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26/02/2018

Michel Portal et Vincent Peirani au Festival Jazzdor en 2013

https://www.youtube.com/watch?v=q_coyjKDz_s

 

 

Septième édition du Festival Jazzdor Strasbourg-Berlin, direction Philippe Ochem. Michel Portal aux anches (saxophone soprano, clarinette et clarinette basse) et Vincent Peirani à l'accordéon.

La plainte de l’homme contemporain… Un marasme absolu, et pourtant, beau, entraînant. Un chant, issu de l’être profond, qui passe, qui revient et s’envole au loin. Cela crée une rêverie insolite, loin du romantisme, un bourdonnement intérieur qui contraint à poursuivre, inlassablement.

26/06/2017

La fièvre du jazz

https://www.youtube.com/watch?v=jZsx1lKLKh4


C'est du piano de rue ou de supermarché. Mais c'est bien autre chose encore: une fièvre, un délire enchanteur qui broie le coeur, fait danser la gigue, endort la conscience et vous fait sortir du corps. Un merveilleux jeu, un rythme fabuleux, on s'élève et on s'éclate !

Et pourtant, l'insolite de cette manifestation ne sembla pas ravir les passants. Peu s'arrêtent, alors qu'en d'autres lieux ils sont prêts à payer pour écouter de célèbres pianistes. Comme quoi, il est difficile de sortir des habitudes et d'être prêt à se laisser enchanter.

Allez, un autre round:

https://www.youtube.com/watch?v=9MQc9MTafU4


30/11/2016

Mozart et Yuja Wang

https://www.youtube.com/watch?v=hW6CZq7-ALo


Oui, elle nous enchante, nous suffoque, avec aplomb et gentillesse.

19/07/2016

Pura Fé, une chanteuse amérindienne

https://www.youtube.com/watch?v=cMovcfmqg2Y


Pure musique des Amérindiens. Elle chante seule accompagnée ou non par une guitare ou une contrebasse.

« Ma musique est un melting-pot directement connecté à mes racines : je suis indienne tuscarora par ma mère, qui avait aussi des ancêtres noirs... Le blues coule dans mon sang », explique-t-elle.

Pura fé réinvente le chant tuscarora, un peuple amérindien rattaché aux Iroquois. Elle y ajoute le blues, rappelant que « Les premiers musiciens noirs avaient tous des ancêtres indiens. Même Jimmy Hendrix et Duke Ellington avaient du sang indien... mais personne ne le sait ! Les deux cultures sont intimement liées. »

 

https://youtu.be/yy2DcSuaiWw


« Ici Pura Fé mêle ses chœurs traditionnels et ses harmonies à des sonorités celtiques ("River People"), plus rock ("Woman's Shuffle") et bien sûr folk, jazz ou blues. Dès le chant sacré d'ouverture "Mohomeneh" accompagné au banjo et rythmé par ce shuffle caractéristique, l'auditeur est envoûté par cette ôde à la beauté intemporelle. Taj Mahal dit qu'elle "chante comme les oiseaux"... » (From http://www.fipradio.fr/decouvrir/sacred-seed-16523)

 

15/01/2016

La mélodie, de Francesco Tristano et Carl Craig

https://www.youtube.com/watch?v=ZFHD9QpQDFA

Peut-on parler de mélodie? J’en doute. Mais cela n’empêche pas cette pièce d’avoir de la beauté. Elle commence comme une complainte ou une berceuse, puis se noie dans le rythme qui très vite se complique, se complète entre le piano et l’électronique. Rencontre de deux musiciens de formation totalement différente ; un pianiste classique, Francesco Tristano, et un branché de la techno aux machines analogiques, Carl Craig. Impressionnant !

Voici une autre version de La Mélodie, plus électronique, dans laquelle le piano est plus en sourdine, mystérieux, d’un charme différent, mais tout aussi sensuel.

https://www.youtube.com/watch?v=xKYAelOzf8s


 

 

22/06/2015

Max mon amour, de Michel Portal

http://www.youtube.com/watch?v=fycg2BAeuGI&feature=related


 

Un sol dièse descendant d’un ton, un silence, renouvellement mais un ton plus bas, fa dièse, fa, un demi-ton seulement. Quelle étrange mélodie. Le frôlement des vagues à leur arrivée sur le sable d’une plage pendant que l’on contemple le coucher de soleil sur le trait imperceptible de l’horizon. C’est l’heure où plus rien ne bouge, où l’homme se fige dans le sommeil. Et vous êtes là, sans pensée, sans sentiment, une simple sensation qui s’échappe de vous et court sur les flots.

