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09/08/2012

Judit Reigl, peintre (1ère partie)

Judit Reigl est née en 1923 à Kapuvar en Hongrie. Après avoir étudié les beaux-arts à Budapest, elle fuit la Hongrie en 1950 et s’installe à Paris, puis Marcoussis.

Volupté incomparable.jpg

 

Elle se consacre au surréalisme avec la fréquentation d’André Breton, d’abord de manière figurative, puis très vite abstraite, par l’écriture automatique :

 

 

peinture, art moderne, surréalisme, abstrait

« Tout mon corps participe au travail, "à la mesure des bras grands ouverts". C'est avec des gestes que j'écris dans l'espace donné, des pulsations, des pulsions. »

 

  

 Puis, elle s’intéresse à la peinture abstraite dans les années 50 : « Le processus de la peinture devient [...] une activité viscérale et physique. Les œuvres créées sous les gestes impulsifs, spontanés et accidentels du corps sont des empreintes éphémères de l'action de peindre et du corps de l'artiste. [...] Eclatement, telles des cartes explosives de la matière touchant la toile, représentent l'affrontement de la surface et du corps, la lutte à la fois constructive et destructrice de la matière et de l'énergie.[...] la peinture éclate littéralement l'espace pictural dans un mouvement centrifuge, dirigeant le regard [...] au-delà du cadre, et la matière ainsi explosant dans tous les sens efface la hiérarchie de la surface.» (Agnes Berecz, Ecrire comme peindre : la peinture de Judit Reigl dans les années cinquante in Reigl Judit, catalogue édité par Erdesz and Maklary Fine Arts, Budapest, 2006, p.12)

 

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Peu à peu, Judit Reigl se concentre sur le contraire de l’éclatement,  ce qu’elle appelle le centre de dominance : « Sur le plan de la toile, le centre se propose en maelström, gouffre, tourbillon, qui creuse la profondeur de l'oeuvre, se déplace et s'ouvre, se fait et se défait, en se constituant. Etablissant alors en effet un espace où le centre est partout et la périphérie nulle part. » (Marcelin Pleynet, Reigl, Paris, Ed. Biro, 2001, p34).

 

Centre de dominance 1958.jpg

 

 

06/08/2012

Robert Tatin, le pape du paradoxe (1ère partie)

 http://www.musee-robert-tatin.fr/

 Robert Tatin, le pape du paradoxe. Oui, je pense qu’on peut le définir ainsi. Qu’est-ce qu’un paradoxe ? Un raisonnement dont la conclusion contredit les prémisses, ou qui justifie deux conclusions contradictoires, et qui est le plus souvent porteur de vérité (Encyclopédie Philosophique Universelle, PUF, Paris, 1990, p.1848). Ce n’est ni un véritable artiste, ni un véritable artisan. Il se moque des catégories et voit le monde à son image, échevelé et créatif.

Son art : nous révéler la complexité inattendue de la réalité. Il met en évidence la fonction paradoxale du sculpteur : celui-ci détache-t-il au ciseau tout ce qui ne ressemble pas à son sujet ou s’attache-t-il à faire apparaître ce qui sera son sujet ? Il ne s’agit pas de sophisme, Robert Tatin n’est pas un manipulateur, il n’a pas de raisonnement trompeur. Il raisonne comme il l’entend, que cela plaise ou non à ceux qui l’écoute et regarde ses œuvres. Sous des dehors enfantins parfois, toujours prolixes, il met en évidence la singularité du monde, à la fois palpable dans sa réalité physique et gonflé d’une vérité mystique qu’il faut toujours deviner sans jamais la trouver.

Je ne vous raconterai pas sa vie, ni toute son œuvre, considérable. Ce qui est intéressant, c’est le cadre, l’espace de sa réflexion concentrée sur son lieu de travail pendant ses vingt dernières années. L’entrée de ce lieu est la grille qui donne sur la route et que l’on n’emprunte pas, malheureusement, puisqu’il faut « passer par la caisse ». Elle ouvre sur un chemin pavée bordée de statues prolifiques. Comme l’explique le site Internet consacré au musée de Cossé-le-Viven : « Ces premiers géants de ciment coloré nous plongent dans l'aventure humaine des premiers temps de l'Histoire, avec Vercingétorix, jusqu'aux héros légendaires dépassant les limites terrestres imaginés par Jules Verne. De nombreux artistes y sont également représentés, non seulement pour leur engagement déterminant dans l'Histoire de l'art, mais également comme les représentants de l'extraordinaire génie des hommes toujours en quête d'un idéal de perfection. »

 

Ces statues représentent les différentes époques de la vie de l'artiste. Devant les statues de Jeanne d'Arc et de Vercingétorix, on entre dans l'univers d'un enfant de 10 ans qui fait connaissance avec l'histoire de France.

  Vercingétorix.jpgJeanne d'Arc.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

Puis, sont représentés les questionnements de l’adolescence au travers des verbes Etre et Avoir.

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Suivent alors Ste Anne et la Vierge de l'Epine, références à la mystique et à la métaphysique qui prolongent cette période de l'adolescence avec les trois interrogations : d'où venons-nous? Que faisons-nous? Où allons-nous ?

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Le regard du visiteur sur la statue suivante, le Maître Compagnon, évoque la voie empruntée par Robert Tatin : celle des constructeurs de cathédrales symbolisant l’initiation et la quête de perfection.

 

 

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C’est ensuite l’hommage au monde de l’art des XIX et XXème siècles. André Breton, Le Douanier Rousseau, Gauguin, Seurat, Auguste Rodin, Léonor Fini, Alfred Jarry, Ubu Roi, Toulouse Lautrec, Valadon-Utrillo, Pablo Picasso et Jules Verne sont autant de points de repère pour "l'oeuvrier" Robert Tatin, partagé entre les créations artistiques et artisanales.

 

 

Alors devant le visiteur ébahi, s’élève le musée, vision onirique de Robert Tain qui exprime sa compréhension paradoxale de la vie et du monde.

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 Nous en reparlerons.

