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04/08/2018

Sentence

 

Tu es ce que tu penses.

Maîtrise ta pensée,

Tu connaîtras le bonheur.

 

28/05/2018

7 façons d'être heureux (2)

Luc Ferry explicite alors ces 7 façons d’être heureux dans le monde contemporain. En réalité, il me semble que la première façon qu’il décrit n’est que l’explicitation de ce qui a été développé au cours de l’avant-propos, à savoir qu’il existe deux façons antinomiques d’envisager le bonheur. La première est que le bonheur ne dépend pas des autres ni de l’état du monde, mais de notre capacité à nous mettre en harmonie avec notre moi profond. La seconde est que le bonheur dépend inversement de l’état du monde extérieur et du sort des autres, en particulier de ceux que nous aimons. C’est donc un état fragile, provisoire et inaccessible à tous durablement par soi seul. Ces deux thèses s’opposent fondamentalement, pire même, la première, si elle devient obsessionnelle, rend malheureux et enferme l’individu dans une déconnexion du monde et des autres. C’est principalement pour cette raison que l’auteur préfèr nettement la seconde : identifier autant que faire se peut, ce qui nous rend heureu dan la lucidité et viser les joies les plus simples plus qu’un bonheur individuel nécessairement fictif. Luc Ferry livre alors ses 6 et non sept façons d’être heureux : aimer, admire, s’émanciper, élargir l’horizon, apprendre et créer, agir.

 * Aimer

Deux extrêmes dans l’amour : l’amour individualiste et érotique de Don Juan, ou l’amour courtois et mystique de Tristan et Iseult qui exige la sortie de soi et la mise entre parenthèses de l’égo érotique. Le premier rejoint le partenaire par la possession, le second  par l’annulation de son moi. Dans ce chapitre, Luc Ferry  fait une excellente analyse de la finalité du mariage dans la théologie chrétienne. Son objet n’est pas la transmission de la vie, mais de sauver les relations entre mortels, de les penser de manière durable sur fond de bonheur. Le mariage permet de dépasser la nature de l’éros, d’unifier le corps et l’âme et de les fondre en un tout qui  permet à l’homme de devenir pleinement lui-même.

25/05/2018

7 façons d’être heureux, de Luc Ferry (1)

Dans son excellent livre intitulé 7 façons d’être heureux ou les paradoxes du bonheur, Luc Ferry livre sept visions d’envisager les rapports entre l’homme et le monde pour être heureux, constatant qu’actuellement la mode est à la recherche du bonheur sous toutes ses formes.

Il fait un constat initial : nous cherchons tous désespérément le bonheur, mais cette quête estbonheur, malheur, religion, morale, désir illusion, car tout ce qui nous rend heureux est aussi ce qui peut nous rendre le plus malheureux. Il constate que dans la plupart des sagesses anciennes, l’idée de bonheur occupe une place centrale dans la réflexion sur le sens de l’existence. Or le catholicisme bouleverse cette vision. Dans l’ici et maintenant, ce sont les maux inhérents à l’existence humaine qui nous donne l’occasion de nous y préparer, de trouver notre voie vers le salut. L’église aurait ainsi élaboré au fil des siècles une véritable philosophie du malheur qui souligne les vertus potentiellement rédemptrices de la misère. Pour surmonter ces épreuves, il faut espérer en une autre vie et faire mourir la mort. Pour que la bonne nouvelle puisse enchanter le monde, il faut y croire, c’est-à-dire avoir la foi.

