Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09/12/2014

Jean Christian Michel : Psaume de Jean-Sébastien Bach

https://www.youtube.com/watch?v=vueh13LCsSA


 

Peut-on parler de musique sacrée ? Il me semble que oui.

La musique sacrée méditative donne à l'homme un moyen de concentration. Cette concentration le purifie. La purification conduit à l'unification de l'être.

La première qualité de ce type de musique doit être de permettre la concentration, c'est à dire de calmer le mental, d'évacuer peu à peu le dialogue intérieur qui sans cesse s'impose à nous, malgré nous. C'est l'attention sur la mélodie qui mène à la concentration en en faisant le fil conducteur des pensées. Le but de l'harmonie, lorsqu'elle est jointe à la mélodie, est de créer l'ambiance intérieure sans distraire la concentration.

Lorsque l'esprit a atteint un certain calme, le corps va pouvoir s'éveiller aux sons. La musique n'est plus entendue par l'intermédiaire de l'ouïe. L'ensemble du corps, devenu perméable aux vibrations, se laisse pénétrer par la mélodie qui l'enveloppe et le fait vibrer. Les sens s'éveillent, libérés de la tyrannie du mental. Le corps apprend à co-naître par lui-même. Ce n'est plus la mémoire des sensations qui s'impose, mais la sensation elle-même, pure, dans l'instant. C'est ici et maintenant que je suis, et non hier ou demain, là ou là-bas. L'instant saisi dans toute sa plénitude ouvre alors à l'éternité.

27/11/2014

Impromptu opus 90, N°3 de Franz Schubert, interprété par Krystian Zimerman

https://www.youtube.com/watch?v=KkqDEh-fXVI


  

C’est un nuage de rêve qui passe et laisse dans le cœur une impression de plénitude et d’espérance.

A quoi tient la beauté de ce morceau ?

Tout d’abord à sa mélodie, une plainte légère débutant sur quatre Si bémol. Puis vient la deuxième tonalité de la mélodie, le La bémol qui constitue le point d'encrage de la musicalité et cet entrelacement de ces deux notes proches crée tout le charme romantique de la pièce. C’est léger, simple et envoutant et cela s’achève sur un Sol bémol qui semble clore la mélodie alors qu'elle va continuer à se déployer. C’est l’équilibre entre ces trois notes qui exerce sur l’âme cet attrait irrésistible.

L’accompagnement précis, une montée et descente de trois notes rapides comme des vagues courtes et caressantes lui donne un air guilleret qui tranche avec la mélodie et lui donne un ensorcellement irrésistible. Enfin n’oublions pas en basse le renforcement de la mélodie par des touches profondes et discrètes qui sont de brefs rappels sonores de celle-ci et lui donnent une profondeur inégalée.

Ces trois mélanges sonores, qui règnent en continu sur la pièce, lui apportent un caractère calme et serein qui rappelle l’adagio de la sonate au clair de lune avec la mélodie jouée par le petit doigt de la main droite pendant que les autres déroulent un accompagnement au fond assez proche.

20/11/2014

Piano à 24 mains

http://www.youtube.com/watch_popup?v=MS9SdWBzy6Q#at=122&vq=hd720

Un vrai ballet, où personne n’est manchot, dans lequel les mains tricotent d’un air guilleret et se mêlent joyeusement pour donner un concert singulier.  Très probablement de nombreuses répétitions ont été nécessaires pour que chacun trouve sa place dans cet étrange ballet de mains.

11/11/2014

The cyber conductor

https://www.youtube.com/watch?v=CFltd2838gc


 

Cette présentation est un exploit musical. Quelle souplesse de la part d’un orchestre et que de répétitions cela a dû demander.

Surprise. L’orchestre s’arrête et repart à volonté, change de rythme, module la hauteur du son, modifie même la tonalité et le mode de la pièce. Il finit par se dérégler et devenir incontrôlable, même son chef s’y perd et devient quasiment fou.

23/10/2014

Percuphone et OMNI, dans l’atelier de Patrice Moullet

http://www.youtube.com/watch?v=5zzU68YGPvs

Musique étrange, sensuelle, dérangeante, qui ébranle le corps et travaille l’esprit. Quelle machine ! On s’attend aux bruits d’un atelier, mais ce sont des cercles envahissants de sons qui progressivement vous entraînent dans une danse infernale et bienheureuse qui vous laisse pantois.

Michel Moullet est un artiste inclassable. Il a fait des études de musique classique, mais s’est assez vite passionné pour les sons produits par l’électronique. Deux instruments qu’il a créés sont véritablement innovants, le percuphone et l’OMNI.

Le percuphone :

« À l'origine acoustique (cordes frappées), le percuphone est actuellement une interface électromécanique pour piloter manuellement et en temps réel les systèmes de production sonore numérique.

L'instrument comporte 256 voix de polyphonie, une banque de 20 000 sons sur ordinateur (sampleurs virtuels) et une interface octophonique fire wire. Cet instrument a été mis au point avec le concours d'Alstom pour la motorisation et de l'Ircam pour l'interface de conversion analogique. 57 prototypes ont été réalisés depuis sa création. » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Percuphone)

L’OMNI ou objet musical non identifié :

« L'Omni est un instrument de musique audionumérique créé et développé par Patrice Moullet à partir d'un concept global proposé par Guy Reibel en 1985. Le premier prototype a été créé en 1988 pour la Cité de la musique de la Villette.

L'omni est une interface pour piloter les systèmes sonores virtuels, constituée de 108 plaques de 108 couleurs différentes réparties sur une surface légérement sphérique de 160 cm de diamètre et bénéficiant des convertisseurs d'Emmanuel Flety de l'Ircam.

L'instrument comporte 108 canaux midi, 256 voix de polyphonie, une interface son Firewire octophonique, une banque de 20 000 sons sur ordinateur (sampleurs virtuels). » (http://www.jpontier.com/Omni.html)

 

Alors laissons-nous entraîner dans cette danse envoûtante qui semble sortie des forges de Vulcain.

20/10/2014

Un ensemble mongol dérangeant

 

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=DB0g8g6Hf0o

 
http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=DB0g8g6Hf0o

Un mélange éclectique, extraordinaire et envoûtant entre la musique mongole traditionnelle et la musique pop, dans le décor surréaliste d’une Mongolie contemporaine, avec des instruments anciens et modernes. 

On retrouve le vent des steppes, les flots enragés du printemps, le galop des chevaux, dans une impression déphasée.

Où suis-je, est-ce que je rêve ?

17/10/2014

La leçon de piano

L’enfant entame le morceau avec assurance, ferveur et un semblant de délié des doigts qui lui donne assurance. Tout d’un coup, la panne. Il reprend, toujours aussi vite, avec la même détermination. Même échec de la mémoire automatique des gestes. Il s’arrête, ne dit rien, tente de se remémorer la succession, non pas des notes, mais des mouvements de doigts, reprend plus lentement, mais toujours sans penser à regarder les notes qui se trouvent sous ses yeux, imprimées sur l’album. Blocage !

