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24/07/2017

"Un sourire et quelques mots", essai de Loup Francart

A vous qui errez dans votre être sans le comprendre,
A vous qui cherchez la lumière au-delà du moi,
A vous qui entrevoyez derrière votre histoire personnelle
Ce vide qui possède avec sobriété l’attrait du plein,
Ouvrez ce livre et laissez-vous prendre
Par ses anecdotes, réflexions, interrogations
Qui vous ouvrent la voie et incitent au retournement.

 

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06/07/2016

Liberté (3)

Seuls peuvent accéder à la liberté
Ceux qui découvrent la frontière intérieure
Là où le moi n’est plus qu’un souvenir
Là où le soi vient sans être appelé
Dans cette magnifique solitude
Où vole, extasié, celui qui n’est plus rien
Il a franchi  le point de non-retour
Il a atteint le trou noir de la non-révolte
Il n’est plus et il est, vrai humain
Et presque Dieu parce que si proche
De celui qui l’a créé pour le faire
Egal à lui en toute liberté
Au-delà du cosmos, libre de toute pensée
Il va dans le monde et veille sur lui
Par la simple expression de son ouverture
Qui lui donne l’amour par filiation
Sans effort, en toute vérité

Alors, la liberté c’est le choix de se tenir droit
Dans la joie comme dans l’adversité
De ne se laisser atteindre par rien
D'être vivant parmi les vivants
Sous le regard de la beauté de la création
Insensible à la mort
Présent ici et maintenant
Un point dans l’univers
Devenu le cosmos entier
Une flèche entre celui-ci
Et celui qui est de toute éternité

©  Loup Francart

04/07/2016

Liberté (1)

Liberté, mot chéri de notre langue
Combien de fois as-tu été prononcé ?
Tu te pavanes dans la bouche du pouvoir
Tu te déhanches devant le micro médiatique
Tu t’ébroues au milieu des anarchistes
Tu étais pourtant bien parti parmi les Hellènes
Platon t’ajustait en bulles sphériques
Qui explosaient à la face des ignares
Socrate, qui ne l’a pourtant jamais écrit
Voit la liberté supérieure à la vie :
Mourir pour atteindre l’universalité
De la pensée et de la morale humaine

Tu montes telle une pyramide infinie
Devant des yeux écarquillés
La liberté se paye et se gagne
Elle n’est pas ou elle est
On la vit à chaque instant
De différentes manières
Elle s’adapte à chacun
Elle se prête à toutes les combinaisons
Elle prend toutes les formes possibles
Jusqu’à celle d’un nourrisson endormi
Elle t’accompagne toute ta vie
Et te contemple dans tes efforts
Même prisonnier ou mourant
Tu gardes ta liberté d’homme
Jusqu’à ton dernier souffle
Celui qui te conduit vers l’ultime :
La dignité devant la mort

©  Loup Francart

07/05/2016

Vieillesse

Peu de gens savent être vieux.

(La Rochefoucauld, Maximes, 423)

 

C’est une belle maxime. Mais est-elle vrai ou non ?

Considérons tout d’abord qu’une maxime n’est pas conçue pour représenter la vérité, mais pour mettre en évidence des vérités qui font mal. Donc peu importe si elle est vraie ou non : est-elle révélatrice de beaucoup d’êtres humains en mal de vivre ou… de mourir ?

Considérons également le fait que certaines personnes ne s’imaginent pas vieux. Elles trainent une jeunesse éternelle comme un poids mort et s’en porte bien, ou, au moins, mieux que ceux qui s’en vont libres comme l’air, vers les derniers instants. Ces derniers sont les plus chanceux. Ils ne se posent pas la question. Peu leur importe, cela viendra le moment venu, subitement et ils n’y prêteront qu’un intérêt curieux : qui a-t-il ensuite ? Pour les premiers, le moment viendra d’une déchéance subite qui leur fera grincer les dents. Ils n’auront pas accompli ce pourquoi ils étaient nés.

Mais, au fond, qu’appelle-t-on savoir être vieux ? Ne dit-on pas que rester jeune est avoir des projets ? Si tel est le cas, pas mal de vieux ne sont pas vieux. Il y a ceux qui ont toujours des projets en tête et qui, de plus, les réalisent. Il y a également ceux qui ne peuvent plus ou n’ont plus le courage de les réaliser. Il y a enfin ceux qui, toute leur vie, ont eu des projets, mais n’en ont jamais réalisé un seul. Ah oui, il y a quelques intermédiaires qui ont réalisé un projet et qui, épuisés, se sont arrêtés, par fatigue ou fierté.

Alors être vieux est-ce ne plus avoir de projet, sachant en toute connaissance de cause, que ce n’est plus raisonnable à leur âge ? On est alors bon pour l’hospice où la vie s’écoule sans secousse ni intérêt, sauf pour une visite où l’on se rappellera quelques épisodes de la vie passée sans pouvoir vivre un épisode présent.

Il y a de ces vieux dont la seule préoccupation est de s’inquiéter sur son voisin et même ses proches (sur et non de, car cela n’est plus de mise pour lui). Ils se focalisent sur les qualités ou les défauts des autres, plus souvent d’ailleurs sur les seconds, et ratiocinent sur ce que ceux-ci ont fait, font ou feront. Ils vivent de la vie des autres, à défaut de vivre leur vie jusqu’au bout.

