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06/06/2018

Le temps politique (5)

L’usage du temps n’est pas seulement social et culturel, il est aussi, dès l’origine, politique.

 

1. Le temps comme facteur de légitimation du pouvoir

La maîtrise du temps revêt indéniablement quelque chose de démiurgique. A l’origine, le temps est lié au divin, que ce soit pour sa création (mythe fondateur, création du monde) ou pour la mesure du temps (souvent en lien avec les fêtes religieuses). En Mésopotamie, seul le roi pouvait décréter l’ajout d’un mois supplémentaire. Mircea Eliade explique ainsi le caractère sacré du temps : « Le mythe est donc un bref récit fictif qui, mettant en scène des créatures surnaturelles, renvoie à un Temps originel, celui de la Fondation de la communauté, un Temps Sacré : le mythe est censé exprimer la vérité absolue, parce qu’il raconte une histoire sacrée, c’est-à-dire une révolution transhumaine qui a lieu à l’aube du grand temps, dans le temps sacré des commencements. Étant sacré et réel, ce mythe devient exemplaire et par conséquent répétable, car il sert de modèle et conjointement de justification à tous les autres humains[1] ».

Très souvent, la motivation d’entrée en conflit est liée aux mythes, c’est-à-dire à une vision plus ou moins idéologique de la réalité. Un des objectifs du politique sera donc la démystification de l’idéologie adverse. Cette démystification demande du temps, des moyens, et une volonté. La démystification peut se faire de manière brutale, dans le cadre d’engagements en coercition (le mythe du démiurge tombe brutalement dans l’esprit de ses partisans) mais inversement, dans le cadre d’opérations de stabilisation, seul le temps permet l’évolution des esprits et l’évacuation du mythe.

Tout système dynastique fonde sa légitimité sur la durée.

 Désormais, la légitimité est plus complexe, car le changement est aussi perçu comme positif. Le pouvoir peut donc se prévaloir du changement, de la rupture, comme facteur de légitimité. La philosophie des Lumières a particulièrement contribué à véhiculer l’idée de progrès, que la Seconde Guerre mondiale et la barbarie du nazisme, en particulier, ont fait voler en éclat[2].

Les sociétés modernes sont donc sans cesse traversées par la dialectique rupture / continuité. En France, les débats autour du passage du septennat au quinquennat ont illustré ces deux légitimités possibles. Comme le décrivait Raoul Girardet[3], on peut désormais lire la vie politique comme une opposition permanente entre les « héros de la normalité » et les « héros de l’exception ».

 

2. La rupture : le temps du changement

Le temps des médias est un temps du changement permanent et de l’urgence : en effet, il est plus facile de retenir l’attention des lecteurs en traitant de ruptures qu’en parlant de continuités. Rony Brauman, ancien Président de Médecins Sans Frontières, constatait ainsi que la connivence existant entre médias et acteurs de l’humanitaire d’urgence pouvait s’expliquer par une similitude de tempo.

Il est intéressant de noter que la fonction du politique aujourd’hui diffère grandement des fonctions coutumières du pouvoir. En effet, dans la plupart des civilisations anciennes et même récentes, la fonction du politique est de préserver la stabilité. La Chine se pense par exemple sur ce mode et ne commencera à en changer qu’avec la révolution maoïste.

C’est que le changement court le risque de la trahison : si l’avenir ne ressemble pas au passé, la société est en danger. Préserver la tradition, c’est préserver le message et l’ordre voulu par les Dieux. Le passé est l’exemple.

A contrario, dans les sociétés modernes, le changement est perçu comme une qualité en soi. Le rapport au temps, qui a à la fois perdu son lien avec le sacré et avec la nature (il est dé-naturé, au sens propre), est un rapport de propriétaire et maître (« j’ai du temps », « du temps libre »). Que le temps des saisons ou que le temps des autres, vécu sur un rythme plus lent, viennent interférer avec le temps tel que nous l’avons planifié, et cela est vécu comme une ingérence insupportable dans le quotidien si maîtrisé, à tel point qu’on en appelle au politique au plus haut niveau pour résoudre les contrariétés résultant des effets de la nature (neige, grêle, inondations, etc.). On parle d’ailleurs de « caprices » météorologiques, comme si les saisons, ne respectant pas les besoins humains, s’obstinaient à les contrarier…

  • La crise peut ainsi être due soit à la nécessité d’un changement et, dans ce cas, elle semble légitime, soit à des troubles extérieurs qui risquent de dérégler le système qui a besoin en réalité de stabilité.
  • Le rôle des forces (armées ou de sécurité) peut donc être soit d’assurer la stabilité face à des acteurs de violence, soit, par la coercition, d’introduire le changement dans un système politique en crise.

 

[1] ELIADE, Mircea. Mythes, Rêves et Mystères. Paris, Gallimard, 1957.

[2] STEINER, Georges. Dans le château de Barbe-Bleue. Gallimard, 1986.

[3] GIRARDET, Raoul. Mythes et mythologies politiques. Seuil, 190.

03/06/2018

Les approches culturelles du temps (4)

1. Trois conceptions du temps

* Le temps sinusoïdal

La première représentation du temps connue est celle produite par les Mésopotamiens. Cette conception est proche de celle du temps cyclique, à la différence que les « cercles » du cycle ne sont pas fermés. Les cycles se succèdent dans le temps, et parfois même, se chevauchent, car un cycle peut commencer avant la fin du précédent. Ce n’est donc pas exactement un nouveau monde qui se crée à la fin d’un cycle.

* Le temps cyclique

Il est immédiatement perceptible aux sens. C’est le temps biologique qui est lié au temps astronomique. Il se découpe en :

  • Jour-nuit ;
  • Saison ;
  • Age de la vie ;
  • Cycle de vie selon les espèces ;
  • Cycle de vie des cultures et des civilisations ;
  • Cycle de vie des planètes.L’homme ne peut qu’harmoniser son action dans ces cycles pour la rendre plus efficace.

La conception du temps cyclique impose souvent de penser le temps très long, souvent en lien avec des mythes. La plus ancienne des conceptions cycliques, celle des Védas (et dont héritèrent par la suite le brahmanisme, l’hindouisme et le bouddhisme) fonctionne ainsi sur les cycles de 12 000 ans. Mais cette conception d’un temps cyclique se retrouve aussi à l’échelle de l’homme, lequel serait condamné à se réincarner (ou à transmigrer d’une façon plus générale).

La cyclologie se retrouve dans nombre de sociétés archaïques, voire plus modernes. Dans cette théorie du temps cyclique, l'écoulement du temps n'est pas linéaire. L’histoire est conçue en cycles immuables pour ramener l’humanité face aux mêmes situations. La durée de ces cycles varie selon les traditions. La philosophie holiste dérive plus ou moins de la cyclologie. Elle explique les parties à partir du tout et devient synonyme d’approche systémique, de pensée complexe, et, de manière dérivée, d’approche globale. C’est un système de pensée pour lequel les caractéristiques d'un être ou d'un ensemble ne peuvent être connues que lorsqu'on le considère et l'appréhende dans son ensemble, dans sa totalité, et non pas quand on en étudie chaque partie séparément.

* Le temps linéaire

Le christianisme a véhiculé une conception linéaire du temps, qui va de la Création à l’Apocalypse. Avant la Création, le temps n’existe pas : Dieu crée le temps pour l’usage de l’homme. Le temps est à la fois linéaire et fini, et l’histoire se dirige vers une fin, ou au moins, une finalité. Cette conception du temps finira par l’imposer, au moins de ne même plus prêter à discussion. Elle sera ainsi reprise par des penseurs aussi divers que Condorcet (idée d’un avènement de la raison), Hegel (avènement de l’Etat comme manifestation suprême de l’Esprit et idée d’un progrès de l’Histoire), Marx (progrès à travers la lutte des classes et avancée vers la suppression des classes).