Ce n’est qu’à l’époque moderne que cette vision évolue. On passe d’une éthique catholique à une étique républicaine qui consiste, dans le sillage de la parabole des talents, à lier la notion de mérite à celle du travail et à la pénibilité, sécularisant ainsi les formes de dépassement de soi du christianisme. Ainsi, la valorisation catholico-républicaine de l’effort et du mérite lié à la pénibilité du travail marque donc une rupture totale avec les visions morales du monde à la fois aristocratiques et eudémonistes qui caractérisaient la pensée antique. C’est donc deux visions différentes qui vont se développer au XXe siècle et qui s’opposent en ce qui concerne le bonheur : la vision républicaine pour qui le bonheur ne vient que grâce aux produits du travail et la vision  utilitariste anglo-saxonne de Jeremy Bentham qui développe une morale du bien-être et, au-delà, une morale de la liberté. Cette éclatante version met en évidence l’eudémonisme, vision dans laquelle les humains sont d’abord définis comme des êtres qui ont un intérêt fondamental, prioritaire et indiscutable, au bonheur.

Ces deux versions peuvent être complétées par une troisième thèse définie par André Comte-Sponville : le sage est celui qui parvient à regretter un peu moins, à espérer un peu moins, à aimer un peu plus. Aimer ce que nous avons ici et maintenant, plutôt que de désirer sans cesse ce que nous n’avons pas, voilà le secret !

23/08/2017

Oh ! Les beaux jours, pièce de Samuel Beckett

Théâtre de l’inéluctable. Chaque jour passe et ressemble aux autres jours, toujours semblables, mais pendant lesquels, imperceptiblement, inéluctablement, les êtres changent sans qu’ils en aient conscience : « Je vois de moins en moins bien… Pas moins qu’hier…Pas mieux que demain… » Chaque geste de la vie quotidienne devient un évènement attendu impatiemment au cours de la journée, de même que la moindre démonstration d’intérêt, de prévenance de la part d’autrui : un sourire, un mot, un geste même, le plus petit soit-il (lever le petit doigt) prend une importance considérable et suffit à éclairer la journée. « Ça que je trouve merveilleux », dit-elle pour tout ce qui vient  rompre la monotonie des heures.

« Quel beau jour encore », telle est la morale de Beckett. Il y a toujours une raison d’être heureux, il y a toujours un évènement qui, si on y prend garde, suffit à donner la joie pour une journée. Le jour où Willy, malgré ses infirmités, sa condition d’humain réduit à la vie animale, sort de son trou pour regarder sa femme, est le plus beau jour de la vie de celle-ci, parce qu’il est là, présent, réel. Et cet homme qu’elle ne reconnait plus, dont la laideur l’effraie, tente de lui témoigner ce qui lui reste d’amour, faisant de l’enlisement, de l’incapacité de bouger de sa femme, un paradis aussi beau que celui de sa jeunesse.

 

30/04/2017

La grâce

 

La grâce est ce qui permet d’aller au-delà des contradictions,

mieux même, de réconcilier les contraires.

 

22/11/2016

Chaleur et fraîcheur

La chaleur et la fraîcheur sont antinomiques. Quoi de plus logique ! Pourtant tous deux, dans leur sensation, sont proches. Dans les deux cas, la chaleur ou la fraîcheur d’un lieu, d’un objet, d’un corps tiennent à la différence de température avec leur environnement. Mais on parle également de chaleur ou de fraîcheur dans les aspects psychiques de l’existence. « Il est peu chaleureux », nous dit-on d’un homme renfrogné. « Quelle fraîcheur ! » commente-t-on d’une jeune fille qui passe dans la rue. Il est cependant rare, pour ne pas dire exceptionnel, d’éprouver en même temps ces deux sensations. Chaleur et fraîcheur sont effectivement antinomiques.

