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22/10/2013

Suite pour violoncelle N°1 en sol majeur, interprétée par Mischa Maisky

https://www.youtube.com/watch?v=mGQLXRTl3Z0

Le prélude est une onde intuitive au-delà de la musique…

Une vibration troublant la pensée qui ne peut l’évaluer, entraînée par cette danse qui n’en est pas une… Une onde de notes qui s’enchaînent dans une logique absolue sans que l’on puisse la prévoir.

Bach, musicien de l’âme, a réussi la synthèse entre l’intuition musicale et la raison poussée à l’extrême de la logique musicale. Et cette rencontre entre ces deux manières d’aborder le monde lui donne une force sans équivalent encore dans le monde de la musique.

Laissons-nous porter par ces vagues de notes qui nous entraînent dans un ciel plus pur, dénué de nuages, vierge de l’aspérité égocentrique. Nous volons sur la pensée, la contemplant de loin, comme un pilote de Montgolfière, sans bruit, bercé par le vent léger qui nous entraîne au-delà des idées, au-delà des mots dans cet amas de sensations sans formes qui procure les délices d’une connaissance différente, irraisonnée, mais fortement prégnante. C’est un courant d’ondes, une danse sur un fil électrique que l’équilibriste n’ose toucher longuement. Et l’esprit ne se lasse pas de cet intermède qui s’insinue dans tout le corps, le laissant en transe.

Oui, Bach est vraiment le plus grand des musiciens par la synthèse qu’il effectue entre le cœur, vision intuitive d’une mélodie au-delà d’une phrase musicale, et la raison, construction intelligente et ordonnée des notes entre elles.

16/10/2013

Le vol du bourdon, de Rimski Korsakov

 http://www.youtube.com/watch?v=XZXippwOh8Q

Un moment de virtuosité, où le temps suspend son vol. Le bourdon est là, actif comme à son habitude, feuilletant chaque bouton de trèfle. Est-ce réellement un bourdon ? On pense plutôt à une abeille ou une guêpe. Le bourdon est trop lourd et maladroit. Mais Rimski Korsakov a dû en étudier beaucoup avant de pouvoir créer cette musique géniale. Exemple parfait d’une musique descriptive, alliance du son et de l’image, l’un réel, l’autre virtuelle, mais si profondément ancrée en soi que l’on se voit couché dans l’herbe, à l’écoute de ces battements d’ailes qui créent une tempête dans les nuages de l’imagination. 

 http://www.dailymotion.com/video/x111qdx_le-vol-du-bourdon-au-piano_music

Les deux interprétations se valent. La bassiste est aussi frêle que son basson. La pianiste a des mains ailées comme la voilure du bourdon.

Elles nous donnent à tous une leçon de travail qui vaut toutes les morales du monde !

08/10/2013

Remembering, par le trio Avishai Cohen

http://www.youtube.com/watch?v=E4kc0Aby2vA


C’est une promenade hors du temps, dans les champs d’étoiles, loin de la vie réelle, une sorte de rêve dans un sommeil lourd, mais si vivant. Souvenirs d’instants uniques, entrecoupés de trous de mémoire. Tous ces moments se succèdent dans le même vide de décors et de personnages. Ce sont des images, tendres, presque joyeuses : les courses dans les prés, les éclats de voix dans la rivière, le jus des fruits mangés à pleine bouche, les premiers baisers. Ces images défilent sous vos yeux, dans le désordre, au fil des évocations, sans queue ni tête, mais si agréables à revivre. Un pincement au cœur et vous repartez dans vos rêves, scotché, drogué, enserré dans vos souvenirs qui n’en sont pas forcément.

En 2:45, vous vous brouillez, votre rationalité s’estompe, votre jugement vous échappe. Le violoncelle gratte ses quelques notes de manière intempestive pendant que le piano bafouille son thème éternel.

Où allez-vous ? Instants semblables au mélange dans un verre de deux liquides de densité différente. Ils ne se mélangent pas, puis, doucement, leurs couleurs finissent par se confondre, d’abord en longues trainées, puis en larges taches qui se perdent dans une nouvelle matière. Vous bougez le verre, et tout ceci n’est plus qu’une impression.

Spleen, mélancolie bienheureuse si elle ne dure pas. Se réfugier dans les replis de sa mémoire et se laisser bercer comme on se jette d’une montgolfière rien que pour sentir l’air frais vous saisir.      

04/10/2013

Introduction et danse chamane de l’Equateur, par Patricio Cadena Perez & Miguel Arcos

http://www.youtube.com/watch?v=wxiSJxwOzos&list=UUCXpMqfV5bos-JTzm1iONpg


Une longue litanie qui s’égrène sans fin et qui commence sur quatre notes en mineur, sorte de support à la mélodie principale qui monte comme un cri ou un gémissement. Oui, ce sont des pleurs qui exprime l’inquiétude de l’homme face à l’immensité du monde et l’incompréhension qu’il en a. Derrière la mélodie principale apparaît tout à coup une sorte de chant sourd, puis plus clair, comme un appel venant du plus profond de l’âme, une âme perturbée, égarée, noyée dans l’immensité du cosmos. Parfois un hoquet dans le souffle de l’instrument. Progressivement le chant se transforme en une demi-danse rythmée, accompagnée par la guitare qui devient diserte. Elle prend de la place, s’exprime à son tour, en contrepoint du chant qui devient ténu. Puis tout reprend sa place, chant et accompagnement.

Une atmosphère étrange que cette introduction qui est une véritable pièce en soi. Les anciens d'Equateur disaient : « Pour soigner ou participer à une cérémonie, il faut venir con corazon puro y mente en blanco » (avec un cœur pur et le mental blanc). Dépouillé du sens habituellement donné au monde, le chamane dresse son propre monde face à l’ordinaire et découvre l’envers qui existe en lui. Il devient chasseur, un être qui n’a plus d’histoire et qui devient inaccessible. « Un chasseur est intimement en rapport avec son monde et cependant il demeure inaccessible à ce monde même. Il est inaccessible parce qu’il ne déforme pas son monde en le pressant. Il le capte un tout petit peu, y reste aussi longtemps qu’il en a besoin, et alors s’en va rapidement en laissant à peine la trace de son passage. » (Don Juan, d’après Castaneda).

26/09/2013

Sonate n°1 pour piano de Robert Schumann

http://www.youtube.com/watch?v=CcKMPCmQkYM

 

 

Une magnifique pièce de Schumann, l’introduction de la sonate n°1, un poco adagio. Elle part dans tous les sens et vous donne des frissons et trémolos sur tout le corps. Elle vous caresse et vous titille.