Cette conception du temps s’est accompagnée d’une vive dépréciation du « temps cyclique », considéré comme archaïque, anti-scientifique, opposé au progrès et politiquement réactionnaire.

2. Le temps calendaire et mathématique

Le temps calendaire est mesuré par division : siècle, décennie, année, mois, semaine, jour, heure, minute, seconde, nanoseconde. Les disciplines diverses se réfèrent généralement  à l’une de ces mesures, avec des visions cycliques différentes qu’il appartient au politique et à toute autorité d’homogénéiser.

Cette division du temps en unités d’égales valeurs remonte aux origines de l’histoire de l’humanité. Ainsi, les premières civilisations connues de Mésopotamie utilisaient-elles un calendrier de type luni-solaire de 12 mois et des semaines de 7 jours pour marquer le décompte de la durée, comme son étymologie l’indique (« calendrier » est issu du latin calendarium, « livre de compte »). Dans toutes les civilisations, la mesure du temps se base sur des phénomènes naturels observables : la lune (calendriers lunaires), le soleil (calendriers solaires) ou une combinaison des deux (calendriers luni-solaires).

Le temps calendaire n’est incompatible avec aucune des représentations du temps évoquée plus haut (cyclique, linéaire et sinusoïdal) : il est cyclique au départ puisqu’il se base sur les cycles de la nature (cycles solaires et lunaires), il est aussi linéaire dans le comptage des années, et il peut même être sinusoïdal lorsqu’il doit être aménagé pour mettre en adéquation les cycles solaires et lunaires (rajout d’un jour tous les quatre ans dans notre société, d’un mois tous les trois ans environ en Mésopotamie et en Chine).

De ces décomptes du temps naissent la conception mathématique du temps, conception défendue par Newton. Il envisage le temps comme un absolu mathématique, homogène, indépendant et linéaire. Aristote se demandait déjà si le temps dépendait de la conscience humaine ou s’il était indépendant. Le mouvement des choses, qui marque leur changement et leur corruption, est la preuve de l’écoulement du temps même en l’absence d’une conscience humaine pour l’observer.

3.  Le temps comme intuition et durée

Pour Bergson, cette conception mathématique qui découpe le temps en séquences identiques et séparées les unes des autres, est une conception strictement quantitative qui est trop limitée.

La perception du temps n’est en effet pas une évidence. Par exemple, si la plupart des civilisations se représentent l’avenir devant eux et le passé derrière, c’est l’inverse pour les Mésopotamiens comme pour certaines populations d’Amérique Latine (Aymaras en Bolivie, Quechuas) ou les Polynésiens. En effet, pour les premiers, la perception du temps à l’aulne de l’espace transparait à travers l’usage des adverbes ou prépositions : devant et avant sont liés, de même que derrière et après. Quand vous êtes devant quelqu’un, il est avant vous, quand vous êtes derrière quelqu’un, il est après vous. L’avenir étant après vous, il est derrière vous. L’alignement des notions d’espace et de temps est inversé. La manière de parcourir le connu et l’inconnu diffère donc grandement, puisque dans cette conception, on tourne le dos à l’avenir, parce qu’on sait le passé et qu’on peut le voir, alors qu’il est beaucoup plus difficile de concevoir et de visualiser l’avenir.

Il n’empêche, dans toutes les civilisations, le temps reste orienté, allant du passé vers le futur.

30/05/2018

Les concepts constitutifs au temps (3)

La mémoire dans la perception du temps

Prenons conscience que nous ne percevons le Chronos, c’est-à-dire le temps, que grâce à la mémoire. Sans mémoire, l’ordre temporel n’existe pas. L’on perçoit la simultanéité des évènements, mais leur succession est déjà difficile selon le type de perte de mémoire et les notions d’instant et de durée sont confondues dans un magma difficile à démêler.

Au-delà de la mémoire, la perception du temps est liée à la vision du monde que lui donne la compréhension des données accumulées dans la mémoire. Cette perception est donc culturelle, et, même si, de nos jours, l’adhésion à la culture scientifique fait que progressivement les perceptions se rejoignent, elles restent encore assez différentes selon les continents et les cultures.

L’expérience humaine du temps

La réflexion sur la notion de temps ramène donc l'homme à son expérience intime. Le temps n'est pas une chose qu'on peut saisir dans l'espace, c'est au contraire une sorte d'espace mental où se déroulent les choses. Cette expérience se déroule à plusieurs niveaux :

* Le niveau des rythmes biologiques et des réflexes. Mis en évidence par Michel Siffre, on constate que l’expérience consciente du temps est encadrée par notre fondement organique structuré autant temporellement que spatialement.

* Le niveau du présent psychique, où les relations de durée, de succession et de simultanéité ne sont pas seulement pensées, mais éprouvées et vérifiées.

* Le niveau de la réflexion qui double l'expérience du « présent » par la représentation objective du passé et de l'avenir et par l'estimation relative et quantitative de ces portions de temps reconnues comme absentes.

La subjectivité du passé

Dans le présent, grâce à la mémoire, puis la réflexion, je peux penser une réalité passée. Mais le souvenir ne correspond jamais exactement à l’événement tel que je l’ai vécu. Nos souvenirs sont toujours des interprétations, des reconstructions.

Ce qui importe dans le souvenir, ce n’est pas de se souvenir exactement d’un événement, mais plutôt de lui donner un sens selon ce que la vie a fait de nous. Évoquer le passé, c’est donc toujours lui donner un sens. Évidemment, le passé en soi ne change pas, c’est l’interprétation que nous en faisons qui peut évoluer en fonction de notre présent, de notre futur. Cela montre bien l’unité de notre existence : je pense mon présent comme résultant de mon passé et s’ouvrant sur mon futur. Il y a donc bien un lien entre l’existence et le temps.

Nous nous construisons par la mémoire : nous ne pouvons faire table rase de notre passé. En revanche, l’homme est libre en ce qu’il interprète librement son passé. Il peut toujours décider d’en faire un appui positif. Cette conservation du passé par la mémoire, aussi subjective soit-elle, nous constitue. Cela signifie aussi accepter la complexité de la vie : il n’existe pas de vérité une et stable, la valeur d’un événement, le sens qu’il prend peuvent évoluer au cours de notre vie.

Le futur

Le passé est l’accumulation des temps antérieurs, selon des rapports chronologiques (succession) et chronométriques (les durées relatives). L’instant physique n’existe à vrai dire pas, puisqu’il se réduit à une durée nulle. Chaque instant se résume à un passé dès le moment où l’on y pense. Par contre, l’instant psychologique a une durée propre qui dépend de l’état d’esprit de celui qui le perçoit. Le futur est l’ensemble des présents à venir. Seuls les contenus à venir, les événements futurs, sont susceptibles d’être encore modifiés. C’est ce qui fait que l’avenir n’est pas encore.

Le propre de la conscience humaine est de se projeter vers le futur. Or, la conscience de notre mortalité se pose comme une limite à nos projections dans le futur. La conséquence de cette prise de conscience, selon Heidegger, c’est le souci, autrement dit la préoccupation quant au sens que je vais donner à mon existence. C’est ce souci qui nous fait pleinement humains (les animaux n’ont pas ce souci du sens qu’ils vont donner à leur existence).