 

31/07/2012

Mandala abstrait

 

http://www.youtube.com/watch?v=N10A8wKlGAs&feature=related

Partir vers un autre monde, si différent, en esprit, par l’ouïe et la vue, et laisser son imagination vagabonder dans le vide de la pensée. Les images se succèdent, sans autre vision que cet astre fantomatique qui se promène dans l’univers, seul, voyageant à des milliers d’années-lumière, occupant toutes vos pensées.

 

Om Tryambakam Yajaamahe
Sugandhim Pushti Vardhanam
Urvaarukamiva Bandhanaan
Mritor Muksheeya Ma-Amritaat

« Aum, nous adorons celui qui a trois yeux
Shiva, celui qui rayonne et qui nourrit tous les êtres
Puisse-t-il nous libérer de la mort et nous rendre immortels
Comme le fruit qui est cueilli de l’arbre »
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Aum, son primordial, à l’origine de tous les mots, sortant de la gorge, roulant sur la langue et terminant sa course sur les lèvres. Utilisé dans de nombreux mantras, comme c’est le cas ici, la vibration engendrée par le son facilite l’éveil de la conscience.

Cette construction du chant se retrouve dans de nombreuses traditions religieuses par l’usage de l’ison (note tenue en accompagnement du chant) et d’une phrase courte, répétitive, facilitant le repos du mental, amenant progressivement l’absence de pensée et l’entrée en soi-même. Etonnant d’ailleurs comme ce chant est proche de la musique occidentale de style religieux : longue tenue d’une même note, le Do de notre gamme, qui est la note centrale sur laquelle tourne l’ensemble du chant et de son accompagnement par l’ison. Et le chant se déroule sur trois notes, comme dans la plupart des chants primitifs, Mi, puis Ré, avec deux autres notes accessoires, un Fa diminué et un Sol à l’octave inférieure, point de départ de l’aum, parfois à peine ébauché avant le Do.

 

Ce tableau est une sorte de mandala moderne, support de méditation. Volontairement abstrait, il utilise l’art optique pour imprégner l’œil des mêmes sensations que l’oreille. L’œil s’égare dans cette sphère jusqu’à ne plus chercher. Alors on trouve la paix dans un monde en changement permanent.

 

 

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27/07/2012

Supernova

 

Une supernova est l'ensemble des phénomènes conséquents à l'explosion d'une étoile, qui s'accompagne d'une augmentation brève mais fantastiquement importante de sa luminosité. Vue de la Terre, une supernova apparait donc souvent comme une étoile nouvelle, alors qu'elle correspond en réalité à la disparition d'une étoile.

Regardons une explosion :

http://www.youtube.com/watch?v=oajSXi4NTB8

 

Toujours dans la ligne de l’optique art, cela se traduit par ce tableau peint il y a un mois et qui montre l’inéluctabilité de la fin de chaque chose.

 

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25/07/2012

Distorsion

 

Les liens invisibles de l'univers apparaissent parfois au détour d'un rêve. On comprend alors la complexité du monde. Nous n'en voyons que les apparences alors que son incroyable cohérence nous crève les yeux. En un instant de grâce, celle-ci nous illumine, comme un cheval fou dans la largeur du cosmos.

Et nous tentons de garder ce souvenir en mémoire, sans grand succès, mais avec entrain. Nous en traçons le dessin et comblons le vide des évocations. Voici ce que cela donne (gravure faite il y a déjà longtemps) :

 

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20/07/2012

Benoît Trimborn, à la galerie Ariel Sibony

 

C’est simple, parfois simpliste, mais d’une beauté !

 

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Et vous vous laissez aller dans ce calme, ce vide de la nature élémentaire à deux surfaces, deux couleurs, parfois sans aucune nuance. De grands aplats, des petites papillotes de peinture pour simuler le tremblement acide des feuilles ou des céréales, des mélanges entre deux pour dire l’ombre. L’expression d’une solitude aimée et d’un besoin de communiquer sa vision.

 

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Alors, on regarde, on rêve, on part vers les sommets de la perception, à partir de quelques couleurs, d’un trait, d’une ombre. On est bien sûr surpris au premier abord. Il n’est évident de se laisser faire face à si peu de manifestation d’une vérité à prendre.

 

colza rose et jaune.jpg

 

On refuse cette vision d’une seule face avant de plonger, doucement, tranquillement, dans sa surface et de s’y noyer. On repose enfin dans la couleur, dans le tremblement léger, dans la quiétude insoupçonnée de chaque tableau, et l’on s’y endort, serein, reposé, vidé de soi, vidé des autres, vidé même de tout contexte, pour ne plus vivre que cette aventure incroyable, l’osmose de l’impression, de la perception, de la sensation, des sentiments enfin. Tout ceci se mélange en vous, jusqu’à la synthèse finale, l’immensité de la nature et son unité interne, une construction qui tend vers la beauté.

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Merci, Benoît Trimborn, pour cette simplicité qui devient art de voir, de sentir et de communiquer ce chatoiement imperceptible d’une nature indomptable.

 

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16/07/2012

Perspectives inversés

Et si l'on croisait les perspectives? Cela trompe l'oeil sans froisser l'entendement. Il faut y regarder à deux fois pour apercevoir l'erreur. Pourquoi? Probablement en raison de l'ordonnancement des formes qui semblent figées dans un solide équilibre, reposant dans le fond de notre raisonnement simpliste : c'est équilibré, donc c'est vrai !

C'est ainsi que l'on trompe en communication. Les chiffres bien alignés sur des tableaux semblent tout dire à qui ne veut pas entendre. Et il accepte parce que c'est plus simple de croire à la rationalité. Mais si elle n'existe pas ?

(dessiné le 1er juillet 2012)

 

 

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14/07/2012

Exposition José Maria Sert, peintre décorateur, au Petit Palais

 

Peintre décorateur. Il n’a cessé de travailler pour l’élite économiquepeinture, décoration, exposition et politique de l’Europe, puis du monde. C’est un homme du monde baroque qui s’appuie sur d’autres grands peintres, prenant exemple, tâtonnant, effectuant des montages pour trouver les meilleures attitudes pour chacun de ces personnages qui tous sont hauts en couleurs, utilisant la photographie, les maquettes pour, in fine, arriver à son tableau, immense, bigarré, empli d’êtres humains, de faune, de flore, d’exubérance folle, construit en décors époustouflants. Ce sont des décors de théâtre, des fêtes vénitiennes, mais dans peinture, décoration, expositionlesquels se mêlent des gratte-ciels, des patineurs, des montgolfières. Quel contraste avec la peinture abstraite qui faisait ses premiers pas dans ce début du XIXème siècle. Il fut vite oublié. Et pourtant, quel monstre sacré du temps de son vivant.

