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26/05/2016

Maxime

La vérité n’est pas toujours bonne à dire,

mais combien nous nous réjouissons de l'énoncer

pour le seul désir de paraître vrai.

 

07/05/2016

Vieillesse

Peu de gens savent être vieux.

(La Rochefoucauld, Maximes, 423)

 

C’est une belle maxime. Mais est-elle vrai ou non ?

Considérons tout d’abord qu’une maxime n’est pas conçue pour représenter la vérité, mais pour mettre en évidence des vérités qui font mal. Donc peu importe si elle est vraie ou non : est-elle révélatrice de beaucoup d’êtres humains en mal de vivre ou… de mourir ?

Considérons également le fait que certaines personnes ne s’imaginent pas vieux. Elles trainent une jeunesse éternelle comme un poids mort et s’en porte bien, ou, au moins, mieux que ceux qui s’en vont libres comme l’air, vers les derniers instants. Ces derniers sont les plus chanceux. Ils ne se posent pas la question. Peu leur importe, cela viendra le moment venu, subitement et ils n’y prêteront qu’un intérêt curieux : qui a-t-il ensuite ? Pour les premiers, le moment viendra d’une déchéance subite qui leur fera grincer les dents. Ils n’auront pas accompli ce pourquoi ils étaient nés.

Mais, au fond, qu’appelle-t-on savoir être vieux ? Ne dit-on pas que rester jeune est avoir des projets ? Si tel est le cas, pas mal de vieux ne sont pas vieux. Il y a ceux qui ont toujours des projets en tête et qui, de plus, les réalisent. Il y a également ceux qui ne peuvent plus ou n’ont plus le courage de les réaliser. Il y a enfin ceux qui, toute leur vie, ont eu des projets, mais n’en ont jamais réalisé un seul. Ah oui, il y a quelques intermédiaires qui ont réalisé un projet et qui, épuisés, se sont arrêtés, par fatigue ou fierté.

Alors être vieux est-ce ne plus avoir de projet, sachant en toute connaissance de cause, que ce n’est plus raisonnable à leur âge ? On est alors bon pour l’hospice où la vie s’écoule sans secousse ni intérêt, sauf pour une visite où l’on se rappellera quelques épisodes de la vie passée sans pouvoir vivre un épisode présent.

Il y a de ces vieux dont la seule préoccupation est de s’inquiéter sur son voisin et même ses proches (sur et non de, car cela n’est plus de mise pour lui). Ils se focalisent sur les qualités ou les défauts des autres, plus souvent d’ailleurs sur les seconds, et ratiocinent sur ce que ceux-ci ont fait, font ou feront. Ils vivent de la vie des autres, à défaut de vivre leur vie jusqu’au bout.

Il y a également ceux qui ne se préoccupent que d’eux, c’est-à-dire de leur santé. Ils ont mal partout, sont morts tous les deux jours, mais vivent jusqu’à cent ans pour ennuyer ceux qui les entourent.

Ainsi donc, nombreux sont les vieux qui ont l’âge ou non d’être vieux ou qui l’ont même dépassé. La vieillesse n’est pas liée au temps universel et mathématique. Elle s’accommode du temps psychologique, un temps élastique possédant des nœuds et des trous que fait le récipiendaire au gré de son humeur. Viens le moment où le trou existe seul : il est passé de l’autre côté.

Alors, qu’est-ce que savoir être vieux ?

C’est voir les choses de haut, comme le gardien de phare dans la tempête. Les vagues s’écrasent à ses pieds, ébranlent le phare, mais sans l’inquiéter un instant. Il en a vu d’autres !

Mais cela suffit-il ? Sûrement pas. Ce serait l’indifférence plutôt que la vieillesse heureuse. Cette hauteur ne lui permet plus de se confondre dans l’arène. Il regarde ses actes avec recul, comme s’il disposait de jumelles à l’envers. Et il juge sans toutefois regretter. Il est trop tard. Il est présent pleinement, encore dans le futur, toujours dans le passé, mais comme enseignement du présent et de l’avenir. Le regret n’a pas lieu d’être.