Se pose alors la question existentielle : C’est le grand sujet d’ordre politique. Peut-on agir sur le futur par des actions dans le présent ?

D’emblée répondons "oui", il est possible d’agir sur le futur et d’influencer le présent pour qu’il conduise à un avenir envié. Depuis peu, la recherche opérationnelle s’organise autour de ces problèmes. Il s’agit de maîtriser les éléments de la décision pour la rendre la plus efficace possible. En amont de la décision, on trouve différentes étapes : recueil de l’information, capitalisation du savoir, enrichissement par la connaissance, puis la démarche d’anticipation par la prospective. La décision s’exprime par la définition de ce que l’on veut, pourquoi on le veut, vers quoi cela va nous mener, les scénarios possibles dans le contexte et les actions à conduire pour l’atteindre. La difficulté est de disposer d’une vision globale du problème et des volontés opposées. C’est le propre de la stratégie, du grec stratos qui signifie « armée » et ageîn qui signifie « conduire ». La stratégie consiste à la définition d'actions cohérentes intervenant selon une logique séquentielle pour réaliser ou pour atteindre un ou des objectifs. Elle se traduit ensuite, au niveau opérationnel en plans d'actions par domaines et par périodes, y compris éventuellement des plans alternatifs utilisables en cas d'évènements changeant fortement la situation.

27/05/2018

Les concepts constitutifs au temps

Ne pouvant définir le temps en lui-même, il importe de se poser la question des concepts qui permettent son approche. Ils sont nombreux et donnent une vision élargie de la temporalité.

La notion de chronos

Le Chronos est le tout du temps, relatif au présent : « Hier était le jour précédent et demain sera le jour suivant parce que je suis aujourd’hui. ». Il est un point mouvant sur la flèche du temps qui définit les infinis à ses deux bornes.

Le chronos, ou temps historique, découpe le temps en trois périodes :

  • Le passé qui désigne l’espace du réel qui n’est plus, avant le présent ;
  • Le présent qui désigne l’espace du réel, entre le passé qui n’est plus, et le futur qui n’est pas encore ;
  • Le futur qui désigne l’espace du réel qui n’est pas encore, après le présent.

Les conséquences de la notion de chronos :

  • Compréhension de l’irréversibilité du temps : ce qui est vécu, est vécu.
  • L’amélioration des sociétés et de l’humanité se prépare dans l’avenir et se joue dans le présent. On ne peut revenir sur ce qui a existé.

Temps et espace

Cette représentation du temps est assez proche d’une représentation de l’espace en deux dimensions. Mais si dans l’espace, on peut se mouvoir dans les deux sens, sur l’ensemble de la droite, dans le temps, une seule direction est possible. Il n’y a pas de retour en arrière, ni même d’arrêt sur la droite. Temps et espace sont indissolublement liés dans notre monde.

Le rapport temps-espace se vérifie dans le mouvement. Celui-ci n’est pas seulement dépendant d’un espace défini, mais il ne peut se dérouler que dans un temps donné. Ainsi l’on mesure un déplacement soit en fonction de l’espace (kilométrage), soit en fonction du temps (durée). Le mouvement se fait donc dans la durée et si le temps venait à s’arrêter plus rien ne bougerait. Ce qui signifie que le temps suppose le changement.

L’homme moderne s’est donné comme objectif de maîtriser le temps des déplacements dans l’espace grâce à la vitesse. Il ne s’agit plus seulement de maîtriser les déplacements physiques de personnes ou de marchandises, mais également les déplacements de données, d’informations, qui doivent dorénavant suivre l’actualité en temps réel.

Changement et permanence

Le commun des mortels a bien conscience de ces changements subtils ou brutaux qui affectent notre monde : les objets et le vivant sont altérés par des évènements et ce processus s’intègre dans un temps partagé par tous ceux qui ont conscience de son cours. Mais, en parallèle, ces objets demeurent semblables, numériquement, malgré les changements qu’ils subissent. Le temps semble donc supposer à la fois changement et permanence. Un des grands rêves de l’homme est de pouvoir imprimer sa volonté sur ces deux facettes du temps : accéder à la permanence, c’est-à-dire la stabilité en maîtrisant le changement. C’est le rêve, le mythe ou peut-être la réalité du paradis, un monde sans changement, donc sans temps, qui signifie dans l’esprit de chacun un monde sans problèmes, dont un monde de parfait bonheur.

Simultanéité-succession, instant-durée

Le terme de simultanéité signifie qu’à un même moment se déroule conjointement de nombreux évènements en rapport ou sans rapport entre eux. En corrélation, si deux évènements ne sont pas simultanés, ils sont successifs et se suivent dans le déroulement du temps. Le concept de chronos se double d’une troisième dimension, la simultanéité le long de la droite du temps qui la transforme en espace temporel, dans laquelle les évènements se déroulent éparpillés, mais dans un ordre immuable celui de l’antériorité, de la postériorité et de l’en-même temps.

De ces notions on ne peut déduire l’instant, c’est-à-dire le moment du changement, du passage de la postériorité à l’antériorité, qui peut être, selon les évènements que l’on considère, un instant ou une durée, très variable en fonction des perceptions et de l’attente de chacun. Le philosophe Bergson oppose la durée pure, qui est le temps vécu, à la variable numérique T, qui est le temps spatialisé. Pour Bergson, la conscience, qui s'accroît sans cesse, ne sépare pas ces continuelles acquisitions. Or, c'est à elle qu'il faut demander l'origine de l'idée de succession, qui suppose la mémoire et qui ne correspond à rien de matériel ; il faut donc penser la succession sans distinction : c'est en cela que consiste l'intuition de la durée pure.

24/05/2018

La notion de temps (1)

Le mot « temps » provient du latin tempus, de la même racine que grec temnein, couper, qui fait référence à une division du flot du temps en éléments finis. Il est à noter que temples (templum) dérive également de cette racine et en est la correspondance spatiale (le templum initial est la division de l’espace du ciel ou du sol en secteurs par les augures). Enfin, « atome » (insécable) dérive également de la même racine.

Dans la vie courante, le terme a plusieurs acceptions :

  1. Durée dans laquelle se succèdent les évènements, les jours, les nuits… Ex : Le temps passe et rien ne change ;
  2. Durée mesurable (Synonyme : période) Ex : Combien de temps partez-vous en vacances ?
  3. Délai. Ex : Donnez-lui du temps pour payer ;
  4. État de l'atmosphère (Synonyme météorologie). E x : Quel beau temps !
  5. Moment propice, occasion. Ex : Le temps de la révolte a sonné.

Le temps est un concept plus qu’une réalité. Mais, simultanément, c’est la réalité qui nous donne notre conception personnelle du temps. Le concept permet de nous représenter la variation du monde : nous savons par expérience que l'univers n'est pas figé, il se compose d’éléments qui bougent, se transforment et évoluent pour l'observateur qu'est l'homme qui, lui-même est changeant.

On pourrait donc définir le temps comme un milieu indéfini où paraissent se dérouler, irréversiblement, les existences dans leurs changements, les évènements et les phénomènes dans leur succession.

Mais quelle est la nature intime du temps : est-ce une propriété fondamentale de notre univers, ou plus simplement le produit de notre observation intellectuelle, de notre perception ? Deux conceptions qui s’opposent sans que l’on puisse actuellement trancher.