Il y a également ceux qui ne se préoccupent que d’eux, c’est-à-dire de leur santé. Ils ont mal partout, sont morts tous les deux jours, mais vivent jusqu’à cent ans pour ennuyer ceux qui les entourent.

Ainsi donc, nombreux sont les vieux qui ont l’âge ou non d’être vieux ou qui l’ont même dépassé. La vieillesse n’est pas liée au temps universel et mathématique. Elle s’accommode du temps psychologique, un temps élastique possédant des nœuds et des trous que fait le récipiendaire au gré de son humeur. Viens le moment où le trou existe seul : il est passé de l’autre côté.

Alors, qu’est-ce que savoir être vieux ?

C’est voir les choses de haut, comme le gardien de phare dans la tempête. Les vagues s’écrasent à ses pieds, ébranlent le phare, mais sans l’inquiéter un instant. Il en a vu d’autres !

Mais cela suffit-il ? Sûrement pas. Ce serait l’indifférence plutôt que la vieillesse heureuse. Cette hauteur ne lui permet plus de se confondre dans l’arène. Il regarde ses actes avec recul, comme s’il disposait de jumelles à l’envers. Et il juge sans toutefois regretter. Il est trop tard. Il est présent pleinement, encore dans le futur, toujours dans le passé, mais comme enseignement du présent et de l’avenir. Le regret n’a pas lieu d’être.

Enfin, et c’est là l’essentiel, il a oublié les tracas, les querelles, les peines et les haines, il ne conserve que ces instants inoubliables d’oubli de soi, quand le cœur et le corps sont ouverts à l’infini et respirent un air céleste, enchantant ses voisins. Ces instants de pur bonheur où l’absence du moi fait du monde ce soi qu’il a cherché toute sa vie.

Alors il peut laisser la vie partir. Il lui fait un clin d’œil et se retrouve de l’autre côté sans avoir le temps de dire ouf.

05/01/2016

Maxime, à la manière de La Rochefoucauld

 

C’est au fond de soi que l’on trouve le meilleur.

Mais cela nécessite l’oubli total du moi.

 

02/12/2015

Le zéro

Le zéro est-il un nombre ? Peut-on dire que rien est un nombre à l’égal du un ou deux cent ou mille ?

Ce rien qui représente malgré tout quelque chose fut inventé il y a mille huit cent ans en Inde. Le mathématicien Brahmagupta dans son livre intitulé Le commencement de l’univers définit le zéro : « Le zéro est le résultat de la soustraction d’un nombre de lui-même ». A son époque, si l’on retirait deux pommes de deux pommes il n’y avait pas de résultat. Brahmagupta donna un nom à ce rien, le zéro et afirma que ce nom est un nombre et non rien. Il écrivit ainsi la règle : « Quand zéro est ajouté à un nombre ou soustrait d’un nombre, ce nombre reste inchangé » et il ajouta « le produit d’un nombre multiplié par zéro est zéro ».

Est-ce si évident ? Pourquoi pour l’addition ou la soustraction par zéro, le nombre multiplié ou soustrait reste le même et pourquoi lorsqu’il s’agit de multiplication ou division ce nombre devient égal à zéro ? Que dire alors de zéro divisé par zéro ? Il n’y a pas de réponse ou plutôt la réponse est indéterminée.

La règle jusqu’au XVII° siècle faisait commencer les séries de chiffres par un (puis deux, trois, etc.). C’est ainsi que l’an zéro n’existe pas dans le calendrier grégorien qui passe de 1 av. J-C à 1 ap. J-C sans transition. Cette anecdote fut difficile à juguler lors du passage à l’an 2000. C’est pour cela que le deuxième millénaire a commencé en l’an 2001 qui et réellement éloigné de deux mille ans de la naissance du Christ.

Le zéro est donc un nombre au même titre que les autres nombres, même si son destin est particulier.

25/09/2015

Illogisme de la logique

C’est le mathématicien Gödel qui démontra que la logique contient toujours de l’illogisme. Tout système logique est incomplet en lui-même, car il existe toujours des propositions indécidables dans tout système arithmétique, c’est-à-dire des énoncés mathématiques dont on ne peut jamais dire s’ils sont vrais ou faux. Tout système est incomplet en lui-même. Il faut lui ajouter des axiomes supplémentaires extérieurs à lui pour qu’il soit cohérent.

Ainsi des failles logiques se manifestent dès qu’on aborde des propositions autoréférentielles, c’est-à-dire qui font référence à elle-même. Deux exemples :

« La présente phrase est fausse. » Si la phrase est vraie, elle est fausse ; si elle est fausse, elle est vraie. La logique se contredit.

« Un habitant de Séville est rasé par le barbier de Séville si et seulement s’il ne se rase pas lui-même. Alors, est-ce que le barbier de Séville se rase lui-même ? » S’il se rase lui-même, il ne peut être rasé que par le barbier de Séville, donc il ne se rase pas lui-même ; mais s’il ne se rase pas lui-même, il est rasé par le barbier de Séville, donc il se rase lui-même.

