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30/11/2022

L'envol

Un jour comme un autre… Lassitude...
Et pourtant, ce gong qui résonne dans la tête
Et t’oblige à voir ta misère et ta délivrance

Réunion des contraires…
Tu es et tu n’es pas
Tu te sais vivant
Mais ta vie est autre
Tu l’as abandonné…

Tu es l’enveloppe d’un autre toi-même
Une mince couche transparente
Tu te cherches, mais ne te trouves pas
Tu ne sens que l’air qui passe en toi
Et t’envoie derrière la barrière
Là où rien n’est arrêté

Tu pars loin de tout
De tout ce qui n’est rien
Et tu découvres ce rien qui est tout 
Mais que tu ne fais que deviner

Le divin te tend la main
Prends là et ne la quitte plus…

Tu t’envoles…

01/10/2022

Hélitreuillage

Pendu au bout d’un treuil, il exulte
Quel voyage au bout des airs
Un brin de paille sans protection
Soumis au vents et aux courants

Un bruit infernal, celui de l’hélicoptère
Les pales tournent de toutes leurs forces
La tête coincée, impossible de bouger
Et pourtant, il a envie de rire

Une secousse, il s’élève lentement
Un petit vent le pousse vers la falaise
Non, il l’évite de justesse et monte
Il repart, suspendu, et file dans l’air

Hôpital. La fureur s’éteint. Calme
Une infirmière lui sourit. Elle est belle 
Elle lui tend les mains, étincelante
Il tend le bras et s’évanouit. Trou…

Il se réveille entre les draps
Il ne voit plus. Il est au paradis
Elle est là, souriante et sereine
Et lui fait un baiser. Il s’endort…

18/06/2022

Chaud

Aujourd’hui le soleil, hier la pluie
Le ciel obscur de ses larmes matinales
Avait les paupières closes des nuits

Puis vint le sommeil, le repos et l’oubli
Comme un lac au creux d’une montagne
Et le jour renait lentement à la vie

Un oiseau ce matin m’a revigoré
Il m’a dit la joie d’un jour serein
L’herbe qui pousse et les feuilles tombantes 

Et la forêt à son tour s’éveilla
Les arbres étirant leur carcasse majestueuse
Avec de petits craquements imprévisibles

Aujourd’hui la lumière, hier la nuit

26/04/2022

Egarement

Le silence de la nuit 
Tombe-t-il auprès des sourds ?
L’obscurité des ténèbres
Frappe-t-elle ton corps aveugle ?
Le froid te glace
Tes pieds nus s’envolent-ils ?

Où donc se trouve l’espérance ?

Il erre dans un monde sans fin
Et court après le mirage
Qui l’environne et le suce

Quel brouillard épais et pesant
Plus rien ne l’élève
Rien ne l’attire 
Hors de cette méditation
Et de ces chatouillements divins
Qui le frappent et l’enlèvent
Pour le monter en épingle

Ton corps se glace
Et ton esprit gèle
Seule encore
L’âme s’élève
Le reste est perdu à jamais

08/02/2022

Hauteurs, toujours

Commence aujourd'hui un nouveau livre, carnet de voyage au fil des voiles et de la fournaise, paysage sublime dessiné d'une main experte au fil de jours d'errance.

 

Clochers, tours, campaniles, beffrois
Tous se dressent devant les visiteurs
Campés sur leur socle élevé, fortifié
Ils écrasent l’égo de leur ombre exaltante

A leur pied, l’homme de tous les jours
La vie grouillante, trépidante 
Millions d’insectes affolés et bruyants
Que seule la vie atteint en désordre

Le doigt levé, empli de sagesse
Ils occupent l’espace à la verticale
Veillant sur leurs occupants
Détachés de tout partie pris 

Écrasée de sculptures évaporées
La hauteur prend sa mesure dégingandée
Dieu te regarde à la loupe, au loin
Et embrase la visite de feux d’or

08/12/2021

Solitude

Il est seul
La solitude lui pèse
Il erre sans soutien
Dans ce monde morne

La fente chaude
(Et accueillante)
S’ouvre devant lui
Y entrer ou non ?

Il appréhende
Mais le rêve
La douceur
Et la fureur !

Il marche, seul
Regardant ses compatriotes
Pèsent-ils la valeur
Ou la puissance ?

