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12/04/2018

Moi et la vie

On a l’habitude de dire : « C’est la vie », lorsqu’une contradiction se présente et que l’on refuse de se laisser préoccuper par elle. Mais pourquoi faire de la vie quelque chose d’extérieur dont il faudrait accepter la fatalité ? Ce que l’on appelle prendre la vie avec philosophie n’est qu’un renoncement à être. On renonce à notre propre réalité.

Note système éducatif est élaboré  pour faire face à la vie, si bien que l’homme finit par croire qu’il y a deux choses : lui et la vie, c’est-à-dire le monde. Pourtant, le monde n’est pas plus la vie que lui. Le tout est la vie, car la vie est ce qui est.

Descartes a trompé l’homme lorsqu’il a dit : « Je pense, donc je suis ». Par cette simple phrase, il a dissocié la pensée et l’être, argumentant en faveur du fait que la vie de l’homme est en dualité permanente entre la pensée et l’être. Il a mis la pensée avant l’être. Pour lui, l’être n’est que parce qu’il pense, alors qu’en fait, en dehors de tout système philosophique, la pensée n’existe que parce que j’existe. Elle n’est qu’une des manifestations de l’être, comme l’amour. « Je suis, donc je pense » ?

Alors la dualité disparaît, le dualisme du sujet et de l’objet s’évanouit. Nous ne cherchons plus à saisir, car nous sommes ce que nous saisissons, le soi et le monde constitue une unité.

05/04/2018

Le sens cosmique

Comment définir ce lien intime qui peut surgir entre un objet et la conscience, entre la matière et l’esprit ? Il ne s’agit pas d’un mouvement de va-et-vient partant de soi et réfléchi sur l’objet jusqu’à une intensification de la conscience en présence de celui-ci. Il ne s’agit pas non plus d’une pénétration de l’objet par une perception plus vive et consciente jusqu’au plus profond de lui-même. Peut-être s’agit-il d’une sorte d’entrée en phase des rayonnements émis par l’un et l’autre créant un champ de vibrations concentriques. Ce champ a le pouvoir de nous sortir de nous-mêmes et de nous faire atteindre la conscience universelle tout en pénétrant au fond de l’âme.

Cette contemplation au-delà de l’objet modifie la perception du temps et de l’espace et introduit au Tout pénétrant l’être. Si tous, au même instant, pouvaient entrer en contemplation du Tout, ce serait l’éternité. Alors, la matière, créée par le Verbe retournerait au Verbe.

Peut-être est-ce la vocation de l’homme. La science rapproche la matière du Verbe et la philosophie le Verbe de la matière. L’art, peut-être, établit le pont entre les deux.

22/03/2018

étrange torpeur

Elle éprouvait une étrange torpeur, comme un désintéressement morbide de toutes choses, sauf à l’action, une action primaire, sans intérêt, sans but, mobilisant chaque geste possible du corps, occupations inutiles, mais nécessaires pour ne pas sombrer dans l’ennui. Et encore, l’ennui était-il possible à ce stade du détachement de la pensée, comme si tout ce qu’elle avait aimé, ces idées manipulées avec délices, s’était évadé d'elle-même.

Un grand besoin de paresse, d’hébétude, de torpeur qui l’entraînait inévitablement aux portes du rêve, un rêve permanent, qui n’a pas de motif, de sujet, mais seulement la consistance de l’anarchie turbulente de l’esprit.

Change d’air, lui conseilla-t-on, car celui-ci est vicié !

Alors, elle partit droit devant, sans savoir qu'elle se perdait.

16/03/2018

Etrange torpeur

Désespoir : symbiose entre la matière, tissu élémentaire du vivant, et le psychisme, propre à l’homme. Le désespoir est le résultat de ces contradictions, mais rien ne nous empêche d’aller au-delà, dans la confrontation du tout où l’homme trouve sa propre place dans l’évolution des choses.

Le désespoir est le défaut d’adaptation de l’être à l’évolution. Il existe sous de multiples formes, mais tout se ramène à cela : désespoir sociale le plus souvent, désespoir amoureux aussi, désespoir religieux.

Faire de l’individuel le collectif, de l’unique le général, tout en conservant à l’unique ses caractéristiques propres, mais enrichies.

08/03/2018

Présomptueux

En un instant, l'homme de chair vivante, de gestes inconnus, de paroles sans réponse, devient un corps raide, immobile, sans esprit. Un mort, matière revenue à la matière, qui, une seconde auparavant, était le monde.

La noblesse, la beauté, le savoir, puis le néant.

Il n'imagine pas le monde sans lui. Le monde est sa propriété, sa joie, sa raison de vivre. Quand il disparaîtra, le monde cessera de tourner.

06/03/2018

Pourquoi ne nous parle-t-on plus de l'âme ?

L’âme n’est plus un mystère. Elle n’existe plus. En avez-vous entendu parler ? Même au catéchisme, elle est ignorée le plus souvent. C’est vrai qu’il est difficile de parler de ce qui vous est le plus intime et dont on ignore tout au départ de la vie.

Mais, est-ce d’abord si sûr ? En réfléchissant les premières années de la vie sont un réservoir de l’approche de l’âme par les sensations et les quelques images qui nous restent de certains moments dont on se souvient encore, souvenirs qui viennent dont ne sait où, mais qui vous marquent au fer rouge. Puis en vieillissant, on ne perçoit plus cette aide. On se fait confiance à soi-même, c’est-à-dire à tout ce qui nous sollicite, attire nos sens et notre intelligence si peu que nous en ayons un peu (et tous nous en avons, Dieu soit loué). Il y a cependant des sursauts épisodiques qui nous ramènent à une réflexion irraisonnée. Souvenir d’adolescent : j’emmène une cousine une journée. Elle est jeune, belle, douce, amusante parfois. Nous avions déjà tenté de nous rapprocher par des contacts de mains, par des regards sensibles, par mille détails qui nous font dire qu’il faut aller plus loin dans l’aventure. J’étais heureux, comme elle je pense, de pouvoir le faire au cours de cette journée. Nous partons en voiture, parlons de choses et d’autres, chacun pensant à ce rapprochement des aimants qui s’attirent à une certaine distance. Nous étions proches de cette zone d’influence qui obligatoirement nous projette l’un vers l’autre. Après avoir laissé nos mains errer autour du changement de vitesse, elles finirent par se toucher, d’abord de manière occasionnelle, puis volontairement, jusqu’à se caresser, puis se serrer avec bonheur. Nos regards se croisent, nos yeux se disent des paroles qu’on ne peut proclamer, nous nous enflammons et nous rapprochons. Tout à coup, du fond de moi-même, au plus intime, monte cet interdit : « Non, tu ne peux trahir la confiance que t’a faite ton oncle en l’autorisant à venir avec toi. » Je doute de cette contre-pensée qui m’enlève une occasion d’expérience de la vie. Je poursuis nos serrements de mains, mais peu à peu le doute s’installe. « Tu ne peux trahir. On te regarde d’en haut et on sait ce que tu fais. » Idiot, me direz-vous ! Peut-être, mais efficace. Nous ne sommes jamais allés plus loin, un interdit était tombé venant du plus profond de moi et je n’ai pu que le suivre, finalement pour mon plus grand bien.