C’est en ce sens que Saint Augustin écrit dans ses Confessions (XI, 14, 17) : « Ce mot, quand nous le prononçons, nous en avons, à coup sûr, l’intelligence et de même quand nous l’entendons prononcer par d’autres. Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne m'interroge, je le sais ; si je veux répondre à cette demande, je l'ignore. » Bien que l’intuition du cours du temps soit universelle, définir le temps en lui-même semble au-delà de nos capacités. D’ailleurs, conscient de cette difficulté propre à toutes les notions premières, Pascal estimait que le temps est de ces choses qu'il est impossible et même inutile de définir : « Le temps est de cette sorte. Qui le pourra définir ? Et pourquoi l'entreprendre, puisque tous les hommes conçoivent ce qu'on veut dire en parlant de temps, sans qu'on le désigne davantage ? » (De l'esprit géométrique).

23/04/2018

Le mouvement

Le monde moderne est un monde de mouvement dans lequel le temps et l’espace se confondent. Ce mouvement est la cause de l’anxiété de l’homme face à la vie quotidienne. Il engendre le désir : ailleurs se trouve l’objet de ce désir et tous courent derrière, vers son rêve, son cauchemar, son idéal ou même sa folie. Tous s’essoufflent dans ce rêve. La plupart y laissent des plumes, détruisent ce qu’ils ont patiemment construits, sans trouver mieux le plus souvent. Ils reconstruisent un autre rêve et courent à nouveau derrière lui. Peu s’interrogent sur le but réel. Ils ne rêvent qu’au but immédiat. Le reste n’est qu’un brouillard fragile et impénétrable qui, pourtant, est ce qui lui permettra de vivre. Mais y pensent-ils ?

La vie ne devient course de fond que lorsqu’elle laisse entrevoir la longueur des déplacements et le temps à y consacrer. Car qu’est-ce que le mouvement : du temps et de la distance. Apprendre à prendre conscience du temps à utiliser pour produire quelque chose dans sa vie, apprendre à ne pas s’inquiéter de la distance à parcourir pour l’obtenir. Chacun de ces deux facteurs du mouvement sont psychologiquement contradictoire, puisqu’un déplacement implique une perte de temps et une perte de temps implique une accélération du rythme.

Assied-toi. Regarde passer ceux qui courent, rit des vapeurs de désir qu’ils laissent derrière eux. Mais ne perd pas cet instinct de courir vers la vraie vie, celle qui délaisse le temps et l’espace et regarde au-delà ce qui fait courir.

03/02/2018

L’univers : un tout indissociable en mouvement

Qu’est-ce que l’univers : un agencement de la matière dans l’espace et son mouvement au cours du temps.

Sans matière, l’espace n’existe pas. Il n’existe que parce qu’il contient quelque chose. D’où la question : l’univers est-il finit ou non ? Sa finitude est étroitement liée à la question de la présence de matière.

Sans espace, le temps n’existe pas. Le temps n’est que parce que la matière se meut dans l’espace.

Sans temps, l’espace ne peut exister. Non seulement l’espace contient obligatoirement quelque chose, mais ce quelque chose qui est la matière est obligatoirement en mouvement C’est le mouvement qui crée le temps.

Sans mouvement, rien n’existe. L’univers est en perpétuelle vibration. Il est lui-même agissant, il est action.

Ainsi se rejoignent obligatoirement l’être et l’action. L’un ne va pas sans l’autre.

07/08/2017

L'origine

Il n’y a pas d’espace ni de temps, seulement un être vivant qui se meut, et l’espace-temps naît avec lui.
François Cheng, Le dit de Tianyi,
1998, Albin Michel (chap. 3, p.27)

 

 On a tendance à penser que l’espace et le temps sont des concepts indépendants et précèdent en tant que concepts le mouvement. Ce n’est que récemment que les deux premières notions sont apparues dépendantes du mouvement. Sans mouvement, ni espace ni temps. Un changement d’espace (de lieu) implique un certain temps pour l’accomplir. Plus subtilement, un changement de temps implique également un changement de l’espace environnant, mais à une échelle beaucoup plus grande. Même si je reste au même endroit, cet endroit évolue dans l’espace cosmique, les objets évoluent, vieillissent et même meurent.

Il y a cependant une grande différence entre l’espace et le temps. Le premier peut se parcourir dans les trois sens, largeur, longueur, hauteur. Le second ne s’écoule que dans un sens. Mais ceci n’est vrai que physiquement. Psychiquement, le temps se parcourt dans tous les sens, comme l’espace et aussi instantanément. A la limite, psychiquement, le mouvement n’est plus nécessaire pour changer d’espace ou changer de temps. Jusqu’à un certain point cependant. Sans la mémoire, ce changement sans mouvement deviendrait dangereux.

Alors, contrairement aux idées reçues, on s’aperçoit que c’est le mouvement qui engendre le temps et l’espace. Sans lui, le monde, figé, s’écroulerait irrémédiablement. Mais le mouvement n’existe que par les objets, c’est-à-dire la matière. Sans matière pas de mouvement, sans mouvement, ni espace ni temps. La matière elle-même n’existe que par la lumière. La lumière est composée de grains de matière qui naissent, se meuvent et meurent par entropie. Rien ne peut se déplacer à la vitesse de la lumière. Mieux même, la lumière est à l’origine du mouvement (elle est ondulatoire) et de la matière (elle est corpusculaire).

On peut interpréter la parole de François Cheng de différentes manières. En premier lieu, l’espace et le temps sont des concepts humains. Seul existe le mouvement et, selon l’être humain, l’espace et le temps varient, car c’est lui qui les invente.

Mais François Cheng va au-delà. Il prétend que chaque être vivant crée son propre espace et son propre temps puisqu’ils ne sont qu’imaginaires. Et seul compte dans cette phrase énigmatique le terme vivant. L’être en tant qu’être vivant est plus que simple matière. Il engendre un processus nouveau et salvateur qui permet de construire un monde cohérent et qui donne sens à l'existence de l'univers.

23/06/2017

Le cavalier de l’espace, nouvelle de Barrington J. Bayley

Cette nouvelle est un traité imaginaire sur des formes présumées de continuum espace-temps autres que celui que nous connaissons. « Notre continuum est étroitement, automatiquement, synonyme d’univers contenant choses et événements, et donc, inéluctable ; sans lui plus d’existence. »science fiction,espce,temps,matière,lumière,multivers

Par le truchement d’un jeu d’échecs dont le cavalier se personnifie sous forme d’un voyageur d’un autre espace, l’auteur nous présente un système analogue au jeu d’échecs, où l’espace au lieu d’être continu et homogène comme le nôtre, est constitué de positions discontinues et infinies où les entités lui appartenant peuvent faire varier leurs déplacements de manière plus  ou moins ingénieuses selon leur degré d’évolution. Ce système serait appelé transitionnel par rapport à notre espace tridimensionnel.

Le cavalier expose ensuite qu’il existe un grand nombre de formes d’espace-temps :

* Les espaces tridimensionnels dont la vitesse de la lumière varie du nôtre ;

* Les espaces transitionnels dont il donne quelques exemples :

   . Espace qui bien que continu n’est pas symétrique dans toutes les directions,

  . Espace où l’image d’un objet ou d’un individu a les mêmes caractéristiques et les mêmes facultés que l’original ;

* Les espaces ayant un temps réversible ;

* Les espaces où la matière est continue et confondue à l’espace qu’elle occupe.

En fait, pour ce voyageur de l’espace, la notion d’espace est intimement liée au nombre. A chaque nombre correspond au moins un espace. Le centre de gravité de notre espace est le Un : l’unicité représente la totalité d’un objet de notre monde. Dans l’espace venant après le nôtre, la plénitude correspond au chiffre deux : la dualité est idéale tandis que la singularité est incomplète. En s’éloignant encore d’autres mondes sont fondées sur le trois, quatre, jusqu’à l’infini. Il existe même des espaces transfinis dont Cantor a découvert l’existence mathématique.