Pas de changement de rythme, quelques notes de plus, puis un retour à la détresse de l’heure avant que ne s’échappe la dissonance voulue, espérée, recherchée, avant qu’elle ne vous éclate au visage. De la surface de l’océan surgissent de nouvelles images, des feux d’artifice qui papillonnent devant vos yeux avant de s’éteindre pour le retour à l’accompagnement : un ton, puis un demi-ton descendant. Une complainte terne en apparence, un leitmotiv obsédant qui vous rappelle à vous-même. Et tout à coup vous partez en rêve, dans un tourbillon de sons, d’éclairs, de lumière, plus doux qu’un orage, mais pressant. Il ouvre à l’inconnu. Oui, c’est une porte ouverte sur un monde différent, que vous ne pouvez qualifier.

http://www.youtube.com/watch?v=lweHrE8XXSs&feature=related


Le deuxième morceau reprend le thème de fond qui lui permet d'improviser une véritable tempête de sons. Vous coulez, vous vous laissez couler, engloutir dans cette eau calme pour rejoindre le monde invisible des grands fonds. Et vous vous laissez dériver au gré des courants marins comme un immense cétacé. Vous respirez la senteur ineffable d’une vie autre que vous ne pouvez comparer à aucune autre.

Retour à l’homme, au monde physique, à l’agitation débordante. Oui, l’humain est là, toujours présent, encombrant la nature de ses désordres fantasmagoriques.

05/03/2015

Manoir de Mes Rêves avec Angelo Debarre - Thomas Dutronc

https://www.youtube.com/watch?v=qTmwZsy8xbg


 

Avant tout le rythme, balancé, échevelé, qui vous met dans un état second, voire troisième. Vous vibrez naturellement et communiez avec toute la communauté manouche dans cette trépidation incessante.

A l’origine, un homme, Django Reinhardt, qui lui-même avait rencontré le jazz américain. Un mélange subtil à l’intersection de la musique tzigane et du jazz de l’époque de Louis Armstrong.

Un long moment, autour du feu, auprès des meilleurs jazzmen manouches… Une belle virtuosité…

09/07/2014

Andrea Valeri: Pierre's Blues

https://www.youtube.com/watch?v=t7BbN6Ss_t0 


Le blues des années soixante. Une belle introduction, brillante, destinée à mettre en évidence le doigté subtil du guitariste, à la manière américaine : on montre qu’on est le meilleur avant même de commencer. Mais la suite démontre qu’il est bien le meilleur ou, au moins, un des meilleurs dans ce domaine.

Commence alors le morceau, rythmé, dont la couleur est donnée par ces quatre notes montantes qui ravivent la cadence, empli de ces descentes de notes propres à ce style de jazz, finissant par des trémolos destinés à entretenir dans la mémoire immédiate l’ambiance particulière du morceau.

Cela n’a rien à voir avec ce qui se pratique maintenant, mais cela possède néanmoins un certain charme. On voit passer la jeunesse en robes fraiches et bluejean à larges pattes, dansant de manière maladroite le swing avec quelques acrobaties destinées à montrer les jambes de sa partenaire du moment. On se repose de cette gymnastique en buvant un coca mêlé de quelques gouttes de whisky en riant d’histoires loufoques à la manière de Borgès (réservées à une élite) :

Que voulez-vous que je dise de moi ? Je ne sais rien de moi ! Je ne sais même pas la date de ma mort.

Bien sûr, personne à cet âge ne pense à la mort !

26/06/2014

Fête de la musique

Présent à Paris en raison de la grève des trains, nous décidâmes de participer pleinement à la fête de la musique.

Choisir le programme fut un long travail d’approche. Oscillation entre le classique ou le jazz. Les deux figurent sur la liste soigneusement sélectionnée dans l’Officiel des spectacles. Le rock, non ; le tam-tam, non plus ; la musique urbaine, qu’est-ce que c’est ? La variété ? Sa fréquence à la télévision nous suffit.