Ces deux exemples sont tirés du livre de Trinh Xuan Thuan, Le chaos et l’harmonie, la fabrication du Réel, Arthème Fayard, 1998. Sa conclusion : l’univers est conscient de lui-même et le fait que l’homme ne subisse pas aveuglément  les lois de la nature sans les comprendre est porteur de signification. Nous avons le don de comprendre parce que l’Univers n’est pas qu’une collection de particules de matière inerte. Il est la manifestation d’un principe infiniment plus subtile et élégant. L’univers a un sens, et c’est l’homme qui, en le comprenant, lui confère ce sens.

Mais la science ne pourra jamais aller au bout du chemin par les mathématiques. Il faut à l’homme d’autres outils et d’autres modes de connaissance pour le comprendre, telle l’intuition mystique.

03/07/2015

Le mythe de la caverne

« Figure-toi, des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière ; ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu’ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête ; la lumière leur vient d’un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux ; entre le feu et les prisonniers passe une route élevée : imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles. » (Platon, La République, livre VII)

Cette caverne est une épreuve. Mais elle mène à la vérité que l’on ne trouve que par soi-même en apprenant à répondre aux questions qui se posent à travers son existence.

Cette photo a été prise un après-midi où le soleil inscrivait en ombre chinoise sur une porte les objets posés sur un muret. Elle illustre bien ce mythe ou cette allégorie. Elle symbolise le passage du visible à l’invisible. A chacun de nous de trouver la porte ouvrant sur le réel inconnu des hommes. Qui est le plus réel : les objets, leur ombre, la porte (un mur) ou la serrure qui ouvre sur un autre monde, ou encore cet autre monde lui-même ?

31/01/2015

Espérer

L’espoir  n’est pas un résultat de notre existence, mais notre existence même. Un désespoir absolu est non seulement incompatible avec notre être comme tel, mais il est inimaginable dans une forme de vie quelconque. Le diable lui-même espère : un peu plus de mal, un peu plus de lucidité. Car espérer négativement, c’est encore de l’espoir. (…) Ainsi la clef de notre destinée est cette propulsion indomptable qui nous incite à croire dans n’importe quelle circonstance, que tout est encore possible, en dépit des obstacles infranchissables et des évidences irréparables.

E.M. Cioran, Exercices négatifs, en marge du Précis de décomposition, Editions Gallimard, 2005

 

Mais d’où vient cette propulsion dont parle Cioran ?

Ne serait-ce qu’un instinct animal de défense de son corps, ce qui expliquerait la difficile démarche du suicide. Penser non pas l’acte, mais la manière de l’accomplir et pousser si loin qu’on en finit par y croire et devenir capable de le faire.

Au contraire, n’est-ce qu’une incapacité de l’entendement à penser son inexistence ? C’est en effet le temps et l’espace qui impriment en chacun de nous la preuve de notre présence au monde. Comment imaginer l’existence sans présence, le monde sans notre conscience ? Certes, l’on sait bien que la terre tournera quand nous ne serons plus là. Mais imagine-t-on qu’elle continuera à être parce que nous continuerons à la penser dans une autre vie ou parce que plus rien de nous ne subsistera ? Là aussi l’espoir nous pousse à croire.

Enfin cet espoir indestructible qu’imprime notre existence sur notre volonté et notre conception du monde n’est-il pas la marque même de l’âme, cette présence inconnue en nous qui nous conduit au-delà de nous-mêmes, dans ces régions où la pensée se dilue, mais la personne demeure.

L’espoir est notre existence même, nous dit Cioran. Beaucoup pensent l’inverse, même les prédicateurs parlent plutôt du désespoir que de l’espoir. Les philosophes s’impliqueront dans l’explication de ce rejet du monde qui est de toutes les époques, les anarchistes ou les fous de Dieu s’appliqueront toujours à détruire la vie sous le prétexte de la sauver. Mais celle-ci, malgré tout, continuera à être par l’espoir, à vivre par l’espérance, à produire du mieux malgré tous ces mirages d’une pensée qui n’est pas le reflet de la réalité. L’espoir, c’est la vie. 

24/10/2014

L’avenir de l’humanité

Combien il est difficile d’imaginer l’avenir de l’humanité. Peu d’auteurs le tentent, avec plus ou moins de bonheur et lorsqu’ils le tentent de quel avenir parlent-ils ?

Pour les uns il s’agit, comme c’est le cas d’Attali, de l’avenir dans 50 ans (Jacques Attali, Une brève histoire de l’avenir, Fayard, 2006). Il n’est pas très beau : un monde sans Etats, un marché mondial désorganisé, un hyperempire marchandant le temps et les corps) qui finit par un hyper conflit. Celui-ci appellera l’humanité à prendre conscience de la solidarité impérative de l’humanité et amènera à des réseaux solidaires, des « entreprises relationnelles »,  du micro-crédit, une intelligence collective et enfin une démocratie participative mondiale.