Il faut alors reprendre patiemment le cheminement mental de la lecture de la note à l’écoulement des sons qui s’enchaînent harmonieusement. Comme il est difficile de lire ces ronds pourvus de queue, qu’ils soient noirs ou blancs, perchés entre deux lignes ou à cheval sur l’une d’entre elles. Voyons… Et l’enfant recompte à partir de la ligne du bas… Sol ? La ? Fa ? Bien sûr vous ne l’aidez pas en lui disant oui ou non. Il faut qu’il trouve, qu’il se souvienne de la visualisation de la ligne et du rond. Cela dure… Quel lent apprentissage, quel effort à produire dans un abstrait en dehors de tout son revigorant la motivation. Comment passer de cet apprentissage épuisant pour les neurones à cet enchantement de la mélodie ? C’est un bien grand mystère à reproduire à chaque nouveau morceau. Comment s’enclenche dans cette tête brune, concentrée, le fil ténu d’une continuité de la mélodie ? Mystère. Tout se passe hors de votre contrôle. Un jour, huit jours ou quinze, tout se déroule avec aisance comme par enchantement. La complainte se déploie, frappée avec régularité, dans un automatisme sans faille, peut-être un peu trop mécanique, dans un style de machine à écrire. Ça y est.. On peut passer à l’expression, une phase plus complexe, car la maîtrise de la puissance des sons et du moment de leur frappé est plus complexe que le déroulé mécanique d’une mélodie. Là, marquer un ralentissement avant d’énoncer la note qui produit la douceur attendue ; ici, atténuer l’émission du son en caressant le clavier sans attaque, puis, à cet endroit, au contraire, mettre un contraste qui vous soulève le cœur et le porte aux nues.

Mais quel bonheur lorsque tous ces ajustements faits, l’élève se concentre et joue pour lui, sans plus s’occuper de votre propre impression, le regard sérieux, comme voyageant dans un paysage merveilleux que les sons diffusent. L’esprit de la musique l’atteint, le soulève et le laisse s’envoler vers d’autres cieux, ceux de la félicité de la musique. Et c’est vraiment un autre monde !

14/10/2014

desideri

http://www.youtube.com/watch?v=nVjh-oY0hek


 

Quel chant ! Il ouvre le corps en deux et le projette dans l’espace et le temps et vous vous laissez écarteler, déchirer jusqu’à ne plus être que cette nostalgie délibérée qui vous agresse et vous conduit à l’absence. Vous êtes envoûté et seul un changement de ton, le son frêle du piano vous ramène à la vie tout en vous laissant un goût amère dans la bouche.

C’est un poème de Konstantinos Kavafis (1863-1933) que chante Kyriacoula Constantinou. Il s’éteint comme il est venu, avec insistance et bienfaisance et est remplacé par le silence non pas de l’oubli, mais de la mémoire qui se cherche sans parvenir à savoir d’où est sorti le chant.

06/10/2014

Irish Tune from county Derry, de Percy Grainger

http://www.youtube.com/watch?v=Pff-UtLsqDU


 

Une très belle pièce romantique qui commence par une phrase très simple reprise plusieurs fois : trois notes qui montent, puis la quatrième qui meurt lentement dans quatre accords de reprise du thème. C’est une promenade un soir d’été au bord du fleuve. L’eau coule lentement et on assiste à la tombée de la nuit, interminable. Cela vous serre le cœur, mais sans tristesse, comme une indifférence froide. On se serre les uns contre les autres, attendant le noir qui monte patiemment. Il est là et l’on s’endort sans même s’en rendre compte, heureux de cet intermède qui fait oublier la chaude journée. Départ vers le rêve, un rêve caressant comme un chat.

 

22/09/2014

Vide-grenier et l'opéra è mobile

Hier, dimanche, jour d’errements insolites dans Paris, vide-grenier du 2ème arrondissement, rue de la Banque. Une mairie rue de la Banque, n’est-ce pas rassurant ! Une multitude gens vendaient jusqu’à leur chemise, en mal de partage. Mais de nombreux objets se pressaient sur le trottoir, abandonnés ou présentés avec art, avec le sourire enjôleur du propriétaire ou la face rebutante du vendeur. La mine y fait beaucoup dans l’achat d’un objet. Etre vendeur est un métier, mais plus vraisemblablement une passion, un instinct ou même une vocation.

Au loin nous voyons un rassemblement devant la mairie. Que se passe-t-il ? Nous approchons. Les gens sont figés, presque la bouche ouverte, attentifs, le sourire aux lèvres, à l’écoute du chant qui monte dans la rue avec force.

Mozart… Un opéra… La flute enchantée… Pamina dans tous ses états… Une Reine de la Nuit asiatique, intimidée, mais divine… Un Papageno noir comme du cirage, mais chantant merveilleusement… Tamino, petit, pas rasé, avec une voix d’or et un charme naturel… Un présentateur, également d’origine asiatique, mais parlant un français impeccable, accompagnant au piano les chanteurs et présentant en quelques mots très drôles, vifs, légers, le déroulement de l’opéra.

Quel bonheur que cette troupe des rues qui chante merveilleusement, avec naturel, pour des gens qui ne connaissent pas ce style de musique et qui finissent par être scotchés à leur jeu. Oui, ils étaient nombreux ces spectateurs, de petites filles assises aux pieds de leurs mamans, des mères s’asseyant dans la rue et écoutant avec béatitude, des hommes et des femmes immobiles, regardant ces chanteurs de moins de trente ans, écoutant leurs voix puissants et agiles et applaudissant à tout rompre devant les vocalises.

Subjugués, nous avons tous eu du mal à repartir vers les objets étalés. En dehors des flûtes, rien ne semblaient nous intéresser. La tête encore pleine de sons, nous étions shootés et sous l’emprise de la drogue : l’opéra chez nous, dans la rue, avec la fine fleur de la jeunesse française, qui, pourtant, n’en avait pas l’air. Mais que les airs de la Flute enchantée étaient émouvants !

Lorsqu'ils renouvelleront leurs exploits, nous y seront !

https://fr-fr.facebook.com/operaemobile 

16/09/2014

Le clavecin bien tempéré livre 1, interprété par Frank Wasser

Entrée dans l’église Saint Mery, à proximité du Centre Georges Pompidou. Elle est quasiment invisible, entourée d’une barrière de planches. On procède à sa toilette et elle se cache derrière le paravent. Aussi entre-t-on par une porte dérobée, sur le côté. Les auditeurs sont tous là, déjà. Assis en rond autour du piano qui trône seul dans la nef, grand ouvert, mais silencieux, en attente, se laissant regarder dans son vêtement noir de concert, prêt à faire résonner ses cordes. Le maître arrive enfin du noir qui règne derrière les spectateurs. Il surgit souriant, décontracté semble-t-il. Mais son salut profond, révérencieux, est néanmoins quelque peu crispé. Normal. Avant les premières notes, il y a toujours une petite inquiétude ou même simplement un pincement du cœur qui cesse vite dès que les doigts commence à courir sur le clavier. Progressivement, le pianiste se détend, s’engage dans la musique, se laisse immerger dans les sons que ses doigts, ses mains, ses bras, son buste, son corps tout entier propagent dans l’air. Ils rebondissent sur les colonnes, s’enlacent sur les volutes des clés de voûte et pénètrent dans les oreilles en miasmes enchantés. Les malades commencent à être atteints : ils ferment les yeux, laissent aller leur tête, battent la mesure du bout des doigts, et semblent pris d’une fièvre alanguie. Pas un bruit, même le son du piano semble silencieux, avec une qualité d’écoute telle que l’on n’entend plus que la pulsation du prélude et fugue n°1 BWV 846.