Rien de tout cela
Ses pieds avancent
Il sent leur froid
Et va vers elle

Il approche 
Hume son parfum
Cela lui suffit…
L’ombre d’un rêve

Il s’emplit les poumons
Pleura sur le souvenir
Puis prit sa décision
Plus rien ne sera comme avant

Adieu mon double, dit-il
Qu’es-tu allé faire
Quel tremblement t’a pris
Reste sur place

29/09/2021

Sommeil

Jeune, il se dédoublait
Il était le gentil garçon
Chaque jour à la tâche
Mais, dans la solitude
Il rêvait d’un monde 
Sans contrainte ni misère
Il montait sur les chevaux
Et chevauchait sans crainte
Les étoiles et galaxies
Sans jamais regarder en arrière
Un jour, il ne sait plus quand
Il fut en vue d’une galaxie 
Dont les planètes étaient bleues
Étrangères aux couleurs chaudes
Et au souffle des vents stellaires
Il se sentit en paix, assagi 
Rasséréné, bercé de bonheur
Sans en comprendre les raisons
Accompagné par sa vitalité
Il parcourut longuement
Les allées du pouvoir et la finalité
D’une vie réglée par le temps
Il se vit serviteur et maître 
Par la vitesse acquise
Jusqu’aux confins de l’infini
Là où rien ne dit où l’on va
Ni où l’on est, ni même qui est-on
Rien n’existait que cette envie
D’expérimenter l’inconnu
Sans contrainte ni misère
Il s’approcha des courants d’air
Huma les senteurs de l’inexploré
Et s’endormit benoîtement
Dans les rayons d’un soleil mou

Depuis il dort sans savoir
Ce qui lui manque
Sa vie est bien remplie,
Mais il ne sait de quoi !

05/09/2021

Aliénore d'Aquitaine

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Voici une évocation  qui mérite d’être vue et écoutée.

Notez dès maintenant la date et venez nombreux écouter Isabelle de Bodinat et Patricio Cadena Pérez. Vous passerez une après-midi emplie des rêves de cette grande dame qu’était Aliénor d’Aquitaine et qui sera suivie d’un cocktail rafraichissant. 

N’oubliez pas de réserver pour cette date (le 2 octobre, 15h00) à chateaudebourgon@gmail.com

Retenez bien cette date et venez rêver.

 

19/08/2021

Exposition à Sainte Suzanne les 13, 14 et 15 août

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Et l'eau galope

Elle dévale les plans

L'image reste

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18/08/2021

Exposition à Sainte Suzanne les 1", 14 et 15 août

 

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un moulin ouvert

le noir des gouffres dans les yeux

le silence des poètes

20/05/2021

Poème : forme ou fond ?

Un poème est un produit comme un autre, un pâté ou un dessert enrobé de packaging. Selon la personne et son humeur, sera préféré le fond plutôt que la forme ou l’inverse.
Mais qui choisit entre les deux ? Quel pourcentage permet de constituer le joyau final à dévoiler aux yeux des autres ? C’est l’art du cuisinier, la pincée de sel et de poivre à ajouter sans jamais trop en mettre pour améliorer le goût sans le dénaturer.
Selon certains, la poésie n’est poésie que par l’agencement de chaque mot par rapport aux autres et de leur constitution interne. C’est une mathématique prudente et subtile qui fait d’un morceau de chiffon une oriflamme entraînant la multitude derrière soi. Alors la machine à organiser les idées fonctionne à plein régime pour doter chaque vers d’un miel délicatement sucré. Certains se laissent prendre à ce jeu du miroir aux alouettes. C’est bien de la poésie puisque le morceau à douze pieds et non onze ou treize. Découpé en rondelles, le vers se délite et perd son jus. Le goût est fade, car il n’y a plus rien derrière.
Le fond cache la personnalité du poète. C’est le halo de clarté qui fait tendre le regard vers l’objet et admirer sa beauté. Sans lumière, il n’y a rien, que du vent. Il faut retirer les feuilles de l’artichaut pour découvrir la tendresse du cœur. La vraie poésie est dans le sujet même. Elle peut être ferme ou tendre. Elle fait battre le cœur et n’émeut pas seulement les larmes des yeux.
Comme Dieu a conçu l’univers, le poète mélange mathématiquement forme et fond pour faire de la poésie un joyau parfait qui enivrera lecteurs et auditeurs.