Pour d’autres, l’avenir est ce que je suis maintenant, l’avenir est ce que nous faisons tous les jours de notre vie dans le présent. Ainsi le dit Krisnamurti, (Juan Carlos Kreimer, Krishnamurti for Beginners, Writers and Readers Ltd, 1999, p.201) : Y a-t-il un changement s’il y a une direction particulière, une fin particulière, une conclusion qui semble saine, rationnelle ? Ou peut-être une meilleure expression serait-elle « la fin de ce qui est ». La fin, pas le mouvement de « ce qui est » vers « ce qui devrait être ». Ceci n’est pas un changement. Mais la fin, la cessation, le - quel est le mot juste ? - Je pense que « fin » est un bon mot, tenons-nous en donc à celui-ci.

D’autres encore pensent l’avenir en termes de singularité naissant d’un changement d’échelle du développement exponentiel des nouvelles technologies. Elle peut s’imaginer en tant que singularité d’extinction (bond en arrière du développement de l’humanité), mais aussi en tant que singularité qu’autorisent les transferts massifs d’information entre l’homme et la machine qui feraient naître une nouvelle humanité que nous ne pouvons actuellement imaginer en raison des obstructions de type indécidabilité mathématique du mathématicien Gödel.

Ne poursuivons pas ces différentes visions. Posons-nous la question en tentant de voir encore plus loin. C’est ce qu’a tenté Pierre Teilhard de Chardin (Œuvres de Teilhard de Chardin, L’avenir de l’homme, Le Seuil, 1959). Pour lui, tout se passe  comme si, au cours de son existence phylétique, chaque forme vivante atteignait ce qu’on pourrait appeler une période ou même un point de socialisation (p.58). L’homme à la rencontre des autres et de lui-même par la foi en la valeur spirituelle de la Matière. Quel idéal : l’homme atteint sa plus grande originalité et sa plus grande liberté dans une socialisation qui va jusqu’à, in fine, sacraliser la matière qui deviendrait spirituelle. Y a-t-il une vision plus large que celle-ci ? Teilhard était un homme singulier, un génie visionnaire dont la vision était globale et se rapprochait des celles des savants qui cherchent au-delà du big-bang. Mais, chose singulière, cette vision était tournée vers l’avenir et non vers le passé, c’est-à-dire la naissance de l’univers. Lui aussi voit l’apparition d’un ultra-humain. Son objectif : un rebondissement de la vision de l’humanité : vers l’en haut par l’en avant, une fusion de la vision tournée vers un Dieu créateur du monde et d’une humanité qui se construit elle-même et se divinise. Mais Teilhard va encore plus loin, il parle de la fin de l’espèce humaine qui se fond en un ultra-humain. Ainsi, comme une marée immense, l’être aura dominé le frémissement des êtres. Au sein d’un océan tranquillisé, mais dont chaque goutte aura conscience de demeurer elle-même, l’extraordinaire aventure du Monde sera terminée. Le rêve de toute mystique aura trouvé sa pleine et légitime satisfaction. (Inédit, Tientsin, 25 mars 1924).

 

Ces derniers propos ne sont-ils pas rafraîchissants ? Ils nous éloignent de nos préoccupations premières d’homme qui n’est pas encore un surhomme ou un hyper-homme ou un superman. Je suis homme tout simplement. N’est-ce pas déjà un miracle ?

14/08/2014

Le destin

Plutôt que de se poser la question d’une manière anonyme, demandons-nous concrètement si nous avons un destin. La réponse n’est pas facile et chacun répondra selon la vie qu’il a eue ou qu’il s’est fait. Car le destin concerne la vie de tout un chacun. Mais demandons-nous également ce qu’on appelle vie. Parlons-nous de ce qui traverse des événements et est interféré par eux ou exprimons-nous ce que nous ressentons au plus profond de nous-même, ce lieu en nous plus nous-même que nous-même. Au-delà de ce moi sujet et prisonnier des battements d’aile des papillons que sont les événements qui influent sur notre devenir, y a-t-il un Soi plus stable, ai-je une âme qui recherche quelque chose et que recherche-t-elle ?

La question commence à devenir plus ardue. Il ne s’agit plus de savoir si je suis libre de mener ma vie comme je l’entends ou si ce qui m’arrive est un destin qui m’est imposé ou m’a été confié. Il est question de m’interroger au plus profond de moi-même non pas sur la vie en général, mais sur comment je conçois ma vie.

Vaste débat, me direz-vous. Trop vaste débat pour trouver une réponse qui n’a jamais été trouvée réellement. Mais dans le même temps, il existe énormément de réponses toutes faites, très différentes les unes des autres auxquelles on peut croire ou ne pas croire. Mais que signifie ce terme de croire ? S’agit-il d’adhérer à une opinion, un concept, une croyance, c’est-à-dire se rattacher à quelque chose sur laquelle d’autres ont réfléchi, ou la question est-elle, non plus de croire, mais de pénétrer dans le brouillard pour tenter d’y trouver quelques points de repère afin de savoir et non seulement de croire. Faites votre quête vous-même et ne vous laissez pas imposer votre propre vision de vous-même par les autres. Mais, me direz-vous, nous passerons alors notre vie à réfléchir. Sûrement pas ! Nous irons bien au-delà et c’est notre propre vie qui nous guidera. Nous prendrons de la distance par rapport à ce qui nous arrive. Nous regarderons de loin les événements qui ont fait notre vie et surtout nous chercherons comment nous avons réagi face à ces événements. Nous finirons par comprendre qu’il y a certaines constantes dans ces réactions. C’est normal. C’est le fruit de notre héritage génétique, puis de notre éducation, enfin de notre environnement. Mais ceci ne concerne que notre vie extérieure.