 

Les quatre saisons.

L’exposition vous plonge très vite, après un bref préambule, dans peinture, décoration, expositionquatre grandes toiles qui représentent les quatre saisons dans les quatre continents (une par saison). C’est un déluge de couleurs : des rouges, des verts, des bleus, étincelants, chatoyants, avec des personnages hauts en couleurs dans des décors extravagants, exotiques, emplis d’animaux, de fruits, de fleurs. Un éblouissement pour l’œil, mieux une symphonie pour les sens.

 

peinture, décoration, exposition

 

La belle maraichère, carton pour tapisserie.

Un tableau de Goya, toujours coloré ! Le petit peuple à droite, la profusion au centre avec ses marchandises, les nantis à gauche. Ceux-ci trônent, plus hauts, mais ils ont peur des cris du peuple. Seule, la maraichère domine la scène et le contexte. Elle s’amuse de cette agitation. Et tout cela dans une profusion de détails, de couleurs, d’orchestration du tableau, comme un bas-relief antique.

 

peinture, décoration, exposition

 

Aéronautes.

 Des ballons colorés dans un ciel nuageux auxquels sont suspendus des acrobatpeinture, décoration, expositiones. Saisissant d’inventivité !

On se sent léger, on s’envole, l’esprit s’évade au-dessus du Petit Palais, on monte dans un ciel nuageux jusqu’au bleu profond de l’azur.

 

La production de ces décors grandioses était une longue étape ingénieuse :

·        D’abord, naissance d’une idée après recherche et peinture, décoration, expositiondocumentations ;

·        Puis élaboration d’un dessin rapide pour camper le sujet ;

·        Mise en scène avec des modèles photographiés (modèles humains ou mannequins articulés en bois) ;

·        Agrandissement des photos jusqu’au format permettant de les accoler ensemble ;

·        Puis construction d’une maquette complète du décor ;

·        Alors un dessin final mis au carreau est effectué ;

·        Il est enfin reporté sur toile ou bois qui sera monté sur le lieu de livraison.

 

 

08/07/2012

Désir

 

J’attends, j’attends que le désir monte et me prenne à la gorge, m’envahisse au point d’être contraint de me mettre au travail. Ce peut être long, plusieurs jours, voire plusieurs semaines, mais cela peut aussi ne demander qu’une journée, voire quelques heures. Ce désir apparaît dans la conscience à un moment où on ne l’attend pas. Il suffit d’un regard inhabituel, d’un son divergent, d'une odeur exotique, et, d’un coup, l’image de cette création m’envahit. Ce n’est vraiment pas une image visuelle, mais plutôt une sensation, un tremblement des mains, une impatience de saisir le pinceau, sans savoir réellement comment cette impatience va se contrôler, vous amener à cette harmonie de forme et de couleurs que constitue un tableau. A cet instant, vous vous laissez porter par ce projet. Il apparaît devant vos yeux à tout moment du jour ou de la nuit. Vous le fabriquez pièce par pièce. Quelles formes et sous-formes ? Quelles couleurs leur donner ? Ce mariage est-il concevable ? Vous tâtonnez, vous imaginez différents couleurs, chaudes ou froides, claires ou foncées, et vous laissez aller vos impressions, sensations jusqu’à ce que, peu à peu, apparaissent dans votre esprit les grandes lignes de ce que vous voulez exprimer.

Alors commence le ballet de la pratique, le plaisir sensuel de toucher le pinceau, d’en éprouver la résistance, la consistance, la caresse sur la toile, avant de l’enduire de peinture et, d’un geste large mais craintif, de commencer à inscrire dans l’espace délimité le signe du temps, la temporalité de l’existence. Passer du vide au plein par une trace sur le blanc de l’inconsistance, comme la tache d’une vie reconnue, imaginative, exubérante, bref, le signe de l’entrain, de l’espoir, de l’accomplissement d’une finalité sans motif intéressé. Et progressivement, mais assez vite, tout se bouscule dans votre tête. Vous ne pensez plus, vous êtes couleurs, séparation, osmose, rupture. Votre corps se tend, s’extasie, s’unit à votre effort mental, se plie aux exigences du projet, le précède même, lui donne une réalité vivante qui n’est pas celle que vous aviez en mémoire, mais qui naît du geste et de la réflexion conjugués.

Parfois, vous vous arrêtez. Oh, pas trop longtemps de peur que cet enchaînement des gestes ne s’embrouille et vous laisse seul devant la page inachevée. Il vient pourtant un moment où cela va finir. Vous ne savez pas quand, vous ne pouvez le prévoir. Vous vous efforcez de conserver votre corps et votre esprit frais, alertes, inventifs, ouverts à toutes les solutions, vous corrigez ensuite et rebâtissez. Mais viendra bien un moment où le carburant manquera. Vous aurez brûlé vos réserves et en sortirez épuisé, mais comblé, renouvelé, léger comme un ballon d’hydrogène dans le ciel nuageux de ces jours d’un été qui n’en est pas un. Le soleil absent du monde mortel et quotidien a pourtant bien brillé sur le front de votre travail et l’a éclairé jusqu’à vous faire sortir de vous-même.

Vous vous réveillez lorsque vous nettoyez vos pinceaux. Vous aimez ces gestes simples d’un passage sous le liquide, quel qu’il soit, qui évacue le trop plein de couleurs, et rend son être primitif à ce tas de poils ramassés, accolés ensemble pour vous laisser rêver de la main et de l’œil. Ca y est, il est propre, essuyé, rangé dans sa boite. Un deuxième, un troisième. Et ce nettoyage est ce qui vous permet de reprendre pied avec le quotidien, d’atterrir sur les skis de votre réalité après le grand saut dans l’absence de pensées autres que celle de la création.