Mais l’âme est bien autre chose. Dans l’adolescence, elle se manifeste d’autres manières, dans ces bouffées de chaleur dont parlent les femmes et qui sont des trous d’air devant la beauté du monde et de la vie. Un souvenir : premier séjour en montagne, j’avais vingt ans. On montait en voiture sur des routes enneigées et la nuit tombait. Peu à peu, les lumières de chaque maison se sont allumées. Comme nous n’étions plus en plaine, elles s’accrochaient en hauteur, de manière féérique, comme des âmes dans le noir luisantes d’espoir. J’en ai conservé un souvenir merveilleux, comme une sortie de l’être ordinaire pour s’emplir d’évanescence. Sans doute d’ailleurs est-ce la présence des femmes qui me fit le plus prendre conscience de cette présence intime en nous qui nous dépasse et nous guide. Les femmes sont la mémoire de l’humanité pour ce qui concerne l’expérience de l’intimité personnelle. Elles ne disent rien, mais étendent leur filet de grâce sur vous et vous transforment en profondeur sans qu’on s’en rende compte, jusqu’au jour où l’on rencontre la femme. Elle devient votre modèle, vous modèle, vous projette hors de vous-même et vous fait entrer dans ce monde de l’âme où rien n’est écrit, mais où tout est légèreté palpitante qui ouvre au monde. Vous savez alors que vous avez une âme, qu’elle est plus qu’un guide ou qu’une morale. Elle est la vie même, au plus intime, plus vous-même que vous-même. Vous découvrez votre âme et vous la sentez. Elle est là, elle vous appartient et vous êtes heureux d’en posséder une.

François Cheng a écrit un livre merveilleux qui s’intitule De l’âme (Albin Michel, 2016). C’est une suite de sept lettres en réponse aux lettres d’une femme qu’il a connue autrefois quand elle était jeune et qu’elle osa, un jour dans le métro, alors qu’elle était assise en face de lui, s’assoir à son côté et lui parler de ses livres. Il lui dit : « Comment faites-vous pour assumer votre beauté ? » Et il s’interroge : « D’où vient que cette beauté soit ? » Sa réponse : « Il y a l’âme du monde qui aspire à la beauté, et il y a l’âme humaine qui y répond, par la création artistique, par la beauté intérieure propre à une âme aimante et aimantante – beauté du regard, du geste, de la donation, qui porte le beau nom de sainteté ». Vingt ans plus tard, elle lui écrit : « Je me découvre une âme. Non que j’ignorais son existence, mais je ne sentais pas sa réalité. Acceptez-vous de me parler de l’âme ? »

Lire et relire ce livre poétique et formateur à un mysticisme quotidien et naturel : la merveilleuse sensation d’avoir une âme et d’en vivre au plus intime de soi-même.

Nos contemporains balancent sans cesse entre le corps et l’esprit (ou l’intelligence ou la conscience ou le système nerveux ou… bien d’autres choses encore). C’est un équilibre instable qu’ils forment entre eux et ils sont tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. François Cheng nous dit, comme Pascal, que l’homme est constitué de trois parties : le corps, l’esprit et l’âme. Alors vient l’équilibre et l’homme devient adulte. Il sait où il va, ce qu’il fait, même si ce qu’il fait ou ce qu’il pense va à l’encontre des pensées du moment.

Dorénavant, non seulement cultivons notre âme, mais parlons-en. Elle nous enchantera et enchantera les autres.

14/02/2018

Découvertes

Le soir. Moiteur froide des couvertures. Cataplasmes des pensées du jour…

Pour se réchauffer des découvertes, il faut déjà s’en rappeler. Comme on oublie vite. Il importe justement d’apprendre à se souvenir de soi. Ce sont ces souvenirs qui nous forgent et nous modèlent.

Qu’ai-je fais aujourd’hui ? Qu’ai-je vu ? Qu’en ai-je retenu ? Chacun de ses souvenirs devient un trésor insoupçonné qui donne goût à la vie.

10/02/2018

Retrouver la stabilité dans le mouvement

Le monde moderne se définit par le mouvement. Il est la cause de l’anxiété de l’homme face à la vie quotidienne. Ce mouvement peut se dissocier en temps et déplacement, chacun de ces deux facteurs du mouvement étant psychologiquement contradictoire puisqu’un déplacement implique une perte de temps et une perte de temps demande une accélération du rythme.

Ce mouvement a bien sûr des conséquences sur la société. L’homme d’aujourd’hui se meurt hors de la société et il n’a jamais été aussi seul dans la société. L’apprentissage de la solitude volontaire est l’apprentissage de la connaissance de soi, alors que la solitude dans la société entraîne la révolte ou l’inaction. Le monde d’aujourd’hui est un monde de solitaires par obligation, aussi n’y a-t-il jamais autant eu de révoltés ou d’inactifs.

Le seul moyen de lutter contre la révolte ou l’inaction est de résister à la solitude involontaire. Elle est plus souvent morale que matérielle et est due au mouvement. Il faudrait redonner à la vie matérielle et spirituelle la stabilité qu’elle a perdue, retrouver les valeurs immuables.

 

03/02/2018

L’univers : un tout indissociable en mouvement

Qu’est-ce que l’univers : un agencement de la matière dans l’espace et son mouvement au cours du temps.

