscience pour toujours. Après s’être perdu, on a ouvert toutes les portes de soi-même, on s’est exploré. Voyageur traqué, on n’a pas trouvé la vérité, mais un chemin vers une question plus difficile. Dès lors qu’il a rencontré la réalité de l’expérience, l’homme (…) débouche en fait sur un chemin menant vers un autre labyrinthe. Tel est le grand secret du labyrinthe…

 

03/09/2012

Les rapports entre la poésie, la musique et la peinture

 

Quel rapport entre la poésie et les autres arts, en particulier la musique et la peinture ?

C’est ce que tente de définir Yves Peyré dans le premier chapitre de son livre « Peinture et poésie, le dialogue par le livre » (édition Gallimard, 2001). L’écriture, elle, qu’elle soit prose ou poésie, a rapport avec l’impalpable. Une page se regarde, elle ne néglige pas d’avoir un côté dessin, mais elle se lit (en silence, à voix haute), et là, ce n’est plus le visible qui prédomine, c’est le son (la poésie est assurément une forme exacerbée de musique). Serait-ce en ce sens que s’établissent les rapports entre la poésie et la musique, entre la poésie et l’art pictural ?

Poésie et musique ont en commun le son. Et ce son, par une évocation indéfinissable, devient un chant de l’âme qui exprime l’humain. Cependant, contrairement à ce que dit Yves Peyré, je préfère dire que la musique est une forme exacerbée, accomplie, de poésie. Pourquoi ? Eh bien, tout d’abord parce que la musique est universelle. Point n’est besoin de connaître la langue du musicien. Le poète, lui, se sert de la musicalité de sa langue pour s’exprimer. Ces deux arts se servent du rythme et de son contraire, le silence, pour exprimer le plus profond de l’être. Mais l’un le fait dans un langage que tous comprennent, l’autre dans la particularité de l’expression verbale, marque de naissance du poète. Ils peuvent, chacun, employer refrain et couplets, le premier par l’énoncé de la phrase sonore qui est la mélodie première qui permet à l’imagination de construire sa profusion sonore. Le refrain revient en arrière-fond, retourné, inversé, avec changement de modes et autres bouleversements, mais d’une manière différente de celui de la poésie, qui utilise la répétition comme une preuve de musicalité et de retour au thème, sans broderie qui défigure le son et le perd dans les chausse-trapes de la compréhension. Comme la musique, la poésie s’entend, elle ne se lit pas à la manière d’un roman. Et lorsque vous lisez un poème, vous le parlez-chantez dans votre tête sans même vous en rendre compte. La musique du poème vient d’elle-même, et, si elle ne vient pas, ce n’est pas vraiment un poème, mais une prose mise en vers. La poésie utilise d’ailleurs l’allitération (répétition de sons identiques), l’anaphore (commencer par le même mot les divers membres d’une phrase), l’antanaclase (reprise du même mot avec un sens différent), l’assonance (répétition d’une même voyelle dans une phrase), le chiasme (termes disposés de manière croisée), etc.

Poésie et peinture ont en commun l’image. L’image, c’est la forme et la couleur qui deviennent évocation. La couleur est le plus simple à faire jaillir dans l’esprit, grâce aux subterfuges du langage et la profusion de mots qui l’évoque : l’allégorie (figuration d’une abstraction par une image), la comparaison, l’ellipse  (omettre certains éléments logiquement nécessaire à l’intelligence du texte), etc. La forme peut employer l’antithèse (rapprocher deux mots opposés pour en faire ressortir le contraste), l’oxymore (alliance de mots dont le rapprochement est inattendu), etc. La forme bien sûr, rapproche de la musique, mais également la couleur. On parle bien de la couleur des sons (comme de leur température : ambiance froide, chaude, comme pour les modes majeurs et mineurs). Bâtir une image et la même gageure pour le poète et le musicien. Ils utilisent un matériau différent, mais tous les deux sans réel rapport avec ce qu’ils veulent exprimer : le son parlé ou musical pour exprimer une vision  à partager avec l’auditeur. Le peintre donne sa vision sous la forme et la couleur qui, assemblées, évoque sans détour l’image voulue.

Quel merveilleux assemblage que ces trois arts qui s’enchevêtrent et recherchent au fond la même chose : la part d’évocation qui fait revivre un instant, un événement, une impression et qui permet de la partager avec celui qui la reçoit et ne la connaît pas.

Que l’homme est grand et mystérieux !