Enfin, et c’est là l’essentiel, il a oublié les tracas, les querelles, les peines et les haines, il ne conserve que ces instants inoubliables d’oubli de soi, quand le cœur et le corps sont ouverts à l’infini et respirent un air céleste, enchantant ses voisins. Ces instants de pur bonheur où l’absence du moi fait du monde ce soi qu’il a cherché toute sa vie.

Alors il peut laisser la vie partir. Il lui fait un clin d’œil et se retrouve de l’autre côté sans avoir le temps de dire ouf.

11/09/2015

La beauté

Pourquoi sommes-nous attirés par l’immensité du cosmos et dans ce cosmos par le vide qui semble exister ? La beauté serait-elle culminante par l’absence de forme ? Le rien est-il l’amalgame du tout hors de l’espace, du temps et de la matière ? Le rien nous attirerait parce qu’il est la rencontre du tout en un point qui devient l’infini.

Quelle pensée vertigineuse : la rencontre des contraires en un point inimaginable. Peut-être est-ce cela la beauté ? Indéfinissable, elle émerge par intuition et n’est pas démontrable. Mais elle est plus que vraie. Elle surgit de la vérité et en dérive.

Affine ton esprit et laisse aller ton intuition. Tu découvriras la beauté de l’infini, aussi beau qu’un minuscule point de matière en un lieu de l’espace à un moment donné.

14/12/2014

La vérité

Auparavant on aimait représenter un concept par une figure humaine dans un contexte définie. Ne représente-t-on pas la république par l’effigie de Marianne ? Comment représenter la vérité ?

Elle est le plus souvent représentée par une femme tenant un miroir. La vérité est nue et montre la lumière que reflète le miroir. Elle ne sort pas d’elle, elle n’est qu’un reflet, le reflet de la réalité. Admirons ce dessin de Jean-Léon Gérôme :

 

Il a servi d’étude pour son tableau « La vérité au fond du puits » :

La vérité dans le langage quotidien comprend trois aspects très différents.

Il y a d’une part la vérité objective qui est l’existence, vérifiée et vérifiable à tout moment, d’une chose réelle. Bien sûr, plus la chose est complexe, plus elle est difficile à connaître et plus nombreuses seront les interprétations auxquelles elle pourra donner lieu de la part de personnes différentes. Mais lorsqu’un objet, par exemple, est bien délimité dans le temps et dans l’espace, il est possible d’acquérir une connaissance précise d’un certain nombre de ses caractéristiques et d’en faire une description véridique. La vérité objective est le rapport entre la connaissance et la réalité. Elle est l’état à un moment donné de la somme des connaissances d’une réalité. Elle est vraie parce qu’on détient les preuves de l’existence de la chose (objet, événement, pensée exprimée, etc.). Il y a bien une vérité objective à un moment donné.

Il existe d’autre part la vérité subjective qui est la compréhension de la réalité. Celle-ci permet de faire des hypothèses qui deviendront également des vérités objectives si on peut les vérifier, des erreurs si leur vérification en constate la fausseté, ou qui resteront dans le domaine des hypothèses parce que trop complexes pour être vérifiées. Pour la plupart d’entre nous, il y a confusion entre ces deux aspects de la vérité. Une accumulation de vérités objectives nous fait déduire une vérité subjective (somme + hypothèses) que nous considérons comme vraie. C’est tout le problème de l’enquête policière qui peut conduire à l’erreur judiciaire. Prenons un exemple simple. Je regarde une table dont le dessus est lisse et transparent. J’en déduis qu’il est en verre parce que j’ai l’habitude d’en voir (vérité formelle). Pour en vérifier la réalité matérielle et disposer d’une vérité objective, je le touche et constate ses qualités de surface lisse et froide (fait) que j’assimile, avec la transparence, aux caractéristiques du verre.