Hier, me recouchant vers quatre heures du matin après m’être plongé dans les délices de l’écriture, j’avais du mal à trouver le sommeil. Il s’échappait toujours au moment où l’esprit se confond avec la matière dans une brume vaporeuse annonciatrice du sommeil. Après deux heures passées dans le froid, votre arrivée dans le lit conjugal est bienvenue. Vous entrez subrepticement, en essayant de ne pas déranger l’organisation de la couette, mais suffisamment pour puiser un peu de chaleur auprès de celle qui partage votre vie. Vous vous sentez bien lorsque votre corps froid entre en contact avec la moiteur de son corps endormi, ne serait-ce que d’une parcelle infime, par exemple la fermeté de son bras ou la souplesse de sa hanche. Aussitôt s’installe en vous ce voile vaporeux des sensations brutes qui surpasse toute pensée intellectuelle et vous fait sombrer dans le coulis des souvenirs affectifs qui remontent en bulles à la surface de votre mémoire. Vous ne pouvez vous empêcher de caresser ce point de contact qui vous redonne vie, qui regonfle votre existence d’évocations affectueuses et lui donne sens par la force de sa magie. Car c’est de magie que je parle, puisque très vite une sensation de fraîcheur tendre vous enrobe et vous emmène en lévitation de quelques centimètres, une attraction anti-gravité garantie qui finit par déranger l’ordonnancement de ce qui vous recouvre. Cette fraîcheur vous conduit hors du temps, dans les replis d’un espace limité, mais exquis, une sorte d’univers parallèle dans lequel les sensations deviennent différentes, exacerbées, et  où les attouchements procurent le sentiment d’une fontaine de jouvence.

Oui, vous vivez l’expérience d’une chaleur bienheureuse et d’une fraîcheur insolite qui, par leur mélange heureux, font de vous un être aérien, sublimé et profondément humain. Vous pouvez alors vous laisser aller dans le gaz des songes et rêver de ces instants de bonheur que donne la vie conjugale dans la pâleur d’une vie ordinaire.

05/11/2016

L’écriture des dieux

Écrire de la musique, ce n’est pas simplement retranscrire les notes sur une, deux ou trois portées. C’est avant tout et en premier lieu, trouver une phrase qui possède sa propre personnalité. Elle et courte, simple, cadencée, fermée sur elle-même, se suffisant à elle-même. C’est le point de départ. Ensuite, on la triture. On change sa hauteur, sa largeur, sa profondeur en la jouant à la quarte ou la quinte, en allongeant ou raccourcissant la longueur des notes, en créant un autre accompagnement que l’initial, en ajoutant des harmonies cachées, mais toujours en respectant la cadence qui constitue l’unité intérieure de la phrase.

On joue et rejoue la phrase, seule, puis sa sœur, à la quinte, puis ses sœurs, en variations sans fin. Alors, on est prêt. On sort le papier à musique, son crayon et on dessine les notes, blanches ou noires, munies de queues ou parfois de hampes avec de petits drapeaux.

« Oui, c’est bien l’écriture des dieux ! », me suis-je dit ce matin en pleine transcription. Une écriture universelle, chantante, fraîche de bonheur partagé avec celui qui reproduira les sons et en fera le chant des dieux. Et vous dessinez calmement les ronds que vous remplissez ou non de noir. Vous chantez en même temps la mélodie, ajoutant quelques variantes au développement initial, vous vous demandez comment passer de l’une à l’autre, sans heurt, sans rompre le charme, sans vous sortir de vous-même, engoncé dans le bonheur. Vous vous remettez au piano, vous étudiez les passages entre les différentes variations, vous vous souriez intérieurement lorsque vous avez trouvé une transition inusitée. Vous ne pensez plus à rien qu’à cette mélodie qui vous trotte dans la tête et marque sens interdit à toute autre pensée.

C’est cette absence de pensée qui vous permet d’arriver à vos fins, un morceau de musique dont la délicate mélodie agrémentée d’un accompagnement en contrepoint vous satisfait pleinement. Alors non seulement vous avez imité les dieux en utilisant leurs instruments, mais vous les avez égalé en créant.

Alors, il faut reprendre la maxime de Bernard Grasset, oui, l’éditeur : « Être véritablement modeste, c’est comprendre que le sentiment que nous avons de notre propre supériorité ne vaut que pour nous. »

14/08/2016

Tableau

Préparer un tableau en relief n'est une mince affaire. Il convient de s'y prendre en avance sur la livraison, car long est le chemin à parcourir avant de le voir s'épanouir.

Le projet est le plus simple : quelques carrés ou rectangles sur une feuille blanche ou moirée, disposés artistiquement dans un ordre-désordre indescriptible, mais convenu.