 

30/08/2012

L’Ensemble Sete Lagrimas au Festival baroque de Sablé sur Sarthe

Triste Vida Vivyre :

http://www.youtube.com/watch?v=cstGLeW3_3k&NR=1&feature=endscreen

 

Senhora del Mundo :

http://www.youtube.com/watch?v=AHggF61ft3c&feature=related

 

Quel magnifique concert, malgré un manque d’acoustique dans cette église du XIXème siècle ! Un ensemble exceptionnel portugais interprète la musique des XVIIème et XVIIIème siècles conçue au Portugal, mais créolisée dans les colonies : Amérique latine, Goa, Afrique du Sud. La musique de la métropole est reprise, améliorée aux modes du pays :

Dans le champ de la musique, par exemple, c’est ainsi que nous rencontrons dès les XVI et XVIIèmes siècles, des rythmes amérindiens et afro-brésiliens dans les vilancicos des églises de la Péninsule. De même, au XVIII et XIXèmes siècles, les salons et les théâtres lisboètes soont envahis par les lunduns et Modinhas brésiliennes, auxquelles bientôt se joindra le fado, tout cela au grand étonnement des voyageurs étrangers, qui considéraient cette hybridation culturelle comme un simple phénomène de décadence. (…) Il n’est pas étonnant, dès lors, qu l’espace de la lusophonie, bien au-delà de l’expérience coloniales portugaises, a continué de révélé un territoire si fertile en expressions interculturelles. (Rui Vieira Nery)

 

Triste Vida Vivyre : Le rythme lent, puissant qui fait place ensuite à la pureté de la voix du chanteur, puis à nouveau une petite ritournelle, voici qui émeut même le chat présent, assis sur les genoux de sa maîtresse. Instant de calme, de jeunesse, d’émerveillement devant la magnificence de l’univers. Quelle triste vie, et pourtant, « si je dois m’en aller, mon amour restera ». Le chant n’est pas triste. Paisible, détendant, il évoque cet amour qui existe en chaque homme et chaque femme et qui fait le sel de la terre. Il n’est pas choquant que les deux voix soient des voix d’homme. La seconde voix est plus un écho qu’un dialogue ou un échange amoureux. Elle donne du relief au chant, l’amplifie, l’aide à sortir de sa peine solitaire pour lui faire atteindre l’universalité des sentiments. Oui, c’est une belle chanson très simple et tellement universelle qu’elle en atteint une beauté compréhensible par tous.

 

Senhora del Mundo : Là aussi le rythme prime. Quelle prière ou plutôt quel conte : Princesse de vie, la Dame du monde donne naissance à son fils. Chant des troubadours qui enjolivaient tout événement et bien sûr ce qui était universel, la naissance du christianisme, mais sous des accents et des sons inusités au monde européen de l’époque. De même la seconde voix est écho de la première, donnant de la profondeur au chant comme un retour de la terre au don divin. Et tout se finit dans un délire de flutes et de percussions, comme pour mettre en évidence le moment solennel de cette naissance.

 

Merci à l’ensemble Sete Lagrimas qui fait revivre ces petits chefs-d’œuvre perdus. Ils méritent bien les heures de déchiffrement et de répétitions qu’ils exigent des chanteurs. Enfin, merci au festival de Sablé sur Sarthe qui fait preuve de discernement dans le choix des ensembles. Bravo !

19/08/2012

In furore justissimae irae, d’Antonio Vivaldi

Interprété par Debora York :

http://www.youtube.com/watch?v=vrGqE_uCAg4

 Interprété par Maria Grazia Schiavo :

http://www.youtube.com/watch?v=QBXluA53LQ0

 

Vivaldi, vivace, aérien, le cœur soulevé, sans poids.

Vous vous promenez dans le ciel parmi les anges et la fureur. Quel contraste, mais si beau.

Une introduction scandée par les violons, enlevée, avant que ne s’élève le chant, l’exclamation, l’explosion d’un feu d’artifice. Crainte et tremblements devant Dieu tout puissant, mais si désiré, d’un amour fougueux, comme une rage de vivre éternellement.

Et suit une conversation en tête à tête avec le divin, charmeuse, amoureuse, avant que ne reprenne l’acidité de la confrontation. Quelle audace ce chant, mais quelle espérance, l’homme qui est fait Dieu par grâce.

 

 

 

17/08/2012

Le festin d’Esope, étude de Charles-Valentin Alkan

Une première version, assez romantique et belle :

http://www.youtube.com/watch?v=K4DEnboF7xE&feature=related

 

Une version technique plus enlevée, mais un peu mécanique :

http://www.youtube.com/watch?v=l1AFH2mgtv0&feature=related

 

Ou encore une version pleine de sensibilité qui en fait tout son charme :

http://www.youtube.com/watch?feature=endscreen&v=SSxbao_Chq0&NR=1

 

Charles-Valentin Alkan (en réalité Morhange, Alkan étant lemusique,romantisme,piano,composition prénom de son père), né en 1813, était un pianiste aussi renommé que Liszt ou Chopin. Il donna son premier concert à treize ans. Surnommé le Berlioz du piano par Hans von Bülow, il est considéré comme l’un des plus grands pianistes virtuoses qui non seulement dispose d’un jeu endiablé, mais compose à l’égal des plus grands pianistes.