Les premières notes sont mélodramatiques, puis très vite romantiques et cette allée et venue est pleine de charme. Elle vous entraîne dans des pays imaginaires, ceux des sons chaleureux et diserts.

Vient l’allegro vivace, une course effrénée dans les bois avec quelques poses sur les hauteurs. C’est un printemps radieux qui enchante le corps malgré l’essoufflement de la course.

Quel bel exemple de passage de la fougue sonore au romantisme apaisant. Schumann est un enchanteur qui entraîne ses auditeurs dans les recoins ignorés de leur personnalité. Merci aussi au pianiste Ionel Streba malgré un piano au son un peu grêle.

18/09/2013

Sérénade de l’eau, de John Berg

 
podcast

Cette pièce a été composée par un jeune musicien (14 ans). Elle n’est pas parfaite, mais elle dénote un sens du rythme, une sensibilité à l’extraordinaire, une attention au cheminement entre la perception et l’émotion. Musique étrange, mais tendre comme celle des minimalistes.

 Promenade dans le coton… Erres-tu sensément dans cette étrange épaisseur de ta mémoire ?

Les images défilent, mais lesquelles ? Tu t’enfonces, tu te laisses prendre dans les filets enchevêtrés du souvenir.

Où es-tu, toi qui ne sais rien de toi ?

Mystère des sons qui coulent entre les repères de ton existence. Ils glissent sur ta peau et te laissent les rides de l’avidité.

Pas à pas tu avances dans la chaleur envoûtante. Tu écartes le feuillage, respirant à peine. Tu marches à genoux, les yeux fixés sur la fin du rêve qui ne vient pas.

Et quand tout s’arrête, tu ouvres à nouveau le robinet de la douche qui coule petitement sur ton front irrité : quelle impossible sérénade !

Merci John pour ce moment enchanté !

11/09/2013

Musique populaire morave

 

http://www.youtube.com/watch?v=DL4_r5h3vSE

Au sein de la République tchèque, se trouve la Moravie, région inconnue du reste des Européens. Elle est sauvage, montagneuse, et son peuple a développé une musique particulière, populaire, comme les autres régions d’Europe centrale. C’est un retour un siècle au moins en arrière. Ce n’est pas de la grande musique, mais c’est une musique authentiquement régionale et populaire.

 

04/09/2013

Suite II pour violoncelle, en ré mineur (BWV 1008)

https://www.youtube.com/watch?v=3WxnXerG4cM

 

Rêverie…
Qui te prend et t’étire
Quelle gymnastique elle te fait faire
La tête en bas tu es, les oreilles pendantes
Mais quel charme ces extensions !

Tu montes et descends, d’un souffle inspiré
C’est un bocal de sons, résonant et ronronnant
Et parfois un cri d’amour poignant
Coupant comme un sabre effilé

Dans le noir du corps inversé
S’élève la grande plainte des hommes
Corde vibrante des dents acérées
Comment ne pas laisser son cœur
Derrière la page écrite et jouée

Pliée elle se tient attentive
Ensorcelante, adoucie, mâchée
Elle écorche le palais, mais quel goût
En saliver de bonheur
Et pleurer à l’idée de ces caresses
Qui chatouillent l’oreille
Et la rendent câline

Tout n’est que vibration
Qui met en marche la vie
Pour un court instant
Et qui te dépossède
Des rondeurs de l’habitude
La corde du temps
T’étire dans l’espace

Tu es le Tout,
Grain énigmatique
Des poussières de l’illusion

03/09/2013

La Vasija de Barro (Musica Ecuatoriana), de Patricio Cadena Pérez

http://www.youtube.com/watch?v=FK2c_lYSD7o&feature=c4...

 Le pot de terre crie de terreur devant son incompréhension du monde : « Je suis le récipient, le contenant, pourquoi seul compte le contenu, ce liquide précieux qui coule de ma bouche et déverse dans la gorge des élus son parfum de miel. Qu’ai-je fait au bon dieu de n’exister qu’en creux comme un cadre de tableau précieux entourant l’existence des hommes, mais ne les traversant pas. »

Le rythme d’un battement de pied sur le sol de terre « ta-tam… ta-tam… ». Et l’accord monte et redescend sans qu’on l’entende au premier abord, comme la montée d’une émotion indicible. Et sonne la lamentation des hommes comme un cri de désir et d’ignorance qui monte et redescend. Je suis celui qui pleure et rie devant cette vie qui me berce et que je ne comprends pas. Ma plainte va vers les hommes insatisfaits qui espèrent la vie et ne touchent que le vent qui la transporte dans la valse des arbres au long des jours qui tournent dans un ciel d’étoiles et de rêves.

Passé cet instant de douleur, les cordes s’esclaffent en petits pétillements frais, comme l’eau coule de la montagne et surprend le visiteur. Halte au bord de la rivière, dans le repos de l’esprit enfin pacifié. Que faire devant l’inconnu : se laisser aller, dans le calme. L’orage est passé, la vie va renaître, une autre vie, celle de l’âme.

Le chant s’élève, simple comme le cri d’un âne terreux (burro terroso) dans le désert entouré de cactus. Mais derrière cette plainte s’élève le contre-chant qui étire la plainte dans le ciel bleu, en long filament de nuages d’une blancheur éclatante. Et en ces quelques instants, l’avenir se dessine, sans appréhension, infaillible et accepté. Le chant des anges et des femmes du ciel qui appellent à l’ouverture du cœur, chant pur et reposant comme l’eau qui coule du vase de terre, chaque jour, pour emplir le corps de sa bienfaisance.

Et l’homme terrassé reste meurtri, peint par la main des femmes de la terre qui le façonne, lui ôte ses formes voluptueuses pour les transformer en boue qui s’épancheront dans le vase de terre.

Le corps n’est plus, mais l’âme reste, intact, virile, victorieuse.

Le temps ne peut rien sur l’esprit qui reste comme l’eau vive et coule entre les pierres immobiles.

L’espace s’amplifie à l’infini à l’image de notre riche pauvreté.

 

Yo quiero que a mi me entierren
Como a mis antepasados
En el vientre obscuro y fresco
De una vasija de barro

 

Je veux qu’ils m’enterrent, moi,
comme mes ancêtres
dans le ventre sombre et frais
d'un pot d'argile.
 