Entrée par le côté dans l’église Saint Eustache : Quelle immense église ! On entend un vague timbre de piano, la hauteur des voûtes écrase le son au ras du sol. Arrivée dans la nef : les chaises sont tournées vers le buffet d’orgue, splendide, monumental, écrasant. On lève les yeux et on monte vers le ciel jusqu’à la rosace à demi-cachée par la majesté de l’instrument. Mais il est silencieux. Les auditeurs sont parqués à la croisée de la nef et du transept. Un grand espace les sépare du piano et de la chanteuse, dont on n’entend que faiblement la mélodie, sauf dans les aigus. Alors, je m’approche sur le côté et là se dévoile l’immense talent de ces femmes qui ont donné leur vie à l’art de l’opéra. Elles sont dans la force de l’âge, 25-35 ans, certaines sont intimidées, d’autres plus souriantes, mais toutes ont une voix superbe, ronde, usant de variations infinies qui font monter les larmes aux yeux. Regardant cette bouche ouverte, aux lèvres fines, je me demande comment une si petite ouverture peut produire de tels sons : l’esprit chante à sa place, je le vois s’envoler dans l’immensité de la voûte et danser dans l’air en disant : « Vois comme ma voix est belle, ressens mes sentiments et pleure devant tant de grâce ». On est suspendu à cette mélodie et le cœur s’emballe. Il ne pense plus, il ne cherche plus à comprendre. Il est et s’en trouve bien, attentif aux seuls sons qui sortent de cette bouche céleste.

Tuileries : un monde différent, en promenade digestive ou accompagnant les enfants qui bien sûr veulent aller jouer au jardin, se dépenser jusqu’au moment où ils s’écroulent de sommeil ou pleurent d’énervement. Sous un des arbres, un groupe de spectateurs attentifs au son d’un piano. Il est électronique et manque de puissance et de suavité, mais le public est bon enfant et applaudit aux prestations de qui veut bien jouer, des apprentis, des confirmés, des jazzmen, des classiques, des batteurs de bruit qui tapent sur l’instrument en pensant qu’il va déployer plus de force, des enfants qui ânonnent leur chansonnette, la jeune fille qui joue sans faiblesse une valse de Chopin, l’asiatique qui égraine son rythme avec lourdeur d’abord, puis de plus en plus souplement. Ils se succèdent avec un petit applaudissement d’estime, plus ou moins marqué. Quelques-uns déclenchent un vrai soutien, mais aucun ne salue, n’entre en contact avec la foule des badauds, par timidité, par dédain, par ignorance de l’art du spectacle. Au suivant… Même si, parfois, entre deux musiciens passe le temps, comme un instant de silence dans le bruit de la musique échevelée, mutine ou tambourinant.

Cathédrale Saint Volodymyr le Grand, rue des Saints Pères, à l’écoute du chœur ukrainien. Une heure et demie de chants liturgiques et de folklore traditionnel. Une merveille, si différente de ce qu’on a écouté auparavant. La musique liturgique orthodoxe des compositeurs des XVIIIème et XIXème siècles issue des musiques occidentales et principalement italiennes, avec ses modes, sa rythmique syllabique, ses ralentissements et accélérations calqués sur le texte, nous donne un air de paradis (voir Le chant orthodoxe slave en date du 28/07/2011). Hors du temps, nous errons attachés au seul chant qui enchante nos oreilles : Dans ce mystère, de Borniansky, La cène mystique de Lvov, sont de purs chefs-d’œuvre de musique sacrée. Le concert se finit avec des chants traditionnels et populaires : le rituel du printemps, interprété pour méditer sur la nature pendant la fête de la Saint Jean, Marousia qui fait ses adieux à un cosaque, harnaché du haut de son cheval partant pour la guerre. Chant national ukrainien, debout, pour terminer cet instant qui nous a dépaysé et enchanté.

Repus de musique, nous traversons la foule des parisiens qui écoutent les tambours des Africains, les guitares électriques et les trémolos de chanteurs sans voix. Rentré chez soi, on rêve dans un état second, bercé toujours par ces instants musicaux si revigorants. Oui cette année la fête de la musique est réussie. Le temps s’y prête, la bonne humeur vient et les sourires nous le disent.