Sans matière, l’espace n’existe pas. Il n’existe que parce qu’il contient quelque chose. D’où la question : l’univers est-il finit ou non ? Sa finitude est étroitement liée à la question de la présence de matière.

Sans espace, le temps n’existe pas. Le temps n’est que parce que la matière se meut dans l’espace.

Sans temps, l’espace ne peut exister. Non seulement l’espace contient obligatoirement quelque chose, mais ce quelque chose qui est la matière est obligatoirement en mouvement C’est le mouvement qui crée le temps.

Sans mouvement, rien n’existe. L’univers est en perpétuelle vibration. Il est lui-même agissant, il est action.

Ainsi se rejoignent obligatoirement l’être et l’action. L’un ne va pas sans l’autre.

29/01/2018

L'autre porte

Nous avons beaucoup parlé de portes dans ce blog, autant réelles telles les portes cochères, qu'imaginaires. Mais nous n'avons pas encore parlé de cette porte qui permet de franchir le passage entre le moi et le soi, ou entre le monde naturel et le monde spirituel. C'est le moment.

 

Mais il est une autre porte, plus subtile et obscure, celle qui délimite l’extérieur de l’intérieur. Elle est légère, transparente et invisible. Elle se franchit sans passeport. Elle nécessite cependant que vous abandonniez une partie de vous-même à laquelle vous tenez énormément, ce moi qui court comme un rat et dont vous suivez les péripéties quotidiens.

Si vous parvenez à vous mettre sur la tranche comme ce miroir que vous tenez entre vos paumes par pression, vous contemplerez l’effet ciseau de votre position inusitée et pourrez progresser sans douleur dans le dédale des aventures humaines. Ce fil à couper le beurre que vous devenez possède la faculté de trancher la réalité. Vous connaissez le côté pile, les souvenirs du passé, le vécu du présent, l’ouverture sur le futur. Pourtant, le côté face a plus d’attrait. On l’éprouve de l’intérieur, tout apparaît en creux, vous chevauchez le masque de l’irréel et voyagez en éclair sans savoir ou vous allez. Vous découvrez les rêves d’antan, les exaltations du présent et l’espoir de l’avenir. Vous n’êtes plus vous-même, mais celui qui, en vous, toujours, a voulu poindre son nez et sur qui la porte s’est toujours fermée. Un œil, juste, derrière l’entrebâillement et vous êtes aspiré par un souffle divin qui vous précipite dans l’arène. Ce n’est plus le noir des portes précédentes, mais l’aveuglement de la lumière crue, blanche, aveuglante, qui vous libère. Vous ne pouvez fermer les yeux, mais ne pouvez non plus regarder. L’œil devient terre, globe, bille dont vous contempler la surface de l’intérieur, en creux, comme les hommes de la caverne de Platon. Et vous vous sentez bien dans cet espace non matériel, sur le tranchant de la vie, comme une lame de couteau face au fromage de l’abondance.

Alors vous entrez dans cette bulle légère, gobé sans discernement par son attrait imperceptible, vous flottez dans l’éther de l’imagination, sans idées préconçues, sans l’ombre d’un désir matériel, vous planez sur le monde sans vous y attacher et volez vers d’autres cieux, plus lointains et inconnus.

 

21/01/2018

La bise ou une poignée de main

C’est devenu une obligation. Je ne la connais pas et elle ne me connait pas. Un ami commun l’accompagne. Nous nous saluons, elle ne me tend pas la main, mais se penche vers moi, décontractée. Que faire ? Eh bien, j’en fais autant, car que faire d’autre ? Elle ne voit pas ma main tendue, la légère réticence à me pencher et à approcher ma joue de la sienne, malgré sa gentillesse et sa beauté.

Wikipédia nous dit qu’il peut s’agir d’un comportement social (une bise, voire un baise-main),  affectueux (un baiser) ou amoureux (un bécot, une embrassade, une étreinte). Certes, il nous explique que c’est un signe d’affection. Mais peut-on avoir de l’affection pour quelqu’un que l’on connaît peu, voire pas du tout, ou, inversement, peut-on n’avoir que de l’affection pour quelqu’un que l’on aime et que l’on désire ?

Ne parlons que de l’aspect social du baiser à l’opposé de la poignée de main traditionnelle en Europe, donc en France. Il y a encore peu (trente, voire cinquante ans), il ne venait à l’idée de personne de se donner un baiser au lieu de se serrer la main. Seuls les membres de la famille proche et les amis intimes s’embrassaient au lieu de se tendre la main. C’était effectivement un signe d’affection chaleureuse et non une règle de bienséance sociale. Les vingt ou trente dernières années ont vu proliférer les bisous et les signes de reconnaissance exagérés, entraînés par une jeunesse exubérante qui impose sa marque à la société. C’est ainsi, vous devez embrasser quiconque se présente à vous, connu ou inconnu, les femmes devant embrasser tout le monde, homme et femme, les hommes, dans la plupart des cas, s’épargnant d’embrasser les autres hommes. Mais cela arrive aussi. Quelle étrange coutume ! Et encore, nous n’épiloguons pas sur le nombre de baisers qu’il convient de donner, ni sur quelle joue il convient de commencer.

Tout ceci cependant n’explique nullement ce changement social et psychologique survenu au cours des cinquante dernières années (soyons large). Alors, plutôt que de chercher dans les coutumes et l’histoire le pourquoi du quoi, interrogeons-nous sur ce que nous ressentons nous-mêmes en agissant ainsi. Alors j’ai lu quelques commentaires, sur Internet bien sûr, concernant la question. Certes, une bonne partie de la jeunesse est pour, mais un certain nombre sont contre, ils préfèrent se taper dessus les poings fermés, cela fait plus virils entre hommes. Pour les femmes, il existe d’autres rites plus ou moins locaux. La journaliste écrivant cet article finissait en soulevant l’idée d’un paradoxe d’une époque ultra sexuée qui en a trop vu, trop touché et qui réclame de la distance.