 

Extrait du site de Patricio Cadena Pérez :

http://www.patriciocadenaperez.com/index.php?page=Bio.php 

 

« Est-ce parce qu’il n’a vu le jour ni dans l’hémisphère nord, ni dans celui du sud mais qu’il est né en Équateur, juste sur la ligne… ou bien est-ce parce qu’il n’est ni un indien, ni un blanc mais un métis…que Patricio Cadena Pérez, interprète de guitare classique et compositeur est si insolite dans son art, aimant à marier le soleil à la lune, le yin au yang, la musique classique aux airs populaires… ? »

25/08/2013

Te Deum, d’Arvo Part

http://www.youtube.com/watch?v=CPd3e5woOyc

La plupart des Te Deum commencent par une explosion de sons venant des instruments ou des voix. Ici rien de tout cela. Le grognement de la terre, l’écho du travail de la matière dans l’immensité de l’espace. Puis un « Te Deum laudamus » empreint de sérénité et de confiance malgré la terreur de l’existence. Réponse des voix de femme, en écho, elles aussi pleines de foi et de loyauté.

Te Deum laudamus,
te Dominum confitemur.
Te aeternum Patrem,
omnis terra veneratur.

Nous te louons, Dieu,
Nous t'acclamons, Seigneur.
Père éternel,
Toute la Terre te vénère.

S’agit-il réellement d’un Te Deum ? Les violoncelles, puis les violons s’épanchent pour rappeler la fugacité de la vie, sa fragilité. La troisième strophe éclate tout à coup (Sanctus, Sanctus, Sanctus…), puis se calme, puis explose (Pleni sunt caeli et terra…).

« Sanctus, Sanctus, Sanctus
Dominus Deus Sabaoth.
Pleni sunt caeli et terra
maiestatis gloriae tuae. »

« Saint, Saint, Saint,
Dieu, Seigneur de l'univers ;
le ciel et la terre sont remplis
de la gloire de ta majesté. »

Le Te Deum est sensé exprimer la louange et l’action de grâce. Mais ici, celles-ci sont toute intérieures. C’est un condensé de louange qui s’échappe d’un petit trou dans la conscience, une sorte de trou noir dans la toile de l’espace et du temps, fuyant l’existence des hommes.

On suit difficilement ce qu’a voulu dire le compositeur, car ce Te Deum ne ressemble à aucun autre. Il est tendre, plein de grâce intimiste, empli d’une dévotion intemporelle. Certains peuvent penser le contraire : glacial. Oui, c’est un paysage arctique, désert et coupant, qui s’étend sur des kilomètres carrés et qui reflète l’inconnaissance humaine face à la toute puissance divine (Sauvez ton peuple, Seigneur,...). Mais cette inconnaissance est accompagnée par la tendresse d’une promesse : Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne dieu (Saint Irénée). On peut penser que ce qu’a voulu exprimer Arvo Part, c’est l’intimité de cette transformation.

21/08/2013

"La Poule", de Jean-Philippe Rameau, interprété par Grigory Sokolov

http://www.youtube.com/watch?v=xcXY7dyK7eQ

 

On est projeté dans le poulailler, caquetant en chœur avec les gallinacés, piétinant sur la paille, évitant les œufs, nullement incommodé par l’odeur. Quelle imagination de la part du compositeur, Jean-Philippe Rameau. On imagine les poules au pas de l’oie, embrigadées, mais cherchant à se libérer de cette emprise, s’égaillant à maintes reprises, fuyant tout ce qui les contraint, restant malgré tout poules, dodues, échevelées, coquettes, secouant la tête avec obstination, avec quelques remords ou hoquets, puis reprenant leur rythme.

Où se trouve le coq ? C’est le triomphe de la féminité, dans toute sa vigueur. Un piétinement de talons hauts, de valses endiablées, telles les coquettes qui se mirent dans le miroir et sourient à leur image, entre elles, bien dans leur peau, heureuses d’être débarrassées d’une présence masculine qui les oblige à jouer le jeu de la séduction. Mais elles restent femmes, imaginatives et groupées, fières de leur indépendance, riant comme des folles, s’amusant d’un rien, se prenant par le bras, s’entraînant les unes les autres, relevant leur gorge pour mieux glousser, levant leur crête et humant l’air avant de hoqueter et de se donner en chœur. Quel bel ensemble que ce poulailler ! N’est-il pas aussi beau qu’une cour du XVIIème siècle, avec ses robes de taffetas, ses cerceaux, ses rires entendus, le tout caché derrière un éventail pour mieux médire contre les hommes.

Admirons le jeu de Grigory Sokolov qui comme toujours nous donne un aperçu de sa délicatesse et de sa virtuosité. Merci pour cette pièce brillante faisant rêver sans vouloir médire sur la féminité qui égaille le monde.

17/08/2013

Kodo

http://www.youtube.com/watch?v=C7HL5wYqAbU

 

C'est un groupe  de percussionnistes japonais qui perpétue et réinvente la tradition musicale japonaise, en explorant toutes les possibilités offertes par le taiko, tambour de peau tendue sur bois utilisé dans les fêtes traditionnelles.

Ce n'est certes pas de la grande musique, mais c'est surement un tour de force peu commun, un exercice physique impressionnant.

13/08/2013

Musique de la cour impériale de Chine

 http://www.youtube.com/watch?v=8kk6K_5fxZs

Il nous transporte en d’autres temps et d’autres lieux, ce duo de flûte et percussions. La flûte chinoise ou xiao est proche de la flûte japonaise dite Shakuhachi plus récente. C'est un son troublant, qui perce le coeur et pénètre au plus intime de vous-même.

Sérénité et harmonie, parfois un peu sirupeux, voire lassant. Mais quel beau morceau d’anthologie !

02/08/2013

Improvisation sur le canon de Pachelbel, par Hiromi Uehara

http://www.youtube.com/watch?v=4S8ExFHXH94

On lui pardonne la préparation du piano, empruntée à John Cage (Le piano préparé est en réalité un ensemble de percussions confié aux mains d'un seul interprète, explique John Cage), qui n’apporte pas grand-chose.

Elle entre progressivement dans son improvisation, d’abord en poursuivant avec la main gauche le thème du canon, mais déjà de manière syncopé. Puis en lâchant complètement ce thème pour un thème très swingué, allante plein d’entrain, qui se termine par une trille probablement un peu trop pesante (05.50). Mais elle lui permet de rebondir sur un autre thème qui lui-même enchaîne sur un tremblement de la main droite pendant que le thème principal revient à la main gauche (06.00). Ce thème reprend la mélodie du canon manière swing. Puis, c’est la folie maîtrisée, pleine de dissonance, qui se termine gentiment, pacifiquement, en pied de nez, de manière classique.