Mon Dieu, que de voyages dans l’imaginaire qui vous permet de ramener à chaque fois un souvenir de ce moment merveilleux, un tableau qui vous rappelle ces heures de liberté absolue et enchanteresse, loin de toutes les contingences du quotidien !

 

04/07/2012

Claude Garache, au musée d’art moderne de la ville de Paris

Rouge vermillon ou pourpre, éclatant, vivant, tremblant comme les cordes d’un violoncelle. Tout est suggéré, en mouvement, même dans les pauses statiques. Le peintre tourne autour de son sujet avant d’en extraire la gangue. Et celle-ci n’est pas précise, nette, visible directement ; elle ne se laisse approcher que peu à peu, dans toute sa nudité, modèle sculptural aux couleurs évanescentes.

 

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Le corps dans tous ses états, assis, couché, accroupi, debout, courbé. Incandescence du corps féminin, comme une brûlure interne, en équilibre sur la toile. Rien d’autre que ces corps, présents sur toutes les toiles, dans des postures diverses, toutes émouvantes, à la fois très réelles, emplies de leur centre de gravité, et en même temps très éphémères et versatiles.
C’est beau, brut, parfois choquant, mais toujours équilibré.

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Ce tableau a été acheté par le musée d’art moderne de la ville de Paris. Intitulé Yvie et Sauve, il suggère plus qu’il ne montre, comme toujours chez Garache. Il épuise les sensations du corps féminin par une représentation vue de dos et une autre vue de face. La première est perceptible dans son dessin, son modelé, ses ombres et reflets. La seconde est tellement suggérée qu’il faut progressivement comprendre qu’il s’agit également d’un corps de femme couché sur le dos que seule la tache du pubis permet d’identifier.

Epiaire.jpgClaude Garache est ami des poètes, des écrivains et de nombreux artistes qui, pour la plupart, ont commenté son œuvre, singulière par le seul corps féminin et la seule couleur rouge vermillon. Chacun de ses tableaux est baptisé d’un faux prénom féminin (Ramonde, Ferretine) qui immobilise l’attitude comme un souvenir lointain, mais encore très présent.

 

La beauté réduite à l’attitude et l’attitude réduite à une sorte de mouvement immobile, comme un tremblement de l’air dans l’immobilité de la pause.

 

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02/07/2012

Mouvement perpétuel

Descente et absence. Descente vers le primordial, absence de soi. Et tout ceci se vit en rouge, rose, jaune, comme une promesse d'avenir!

 

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30/06/2012

Pouvoir, gloire et passions d’une femme peintre (1593-1654), Artemisia Gentileschi, Musée Maillol

Au risque de décevoir tout le monde et de paraître iconoclaste, ignorant ou même inculte, je ne crie pas au miracle devant la peinture d’Artemisia Gentileschi. Sans nier son art, ni même son génie en tant que femme à cette époque, ce n’est pas pour autant que l’on peut l’assimiler aux plus grands peintres de l’époque, dont, bien sûr, le Caravage.
Mais avant d’aller plus loin, regardons ensemble quelques tableaux.

Autoportrait, 1637 (à l’entrée de l’exposition, à droite) :
Jamais je ne l’aurai imaginé ainsi. Dommage, elle s’est ratée. Ronde, presque sévère, l’œil noir, la main lourde et disproportionnée. Mais j’exagère sans doute !

La mort de Lucrèce.jpg

Le suicide de Lucrèce :
Lucrèce semble jouer un rôle. Elle est irréelle, l’air figé, en catharsis, comme une mauvaise comédienne. Passons !


 

Allégorie de la peinture, 1636 :
Belle peinture, belles couleurs, un tableau séduisant. Mais si l’on y regarde de plus près, on constate que le visage est tordu et les doigts malhabiles, ce qui est un comble pour un peintre.

 

Allégorie de la renommée, 1630-1635 :
Elle est belle, pour une fois, fine et d’allure aristocratique. Dommage que son œil droit diverge et soit plus fermé que le gauche. Quelle renommée a-t-elle pu avoir ?

 

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Enfin, un vrai et beau tableau. Le vieil homme regarde le ciel, à la fois reposé et tendu, serein, mais interrogateur. Ce qui frappe, c’est son cou de vieillard, épais, ridé, enchanteur de réalisme plutôt que de beauté. Il est fort, peut-être un peu trop sur le devant, mais il donne à la tête qu’il soutient élégance, majesté et ascétisme.

 

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Autoportrait au luth, 1617 :
Son visage reste lourdaud, le cou fort, le buste large. Elle a sans doute allongée ses doigts reposant sur les cordes du luth. Mais elle possède un petit air distingué qui donne à cet autoportrait meilleure allure que le premier.


 

 

Trois vierges à l’enfant (au 1er étage) :

Vierge à l'enfant 1.jpgartemisia-gentileschi-vierge-allaitant-1616-18.jpgMadonna_col_Bambino_(1610-1612).jpg


La première (1610, à gauche) nous montre un enfant charmant, blond, fin, éveillé, mais une vierge au visage lourd, presque commun. La seconde (au milieu) est belle, maternelle, préoccupée de sa maternité et son enfant est naturel, peut-être un peu confit de son futur. La troisième (à droite) est noble, élégante, un peu plus sévère, mais l’enfant est figé, presqu’hagard.

 

Oui, malheureusement, la plupart des tableaux contiennent des erreurs de dessins assez grossières ; formes parfois disproportionnées, membresN-G0009-003-st-catherine-of-alexandria.jpg mal placés, yeux dissymétriques, visages presque tordues, bouches décalées. Par exemple, Sainte Catherine d’Alexandrie est belle, mais son œil droit, trop sombre, semble infirme et glauque, voire aveugle et sans direction.

La religieuse (1613-1618) a une bouche qui n’est pas en face du nez et qui est peinte de face alors que le reste du visage est légèrement tourné.

 

peinture, exposition

 

De plus, et sans doute est-ce dû à l’époque, les femmes sont bien en chair, trop certainement, telle Cléopâtre (1620-1625), courtaude, les membres ramassés, à défaut d’élongation. C’est une forme de beauté qui devait être sensible en ce temps-là.