05/12/2013

Film documentaire sur Michel Petrucciani

Partie 1 : https://www.youtube.com/watch?v=cNW5qVzHM-o

Partie 2 : https://www.youtube.com/watch?v=IW99KALJcf0

Partie 3 : https://www.youtube.com/watch?v=3q-Xk-vilaI

Partie 4 : https://www.youtube.com/watch?v=w6au-FP7rS0

 

Un très grand pianiste de jazz. Né en 1962, il meurt en 1999. Il est malheureusement moins connu en France que dans le monde. C’est un homme extraordinaire : handicapé de naissance par la maladie des os de verre, il est initié au jazz par son père. En 1980 il décide de partir aux Etats-Unis, d’abord en Californie, puis à New-York. Il joue dans le monde entier, aux côtés des plus grands musiciens de jazz. Un grand bonhomme, malgré sa petite taille.

 « J’ai peur de la mort. Je crois en Dieu et en même temps je n’y crois pas. » Ce qui ne l’empêche pas d’aimer l’humour et d’en mettre dans sa musique.

Pour lui, la musique s’apprécie et se voit avec des couleurs : le sol c’est le vert, on voit réellement du vert. Le bleu-gris est romantique et embrouillé.

L’improvisation avec Stéphane Grappelli est magnifique (partie 3). Il leur faut peu de temps pour s’accorder, même sur le tempo.

C’est une leçon de vie que donne Michel Petrucciani. Ce petit homme était un explosif attendrissant.

08/10/2013

Remembering, par le trio Avishai Cohen

http://www.youtube.com/watch?v=E4kc0Aby2vA


C’est une promenade hors du temps, dans les champs d’étoiles, loin de la vie réelle, une sorte de rêve dans un sommeil lourd, mais si vivant. Souvenirs d’instants uniques, entrecoupés de trous de mémoire. Tous ces moments se succèdent dans le même vide de décors et de personnages. Ce sont des images, tendres, presque joyeuses : les courses dans les prés, les éclats de voix dans la rivière, le jus des fruits mangés à pleine bouche, les premiers baisers. Ces images défilent sous vos yeux, dans le désordre, au fil des évocations, sans queue ni tête, mais si agréables à revivre. Un pincement au cœur et vous repartez dans vos rêves, scotché, drogué, enserré dans vos souvenirs qui n’en sont pas forcément.

En 2:45, vous vous brouillez, votre rationalité s’estompe, votre jugement vous échappe. Le violoncelle gratte ses quelques notes de manière intempestive pendant que le piano bafouille son thème éternel.

Où allez-vous ? Instants semblables au mélange dans un verre de deux liquides de densité différente. Ils ne se mélangent pas, puis, doucement, leurs couleurs finissent par se confondre, d’abord en longues trainées, puis en larges taches qui se perdent dans une nouvelle matière. Vous bougez le verre, et tout ceci n’est plus qu’une impression.

Spleen, mélancolie bienheureuse si elle ne dure pas. Se réfugier dans les replis de sa mémoire et se laisser bercer comme on se jette d’une montgolfière rien que pour sentir l’air frais vous saisir.      

02/08/2013

Improvisation sur le canon de Pachelbel, par Hiromi Uehara

http://www.youtube.com/watch?v=4S8ExFHXH94

On lui pardonne la préparation du piano, empruntée à John Cage (Le piano préparé est en réalité un ensemble de percussions confié aux mains d'un seul interprète, explique John Cage), qui n’apporte pas grand-chose.

Elle entre progressivement dans son improvisation, d’abord en poursuivant avec la main gauche le thème du canon, mais déjà de manière syncopé. Puis en lâchant complètement ce thème pour un thème très swingué, allante plein d’entrain, qui se termine par une trille probablement un peu trop pesante (05.50). Mais elle lui permet de rebondir sur un autre thème qui lui-même enchaîne sur un tremblement de la main droite pendant que le thème principal revient à la main gauche (06.00). Ce thème reprend la mélodie du canon manière swing. Puis, c’est la folie maîtrisée, pleine de dissonance, qui se termine gentiment, pacifiquement, en pied de nez, de manière classique.

Hiromi est une pianiste extraordinaire, capable de passer d’un rythme ou d’un thème à l’autre en un tour de main. Elle a le tempo dans le sang, la délicatesse du doigté, le don de passer de la main droite à la main gauche, à la manière de Glenn Gould, mais bien sûr dans un autre registre. Elle est enthousiaste et sereine, heureuse de jouer pour son public qui lui rend bien une ferveur passionnée.