Alors cherchons à distinguer comment réagit notre vie intérieure à ces événements. Comme cela nous mène loin ! La question du destin est devenue notre interrogation finale : qui suis-je et où vais-je ? Oui, la question a évolué, mais l’interrogation reste la même. Cette vie m’est-elle imposée en grande partie ou suis-je capable d’en faire ce que je veux ? Retour à la case départ. Mais nous avons cependant progressé. Nous avons élargi considérablement le cercle de notre réflexion et de nos expériences et maintenant nous nous posons la question différemment : y a-t-il, au-delà de ce moi qui tente de réagir ou même d’imposer sa volonté face aux événements qu’il subit, un espace de liberté réelle dont je suis maître ?

Fouillons dans nos souvenirs : ai-je déjà expérimenté l’existence de cet espace de liberté ? Ai-je déjà ressenti à un moment quelconque de ma vie cette aspiration qui m’a conduit à m’envoler vers la liberté. Oui, cela je le crois : tous nous expérimentons à un moment ou à un autre ce grand vide qui nous fait dire : il y a autre chose derrière ma vie quotidienne. Qu’est-ce ? Je ne sais. Mais maintenant je vais chercher, cela va devenir un des buts de ma vie. Et nous savons que nous avons trouvé notre vrai destin. Nous cherchons tous la même chose, mais la réponse à ce que nous cherchons est différente pour chacun parce que chacun est différent.

C’est cela notre destin : réaliser notre liberté malgré les événements quotidiens qui obscurcissent notre vision. Et cette liberté est la mienne, différente de celle des autres, qui doit être vécue dans la liberté des autres qui eux-mêmes doivent vivre leur propre destin. N’est-ce pas merveilleux ? Chacun d’entre nous est unique et se doit de découvrir son propre destin, c’est-à-dire exercer sa liberté personnelle en harmonie avec la liberté des autres.

15/06/2014

Maître-mot

Il y a trente ans, je visitais le gouffre de Padirac. Le nautonier paysan qui nous emmenait sur l’eau obscure eut ce mot merveilleux : « Cette rivière, elle est tellement inconnue qu’on ne sait même pas son nom… » Il exprimait par là, avec naïveté, deux certitudes profondes qui hantent nos âmes : à savoir que les choses n’existent pour nous réellement qu’une fois nommées, et qu’il y a un nom, de toute éternité, qui correspond à chaque chose, la contient et l’exprime entièrement.

Louis Pauwels et Jacques Bergier, L’homme éternel, Gallimard, 1970, p.136.

  

N’avez-vous pas, un jour, été grisé par un nom que vous avez répété sans cesse d’abord dans votre tête, puis à mi-voix, puis à voix haute. Et ce mot vous a obsédé pendant plusieurs jours, jusqu’à ce qu’une autre préoccupation l’ensevelisse dans les profondeurs de votre mémoire. De même, vous avez dans votre jeunesse très probablement parlé une langue inconnue de vous-même, dans laquelle vous pouviez exprimer ce que votre langue maternelle ne pouvait faire. L’inexprimable parlait alors dans ces mots inconnus que formulait votre bouche. Et là aussi, vous vous êtes grisé de ce que vous permettait de révéler cette langue qui vous ouvrait les portes d’un monde inconnu dans lequel vous vous sentiez bien.

Le mot possèderait-il un pouvoir s’il est le nom éternel que Dieu lui a donné ? Pour les juifs, Dieu possède quatre-vingt-dix-neuf noms qu’ils peuvent utiliser pour le nommer. Mais le centième est réservé aux initiés. Il est la porte qui ouvre sur l’éternité et la compréhension de l’univers. L’apprendre élève celui qui le prononce au-dessus de la condition humaine. Il devient le maître du nom.

L’évangile de Jean commence sur une étrange assertion : au commencement était le Verbe et (…) le Verbe était Dieu. (…) Tout par lui a été fait (…) Et la lumière luit dans les ténèbres… Le Verbe serait avant même la lumière. C’est le Verbe qui crée la lumière et l’univers par la seule puissance de son souffle. La Genèse explique le même procédé de création : Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut.

La logique de la connaissance réside dans l’enchaînement Pensée – Parole – Action. La lumière est apparue par le fait du Verbe. La parole est l’acte d’autorité qui permet le passage de la pensée à l’action. C’est pourquoi certains mots sont interdits, ils peuvent déclencher  des événements.

Dans cette logique nous sommes loin de la communication dont on nous rabâche les oreilles : la parole est action quoique que l’on pense, lit-on dans les médias, elle produit l'action par la seule force du verbe. L'homme moderne a inversé la proposition. La pensée s’est évanouie au profit de l’action qui a perdu son sens. L’homme se veut libre, mais cette liberté est-elle la bonne ?