Mais entrons plus avant dans le sujet. Tous nous avons  notre quant à soi ou notre pré carré, c’est-à-dire une barrière qui délimite notre intimité. Se serrer la main n’atteint pas celle-ci. Mais j’entre dans l’intimité de quelqu’un en l’embrassant. J’hume son parfum, je ressens la douceur de sa joue, je suis caressé par ses cheveux. Bref, j’entre dans sa bulle personnelle, celle qu’on ne dévoile qu’aux intimes aimés et aimables. C’est alors un signal fort au-delà d’une affection fictive et sociale qui ne veut rien dire et qui n’existe pas. A l’inverse du « Tout le monde il est beau, il est gentil ! », il s’agit de retisser des liens existant, de les entretenir, d’en amplifier la signification et de recréer une intimité perdue par l’éloignement. Il ne s’agit bien sûr pas d’intimité d’ordre amoureuse ou érotique, mais d’une intimité dépourvue d’intérêt, délibérément vertueuse au bon sens du terme.

Vouloir à tout prix forcer chacun à tel résultat est une gageure impossible, sans qu’il soit besoin de démonstration logique. Le baiser à tous, c’est une fausse bonne idée qui, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, n’améliore en rien les rapports entre les femmes, entre les hommes et entre les femmes et les hommes.

12/01/2018

Zéro

Zéro est le premier nombre
Il fut découvert le dernier
Il contient l’infini
Divisez-le par l’infini
Il redevient lui-même : zéro

Zéro à la puissance zéro
Est égal à un et non à zéro
Et il est impossible
De diviser tout nombre par zéro
Y compris d’ailleurs zéro

Ce nombre est un mystère
Peut-être celui de nos origines
Zéro puissance zéro égal un
Le zéro crée du nombre
A partir de lui-même
Il engendre le un

Et, au-delà, la numérotation

L’univers et tout ce qu’il contient
Fut créer à partir de rien
L’ailleurs est le monde du créateur…

Relier la matière à l’esprit
Le plus grand défi de l’humanité… 

©  Loup Francart

08/01/2018

La réalité du rêve

"L’X dévoile son nouveau film de marque à l’occasion des fêtes de fin d’année. Il raconte l’histoire d’une petite fille passionnée par les sciences, qui concrétise son rêve d’enfant : poursuivre une carrière scientifique.

A l’instar des enfants, celle-ci se lance dans une série d’expériences grâce aux objets de son quotidien pour réaliser son rêve, créer une combinaison spatiale. En dessinant, en prenant des mesures et en observant les réactions de ses expériences devant sa «baignoire-laboratoire» ou une cheminée, la petite fille redouble d’efforts pour réussir à confectionner cette combinaison née de son imagination. Ce goût pour la science ne la quittera pas et c’est ce «rêve d’enfant» qu’elle décidera de réaliser en choisissant une carrière scientifique." (A lifetime of science, présentation École Polytechnique, réalisateur Fabien Ecochard, décembre 2017)


07/01/2018

L'individu et la personne

O homme, regarde-toi,
Tu as en toi le ciel et la terre.
(Hildegarde de Bingen)

Fort du principe que l’homme est un monde en soi, qu’il est donc coexistant à l’univers, interrogeons-nous sur ce que les spécialistes appellent le psychisme ou la psyché. Pour se faire, remarquons dans un premier temps que cette discipline en est au B, A, BA de ses recherches. Elle reste une discipline empirique qui n’a pas encore établi une cartographie de l’esprit humain comme le fait chaque jour la cosmologie pour la matière et l’univers. Tirons justement de ce parallèle des enseignements pour comparer l’humain et le matériel et, plus précisément, le psychisme de la particule qui, elle-même, constitue l’homme.

Les recherches du siècle passé ont montré qu’il y avait deux façons d’aborder la particule : soit en tant qu’individualité, sous la forme corpusculaire, soit en tant qu’association avec le reste du cosmos, c’est-à-dire d’un point de vue ondulatoire qui codifie le comportement de celle-ci. La première façon permet de constater l’existence d’une individualité propre dotée de propriétés physiques qui la distinguent des autres. La seconde va plus loin. Elle personnalise cet individu en lui donnant une certaine liberté de comportement qui dépend bien des interactions avec l’extérieur, mais également de sa relation intime l’associant au reste de l’univers par une capacité de référence au passé grâce à une mémoire élémentaire.

En ce qui concerne l’homme, il est évident que cette capacité de mémoire et donc d’actes individuels est multipliée considérablement, d’abord par la naissance du règne végétal, du règne animal et enfin de l’arrivée de l’homme qui franchit le pas de la réflexion, c’est-à-dire non plus seulement en interagissant sur son environnement, mais en s’interrogeant sur lui-même et sur la façon dont il interagit.  En conséquence, il envisage le monde et lui-même non seulement dans sa place par rapport au monde, mais également en tant qu’individu (son aspect corpusculaire) et personne (son aspect ondulatoire).

Comme l’explique Jean E. Charon[1], l’être se différencie d’autant plus du néant qu’il est uni à tout l’univers. Theilhard de Chardin disait que l’être d’autant plus personnalisé qu’il est ainsi plus uni, une union qui différencie. A quoi cela tient-il ? Jean E. Charon explique  qu’avec l’homme apparaissent de nouvelles associations au Tout, celles obtenues par structuration des informations en provenance du cosmos. Ainsi l’homme peut se constituer un moi personnel au-delà du moi individuel (mais le comprenant) d’autant plus fort qu’il s’emplit de plus de connaissances et de plus d’amour.

 

[1] L’homme à sa découverte, Éditions du Seuil, Paris, 1963, p.109.

03/01/2018

Nouvel an

L’année, verte d’abord, a rougi longuement pour tomber encore sur le parterre blanc de son jour de mort. Elle n’est plus aujourd’hui. Doit-on la regretter ? Dans ce regret du passé et cet espoir du futur, que reste-t-il pour le présent ? Des gouttes d’eau, des flocons de neige, de la glace sous les pieds, les sons d’une mélodie et les pas étouffés de la rue en vacances.

Serait-ce tout ?

Demain, je ferai…

Toujours cette éternelle pensée qui s’échappe d’un jour à l’autre, d’une année à l’autre et qui se retrouve sous les dalles du souvenir, blottis à leur chaleur. Peut-être cette année l’enterrera-t-on dans le puits où sombrent les jours passés ?

