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20/08/2020

Voir l'invisible

Marie et Léo, en côtoyant Munier, des Vosges au Champsaur, avaient progressé dans l’identification de l’indiscernable. Sur le plateau désert, ils détectaient parfois l’antilope dans les roches blondes ou le chien de prairie regagnant l’ombre. Voir l’invisible : principe du Tao chinois et vœu d’artiste.

(Sylvain Tesson, La panthère des neiges, Gallimard, 2019, p.47)

 

Voir l’invisible inclut deux points de vue contradictoire : voir, c’est-à-dire percevoir les images des objets par le sens de la vue et l’invisible, c’est-à-dire voir une image que l’on ne peut pas voir parce qu’elle est invisible. Ne nous arrêtons pas à cette contradiction, allons au-delà ou plutôt tentons d’en faire le tour. Disons dans un premier temps qu’il importe de prendre conscience que l’invisible n’est pas forcément invisible pour tout le monde. Certains ont un don de perception plus développé et perçoivent ce que les autres ne voient pas. La contradiction s’efface d’elle-même. De plus, sachons que nous ne voyons que ce que nous avons envie de voir. La vision dépend de nos centres d’intérêt. Nous ne voyons pas ce que nous ne voulons pas voir, nous discernons ce que d’autres ne voient pas parce que nous sommes intéressés par l’image qui s’impose à nous.

Mais, au-delà de tout cela, sachons qu’il y a deux types d’images à discerner : les images visibles et les images invisibles. Les images visibles correspondent à la définition donnée plus haut. On voit par le sens de la vue physique. Les images invisibles ne deviennent visibles que par un entraînement et une qualité qui ne dépendent pas de la vue physique, mais d’un état d’être que l’on doit acquérir. Alors seulement l’invisible devient visible. Mieux même, on construit dans sa tête l’invisible à voir que l’on discerne peu à peu, selon l’état d’être que l’on se donne. Alors apparaît une troisième manière de voir qui ne dépend plus de nous. Il nous est donné de voir de manière inspirée, indépendante de notre volonté. Cette alchimie se produit indépendamment de notre volonté. Elle s’impose à ceux qui sont prêts à la percevoir. C’est la vision des sages et des saints.

09/03/2020

Joie de la musique

Quand on écoute de la musique, il est important de ne pas se laisser aller à la mélodie, surtout si le morceau est déjà connu, car on n’y prend que le plaisir de l’habitude et la musique devient un procédé d’excitation des réminiscences du passé.

Il est préférable de faire le vide en soi de toute connaissance de ce morceau de façon à le percevoir dans sa verticalité et non dans son horizontalité temporelle. Alors chaque instant nous pénètre dans sa nouveauté spaciale (percevoir l’espace musical).

La joie de la musique est une joie toujours renouvelée.

 

09/10/2019

Sens cosmique

 

Le sens cosmique, c’est le sens de l’affinité des éléments entre eux et par Dieu.

C’est le sens de l’amour universel à travers l’amour des particuliers.

 

11/11/2016

Musée Vieira da Silva à Lisbonne

"La ville règne sans partage sur la vie et l’œuvre de Maria Helena Vieira da Silva : Lisbonne, le berceau des origines, où, enfant, elle apprend la solitude, l’observation, la contemplation ; Paris, la capitale d’élection, où elle s’établit en 1928 et rencontre la galeriste Jeanne Bucher qui fait connaître son œuvre, et le peintre hongrois Árpád Szenes, compagnon d’une vie ; Rio de Janeiro enfin, la ville de l’exil, que tous deux rejoignent en 1940 – pour retrouver Paris sept ans plus tard. À cette topographie se joignent, dans sa peinture, les villes de passage et les cités imaginaires. Lieux et objets de son enfance influencent un monde intérieur dont sa création picturale rendra témoignage : des bibliothèques et des théâtres, des partitions de musique et des jeux d’échecs, des passages pavés d’azulejos et les dentelles de fer de quelque architecture parisienne. Que son motif premier soit une nature morte, une chambre déserte ou une capitale bruyante, sa peinture adopte volontiers la forme du dédale : un réseau en toile d’araignée, un damier distordu, où l’œil erre, se perd, s’assombrit ou s’éclaire. Ce réseau, que l’on peut comprendre comme une métaphore de la réflexion, demeure fondamentalement une exploration de la perception."

Anne Lemonnier

Extrait du Dictionnaire universel des créatrices
© 2013 Des femmes – Antoinette Fouque

(http://www.awarewomenartists.com/artist/maria-helena-vieira-da-silva/)

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Le métro 1940

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La ruée des losanges 1947

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La mer 1961

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La boutique 1964

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Le bout du monde 1986

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Vers la lumière 1991

Ces tableaux des différentes époques de la vie de Maria Vieira da Silva montrent nettement l'évolution de sa peinture et de sa personnalité. Le dernier "Vers la lumière" atteint la sagesse des ermites. Tout est achevé, elle s'est réalisée, malgré les aléas de la vie.

 

28/11/2014

La beauté

La vraie beauté procure un pincement ineffable, un trou dans l’âme qui vous fait à la fois vous oublier parce que vos préoccupations disparaissent et vous découvrir parce que vous sentez plus grand, plus large, plus universel. Vous devenez l’homme éternel et vous accédez à l’immensité de l’univers et au mystère de sa création.