04/05/2021

Berceuse, de Gabriel Fauré, pour violon et piano

https://www.youtube.com/watch?v=BxINZBFEZaw&list=RDCLAK5uy_n9hGvSNdO2TpX8jJuiThvnfrfIi1qNRnY&index=8


Puissance et beauté :

la magie d'un piano

la caresse d'un violon

24/04/2021

Matinale

 

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Rien ne lui sera épargné
Ni la peine ni le froid
Ni même la chaleur fulgurante
Et le bruissement des feuilles
Le rêve apparaît, lumineux
Tel le désir des corps
Et la concupiscence de l’esprit
Le tout figé dans le désert
D’un lever de soleil sur terre
Entre les fourches caudines
D’un matin rêvé
De la fenêtre de son lit

 

22/03/2021

Parallèles et profondeur

 

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Je l’ai rêvé

Je l’ai fait

J’en rêve

 

Entre deux...

13/01/2021

Rêve d'automne

 

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Fumée du diable,

c'est mieux que l'herbe viable,

de Castaneda.

 

21/06/2020

Au temps du fleuve Amour, d'Andréï Makine

20-06-21vAu temps du fleuve Amour.jpgUn fleuve de poésie qui ne dit pas son nom et qui s’appuie sur trois piliers : la jeunesse de trois adolescents débutants ; Belmondo, sans que l’on sache s’il s’agir de l’acteur ; les femmes, dont la prostituée, que les personnages rêvent éveillés. Entre ces piliers coulent le fleuve, empli de désirs, de désespoir et de nostalgie. La nature brute s’exprime et glisse avec lenteur entre les rives de l’Union soviétique et le rêve occidental, secouée par les assauts des glaces. Un paysage de cauchemar vécu, mais doux à l’oreille et au corps. On entre dans le livre avec douceur, comme dans un poème qui ne dit pas son nom et on avance aux rives de l’Asie sauvage et de l’Occident rêvé.

« Mais l’Occident était là, parmi nous. On sentait sa présence dans l’air du printemps, dans la transparence du vent dont nous percevions parfois le goût piquant, océanique, dans l’expression détendue des visages, (…)

La directrice ! Oui, c’était elle… Nous en oubliâmes la voiture. Car celle qui approchait du capitaine était très belle. On voyait ses jambes découvertes au ras des genoux, longues, sveltes, jouant des reflets transparents Et en plus, elle avait des seins et des hanches ! Les seins redressés légèrement de belles dentelles encadrant le décolleté très pudique de sa robe. Les hanches remplissaient la fine étoffe de leur mouvement rythmique. C’était tout simplement une femme belle et sûre de ses gestes qui marchait en souriant à la rencontre d’un homme qui m’attendait. Ses cheveux relevés laissaient apparaître un joli galbe du cou, à ses oreilles scintillaient des pendeloques garnies de grains d’ambre. Et son visage ressemblait à un bouquet de fleurs des champs, dans sa candeur fraîche et ouverte. » (...)

« Elle était Nivkh, originaire de ces forêts de l’Extrême-Orient où nous avions, un jour, aperçu un tigre flambant dans la neige… Quand elle sentit que je ne la lâcherais plus, ce corps m’enlaça, me moula, s’imprégna de moi  par tous ces vaisseaux frémissants. Elle répandit en moi son odeur, son souffle, son sang… Je ne pouvais plus distinguer  où sa chair devenait l’herbe emplie du vent des steppes, où le goût de ses seins ronds et fermes se mélangeait avec celui des fleurs de pommiers, où finissait le ciel de ses yeux éblouis et commençait la profondeur sombre perlant d’étoiles. »

 

 

05/06/2019

Rêve d'un jour

Elle tourna la tête vers lui, lentement, avec compassion. il faisait froid. Seule, la porte de l'église restait allumée. Elle lui fit signe : là-bas. Mais avait-il le courage de monter les marches du parvis ? Il la regardait, craintif. Une femme peut-elle comprendre ses hésitations.

Ses longs cheveux courraient au vent, sa robe frissonnait, ses doigts se tendaient vers un point, celui de son rêve. Mais lui, rêvait-il ?

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Alors, elle lui tendit la main, prit la sienne, l'entraîna vers la brillance de la porte ouverte et lui dit : "Viens mon prince, épouse-moi !"

01/11/2017

Salon du livre

Samedi prochain, à la Mairie du XV°, a lieu l’après-midi du livre des écrivains combattants au cours de laquelle les écrivains de l’association présentent et dédicacent leurs derniers livres. Cette après-midi est l’occasion de feuilleter les derniers livres d’auteurs très divers, politiques, industriels, chercheurs, journalistes et bien sûr écrivains. Une après-midi passionnante dans les entrailles des auteurs… J’y participe et serai heureux de vous recevoir à mon stand, sans aucune obligation d’achat.