Enfin, il y a ce que chacun exprime sur les faits, les actes et les idées, et, à travers eux, sur les choses et les personnes. Là aussi, il y a ou non vérité, c’est-à-dire conformité ou non de ce qui est dit sur la réalité. Il s’agit aussi d’une vérité subjective, mais elle passe par un troisième filtre qui est celui de l’expression et de l’intention de celui qui s’exprime. On l’appellera alors vérité informationnelle, puisqu’elle est d’abord une information communiquée qu’il convient de vérifier avant d’en faire une vérité. Cette vérité, parce qu’elle est exprimée et qu’elle est devenue une information qui est vérifiable, est un fait et non plus seulement une idée. Elle est devenue action parce qu’elle a une intention et qu’elle agit sur les autres. Le mensonge se définit par rapport à la réalité : mentir, c’est donner volontairement à l’autre une vision de la réalité différente de celle qu’on tient soi-même pour vraie.

Il est fréquent de dire que chacun détient sa vérité et donc que celle-ci est relative. Mais on parle alors de la vérité informationnelle ou encore de la vérité subjective. La vérité objective existe, indépendamment de son interprétation ou de son expression.

28/11/2014

La beauté

La vraie beauté procure un pincement ineffable, un trou dans l’âme qui vous fait à la fois vous oublier parce que vos préoccupations disparaissent et vous découvrir parce que vous sentez plus grand, plus large, plus universel. Vous devenez l’homme éternel et vous accédez à l’immensité de l’univers et au mystère de sa création.

Pour beaucoup l’art est mímêsis (imitation). La beauté viendrait d’une parfaite imitation de la nature ou de l’homme ou de quelque objet. Est-ce si sûr ? Cela voudrait dire qu’un art qui n’imite pas la réalité naturelle n’est pas beau et ne peut provoquer ce ravissement de l’âme qui est la preuve d’une véritable beauté.

L’art est mystère parce qu’indéfinissable. C’est un concept sans concept, un mot qui flotte dans le désert de l’esprit, sans qu’aucun fil ne le rattache à une idée concrète connue. Pourtant nombreux sont ceux qui tentèrent de définir l’art et, derrière, la beauté. Mais finalement que dire ? En y réfléchissant, seul le sentiment de béatitude rend compte de ce qu’est la beauté et ce sentiment s’éprouve dans sa chair et son esprit et les marque tous deux. Le palpable et le symbole se rencontrent et ne font plus qu’un. J’en reste béat et « cette béatitude est l'homme élevé à sa plus haute puissance. À un autre point de vue, la béatitude est Dieu même se donnant en possession » (Ozanam, Essai sur la philos. de Dante,1838, p. 188). Oui, la beauté c’est l’irruption du divin dans notre monde, un avant-goût de l’éternité.

Alors ne nous laissons pas tenter par la poudre aux yeux des Jeff Koons et autres "artistes" contemporains !

19/09/2013

Votre histoire personnelle

« Je n’ai plus d’histoire personnelle. Lorsque j’ai eu la sensation qu’elle n’était plus nécessaire, je l’ai laissé tomber. », explique Don Juan Matus, le sorcier Yaqui de Carlos Castaneda.

Les Evangiles nous disent la même chose sous une autre forme : « Quitte ton père et ta mère », ce qui signifie quitte toutes tes attaches matérielles et surtout émotionnelles, sentimentales et même intellectuelles. Le Zen nous le dit également, mais différemment : « Calme ton esprit, soit présent à toi-même quoi qu’il arrive, fais le vide en toi, fais taire tes émotions ».