Hiromi est une pianiste extraordinaire, capable de passer d’un rythme ou d’un thème à l’autre en un tour de main. Elle a le tempo dans le sang, la délicatesse du doigté, le don de passer de la main droite à la main gauche, à la manière de Glenn Gould, mais bien sûr dans un autre registre. Elle est enthousiaste et sereine, heureuse de jouer pour son public qui lui rend bien une ferveur passionnée.

23/07/2013

Quatuor pour la fin du temps, Olivier Messiaen

 

http://www.youtube.com/watch?v=jXxmvsllhCg

 

"Lorsque j’étais prisonnier, et j’ai conçu et écrit ce quatuor pendant ma captivité à Görlitz en 1941, l’absence de nourritures me donnait des rêves colorés : je voyais l’arc-en-ciel en l’ange et d’étranges tournoiements de couleurs. Mais le choix de l’Ange qui annonce la fin du Temps, repose sur des raisons beaucoup plus graves.

Musicien, j’ai travaillé le rythme. Le rythme est par essence changement et division. Etudier le changement et la division, c’est étudier le Temps. Le Temps (mesuré, relatif, physiologique, psychologique) se divise de mille manières dont la plus immédiate pour est une perpétuelle conversion de l’avenir en passé. Dans l’éternité, ces choses n’existeront plus. Que de problèmes ! Ces problèmes, je les ai posés dans mon quatuor.

Au nom de l’apocalypse on a reproché à mon œuvre son calme et son dépouillement. Mes détracteurs oublient que l’apocalypse ne contient pas que des monstres et des cataclysmes : on y trouve aussi des silences et des adorations, de merveilleuses visions de paix." (Olivier Messiaen)

Ce quatuor contient huit mouvements : Liturgie de cristal ; Vocalise pour l'Ange qui annonce la fin du Temps ; Abîme des oiseaux ; Intermède ; Louange à l'éternité de Jésus ; Danse de la fureur pour les sept trompettes ; Fouillis d'arcs-en-ciel, pour l'Ange qui annonce la fin du Temps ; Louange à l'immortalité de Jésus.

Le rythme est le sujet du quatuor. Le Temps est dilaté, il s’écarte du rythme de la vie quotidienne, matérielle. Il prend ses aises, refuse la mesure rythmique, la périodicité, la mélodie ordinaire fondée sur des reprises. Messiaen va même jusqu’à écrire : « Une musique rythmique est une musique qui méprise la répétition, la carrure et les divisions égales, qui s’inspire en somme des mouvements de la nature, mouvement de durées libres et irrégulières ».

On est parfois choqué par la dureté du piano, l’aigu de la clarinette. Mais bien souvent on respire les sons authentiques de l’éternité, juché sur un savon qui se laisse glisser du bord du lavabo jusqu’au siphon où le temps s’arrête. Et par cet étranglement, on écoute fasciné, les sons d’un monde sans temporalité.

19/07/2013

La flûte shakuhachi

http://www.youtube.com/watch?v=BrD-D60Ij9E

 
Le shakuhachi, flûte japonaise droite en bambou, a un son très particulier. Cette flûte fut utilisée dans la musique Gagaku (musique de cour).

Instrument réservé à la musique religieuse contemplative, elle est devenue très populaire au Japon et même dans le monde puisque de nombreux occidentaux la pratiquent. L’intérêt de l’instrument tient aux multiples glissandos possibles entre deux notes. On remarque que les notes n’ont pas la même hauteur que dans la gamme occidentale, c’est-à-dire que leurs intervalles sont différents et peuvent même changer dans un même morceau.

Ici les notes dominantes sont le sol, le mi b et do, voire le ré (assez peu). La mélodie se construit autour de ces notes dominantes, par demi ton ou par ton, sans que ce soit aussi net que dans la gamme occidentale. Ce qui rend cette musique méditative tient justement à ce retour perpétuel aux mêmes notes et au fait que les autres tournent autour.

C’est un son dans la nuit, envoûtant, une sorte de leitmotiv enivrant qui vous appelle à un retour sur vous-même. Rien que le son dans le vide des pensées. Et peu à peu, l’esprit vibre en osmose avec la mélodie. On perçoit les vibrations, les changements subtils de hauteur des sons, leur durée variables sans rythme, propre à vous sortir du culte de la raison pour vous plonger dans un monde nouveau, autre, sans rationalité.

08/07/2013

Requiem, de György Ligeti

Artistes : Barbara Hannigan (soprano), Virpi Räisänen-Midth (mezzo-soprano), Maîtrise de Radio France, Sofi Jeanin (direction maîtrise), Chœur de Radio France, Michel Tranchant (chef de chœur), Orchestre Philharmonique de Radio France, Esa-Pekka Salonen (direction).

http://www.youtube.com/watch?v=wawSCvuGj4o

 Mais si la contemplation des astres vous effraye, vous pouvez aussi regarder chanteurs et musiciens en pleine concentration :

Introitus : http://www.youtube.com/watch?v=sa7h7TwJzaM

Kyrie : http://www.youtube.com/watch?v=JWqxPp6SvMw

Requiem : http://www.youtube.com/watch?v=ApdYpaPamMs

Lacrimisa : http://www.youtube.com/watch?v=Nu3yaMXedWo

Lux aeterna : http://www.youtube.com/watch?v=-iVYu5lyX5M

 

Les portes de l’inconnu, tel pourrait aussi être le titre de ce requiem…

Ce n’est pas l’espoir des expériences de mort imminente, ce n’est pas non plus l’avalanche négative du regret des actes passés, ni même le cauchemar d’une vision de l’enfer.

Etrange impression : froide comme une douche glacée, chaude comme un séjour dans un sauna, revigorante par la nouveauté d’un nouveau style de requiem, épuisante par l’amalgame des émotions produites.

Partie I : Introitus. Une montée des sons lente, exaspérante, embrouillée, disjonctante, comme un interminable tremblement de tout l’être devant l’arrivée de l’événement. Qu’est-il ? Nul ne le sait, mais il vient, il arrive, il est presque là, comme une écharde qui s’enfonce dans la chair lentement, patiemment, imperceptiblement.

Partie II : Kyrie. Les cris de désespoir de l’humanité face à Dieu. « Prends pitié de nous ! Nous ne sommes rien. » Il ne s’agit pas de la prise de conscience de l’être individuel face à l’instant décisif, mais plutôt de l’incompréhension de la foule des condamnés face à l’événement. « Nous crions vers Toi. Sauve-nous ! »

Partie III : Requiem. Le calme après la tempête, l’éclatement d’une terreur impossible à dire, le trouble d’un processus indéfinissable.

