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26/05/2015

L'inspiration

C’est un papillon jaune qui erre entre les sourcils sans jamais s’y poser. Ferme l’œil. Tu le vois s’agiter calmement, survoler tes impressions, faire surgir quelques émotions fugaces, encourager les sensations, caresser les perceptions de ses ailes dorées, métalliques, chatoyantes qui s’éloignent puis reviennent en force. Il explore les miettes de ton cerveau, nettoyant les espaces encombrés d’allégories désuètes. Il parcourt  à la vitesse de l’éclair la distance entre les galaxies, dessinant ses courbes aériennes entre les pensées fuyantes. Il ferme quelques synapses, bouche les trous noirs, restaure les éclairages : fond rouge chaud comme la braise, fond bleu profond comme l’océan, fond gris mat, le plus mobile, parsemé de tremblements légers et percutants.

Peu à peu, tu distingues la ligne verte et droite qui ouvre à l’inconnu. Elle n’a pas la brillance de l’émeraude. Elle ne laisse qu’un filet qui s’évapore comme la trace d’un avion à réaction dans un ciel sans nuage. Courir derrière ? Trop tard, elle a disparu. Le papillon revient, coloré, intègre, indifférent, et tourne autour de tes désirs sans les concrétiser. Tu pénètres dans la voie lactée, blanche, gonflée, brume opaque et attirante. Comment s’y lover ? Immersion… J’étouffe. L’air est pourtant frais, mais il submerge le raisonnement. Juste observer, sans penser ! Retour de la ligne verte. Elle part vers une autre direction… Si loin ! Dois-je la suivre ? Des portes commencent à s’ouvrir, laissant apparaître la lumière ineffable et fragile d’un début de compréhension. Elles se referment aussitôt, d’autres se débrident. Monte le froissement des ailes du papillon qui emplit la cavité anxiogène des chercheurs d’ils ne savent quoi. Non, pas d’explosion. Juste le sifflement du passage de la comète, imperceptiblement. Je n’ai pu l’attraper. Elle repassera, mais quand ?

L’horizon s’éclaircit. Il devient aisé de passer entre les bulles de rêve, bien qu’elles collent un peu et cherchent à te prendre dans leurs filets. Oui, tu poursuis ta route le long de la ligne verte, tu la vois qui monte devant toi et tu te hisses à la force de tes bras. Fatigue ! Mais… courage, tu atteins la plaine déserte où errent plusieurs papillons. Ils sont pâles, virevoltent sur eux-mêmes, entament une danse arythmique. Que se passe-t-il ? Les mots surgissent, un à un, et se placent sur la première ligne. Ca y est, la phrase a surgi. Elle a coulé comme l’eau, s’est immobilisée et proclame sa vertu. Saisis le fil de sa pensée, ne le laisse pas s’échapper ! Cela fond entre tes mains, mais peu importe, remonte plus haut. Oui, de nouveaux mots apparaissent. Ils n’ont pas de sens. Mais peu importe, enferme-les, tu verras plus tard ! Le paysage s’éclaircit. Il se teinte d’espérance. Tu erres dans son immensité sans savoir où t’arrêter. Toujours plus loin, sans soutien, sans connaissance, vers l’inconnu ailé de ton imagination qui dérape et marche sur la tête. Le sol se floute, divague, s’écartèle, montre ses vides où ta démarche peut tomber. Attention, ne te laisse pas aller, c’est là qu’il te faut toute ta cohérence. Tu sautes sur le marchepied de l’inspiration et pars, la tête vide, laissant ton corps sur les bulles de la félicité.