Le thème de la pièce est donné dans les deux premières mesures.  Très simple, très allante, c’est une danse échevelée qui se transforme en ouragan à certains moments, à la manière de Liszt, en murmure ralenti qui fait penser  au Clair de lune de Beethoven ou encore en caresse à la manière Chopin. C’est une sorte d’improvisation sur un même thème, pleine d’imprévu, de charme, de virtuosité.

Discret, peu porté sur la vie publique, Alkan donna des concerts, mais eut de nombreuses périodes où il se contentait de composer, gagnant sa vie en donnant des leçons de piano. Il promut le piano à pédale, semblable à l’orgue qui servait déjà du temps de Bach pour permettre à l’organiste de répéter ses pièces d’orgue sans mobiliser un souffleur. Quelques pièces ont été écrites spécialement pour ce type d’instrument.

Ces compositions sont inégales. Elles peuvent être tapageuses, voire vulgaires ou encore aller jusqu’à la pédanterie. Mais elles cachent également une profonde connaissance de la musique et de l’âme hébraïque, impulsive et parfois rageuse.

 

02/08/2012

Gymnopédie 1, d’Eric Satie

 

http://www.youtube.com/watch?v=R21ZJBAK_6U

 

Calme, paisible, les notes s’égrainent, rythmées par la musique, minimalisme, mysticismemain gauche, deux notes simples sur un accord de ré majeur augmenté. La droite chante la mélodie, très simple, en écho de l’accompagnement. On ne sait s’il s’agit d’une mélodie ou de la prolongation de l’accompagnement, mais est-ce un accompagnement ? Ne serait-ce pas des gouttes de pluie qui tombe sur le zinc de la gouttière et qui nous ébranle avec toute la douceur du liquide de ces pluies d’automne, une sorte de brouillard d’eau.

On peut parler de musique minimaliste, c’est-à-dire d’utilisation d’un fond régulier, sorte de pulsation qui donne à la musique son ambiance avant de lancer les courts motifs de la mélodie qui elle-même reprend les mêmes notes inlassablement. C’est en cela que cette musique est apaisante.

En fait Satie, sous des dehors humoristes et fantasques, était un mystique et cette pièce, au-delà de tous les attributs musicaux que l’on voudrait lui donner, en est le reflet. C’était un être insolite, une sorte de précurseur de tout un courant de pensée, dont le minimalisme qui n’apparaît aux Etats-Unis qu’en 1965. Il écrivait aussi, de courtes pièces drolatiques qui exprimaient une vision de la vie différente, aérienne et affranchie de toute idée de séduction. Eric Satie était un être entier et, rien que pour cela, il mérite notre attention. Seuls ces gens-là révèlent l’au-delà du miroir à ceux qui ne le voient pas.

 

31/07/2012

Mandala abstrait

 

http://www.youtube.com/watch?v=N10A8wKlGAs&feature=related

Partir vers un autre monde, si différent, en esprit, par l’ouïe et la vue, et laisser son imagination vagabonder dans le vide de la pensée. Les images se succèdent, sans autre vision que cet astre fantomatique qui se promène dans l’univers, seul, voyageant à des milliers d’années-lumière, occupant toutes vos pensées.

 

Om Tryambakam Yajaamahe
Sugandhim Pushti Vardhanam
Urvaarukamiva Bandhanaan
Mritor Muksheeya Ma-Amritaat

« Aum, nous adorons celui qui a trois yeux
Shiva, celui qui rayonne et qui nourrit tous les êtres
Puisse-t-il nous libérer de la mort et nous rendre immortels
Comme le fruit qui est cueilli de l’arbre »
op'art,art cinétique,peinture,dessin,mandala,méditation,spiritualité

Aum, son primordial, à l’origine de tous les mots, sortant de la gorge, roulant sur la langue et terminant sa course sur les lèvres. Utilisé dans de nombreux mantras, comme c’est le cas ici, la vibration engendrée par le son facilite l’éveil de la conscience.

Cette construction du chant se retrouve dans de nombreuses traditions religieuses par l’usage de l’ison (note tenue en accompagnement du chant) et d’une phrase courte, répétitive, facilitant le repos du mental, amenant progressivement l’absence de pensée et l’entrée en soi-même. Etonnant d’ailleurs comme ce chant est proche de la musique occidentale de style religieux : longue tenue d’une même note, le Do de notre gamme, qui est la note centrale sur laquelle tourne l’ensemble du chant et de son accompagnement par l’ison. Et le chant se déroule sur trois notes, comme dans la plupart des chants primitifs, Mi, puis Ré, avec deux autres notes accessoires, un Fa diminué et un Sol à l’octave inférieure, point de départ de l’aum, parfois à peine ébauché avant le Do.