28/04/2014

Un homme remarquable

Je ne sais quelles sont les raisons qui m’ont amené à penser à ce professeur de philosophie que nous avions l’année du bac. Très certainement, il m’a donné le goût de la réflexion. C’était un homme remarquable, à la fois professeur de philosophie et de physique dans les classes de terminale. Il maniait les concepts scientifiques avec autant d’aisance que ceux de philo. Sa salle de classe était une petite pièce qui n’avait qu’une fenêtre  qui donnait sur un puits de lumière, sans autre paysage que le mur d’en face à 2 m de distance. Nous étions serrés ; des tabourets permettaient de s’assoir devant des tables en fer, gondolées. Mais peu nous importait, on entrait dans le salon de Mme de Sévigné, dans la chambre d’un philosophe ou dans le laboratoire d’une université américaine.

Nous l’avions surnommé Einstein. Il s’appelait Monsieur Moréas. Il portait comme lui des cheveux crépus en envol autour de sa tête. Il se laissait pousser une petite moustache. Il marchait lentement en raison de son âge, un peu courbé, mais ses réparties étaient fulgurantes et drôles. Nous l’écoutions religieusement, subjugués par son verbe. Il disserta un jour sur la femme enchanteresse du monde : « La femme est une amphore, serrée à la taille, s’élargissant aux hanches, sans angles droits, une courbure parfaite, façonnée pour la procréation. La femme est la poésie de la terre, elle nous donne le goût de vivre par sa simple beauté naturelle. » Nos camarades jeunes filles en rosissaient quelque peu gênées, mais fières de cet hommage du vieux professeur.

Il nous éclaira sur l’origine du monde, nous parlant du Big Bang, étrangeté à l'époque, tout en gardant le mystère de la création présent dans son discours. Il nous initia à la pensée logique, à l’imagination créatrice. Homme complet, il avait un sourire charmant dont il usait lorsqu’il disait quelque chose de personnel et le plus souvent en plaisantant. Sa pensée était profonde, mais il parlait comme s’il disait des choses banales et nous ne soupçonnions pas les trésors qu’il nous divulguait.

Nous l’avons tous remercié à la fin de l’année. Je n’ai qu’un regret, c’est de ne pas l’avoir revu. La jeunesse oublie, préoccupée par son entrée dans la vie adulte.

17/03/2014

La meilleure part

Qui se diminue grandira ;
Qui se grandit diminuera

(Tao-tö King XLII)

 

Quiconque s'élèvera sera abaissé,
Et quiconque s'abaissera sera élevé.

(Mathieu, 23.12)


Les mêmes paroles à quelques 600 ans et plusieurs milliers de kilomètres d’intervalle… C’est réconfortant, non ? Deux civilisations totalement différentes nous disent la même chose, n’est-ce pas interpellant ?

Et aujourd’hui, qu’en pense-t-on ?

Tous nous souhaitons grandir, nous élever. Tous nous tentons de le faire. Certains réussissent, d’autres non !

Grandir, s’abaisser, est lié au pouvoir. S’élever, c’est rechercher le pouvoir temporel. S’abaisser, c’est ne rien chercher, mais accepter le pouvoir spirituel. Non pour soi, mais pour le bien commun.

Chacun a un pouvoir particulier, sa vocation intime qui lui permettra de se réaliser.

Le pouvoir spirituel, c’est apporter aux autres la capacité de s’accomplir en réalisant sa vocation intime. Quel beau pouvoir !

09/03/2014

Dominique Christian, un peintre français de tradition chinoise

Il y a quelques jours, rentrant d’un vernissage près des grands boulevards, nous sommes passés rue de Trévise. Nous parlions de peinture et passions devant une boutique encore éclairée (il était neuf heures du soir). Je remarquais un vieil homme consultant une tablette et entouré de nombreux tableaux de style oriental. Il était occupé, concentré sur l’écran, sans attention à ce qui se passait autour. Une jeune femme sortit d’une porte latérale, belle, orientale elle aussi, vêtue d’une sorte de kimono, vivante comme un poisson émergeant de l’eau. Elle nous fit un grand sourire et indiqua notre présence au vieil homme. Celui-ci nous fit aussitôt signe d’entrer et se leva pour nous ouvrir. La jeune femme fut la première à la porte et s’effaça d’un sourire discret, tenant le battant pour nous laisser pénétrer. L’homme se contenta de dire : "Regardez… Vous ne trouverez pas à Paris d’autres peintres qui pratique ce style de peinture."

Etudiant, j’ai eu comme professeur Louis Marin, un grand spécialiste de l’art et de Nicolas Poussin en particulier. Grâce à lui je compris les cascades d’émotion qui envahissent ces œuvres classiques. Dans ces paysages à l’antique s’affichent des humains en proie aux passions, rapts, meurtres, orgies… C’est près de cinquante ans plus tard, après avoir appris la maîtrise des paysages chinois, que j’ai décidé de suivre le même chemin, c’est-à-dire l’envie de confronter la sérénité d’une nature au rythme mesuré avec les excès passionnels des êtres vivants.