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Les auteurs :

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30/09/2017

Un rêve

Un rêve est-il vrai ?
Ou plutôt, un rêve est-il réel ?
Comment répondre à cette question ?

Le rêve t’embarque et tu vas
Attentif aux personnes et aux biens
Mais sans pouvoir sur eux
Alors qu’eux abusent de toi
Le rêve t’impose son déroulement
Et choisit lui-même son rythme
Tu te souviens même avoir déjà vécu
De semblables circonstances
Qui, parfois, t’ont amené à d’autres réactions

Le rêve t’entraine en d’autres territoires
Où la volonté importe peu
Seul compte la ténacité et l’honnêteté
Le courage reflue en toi
Tu te sens invincible, mais précaire
L’ombre ne suffit plus à te cacher
L’opprobre t’accompagne malicieusement  
Jusqu’au point de rupture
Là, tu sors ton mouchoir et le tache
De ton sang rouge et brillant

Mais ton souvenir va au-delà
Dans l’azur bleuté de la liberté
Vers ce que certains pensent folie
Et que tu baptises vérité
Celle-ci serait-elle le vide
L’absence de pensées, voire d’existence ?
Oui, je comprends, quelle folie !

La liberté ? Ne plus avoir à choisir !    
Tout s’impose par soi-même
Le choix est contrainte et effort
Il faut peser le pour et le contre
Hésiter entre deux maux ou deux biens
Comment ne plus pouvoir choisir
Et, malgré tout, y être astreint
Quelle prison imaginaire…

Le rêve le plus réel pourrait-il n’être
Qu’un rêve vide d’images et de sons ?
Dans ce cas rêve et réalité se rejoignent

Finalement qu’est-ce qu’un trou noir :
Un passage entre le palpable et l’impalpable
Entre le zéro et l’infini
Entre le tout et le rien
Entre la réalité et le rêve ?
Qu’en sais-tu puisque personne n’en revient !

 

26/12/2016

Bamboo dream, d'Arvo Part

https://www.youtube.com/watch?v=_6JzOjJAWhw


 

Une chorégraphie sur une musique minimaliste : des êtres irréels dansant sur une surface d’eau striée de bambous. Sont-ils vrais ? Ils errent dans un monde sans fin, semblant chercher ils ne savent quoi dans une certaine sérénité. Et la musique vous obsède. On passe du masculin au féminin, avec souplesse, dans une danse virevoltante (en 14 :30), puis au couple, jusqu’au groupe.

C’est envoûtant, mystérieux, étonnant, choquant parfois. Une beauté qui ne veut pas se donner…

28/09/2016

Expériences

Entrevoir la possibilité de relier des expériences dispersées et diverses qui sont du domaine de l’irrationnel ou, au moins, de l’inexplicable.

L’expérience de l’oubli de l’égo dans la méditation et la rupture du dialogue intérieur rejoint certains rêves qui restent très vivants dans le souvenir alors qu’ils sont vieux. Ils se sont renouvelés plusieurs fois dans l’adolescence. Trois d’entre eux ont ressurgi :

Le rêve d’avoir la faculté de plonger et de respirer sous l’eau par une manière spéciale de pouvoir prendre de l’oxygène contenu dans l’eau sans respirer celle-ci. C’est une respiration lente, fermée sur elle-même, filtrant le monde. Le filtre se situe au niveau du larynx. Il fait penser au trou de l’aiguille par où peut passer le chameau.

Le rêve de pouvoir s’élever au-dessus du sol et léviter grâce à un effort particulier que je ne peux retrouver. C’est un rassemblement de l’être qui condense l’ensemble du corps. Il suppose à la fois détente totale et attention extrême. Il permet ensuite de se mouvoir dans une pièce sans varier la position du corps ni user des membres.

Le rêve de voler réellement au-dessus des arbres et de contrôler le vol pour se diriger où l'on désire. C’est une sorte de plané dont je ne me souviens que des sensations, pas du procédé qui permet d’y accéder. Seul reste ce sentiment de liberté complète et la sensation du vol, sans savoir comment les atteindre.

Il y a un lieu à découvrir entre ces rêves et l’expérience consciente d’être en limite d’un autre monde, au-delà de l’égo, que l’on vit dans la méditation. Parfois, il arrive d’accéder à des images de rêve, consciemment, comme une sorte de vision. Fugitives, elles sont aussi réelles que le monde.

Une condition : ne pas se laisser absorber par le monde.

08/09/2016

Rêve ou réalité

 

Par la lecture on vit plusieurs vies
Jusqu’au jour où la vie est enlevée
Elle rejoint les vies lues et rêvées

Beaucoup pensent vivre alors qu’ils ne font que rêver.