16-07-22 Pneuma 2.jpg

 Puis, le dessin et la découpe dans une planche en conservant la ligne droite malgré les dérapages de la scie.

Peindre chaque morceau de cette couleur indéfinie, à la fois dure et tendre, qui rappelle les vins capiteux de Bourgogne.

Enfin, les coller avec adresse sur le fond après avoir reporté l'emplacement avec l'exactitude de l'horloge-parlante.

Je vous ferai signe lorsqu'il sera fini...

09/07/2016

Le plaisir et le bonheur

On confond trop souvent plaisir et bonheur. C’est une confusion profonde, au-delà d’un malentendu entre les mots. Sous prétexte de rechercher le bonheur, on recherche les petits plaisirs. C’est tellement plus facile. On se trouve du bien-être à la chaîne qui, mis bout à bout, donne l’illusion du bonheur.

Le plaisir est passager. Il ne dure pas. Certes, il provoque des décharges d’adrénaline qui enchante l’instant. Mais très vite, comme l’enfant devant un jouet nouveau, il ne comble plus l’esprit de celui qui l’éprouve. Vous aurez alors besoin d’une nouvelle quête, d’un nouveau sujet de plaisir pour vous satisfaire, qui, lui-même, deviendra caduc le jour où vous l’obtiendrez. Observons que le plaisir est lié au monde extérieur. Il n’est que la réaction positive recherchée face aux circonstances que vous vous efforcez de faire naître favorablement.

A l’inverse, le bonheur est durable, car il n’est pas lié aux circonstances extérieures, mais à votre état d’esprit. Peu importe les circonstances de la vie. Seule compte la façon dont je les vis de l’intérieur. Alors, qu’est-ce qui fait la différence, in fine ? Soit je perçois la succession de grains que je côtoie dans l’écoulement du temps, soit je m’efforce de percevoir ce qui les relie à moi-même et aux autres. La qualité de la relation a plus d’importance que la relation elle-même. C’est cette qualité, recherchée et développée, qui ravie et fait éprouver le bonheur.

N’accumulons pas les grains offerts par la vie, mais cultivons la façon dont on les perçoit et les intègre dans notre vie intérieure.

24/01/2016

Air de la 3ème suite pour orchestre de J-S Bach

https://www.youtube.com/watch?v=rrVDATvUitA

La beauté changera le monde. Y croyons-nous ?
Oui, certainement, lorsque l’on écoute cet air. Deux voix s’interrogent et se répondent sans cesse, dans un dialogue accompagné par la lente marche rythmée des violoncelles.
C’est un duo de bonheur inépuisable qui semble ne jamais finir, qui monte en vous, tourne autour de vous, vous emporte dans un autre monde, plus riche, plus puissant et plus tendre à la fois. Votre âme se dilate, s’élève hors de toute pensée, dans le simple frémissement de sa transparence. Vous ne connaissez plus le quotidien, seule la luminosité du présent vous attire.
Mais est-ce le présent ? Vous ne savez. Ce présent devient éternité et ces secondes éternelles se prolongent au delà de la conclusion de la pièce. Et vous comprenez tout à coup, avec certitude, que l’éternité ne peut être vécue seule, que c’est cette osmose entre toutes les parties de votre être qui vous permet de vous accomplir, symbolisée par ces trois voix, les deux airs enchevêtrés des violons et le lent martèlement de tendresse des violoncelles.
Et votre âme s’évade encore lorsque vous écoutez à nouveau cet air si plein de beauté miraculeuse, qui vous fait toucher votre miracle personnel, celui du monde et celui de l’infinie tendresse de Dieu.

23/03/2015

Un sourire

Hier, vous avez ouvert les yeux après une nuit réparatrice et ceux-ci sont tombés sur une revue qui traînait au pied du lit : un homme, mââle bien sûr, vous regardait d’un air méchant. C’était un dur et il le montrait (il n'était bien sûr pas rasé). En bas, à droite, en petit, une fiole de parfum, pour mââle évidemment. Il y a quelques années, les publicitaires auraient mis en évidence le charme souriant d’un homme à sa belle épanouie profitant de cette suavité. Aujourd’hui le sourire est devenu rare. Il est ringard. L’homme qui sourit n’est pas un homme, il n’est pas mââle !