Chaque pianiste se targue de le jouer à sa manière. Profondément, lentement, rondement pourrait-on dire, à la manière d’Alexander Paskanov, comme dans un œuf, laissant les sons tourner en boule autour de la coquille qui finit par vibrer fortement, puis revient à ce léger tremblement qui l’avait d’abord ébranlé. Lentement également, à la manière de Glenn Gould (encore qu’il ait eu plusieurs manières de jouer le prélude), qui fait vibrer la résonnance de la main de la main gauche et pique les quatre dernières notes avec, en arrière fond, sa chansonnette si caricaturale qui donne une vie unique à son jeu. Plus rapidement, en écho, à la manière Richter, en accentuant la première note de la montée des notes de la mélodie, rajoutant un chant derrière la mélodie principale, comme un arrière fond de regret ou de nostalgie qui donne au prélude une profondeur assez inusité. Ou encore à la manière Maurizio Pollini, détachant chaque note, accentuant les deux dernières notes de la phrase mélodique, introduisant un rythme et une sonorité différente, plus distincte, mais également plus liée.

Mais peut-être est-ce tout simplement l’attention que chaque auditeur porte au déroulement de la phrase qui lui donne ces différences d’interprétation, l’interprète ne faisant que suggérer une attention nouvelle de la part de la salle qui connaît bien sûr le morceau par cœur. Alors, on se laisse bercer, on laisse se créer une échelle entre la terre et le ciel par cette montée des notes sans cesse renouvelée et on part dans cette délicieuse absence de pensée, tout entier vibrant de la relation entre les deux mondes, celui des sons et celui, plus subtil, des émotions engendrées, propres à chacun.

Oui, c'est vrai, je n'ai rien dit de la prestation de Franck Wasser. N'ayant pas trouvé son interprétation du clavecin bien tempéré, je me suis laissé aller à d'autres considérations. Mais est-ce si important?

10/09/2014

Ankunft bei den schwarzen Schwänen, WWV 95 (1861), de Richard Wagner, interprété par Alexander Lonquich

https://www.youtube.com/watch?v=83pIdDPBQg4


Une belle pièce romantique si différente des opéras de Wagner que l’on se demande s’il s’agit bien du même compositeur.

Une introduction frappée d’accords qui deviennent progressivement des échos, comme des réminiscences qui montent progressivement à la mémoire. On part dans une rêverie calme, sereine et enrichissante qui va d’une descente dans les souvenirs à une montée vers l’absence, le tout entouré de bulles de champagne qui s’égrainent en notes légères.

Oui, c’est une belle composition et sa lente glissade vers le silence vous incite à la réécouter sans cesse et sans lassitude.

19/08/2014

Miserere Mei Deus, de Gregorio allegri (The Choir of Claire College, Cambridge)

Pas de commentaire. La beauté ne se commente pas !

https://www.youtube.com/watch?v=IA88AS6Wy_4

Pourtant, une anecdote… ce chant a capella n’était chanté que pendant les matines des mercredi et vendredi de la semaine sainte, pour le Pape et quelques privilégiés. Il n’existait qu’une partition. Mais Mozart, à quatorze ans, eut la chance de l’entendre une seule fois. Il la retranscrivit aussitôt et la partition fit le tour du monde.

09/07/2014

Andrea Valeri: Pierre's Blues

https://www.youtube.com/watch?v=t7BbN6Ss_t0 


Le blues des années soixante. Une belle introduction, brillante, destinée à mettre en évidence le doigté subtil du guitariste, à la manière américaine : on montre qu’on est le meilleur avant même de commencer. Mais la suite démontre qu’il est bien le meilleur ou, au moins, un des meilleurs dans ce domaine.

Commence alors le morceau, rythmé, dont la couleur est donnée par ces quatre notes montantes qui ravivent la cadence, empli de ces descentes de notes propres à ce style de jazz, finissant par des trémolos destinés à entretenir dans la mémoire immédiate l’ambiance particulière du morceau.

Cela n’a rien à voir avec ce qui se pratique maintenant, mais cela possède néanmoins un certain charme. On voit passer la jeunesse en robes fraiches et bluejean à larges pattes, dansant de manière maladroite le swing avec quelques acrobaties destinées à montrer les jambes de sa partenaire du moment. On se repose de cette gymnastique en buvant un coca mêlé de quelques gouttes de whisky en riant d’histoires loufoques à la manière de Borgès (réservées à une élite) :

Que voulez-vous que je dise de moi ? Je ne sais rien de moi ! Je ne sais même pas la date de ma mort.

Bien sûr, personne à cet âge ne pense à la mort !

03/07/2014

Le mode gagaku (musique de tradition japonaise)

Dans le mode Zokugaku et l’échelle IN, cette musique donne une bonne vision de la musique japonaise traditionnelle.

http://www.youtube.com/watch?v=kx1uw4n575M#t=227


Le gagaku qui signifie musique raffinée est la musique traditionnelle de cour qui peut être destinée au profane comme à la religion. Il apparaît vers le Vème siècle, mais n’est officialisé qu’en 701 avec la création d’un office du gagaku. Il disparaît pratiquement au milieu du XVIe siècle, hormis dans quelques foyers aristocratiques et religieux, pour renaître sous le règne du shogun Ieyasu Tokugawa (1543-1616).

C’est une musique à la mesure du Japon, sobre, équilibrée, méditative et, on peut le dire, terriblement ennuyeuse au bout d’un certain temps. Mais on passe cependant un bon moment à se laisser plonger, sans pensée (à la manière du zen), dans cette soupe remontante, car vous laissant sans voix.

Plus cérémonieuse encore, cette danse, si l’on peut l’appeler ainsi, met en évidence le formalisme introduit à la Cour, à tel point que le règlement devient prison. Mais il y a une certaine beauté à écouter ce style singulier, loin de la musique occidentale.

http://www.youtube.com/watch?v=HCYzU4mUGic

 

26/06/2014

Fête de la musique

Présent à Paris en raison de la grève des trains, nous décidâmes de participer pleinement à la fête de la musique.