01/01/2018

Renouvelons nos vœux les plus intimes

Nouvelle année, nouvelle tempête… Mais ces mots et ces tempêtes ne sont qu'extérieurs à nous-mêmes. Avons-nous également pensé à renouveler nos vœux les plus chers et les plus intérieurs, ceux qui nous tiennent au cœur parce qu’ils sont plus que ceux que chérit ce moi de tous les jours.


N’oublie pas ce que tu as voulu être
Ce que tu veux être
Et celui que tu voudras être au moment final
N’oublie pas ce soi que tu caches derrière ton moi,
N’oublie pas ton âme au-delà du corps, des sentiments et de l’intelligence
N’oublie pas cet être inconnu ou peu connu que tu caches au plus profond de toi
Celui qui t’enchante, qui te guide, qui t’attire
Qui est plus toi-même que toi-même

A lui, adresse tes vœux intimes
Renouvelle tes promesses intérieures
Redonne vie à cet être inconnu
Qui n’est le plus souvent qu’un reflet
Et qui parfois t’encombre et que tu délaisses

Redis-lui ton espérance
Chante-lui ta joie de vivre
Qu'il t'insuffle ton amour du beau
Qu'il t'aide à tendre vers le bien
Et toujours te tourne vers le vrai

Tels sont les vœux que nous vous formulons
Ceux que nous nous souhaitons à nous-mêmes
Réalisons ce que nous n’avons pu faire
Le regard toujours tendu vers l’avenir
D’un être meilleur que nous pouvons être
Si nous acceptons de nous regarder tels que nous sommes
Pour tendre vers ce que nous voulons être

26/12/2017

Le mur quantique de la noosphère (2)

Ce monde invisible ou plutôt ces mondes invisibles s’abritent derrière une frontière perceptible  que certains appellent le numineux. Le numineux est, selon Rudolf Otto et Carl Gustav Jung, ce qui saisit l'individu, ce qui venant « d'ailleurs », lui donne le sentiment d'être dépendant à l'égard d'un « tout Autre ». Là la compréhension du monde est en effet toute autre. Le mystère divin se laisse entrevoir, mais sans jamais se dévoiler réellement. Le réel et l’imaginaire peuvent se confondre. L’intérieur et l’extérieur de l’être se côtoient. Mieux même, ils s’appuient l’un sur l’autre. Le numineux procure un état de fascination et d’effroi conjugués. C’est une frontière marquant le passage d’un état à un autre, entre le monde matériel et le monde immatériel, mais bien réel de l’esprit. Le numineux est la frontière perceptible du passage du Moi vers le Soi.

Ce monde invisible peut commencer par le monde astral, c’est-à-dire le monde des expériences et des rencontres ésotériques. Il se caractérise par des expériences hors du corps (transes, bilocation, translation, dédoublement, décorporation, lévitation) ou par la présence d’entités de nature très diverses qui peuvent être maléfiques ou bénéfiques ou encore par des sensations (bourdonnement, voix, rires, légèreté, sensation d’énergie, de légèreté, de chute dans un trou, etc.). C’est un monde dans lequel les sensations peuvent être vraies ou imaginaires, comme le monde quantique dans l’univers physique. Ainsi l’ésotérisme pourrait disposer de ses propres lois, inintelligibles pour un esprit rationnel.

Mais plus profondément et sans passer par l'ésotérisme, le monde invisible ne se dévoile que dans la perte de sentiment du Moi. Il ne s’agit pas réellement de la notion de Moi telle qu’elle est développée en psychologie et en psychanalyse, comme, par exemple,  le soi primaire des nouveau-nés de Michael Fordham ou le soi de la pyramide des besoins d’Abraham Maslow (notion d’accomplissement de soi), ou encore la notion de concept de soi et d’estime de soi en psychologie sociale. Tournons-nous plutôt vers la notion d’un Soi au-delà du moi, qui ne se dévoile que lorsque l’être a pu se débarrasser de ce moi encombrant qui l’empêche d’accéder à une autre vision et à un autre monde, qui est tout autre que ce que le moi permet de percevoir du monde qui l’environne. C’est le Soi dont parlent les sages hindous, les maîtres du zen ou les mystiques des religions, même si ceux-ci emploient d’autres mots pour qualifier cet état d’être.

Pour faire une comparaison hasardeuse, on pourrait dire que l’idée de numineux s’apparente à l’existence, concept maintenant démontré, de trou noir en cosmologie. Le trou noir possède un champ gravitationnel tellement intense, qu’il empêche toute forme de matière ou de rayonnement de s’en échapper. Il est défini comme une singularité gravitationnelle occultée par un horizon absolu appelé horizon des évènements.

On pourrait également qualifier ce monde invisible de lieu de réunion des contraires, mais il est plus probable que ce lieu de réunion des contraires soit le véritable monde spirituel, rassemblant les contraires, c’est-à-dire le matériel et le spirituel, le réel et l’imaginaire, l’être le non-être.

Ce n’est pas encore le monde spirituel, car le monde spirituel est un monde sans temps ni espace, donc ni mouvement puisque le mouvement exige de l’espace pour se déplacer et du temps pour accomplir ce déplacement. Il est très vraisemblablement sans corporalité physique, mais peut-être pourvu d’une autre corporalité de nature différente telle que l’âme.

18/12/2017

Le mur quantique de la noosphère (1)

La poésie et l’imagination peuvent amener à des découvertes surprenantes. Cette nuit, devisant avec moi-même dans la cuisine devant un bol de café, s’assimilèrent en un éclair le monde physique et le monde des idées, c’est-à-dire la noosphère. Dans ce dernier monde, on navigue entre des idées, des impressions, des sentiments, des réactions, bref, en un univers ordonné et cohérent dès l’instant où l’on a su le découvrir avec rationalité et en tirer quelques règles relativement simples. Cette cohérence est donnée par la parole qui lie entre elles les représentations visuelles, sonores, tactiles, gustatives, odorantes et qui permet de les exprimer et de les partager. On pourrait dire que la parole est comme la gravité, elle maintient en cohérence le monde des idées qui nous entoure et nous permet d’appréhender la vie.