 

 

Cependant, admirons cette artiste-femme qui, à son époque, a su se trouver une place parmi les grands de la peinture. De plus, malgré les défauts indiqués, sa peinture est belle en couleurs, en drapés, en évocations historiques, à l’instar des grands peintres de l’époque.
Félicitations, Artemisia !

 

24/06/2012

Séraphine Louis, dite de Senlis (1864-1942)

Séraphine est la femme de ménage de Wilhem Uhde, marchand de tableaux. Ils habitent Senlis. Il voyage, elle peint. Et, un jour, il découvre sa peinture. Emerveillement ! Allez voir au musée Mayol, à Paris, 61 rue de Grenelle. C'est sous les combles, mais montez-y, cela en vaut la peine.

peinture, naïf

Peinture naïve sans doute, mais dans un style italien du 17ème siècle. Belle de fraicheur, spontanée, lumineuse, de couleurs vives et bien mariées. Ce ne sont que des fleurs, mais elles font rêver car toutes imaginaires, sorties tout droit de la tête de Séraphine qui peint pour égailler sa vie, pour illuminer son regard. Et c’est beau d’innocence, de charme, de fraicheur, sans recherche académique, sans réminiscence.

peinture, naïf

Séraphine valorise la nature, lui redonnant la vision de la Bible, débordant de bon, de bien et, bien sûr, de beau. Le dessin est précis, lesFeuilles.jpg couleurs ajustées, ornant les feuilles et les fleurs de pointillés de couleurs vives, chaque tableau représentant une sorte de bouquet exaltant, plongeant le spectateur dans une vision onirique, d’une volupté chatoyante qui enchante l’esprit. Les feuilles semblent avoir des poils multicolores, des nervures rouges ou bleues, des pois comme des points d’interrogation sur leur surface. La feuille devient fleur elle-même ou même plume, à l’égale de celles du paon.

 

La plupart de ses œuvres peuvent être divisées en deux ou trois zones à peu près égales.

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La première zone, au bas du tableau, comprend la naissance du tronc des arbres ou des tiges des plantes. Les couleurs y sont relativement foncées. Elle forme un arrière-plan symbolique, la racine de l’être et de la terre. Dans la seconde zone, au milieu de la toile, les feuilles, les fruits et les fleurs aux couleurs plus claires, s’étalent, lumineux, envoutants, exotiques, gorgés de tonalités très variées, mais toujours en harmonie. Cette surface semble une montée vers le sacré, vers un monde empli de parfums célestes. Parfois apparaît une troisième zone, en haut du tableau,  encore plus lumineuse, comme une aspiration vers un monde meilleur, vide de toute représentation terrestre.

 

On pense aux peintures africaines, débordantes de teintes, de nuances qui s’ordonnent pour former un langage de ravissement devant une création entièrement imaginaire.

Elle préparait elle-même ses couleurs, faites de toutes sortes d’ingrédients dont l’huile d’éclairage utilisée dans les églises. Elle peignait à genoux, la toile posée sur le sol, sans s’arrêter, jusqu’à l’épuisement.

 

"Séraphine" a eu son heure de gloire avec le film de Martin Provost.Film.jpg Il relate le tragique destin d'une femme du peuple un peu illuminée, domestique puis peintre autodidacte, et a triomphé vendredi soir aux 34e César, en raflant sept prix dont ceux du meilleur film et de la meilleure actrice, décerné à Yolande Moreau. Mais, arrive-t-on à comprendre son art dans les images qui relatent sa vie plutôt que sa passion ?

 

23/06/2012

Mars

 

Pluie et soleil ! Le mois de Mars en tête, tu revendiques ton appartenance à l'abstraction. Tu penses aux bruits de la pluie sur une véranda, à la clarté de l'astre dans une éclaircie. Et tout cela frissonne dans ton cerveau comme les petits poissons dans une friture. Et qu'en sort-il ? Cela. Un dessin où l'angle et la rondeur se mêlent, où le pointu et l'aplat se mélangent. Et cela fait froid dans le dos et réchauffe la pensée. Ce n'est pas le juste milieu, mais le côtoiement des extrêmes.

 

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20/06/2012

Coronado, à la galerie Ariel Sibony

 

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L’innocence sous un regard malhabile, voilé de taches de souvenirs disparus dans la tempête du temps. Tels apparaissent les portraits, silhouettes et paysages des tableaux de Coronado. Il est espagnol, mais il pourrait être d’autres nationalités, puisque ses évocations sont intemporelles, sans marque distinctive  d’un attachement à un lieu. Le vert des jardins ou le bleu des piscines, tels sont ses encrages où se promènent, libres, les attitudes de ses réminiscences.

 

 

 

 

Les fonds bleus des piscines ou de la mer, conviennent particulièrement au style du peintre : à plat au couteau, parfois au-dessus d’un dessin au crayon, comme extrait de la buée de chlore habituel à ce décor. C’est beau d’inachèvement, de suggestion, d’impressions.

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La galerie Ariel Sibony se trouve au 24, place des Vosges, 75003 Paris

http://www.arielsibony.com/

11/06/2012

Art optique

L’art optique, dit plus simplement op’art, est un art abstrait qui utilise les impressions données par l’œil suite à des assemblages de couleurs, de formes ou d’effets. Il joue sur les impressions visuelles. Il utilise le plus souvent des dessins géométriques et est donc ainsi proche de l’art cinétique.

Une idée que j’ai réalisée à partir de simples alignements de cercles où seule la couleur noir-blanc-gris joue avec l’œil. Evidemment, bien d’autres distorsions sont possibles, chacune avec sa particularité.

 

 

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09/06/2012

De l’impression au rêve, paysage de Henner (2ème partie)

Mais là où excelle Jean-Jacques Henner, ce sont les nues de femmes, toujours estompées, pleines de grâce, sortant de la noirceur du paysage, comme un éclair de flash, inattendues, éblouissantes d’innocence, si naturelles dans ce milieu qui semble inhospitalier, où seul le bleu turquoise de la pièce d’eau, en réponse au ciel, fait une autre tâche claire.

« La source » : très belle huile avec une jeune fille de dos au corps blanchâtre contrastant avec le fond d’arbres brossé à grands traits.