Partie IV : Lacrimosa. Entrée dans le tunnel de l’inconnu, crainte et délectation, comme le passage dans un hachoir. L’esprit laminé, chacun vit cet événement à sa manière. Ce n’est pas un torrent de larmes, mais au contraire, une impression d’absence de larmes, encore plus pénible.

Partie indépendante : Lux aeterna. La même veine, le même registre de voix, mais apaisé. C’est l’acceptation, cinquième stade de la mort annoncée d’Elisabeth Kubler-Ross, « Maintenant je suis prêt, j’attends mon dernier souffle avec sérénité. » (voir les 12 et 25 juin 2012)

 

Ce n’est pas un requiem glorifiant Dieu et sa toute puissance. Ce n’est pas non plus une œuvre magnifiant le dépassement du temporel par l’intériorisation. On peut penser et dire qu’il s’agit, au-delà de l’histoire individuelle de chaque homme, de l’histoire de l’humanité : quelques milliers d’années de vie et toujours cette inconnue, qu’y a-t-il au-delà ? Et le requiem n’apporte pas de réponse.

04/07/2013

Musique minimaliste: 4′33″, une facétie ?

https://www.youtube.com/watch?v=HypmW4Yd7SY&list=PL662A05B44145601C

 Faisons un pas de plus par rapport à hier. Est-ce une facétie ou, plus sérieusement, cette pièce est-elle l’apogée de la musique minimaliste. Bien sûr, John Cage tout autant philosophe que musicien, va au bout de sa logique :

L'une des œuvres les plus célèbres de John Cage est probablement 433, un morceau où un(e) interprète joue en silence pendant quatre minutes et trente-trois secondes. Composée en trois mouvements devant cependant être indiqués en cours de jeu, l'œuvre a été créée par le pianiste David Tudor. L'objectif de cette pièce est l'écoute des bruits environnants dans une situation de concert. (…) 433 découle aussi de l'expérience que Cage réalisa dans une chambre anéchoïque dans laquelle il s'aperçut que "le silence n'existait pas car deux sons persistent" : les battements de son cœur et le son aigu de son système nerveux.

(From http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Cage)

 

Du silence émerge le son de l’absence. Et cette absence est attente. Car le premier réflexe du spectateur est bien l’attente : quand va-t-il (le pianiste) jouer ? Il ferme le couvercle du clavier, puis le rouvre, marquant ainsi chaque mouvement. Hors du geste, rien. Même pas un bruit qui est un son sans intention.

Malgré le chronomètre, le temps s’égare-t-il dans l’absence ? Le minimum se noie-t-il dans son maximum ? Encore eut-il fallu un son, un seul, quel qu’il soit.

Alors, il s’agit bien d’une facétie !

 

Promis, je ne le referai plus. Deux jours sur le silence, avec pour seul son d’abord les mots, puis l’attitude. Non, cela donne des boutons !

18/06/2013

Fratres, d'Arvo Part pour douze violons

http://www.youtube.com/watch?v=U20qOk8yORU

 

 

Une pièce mystérieuse, tout en secret. On a l’impression qu’elle a du mal à sortir des instruments, que cela demande un effort inextinguible.

Le son vient du lointain, derrière la tête, d’un double de soi-même. Peu à peu, il envahit tout l’être, fait entrer un froid tendre dans le cerveau. En 04:30, le son se réveille, il prend de la puissance tout en conservant la même mélodie. En 05:45 tout s’achève, la source s’épuise. On respire difficilement, on se croit soulagé, mais la pièce repart, avec le même rythme. Même effet en 07:15, puis en 08:45, enfin en 10:15.

Toute la souffrance de l’humanité semble ici concentrée, dans la fine pointe de l’âme dont l’oreille est attentive à suivre cette mélopée lente et processionnelle. Si l’on voulait être méchant, on pourrait appeler cela la procession des limaces. Mais ce n’est qu’une plaisanterie en réaction à la gravité de la mélodie.

Lorsque la pièce se finit, c’est un soulagement comme si l’on respirait normalement après une crise d’asthme. Pourtant on la réécoute, pris par cet ensorcellement du son et du silence. L'empreinte indélébile de l'humanité a façonné notre âme, une grande langueur s'en empare. Arvo Part a atteint son but :  Qui sommes-nous, frères ?

06/06/2013

Tomás Luis de Victoria - O Magnum Mysterium

http://www.youtube.com/watch?v=zeKvNxYMDxE


 Chanteur, organiste, maître de chapelle, compositeur, Tomas Luis de Victoria est avant tout prêtre. Aveugle, simple organiste, il termine sa vie humblement, de manière totalement anonyme, n’ayant jamais recherché des fonctions dignes de son talent. Elève de Palestrina, il ne compose que de la musique religieuse. Par le chant polyphonique, il cherche à faire entrer les fidèles dans la contemplation des saints mystères.

« Seul un mystique de l'envergure de Victoria ­ si proche, par bien des points, des délires visuels du Greco et toujours guidé par le génie de la race ­ pouvait réussir cette transposition visionnaire de la vie intérieure et rendre les élans sacrés de l'âme espagnole, naturellement portée vers l'adoration, la compassion et la ferveur brûlante. » (Dictionnaire de la musique, Larousse)

Texte latin :
O magnum mysterium,
et admirabile sacramentum,
ut animalia viderent Dominum natum,
jacentem in praesepio!
Beata Virgo, cujus viscera
meruerunt portare
Dominum Christum.
Alleluia.

Traduction Française :
O grand mystère,
et admirable sacrement,
que des animaux voient leur Seigneur nouveau-né,
couché dans une mangeoire!
Heureuse Vierge, dont le sein
a mérité de porter
Le Christ Seigneur.
Alleluia!

Une magnifique pièce très unifiée dans son rythme et sa sonorité bien qu’il n’y ait aucune reprise mélodique comme dans de nombreuses constructions postérieures. A la mesure 40, un apparent changement de rythme (O beata virgo). Mais seul en fait l’alléluia (mesure 58) amène une véritable conclusion, très différente du reste de la pièce, même si dans son final elle en rejoint la quiétude initiale.

Cette pièce personnifie la confiance sereine. Elle peut paraître un peu morne à nos oreilles qui ont besoin de changement, d’insolite et de renouvellement permanent des sonorités pour sortir d’une passivité due à l’accumulation des bruits. Si l’on se laisse entraîner dans son rythme égal, on s’élève dans un autre monde. C’est un instant de paradis que nous apporte la musique de Tomas Luis de Victoria.