Et, comme par mimétisme, les « femmes magazines » vous regardent elles aussi d’un air agressif, l’oeil passant sur vous sans vous voir, préoccupée de leur beauté profonde, inatteignable et insensible. Parfois même, les deux êtres se rencontrent, dans un décor de rêve, tout de jaune, pêche, paille, abricot, clémentine et autres fruits. Ils se croisent, mais ne se voient pas. Ils virevoltent en s’écartant et finissent par se rapprocher, prêts à s’écharper, pour un cannelé de Bordeaux. La colère gronde en eux, un seul pourra le déguster. Quelle merveilleuse idée, pense le publicitaire : l’exaltation de la lutte des sexes pour une bouchée de sensation gustative.

Deux jours plutôt, vous aviez assisté au compte-rendu d’un défilé de mode : jeunes femmes fil de fer qui ont du mal à supporter le poids de robes pourtant ajourées, marchant d’un air agacé et hautain, le visage fermé comme il se doit actuellement. La beauté disparaît derrière le dédain, la plénitude des formes s’essouffle du manque de matière. Elles ne sont plus évaporées. Elles s’évaporent réellement, fantômes revêtus de brillance pour cacher l’inexistence.

Devant la résistance du sourire français, les Américains ont imposé la photo sans sourire. Il paraît que l’on reconnaît mieux les terroristes parce que ceux-ci ne sourient jamais. Donc, logique technocratique, si trois pour cent de la population ne sourient pas, il faut imposer à tous de ne pas sourire sur les photos de passeport, car il est possible que pour passer inaperçus, les terroristes simulent et se mettent à sourire sur leur photo.

Surtout n’ayez pas l’inadvertance dans le métro de sourire à une femme. C’est une injure pour elle. Seuls les sourires destinés à leur enfant sont acceptables et acceptés. Quant à un homme, il en reste ébahi et vous regarde sans comprendre. L’échange de deux sourires n’est admissible qu’à propos d’un tiers qui ne se rend pas compte qu’il vient d’être l’objet d’une compréhension humoristique de son attitude insolite. Mais ces sourires ne durent qu’un instant. Comment ai-je pu me laisser aller à sourire à quelqu’un, pensez-vous aussitôt.

Parfois, il arrive, un dimanche matin, dans une bonne humeur décontractée, qu’une jeune fille vous sourit. Et vous lui répondez, sans penser à mal. Et cet échange est un événement exceptionnel. La barrière est tombée. Sans aucune intention malveillante, ensemble, vous avez renoué avec un humain, en toute liberté, parce que vous vous sentiez bien. Quel baume merveilleux : la pureté dans un monde trafiqué d’arrière-pensées. Alors vous poursuivez cette première expérience. Vous souriez à votre voisin. Et il vous rend votre sourire ! Vous souriez à la dame assise en face de vous. Elle vous répond d’un éclair des lèvres avant de se refermer. Et bientôt, la voiture entière, ou presque, se sourit discrètement. Ah, oui, c’est le printemps depuis deux jours et même en l’absence de soleil, les cœurs se réjouissent.

Tiens... Mais c’est votre station. Il faut sortir ! Vous souriez à tous et sortez, léger, lévitant parmi ceux qui, de noir vêtus, n’ont pas encore tenté un sourire candide.

19/07/2014

Une étape de la vie

Le passage de la cinquième à la quatrième est un des moments  de la vie parmi les plus fascinants. On découvre l’autre sexe. Certes, on parle encore de filles et de garçons, mais avec une retenue qui voile le mystère de cette découverte. C’est14-07-10 adolescente-dos.jpg bien sûr un des sujets de discussion, pratiquement le seul, mais toujours de façon indirecte. Ce fut un choc pour Jérôme, même si, pendant une bonne partie de cette année de quatrième, cet étonnement ne fut que d’ordre psychologique. Cela constituait un bouleversement sans précédent dans la vie du jeune garçon qui, progressivement, devenait un adolescent. En réalité, cette prise de conscience ne s’effectua pas en un jour, celui de la rentrée scolaire. Il lui fallut bien un an pour saisir consciemment les modifications dans son corps et ses pensées.