12/10/2016

Infini

L’homme, en tant qu’être fini, peut-il penser l’infini ?

On conçoit facilement un nombre sans fin
On perçoit plus difficilement un espace infini
On entrevoit malaisément un temps infini
Mais peut-on imaginer la matière sans fin ?

Chaque grain de matière se conçoit accompagné
D’une parcelle d’espace et d’un fragment de temps
Cet espace-temps lui donne son volume
Définit son existence et sa durée
La matière ne peut être infinie
Puisqu’elle est inexorablement environnée
D’un ensemble obligatoirement plus vaste

De même, dans le domaine des idées
La bêtise peut-elle être infinie
Comme certains le prétendent
Mais ils se gardent bien de penser
Que l’intelligence pourrait être infinie

L’invention du zéro coupa le souffle
A beaucoup de spéculateurs audacieux
Le rien n’existe pas
L’univers se renouvelle-t-il sans fin ?
A-t-il été créé à partir de rien ?

Zéro est le nombre qui donne naissance au un
Le un n’existe que parce qu’il se distingue du zéro
Qui est à la fois réel, positif, négatif et imaginaire pur
S’il est un nombre, son pendant l’infini
a-t-il les mêmes propriétés ? Surement pas !

L’infini n’est ni positif, ni négatif
Nicolas de Cues, théologien et mathématicien
Qui vécut à la fin du Moyen-âge
Le voit comme une sphère dont le centre est partout,
La circonférence nulle part

L’infini est-il réel ou imaginaire ?
Plutôt que penser cette question
Peut-on dire que l’imaginaire a une réalité ?
Oui, sans doute, autrement
Tout serait dit, ou rien !

Mais où va-t-il chercher ces idées ?
Est-il possible que l’infini n’est rien
Et que le rien soit infini ?
Non, car le zéro donne naissance
Au positif et au négatif

Seul le fini, parce qu’il est dénombrable, se définit
Le zéro est, par la volonté de l’homme, prédéfini
L’infini est, parce qu’absolu, indéfini
Est-ce à dire que n’étant pas mesurable
Il n’est pas dénombrable ?

Cantor découvrit les infinis mathématiques
Qu’il définit comme nombres transfinis
Par opposition à l’infini réel qui recouvre l’absolu
Les infinis physiques n’existent qu’en eux-mêmes
Le Tout se loge dans le rien que l’absolu englobe

L’infini réunit positif et négatif
Il réconcilie les opposés
Il ne les détruit pas
Construit-il l’antimatière ?
Seul Dieu le sait…

©  Loup Francart

 

05/01/2015

La frontière

Brise cette frontière qui t’empêche d’être. Laisse tomber les formes et la forme. Tu n’es plus et tu es tout. Sens cette chaleur en toi qui te pousse à oublier. Ne sois que ce filet d’air qui glisse entre tes narines et caresse ton cerveau.  Passe de ce rouge obsédant au noir de l’absence. Et quand tu verras poindre le blanc, surtout ne bouge pas, ne manifeste rien, laisse-toi aller, immobile, incertain, en attente.

Le mystère s’ouvre pour toi. Respire cet air purifié qui passe entre les grilles de la séparation. Retourne-toi, que l’extérieur devienne l’intérieur, que l’intérieur devienne l’extérieur. Mais cet extérieur est semblable à l’intérieur. La frontière s’estompe.  L’ivresse de l’espace t’envahit. Fais monter en toi l’absence, Que le blanc devienne le noir et inversement. Prend de l’ampleur dans ce passage. La virginité t’épanouit, elle ouvre l’horizon, te prend dans ses bras. Touche ton corps frêle et laisse le partir loin de toi.

Oui, tu es en toute conscience, là où rien ne te limite. Caresse l’envers de toi-même, explore cette peau transparente et laisse tourner ton cœur. Pousse le cri de la déraison et monte dans le wagon.

Mais tout de même, ne pars pas trop longtemps !

02/12/2014

Le petit garçon, roman de Philippe Labro

Le sujet du livre : le temps ! Il s’écoule à intervalles irréguliers, selon les souvenirs des événements qui le marquent. Petit garçon, je ne comprenais pas qu’il pût y avoir un ordre, un mouvement et que l’action des hommes fût conduite par ce qu’on appelle, commodément, la force des choses. (…) L’usine à Fabriquer le Temps ! J’en ferai la description dès le lendemain, au plus proche de mes frères ; il l’acceptera, comme je sais recevoir ses propres affabulations. A mesure que je lui parle, je me sens capable de la dessiner. S’élevant un milieu des champs du Tescou, ruisselante et luisante, on dirait une immense construction de pierres couleur de nuit, sans porte ni fenêtre. A l’intérieur, des hommes sans visage, habillés comme des minotiers, surveillent une structure compliquée faite de roues, courroies et pistons, qui tourne dans fin sur elle-même.

– Qu’est-ce qu’ils font ? demande mon frère.

Catégorique, je réponds :

– Ils font du temps. Si tu n’en as pas, tu peux aller en acheter. Les grandes personnes n’en ont jamais assez, elles y vont.

– Combien ça coûte ?

Je réponds que j’en ignore le prix.

Que d’aventures pour ce petit garçon dans la tourmente des secrets des grandes personnes pendant l’occupation dans le sud-ouest de la France. Le fil directeur du récit, même s’il n’est que peu évoqué, c’est son père, le pilier de la famille, en espadrilles, au comportement irréprochable, dans une ambiance délétère où les juifs en recherche de passeurs vers l’Espagne et les allemands en recherche des juifs se côtoient. Il vit tout cela à la hauteur de ses quatre ans et décrit avec faconde les personnages rocambolesques qui ont peuplés son enfance : l’Homme Sombre, possesseur d’une juvaquatre, Monsieur Germain, Madame Blèze qui fait naître des sourires sur les lèvres des hommes, Sam, oiseau incongru au nez pointu, la petite Murielle qui cherche on ne sait quoi dans l’obscur chemin des Amoureux, le général allemand qui vient loger chez eux dans la chambre des filles.

Tout est secret pour le petit garçon. Tout est énigme, merveille. Dans cette province tranquille, sans âge, des jardins, aujourd’hui ordinaires, étaient forêts de Brocéliande ; des routes, aujourd’hui banales, promettaient un danger palpitant et les demeures les plus modestes semblaient receler autant de situations rocambolesques, personnages farfelus, drames et trésors cachés.

La villa renfermait la famille et ses secrets bien gardés. Ils étaient consignés dans l’Album qu’ils remplissaient en cachette jusqu’au jour où ils montèrent à Paris. Son père estimait avoir légué à ses enfants suffisamment d’armes, c’est-à-dire suffisamment d’âme. Il les avait fait « monter à Paris » pour parfaire leurs connaissances ; peut-être avaient-ils été trop protégés au sein du paradis aujourd’hui perdu de la ville de province ; il apercevait, désormais, qu’ils trouveraient ici de quoi mettre à l’épreuve ce qui, en fin de compte, importait le plus : le caractère.

Il acheva la lettre par sa formule traditionnelle : « Adieu, petit, je te serre la main ».

Dehors, le taxi s’était éloigné et la rue n’exprimait rien, rien d’autre que son propre bruit, factice et neutre, comme la lumière du bec de gaz municipal.