17/10/2012

Sicilian Blue, improvisation d’Hiromi Uehara

http://www.youtube.com/watch?v=KCy755hus80&feature=related

Premières phrases, comme un appel à l’évasion. C’est une sorte de poème que nous fait entendre Hiromi, avec une introduction insolite qui ne laisse nullement présager ce qui suit. Elle ne cadre pas le décor. Elle nous aide à sortir de nos pensées, par l’interrogation qu’elle suscite : quel est le message ? Il n’y en a pas. C’est un plus fascinant que nous offre la pianiste, sans intention délibérée, hormis celui de nous introduire dans son monde.

jazz, piano, improvisationEt puis, changement, qui se voit à l’expression de son visage. Nous sommes prêts à l’écouter. C’est une romance : souvenir, souvenir… promenade en bord de Seine, au petit matin, quand la brume envahit les pensées et empêche toute réflexion. On se laisse aller, errant dans cette atmosphère insolite, en espérant que cela va continuer.

Mais, arrêt, réflexion, et nouveau départ. Un déferlement de notes, une pluie de sonorités insolites et charmeuses, une chute d’eau en liberté. Et nous sommes transportés vers un autre monde, tout aussi difficile à définir, fait d’étincelles jusqu’au retour au thème de la romance qui revient, inespéré dans ce déchaînement.

La conclusion est aussi imprévue que l’introduction, mais elle permet de revenir à soi, dans le calme, avec nostalgie. C’est fini, dommage ! Admirons chaque transition, sur une seule note comme une incantation, qui divise le morceau en strophes différenciées, laissant chacun à sa rêverie.

 

28/06/2012

“Choux a la Crème” par Hiromi Uehara

 

http://www.youtube.com/watch?v=1oz143PbnUo&feature=relmfu

 

Quelle virtuose! Possédée par le rythme, elle joue en ayant l’air de s’amuser, comme une petite fille, mais derrière ses doigts se cache un rythme époustouflant, inextinguible, enchanteur. Elle joue du piano comme on respire, avec la même facilité. Mais, ne nous y trompons pas. Cela demande des années de travail et une virtuosité naturelle que peu de gens possèdent.

Pendant la première minute, elle lance le thème principal, complexe, sautillant, rythmé en diable. Puis, elle se lance dans une improvisation impressionnante, attendrissante comme un chou à la crème que l’on mangerait sur le quai d’une gare au départ d’un train.

Elle transforme son piano en violoncelle (3ème et 5ème minutes), lui donnant un nouveau rythme, une nouvelle sonorité, et tout cela en riant, telle un enfant pris la main dans la confiture. Elle se donne à fond, usant de tous les artifices, glissando, attaque du clavier par les poings, tremblements, etc.

C’est du grand art pour une japonaise qui semble née à Chicago.

 

08/06/2012

Canon de Pachelbel revisité par Hiromi Uehara

http://www.youtube.com/watch?v=FKGwIjqdm3A

Quelle merveille, des sons coulants, qui tombent en cascade, qui vous lavent de vos impuretés tout en vous dynamisant, le tout avec une facilité et une aisance déconcertante.

Pachelbel joué, puis imité, puis revisité et enfin oublié dans une frénésie de notes rythmées, mais restant néanmoins dans une perspective classique, plus ou moins.

C’est le propre de l’improvisation, partir sur une mélodie connue avec un arrangement classique et progressivement en dévier, doucement, mais surement vers d’autres cieux, d’autres horizons jusqu’à changer complètement les sensations, les impressions, les images suggérées. Alors se déchaîne l’esprit de l’improvisation, où la fougue et le rythme deviennent le seul motif de la poursuite débridée. Une petite pose (voir à 5 mn) et l’improvisation repart dans une autre direction, toujours aussi entraînante. Hiromi Uehara est espiègle, elle sait préparer ses effets et elle en rit, comme d’une bonne blague alors qu’il s’agit d’un instant de virtuosité que peu de pianistes pourraient donner. Quel prodige que cette japonaise qui joue comme un jazz man de Chicago !