 

Ce tableau est une sorte de mandala moderne, support de méditation. Volontairement abstrait, il utilise l’art optique pour imprégner l’œil des mêmes sensations que l’oreille. L’œil s’égare dans cette sphère jusqu’à ne plus chercher. Alors on trouve la paix dans un monde en changement permanent.

 

 

12-07-16 Déplacement.jpg

 

 

29/07/2012

Carol of the Bells (for 12 cellos) ThePianoGuys

 

http://www.youtube.com/watch?v=e9GtPX6c_kg&feature=relmfu

 

Quelle frénésie endiablée, une danse de sorcière dans les bois, sur les places des villes, dans les lampions, parmi les patineurs ou la solitude des montagnes. C’est beau de rage contenue, d’avertissement au monde dont on ne sait quoi, de danse venant de nos grands-mères, de tendresse aussi, cachée en accompagnement.

Est-ce réellement un cantique. On peut en douter, mais peu importe. On a passé un bon moment à s’enchanter les oreilles !

 

24/07/2012

Psaume de David, d'Heinrich Schutz

 

Le paume 150 ''alleluja lobet den herren'' est chanté par l'ensemble "La chapelle Rhénane", sous la direction de Benoit Haller, pendant les folles journées de Nantes en 2009.

 

http://www.youtube.com/watch?v=mWbIpX6osFo&feature=related

Le psaume éclate : alléluia, alléluia ! On ne s’attend pas à une telle vigueur.

Alléluia ! Louez Dieu dans son temple saint, louez-le au ciel de sa puissance ;
louez-le pour ses actions éclatantes, louez-le selon sa grandeur !
Louez-le en sonnant du cor, louez-le sur la harpe et la cithare ;
louez-le par les cordes et les flûtes, louez-le par la danse et le tambour !
Louez-le par les cymbales sonores, louez-le par les cymbales triomphantes !
Et que tout être vivant chante louange au Seigneur ! Alléluia !

Et Dieu est loué par la voix, ces voix chantant chacune sa partition, en parfaite harmonie, avec la même vigueur, le même entrain. Chacune d’entre elles résonne avec sa particularité, son timbre, sa compréhension du texte.

Un accompagnement musical assez extraordinaire qui ne masque pas le chant par ses cuivres, qui sonnent avec dynamisme, mais sans exagération.

 

Quelle belle louange du Seigneur, chaque verset fait l’objet d’un véritable tableau musical, dans lequel chaque chanteur peut s’exprimer en toute liberté, chacun en harmonie avec les autres. Puis reprise du chœur, le tout dans une verve qui ne se dément jamais.

Bravo au chef, Benoit Haller, car il est toujours difficile d’atteindre une telle harmonie dans la préservation des individualités, qu’elles soient des chanteurs ou des instruments.

 

Oui, la musique baroque est une musique envoûtante, toujours inattendue, vigoureuse, remise à l’honneur depuis quelques temps pour le bonheur de nos oreilles, grâce à quelques découvreurs de nouveaux manuscrits, mais surtout au talent de nouveaux chefs qui apportent leur fougue au service d’une musique éblouissante de santé et de joie de la vie.

 

18/07/2012

Le Quatuor : Sur la corde rêve

 

http://www.youtube.com/watch?v=yl-VNu1rnV0

 

Cela commence par une musique de restaurant lorsque vous dinez, un soir, avec votre chérie et que les musiciens viennent vous entourer de leur musique envoûtante, mais sans beauté.

C’est ensuite une sorte de marche militaire avec démonstration à l’appui, prise d’armes sans lendemain, pour le plaisir des yeux, sans autre recherche.

Plongée dans la course échevelée des archets sur les cordes du violoncelle. Nouveau rythme, qui s’amplifie de mains, de frottements, de bruits suspects, pour laisser surgir, en coup de grâce, dans la nuit de l’ignorance, un chant échevelé, du plus pur style américain.

Contraste saisissant que ce voyage dans les styles de musique, sans queue ni tête, pour le plaisir de jouer, de s’amuser, de faire rire et d’emporter les cœurs hors de leur morosité habituelle.

 

07/07/2012

Arvo Pärt: The Deer's Cry

 

http://www.youtube.com/watch?v=OO9U4QWZUoI&feature=related

 

Oui, nous avons déjà écouté cette musique minimaliste d’Arvo Pärt, c’était le 27 mai, un magnificat extraordinaire. Aujourd’hui, écoutez le cri du cerf. C’est un cerf qui n’est ni l’animal sauvage et fier de nos forêts, ni l’homme esclave appartenant au seigneur. Ce cerf, c’est vous, c’est moi, qui bramons dans les bois notre soif de l’autre nous-même. C’est cet animal sauvage qui s’humanise et se divinise à la fois dans la durée d’une vie.