29/12/2013

L'éternité

Seules les choses temporelles peuvent nous donner une idée de l’éternité. Les concepts peuvent nous expliquer de quoi il s’agit, mais comprend-on réellement avec l’intellect ?

vie,éternité,temps,espace,présenceD’abord l’absence de temps. Chaque seconde est toujours la même seconde. Il n’y a d’ailleurs plus de secondes. Bien pire que d’imaginer un monde sans espace ou à l’espace illimité. Je suis à la fois en un point et en un autre. Mais l’espace n’existe que parce qu’il existe des objets. Sans consistance, pas d’espace. La présence crée l’espace. De même pour le temps. Sans existence, sans une présence, pas de temps. La vie, quelle qu’elle soit est à l’origine du temps et de l’espace. Pas seulement la vie humaine ou animale ou végétale, mais la simple présence de quelque chose, ne serait-ce qu’un grain de poussière d’étoiles.

Je ferme les yeux : un trou noir. Je ne suis qu’une enveloppe vide. Je perçois la différence entre le monde et moi-même, mais cela se limite à une fine pellicule transparente. Elle s’emplit aussitôt. Je reviens à moi-même. Serais-je un placard qu’on s’empresse de remplir de tout ce qui traîne ? On ferme la porte et on s’en va, sans bagage.

Cette éternité ne dure pas. Elle est tellement fugace qu’elle n’existe qu’une seconde, la première. Aussitôt après, je suis envahi d’images et la vie repart. La vie serait-elle inconciliable avec l’éternité ? L’éternité serait-elle le contraire de la vie ? Existe-t-il un lien entre l’éternité et la vie. Certainement, sinon l’éternité ne pourrait être conçue.

L’image de l’éternité : Quatre heures du matin, un lampadaire éclaire d’une lueur jaunâtre le vide de la nuit. On distingue au loin les lumières de la ville d’Annecy, au-delà du lac, une étendue lisse, sans aspérité, uvie,éternité,temps,espace,présencene coupure de l’espace. Pas un bruit, pas un mouvement, rien ne vient troubler le calme envoûtant. Derrière la fenêtre, le gel. Ici, il fait chaud. Ça permet de penser. Et l’image de l’éternité s’incruste dans le cerveau comme un rêve sans fin. Je suis aspiré par l’étendue du lac et par ces quelques lumières qui se cachent derrière. Je suis souple et ferme comme cette eau invisible qui reflète la vie. Laisse-toi faire et plonge dans ce miroir qui te raconte ce que tu es.

12/12/2013

L’eau coule et sa retenue crée la vie

L’eau coule. Elle dévale la pente plus ou moins vite selon les uns ou les autres. Elle est vive et fuyante, mais elle coule et rien ne peut l’empêcher de couler.

 Pourtant chaque jour, la vie des hommes se constitue comme un obstacle à cet écoulement du temps. Chacun tente de retenir ces flots qui se déversent en lui. Et l’eau devient bonheur et plénitude si les jardins qu’elle crée ne l’empêchent pas de couler malgré tout. L’eau monte devant cet obstacle divin qu’est la vie. Elle se gonfle de cet écoulement. Elle grandit et devient adulte. Elle façonne de nouveaux jardins.

 Mais vient le jour où tous les efforts du monde ne peuvent l’empêcher de continuer de couler. Elle détruit peu à peu ce qu’elle a façonné, elle submerge son œuvre qui s’en va dans le courant inépuisable du temps jusqu’à ce qu’un nouvel obstacle fasse naître une autre vie et un nouveau cycle.

 Alors rien ne sert de retenir à tout prix l’eau. Mais rien ne sert de la laisser couler sans la retenir. C’est cette alternative du mouvement qui permet à l’univers d’exister et de poursuivre sa route.

L’équilibre est dans l’aptitude à retenir pour ensuite laisser s’échapper le don de la vie et chaque jardin est un lieu d’épanouissement. 

01/12/2013

Apparition, Klaus Obermaier & Ars Electronica Futurelab

http://www.youtube.com/watch?v=-wVq41Bi2yE


Quelle étrange impression. Le courant passe-t-il ? Oui, on le dirait. Fusion et séparation. Puis saucissonnage horizontal, vertical et en profondeur, à la mémoire de Vasarely. Enfin, une tempête d’ondes, une lutte de l’esprit.

En 3.05, l’écriture devient révélatrice de la forme. Progressivement, la surface est initiation d’un autre monde, jeu de lumière et de trajectoires qui engagent l’homme dans sa danse  infernale. L’infini, fuite du temps, nous conduit à un déchaînement de forces que l’homme fait naître par son mouvement. La vie se résume à la palpitation des particules, elle ne s’arrête jamais, mais si le mouvement est continu, il est sans cesse renouvelé. La vie fuit et se poursuit. Elle perdure par la régénération et non par l’immobilisme.

Entre la danse, l’art cinétique et la musique électronique. Ce mélange des genres n’est pas sans beauté. Seule la musique laisse à désirer. Bruit ou musique ? Là aussi, le mélange. Mais il est moins heureux parce que plus artificiel.

23/07/2013

Quatuor pour la fin du temps, Olivier Messiaen

 

http://www.youtube.com/watch?v=jXxmvsllhCg

 

"Lorsque j’étais prisonnier, et j’ai conçu et écrit ce quatuor pendant ma captivité à Görlitz en 1941, l’absence de nourritures me donnait des rêves colorés : je voyais l’arc-en-ciel en l’ange et d’étranges tournoiements de couleurs. Mais le choix de l’Ange qui annonce la fin du Temps, repose sur des raisons beaucoup plus graves.

Musicien, j’ai travaillé le rythme. Le rythme est par essence changement et division. Etudier le changement et la division, c’est étudier le Temps. Le Temps (mesuré, relatif, physiologique, psychologique) se divise de mille manières dont la plus immédiate pour est une perpétuelle conversion de l’avenir en passé. Dans l’éternité, ces choses n’existeront plus. Que de problèmes ! Ces problèmes, je les ai posés dans mon quatuor.

Au nom de l’apocalypse on a reproché à mon œuvre son calme et son dépouillement. Mes détracteurs oublient que l’apocalypse ne contient pas que des monstres et des cataclysmes : on y trouve aussi des silences et des adorations, de merveilleuses visions de paix." (Olivier Messiaen)

Ce quatuor contient huit mouvements : Liturgie de cristal ; Vocalise pour l'Ange qui annonce la fin du Temps ; Abîme des oiseaux ; Intermède ; Louange à l'éternité de Jésus ; Danse de la fureur pour les sept trompettes ; Fouillis d'arcs-en-ciel, pour l'Ange qui annonce la fin du Temps ; Louange à l'immortalité de Jésus.

Le rythme est le sujet du quatuor. Le Temps est dilaté, il s’écarte du rythme de la vie quotidienne, matérielle. Il prend ses aises, refuse la mesure rythmique, la périodicité, la mélodie ordinaire fondée sur des reprises. Messiaen va même jusqu’à écrire : « Une musique rythmique est une musique qui méprise la répétition, la carrure et les divisions égales, qui s’inspire en somme des mouvements de la nature, mouvement de durées libres et irrégulières ».

On est parfois choqué par la dureté du piano, l’aigu de la clarinette. Mais bien souvent on respire les sons authentiques de l’éternité, juché sur un savon qui se laisse glisser du bord du lavabo jusqu’au siphon où le temps s’arrête. Et par cet étranglement, on écoute fasciné, les sons d’un monde sans temporalité.