Choisir le programme fut un long travail d’approche. Oscillation entre le classique ou le jazz. Les deux figurent sur la liste soigneusement sélectionnée dans l’Officiel des spectacles. Le rock, non ; le tam-tam, non plus ; la musique urbaine, qu’est-ce que c’est ? La variété ? Sa fréquence à la télévision nous suffit.

Entrée par le côté dans l’église Saint Eustache : Quelle immense église ! On entend un vague timbre de piano, la hauteur des voûtes écrase le son au ras du sol. Arrivée dans la nef : les chaises sont tournées vers le buffet d’orgue, splendide, monumental, écrasant. On lève les yeux et on monte vers le ciel jusqu’à la rosace à demi-cachée par la majesté de l’instrument. Mais il est silencieux. Les auditeurs sont parqués à la croisée de la nef et du transept. Un grand espace les sépare du piano et de la chanteuse, dont on n’entend que faiblement la mélodie, sauf dans les aigus. Alors, je m’approche sur le côté et là se dévoile l’immense talent de ces femmes qui ont donné leur vie à l’art de l’opéra. Elles sont dans la force de l’âge, 25-35 ans, certaines sont intimidées, d’autres plus souriantes, mais toutes ont une voix superbe, ronde, usant de variations infinies qui font monter les larmes aux yeux. Regardant cette bouche ouverte, aux lèvres fines, je me demande comment une si petite ouverture peut produire de tels sons : l’esprit chante à sa place, je le vois s’envoler dans l’immensité de la voûte et danser dans l’air en disant : « Vois comme ma voix est belle, ressens mes sentiments et pleure devant tant de grâce ». On est suspendu à cette mélodie et le cœur s’emballe. Il ne pense plus, il ne cherche plus à comprendre. Il est et s’en trouve bien, attentif aux seuls sons qui sortent de cette bouche céleste.

Tuileries : un monde différent, en promenade digestive ou accompagnant les enfants qui bien sûr veulent aller jouer au jardin, se dépenser jusqu’au moment où ils s’écroulent de sommeil ou pleurent d’énervement. Sous un des arbres, un groupe de spectateurs attentifs au son d’un piano. Il est électronique et manque de puissance et de suavité, mais le public est bon enfant et applaudit aux prestations de qui veut bien jouer, des apprentis, des confirmés, des jazzmen, des classiques, des batteurs de bruit qui tapent sur l’instrument en pensant qu’il va déployer plus de force, des enfants qui ânonnent leur chansonnette, la jeune fille qui joue sans faiblesse une valse de Chopin, l’asiatique qui égraine son rythme avec lourdeur d’abord, puis de plus en plus souplement. Ils se succèdent avec un petit applaudissement d’estime, plus ou moins marqué. Quelques-uns déclenchent un vrai soutien, mais aucun ne salue, n’entre en contact avec la foule des badauds, par timidité, par dédain, par ignorance de l’art du spectacle. Au suivant… Même si, parfois, entre deux musiciens passe le temps, comme un instant de silence dans le bruit de la musique échevelée, mutine ou tambourinant.

Cathédrale Saint Volodymyr le Grand, rue des Saints Pères, à l’écoute du chœur ukrainien. Une heure et demie de chants liturgiques et de folklore traditionnel. Une merveille, si différente de ce qu’on a écouté auparavant. La musique liturgique orthodoxe des compositeurs des XVIIIème et XIXème siècles issue des musiques occidentales et principalement italiennes, avec ses modes, sa rythmique syllabique, ses ralentissements et accélérations calqués sur le texte, nous donne un air de paradis (voir Le chant orthodoxe slave en date du 28/07/2011). Hors du temps, nous errons attachés au seul chant qui enchante nos oreilles : Dans ce mystère, de Borniansky, La cène mystique de Lvov, sont de purs chefs-d’œuvre de musique sacrée. Le concert se finit avec des chants traditionnels et populaires : le rituel du printemps, interprété pour méditer sur la nature pendant la fête de la Saint Jean, Marousia qui fait ses adieux à un cosaque, harnaché du haut de son cheval partant pour la guerre. Chant national ukrainien, debout, pour terminer cet instant qui nous a dépaysé et enchanté.

Repus de musique, nous traversons la foule des parisiens qui écoutent les tambours des Africains, les guitares électriques et les trémolos de chanteurs sans voix. Rentré chez soi, on rêve dans un état second, bercé toujours par ces instants musicaux si revigorants. Oui cette année la fête de la musique est réussie. Le temps s’y prête, la bonne humeur vient et les sourires nous le disent.

19/06/2014

Canto a tenore, chant traditionnel sarde

https://www.youtube.com/watch?v=ydsIH9Nuua0

 

Le chant est une seconde nature pour les Sardes. Bergers de tradition, ils sont également poètes et conteurs. Le chant est un moyen d’expression de l’individualité sarde, avec un particularisme important que l’on ne retrouve qu’en Corse, différemment. Il s’inspire du timbre guttural de la langue sarde et s’exécute en chœur (gruppa) qui se compose de quatre voix masculines. Chacune d’entre elles a une fonction définie. Sa boghe (la voix) chante la poésie et dirige les autres voix. Sa mesa boghe accompagne la voix principale en brodant sur la mélodie avec un chant plus aiguë. Sa contra est la voix central du chœur et accorde les autres voix. Sa bassu est une voix grave, gutturale, assez proche des voix diphonique de Mongolie (voir le 30 décembre 2011). En fait en dehors de la voix principale qui raconte une histoire, les autres voix sont sans réelles paroles. Elles prononcent des syllabes sans signification dont les modulations rythment la mélodie de Sa boghe. Les Sardes disent que chaque voix imitent qui le bœuf (Sa bassu), qui le mouton (Sa contra), qui la brebis (Sa mesa boghe) et que sa boghe est la voix du berger. On retrouve ainsi la civilisation pastorale et ses traditions.

https://www.youtube.com/watch?v=N2axbUL9v9w 

Chaque région, voire chaque village, a ses traditions propres. Ainsi les tenors d'Orgosolo possèdent un style dur et âpre, alors que ceux de Fonni disposent d’un style souple. Les tenors de Bitti font l’intermédiaire entre les deux. À Bitti on trouve trois styles exceptionnels de chants religieux exécutés "a tenore" : le chant de Noël, un dédié à la "Madonna" et le chant des pénitents. Une autre forme à signaler est "su Mutu", qui trouve dans le tenor une exécution spéciale : les autres chanteurs interviennent avec des blocs polyvocaux, basés sur des textes verbaux.

Les Tenores de Bitti sont un des meilleurs groupes polyphoniques sardes.