04/06/2013

Arvo Pärt, Für Alina

http://www.youtube.com/watch?v=CNbuIh_1q1c 

 

Un conte fantastique ! Pas besoin de commentaires. Et comme l’homme, nous en tombons sur... le cul.

La descente est longue jusqu’au moment où il se décide à frapper au-delà des trois marches. Prise de connaissance… par les pieds et les mains, dans la fumée de l’ignorance… jusqu’à l’harmonie ou la folie.

29/05/2013

Cantique de Jean Racine, de Gabriel Fauré

http://www.youtube.com/watch?v=HV09me1sg78

 

 

 


En ré bémol majeur, la pièce, composée en en 1864 alors que Fauré n’avait que 19 ans, débute par une partie d’orgue ou de piano (ensuite orchestrée) qui annonce la mélodie, presqu’une berceuse ou un rêve. D’une sensibilité extrême, elle ne correspond pas réellement, dans son style, aux paroles du texte, écrites dans la forme édulcorée de la littérature religieuse du Moyen Age.

C’est une prière magnifique chantée, avec des relents romantiques, qui sont marqués lors des reprises de l’orchestre entre chaque strophe.  C’est un cri d’admiration devant la toute puissante divine et sa tendresse, un cri d’amour éperdu que Gabriel Fauré exprime avec douceur et solennité.

 

Le texte de Jean Racine (1639-1699) est en fait une traduction d'une hymne médiévale en latin attribuée à St Ambroise (340-397) : "Consors paterni luminis".

Verbe égal au Très-Haut, notre unique espérance,
Jour éternel de la terre et des cieux,
De la paisible nuit nous rompons le silence :
Divin sauveur, jette sur nous les yeux.

Répands sur nous le feu de ta grâce puissante ;
Que tout l'enfer fuie au son de ta voix ;
Dissipe ce sommeil d'une âme languissante
Qui la conduit à l'oubli de tes lois!

Ô Christ ! Sois favorable à ce peuple fidèle,
Pour te bénir maintenant assemblé ;
Reçois les chants qu'il offre à ta gloire immortelle,
Et de tes dons qu'il retourne comblés.

17/05/2013

Raga Flamenco

http://www.youtube.com/watch?v=YbhF3g4wI_w

 

Un tel mariage des genres semblent impossible. Et pourtant, pour notre plus grande joie, il est réalisé par Anoushka Shankar, fille de Ravi Shankar et un groupe flamenco qui n’est pas nommé, ce qui est dommage pour la chanteuse. L’Inde et l’Espagne réunies dans la musique et c’est une vraie fête !

Le sitar indien au diapason avec la guitare, dans un rythme qui convient aux deux civilisations. Plus de deux minutes de pure musique indienne, puis brusquement le chant flamenco, enfin l’accompagnement de guitares. Quelle surprise, déroutante, mais qui peu à peu, vous fait entrer dans une atmosphère particulière : un raga indou agrémenté au chant plein d’émotions du flamenco. Les deux adorent l’ornement et les variations instrumentaux ou vocaux. Alors le mariage est finalement réalisable.

Un voyage, les yeux fermés : défilent à la fois les fleuves indiens et les bodega ibériques.

28/04/2013

Interprétation

Glenn Gould - Bach Partita N.6 in E mino

http://www.dailymotion.com/video/xr7f7_glenn-gould-bach-partita-n-6-in-e-m_music


 

Sokolov - Bach Partita VI BWV.830.wmv

http://www.youtube.com/watch?v=MR-RnegtUeo&list=PL437D87E43BBC9E5D


 

Le même morceau, par deux musiciens virtuoses. Un régal. Et pourtant, quelle différence de jeu et d’interprétation ! Lequel a raison ? Ou encore, ont-ils raison tous les deux ?

L’introduction est bien différente entre les deux pianistes. La virtuosité technique de Sokolov lui permet d’adopter une interprétation « coup de vent ». Mais les deux premières phrases restent plates. Elles ne font que préparer la troisième où le musicien excelle et démontre sa faconde. Glenn Gould trace ces deux premières phrases comme une mélodie en soi où l’on distingue bien, en fin de phrase, la doublure de la main gauche par rapport à la main droite. Sokolov n’en fait qu’un apéritif sur le pouce. Gould en fait un hors d’œuvre exquis dont toutes les saveurs sont mises en évidence.

Puis vient la puissante montée du clavier, comme un éclair de compréhension et d’explication des deux premières phrases. Mais on ne le sent que lorsqu’on écoute Glenn Gould. Cette montée se coule dans les précédents énoncés, comme un prolongement et un développement. Elle est marquée d’une grande expression par un ralentissement dans chaque épisode de la montée et cette pause discrète est le rappel de l’entrée dans la mélodie. Pour Sokolov, il s’agit plutôt de mettre en évidence la brillance de son jeu. Pas de différence entre les notes, pas de ralentissement qui rappelle le début de la pièce. Une échappée, une éclatante montée, mais qui ne nous dit rien sur le développement de la partition. Elle apparaît comme des notes surajoutées à la ligne mélodique, à la manière de Chopin, et non comme un épanouissement de la mélodie. Détachées du contexte, elles tombent, insolites et étrangères, surprenant l’oreille et la compréhension. Romantiques certes, mais décalés.

Cette première partie du prélude semble une longue interrogation, comme un pèlerin qui, à la croisée des routes, ne sait où aller. Il regarde le paysage, se laisse aller à quelques réflexions, s’enchante des détails de la nature. Tout à coup, il se décide et la mélodie se transforme en une sorte de marche qui monte à la main droite, puis est reprise par la gauche, en écho, inversée. Et cette petite dentelle est majestueuse, resplendissante de bonheur d’avoir trouvé le chemin. Elle semble partie vers les cieux, mais s’arrête très vite pour revenir aux interrogations. Elle reprend alors (1:11) avec des prolongations. Sokolov excelle dans son interprétation. Quelle belle montée, pleine d’assurance et d’espoir, si droite, comme la vision d’un but mêlée à la joie de l’arrivée. C’est émouvant de régularité et de paix et vous vous sentez mieux, reposé par cette tranquille quiétude d’une captivité unique, d’une montée persévérante vers un ciel dégagé de tout nuage. Le jeu de Glenn Gould est vraiment différent (2:10). Le voyageur monte en méditant. Ce n’est pas la joie qui l’anime, mais une vision de la vie différente, une sorte de retour sur soi-même pour mieux contempler cette montée exemplaire et lui donner son poids réel. La régularité est également là, mais elle est d’une autre qualité, emprunte de majesté et d’interrogation.