22/05/2013

Couleur du temps, récit de Françoise Chandernagor

Une plongée dans un autre siècle, celui des lumières. Ce n’est qu’une histoire imaginée, mais avec un tel réalisme que l’on pense qu’elle fut réelle et que le peintre V*** fut bien un peintre du Roi.

V*** fut-il un grand peintre ou un petit maître ? Un coloriste-né ou un fabricant13-05-23 Couleur du temps.png sans génie ? Nous n’en savons rien : la postérité n’a pas rendu son arrêt. Tout juste peut-on dire que V*** était déjà mort de son vivant : lorsqu’il disparut, sa belle époque était révolue, sa mode démodée. Et pourtant il avait vécu, s’était fait connaître, avait obtenu le succès, avait négligé sa famille, voyageant partout où il était demandé pour peindre les grands de ce monde. Au-delà de l’histoire elle-même de sa vie, Françoise Chandernagor nous décrit à la fois la société de l’époque, sa conception de la peinture, la compétition entre les peintres pour obtenir les faveurs de la famille royale. Elle le fait d’une manière naturelle, introduisant dans le récit ces réflexions sur les événements d’une vie d’artisan-peintre.

Jeune, il ose : des jeunes gens impatients tirent le tapis. La guerre est finie, on veut s’amuser. Le tableau de bataille rebute, la peinture religieuse assomme, les grands sujets, les grandes idées ennuient les Français ; place au moi, place à l’intime, place au portrait ! (…) On voudrait tout entreprendre, tout oser…Mais les personnes bien nées, si elles ont du goût, hésitent encore à afficher la leur. Le jeune V*** trouva l’art de montrer ce qu’on tient caché sans choquer la décence : les dames de qualité n’avaient qu’à se faire représenter costumées. Pas en Madeleine repentante, évidemment ! Ni en Sainte Elisabeth. Costumées en dévêtues : une muse, une nymphe, une sultane, une allégorie. Il proposa du portrait déguisé « mythologique » ou « oriental ».

Bien sûr il se marie, a des enfants. Il a des instants de joie et des périodes de malheur. Sa vie est à découvrir dans la lecture même du livre. Au-delà, on s’intéresse à l’époque et à sa conception de la peinture.

Nous nous plaignons d’un siècle de courtisans,   mais sachons qu’au temps de Voltaire et Diderot la flagornerie et la flatterie étaient obligatoires pour qui voulait se faire connaitre et obtenir des facilités.

A l’époque, l’art de la peinture est tout d’artisanat. C’est par la pratique qu’il pêchait, lit-on à propos du fils de V***. « Pas tant d’huile sur ton pinceau, Nicolas ! Ah oui, je sais : la couleur semble plus facile à étendre, elle est flatteuse, onctueuse, voluptueuse. Et puis, n’est-ce pas, on en a plus vite fini ? Solution de paresseux ! Qui se paie cher : ton tableau séchera, mais seulement en surface – dans dix ans sa peau craquera, il sera gercé de partout, tombera en morceaux. Alors chaque maître possède son atelier, ses apprentis, et le tableau se fait en équipe. Les uns peignent les mains, les autres sont spécialisés dans les pieds, les plus habiles, en passe de devenir maîtres à leur tour, les visages. Le maître met sa touche finale, alanguissant les membres, donnant de la vie aux joues ou à l’œil du sujet représenté. Cela donne une collectivité vivante, soudée, récréative, loin de la méditation individuelle de l’artiste d’aujourd’hui et du travail solitaire d’exécution. Sans doute retrouve-t-on maintenant cela dans certains genres de peinture, tels la production d’œuvres originales en plusieurs exemplaires, dites multiples, ou encore dans l’atelier de Vasarely où les petites mains peignaient inlassablement des ronds et des carrés. Il concevait les tableaux que d’autres exécutaient en grande partie.

Baptiste V*** aime les couleurs, le jaune en particulier. Il en parle avec son nouvel ami sur la fin de sa vie :

 Et  qui t’a dit, Baptiste, qu’on peignait avec des couleurs ?

 Si l’on ne peint pas avec des couleurs, avec quoi peint-on ?

 On se sert des couleurs, mais on peint avec le sentiment…

 Le sentiment, Le sentiment ! Et pourquoi pas le naturel tant que tu y es !

Tout au long de sa vie, il conçoit et remanie le portrait de famille, fil directeur du récit. Après tous ses malheurs, il les rajeunit, reprenant les esquisses conservées. Il finit par se peindre lui-même en vieillard. Il l’expose et se retrouve en butte avec tous les critiques. A ce peintre qui ne vendait plus rien, que tout le monde avait cru mort, et dont le nom seul, entouré d’un vague respect, disait encore quelque chose au public, il fallait ôter ce qui lui restait : la renommée. « V*** est fini : Voici le titre. On assure que cet homme a été un bon portraitiste. Il n’est plus rien : le portrait de sa famille est faible, c’est-à-dire flou et léché.

Et ce livre s’achève avec l’interrogation, ma foi somme toute habituelle : V*** fut-il un grand peintre ou un petit maître ? Et d’ailleurs qu’est-ce qu’un grand peintre, qu’est-ce qu’un petit maître ? Vermeer fut un petit maître pendant trois siècles ; et Meissonier qui fut un grand peintre quand Béranger était un grand poète, n'est plus rien…

15/10/2012

L’horloge publique de Charles V

On ne la voit que très peu et beaucoup passent dessous sans l’apercevoir. C’est pourtant la plus vieille horloge de Paris et, de loin, la plus belle. Elle se situe sur une des faces de la tour de l’horloge (eh oui, la tour a pris son nom) au palais de justice, ancienne résidence royale, dans l’île de la Cité.

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Que voulait le roi ? Donner l’heure aux Parisiens qui avaient du mal, dans la ville aux rues étroites, à percevoir l’heure au soleil. Seuls les riches disposaient de clepsydres ou de sabliers.

En réalité, l’horloge actuelle est celle d’Henri III, le dernier Valois, monarque aimant la beauté et l’art. Au fil du temps, elle fut restaurée plusieurs fois. Mais on découvrit à la Bibliothèque nationale un document de l’époque qui décrivait de manière précise l’horloge.

Elle vient d’être restaurée telle qu’elle était lors de sa construction. Elle attend les passants, bien qu’elle soit cachée en partie par les arbres du boulevard. Elle rayonne de tous ses feux, éclat d’or des statues, et donne à nouveau l’heure. Que les Parisiens se le disent !

 

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03/07/2012

Intemporel

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Du haut du pont de pierre, je contemple l’écoulement de l’eau dans les deux jambes du barrage.

 

Quelle paix, malgré le bruit puissant de l’effusion de l’écume. On n’entend plus le P7010015.JPGfrémissement de la brise dans les arbres. Seules les voitures qui passent sur le pont troublent le grondement monotone. L’écume blanche se festonne de jaune sable lorsqu’elle touche la surface inférieure du plan d’eau. Rien d’autre ne bouge. Seule la cime des peupliers ébauche un balancement. En amont P7010007.JPGl’eau est un miroir piqué de nénuphars. Quelques fleurs jaunes émergent du tapis vert qui rappelle les pierres plates des jardins japonais.

 

 

 

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A droite, le jardin d’eau. Les arbres ont les pieds dans l’onde qui envahit le sol, voilant la réalité d’un reflet argenté ou noir selon l’exposition au soleil. Mystérieux ce paysage lacustre, si petit en réalité, mais qui s’ouvre sur les perspectives du fleuve Amazone.