 

« Les concours de poésies ont un peu partout disparus et pourtant c'est une tradition encore populaire et vivante en Sardaigne grâce entre autre aux occasions qui sont données par les nombreuses fêtes des saints patrons des villages, les partis politiques, etc. Le poète chanteur est accompagné comme les chanteurs a tenores. Ils improvisent sur des thèmes parfois d'actualité qui leur sont proposés par les organisateurs, par exemple " liberté et tyrannie " ou " la paix, la guerre ", " le travail, le chômage ", " la nature, la pollution ", etc. Ce sont des semi-professionnels qui utilisent des schémas traditionnels, l'un chante quelques minutes celui qui lui succède reprend son dernier vers et lui répond en défendant la thèse opposée, même si ce n'est pas son opinion réellement, ce qui est important c'est d'être aussi convaincant que son adversaire. Ces joutes sont très appréciées du public, il n'est pas rare que celui-ci passe la nuit entière à les écouter. »

(http://yves.barnoux.free.fr/sarde/musique.htm)

07/06/2014

Calligraphie et soufisme

En prolongement de la réflexion sur le Sheikh al-‘Arabî ad-Darqâwî, ouvrons les yeux et les oreilles à l’art soufi qui n’est pas seulement celui de derviches tourneurs.

 https://www.youtube.com/watch?v=V2Z2w081Ga8&list=RDV2Z2w081Ga8#t=504

La calligraphie fait de l’écriture arabe un art. Elle englobe le plus souvent un mot ou une phrase du Coran, à la différence de la calligraphie européenne du Moyen-Age qui s’exerce sur la première lettre et est enluminée. « L’écriture arabe a beaucoup évolué au cours de son histoire, prenant des formes variées suivant les supports et les usages. À partir de l’écriture arabe, les calligraphes ont été amenés à créer, selon les époques et les lieux, un certain nombre de styles. L’art de la calligraphie arabe a évolué vers deux formes maîtresses : le Koufique (rigide et anguleux) et le Naskhi (cursif, souple et arrondi). Ces deux styles de base ont engendré une multitude d’autres calligraphies. » (From : http://www.firdaous.com/0013-la-calligraphie-arabe-et-isl...)

Comme les musulmans refusent toute représentation de Dieu, leur art est abstrait. La beauté tient à sa géométrie et celle-ci s’inspire des formes naturelles stylisées (fleurs, feuilles, tiges, etc.) sans toutefois chercher à copier la création.

La calligraphie arabe se caractérise soit par l’élégance de ses courbes qui se complètent, s’entrecroisent, se déploient en parallèles ou par ses droites également parallèles, dressées vers le ciel ou nageant à l’horizontal. Le tout est complété par des points, le plus souvent carrés. La forme générale du dessin est toujours finie. Elle peut être ronde, ovale, parfois représenter un objet, un animal. C’est un tout en soi, qui s’ouvre sur une autre compréhension, difficile à définir, une ouverture.

La musique est fondée sur des modes ou maqâm, structure modale, sans hauteur absolue universelle. Chaque mode détermine un style mélodique, une atmosphère, induits par les intervalles, la marche mélodico-rythmique, les ornements, les formules et les cadences. Le maqâm permet l’improvisation, le chant épique ou spirituel lié étroitement au texte.

La psalmodie, quant à elle, établit le lien entre l’oral et l’écrit, entre le chant et la calligraphie.

24/05/2014

Thèmes roumains, François Salque et Vincent Peirani

http://www.youtube.com/watch?v=7fX4XGoVgX4


 

Un pot-pourri de musique roumaine, une musique gaie et mélancolique à la fois, à l’image du pays, île de latinité dans un océan slave. Un mariage de langues, de culture, de religion et de musique. Quelle association que le violoncelle et l’accordéon, le sel et le poivre associés dans un plat à l’avant-goût sucré qui progressivement se révèle salé et fort.

Le cœur à fleur de peau vibre dans les premiers accents du thème, un déchirement dans un océan vibrant de souvenirs, qui progressivement devient une exaltation endiablée qui passe du passé au présent jusqu’à faire oublier tous les mauvais moments de la vie et faire remonter au fil des secondes ces instants de bonheur furtif dont on n’arrive plus à se souvenir. Et cela devient de véritables pirouettes sur des nuages chaleureux qui emportent dans d’autres cieux sans larmes, mais d’une mélancolie intense, comme un bonbon aux multiples goûts qui l’on suce les yeux fermés, sans savoir exactement de quoi il est fait.

Merci à ces deux musiciens dont l’association est une lumière qui donne une compréhension immédiate de l’âme de l’Europe centrale.

16/05/2014

Le fado

Profitons de ce voyage à Lisbonne pour nous imprégner de la culture portugaise. Et qu'y a-t-il de mieux que le fado pour cela!

https://www.youtube.com/watch?v=mpdUMVESHoU


 

Langueur et éclat, mélancolie et rugosité, harmonie et sanglots violents, tels est le fado, un chant obscur, donnant l’ivresse des contrastes, qui raconte le destin de chaque Portugais et, in fine, le destin de tout un peuple.

Son nom vient du latin fatum « destin » et le verbe fadar en portugais signifie prédestiner. Apparue entre les années 1820 et 1840, cette forme de chant était celle des marins qui partaient pour le Brésil. Ce n’est qu’entre les deux guerres mondiales qu’il se développe dans sa forme actuelle. C’est un chant entamé à la volée, improvisé, sincère, criant et criard, racontant les souffrances et les rancœurs du peuple. Il devient une forme de liberté et lutte contre l’Etat totalitaire. Puis il acquiert les galons de la notoriété et le fado devient une forme de chant caractéristique du Portugal, jouée et chantée par des artistes professionnels comme Amalia Rodrigues.

https://www.youtube.com/watch?v=uFgctURyGp4&list=RDqHBk5g_Ei38

 

 

« Silencio, que se vai cantar o fado ! » (Silence, on va chanter le fado !) Il commence par une introduction de guitare, puis s’élève la voix du chanteur ou de la chanteuse, et l’on est pris par cette voix rauque et pure dans les aigus, qui se balance entre le découragement, la tristesse et la rage, l’espoir.

Le fado c’est l’amour sauvage, la mélancolie farouche, la mort apprivoisée. 

13/05/2014

La boite à musique

« Entrez, entrez, Messieurs-Dames ! » Il entra sans savoir pourquoi. Il se promenait sur l’avenue Pratel lorsqu’il se heurta à une foule massée autour d’une porte d’immeuble. C’était un cube tout simple, une construction sans beauté ni même forme. Pourtant tous semblaient espérer entrer. Au-dessus de l’entrée il y avait une pancarte : « Participer au concert, devenez musicien. »  N’ayant rien à faire de cette après-midi ordinaire, il se laissa convaincre de faire la queue pour savoir ce qui pouvait se passer dans ce cube.