Mais sommes-nous capables de nous passer de notre histoire personnelle ? Certains nous diront : « Mais bien sûr, je serai heureux de ne plus penser à mes malheurs, de ne plus ruminer mes manques, mes défauts, mon impuissance à être. » Cependant, la plupart du temps, ils ne vivent que de leurs problèmes et ne peuvent s’intéresser suffisamment à autre chose pour ne plus y penser. D’autres penseront : « Mon histoire n’est pas brillante, mais j’y ai consacré suffisamment de temps pour ne pas la laisser tomber maintenant. » Et dans tous les cas, les autres ne vous adressent la parole que sur leur ou votre histoire personnelle : Qu’avez-vous fait ? Que pensez-vous de ? Alors si vous laissez tomber votre histoire personnelle, vous n’aurez plus de sujets de conversation ; vous deviendrez associable.

Tout ceci est vrai, mais votre histoire a-t-elle autant d'intérêt que vous semblez lui attacher ? Votre état civil, votre état familial, votre profession, votre rôle social ont-ils tant d’importance. N’êtes-vous pas autre chose derrière ces apparences successives ?  Fouillez dans votre vie les instants les plus heureux. Ne sont-ils pas ceux pendant lesquels vous vous êtes oubliés, pendant lesquels vous avez perdu de vue votre moi immédiat ? Ces instants d’extase vécus devant un coucher de soleil, une musique qui vous sort de vous-mêmes, un tableau dans lequel vous vous noyez, ne sont-ils pas préférables à toutes les joies de votre petit moi. C’est justement lorsque vous abandonnez votre histoire personnelle que vous découvrez la vraie vie.

Alors tentons de tout laisser tomber. Partez un jour sans rien avec vous, habillez-vous différemment et laissez-vous porter par la vie, seconde par seconde, minute par minute, heure par heure. Quelles vacances rafraîchissantes !

20/09/2012

La vérité affective

 

Dans Ultime dialogue entre Jorge Luis Borges et Osvaldo Ferrari (Editions Zoé/éditions de l’aube, 1988), Osvaldo Ferrari parle de vérité affective et Borges lui répond :

– La vérité affective ? Oui. En d’autres termes, j’invente une histoire, je sais que cette histoire est fausse ; c’est une histoire fantastique ou une histoire policière (un autre aspect de la littérature fantastique), mais tout le temps que j’écris, je dois y croire. En cela je coïncide avec Coleridge, pour qui la foi poétique est la suspension momentanée de l’incrédulité.

Ces considérations sont à rapprocher de celles d’Alexandre Vialatte, dans « La porte de Bath-Rabbim » :

Tout ce qu’on invente est vrai, a dit Gustave Flaubert. (…) C’est le bon sens même. Il y a une vérité de la vie et une vérité littéraire. La vérité de la vie est vraie avant même qu’on la raconte, et elle reste vraie après ; elle est vraie avant, pendant, après. La vérité littéraire n’en demande pas tant. C’est pourtant elle qui survit aux faits ; on se rappelle les mots historiques qui sont presque tous apocryphes, mieux que l’histoire de ceux qui les ont prononcés. Qui ne se souvient du vase de Soissons ? (…) « Tout ce qu’on invente est vrai. » (Alexandre Vialatte, La porte de Bath-Rabbim, Presses Pocket, Julliard, 1986, Fictions et réalités, p. 33-34).

Au-delà de ces considérations sur la vérité de la littérature, dont la réalité tient à l’angle d’attaque que l’on se donne, il est sûr que l’écrivain doit croire à ce qu’il écrit. Qui pourrait y croire si lui-même n’y croit pas.

Mais croire à quoi ? Croire à sa fiction ? Croire qu’elle va devenir vraie parce qu’il aura des lecteurs ? Croire enfin qu’il est vrai parce qu’il a écrit cette fiction ? C’est sans doute la dernière assertion qui transforme la fiction en réalité. L’écrivain, comme tout artiste, doit ressortir transformé par son œuvre, devenir plus détaché. Sinon, il reproduira sans cesse ce premier écrit et ne saura se renouveler. Il doit croire à sa possibilité de se renouveler.