27/06/2014

La peinture visionnaire (expo Raw Vision à la Halle Saint Pierre)

Autre artiste assez extraordinaire : Donald Pass, un anglais, né en 1930 qui, après des études d’art, peignait des portraits et des paysages. En 1969, il reçoit la vision de la résurrection au cimetière de Cuckfield : « Tout a commencé à changer et un énorme ténèbre m'entourait.  Le paysage entier, cimetière, des champs proches et lointains, semblait rempli de milliers de chiffres d'étirement à l'horizon.  Dans la noirceur était une lumière énorme ; grandes figures ailées avec des visages comme des lions ... ». Elle dure plusieurs heures et il a l’impression d’un espace infini et d’une absence de temps. Il réalise plusieurs dessins avant que la vision s’évanouisse. Il rencontre une femme qui lui dit : « Vous avez été entouré de lumière ! »

Donald Pass change totalement sa peinture. Certains pensent qu’elle est surréaliste, d’autres qu’elle est visionnaire et spirituelle. Ces tableaux racontent la vie après la mort ou plutôt le passage de la vie terrestre à une autre vie hors du temps et de l’espace.

http://www.donaldpass.com/artgallery.html

 

Un autre peintre, John Danczyszak, entreprend une œuvre constituée de onze tableaux, représentant chacun une année de travail. Il perçoit qu’un envoyé de Dieu saura les interpréter. Il travaille comme un médium sous l’emprise d’une force qui entre en communication avec sa main.

 

Il peint des œuvres très chargées de détails, des mandalas exprimant sa vision de la spiritualité, d’une manière très abstraite, contrairement à Donald Pass.

 

 

 

Norbert Kox commence à exposer en 1988 des peintures visionnaires à base de constructions gothiques et de révélations chiffrées. Ses œuvres sont emplies de codes bibliques qui concernent l’apocalypse. Il est au bord du gouffre par l’alcool et la drogue lorsqu’il se retire pendant dix ans dans les bois du Wisconsin où il prie, médite, étudie les écritures. Alors il peint pour faire passer ses messages et dévoiler le mystère de l’au-delà.

20/03/2013

L'artiste

L’artiste est une plante persistante
Artisan avant tout
Il ramasse les mots, les objets, les sons
Et en fait une soupe personnelle
Qu’il est seul à pouvoir reproduire

Quel délice que cet enchevêtrement
De cristaux qui s’assemblent
Et brillent d’odeurs sacrées
Il se brûle les doigts, mais contemple
Etonné, l’assemblage inédit
Fruit incertain et volage d’usinage
Intérieur. Quel moulin permanent !
La poussière tombe en paillettes d’or
Et réjouit le contemplateur
De l’article produit dans la brume
A tâtons, dans l’obscurité
De la création toujours intempestive
Qui s’impose d’elle-même
Mais qui ne se livre qu’après
De lents cheminements de la volonté

Artisan, oui, c’est bien le mot
Même si par moments, tout coule
Lorsque la fougue et l’inspiration
Expédient les hésitations débiles
Emporté par l’élan vital
Il se mute en artiste vert
Puissant, indéracinable
Né dans la surprise de la grâce
Dans la semence abondante
Dans le miel du halètement

Enfin il reprend souffle
Il apaise sa soif de reconnaissance
Il part sur les routes du bonheur
Passager malgré tout
Car la fièvre le reprend
Qui remet en cause son avoir
C’est reparti !

Rien ne l’arrêtera dans sa manie
Son essence est volatile
Elle pénètre la société
Par tous les sens humains
Mais surtout par la persistance
Du germe sacré qu’il entretient

Cultive ton terreau
Il en sort toujours une fleur
Qui porte ta marque indéniablement !
Alors la vie devient caressante…

15/09/2012

Cocteau ou le poète inexpérimenté

Pour Cocteau, l’idée, dans l’écriture, compte avant tout. La manière de l’écrire vient certes ensuite, mais elle vient sans effort, d’elle-même. Comme le disait Radiguet, il s’agit d’oublier qu’on est poète et laisser le phénomène s’accomplir à son insu. Cocteau a peur de l’habitude : je me veux libre de technique, d’expériences, maladroit.

Mais comment déterminer la limite entre l’attente et le laisser-aller ? En changeant de registre dans l'exercice de ce que l'on a à dire, en passant de l'écriture au cinéma, au dessin, à la poésie, puis à la musique par exemple. La variété des créations est toujours profitable, même si elle semble faire perdre du temps. Elle aiguise la sensibilité et redonne le goût du travail, même si d’autres pensent autrement.