 

Remercions ces deux musiciens, si différents, qui nous donnent deux versions contradictoires et pourtant magnifiques toutes les deux. La musique, avec la danse,  est le seul art qui permet une telle diversité. Cela tient à cet intermédiaire supplémentaire qu’est l’interprète. Pour l’art graphique, la peinture, c’est au spectateur de réaliser en lui ces différentes visions de l’œuvre et cela demande un effort d'imagination qu’ici le pianiste fait pour vous.

21/04/2013

Colonail song, de Percy Grainger

http://www.youtube.com/watch?v=E7gRmzw3hQA


 

Sirupeuse, cette chanson coloniale n’en est pas moins le reflet d’une époque, romantique et campagnarde à la fois. C’est l’Australie de son enfance que Percy Grainger, pianiste, saxophoniste et compositeur, tente de traduire dans cette composition d’abord écrite pour piano.

C’est une musique passée de mode. Elle rappelle les premiers films américains muets. Elle est caractéristique de sa conception de la vie : la même année, en 1928, il se marie avec la poétesse suédoise Ella Viola Ström, au cours  d’une cérémonie spectaculaire qui prend la forme d'un concert donné à l'Hollywood Bowl devant 20.000 personnes, avec un orchestre composé de 126 musiciens et un chœur.

Amateur de traditions, il étudia les musiques irlandaises, scandinaves, mais également extrême-orientales, en utilisant des instruments insolites.

 

Voici une autre belle version de cette chanson coloniale :

http://www.youtube.com/watch?v=IwmIDzxdMC8


Elle est interprétée de manière plus classique par ces trois artistes. Mais cela tient peut-être aux instruments qui ne peuvent donner l’impression d’un orchestre.

 Vous fermez les yeux et vous êtes tranporté dans le monde du cinéma hollowoodien, dansant avec une star, ou encore dans la campagne australienne, assis dans un rocking chair sous l'auvent d'une belle maison coloniale !

09/04/2013

Silouans Song, composée par Arvo Pärt

ttp://www.youtube.com/watch?v=_hUEKapz9cE

 

 

Ce n’est pas de la musique religieuse, destinée à accompagner une cérémonie. Mais c’est certainement de la musique sacrée, au sens où elle vous transforme et devient preuve du numineux. Composée pour un orchestre à cordes en 1991, elle s’insinue en vous et contraint à l’écoute, au calme, à la méditation. C’est bien un chant qui naît dans la cathédrale intérieure de votre être. Il est ténu, presqu’inaudible parfois, envahissant à d’autres moments. Il va finir sans qu’on s’en aperçoive. Il se poursuit en écho et résonne en vous bien après s’être arrêté. Il vous laisse le silence, un vrai silence intérieur, comme celui de la neige qui tombe sans bruit dans la forêt.

Arvo Pärt est vraiment un grand compositeur dont l’inspiration profondément spirituelle conduit à une musique prophétique. Il s’inspire ici du Staretz Silouane, moine du Mont Athos. Mon âme languit après le Seigneur… Et toutes les nuits, Silouane cherchait celui-ci dans le silence de sa cellule.

04/04/2013

A Paghjella di l’impiccati, chant corse par le groupe A Filetta

Le chant corse est avant tout un chant de tradition oral, sans partition écrite, à la manière du Moyen-Age ou des chants populaires de Bulgarie. Les familles se rassemblaient et chantaient spontanément, établissant un lien social ou même sociétal très fort. Il y avait des chants pour toutes les occasions de la vie en société et chaque famille avait sa manière de chanter. Mais la multitude des enregistrements a tué cette spontanéité qu’il convient maintenant de retrouver. Comme l’écrivait Félix Quilici en 1962 : «Une chose est certaine, c’est que, de nos jours, la source musicale est à peu près tarie car la véritable tradition orale est devenue presque impossible, tant sont abondantes, variées et accessibles les sources d’information remaniées. »

Le groupe A Filetta est né en 1978. Pour eux, « la pratique de la polyphonie est absolument liée à l’établissement d’un lien social. » Le chant corse est une musique de partage. On chante ensemble comme on mange ensemble. Le chant devient complicité.

« Chanter c'est, aussi et peut-être surtout, dire tendrement des choses puissantes et puissamment des choses tendres.

Notre chant est de pierre et d'eau. Dans ses plis et replis, dans ses arcanes, il épouse les contours de l'âme de ce rocher tumultueux qui nous a engendrés.

Notre chant est un chant qui consacre la mémoire, il est aussi un chant qui prône l’ouverture, l’accès à l’autre. Surtout, il traduit le besoin profond de n’être que ce que nous sommes, mais à l’être pleinement, sans complexes, en authenticité et généreusement. Pas en essayant d’en faire un sanctuaire. Le sanctuaire, cela sent déjà la mort. »

(source : http://cguelfucci.free.fr/Html/afiletta.htm)

Maintenant place à ces chants forts, virils, humains et tendres, émouvants, intimes. N’écoutez que celui-ci si vous le voulez, mais écoutez-le jusqu’au bout, non pour les chanteurs, mais par respect pour la tradition du fond des âges et pour la beauté simple de l’improvisation si profondément authentique.

 

http://www.youtube.com/watch?v=FU-wBJ4r3f0&feature=related


 

 

 

27/03/2013

The Desert Music, de Steve Reich (1982/1983)


https://www.youtube.com/watch?v=iDEVOO0mRYM 


 Steve Reich est né à New York en 1936. Compositeur, il est l’un des inventeurs de la musique minimaliste. Mais il préfère l’expression de phasing music, « par analogie avec la notion de déphasage présente en physique entre deux ondes ou en traitement du signal entre deux signaux périodiques. (…) Pour les instrumentistes, l'exécution du phasing peut être extrêmement difficile d'un point de vue technique. Il s'est révélé bien plus facile que pendant que l'un des musiciens adopte un tempo constant, l'autre passe par des périodes d'accélération momentanées, parfois appelées « transitions floues »4. Ces transitions sont notées sur la partition par des pointillés, pour indiquer d'accélérer le tempo jusqu'à obtenir le déphasage désiré, puis revenir au tempo initial. En général, le nombre de répétitions du motif de base entre chaque transition est laissé libre, au choix des instrumentistes. »  (http://fr.wikipedia.org/wiki/Phasing)

 

Le chant des dunes est profond et sourd. C’est un chant de paix et de méditation qui est bien loin de ce qu’on entend ici. Pourquoi le compositeur a-t-il appelé cette pièce la musique du désert ? N’y a-t-il pas similitude entre les deux ? Aussi bizarre que cela paraisse, il semble bien que oui. Ce sont probablement les vibrations qui permettent ce rapprochement. Vibration des sons comme les dunes sont des vibrations des formes et comme les grains de sable engendrent des vibrations qui finissent par ressembler à un chant. Alors il suffit d’agrémenter l’orchestre d’un chœur pour que la cuisine prenne et nous fournisse un met inconnu et ineffable.  Certes, tous n’apprécie pas forcément ce genre musical. D’autres vous diront que c’est plutôt une musique qui consacre les bruits de la civilisation moderne que le désert. On peut le penser.