L’homme a toujours senti une attirance pour aller au-delà de notre monde physique. Tous les grands mystiques, chercheurs, artistes ont tenté de faire comprendre à leurs contemporains cette vision d’un monde tout autre qui les a transformés. Ils se sont exprimés selon l’objet de leurs recherches, mais derrière les apparences, c’est bien une même présence qui les attire et à laquelle ils consacrent leur vie. Certes, ce nouveau monde n’est pas perceptible directement et ne se dévoile jamais clairement. Mais des éclairs d’intuitions ont fait franchi le mur à ces élus et pénétrer dans le calme et la tempête, là où le temps et l’espace n’existe plus. On pourrait comparer cela à un trou noir du monde de la matière, mais c’est ici un trou blanc qui éclaire et guide la vision. Quelle exaltation les saisit ! Ces éclairs les transforment, les allègent, les enchantent. Revenu dans le monde habituel, ils ont contemplé leur vie et décidé d’approfondir cette surprise stupéfiante : il y a un monde invisible derrière le monde visible.

De même qu’il y a une frontière conceptuelle entre le monde de la physique gravitationnelle et le monde de la physique quantique, l’un et l’autre se comportant avec des lois différentes, on constate, par expérience personnelle, l’existence d’une frontière entre le moi bien ancré dans notre monde physique habituel et le soi appartenant au monde du sacré ou monde des symboles dont parle Jung. Peut-être même peut-on dire que ce monde qui se dévoile à nous est en lui-même une frontière qui mène au monde spirituel, frontière entre le moi et l’âme. Disons frontière parce que cet état est trouble et fait vivre dans les deux mondes sans que le choix soit fait définitivement par celui qui l’expérimente. Numineux, tel est le terme que certains emploient. Et ce terme est volontairement à double sens : d’une part, fascination à l’égard de la perception du divin et séduction  par cette présence immatérielle, d’autre part effroi et terreur  face à l’incompréhensible et au mystère. L’expérience de ce numineux est donc trouble et difficilement définissable, de même que l’expérience entre le monde physique géré par la gravitation et le monde quantique dont les lois sont fondamentalement différentes. Ainsi, dans le monde quantique, on peut être et ne pas être en même temps, comme l’a mis en évidence l’expérience du chat de Schrödinger à laquelle le physicien Everett a donné une étrange explication. L’univers serait une immense onde quantique, somme des possibilités et impossibilités de tout ce qu’il contient, imaginables ou non, toutes ces possibilités existant simultanément, comme autant de chats à la fois morts ou vivants. Toutes les possibilités existent à chaque instant, mais elles ne sont pas visibles. Il existerait donc une inconcevable multitude d’univers parallèles où toutes les possibilités sont réalité.

Pour ce qui est du monde de la pensée que l’on pourrait également appelé monde de l’information, on constate la même frontière entre le monde du rationnel (celui de la noosphère, somme des pensées sur le monde physique) et le monde spirituel ou monde du sacré, seul accessible par le numineux, état trouble et indéfinissable qui contraint l’être à revoir sa vision de l’univers et de la vie. Mais ce n’est que l’ouverture sur plusieurs mondes : le soi permet d’accéder à la connaissance de l’âme, entité du monde spirituel, puis, au-delà, au monde du Tout divin que certains appellent le Tout autre pour ne pas employer un terme rappelant celui de "Dieu", trop empli d'appropriations exclusives.

14/12/2017

Solitude et révolte

L’homme d’aujourd’hui se meurt hors de la société et il n’a jamais été aussi seul dans la société.

L’apprentissage de la solitude volontaire est l’apprentissage de la connaissance de soi, alors que la solitude dans la société entraîne la révolte ou l’inaction. Le monde d’aujourd’hui est un monde de solitaires par obligation, aussi n’y a-t-on jamais autant vu de révoltés et d’inactifs.

Le seul moyen de lutter contre la révolte ou l’inaction est de résister à la solitude involontaire. Elle est plus souvent morale que matérielle et est due au mouvement.

 

Redonner à la vie corporelle et spirituelle, la stabilité qu’elle a perdue,

Retrouver les valeurs immuables.

 

10/12/2017

Le professeur de philosophie et de physique

Ce professeur était un homme remarquable, à la fois professeur de philosophie et de physique dans les classes de terminale. Il maniait les concepts scientifiques avec autant d’aisance que ceux de philosophie. Sa salle de classe était une toute petite pièce disposant d’une fenêtre  qui donnait sur un puits de lumière, sans autre paysage que le mur d’en face à 2 m de distance. Les élèves étaient serrés ; des tabourets permettaient de s’assoir derrière des tables en fer gondolées. Mais peu leur importait, ils entraient dans le salon de Mme de Sévigné, dans la chambre d’un philosophe ou dans le laboratoire d’une université américaine.

Ils l’avaient surnommé Einstein. Il s’appelait Monsieur Moréas. Il portait comme le célèbre savant des cheveux crépus en envol autour de sa tête et se laissait pousser une petite moustache. Il marchait lentement en raison de son âge, un peu courbé, mais ses réparties étaient fulgurantes et drôles. Nous l’écoutions religieusement, subjugués par son verbe.

Il disserta un jour sur la femme enchanteresse du monde : « La femme est une amphore, serrée à la taille, s’élargissant aux hanches, sans angles droits, une courbure parfaite, façonnée pour la procréation. La femme est la poésie de la terre, elle nous donne le goût de vivre par sa simple beauté naturelle. » Ses camarades jeunes filles en rosissaient, quelque peu gênées, mais fières de cet hommage du vieux professeur.

Il éclairait sur l’origine du monde, leur parlant du Big Bang, étrangeté à l'époque, tout en gardant le mystère de la création présent dans son discours. Il les initia à la pensée logique, à l’imagination créatrice. Homme complet, il avait un sourire charmant dont il usait lorsqu’il disait quelque chose de personnel et le plus souvent en plaisantant. Sa pensée était profonde, mais il parlait comme s’il disait des choses banales et ses élèves ne soupçonnaient pas les trésors qu’il leur divulguait. Ils l’ont tous remercié à la fin de l’année.

Il n’a qu’un regret, c’est de ne pas l’avoir revu. La jeunesse oublie, préoccupée par son entrée dans la vie adulte.

03/12/2017

La création artistique

 

Il faut un thème à chaque création artistique, sinon l'art tombe dans la facilité de certains surréalistes et devient une sorte d'automatisme psychologique qui, bien que naissant d'une même aptitude à saisir les rapports, est opposé à l'art, car il ne possède pas cette réflexion qui doit épauler la création.