 

Il est également philosophe, écrivain, manager et coach. Il explique : « Le paysage chinois présente la rencontre entre l'encre et le trait, entre l'ordre et le désordre. Il résonne de façon étonnante avec un des derniers textes de Platon, fondateur de la philosophie européenne qui, au quatrième siècle avant JC, décrivait comment le défini, "l'être", provient de l'illimité, le "non être". »

 

 


 

 

 

 

Parmi les techniques utilisées (frottage, estampage, tampons...), la plus spécifique est la peinture au doigt seul ; Originaire du Liaoning, elle donne à l'encre une liberté rare. D. Christian est sans doute le seul peintre occidental à maîtriser cette technique.

 

 

 

 

 

 

 

Qu’est-il cet homme qui pense et peint dans Paris comme s’il se trouvait dans les montagnes de Chine ? Il est beau de pensées limpides que son regard voit au-delà de nous. La jeune chinoise l'observe. Ils se connaissent bien. Qu’est-elle pour lui ? Elle rit de tous ces yeux qui réfléchissent son désir d’apprendre.

 

 

 

Il a une bizarrerie. Dans ses tableaux peints à la chinoise, il insère des images de peintres occidentaux. C’est curieux, irréel, inqualifiable.

 

Et il ajoute : Comme un récit, le monde se déploie à partir de l'énergie que procure une tension forte, un potentiel. Récit, peinture, musique ou érotisme tout est affaire de tension et de détente, de mesure et de démesure. Peindre le vivant c'est aussi peindre la mort, la disparition, l'absence. 

Il expose principalement  en Chine :
2012 exposition à LIJIAN (Yunnan)
2013 exposition à TIELING (Liaoning)
2013 exposition à XI'An (Shaanxi)
2013 à YAN'AN (Shaanxi)
2014 exposition à DALI (Yunnan)
2014 exposition à SHIDAO (Shandong)
2014 exposition à PEKIN

Un voyage en Chine d’une heure qui nous parut trois jours. Quel dépaysement !

18/02/2014

L'envie

L’envie, un besoin, un impératif très enfantin qui glisse vers l’adolescence et l’âge mûr jusqu’à encore émettre son clignotant dans les dernières années. « Oh, Maman, j’en ai tant envie ! » Et vous attendez ce jour de Noël avec une impatience extrême jusqu’au moment où vous l’avez. Je me souviens, adolescent, d’un cyclomoteur qui fut l’objet d’une folle expectative, avec ses rebondissements, ses pleurs et la joie de la possession.

Il y a trois types d’envie.

Le plus simple, et qui n’est nullement répréhensible, est le désir d’avoir ou de faire quelque chose, que quelque chose arrive. C’est une convoitise qui vous prend à la gorge, qui obsède vos pensées, qui vous rend malade jusqu’à sa satisfaction. Ainsi en est-il de l’homme qui achète une voiture hors de prix et qui invite sa femme à faire un tour pour lui dévoiler sa merveille. Il en est de même de la femme qui a acheté une robe également hors de prix et qui invite son mari à l’admirer, un soir, après un bon diner bien arrosé. Seule la banque ne s’en remet pas.

Un deuxième type d’envie, plus ennuyeux à gérer, est le désir de ce qu’un autre possède. On entre alors dans la démesure. On est prêt à dépenser beaucoup plus que ce que nous mettrions normalement. Prêt à se quasiment ruiner pour montrer que l’on peut posséder la même chose, que l’on est aussi riche, aussi pourvu, bref mettre en avant l’orgueil, la vantardise et le satisfecit. Ce genre d’envie, une fois satisfait, supprime cette tension raisonnée du corps et de l’esprit pour l’objet convoité. Vous l’avez, votre envie est passée, vaincue… La vie continue…

Le troisième type d’envie est un sentiment de frustration face au bonheur d'autrui ou à ses avantages. C’est un désir qui ne peut être satisfait. Il vous fait mourir à petit feu. Vous tendez la main au travers des grilles d’une prison imaginaire, la paume vers le ciel sans attendre qu’il y tombe quelque chose. Vous le savez, mais ne pouvez vous en empêcher. Votre esprit se rapetisse, vous vivez dans une boite de sardine à rêver d’une vie hors de proportions par rapport à vos compétences et à vos aspirations. Désir fréquent que celui de l’envieux de la vie de l’autre. C’est un moteur tyrannique qui ne possède que des mauvais côtés. Mieux vaut l’abandonner en chemin et partir à l’aventure sans savoir où l’on va.

Peut-on perdre toute envie ? Peut-on vivre sans désir ? C’est ce passage de l’envie à la liberté qui marque le tournant d’une vie. Celle-ci est au-delà de l'envie. Elle illumine le parcours sans jamais le contraindre. Elle éclaire la pensée et l’action sans jamais y mêler le désir. C’est un état d'esprit qui conduit à la réalisation de soi que l’on n’atteint bien évidemment jamais totalement. Mais ces plumes caressantes du bonheur suffisent à combler une vie agitée. Libre parce que sans envie, quelle sérénité !

15/02/2014

Le Tao Dance Theater

http://www.youtube.com/watch?v=4uMsXniWCHI


 

Une belle présentation du Tao dance theatre, compagnie chinoise créée en 2008. Le style est très moderne, mais, comme son nom l’indique, il garde son fond culturel chinois. Le Tao ou la voie est le chemin à suivre pour parvenir à la maîtrise. Il se traduit également par le principe ou l’art de…

Cette présentation met bien en valeur cette maîtrise à acquérir par le mouvement et les temps d’arrêt. Pauses et changements sont l’expression d’une même réalité.