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Les Naïades ou baigneuses, huile 1877 : Très beau tableau faisant contraster les fonds du paysage, très sombres hormis le bleu émeraude du ciel et de la pièce d’eau, avec la blancheur des corps. Six jeunes filles nues, entre elles, un peu endormies par la chaleur de l’été, indolentes. Elles semblent à la fois figées et bien vivantes, occupées de leur féminité.

 

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Jean-Jacques Henner est un esthète. Il pratiqua la peinture comme on pratique une religion : jour après jour, se refaire dans le rite des formes et des couleurs, à sa manière : jamais un trait fin, une confrontation nette entre une forme et une autre, et pourtant des contrastes à n’en plus finir, taches vives dans l’obscurité des paysages.

 

« Il importe cependant de faire une exception pour le peintre Henner qui fut parmi les bons artistes de la seconde partie du XIXème siècle, parce que, contrairement à la plupart de ses contemporains, il modelait, non pas des aplats, mais par des rondes bosses. Si l’on a dit, avec raison, que ses modelés sont trop régulièrement ronds, ils n’en sont pas moins charmants et abondants ; il sut faire tourner, évoluer ses figures dans une lumière sans sécheresses ; si ses « Madeleines », ses « Naïades » et ses « Nymphes » gainées dans leurs peaux aux clartés d’ivoire n’offrent rien de ces chars succulentes qui, chez Jordaens, appellent le Faune, elles donnent l’impression d’un épiderme souple, satiné, mobile et cependant résistant. » [Extrait des Entretiens avec Rodin par Dujardin-Beaumetz (1913)]

 

 

 

 

 

 

06/06/2012

De l’impression au rêve, paysage de Henner (1ère partie)

ExpositP5230004.JPGion au musée Henner (peintre : 1829-1905), qui était auparavant l’atelier d’un autre peintre, Guillaume Dubufe. Magnifique musée dans le style de celui de Gustave Moreau (voir le 26 janvier 2012) avec des éléments architecturaux empruntés un peu partout. Ainsi on trouve au premier étage des moucharabiehs égyptiens, une cheminée chinoise et des colonnes doriques.

 

Mais ce qui nous intéresse est aux murs.
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On entre au premier étage dans un atelier salon, très lumineux, de grande dimension (celui que vous venez de voir). Quelques portraits, élégants, souvent assez sombres, aux contours vagues le plus souvent. Une belle jeune fille qui dort, la bouche entrouverte, un teint de pêche sur fond noir, intitulé « Le sommeil » et peinte en 1880. Elle semble morte, mais l’on sent également les battements de son cœur à la fraicheur de sa peau. Evanouie, le temps d’un sommeil !

 

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Des paysages et des nymphes, multiples. Les paysages à l’huile sont sombres, presque noires, avec des ciels bleu turquoise, très lumineux. La végétation y est peinte à grands traits, en vastes coups de pinceau. Ce sont plutôt des ombres, des lignes d’horizon, avec, parfois, un chemin ou un étang, plus clair.

D’autres paysages, Capri, Naples, Rome, et d’autres encore, sont au contraire pastelsprès de Capri.jpg ou presque, avec des ciels plus travaillés. La campagne italienne est un bon motif de paysage.
De beaux dessins, avec la silhouette de Saint Pierre dessinée au crayon.

 

 « Je rêve quelque chose et je n’arrive pas à réaliser mon rêve ; il faut trouver la forme et la couleur appropriées », dit Jean-Jacques Henner.
Les dessins de paysage ou de vues faits au fusain, sont, pour la plupart, rehaussés de craie blanche, comme un rappel du ciel des toiles à l’huile.

05/06/2012

Nuit d'été à New York

Je l'ai vu en rêve, puis réalisé

Quelques gratte-ciels,

la seconde lune d'Haruki Murakami dans 1Q84

la mer, omniprésente

verticalité et horizon

au centre, l'absence

 

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31/05/2012

Françoise Nielly, galerie Menouar

Ses portraits vous explosent au visage, un feu d’artifice de couleurs fluorescentes d’où les yeux apparaissent grands ouverts et les bouches pulpeuses jaillissent du fond du cratère incandescent.

 

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Surprenant ce style : une peinture achevée, élégante même dans son dessin et sa composition au couteau, mais en même temps exprimant toute la force de la révolte de la rue, toute la désolation d’une humanité qui se transforme en clones. Car, lorsqu’on regarde ses nombreux tableaux, on a peu à peu l’impression de voir le même visage ou du moins la même démarche picturale : mêmes couleurs flashantes, même lèvres charnues, mêmes pommettes aux reflets verts, bleus, rouges. Les ombres ne sont pas sombres, elles ressortent au contraire en teintes claires étalées en gestes larges, au couteau, empâtés, mais toujours vifs et aériens.

  

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Françoise Nielly s’intéresse aPortrait un 3.jpgvant tout à l’humain, même si, parfois, elle fait des incursions dans l’abstrait ou le monde animal. Les visages sont souvent durs, à l’image de la mode actuelle qui mePortrait un 4.jpgt en scène des femmes masculines au regard tueur. Mais ils peuvent aussi exprimer une certaine douceur, une nostalgie voilée de tristesse, ou encore une espérance lointaine. Dans la plupart des cas cependant, une détermination à toute épreuve.

 

 

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 La galerie Menouar se trouve 16 rue du Parc Royal 75003 Paris.

 

22/05/2012

« Resisting the present », Mexico 2000/2012, musée d’art moderne de la ville de Paris

 

http://www.dailymotion.com/video/xpjozg_resisting-the-present-mexico-2000-2012_creation

 

mexico salle 1.jpgOn entre dans un froissement d’ailes, corbeaux en grappes qui s’élèvent vers d’autres cieux ne laissant que leurs déjections symbolisées par des cailloux. Les salles sont immenses, un peu vides, parsemées d’images, de dessins, de mots, de vidéos, de briques et autres matériaux insolites. On est un peu perdu, Ventilateurs RED.JPGeffaré de ces morceaux d’art qui nous sont présentés sans réelle unité, sinon les cris d’alarme contre la civilisation qui sont proférés par 6 manches à air ventilateurs intitulés « Credibility crisis » et qui poussent des mugissements sauvages.