 

Christ with me, Christ before me, Christ behind me,
Christ in me, Christ beneath me, Christ above me,
Christ on my right, Christ on my left,
Christ when I lie down, Christ when I sit down,
Christ in me, Christ when I arise,
Christ in the heart of every man who thinks of me,
Christ in the mouth of every man who speaks of me,
Christ in the eye that sees me,
Christ in the ear that hears me,
Christ with me.

 Dans le chœur des hommes, le Christ devient la caresse du vent, l’eau qui coule sur la peau, le baiser tendre d’une mère pour son enfant, le souvenir lointain de jours heureux de l’enfance ou de la plongée dans la nature. Le Christ est partout, avec moi, au-dessus de moi, derrière moi, sur ma droite et ma gauche, présent à chaque moment. Il est avec moi, en moi. Il est moi.

La soprane incarne au contraire la pureté du ciel, la sortie de ce monde contingent, plein de sensations et de sentiments. Son chant est désincarné, abstrait, comme un rappel de notre condition humaine qui nous conduit vers l’achèvement  vers cette rencontre avec le divin. Et cette rencontre éclate par le rapprochement de voix, hommes et femmes dans un jaillissement sonore et lumineux. La rencontre du haut et du bas, de l’humain et du divin, mais aussi celle de la transcendance et l’immanence.

Nous sommes deux au commencement du chant, puis sous l’étincelle de la révélation, nous devenons un, plus fort, plus tendre, plus accompli, comme une symphonie vibrante de cette révélation qui crie au monde sa joie tendre, douce, profonde, qui ne se dit pas, mais qui se vit jusqu’au retour dans le royaume.

Quelle merveilleuse musique, quel chant, profond, tendre, puissant, évocateur de ce que les mots ne peuvent dire, mais de ce à quoi l’âme aspire !

 

28/06/2012

“Choux a la Crème” par Hiromi Uehara

 

http://www.youtube.com/watch?v=1oz143PbnUo&feature=relmfu

 

Quelle virtuose! Possédée par le rythme, elle joue en ayant l’air de s’amuser, comme une petite fille, mais derrière ses doigts se cache un rythme époustouflant, inextinguible, enchanteur. Elle joue du piano comme on respire, avec la même facilité. Mais, ne nous y trompons pas. Cela demande des années de travail et une virtuosité naturelle que peu de gens possèdent.

Pendant la première minute, elle lance le thème principal, complexe, sautillant, rythmé en diable. Puis, elle se lance dans une improvisation impressionnante, attendrissante comme un chou à la crème que l’on mangerait sur le quai d’une gare au départ d’un train.

Elle transforme son piano en violoncelle (3ème et 5ème minutes), lui donnant un nouveau rythme, une nouvelle sonorité, et tout cela en riant, telle un enfant pris la main dans la confiture. Elle se donne à fond, usant de tous les artifices, glissando, attaque du clavier par les poings, tremblements, etc.

C’est du grand art pour une japonaise qui semble née à Chicago.

 

21/06/2012

Dream images, de George Crumb

http://www.youtube.com/watch?v=7HngOQIO2T4&feature=related

 

Réminiscences… Est-ce réellement un rêve ou un manque de mémoire, des trous dans la vie entrecoupés d’absence. Vous passez du souvenir ambigu au remplissage du temps.

Chopin passe, comme une ombre chinoise, écrasé ensuite par le silence et l’obsession d’une folie passagère ou d’un voyage spatial. Les gouttes d’eau retombent, éclatent, se pulvérisent avant de redonner vie à Chopin.

Trois notes de la gamme suffisent à créer le dépaysement. Elles reviennent obsessionnelles, comme la seule chose sur laquelle l’esprit arrive encore à de raccrocher. Trois notes dont la première jouée trois fois.

Est-ce beau ? Oui, sans doute, mais d’une beauté troublante, ambiguë, moins charnelle et vivante que monomaniaque et taillée dans le vide de la mémoire. Cela fait un peu froid dans le dos ces cloches qui résonnent derrière les trois notes fétiches. Après l’audition, on a envie de secouer son corps pour le débarrasser d’une poussière imaginaire.

  

La musique de George Crumb, américain né en 1949 en Virginie, est concise, rigoureuse, voire austère, influencée par Webern, mais aussi Debussy. Il s’inspire également des traditions orientales et populaires. C’est une musique mystique, quasi initiatique, agissant par des effets de timbres et de silence. Il fait référence à de nombreux poèmes, dont ceux de Frédérico Garcia Lorca et parsème ses œuvres de réminiscences de musique classique comme dans ce morceau Dream Images.