 

Je traverse le pont et m’assieds sur le parapet opposé. TouP7010006.JPGt est différent.P6300167.JPG Un barrage de grosses pierres traverse le cours, laissant couler entre elles des rides ondulées qui s’épaississent et deviennent écume un peu plus bas. Au-dessus, l’eau frémit, se ride, s’ébroue gentiment, s’éclaire de reflets vivaces qui surgissent et s’évanouissent.

 

  

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Qu’il est bon d’être là, inactif, sans pensée, en éveil cependant. Je ne donnerai ma place pour rien au monde. Enfermé dans la bulle de l’écoulement de l’eau, le temps s’est arrêté. C’est ce mouvement perpétuel, lent et continu qui ralentit l’horloge : agitation dans le micro, calme dans le macro !

 

 

 

Enfin, je descends jusqu’au plan d’eau supérieur. Je marche sur les eaux dans l’apesanteur de l’après-midi, dans cette absence de temps. L’eau est agitée de petites, toutes petites rides qui me donnent une image insolite du vieillissement : rien en bouge, rien ne change, mais à chaque instant passe le présent et se construit l’avenir.

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12/03/2012

Le plein du vide, composition musicale de Xu Yi (1997)

 

http://www.youtube.com/watch?v=-kpIxptSdm0

 

C’est un voyage dans le continuum espace-temps d’Einstein. On y flotte, sans repère, à la dérive, dans un ensemble inconnu. Où se trouve-t-on ? Qu’entend-on ? Perte de la réalité, le noir, le vide, comme un manque d’espace, ou plutôt un trop d’espace vide, sans rien qui le limite.

 

Nous sommes partis, le tambour l’affirme.
Alarme ! Les trompettes...
Frottement du véhicule dans l’espace
Puis, plus rien. Ah, si !
Qu’est-ce ? Une ombre de sons,
Un délicat enchantement des nerfs,
Une attente exacerbée d’un accord
Qui arrive parfois, au détour d’une absence.
Montée des insectes qui piétinent
Dans le sable qui crisse sous les pas.
Quelques bulles éclatent, irisées,
A deux encablures de votre corps.
Vous restez impassible, engourdi.
Appel des bambous cognés,
Des bonbonnes résonnantes,
Des serpentins de clarinettes,
Et montée en puissance
De voix obscures et diffuses
Dans la forêt de bruits atténués
Par l’espace, l’espace, l’espace…
Le temps n’a plus de prise,
Il fuit, écrasé de sons, d’éclatements ;
Il se réfugie sous la couverture
Du crâne qui résonne intensément.
Silence ! Pénétration du vide
Dans la calotte cervicale
Comme un glaçon glissant
Entre les neurones atones.
Le temps s’allonge, s’allonge,
Prend de l’espace, loin, très loin.
Pas de final, l’arrêt du son
Est-il un signal de finition ?
Vous vous complaisez
 Dans cet univers insolite
Inimaginable, empli de pièges.
Vous vous sentez projeté
Par les explosions,
Les insinuations,
Les appels d’on ne sait où !
Et si vous vous laissez aller,
Vous sombrez dans l’absence,
Vous rétractez votre personne
Jusqu’à ne plus contenir
Qu’un vide nourrissant.
Quelle perspective !

 

 

« Xu Yi est née à Nankin, en Chine, peu avant la Révolution culturelle. À l'âge de six ans, elle doit suivre sa mère envoyée à la campagne dans une ferme de rééducation ; là, elle commence l'apprentissage du violon chinois (voir article du 16 septembre 2011 sur l’erhu). Elle entre au conservatoire de Shanghai où elle poursuit cet apprentissage, puis, à l'âge de dix-sept ans, elle intègre la classe de composition. Elle obtient une bourse d'étude pour venir en France. À son arrivée, en 1988, elle suit le cursus de Composition et informatique musicale de l'Ircam (1990-1991). Elle entre au Conservatoire national supérieur de musique (CNSM) de Paris où elle étudie avec Gérard Grisey et Ivo Malec, et obtient un premier prix de composition en 1994. Elle vit actuellement à Pékin. »(Jean-Luc Idray)

 Il semble que, chez Xu Yi, le temps soit davantage psychologique que chronologique : c'est la densité des sons-évènements qui produit la perception du temps. En fait, entre dynamisme et immobilisme, c'est une conception circulaire du temps que l'œuvre reflète. Xu Yi n'envisage pas un temps musical T qui se référencerait suivant le schéma habituel du Chronos, soit un temps linéaire allant du passé à l’avenir, tel que le conçoit l’occidental dans sa vision matérialiste et mesurable du temps. Xu Yi envisage plutôt un temps unique par nature et qui se redéfinit en permanence en puisant en lui-même son évolution. Il s’agit d'un temps circulaire en mouvement, en perpétuelle « inventivité » et non d’un temps circulaire statique. Xu-Yi redéfinit le temps par rapport au non-temps, mêlant le yin et le yang dans une recherche sonore complexe. Le temps dans sa musique s’étire, forme un équilibre qui traduit l’harmonie universelle, un juste milieu entre le son et le silence, la lumière et l’obscurité, le vide et le plein.

 

Ceux qui désirent approfondir ce style de musique pourront lire utilement le contenu du site :

http://www2.cndp.fr/secondaire/bacmusique/xuyi/musique_temps.htm

 

 

26/09/2011

Détruire l’inéluctable enchaînement du temps

 

Détruire l’inéluctable enchaînement du temps en se contentant de l’instant pur, instant psychologique sans appel à la mémoire.

De même l’amour ne peut exister réellement dans un désir de devenir. Il faut qu’il soit, simplement. On le découvre en s’abstenant de toute recherche, de toute préoccupation, en s’ouvrant vers l’ensemble des choses, comme une porte derrière laquelle il n’y a que du vide à combler.

L’être réel ne se trouve que dans l’absence de conscience d’être.

 

09/02/2011

Derrière l'alliance du passé et du présent

 

Derrière l’alliance du passé et du présent,

Qui façonne l’homme à l’image de l’histoire,

On soupçonne pourtant un autre regard,

Celui du possible, de l’inattendu,

Comme un trou de taupe sur le plancher des vaches

Ou un coup de poing dans le regard intérieur.

 

Emergence de souvenirs, le passé

Se dilue dans l’inadvertance des événements

Selon l’humeur, l’honneur et l’humour, et, parfois, l’horreur.

Rien n’arrête la folie de l’ouragan griffonnant

Sur le crane de l’homme mort

En ayant trop vécu et peu créé.

D’autres se concentrent sur l’existant,

Une gorgée de vin fin, une écharpe futile,

La note aigre de l’éléphant assis sur la lune,

Ou même le jaune acide des perruches dans l’aube.

 

Tous attentifs au fil de ce qui leur arrive,

Ils oublient la fleur de l’existence, le pollen des désirs,

Le bouquet des chaleureux embrasements

D’un monde renouvelé à chaque moment

Par la vertu du délire, par l’ouverture de l’imaginaire,

Par la couverture du regard fêlé sur l’inexistant.

Qu’adviendra-t-il de ce monde rêvé

Sur les hauteurs de Pampelune un jour de déraison ?

Sera-t-il exclu des richesses d’un existant

Ou inclus dans la lente et lourde côte

Des idées déshydratées par l’absence d’écho ?

 

Seuls comptent l’aspiration tenace du large,

Les espaces venteux des steppes sans fin,

Le vertige des hauteurs montagnardes,

Et, surtout,

La précieuse indifférence des dimanches

Quand, empli d’absence, je descends

Jusqu’à la source de ta lèvre entrouverte.