Les premières semaines, assis au fond, dans la classe, il regardait ces filles qui commençaient à devenir jeunes filles, plus sérieuses, plus appliquées que les garçons, plus attentives à leur corps, à leurs attitudes, à la douce tiédeur de leurs formes découvertes dès la sortie de l’hiver : le pli du coude, le pli plus secret des aisselles, la rondeur devinée de leurs jeunes seins, la verdeur inimaginable de leurs cuisses reposant sur la chaise d’écolier. Ce fut au printemps, après six mois d’aveuglement enfantin, qu’il commença vraiment à sentir cette nouveauté en elles, puis en lui. Ce fut lent. Parfois, regardant l’une d’elles, il éprouvait comme un pincement quelque part, sans savoir exactement où, et ce pincement l’étouffait de mystère caché, incompréhensible. La promiscuité des sexes dans la salle de classe creusait un fossé incommensurable entre elles et lui, et, dans le même temps, l’histoire humaine devenait son histoire, personnelle, envoûtante, mystérieuse, grâce à la découverte de la plus grande énigme existant sur terre, celle de l’homme et de la femme qui se regardent et se voient semblables et différents. Envoûtantes, ces demoiselles faisaient semblant de ne rien voir de ces émois qu’elles provoquaient auprès des garçons. Envoûtés, ceux-ci continuaient à jouer la comédie de la virilité, celle de jeunes gars fiers d’être ce qu’ils sont, sans savoir qui ils sont. Mais tout ceci était diffus, imperceptible, comme le soupçon de lait que l’on met dans son café le matin, encore ensommeillé, et qui monte en nuages épais dans le liquide noir. La frontière restait indécise en raison de l’égalité de l’âge, tentatrice par sa nouveauté attrayante, imprécise par les différences inconnues.

Que se passait-il dans les corps et les esprits de ces jeunes adolescents qui sortaient de l’enfance par une porte dérobée ? Avant tout des images, des sensations, voire des sentiments non interprétables. De sa place, il n’écoutait plus le professeur, il regardait ces bustes de presque femmes, ces cheveux virevoltant d’abord involontairement, puis de manière plus consciente, la courbe de l’épaule dénudée à partir de mai, le tissu tendu par la naissance des seins et leurs regards, entre elles, de secrets inavouables, mais évidents. La puberté était tombée en un jour sur leur corps, alors que pour les garçons, rien n’était aussi franc. Ils ne la découvraient que progressivement, de manière plus lourde, d’abord dans une sorte de rêve, avant qu’elle ne devienne affirmée physiquement.

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C'est vrai, n'oublions pas ! Le 21 juillet...

 

25/02/2014

Le mystère du bonheur

Les hommes courent après le bonheur sans jamais le rattraper. Parfois ils sont si proches de lui que son parfum les envahit, les amollissant et les privant ainsi de ses bienfaits. Plus rarement encore, électrisés, ils le touchent du doigt et en restent sans réaction. Qu’est-ce que le bonheur ?

La première approche que l’on peut faire est comparative. Le bonheur se mesure et s’apprécie par rapport au malheur. Mieux même, le bonheur est l’absence de malheur. Est-ce si vrai ? Peut-on comparer l’intention d’éprouver du bonheur qui est encrée en chaque homme avec l’arrivée d’un malheur qui n’est, a priori, nullement recherchée ? Le premier serait le saint Graal, le second la tuile qui tombe sur la tête dans la rue. Pour le premier une recherche de toute une vie, pour le second une angoisse toujours présente. Cette approche a le mérite de mettre en évidence l’absence d’échelle de perception entre les deux concepts. Le malheur peut se mesurer comme on fait mesurer la douleur de 1 à 10. Mais le zéro n’est pas le bonheur. Il ne signifie que l’absence de malheur.