 

Entre les corbeaux et leurs cris mécaniques déformés par les manches à air, se trouve une fresque de bonne facture artistique qui dépeint la société mexicaine. Certes, la dérision est obligatoire, mais elle reste acceptable en raison de la beauté du coup de crayon et l’organisation des symboles.

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 L’artiste, car on peut parler d’artiste, place sa sociétP5100024.JPGé sous P5100023.JPGl’impérialisme de l’aigle américain qui tient dans ses serres la plante à drogue et la mitrailleuse. C’est la guerre, une guerre sale avec des cercueils, des squelettes, sous les volcans de la colère. Le pouvoir en place est délétère, condamné par ses actes, profiteurs sans tête ou cadavres affublés de signe de leur autorité. Ce n’est pas très réjouissant, mais la construction de l’ensemble et les détails de chaque partie montre une véritable conscience de la composition artistique.

 

Plus loin, pour en finir avec cette salle en L, on voit projeter sur un mur les phrases poétiques ou non, d’Alejandro Jodorowsky qui proclame son idée de la société :

         La justice et une injustice partagée par la majorité.

         La société vit en reproduisant le passé. Si tu la suis, tu deviendras un mort vivant.

         L’unité n’est pas l’exclusion des contraires, mais la somme des contraires.

         Poésie : un coup de feu vers l’avenir.

         Les guenilles du mendiant peuvent révéler la danse du vent.

 

On passe dans une petite salle, consacrée à la géologie et l’hydrographie du Rio Grande. Que vient faire dans cette exposition ces images et ces pierres et autres objets ? Mystère. Peut-être tout simplement, parce que le grand fleuve est frontière entre les Etats-Unis et le Mexique.

 

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Et l’on entre dans l’autre grande salle aux recoins multiples. Franchement, rien de remarquable ! Là aussi, dessins (très peu), photographies, vidéos, sculpture (hum ! en plastique et démonté au sol) et autres objets dits artistiques tels ces livres recouverts de papier de verre eP5100043.JPGt empilés sur une étagère ou encore cette chaîne de vélo qui tourne autour d’axes innombrables avec le cambouis qui s’écoule le long du mur. Grandiose peut-être ; incompréhensible, sûrement. Mais ce n’est qu’une métaphore visuelle de la société !

 

 

« Le dessin, très présent dans la culture mexicaine à travers la caricature, le surréalisme, le street art, est bien représenté. Il illustre la synthèse souvent brillante que le Mexique opère entre art populaire et art savant », nous dit le dépliant que l’on nous confie à l’entrée de l’exposition. J’espère cependant qu’il existe d’autres artistes au Mexique pour lesquels l’art n’est pas l’expression d’un rejet de la société et de revendications, mais qui tentent de faire passer un peu de beauté dans ce monde qui semble si triste.

 

19/05/2012

Loire ensorceleuse

 

Loire peinte un jour d'orage quand plus rien ne va !

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Loire ensorceleuse et orageuse
Que de fois me suis-je tenu
Devant ta magnificence
Ebahi, le cœur soufflé

A chaque regard une vision différente
Aujourd’hui, ciel d’orage
Empreint de mélancolie
L’eau, lourde, se laisse caresser

Les collines aux couleurs d’automne
Divaguent au soleil couchant
Et, le cœur dilaté m’entraîne
Vers une rêverie sans fin

 

 

18/05/2012

Exposition Christopher Wool, au musée d’art moderne de la ville de Paris

 

 

Le musée d’art moderne nous annonce que Christopher Wool est une des figures majeures de la scène internationale et l’un des peintres américains contemporains les plus influents.

Pourquoi pas ? Admirons donc :

 

 

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Après ce regard incertain, nous avons le droit d’avoir quelques doutes sur les qualités de ce peintre international. Cela rappelle Damien Hirst (voir le 10 mars 2012). Même toiles grandioses par leurs dimensions, même salles d’exposition encore plus grandioses, même public, absent, malgré toutes ces qualités. Que nous montre-t-il ?

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Des tags qui, à l’inverse de la passion pleine de liberté des street artists, sont peints avec beaucoup de réflexion sur des toiles. Mais cela reste des tags, et pas des meilleurs. Il s’agit de tortillons sans début ni fin. Beaucoup de ceux-ci sont d’ailleurs à moitié effacés, comme si le peintre lui-même s’était rendu compte de leur inanité.

Parfois les gribouillis sont remplacés par des lettres, voire quelques mots (exemple : SEX LUV !). Quelle preuve de créativité ! Là aussi, m’objectera-t-on, il s’agit par la dérision de mettre en évidence le décalage entre l’artiste et la société bourgeoise. Mais je ne crois qu’il en soit ainsi, du moins en ce qui le concerne. Il s’est parfaitement intégré à la société artistique contemporaine fabriquée de toute pièce par un système médiatique qui vante ses qualités picturales : « La composition des éléments picturaux – des lignes noires peintes à la bombe ou des clichés d’images sérigraphiées sur toile – se fait de plus en plus complexe et diffuse. Ses peintures plus récentes associent techniques sérigraphiques et peinture à la main. Entre improvisation et composition, ces œuvres aux techniques multiples font preuve d’une grande liberté formelle. » (MaM Paris)

Allez, faisons une exception pour cette toile, taches qualifiées de picturales, faites à la manière d’Henri Michaud, avec, malgré tout, moins de génie. Mais… les toiles sont beaucoup plus grandes !

 

 

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14/05/2012

L’art urbain ou street art : quai de l’Oise (2ème partie)

 suite du 30 avril :

 

Sur le canal Saint-Martin, près de la Villette, existe aussi un mur magique, évocateur de l’Afrique par ses personnages, de l’Amérique centrale et du rêve intégral qui permet de digérer l’enseStreet Art 113 red.JPGmble.

Tout d’abord les personnages avec une belle africaine qui cache pudiquement ses seins, sous le regard d’un sorcier inca, sorte de gargouille sortie du magma incandescent de l’imagination de l’artiste. Plus à gauche, l’Afrique jeune brise ses chaînes, le regard effrayé de son acte, ne sachant ce qu’il va advenStreet Art 114 red.JPGir. 2013, dans un an, la révolution africaine ? Et encore plus à droite, jusqu’au bout de la rue, le monde précolombien des mayas ou des incas ou des aztèques, imagé, transposé, mais bien là. Il nous tire la langue, comme pour se moquer de nous, petits bourgeois français Street Art 115 red.JPGhabitant dans cette ville de Paris, cosmopolite, au sang chaud.