Pour beaucoup l’art est mímêsis (imitation). La beauté viendrait d’une parfaite imitation de la nature ou de l’homme ou de quelque objet. Est-ce si sûr ? Cela voudrait dire qu’un art qui n’imite pas la réalité naturelle n’est pas beau et ne peut provoquer ce ravissement de l’âme qui est la preuve d’une véritable beauté.

L’art est mystère parce qu’indéfinissable. C’est un concept sans concept, un mot qui flotte dans le désert de l’esprit, sans qu’aucun fil ne le rattache à une idée concrète connue. Pourtant nombreux sont ceux qui tentèrent de définir l’art et, derrière, la beauté. Mais finalement que dire ? En y réfléchissant, seul le sentiment de béatitude rend compte de ce qu’est la beauté et ce sentiment s’éprouve dans sa chair et son esprit et les marque tous deux. Le palpable et le symbole se rencontrent et ne font plus qu’un. J’en reste béat et « cette béatitude est l'homme élevé à sa plus haute puissance. À un autre point de vue, la béatitude est Dieu même se donnant en possession » (Ozanam, Essai sur la philos. de Dante,1838, p. 188). Oui, la beauté c’est l’irruption du divin dans notre monde, un avant-goût de l’éternité.

Alors ne nous laissons pas tenter par la poudre aux yeux des Jeff Koons et autres "artistes" contemporains !

25/02/2014

Le mystère du bonheur

Les hommes courent après le bonheur sans jamais le rattraper. Parfois ils sont si proches de lui que son parfum les envahit, les amollissant et les privant ainsi de ses bienfaits. Plus rarement encore, électrisés, ils le touchent du doigt et en restent sans réaction. Qu’est-ce que le bonheur ?

La première approche que l’on peut faire est comparative. Le bonheur se mesure et s’apprécie par rapport au malheur. Mieux même, le bonheur est l’absence de malheur. Est-ce si vrai ? Peut-on comparer l’intention d’éprouver du bonheur qui est encrée en chaque homme avec l’arrivée d’un malheur qui n’est, a priori, nullement recherchée ? Le premier serait le saint Graal, le second la tuile qui tombe sur la tête dans la rue. Pour le premier une recherche de toute une vie, pour le second une angoisse toujours présente. Cette approche a le mérite de mettre en évidence l’absence d’échelle de perception entre les deux concepts. Le malheur peut se mesurer comme on fait mesurer la douleur de 1 à 10. Mais le zéro n’est pas le bonheur. Il ne signifie que l’absence de malheur.

La deuxième approche permet sans doute d’aller plus loin. Elle est également comparative. Le bonheur serait un état d’être qui se situe sur une même échelle que la satisfaction du désir ou l’extase de la joie. Très vite cependant, l’on perçoit que ces deux dernières notions se situent dans l’instant, alors que le bonheur implique une certaine durée. Elles ne sont que des vagues nées du vent de la vie, alors que le bonheur se trouve dans les eaux profondes et sans mouvement, qui ne sont pas touchées par les aléas extérieurs. La satisfaction du désir, c’est-à-dire le plaisir, n’entraîne qu’un simili bonheur d’un instant. L’extase de la joie est une explosion brutale qui  s’éteint progressivement de la même manière que l’eau qui bout se refroidit obligatoirement. Le bonheur est une sérénité durable que les riens de la vie ne peuvent atteindre.

Qu’est-ce qui fait cette différence entre le bonheur durable et la jouissance instantanée du plaisir  ou la jubilation fervente de la joie ? Ne serait-ce pas leur cause ? Je recherche les seconds dans les événements de ma vie. Je découvre le premier en moi, grâce à la contemplation du mystère du monde, mais hors de tout impact momentané du monde sur moi. Oui, le bonheur est un retournement des perspectives. Il n’y a plus de ligne de fuite, mais perception d’un mystère qui s’agrandit en harmonie et de manière permanente. Le bonheur est une ouverture. Le plaisir et la joie ne sont que des explosions provisoires qui cessent lorsque les derniers débris sont retombés sur le sol.

Alors, que signifient ces mots : le mystère du bonheur ? Le mystère est inaccessible à la raison ou plutôt l’étude rationnelle ne permet pas d’en faire le tour. C’est par exemple ce qu’il y a au-delà du big-bang. La science approchera cet instant premier de la naissance de l’univers, mais elle ne saura jamais, sauf à changer de perspective, qui est à l’origine. A travers le comment, elle permet de répondre au quoi, mais pas au pourquoi. Pourtant, nous sentons bien, dans le même temps, que le bonheur dépend de nous. Ce ne sont pas les évènements qui en sont la cause, mais notre façon d’être et de vivre qui détermine la part de bonheur dont nous disposons.

Peut-on conclure, provisoirement, que le bonheur est une notion générale, mais qui se vit individuellement ? Je fais mon bonheur par ma façon de d’être et de vivre, mais ce bonheur m’est personnel dans sa réalisation. Oui, chaque homme est un mystère unique et c’est ce qui en fait sa grandeur.