La deuxième approche permet sans doute d’aller plus loin. Elle est également comparative. Le bonheur serait un état d’être qui se situe sur une même échelle que la satisfaction du désir ou l’extase de la joie. Très vite cependant, l’on perçoit que ces deux dernières notions se situent dans l’instant, alors que le bonheur implique une certaine durée. Elles ne sont que des vagues nées du vent de la vie, alors que le bonheur se trouve dans les eaux profondes et sans mouvement, qui ne sont pas touchées par les aléas extérieurs. La satisfaction du désir, c’est-à-dire le plaisir, n’entraîne qu’un simili bonheur d’un instant. L’extase de la joie est une explosion brutale qui  s’éteint progressivement de la même manière que l’eau qui bout se refroidit obligatoirement. Le bonheur est une sérénité durable que les riens de la vie ne peuvent atteindre.

Qu’est-ce qui fait cette différence entre le bonheur durable et la jouissance instantanée du plaisir  ou la jubilation fervente de la joie ? Ne serait-ce pas leur cause ? Je recherche les seconds dans les événements de ma vie. Je découvre le premier en moi, grâce à la contemplation du mystère du monde, mais hors de tout impact momentané du monde sur moi. Oui, le bonheur est un retournement des perspectives. Il n’y a plus de ligne de fuite, mais perception d’un mystère qui s’agrandit en harmonie et de manière permanente. Le bonheur est une ouverture. Le plaisir et la joie ne sont que des explosions provisoires qui cessent lorsque les derniers débris sont retombés sur le sol.

Alors, que signifient ces mots : le mystère du bonheur ? Le mystère est inaccessible à la raison ou plutôt l’étude rationnelle ne permet pas d’en faire le tour. C’est par exemple ce qu’il y a au-delà du big-bang. La science approchera cet instant premier de la naissance de l’univers, mais elle ne saura jamais, sauf à changer de perspective, qui est à l’origine. A travers le comment, elle permet de répondre au quoi, mais pas au pourquoi. Pourtant, nous sentons bien, dans le même temps, que le bonheur dépend de nous. Ce ne sont pas les évènements qui en sont la cause, mais notre façon d’être et de vivre qui détermine la part de bonheur dont nous disposons.

Peut-on conclure, provisoirement, que le bonheur est une notion générale, mais qui se vit individuellement ? Je fais mon bonheur par ma façon de d’être et de vivre, mais ce bonheur m’est personnel dans sa réalisation. Oui, chaque homme est un mystère unique et c’est ce qui en fait sa grandeur.

30/01/2014

Se garer en ville

Il est des jours où tout est simple parce que vos perceptions sont démultipliées. Ainsi en est-il lorsque vous garez votre voiture en ville.

Habituellement vous vous y reprenez à deux fois et même plus, n’arrivant pas à trouver le bon angle d’attaque, la courbe majestueuse à effectuer pour vous glisser sans contact entre deux voitures et le trottoir. Cela vous rappelle les prisons américaines que l’on voit dans les vieux films : trois murs, une grille à travers laquelle le détenu passe avidement les bras comme pour aspirer une brassée d’air pur. Vous vous laissez balloter entre les parechocs ou vous cognez trop vite sur la pierre sèche du trottoir sans comprendre pourquoi vous n’arrivez pas à entrer. Vous êtes comme l’incarcéré qui se fait parfois projeter par ses codétenus entre les trois murs et la grille. Vous avez cependant l’avantage d’être dehors et vous cherchez à vous glisser dedans. Le prisonnier est hélas dedans et voudrait bien sortir dehors. Toute autre ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ne saurait être que fortuite.