 

25/11/2017

Louange

Des couleurs à la non couleur… du bruit au silence bienfaisant…. Du mouvement à l’immobilité…

Et ces mouvements infimes de l’action à l’être ébranlent progressivement la certitude. Qu’est-ce que la vie ? Une étincelle. Entre les yeux, ce vide intense qui éclaire tout. Ce n’est pas le néant. Ce n’est pas le rien. C’est l’infini imaginaire, encore plus puissant que l’infini matériel. Une tornade impalpable qui tourbillonne, puis se calme pour devenir aussi tendre qu’un baiser. Et c’est la jonction entre ces deux infinis, quels qu’ils soient, qui produit l’étincelle.

 

L’émotion éprouvée par l’âme est faite de rires et de sanglots,

Parce que seule l’âme est sensible aux contraires

Et perçoit les différents aspects des choses.

01/11/2017

Salon du livre

Samedi prochain, à la Mairie du XV°, a lieu l’après-midi du livre des écrivains combattants au cours de laquelle les écrivains de l’association présentent et dédicacent leurs derniers livres. Cette après-midi est l’occasion de feuilleter les derniers livres d’auteurs très divers, politiques, industriels, chercheurs, journalistes et bien sûr écrivains. Une après-midi passionnante dans les entrailles des auteurs… J’y participe et serai heureux de vous recevoir à mon stand, sans aucune obligation d’achat.

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Les auteurs :

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30/10/2017

Coucher et marcher à la belle étoile

L’arbre pénètre de sa solitude la terre dénudée, l’herbe rare siffle entre les jambes, le soleil huppe de gaîté la cime des pins.

Dans ma tente, une maison de toile à l’ombre gigantesque au matin, je devine la nuit le bruit de l’arbre qui se gratte l’écorce, de la fleur qui minaude à l’ombre de la lune. J’entends aussi la quiétude des respirations, un dormeur qui se retourne sur son lit de paille, la toux d’un inquiet sous ses couvertures.

Souvenirs de manœuvre, quand dans la poussière, tu rêvais au calme d’une vallée où coule l’eau fraîche.

Brusquement, réveil. « Vite, debout, nous partons ! » Où, je ne sais. Pourquoi, encore moins. Mais c’est ainsi. Déjà les derniers hommes quittent le campement. Voilà, c’est bouclé ! Le sac arrimé sur le dos, la marche reprend dans la nuit. Il fait frais, mais bon. Je sens la fraîcheur de l’aurore qui sommeille encore avant de naître en douceur. Je ferme la marche. Devant, mon prédécesseur enfonce ses grandes jambes dans les herbes hautes. Je ne vois plus que son buste s’agitant bravement. Une route qui s’étire mollement entre les ombres arborescentes. C’est bruyant, mais la marche est simplifiée. On sait où le pied va, car sa résistance est toujours semblable. Elle berce la volonté et lui donne un fond de vérité tranquille, doucereux, plutôt qu’un combat permanent contre soi-même.

Je m’éveille complètement, léger, attendri par l’air rafraîchissant, allégé des miasmes de la nuit, aux aguets d’un jour nouveau, exaltant parce que différent des habituels matins. Les sens exacerbés, je vais au bout de moi-même, ouvert à tous les vents, délivré de ce moi qui me pèse et m’empêche de marcher. Le ciel est étoilé et un sentiment de profonde reconnaissance naît dans l’intimité de la solitude. Je pourrais marcher des jours dans cet état second où le rien devient tout.

26/10/2017

Vestale

Vestale flamboyante, tu joues avec le feu et danses sur les braises. Peut-être un jour saurons-nous briser la barrière de glace de l’aquarium et mêler leurs éléments divisés ? Le combat des chevaux contre les hydres marines prendra fin au lever du jour.

Ici, "pâlement" dépendant des murs gris de l’ennui, je rêve à une icône qui possède tes yeux. Elle éclaire le coin le plus sombre de la pièce où je réfugie parfois mon regard de souvenirs. Mais si j’allonge le bras vers elle, elle disparaît subitement à l’éclat des ongles qui sont autant de petits miroirs, vestiges de la réalité.

01/10/2017

L'artiste

Dans un petit livre intitulé Sur la falaise (Salvy éditeur, 1993), Gregor von Rezzori fait un constat amer. L’artiste expérimenté n’a pas d’autre objet que lui-même et pour entretenir cet objet, il bluffe. Certes, à un moment ou un autre, l’inspiration l’a sorti du lot. Il a trouvé la forme (il est sculpteur) parfaite, une forme jusqu’ici  jamais sortie du ciseau d’un artiste. Ce moment d’inspiration est devenu routine. Il reproduit la forme, les formes, sans que son public le remarque. Mais c’est toujours la même forme, unique, qui se défraîchit au fur et à mesure où l’envoûtement du public croît. L’artiste devient imitateur de lui-même. Il reproduit toujours la même idée qui peu à peu s’épuise et meurt. La forme devient sans forme, un tas de matière sans vie alors qu’auparavant elle rayonnait de puissance non feinte.

« Je connais trop bien l’art, c’est-à-dire les artifices, les astuces, dont ce sert un artiste pour produire quelque chose qui fasse figure d’œuvre d’art. Je connais l’art de donner un dernier coup de pouce qui fait la qualité ultime du produit, lui donne l’apparence d’être réussi », écrit Gregor von Rezzori. « Tout dépend de la qualité du bluff. »

Cet aveu semble sincère. L’artiste cache sa misère derrière l’arrogance de sa supériorité. Qui d’autre que lui pourrait faire de même, pense-t-il. Il se gonfle de sa présence ; la démultiplie, met en valeur son objet, lui-même, sous tous les angles, mais toujours lui-même, d’autant plus que l’objet artistique n’a rien à voir avec lui.