 

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Sur l’autre angle du mur, une transition représentée par la femme française dont les seins et le nombril constituent des cibles privilégiées, qui dit au revoir ou bonjour, à la chevelure d’or (ou presque) et un sourire radieux. Bref, la femme telle que la rêve des millions de français (semble-t-il !).

peinture,dessin,street art,tag

Prolongation sur la droite avec ce rêve onirique de pieuvre entourant le psy, dont les lettres semblent affolées par cette apparition inusitée. Une bataille imaginaire de l’esprit qui étouffe entre ces murs trop petits.

 

 

 

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Enfin, plus à droite, une usine à gaz précolombienne qui rappelle quelque peu le dessin opposé, mais plus torturé, à mi-chemin aussi des dessins africains. Mélange extraordinaire des civilisations comme un résumé de la mondialisation de la rue.

 

10/05/2012

Imbrication

 

Si les astres étaient immobiles, le temps et l'espace n'existeraient plus.  (Maurice Maeterlinck)

 

Et pourtant, ils semblent figés dans le temps et l’espace. Mais la vie est en eux comme un cœur qui bat, ordonné, réglé, construit. Et si cet agencement bouge si peu que ce soit, tout s’écroule et le monde perd un astre de la même manière que l’humanité perd un homme.

 

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29/04/2012

L'enlisement

 

L’homme et la femme s’enlisent peu à peu. L’homme assis les contemple, inquiet ; non, méditatif probablement. Le soleil tape sur ce désert. Ils semblent avoir marché jusque-là, puis s’être écroulés de fatigue. La route est encore longue et ils n’auront pas la force de poursuivre. L’amour se dessèche, comme l’arbre, il ne possède plus la verdeur de son feuillage. Jusqu’où va le couple qui ne s’entend plus ?

Peut-être est-ce l’inverse ? Ils ont marché jusque-là, ensemble, se soutenant l’un l’autre, et ils ont poursuivi leur chemin jusqu’au bout. Il semblait long, infini. Il s’arrête là. Au loin les montagnes du pays rêvé, frais, ombragé, qu’ils n’auront pas connu. Mais cette longue marche fut leur vie, et l’homme jeune qui les regarde s’interroge sur la constance qu’ils ont mise dans cette symétrie.

Chacun construit sa vie à sa manière, c’est toujours un sujet d’émerveillement.

 

 

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22/04/2012

Usinage

 

Il se laissa gagner par l'enchevêtrement des nombres et garda sur l'objet son oeil clairvoyant. Mais lequel prédomine l'autre, il ne le sut jamais. Cependant, de cet amas il perçoit malgré tout une certaine luminosité intérieure qui éclaire son approche et lui donne un air de fête.

Quel Beaubourg m'a piqué pour dessiner de pareilles choses !

 

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09/04/2012

Emergence

 

Surgissant du fond des âges et de l'univers, les premiers indices d'organisation, car l'organisation c'est relier.

On n'en devine pas l'importance, on ne fait que constater cette apparition d'une structure différente, motivée par une intention propre, bien qu'encore ignorante de son propre développement.

(linogravure exécutée il y a déjà pas mal de temps!)

 

 

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31/03/2012

Convergence et divergence

 

Dessin fait dans la fièvre combinant une construction convergent vers le centre sortant d’une construction divergente, émergeant elle-même d’un vide spatial.

Elle traverse notre vision et s’en va…

 

 

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28/03/2012

Ian Davenport, peintre

 

A la galerie Hopkins (2 avenue Matignon 75008), on trouve quelques belles toiles de Ian Davenport.

 

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Elles sont colorées au-delà de tout ce que l’on peut rêver. Chaque toile porte le nom d’une couleur qui est sa dominante. Le regard se noie dans ses lignes qui effacent toute pensée, mais qui laisse une impression de beauté sauvage, malgré l’ordonnancement impeccable des trainées de couleurs. Car il s’agit bien de trainées. Les toiles sont peintes debout. La peinture est déposée en utilisant une seringue industrielle qui laisse couler la peinture acrylique le long de panneau d’aluminium ou d’acier inoxydable. « Je domine la matière liquide, je me sers de la couleur et j’essaie de réunir ces différents éléments en une chorégraphie. Le processus exige une grande rigueur interne, mais le hasard y aussi sa place ».

 

Sur quoi joue-t-il ? Le choix des couleurs et de leur juxtaposition, la largeur des lignes, le fond de la toile qui donne le plus souvent la dominante, et, enfin, la gravité et le jeu du poids de la peinture qui, au bas du tableau, est invitée à manifester sa puissance par des inclinaisons volontaires données au support, ce qui n’apparaît pas dans ce premier tableau, mais est agrandi dans celui-ci.

 

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 La peinture est brillante et laisse se refléter le spectateur. C’est un processus méthodique qui permet l’exploitation de la couleur qui est à la fois prisonnière de la méthode, mais libre de se propager, in fine, où bon lui semble, mais de manière ordonnée.

 

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 Faisant partie du groupe Young British Artists, il expose en 1988 avec Damien Hirst (voir article du samedi 10 mars). Il reçoit le prix Turner en 1991. Il dénomme son procédé « Puddle Paintings », c’est-à-dire peinture en flaques, évoquant ainsi le bas de la plupart de ses tableaux.

On peut cependant s’interroger sur le produit : un seul procédé utilisé, qui tient plus de l’esthétisme décoratif que de la véritable peinture dès l’instant où il est reproduit à répétition et vendu à de nombreux exemplaires. A-t-il d’autres idées ? Peut-être, mais à coup sûr, celle-ci a prévalu et est la seule retenue. Même phénomène que pour Damien Hirst : j’exploite l’idée jusqu’au bout parce que je n’en ai pas d’autres ! Mais cette idée est meilleure que celle de Damien Hirst, qui lui vend mieux. Histoire de marketing malheureusement.