 

13/06/2012

Concerto n°1 pour violon et orchestre de Philippe Glass, 2ème mouvement

http://www.youtube.com/watch?v=LFf6p6actPo&feature=relmfu

Début difficile, de quels sons parle-t-on ? Ils sont à peine audibles et ressemblent à ceux d’une machine. Puis monte une litanie  de cinq notes descendantes, cinq notes de la gamme tout ce qu’il y a de plus simple. Enfin, le violon intervient avec un chant plus pur, toujours aussi simple, minimaliste comme le disent les critiques musicaux. Et progressivement vous entrez dans la musique et vous laissez bercer par ce chant accompagné de la litanie. Vous flottez, vous partez vers d’autres cieux, vous quittez cette terre pour entrer dans le royaume de l’impersonnel et vous sentez chez vous.

4mn 50 : le chant s’amplifie, devient berceuse de l’âme, tout entier caresse, creusant un grand trou dans vos pensées habituelles, jusqu’à les faire oublier. Et vous errez en pensée dans cet univers sans même savoir où vous êtes. Et pourtant, que vous y êtes bien !

 

Philippe Glass est américain. Il est né en 1937 à Baltimore. Un temps intéressé par la musique dodécaphoniste, il devint un des pionniers de la musique minimaliste répétitive. Il a enfin évolué vers une musique très classique, se basant sur l’harmonie et le contrepoint. Il a également fait des études de mathématiques et de philosophie, ce qui explique sa conception personnelle de la musique. Inclassable réellement, c’est ce qui fait sa force.

Ce concerto pour violon fut écrit en mémoire de son père. « Ses œuvres favorites étaient des concertos pour violon et j'ai grandi en écoutant les concertos pour Violon de Mendelssohn, de Paganini, de Brahms. (...) Ainsi, quand j'ai décidé d'écrire un concerto, j'ai voulu en faire un que mon père aurait aimé. »

Oui, c’est un grand compositeur. Mais le connaît-on en France ?

 

08/06/2012

Canon de Pachelbel revisité par Hiromi Uehara

http://www.youtube.com/watch?v=FKGwIjqdm3A

Quelle merveille, des sons coulants, qui tombent en cascade, qui vous lavent de vos impuretés tout en vous dynamisant, le tout avec une facilité et une aisance déconcertante.

Pachelbel joué, puis imité, puis revisité et enfin oublié dans une frénésie de notes rythmées, mais restant néanmoins dans une perspective classique, plus ou moins.

C’est le propre de l’improvisation, partir sur une mélodie connue avec un arrangement classique et progressivement en dévier, doucement, mais surement vers d’autres cieux, d’autres horizons jusqu’à changer complètement les sensations, les impressions, les images suggérées. Alors se déchaîne l’esprit de l’improvisation, où la fougue et le rythme deviennent le seul motif de la poursuite débridée. Une petite pose (voir à 5 mn) et l’improvisation repart dans une autre direction, toujours aussi entraînante. Hiromi Uehara est espiègle, elle sait préparer ses effets et elle en rit, comme d’une bonne blague alors qu’il s’agit d’un instant de virtuosité que peu de pianistes pourraient donner. Quel prodige que cette japonaise qui joue comme un jazz man de Chicago !

Seul bémol, le bricolage de la table d’harmonie avec des instruments qui ne sont sans doute pas utiles pour démontrer la virtuosité de la pianiste. Nous verrons cependant qu'en d'autres occasions, elle s'en sert pour produire des effets plus qu'intéressants.

 

03/06/2012

Plus près de toi, mon Dieu, interprétation au violoncelle, par ThePianoGuys

 http://www.youtube.com/watch?v=gosY-UrpHcA&feature=related

 Encore une très belle improvisation des Piano Guys, sur ce choral bien connu : Nearer, My God, to Thee, choral chrétien du XIXe siècle, écrit par la poétesse britannique Sarah Flower Adams (1805-1848) sur une musique du compositeur américain Lowell Mason (1792-1872).

Les paroles sont inspirées des confessions de saint Augustin, livre 1 : « Fecisti nos ad te, Domine, et inquietum est cor nostrum donec requiescat in te » (Tu nous as fait orientés vers toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne commence pas de reposer en toi).

 Joué ainsi, cela nous change des interprétations guimauves que l’on nous impose sous des prétextes puritains ou en raison d'incompétence musicale notoire. Certes, ce n’est pas non plus une interprétation liturgique. Néanmoins, dans la profondeur du chant des violoncelles, résonne en chacun de nous le vide, plein de l’inconnaissable, de cet autre nous-même qui nous transporte vers un renouvellement de l’être.

27/05/2012

Magnificat, d'Arvo Part

 

http://www.youtube.com/watch?v=1A6BfyhFSVQ&feature=related

 

Entrée au paradis comme une plongée dans l’espace intersidéral. Oubliez votre petit moi, laissez-vous gagner par cette grande solitude face à Dieu qui, malgré l’inconnaissance, vous réchauffe l’âme. C’est le propre de l’espérance : derrière l’apparent vide du soi se cache le retour au divin, qui résonne dans la totalité de votre être et votre joie renouvelée vous conduit à l’ignorance bienheureuse de celui qui se laisse bercer par cette exaltation.