Cocteau écrit : Ce qu’on te reproche, cultive-le, c’est toi. Montherlant ajoutait même : Notre œuvre préexiste en nous. Le problème consiste à la découvrir. 

 

08/07/2012

Désir

 

J’attends, j’attends que le désir monte et me prenne à la gorge, m’envahisse au point d’être contraint de me mettre au travail. Ce peut être long, plusieurs jours, voire plusieurs semaines, mais cela peut aussi ne demander qu’une journée, voire quelques heures. Ce désir apparaît dans la conscience à un moment où on ne l’attend pas. Il suffit d’un regard inhabituel, d’un son divergent, d'une odeur exotique, et, d’un coup, l’image de cette création m’envahit. Ce n’est vraiment pas une image visuelle, mais plutôt une sensation, un tremblement des mains, une impatience de saisir le pinceau, sans savoir réellement comment cette impatience va se contrôler, vous amener à cette harmonie de forme et de couleurs que constitue un tableau. A cet instant, vous vous laissez porter par ce projet. Il apparaît devant vos yeux à tout moment du jour ou de la nuit. Vous le fabriquez pièce par pièce. Quelles formes et sous-formes ? Quelles couleurs leur donner ? Ce mariage est-il concevable ? Vous tâtonnez, vous imaginez différents couleurs, chaudes ou froides, claires ou foncées, et vous laissez aller vos impressions, sensations jusqu’à ce que, peu à peu, apparaissent dans votre esprit les grandes lignes de ce que vous voulez exprimer.

Alors commence le ballet de la pratique, le plaisir sensuel de toucher le pinceau, d’en éprouver la résistance, la consistance, la caresse sur la toile, avant de l’enduire de peinture et, d’un geste large mais craintif, de commencer à inscrire dans l’espace délimité le signe du temps, la temporalité de l’existence. Passer du vide au plein par une trace sur le blanc de l’inconsistance, comme la tache d’une vie reconnue, imaginative, exubérante, bref, le signe de l’entrain, de l’espoir, de l’accomplissement d’une finalité sans motif intéressé. Et progressivement, mais assez vite, tout se bouscule dans votre tête. Vous ne pensez plus, vous êtes couleurs, séparation, osmose, rupture. Votre corps se tend, s’extasie, s’unit à votre effort mental, se plie aux exigences du projet, le précède même, lui donne une réalité vivante qui n’est pas celle que vous aviez en mémoire, mais qui naît du geste et de la réflexion conjugués.

Parfois, vous vous arrêtez. Oh, pas trop longtemps de peur que cet enchaînement des gestes ne s’embrouille et vous laisse seul devant la page inachevée. Il vient pourtant un moment où cela va finir. Vous ne savez pas quand, vous ne pouvez le prévoir. Vous vous efforcez de conserver votre corps et votre esprit frais, alertes, inventifs, ouverts à toutes les solutions, vous corrigez ensuite et rebâtissez. Mais viendra bien un moment où le carburant manquera. Vous aurez brûlé vos réserves et en sortirez épuisé, mais comblé, renouvelé, léger comme un ballon d’hydrogène dans le ciel nuageux de ces jours d’un été qui n’en est pas un. Le soleil absent du monde mortel et quotidien a pourtant bien brillé sur le front de votre travail et l’a éclairé jusqu’à vous faire sortir de vous-même.

Vous vous réveillez lorsque vous nettoyez vos pinceaux. Vous aimez ces gestes simples d’un passage sous le liquide, quel qu’il soit, qui évacue le trop plein de couleurs, et rend son être primitif à ce tas de poils ramassés, accolés ensemble pour vous laisser rêver de la main et de l’œil. Ca y est, il est propre, essuyé, rangé dans sa boite. Un deuxième, un troisième. Et ce nettoyage est ce qui vous permet de reprendre pied avec le quotidien, d’atterrir sur les skis de votre réalité après le grand saut dans l’absence de pensées autres que celle de la création.

Mon Dieu, que de voyages dans l’imaginaire qui vous permet de ramener à chaque fois un souvenir de ce moment merveilleux, un tableau qui vous rappelle ces heures de liberté absolue et enchanteresse, loin de toutes les contingences du quotidien !