Seul bémol, le bricolage de la table d’harmonie avec des instruments qui ne sont sans doute pas utiles pour démontrer la virtuosité de la pianiste. Nous verrons cependant qu'en d'autres occasions, elle s'en sert pour produire des effets plus qu'intéressants.

 

16/04/2012

Michel Portal & Bernard Lubat improvisent

 

http://www.youtube.com/watch?v=8HV1rYH0B7Y&feature=re...


Cela commence en farce, une inspiration d'un autre monde, des résonances et des bruits qui progressivement prennent forme. Et brusquement, la construction d'un ensemble dont on ne sait ce qu'il va devenir. Cela éclate, comme la naissance d'une fleur, la mise en valeur de sa robe, de ses couleurs, de la diversité de son intimité. C'est une course échevelée, mais harmonieuse, martelée par le piano.

Retour au calme, accords dissonants, trilles complexes, jeu de mains, un amusement somptueux de sons, de silences, de cris pourrait-on dire. Et pourtant, c'est beau, c'est mystérieux, cela donne la chair de poule, on marche sur des oeufs. Nous voici dans la chambre des soupirs, des murmures, des insinuations, des mots doux parfois. Et cela enfle, grossit très vite en cris incontrôlés, comme dans une bacchanale infernale avant de redevenir un langage entre analphabètes, puis une nouvelle course dans une foule immense. Arrêt, recherche, fin. Où est le début, où est la fin ? On ne sait, mais l'on reste émerveillé devant cet art des sons qui passent du bruit à la musique sans à coup, l'incorporant dans un schéma d'improvisation insolite, mais très prenant.

Le fil directeur : mystère et danse des sonorités. Quel enchantement et dépaysement !

 

 

31/10/2011

Yaron Herman Trio "Hatikva" @ Casino Barrière (Toulouse)

 

Cliquez et laissez-vous aller :

 

http://www.youtube.com/watch?v=FjkL9vbAKy8&feature=related

 

 Yaron Herman est né le 12 juillet 1981 à Tel-Aviv. Il se destinait à une brillante carrière de basketteur dans l'équipe nationale junior d'Israel, mais une blessure sérieuse au genou l'en empêche. Il commence alors le piano, à l’âge de 16 ans, avec pour professeur le célèbre Opher Brayer, connu pour sa méthode d’enseignement basée sur la philosophie, les mathématiques, la psychologie. Très rapidement, Yaron donne ses premiers concerts dans les plus prestigieuses salles en Israël.

A 19 ans, Yaron part à Boston, mais n’y trouve pas la matière et l’inspiration. Il décide de rentrer à Tel-Aviv et fait une brève halte à Paris lors de son voyage retour. Il rencontre, le soir même, quelques musiciens lors d’une Jam-session, et se retrouve immédiatement engagé le lendemain. Il ne quittera plus Paris dès lors.

(Website de Yaron Herman)

La pièce commence comme une sonate classique, calmement, une forme mozartienne, avec l’énoncé d’une mélodie très simple, presque simpliste. Puis commence une sorte d’accompagnement à la main droite de trois notes qui ne donne pas lieu immédiatement à un développement du thème, mais à des accords de basse avant de laisser la contrebasse exprimer son accompagnement de manière plus ronde, ensorceleuse, mais très discrète. Enfin, le piano et la contrebasse sont rythmés par la batterie, apportant un souffle imperceptible en complément.

Ce thème se transforme en rengaine, quasi populaire, de style roman photo, reprenant toujours la même petite phrase comme un bonbon que l’on suce sans s’en apercevoir. Arrive alors le moment jazz comme une improvisation insolite qui ne dure qu’un temps, au tournant du thème. Le morceau reprend encore plus nostalgique, avec quelques clins d’œil, comme ce relent de musique chinoise au détour de la mélodie.

C’est toujours la même lenteur guillerette et désarmante, comme un fleuve qui coule lentement, entre des rives lointaines et brumeuses. Il arrive en mer, s’y repend en gouttes cristallines et meurt doucement dans ses flots, dans l’indifférence générale.

Un bon moment de détente, sans prétention, qui lave la conscience des impressions du jour avant de sombrer dans un sommeil réparateur.