L'utilisation d'une sorte de contine inspirée à la fois de l'Afrique et des banlieues est certes déroutante. Mais... C'est... la mondialisation.  

12/01/2014

Au commencement...

Rien et Tout, en une première seconde

L’infini naît du fini
Qui lui-même est né du vide
Et ce vide contenait tout
Le vide était présence
Il donna l’existence
 Et passa de l’absence
A l’essence même des choses

Le vide transcende-t-il le plein
Ou le plein émane-t-il du vide

Aspire au vide pour être plein
Car le plein n’est que vide
Dans l’âme qui se cherche

© Loup Francart

15/11/2013

Homme et femme

La mort est la seule façon pour un homme d’être beau. La splendeur des femmes est à chaque seconde dans l’affirmation de la vie, prometteuse, orgueilleuse, superbe. Celle des hommes ne peut être que dans l’ultime seconde, qui se voit clairement sur le visage de certains.

(Pascal Jardin, Je te reparlerai d’amour, Julliard, 1975)

 

 Sous des apparences légères, Pascal Jardin nous livre une vérité humaine qui tient à la nature de l’homme et de la femme.

La nature féminine se caractérise par l’ouverture. La femme a besoin d’être admirée, aimée. Elle s’épanouit dans l’admiration et le don de soi. Ce don affirme sans cesse la nature glorieuse de la vie, sa beauté, sa magnificence. La femme est procréation. Elle laisse agir en elle les forces de la nature et s’épanouit dans cette mécanique céleste.

La nature masculine est profondément différente. Elle est tension vers. Et c’est dans cette tension que l’homme se réalise. L’homme est acte et cet acte l’accomplit. L’homme est créateur et cette création lui donne sens. Sans création, sa vie n’a pas de sens.

Cependant, la véritable réalisation de soi pour les deux natures humaines s’accomplit par l’assimilation de la nature de l’autre. C’est dans cette symbiose que chacun se trouve. Alors, la beauté transparaît : naturelle pour la femme, conquise pour l’homme.

20/10/2013

Matière et esprit

Est-il possible que nos scientifiques ne prennent comme objet d’étude que la matière ? Ignorent-ils que la pensée existe ? Surement pas ! Pourtant, pour eux, seule la matière est réelle. L’esprit ou l’âme, ou le moi et le soi, n’existent pas. L’intelligence ? Peut-être. Un simple assemblage de cellules qui, par le hasard ou la nécessité, est devenu un objet capable de produire de la pensée.

Mais qu’est-ce que la pensée ? Une activité psychique (et non physique) ou une représentation psychique permettant de concevoir le monde (pensare : peser), c’est-à-dire se le représenter et s’en faire une idée. La pensée, nous dit Platon, est le « discours que l'âme se tient à elle-même sur les objets qu'elle examine ». Elle établit, grâce aux informations fournies par nos sens, une sorte de miroir face au réel qui lui permet d’émettre un jugement et de prendre des décisions. Peut-on dire que toute cette merveilleuse machine qui permet la connaissance n’existe pas ?

Theillard de Chardin donne, à la suite d’autres philosophes (et maintenant, imperceptiblement, de quelques scientifiques), une explication : chaque parcelle de matière est faite d’un extérieur (perceptible par nos sens et étudié par la science) et d’un intérieur, qui échappe à l’étude de l’extérieur. Il y aurait donc un psychisme de la matière comme elle a un physique : chaque particule de matière dispose d’une psyché. Ce n’est que récemment que l’homme s’est rendu compte que non seulement les animaux, mais également les plantes pensaient et même agissaient. La mécanique quantique décrit la structure et l'évolution dans le temps et l'espace des phénomènes physiques à l'échelle de l'atome. Elle montre que « les électrons ne sont ni vraiment des ondes ni vraiment des particules. (…) Le monde quantique est étrange, le flou probabiliste y règne et au fond, il indique une structure sous-jacente aux phénomènes qui est au-delà de l'espace et du temps » (www.futura-sciences.com). Cela expliquerait le principe de superposition dans lequel un système physique peut se trouver dans un état et dans un autre (le chat de Schrodinger).

Mais n’entrons pas dans ces considérations trop compliquées pour nous et contentons-nous d’une réflexion d’hommes ordinaires. Certes, la science (mais laquelle ?) prend bien en compte le psychisme en tant que données d’étude permettant à la médecine et la psychologie d’établir des règles et de définir des principes. Mais inversement, la pensée en soi est exclue de l’étude de l’univers en tant qu’élément important pour le comprendre. On sait maintenant que la compréhension, c’est-à-dire toute vision de l’univers, dépend de la position de l’observateur (donc de son point de vue). Il y a ainsi une imbrication étroite entre l’univers physique, dit réel, et un univers psychique ou plutôt entre une vision de l’univers extérieur et une vision intérieure.

Oui, nous avons besoin de commencer à rapprocher philosophie et science, métaphysique et physique. C’est un des plus grands défis posé à nos chercheurs : agrandir la vision de ce qu’ils ont à chercher.