Enfin ! Il approchait de l’entrée. Un curieux appareil filtrait les prétendants. Certains étaient rejetés et ressortaient par une autre porte quelques mètres plus loin. Les autres étaient guidés vers un couloir étincelant et lisse qui s’étirait sans qu’on puisse en voir le bout. La personne devant lui arriva à hauteur de la machine. Il introduisit son doigt dans une petite ouverture, entra la tête dans une petite alcôve et appuya sur un bouton, Un tremblement perceptible le parcourut. Il était classé musical et entra dans le couloir. A son tour. Il fit de même. Il introduisit son doigt dans l’embrasure. Rien ne se passa. Il entra sa tête dans l’alcôve. Tout était noir. Le bruit des conversations s’estompa. Un silence impressionnant. Il appuya sur le bouton avec appréhension. Il sentit son doigt danser sans qu’il ne puisse rien  faire et des bruits étranges lui parvinrent. C’étaient des résonnances singulières, des harmoniques insolites, peu en accord avec ce qu’on appelle normalement musique. Il pensa à une plainte collective, mais dont on distinguait chaque son individuellement, de manière très claire, une vibration infime, mais pure, si pure qu’elle le libérait de toute pensée. Une lumière verte s’alluma progressivement dans l’alcôve, dévoilant une entrée pourvue de nombreux escaliers. « Suivant ! » Il avait passé l’épreuve et pouvait entrer dans le cube. Au tournant du couloir, une boutique distribuait des résonophones. Il le passa sur l’épaule comme ces sacs à dos à une seule bretelle et introduisit les deux embouts dans ses oreilles. Poursuivant son chemin, il pénétra dans le hall de l’immeuble. Quelle agitation. Des gens montaient et descendaient sans cesse des escaliers pourvue de paliers où ils s’entassaient avant de repartir vers le haut ou vers le bas. Des lumières assez vives apparaissaient, s’effaçaient, coulaient entre les escaliers, avec un rythme précis. Les patients (d’où tenaient-ils cette appellation ?) suivaient le rythme avec grâce, un sourire aux lèvres, concentrés. Parfois, certains se regroupaient sur plusieurs étages, formant une sorte de chapelet et leur sourire s’élargissait en une transe passagère. Puis chacun repartait vers le haut ou le bas, à droite, jamais à gauche. Si on les suivait du regard, on bouclait le tour du hall et on revenait au point de départ, mais pas forcément à la même hauteur. Tous avaient l’air de savoir parfaitement ce qu’ils avaient à faire. Ils n’hésitaient pas. Monter, à droite, descendre d’un étage, remonter de deux étages et redescendre sans pause ou encore en s’arrêtant sur un des nombreux paliers affectant chaque escalier.

Il se souvint d’un cours de sciences naturelles dans lequel des souris parcouraient des tubes transparents et pouvaient choisir leur destination. Elles étaient gratifiées de petits courants électriques si leur choix se portait sur la gauche. Alors elles tournaient, tournaient jusqu’à ce qu’elles meurent d’épuisement. Quelques générations plus tard (il avait fallu attendre plus d’une année pour le constater), ces souris ne pouvaient plus marcher droit devant elle. Les pattes de gauche avaient forcies, celles de droite s’étaient tassées. Le laborantin n’était jamais arrivé à reproduire le phénomène inverse et les souris préféraient mourir sur place plutôt que tourner à gauche.  Personne ne comprenait ce phénomène, une sorte d’aimantation pour la droite, repoussoir de toute velléité gauchère.

Il se laissa faire par le mouvement qui s’imprimait dans sa tête. Il montait, descendait, s’arrêtait sur tel palier, repartait, avançant vers la droite imperceptiblement. Peu à peu, il se sentit plus léger, plus en forme. Il commença à transpirer, mais très légèrement. Il devait accélérer parfois et d’autres fois ralentir, jusqu’à s’arrêter pendant de petites pauses. Puis il repartait, seul ou avec d’autres, vers un nouvel épisode. Il parcourut quasiment tous les étages, de haut en bas, de gauche à droite, jusqu’au retour au point de départ. Il était soulé, repu, rafraîchi, débarrassé de tout souci, le visage étincelant de bonheur, comme saisi d’une fièvre bienfaisante. Sans qu’il s’en rendit compte, il fut dirigé vers une salle plus petite, à l’éclairage réduit, munie de sièges confortables. Il s’assit, sans un regard pour ces voisins, ferma les yeux et s’endormit aussitôt. Mais était-ce réellement le sommeil, plutôt une sorte de rêverie éveillée qui le maintenait sans volonté. La séance commençait. Il vit d’abord comment s’opérait le choix des patients à l’entrée. Les lignes des empreintes digitales entraient en résonnance. Si cela ne se produisait pas, le passant était rejeté sans explication. Le résonophone ne laissait pas entendre de musique. Il permettait de créer la musique. Le patient ne l’entendait pas, mais il suivait les directives de la partition sans qu’il puisse s’y opposer. Il montait, descendait, s’arrêtait, accélérait, ralentissait, sans même avoir l’impression d’obéir à des ordres précis. Tout ce qu’il faisait lui procurait une grande sensation de liberté. Et il vit l’envers du décor, une petite pièce sans fenêtre où plusieurs techniciens étaient assis face à de nombreux cadrans et boutons qu’ils tournaient dans un sens ou dans l’autre selon des ordres précis. Un chef d’équipe tenait une sorte de baguette de sourcier et s’agitait en cadence en suivant un cahier ouvert devant lui. On montra certaines pages couvertes de signes : des lignes parallèles sur lesquelles se promenaient des ronds noirs ou blancs, généralement pourvus d’une queue dressée vers le haut ou le bas. Certaines se tenaient par la main, formant une sorte d’échelle horizontale qui pouvait se prolonger jusqu’à un rond sans queue qui marquait une pause. Il ne comprit pas grand-chose devant cette petite usine concentrée dans laquelle chacun semblait savoir exactement ce qu’il avait à faire. Parfois, un technicien levait les sourcils, comme sous l’effet d’une sorte de transe. D’autres fois, l’un d’eux se concentrait plus profondément, l’œil vif, le geste délié et entamait une sarabande endiablée. Les autres le regardaient, semblaient approuver, admiratifs de ces mouvements singuliers. Ils s’entendaient bien et donnaient un sentiment de sécurité et de puissance inhabituel.

Le noir se fit dans la salle et une étrange musique le contraint à se concentrer. Il ne put résister. Elle s’empara de lui à tel point qu’il ne savait plus où il se trouvait. Aucun repère visuel et les repères auditifs changeaient sans cesse. Son siège se mit à bouger. Il montait et descendait au rythme de la musique. Il fut pris de vertige. Il se laissa aller, enivré, goûtant cette détente involontaire jusqu’à la fin du morceau. Repu, il récupéra quelques instants. La lumière se fit dans la salle. Il fut invité à sortir. D’autres personnes attendaient leur tour. Il se retrouva dans la rue, encore mal remis de cette expérience étrange, mais somme toute agréable. Le ciel lui parut plus bleu, les rues plus propres, les gens plus souriants, le quotidien plus avenant. Il était passé dans la machine à laver les humains, inventée par les anges qui s’ennuyaient au paradis et qui faisaient de la musique pour se distraire.