 

 

15/10/2011

Mon Amour, par Michel Portal & Yaron Herman

 

http://www.youtube.com/watch?v=-l0FTVz9Kko&feature=related 

 

Quelle belle romance, imaginative, solennelle, simple, envoûtante et, parfois, dérangeante.

 

Elle s’ouvre sur une ballade au piano, bercée par le rythme lent de trois notes descendantes, puis, très vite, intervient le saxo qui pousse un cri amoureux, extatique, qui se poursuit dans des tremblements et un bercement lent, comme la rencontre d’amoureux qui se regardent, se touchent et s’extasient de leur existence ensemble.


Puis, Michel Portal à sa manière, utilise toute les possibilités de son instrument, jusqu’aux plus osées, mais toujours dans le ton de la pièce, revenant au rythme et à la mélodie première, calmement, sereinement, pour repartir en suite dans une autre improvisation de sons nouveaux. C’est la découverte un peu folle d’un autre que soi-même, dans la déraison et la tendresse.

 

Le solo de piano commence par une cascade de notes fraiches, harmonieuses, comme un bain de jouvence. Puis, c’est la montée puissante des deux instruments dans le ravissement de la tension amoureuse et la lente retombée dans le monde de tous les jours, mais gardant toujours la même tension de l’un vers l’autre. On revient progressivement au point de départ, cette romance du début, inachevée, qui termine la pièce avec une lente descente des trois notes vers les basses, jusqu’à l’endormissement.


Bravo ! Quelle belle pièce, évocatrice de l’inexprimable, l’amour.

 

 

29/09/2011

Groznjan Blues - Bojan Z au piano et Nenad Vasilic à la contrebasse

 

http://www.youtube.com/watch?v=fjWj63VaAF0&feature=related

 

Quelle merveilleuse et surprenante introduction. Un pianiste qui fourrage dans son piano pour en sortir des sons inusités, une sorte de raga rythmée à laquelle se mêle la contrebasse qui ajoute une sonorité plus chaude, plus chatoyante et qui donne à l’ensemble une harmonie singulière, une sorte de danse en préparation, inachevée, mais bien présente.

Puis le jazz, avec son rythme propre, ses conventions, fait son apparition, et c’est un festival de sons, d’accords, entre le piano et la contrebasse, très syncopés, très classiques en jazz, mais très beau parce que ne cherchant aucun effet contrairement à la première partie. Le morceau est endiablé, mais il se déroule dans le calme, comme une course dans la neige ou comme une répétition de danse quand les danseurs s’échauffent progressivement jusqu’à danser sans y penser, dans une symbiose totale, presque mystiquement. Le piano égraine ses notes comme la pluie tombant sur une verrière, mais avec harmonie, tendresse, presqu’intimité. La contrebasse rythme avec discrétion, apportant une note chaleureuse, enrobant la solitude de chaque note séparée d’un halo de féminité, comme les émanations qui sortent de la bouche d’une fumeuse.

 

La rupture du charme se fait en final après un accord qui n’en est pas un, une reprise du thème au ralenti et un glissando vers les aigus pour conclure.

 

23/08/2011

Jacky Terrasson et Michel Portal à l’amphi jazz (7/7)

 

http://jazznrockcommunay.blogspot.com/2010/10/michel-portal-jacky-terrasson-lamphi.html

Pour accéder au morceau décrit, joué au piano par Jacky Terrasson et à l’accordéon par Michel Portal, allez directement à la fin du premier morceau. Vous verrez apparaître les sept improvisations proposées, choisissez le 7/7.

 

Quelle belle promenade dans l’imaginaire, une promenade de sons et de souvenirs, comme une chanson qui vous trotte dans la tête et dont on ne peut se débarrasser. Et vous marchez, vous marchez, sans discontinuer, vers un avenir inconnu, mais plaisant, fait de paillettes et d’arbres de Noël.

Et pourtant, au-delà de ces impressions échevelées, on perçoit une telle intensité d’expression et de mélancolie que l’on se penche sur un passé défunt et qu’immanquablement remontent en vous les souvenirs de jours pluvieux, où vous êtes parti vous libérer l’esprit dans une ville inconnue que vous découvrez au fil des pas, un peu glauque, mais si nouvelle, tellement fraîche, que vous en sortez rasséréné, repu, le cœur en fête.