Laissons-nous aller sans réfléchir. Prenons de la hauteur. Elevons-nous au dessus de ces dunes de sables. Nous voici dans le désert, le regard sur l’enchevêtrement des monticules qui bougent tous les jours. Finalement le travail de la nature n’est-il pas semblable au travail des hommes. Une répétition et des ruptures à un rythme effréné. Tout dépend de la distance que nous mettons à contempler ces travaux.

Alors dansons les pieds dans le sable, accompagnés des cris des mouettes et des sorciers !

23/03/2013

Passion selon Saint Jean de Jean-Sébastien Bach

Hier, concert en l’église de la Sainte Trinité, achevée en 1867 et d’un style moitié-gothique, moitié-renaissance. Je me suis demandé au début du concert si l’église avait le pouvoir de brouiller les sons et de passer au mixeur la magnifique musique de Bach. Il est vrai qu’il faut être particulièrement chaud pour débuter sur le chœur qui proclame la glorification du Christ :

Christ, notre Maître, dont la gloire
Domine en tous pays !
Montre-nous par ta Passion
Que toi, le vrai Fils de Dieu,
Eternellement,
Même dans la plus grande humiliation,
As été glorifié !

Mais progressivement le rythme, la vitalité et la dramaturgie de cette musique se sont mis en place et ce fut un beau concert. Je ne peux vous faire entendre l’interprétation de l’Ensemble Jubileo, spécialisé dans les concerts spirituels dans des lieux insolites tels que des gares, des hôpitaux, des prisons. Cette interprétation de l'abbé Amaury Sartorius vous en donne un aperçu. L’explication donnée par Gilles Cantagrel, musicologue de France Musique, permit de prendre toute la mesure et la singularité de l’œuvre. Plus qu’une construction musicale, c’est bien un véritable drame qui est joué avec au centre le récit de l’évangile. Elle permit également de comprendre les choix fait par l’Ensemble : pas de récitation du conteur prévu dans la partition, mais le texte est lu par Michael Lonsdale. Cela retire l’ennui que peut procurer ces longs moments difficilement compréhensibles pour ceux qui ne parlent pas allemand.

Ecoutez encore Rutht wohl, tendre et annonciateur de la vie divine, merveille d’amour contenu et de promesses à venir.

http://www.dailymotion.com/video/x572ar_bach-passion-selon-st-jean-6-ruht-w_music


Peu à peu, nous sommes entrés dans cette cathédrale musicale et, plus profondément, dans le drame divin et humain à la fois, du sacrifice du Christ. Belle entrée dans la semaine sainte. Quelle méditation dans la beauté d’une musique exceptionnelle. Bach, ce grand maître, continue de nous bouleverser presque 300 ans après qu’il ait composé son oratorio !

19/03/2013

Litanie pour la baleine, de John Cage (1980)

https://www.youtube.com/watch?feature=endscreen&v=ZJYkJxGPLao&NR=1

 
Source : Ressources-IRCAM du 22 mars 2012

"Né à Los Angeles le 5 septembre 1912, John Cage est à la fois musicien, écrivain, peintre, mycologue, penseur, artisan d’une vie considérée comme processus continu, au-delà de toute catégorie.

Son premier contact avec la musique se fait par l’apprentissage, enfant, du piano. Plus tard lassé par un système scolaire fondé sur la répétition et l’uniformité, il part en 1930 pour l’Europe à la recherche de nouvelles expériences. De retour en Californie l’année suivante, il entreprend des études de composition avec Richard Buhlig et Henry Cowell, puis prend des cours particuliers avec Adolph Weiss. En 1935 il se marie avec Xenia Andreyevna Kashevaroff dont il se séparera dix ans plus tard. De 1934 à 1936 il étude l’analyse, la composition, l’harmonie et le contrepoint avec Arnold Schoenberg, et comprend à cette occasion son peu d’inclination pour la pensée harmonique. Entre 1938 et 1940, il travaille à la Cornish School de Seattle et y rencontre Merce Cunningham – qui devient son compagnon et collaborateur. Dans cette période, il écrit son manifeste sur la musique « The Future of Music : Credo » ; invente le water gong et le piano préparé, et enfin compose Imaginary Landscape No.1 (1939), une des premières œuvres utilisant les moyens électroniques.

L’activité plastique de John Cage débute avec l’exposition de ses partitions en 1958 dans la Stable Gallery et, malgré des incursions régulières dans le champ des arts visuels, c’est avec les « gravats » réalisés à Crown Point Press à l’instigation de Kathan Brown que cette activité devient essentielle, avec la production de quelques neuf cents gravats, aquarelles et dessins jusqu’à sa mort. Dans ces œuvres – comme dans ses mesostics commencés après l’écriture d’Empty Words en 1976 –, Cage suit les mêmes principes de travail que dans sa musique, (…), où il fait usage de ce qu’il appelle des « parenthèses de temps ». Dans cette dernière période, apparaissent des processus d’automatisation de l’écriture, basée sur des programmes informatiques réalisés par son assistant Andrew Culver. Les dernières années viennent couvrir de reconnaissance et de prix prestigieux, comme le Kyoto Prize (1989), une vie placée sous le signe de l’expérimentation et de la liberté.

John Cage meurt à New York le 12 août 1992. "

Pour deux voix égales, la Litany for the Whale ou litanie de la baleine est une composition écrite en 1980. Elle reproduit les sons du monde sous-marin et, bien sûr, le langage des baleines. Son écoute est saisissante par le fait du chant a capella et des silences voulus qui ponctue l’œuvre. Celle-ci, aussi curieux que cela puisse paraître, semble un chant sacré médiéval. C’est une méditation sur le monde chantée en répons constituée de voyelles sans signification autre que le rappel des sons venant des profondeurs de l'océan.

Ajoutons que John Cage est un fervent utilisateur de ce qu'il appelle le piano préparé, c'est-à-dire un piano sur les cordes duquel sont placés des vis, pièces de monnaie et autres possibilités d'interférence des sons.