09/05/2014

Nocturne n°1 de Frédéric Chopin, interprété par Valentina Lisitsa

http://www.youtube.com/watch?v=c94nySKKoWE 



 

Quelle magnifique entrée du thème balancée par l’accompagnement de la main gauche qui rythme le sujet très libre de la main droite. En un instant nous sommes plongés dans un autre monde, un monde sans souffrance. Trois notes, très simples, une montée d’un ton et sa descente, vous font pénétrer dans le mystère de la création. Votre âme se dévoile, elle devient vivante en vous, elle vole autour de vous et vous entraîne vers les cieux enchantés de l’ignorance de soi-même. Vous n’êtes plus qu’une bulle d’oxygène, enivré d’air pur et vous criez d’aise, fermé au reste du monde.

Disons-le, Valentina Lisitsa vous caresse le fond de l’oreille, avec une douceur inimaginable, en un rythme parfait, avec une retenue légère de la mélodie sur son accompagnement de la basse qui met en évidence cette sensibilité inimitable du compositeur. Chopin est bien le roi des vrais romantiques, un romantisme à l’accent de sincérité et de vigueur qui vous plonge dans les affres d’une imagination débordante et qui vous lave entièrement le cerveau. Le rythme s’accélère, toujours aussi chatoyant, mettant en évidence la volonté ferme du compositeur d’une emprise sur vos sentiments, jusqu’à vous laisser pantelant avec un final qui revient à la paisible certitude du commencement.

24/04/2014

La maza, de Patricio Cadena Pérez

http://www.youtube.com/watch?v=5YT_dlWw5q8&list=UUCXpMqfV5bos-JTzm1iONpg


 

On pense à une danse magique alors que ce n’est qu’une complainte, la complainte du carrier qui frappe de sa masse le roc de la carrière.

Et l’on est pris par ce chant surgi des ans. Il secoue l’émotion et conduit à l’amnésie. Alors on écoute sans penser. On se laisse guider par la complainte et l’on passe un moment inédit, un moment hors du temps et peut-être même de l’espace.

Une fois de plus Patricio Cadena Pérez nous séduit par son authenticité.

31/03/2014

Danse des esprits bienheureux, Orphée et Eurydice, de Christoph Willibald Gluck, au palais Garnier

http://www.youtube.com/watch?v=oou2ywIbRxc

 

 

Une danse fondée sur une seule série de gestes, très simple. La main droite vient toucher le sol, en signe d’allégeance, puis ayant puisée dans ce geste une force nouvelle, elle s’envole vers le cœur et entraîne le corps sur sa gauche en une courbe rapide avant d’être portée à son visage comme si celui-ci respirait une fleur qui lui faisait lever les bras au ciel de reconnaissance.

On se laisse prendre par ce ballet répétitif et la musique de l’opéra Orphée et Eurydice composée par Gluck. On pourrait parler d’harmonie entre cette musique et la danse elle-même. Cette harmonie se retrouve directement dans le mouvement entre le groupe des esprits et chacune des danseuses qui en sortent. Même simplicité, même félicité, un calme heureux et aimable. En un instant vous passez de la raison au cœur et vous vous envolez dans l’azur pur sans pensée. Plus rien dans la tête. Votre cœur suit les mouvements et vibre en harmonie avec eux. Décollage vertical obligatoire !

L’avancée en âge affine les sensations et l’émerveillement devant la beauté du monde et ce que produisent les hommes. Lorsqu’on est jeune, après les années de découverte de l’existence qui sont également une période enchantée, on traverse la vie comme blasé, ou plutôt, incapable de voir au-delà des apparences ordinaires. Puis, lorsque travail et famille deviennent moins pressants, on se prend à nouveau à rêver le monde et à y apercevoir les signes d’une magnificence qui vous fait dire : « Quel bonheur de vivre et de contempler le monde invisible derrière le monde visible ! »

26/03/2014

Concert par le chœur des deux vallées

 « Créé par Annie Couture dans le cadre du Conservatoire intercommunal des 2 vallées, le chœur des 2 vallées se réunit chaque semaine depuis 1999. Les chanteurs ont exploré ensemble des répertoires variés (chants béarnais, corses et argentins, musique baroque et renaissance, madrigaux italiens…). Ces expériences ont doté le chœur d’une conscience aiguë de l’importance de la transmission orale et du dialogue des cultures. Outre des pièces du répertoire classique, l’ensemble propose ses propres adaptations de chants traditionnels, ainsi que des créations inspirées des nombreuses influences musicales qui ont jalonné sa pratique. »

Un concert exceptionnel, comme on en rencontre peu, même à Paris. Environ 15 filles et 15 garçons chantant d’une voix parfaite des chants d’une beauté sublime issus de répertoires traditionnels, mais peu connus, béarnais et corses.

"Ce petit chœur d’amateur fait preuve d’une exigence, d’une justesse et d’une expressivité très rares, même dans le milieu professionnel. Les choristes sont des jeunes chanteurs du milieu rural. Ils ont voyagé de par la France et de par le monde pour perfectionner leur technique et apprendre aux contacts des chanteurs autochtones la musique de leur pays. Ils ont ainsi rapporté de ces périples initiatiques des chants du Béarn, des chants Corses et des chants d’Argentine. Le résultat est saisissant. On est stupéfait par leur technique sans faille, par leur concentration, par une justesse mélodique sans aucun accroc, une synergie, une communion éblouissante."

Malheureusement, il y a peu d’enregistrements de ce chœur. Voici le Chant Des Oiseaux de Clément Janequin. 

http://www.youtube.com/watch?v=qZpJLkNSc-I

 

Et maintenant un chant corse sur le battage du blé "Battez le blé, les bons bœufs, travaillons ensemble car le blé est pour nous mais la paille est pour vous".

http://www.youtube.com/watch?v=xhCniGe03bo

 

Oui, ce fut une belle après-midi, assis dans une église, parti en d’autres cieux, sous le charme de ces voix pures, justes, bouleversantes. Si vous voyez l’annonce d’un concert de ce chœur, allez-y , vous ne le regretterez pas.Ce ne fut pas beau, ce fut splendide et émouvant !

07/03/2014

Nyckelharpa et bagpipes: Anna Rynefors and Erik Ask-Upmark - Dråm

http://www.youtube.com/watch?v=BKuCe5Of6rY

Le nyckelharpa est un instrument traditionnel suédois dont on retrouve la trace dès le XIV° siècle (cf histoire). Instrument à cordes (“harpa” étant sans doute le terme générique pour ceux-ci) et à touches (“nyckel”), il fait partie de la famille des vièles. Sa particularité est de posséder un clavier muni, selon la période de laquelle il date, d’une, deux, trois, ou quatre rangées de touches, comme la vielle à roue (“hurdy gurdy” des anglais). Comme sur celle-ci, chaque touche dispose d’un sautereau (petite pièce de bois perpendiculaire à la touche) qui vient s’appuyer sur la corde pour en limiter la longueur vibrante. L’autre particularité du nyckelharpa est d’avoir des cordes sympathiques (12 sur les versions modernes). Ces cordes se trouvent en dessous des cordes mélodiques (celles que l’on frotte avec l’archet) et n’entrent en vibration qu’en fonction des notes jouées, par résonnance (par “sympathie”). Ces cordes donnent au son du nyckelharpa une certaine “ampleur”, proche de la réverbération de certains lieux. Il existe, dans le monde (et notamment en Inde) beaucoup d’instruments à cordes sympathiques (sitar, sarangî, rubab, vielle à roue, .....). En France, on parlait, à l’époque, d’’instruments “d’amour” (violon, quinton, viole,...) pour désigner ces instruments à cordes sympathiques. (http://www.nyckelharpa.fr/)

Après l’accord, le réconfort avec une gigue guillerette qui fait tomber les béquilles et entraîne même les infirmes. Et nos grands-mères (arrière-arrière…) dansaient cela avec chapeau, bas et sabots. Oui, c’est vrai, il nous manque ce piétinement des pas savamment entretenus, cette sauvage expression d’une liberté retrouvée dans le rythme, le pas et la chaleur humaine. Mais qu’importe refrain et couplets sont les bienvenus en ces jours tristes.