Promenade indolente, tu m’as fait du bien, en remuant des souvenirs oubliés, comme on soulève la poussière dans un grenier alors que l’on tente de retrouver les vieilles photos, fanées, de jours d’enfance, quand la vie riait dans les yeux innocents que vous aviez.

 

Mais si vous avez le temps et que cette musique vous enchante, vous pouvez aussi écouter le 6/7 et les autres. Ce sont des moments de bonheur.

 

 

20/08/2011

Champ d’honneur, marche funèbre de Michel Portal

 

Ecoutez :

http://www.youtube.com/watch?v=wIqmdi38_90&feature=related 

 

Cela commence par une marche funèbre presque classique, très simple, ré bémol, puis mi bémol, et le fa, note tournante de la mélodie puis à la sixte, ré bémol, et redescendre chaque note de la gamme de ré bémol majeur, lentement, dépasser le fa pour descendre jusqu’au ré et remonter au fa, pour renouveler le cycle avec le même rythme. Et cela donne une magnifique marche, lancinante, émouvante, qui va servir de toile de fond sonore aux développements du saxo. Celui-ci personnifie la douleur : cris, pleurs, exprimés de différentes manières, des cris du dauphin, sous l’eau, au rire de l’éléphant à travers sa trompe (oui, çà trompe énormément) jusqu’à l’échelle des notes de manière très classique, comme un retour vers la mélodie de fond, c'est-à-dire la marche funèbre.

Et tout ceci engendre une très belle marche funèbre, certes différente de celle de Chopin, mais tout aussi prenante et poignante.

C’est tout l’art de Michel Portal, un grand musicien.

 

 

 

24/07/2011

Michel Portal & Jacky Terrasson – Concert à Marciac 2007

 

http://www.youtube.com/watch?v=zcGt4YeSR2k&feature=related

 

 

Après une introduction un peu bizarre pour ceux qui sont habituésmusique,jazz,création à la musique classique, comme une sorte de clin d’œil au public, avec, en fin, l’utilisation de bruits plutôt que de notes, commence le morceau, un duo, sorte de petit chef d’œuvre entre le saxo et le piano, comme une ballade, calme, tranquille, une promenade, sur la Seine par exemple.

Sur une même note, il introduit réellement le morceau, accompagné par le rythme du piano, il tourne autour de la note, un sol bémol, seul d’abord, puis avec le pianiste qui lui-même joue un contrepoint. Alors commence un dialogue entre les deux instruments, avec des oppositions, mais aussi de parfaits accords, mélodiques et rythmiques. Ce dialogue est conduit par le saxo qui tourne autour de sa note, avec de brusques sautes d’humeur, avec des frasques rythmiques reprises par le piano qui enveloppe les échappées du basson d’un soutien permanent, mais volontairement retenu.

musique,jazz,créationIls reprennent enfin la mélodie de départ, avant d’entamer, comme c’est l’habitude en jazz, un solo, solo de piano, endiablé, plein de fioritures, beau de virtuosité. Ce solo est fait de petits morceaux qui s’enchaînent les uns les autres, tous subtils, tantôt pleins de pétulance, tantôt presque romantiques, toujours pleins de vie, avec quel brio !

Puis, le morceau reprend à deux, toujours sur la même note, tournant autour, avec un très beau contrepoint du piano qui se termine sereinement, au rythme de la main gauche du pianiste, juste avant le final, presqu’aussi bizarre que l’introduction, mais bien dans le style jazz.

 

Comment définir l’impression que vous laisse un tel morceau. On ne peut dire qu’il évoque en vous des souvenirs, à la manière de la musique classique, ou qu’il vous séduit par un équilibre harmonique et contrapuntique à la manière de Bach. C’est un remuement de tout l’être, qui chatouille d’abord la peau, par l’induction des sons, comme une sorte de dessin fait par des vagues à la surface de l’eau, puis qui vous prend par une sensation d’oubli de l’environnement pour vous enfermer dans la bulle du rythme et d’une mélodie qui semble vous atteindre de l’intérieur, à l’envers de votre enveloppe, là où l’être est à vif, mais en même temps pacifié, prêt à tout écouter, parce que restant dans cette bulle. Et vous êtes suspendu à cette musique non parce qu’elle évoque en vous quelque chose, mais parce qu’elle vous procure un sentiment indéfinissable, mais combien envoûtant.