Mais d’autres jours, plus rares et délicieux, vous faites preuve d’une intensité extraordinaire de conscience. Dieu vous glisse une goutte d’huile sur le corps et vous guide hardiment dans ce coin obscur sans que vous vous en rendiez compte. Pourtant rien ne vous y prépare. Vous n’avez aucune acuité supplémentaire avant de commencer à tourner votre volant à droite pour laisse l’avant de la voiture partir à gauche pendant que son arrière-train accepte de chercher une place sur sa droite. Vous avez la sensation de vous assoir sur un fauteuil non rempaillé dont les montants de bois vous rentrent dans les fesses. Alors vous vous contorsionnez pour trouver une agréable assise. Nouveau coup de volant, à gauche cette fois-ci, qui vous permet d’entrer en catimini dans l’espace promis et envié. Vos sensations s’exaspèrent. Vous avez des picotements au bout des doigts, des pieds et de votre postérieur qui vous avertissent de l’approche de l’obstacle et vous font l’éviter. Vous vous sentez grandi, vous redressez la tête qui vous sort du cou et vous permet de mesurer la distance entre la roue arrière et le trottoir. Alors d’un geste sublime vous tournez à nouveau votre volant à droite pour caser le reste de votre corps entre les parechocs, avec douceur, sans heurt, entrée triomphale dans cet antre de paix qu’est la place qui vous a été offerte par un collègue parti quelques instants plus tôt. Vous n’avez pas encore conscience de cette agilité des sens qui vous a permis cette glissade bienheureuse dans un créneau étroit.

Au moment de couper le contact, un silence impressionnant se fait en vous. Tout devient fluide, vous baignez dans le bonheur qui est à portée de main. Votre cœur se dilate et devient une grotte qui résonne du moindre bruissement, votre vue s’affine jusqu’à vous montrer ce que vous ne voyez jamais, un fil d’araignée qui s’étire entre le tableau de bord et le parebrise. Il luit au soleil et vous dit : « Oui, elle est belle la vie, belle de ces petites choses sans intérêt qui lui donnent du sel et en font un plat goûteux que vous dégustez en une seconde qui devient l’éternité avant de retrouver la gaucherie de tous les jours et de sentir, en vous passant la main sur la joue, votre barbe qui pousse ». 


– Et d’où vous est venue cette idée d’écrire sur un fait aussi simple ?

– Cela s’est imposé à moi au réveil, au moment où je posais le pied par terre, comme une illumination soudaine que je n’ai eu qu’à transcrire.

30/01/2013

La magie d’un instant

Sur le tapis déroulé, ils dansaient tels des lutins, dans la joie de Noël. Et plus ils sautaient, plus ils devenaient invisibles aux yeux des adultes, perdus dans leur monde de rêve, de mouvements et d’exaltation.

Ils rejoignaient ainsi les rescapés de la gravitation.

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04/12/2012

Le bonheur

Le bonheur, c’est la délivrance de son petit personnage. Non pas une évasion dans un obscur néant, mais l’absence de ces grains de matière qui obscurcissent notre vision. Le moi s’efface pour le soi, universel, hors de l’espace et du temps, lumière qui change le regard.

Certains parleront de la découverte de notre véritable nature, d’autres, de l'irruption du divin. Mais n’est-ce pas tout simplement la rencontre des deux ? Cette rencontre n’a lieu ni hors de soi, ni en soi. Ni hors de soi, sinon en quoi nous concernerait-elle personnellement ? Ni en soi, car le moi n’est plus concerné par cette rencontre.

Je pense souvent à l’eau qui chauffe, puis qui commence à bouillir. Elle devient vapeur, s’élève en volutes dans l’air, semble mourir pour renaître ensuite dans les pluies bienfaisantes. Le bonheur est un changement de nature, l’abandon des lunettes du moi. C’est alors que je suis véritablement présent, un avec la matière, avec l’autre qui devient moi.

Le bonheur est l’abolition de la distance entre le monde et moi par la transformation réciproque de l’un et de l’autre. C’est en cela que « le royaume des cieux n’est pas de ce monde », mais que « En vérité, je vous le dis, le royaume des cieux est au milieu de vous ». Quelle contradiction !