Ah, enfin, une vraie danse piquée et tressautée. Une harmonie retrouvée entre instruments, un véritable concert qui finit en queue de poisson. Quel bonheur que cette virée dans le passé.

Le folklore mérite une part dans l’histoire de la musique, car il est accessible à tous.

01/03/2014

Le miroir dans un miroir (Spiegel im Spiegel), d’Arvo Pärt

http://www.youtube.com/watch?v=iVa8zbqvLUM


Arvo Pärt une fois de plus nous surprend. Quelques notes égrainées accompagnées par un chant très léger… Quelle atmosphère ! S’agit-il d’une musique d’enterrement, d’une nuit sans sommeil, du repos après les feux de l’amour ou encore de la méditation d’un adepte du zen.

Rien de tout cela. Vous êtes seul face à vous-même, vous est renvoyée votre propre image, à l’infini. Rien que moi et ce moi n’est rien. Ce n'est qu’une enveloppe sans fond qui échappe à votre vue. Vous vous trouvez bien dans cette vision incongrue d’une forme invisible. Plus un souvenir, plus de volonté, plus d’avenir et même pas une présence dans l’instant. Et vous vous élevez dans les airs comme la fumée d’une cigarette dans un cendrier abandonné sur une plage. 

Aux frontières de l’absurde ou une entrée dans la non douleur ? Le temps n’existe plus. Il tourne en boucle, avançant gauchement sur le chemin de la sérénité. Parfois une note aiguë résonne dans la tête comme une goutte d’eau qui tombe sur le crâne. Mais rien n’éclate, rien ne vient troubler l’inertie du corps qui n’est plus. Ce n’est plus une attente, ni même une absence. 

Et pourtant le temps s’égrène avec ses trois notes et parfois quatre.

15/02/2014

Le Tao Dance Theater

http://www.youtube.com/watch?v=4uMsXniWCHI


 

Une belle présentation du Tao dance theatre, compagnie chinoise créée en 2008. Le style est très moderne, mais, comme son nom l’indique, il garde son fond culturel chinois. Le Tao ou la voie est le chemin à suivre pour parvenir à la maîtrise. Il se traduit également par le principe ou l’art de…

Cette présentation met bien en valeur cette maîtrise à acquérir par le mouvement et les temps d’arrêt. Pauses et changements sont l’expression d’une même réalité.

L'utilisation d'une sorte de contine inspirée à la fois de l'Afrique et des banlieues est certes déroutante. Mais... C'est... la mondialisation.  

09/02/2014

Adagio du concerto pour clarinette et orchestre en la majeur KV 622 de Mozart, avec Michel Portal

http://www.youtube.com/watch?v=TOqg8H7Ynxk


Composé quelques mois avant sa mort, ce concerto est le seul écrit pour clarinette par Mozart. L’adagio et connu et souvent utilisé dans les musiques de film. Il est lent, calme, mélancolique avec une alternative régulière des parties d’orchestre et de clarinette.

Il est écrit à la manière d’une aria, c’est-à-dire sous la forme d’un lied (un thème A suivi d'un thème B, puis d'un retour au thème A) : ce type d'aria est aussi connu sous le nom d'aria da capo ou aria avec da capo, c'est-à-dire reprise du commencement. Il est introduit par la clarinette qui joue le thème principal, repris ensuite par l’orchestre.

C’est un thème simple, une première phrase avec une montée en majeur et une demi-descente dans un rythme lent, expressif, charmeur. Puis une deuxième montée jusqu’à l’octave, sur le même thème et le même rythme. Enfin, une alternance de quarte et quinte en descente et une conclusion à la tierce finissant sur la note de départ. Le thème est ensuite repris par l’orchestre dans la même simplicité. La clarinette reprend alors la partie solo pour développer le thème dans le même rythme lent, mais avec des variantes descendante et finissant sur la même conclusion. Puis le thème se développe entre le soliste et l’orchestre, toujours dans la même simplicité tranquille avec reprise du thème de départ comme le rappel d’une quiétude permanente troublée modestement par quelques montées émotives de la clarinette.

Le film Amadeus de Milos Forman a fait beaucoup de mal à l'image de Mozart. Dans l’esprit de beaucoup de gens, il ne fut qu’un voyou doté de génie musical, avec une vie émotive indisciplinée. Comment une telle personne, proche d’une folie certaine, pourrait avoir composé une musique aussi sensible et équilibrée que celle-ci ? De la même manière, comment imaginer que c'est Michel Portal, musicien de jazz, aux couacs retentissants et obscènes pour le classique, qui joue avec brio cette aria, enchantant nos sens et réveillant en nous le meilleur. La musique parle mieux de ce que nous ne connaissons pas que l'analyse sociologique, culturelle ou psychologique.

 

29/01/2014

Larghetto, de Domenico Cimarosa, interprété par Patricio Cadena Perez

  http://www.youtube.com/watch?v=_9rng2TkqhQ&list=UUCXp...

 Ce larghetto de la sonate en si mineur, qui sert également de thème d’introduction au concerto pour hautbois en do majeur, est interprété pour la guitare par Patricio Cadena Perez. L’interprétation paraît plus plate que dans le concerto, mais la musique y gagne en sérénité. On monte sur le bateau des rêves et l’on part sur le lac « Sans souci ». On contemple les rives du fond de la barque, perdu dans un monde sans pensée où tout paraît lointain.

Le thème musical est simple. Mais souvent la simplicité est synonyme de beauté. Il joué dans le bon rythme, ni trop lent, ni trop rapide. Les notes se détachent, ensorcelantes, soutenues par une basse infaillible, mais discrète. Apprécions particulièrement cette harmonie entre le thème principal et l’accompagnement de la basse en contrepoint à certains moments. Tout cela s’enchaîne sans rupture, au rythme du mouvement des rames, lentement, sereinement.

Le retour à la réalité est rude : un avion passe dans le ciel et nous dit : « C’est fini. Retour au présent temporel. L’éternité sera pour une autre fois ! »