Quelle psychanalyse acerbe : je me regarde dans le miroir et ne vois que moi, toujours. Mais est-ce si vrai ? Ce pessimisme est-il le reflet de la réalité ? On pourrait penser au contraire que l’artiste donne au monde sa vision la plus détachée de lui-même, une vision qui lui semble universelle, loin de son petit personnage et de son moi encombrant. Il semble même que le véritable artiste doit être dépersonnalisé, c’est-à-dire si concentré sur son œuvre, qu’il s’en oublie lui-même. Alors, l’esprit du monde apparaît dans la forme particulière réalisée. La part de divin que détient chaque artiste, qu’il soit croyant ou non, transparaît, l’invisible devient visible par sa main. Ce n’est plus du bluff, mais l’effet de la grâce qui réalise l’œuvre parfaite qui non seulement contente l’artiste, mais également son public. Au-delà de l’ici et maintenant, apparaît l’absence qui rend plus présente la présence. Absence de soi, présence de l’autre, l’inconnu, le vide plein, le monde sans artifice.

30/09/2017

Un rêve

Un rêve est-il vrai ?
Ou plutôt, un rêve est-il réel ?
Comment répondre à cette question ?

Le rêve t’embarque et tu vas
Attentif aux personnes et aux biens
Mais sans pouvoir sur eux
Alors qu’eux abusent de toi
Le rêve t’impose son déroulement
Et choisit lui-même son rythme
Tu te souviens même avoir déjà vécu
De semblables circonstances
Qui, parfois, t’ont amené à d’autres réactions

Le rêve t’entraine en d’autres territoires
Où la volonté importe peu
Seul compte la ténacité et l’honnêteté
Le courage reflue en toi
Tu te sens invincible, mais précaire
L’ombre ne suffit plus à te cacher
L’opprobre t’accompagne malicieusement  
Jusqu’au point de rupture
Là, tu sors ton mouchoir et le tache
De ton sang rouge et brillant

Mais ton souvenir va au-delà
Dans l’azur bleuté de la liberté
Vers ce que certains pensent folie
Et que tu baptises vérité
Celle-ci serait-elle le vide
L’absence de pensées, voire d’existence ?
Oui, je comprends, quelle folie !

La liberté ? Ne plus avoir à choisir !    
Tout s’impose par soi-même
Le choix est contrainte et effort
Il faut peser le pour et le contre
Hésiter entre deux maux ou deux biens
Comment ne plus pouvoir choisir
Et, malgré tout, y être astreint
Quelle prison imaginaire…

Le rêve le plus réel pourrait-il n’être
Qu’un rêve vide d’images et de sons ?
Dans ce cas rêve et réalité se rejoignent

Finalement qu’est-ce qu’un trou noir :
Un passage entre le palpable et l’impalpable
Entre le zéro et l’infini
Entre le tout et le rien
Entre la réalité et le rêve ?
Qu’en sais-tu puisque personne n’en revient !

 

24/09/2017

L'ennui

L’ennui, cette maladie incurable de notre temps. Sans doute tient-elle à un défaut d’adaptation de l’âme au monde matériel. L’homme ressent souvent cette blessure ouverte sur l’immatérialité, mais il ne prend pas suffisamment la peine de chercher à la saisir et l’analyser. Lorsque cet univers nous est apparu une fois, plus rien ne saurait nous détacher de sa recherche permanente et il y faut de nombreuses heures où l’ennui n’a pas cours. L’ennui n’est donc qu’un effet de la pesanteur et son remède est dans l’allégement des pensées.

Comment peut-on s’ennuyer une fois qu’on a conçu l’incroyable travail qu’il reste à accomplir à l’homme pour se libérer de sa matérialité. D’abord la comprendre, puis la dominer pour accéder à une conscience ontologique de l’univers.

 

20/09/2017

Peinture et temps (2)

Dans la peinture, la recherche de l’énergie spirituelle passe par la transparence. Étaler des couleurs ne signifie pas être artiste. Engluées, les impressions sont noyées dans la masse dans laisser sortir l’étincelle de la réalité des choses. L’apparence est opaque, c’est un voile de matière dont il faut se dégager. Derrière se cache la réalité supérieure englobant la matière et l’esprit. La matière est alors plus libre, plus mouvante, gérée par de nouvelles lois où la pesanteur n’a rien à voir, elle possède alors une énergie intérieure. C’est le rôle de l’artiste  de créer cette énergie à partir de sa matière, tout comme le scientifique crée l’énergie à partir de l’atome.

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Accéder à la réalité des choses, c’est dévoiler l’apparence de la matière, découvrir la transparence de l’objet quotidien, de l’événement de tous les jours. Cette réalité de la matière est cachée par l’opacité que lui donne notre regard habitué à la masse des objets. Notre pouvoir de préhension a éduqué le regard et par là même l’esprit. L’œil ne sait plus percer comme le doigt dans un liquide la surface de l’objet. Il faut repartir de l’idée que le solide n’est solide qu’au toucher, mais peut devenir liquide à l’esprit. Alors la forme perd de son apparence, de sa masse, s’affaisse, se défait, se dilue dans l’espace et découvre sa vraie réalité. Le peintre doit traduire la forme par l’idée de la forme.

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19/09/2017

Peinture et temps (1)

« Le temps d’exécution d’un tableau peut intervenir dans la nature même de la forme. L’exemple topique de ce fait est l’œuvre de Nicolas de Staël dans les tableaux qu’il exécuta entre 1946 et 1947. Suivant la manière dont il pose la couleur, il peut accélérer ou ralentir la forme (le passage du pinceau laisse une trace visible dans l’épaisse couche de matière). Cette tension intérieure qu’il confère à sa composition n’est autre que le temps devenu espace sur la surface de la toile. Il s’agit alors de rechercher un accord possible entre les différentes tensions (on pourrait dire vitesse et même énergie) : les formes lentes qu’il réserve aux parties de la composition conçues en retrait, recouverte d’une surface lisse qui les rend presqu’immobiles en comparaison des autres formes. Celles-ci, souvent effilées, traversent le tableau en tous sens, chacun obéissant au rythme que la main du peintre et le pinceau ont imprimé dans la matière même de la couleur »[1]

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On ne peut dire bien sûr que le temps a été fixé sur la toile, mais on a accumulé sur celle-ci une certaine énergie qui est l’expression inconsciente du temps. Peut-être l’esprit sera-t-il capable un jour de fixer, de désolidariser les quatre dimensions du temps ; passé, présent, futur et être (l’existence est fonction de cette énergie elle-même issue de l’énergie divine).

 

[1] Dora Vallier, L’art abstrait, 1967.