Mon esprit a exulté en Dieu, mon Sauveur !

Quel compositeur, grandiose d’intimité avec le divin ! C’est un estonien qui a fait ces études musicales en URSS et a commencé par la musique sérielle, qui n’a rien à voir avec ce que nous entendons. Dans les années soixante, il se consacre à l’étude du grégorien et des musiciens médiévaux comme Machaut et Josquin des Prés. Il invente le style « tintinnabuli », appelé ainsi parce qu’il rappelle les clochettes et qui se caractérise par l'utilisation simultanée de deux voix, l'une arpégeant sur une triade tonique dite « tintinnabulante » et l'autre reposant sur une basse évoluant de manière diatonique.  

Il se lance dans la musique minimaliste, d’inspiration religieuse, presque simpliste de par les éléments de la composition : utilisation d’harmonie tonale et parfois modale, utilisant le plus souvent les trois notes de l’accord parfait, peu d’instruments, quelques voix, très peu de modulations. La musique minimaliste se caractérise par l’utilisation de la répétition de motifs musicaux courts, qui se projettent en pulsation régulière. Ecoutez « Tabula Rasa » qui met en évidence toutes ces caractéristiques :

 

http://www.youtube.com/watch?v=bxDc24zSuzU&feature=related

 

23/05/2012

Manoir de mes rêves, avec Angelo Debarre, soirée de jazz manouche

 

http://www.youtube.com/watch?v=qTmwZsy8xbg&feature=related

 

Le jazz manouche possède la profondeur du flamenco, la fougue de la musique tsigane, la ferveur du tango argentin, le rythme du be-bop. C’est une musique chaleureuse, entraînante, parfois poignante, pleine d’imprévue et d’improvisations débordantes.

Merci à ces musiciens exceptionnels pour cette soirée de jazz qui donnent un bon aperçu de la musique de Django Reinhardt, le fondateur de ce style de musique. On se laisse envahir de langueur, l’œil dans le vague, l’oreille grande ouverte, le corps assoupli par les déchaînements virtuoses sur les cordes.

 

La première pièce, pour guitare seule, jouée par Angelo Debarre, est magnifiqueDebarre jazz manouche.png de simplicité et de virtuosité. On se voit en bord de mer, autour d’un feu. La nuit est tombée, et dans l’obscurité, monte le chant de la guitare, un long enroulement de notes qui vous prend à la gorge et vous conduit à l’oubli de vous-même, au creux du ventre, là où résonne ces accords graves, frais, parfumés d’insolites, où l’on se reconnait malgré tout.

 

La seconde pièce est de style plus populaire, presque musette, au moins au début. L’accompagnement du violoncelle lui donne également un air de jazz noir avec une certaine profondeur. Une entente naît entre les instruments, guidée par la guitare d’Angelo Debarre. Le chant paraît s’arrêter pour repartir de plus belle jusqu’à la fin, déchaînée.

Accordéon cette fois, mais plutôt de style argentin, un peu fou, délirant même, un morceau d’anthologie. C’est beau, d’une beauté sauvage, comme un déchainement calculé d’improvisations.

L’harmonica gagne ses lettres de noblesse avec le morceau de Django Reinhardt « Vamp ». Il résonne dans la nuit comme un chant sans parole, comme un souvenir particulier qui ne sait plus dire d’où il sort. La nostalgie vous gagne et vous vous laissez aller, solitaire, face au feu, tentant de vous réchauffer avec cette musique langoureuse.

Enfin la clarinette de Ioan Streba vous jette dans le jazz américain, rythmé, entraînant, à la manière des improvisations  de Sydney Bechet.

 

Belle soirée musicale qui réchauffe le cœur au rythme des guitares et du solo d’autres instruments. On est loin des délires sonores de la musique métal. Ici le bruit n’existe pas, rien que des accords et des sonorités qui vous mettent l’âme à nue.

 

20/05/2012

Suite n°1 pour violoncelle de J-S Bach : dans le bruit et la musique

 

http://www.youtube.com/watch?v=V7edkwJsgN0&feature=related

 

Le métro et Bach, qui aurait pensé à un tel assemblage.

Et pourtant, c’est beau et poignant ! Cela tient-il à la jeunesse des musiciens, à leur ensemble, à leur position, ou à l’ambiance particulière du métro, le bruit des rails, le défilement des images, l’absence de voyageurs, ou encore à la musique de Bach, entraînante, mais faite de pauses, de diminuendo, de forte et de piano.

La musique est plus forte que le quotidien semblent-ils dire à travers ce qu’ils jouent. Ils ne sont pas dans le métro, mais dans Bach, le compositeur génial, toujours d’actualité, intemporel, immortel pourrait-on dire. Rien ne les trouble, ni le bruit, ni les sautes de lumière, ni le déplacement. Rien, le prélude de la suite n°1 se joue, émeut, fait monter les larmes aux yeux des connaisseurs, quelle beauté que cette musique extraordinaire, faite de tendresse, d’entrain, d’émotion, de générosité et d’élévation jusqu’à nous sortir de nous-mêmes pour nous laisser porter dans un au-delà qui nous semblait pourtant inaccessible.

Et pour ne pas tromper les vrais amateurs de musique, écoutons le même morceau joué par Rostropovich, plein de sérénité, mais très vif, comme empreint d’une illumination qui lui permet de jouer avec un tempo rapide, mais empli de paix.

 

http://www.youtube.com/watch?v=MUAOWI-tkGg&feature=related

 

16/05/2012

O Magnum Mysterium, Morten Lauridsen, par le Westminster Cathedral Choir

 

http://www.youtube.com/watch?v=9y9yM53TowA&feature=related

 

Entrée dans le mystère des mystères, piano, pianissimo, comme l’entrée dans un lac en montagne, nu comme un ver, débarrassé de tout vêtement cachant notre condition d’homme. Le Christ s’offre à nous dans son infinie plénitude, couvrant de sa plénitude la surface de la terre, comme un voile transparent.

La partition fait appel parfois à deux voix de sopranes, à des accords à deux voix de ténors et de basses. L’harmonie est densifiée par des accords de seconde qui se fondent dans des harmonies classiques et apportent une coloration particulière et mystérieuse. Des accords de neuvième complètent la signature caractéristique de ce compositeur américain, Morten Lauridsen, contemporain, auteur de nombreux chants chorals.

N’en disons pas plus, et écoutons les paroles si simples de ce merveilleux chant. La musique est là pour nous faire pénétrer dans le grand mystère de l’incarnation.

O magnum mysterium
et admirabile sacramentum,
ut animalia viderent Dominum natum,
jacentem in præsepio.

Beata virgo, cujus viscera meruerunt
portare Dominum Christum, Alleluia!


Quel grand mystère et admirable sacrement,
que des animaux aient pu voir, couché dans une crèche, le Seigneur qui vient de naître !
Bienheureuse Vierge
dont les entrailles ont mérité de porter le Christ-Seigneur. Alleluia!

09/05/2012

Rumi, ballet de Maurice Bejart, musique de Kudsi Erguner

 

http://www.youtube.com/watch?v=enOmxQP6JWs


 

La flûte, comme l’appel du muezzin, et la lente marche des danseurs qui semblent sortir de la12-05-08 Danse soufie.jpg nuit, après une veille mystique. Nous assistons à une véritable purification, pour ne pas dire une initiation. « Il y a un rapport mystérieux entre le corps et l’âme, et ce qui purifie le corps, par les ablutions et les gestes physiques de la prière rituelle ainsi que par la prononciation des paroles sacrées, aide l’âme à se purifier de la rouille qui ternit le miroir du cœur (sourate LXXXIII, verset 14) et qui l’empêche de refléter la vérité. Ghazâli précise qu’il ne suffit pas que le miroir soit net, car il doit être convenablement orienté, pour pouvoir donner une image. »[1]

Les corps tourne autour de « l’œil intérieur, l’œil du cœur, qui lui permet de voir les réalités supra-sensibles et d’être éclairé par les lumières célestes d’abord, puis par la lumière divine. » [2] Mais atteindre cet œil intérieur nécessite de la discipline, de la purification. On les voit se plier à la reconnaissance de leur petitesse devant la munificence de Dieu. Le cercle est d’abord imparfait et il se forme en un instant, inattendu, après que chacun succombe à l’aspiration mystique. Alors les corps ne font plus qu’un seul corps, les âmes se rapprochent et se tournent vers la lumière divine. L’œil intérieur se forme et se déforme. Quoi de plus beau que cette marche en rond, simple, pure, débarrassée de toute obscurité. Le corps devient léger, il s’envole et les robes se font ailes, les bras s’élèvent vers le ciel, tendus vers plus haut que soi. Apaisé par la lumière divine, l’homme peut se reposer dans sa chaleur et laisser en lui circuler l’énergie de l’esprit.

Il ne reste plus que l’unique réel ; et le sens de sa parole : « Toute chose est périssable sauf sa Face » est devenu pour eux une expérience personnelle (dhawq) et un état vécu (hâl).[3] Cette expérience personnelle désigne à la fois une connaissance intime, une participation sensible et émotionnelle, qui apporte certitude et compétence.

 

Merci Maurice Béjard pour cette leçon de vie qui ne s’exprime que par le tournoiement des corps et qui finit comme les astres qui tournent autour de la lumière divine.

 


[1]Ghazâlî, Le Tabernacle des Lumières Michkât Al-Anwâr, traduit de l’arabe par Roger Deladrière, Seuil, 1981, p.21.

[2]Idem, p.28.

[3]Idem, p.94-95.