29/08/2016

La mue (20 et fin)

7 septembre. J’ai mué. Je suis un homme muni d’une paire d’ailes. Je n’ai pas la même tête qu’avant la première mue. Je ne me décrirai pas. J’ai trouvé une robe blanche au pied de l’arbre sur lequel je m’étais réfugié. Elle me va parfaitement. Si Joséphine me voyait ! Et en un instant, je me trouve aux côtés de Joséphine. Comment cela se fait-il ? Je n’ai fait que penser à elle et je suis auprès d’elle.

– Bonjour Joséphine. Alors, es-tu heureuse avec ton nouvel homme ?

Joséphine est étonnée. Elle se demande qui je suis. Je la regarde, resplendissante, mais elle est maintenant sans attrait pour moi. Elle n’est plus qu’un être humain avec ses instants de bonheur et de malheur, entraînée par les circonstances, tentant de comprendre ce qui lui arrive et dérivant entre ses interlocuteurs. Je repense à nos premiers jours et aussitôt je suis entraîné à cette même date et ce même lieu qu’il y a trois ans. Je lui caresse les mains et je vais l’embrasser. Il me semble que je suis pourvu d’une nouvelle faculté : je vis ce que je pense. Je peux me transporter dans l’espace et le temps instantanément selon ma pensée. Mieux même ! Dès que je cesse de penser, je suis transporté ailleurs. Où ? Je ne sais pas.

Ah ! Là, cela s’impose à moi : je suis entouré de sages, en robe blanche également, qui me regardent. Leurs yeux me sondent jusqu’à l’âme.

– Approche Imer. C’est le jour de ton initiation. Désormais, tu n’auras ni souvenirs ni projets. Il est temps que tu montes dans la hiérarchie. Tu ne vivras plus que d’amour spirituel. L’amour humain est une impulsion qui vient d’en bas, de la matière et indirectement de l’énergie divine contenue en toutes choses. Cette énergie s’adresse à l’homme matériel. Elle peut parfois l’amener à se surpasser lui-même, puisqu’elle retourne à Dieu par l’homme. Cet amour est une énergie incontrôlable qui transforme, mais nous n’en sommes pas maîtres. En revanche, l’amour spirituel n’exclut personne. Il s’adresse à tous sans distinction d’affinité. L’homme empli de l’Esprit dilate son cœur et y inclut le monde. Toute chose, toute personne, est en lui individuellement comme le plus bel objet, le plus bel être. Cet homme ne possède rien, et dispose de tout. Il déborde d’amour pour son ennemi et voudrait lui venir en aide, lui donner la joie débordante qui l’habite. Devenu transparent, n’ayant plus d’être propre, il est le monde et plus que le monde. Il apporte à chacun sa part de lumière.

Un ange s’avance, s’arrête, puis dit solennellement, prenant les autres à témoin tout en me regardant intensément :

– Tu es désormais un ange. Tu as fini ton cycle humain et tu as franchi la porte de la sagesse. Tu n’es plus, car tu es plus. Tu es maintenant le messager du divin. Porte la nouvelle aux hommes et toujours aide-les en toutes circonstances.

C’est ainsi que moi, anciennement Rémi, devenu Imer, ai quitté le monde des hommes pour rejoindre un autre monde que j’avais longtemps ignoré.

 

           

26/08/2016

La mue (19)

La colombe me caresse de son aile, me regarde une dernière fois et me dit :

– Je ne te verrai plus. Tu en sais suffisamment pour voler de tes propres ailes. Sois fort, ta prochaine mue est pour bientôt.

Sur ces paroles que je ne comprends pas réellement, elle s’envole, fait un rond au-dessus de ma tête et s’éloigne. Je suis seul, mais je suis habité d’une nouvelle force qui me guide et me donne détermination et certitude. Je prends mon envol et pars, loin de mon appartement et de Joséphine. Le cordon est tranché, en avant !

Nous sommes le 3 septembre. Cela fait un peu plus d’un an que j’ai rencontré la colombe. Je n’ai pas de toit, je n’ai qu’un sac vide, je ne transporte pas de pierre pour reposer ma tête lorsque le soir tombe. Qu’ai-je fait ? Je ne peux vous le dire, c’est une affaire entre le ciel et moi. Je n’ai pas eu un instant de libre, mais je suis le plus libre des hommes. C’est un jour nouveau, mais particulier. Ce matin, j’ai reçu mon attestation. C’est la saison de la mue pour les oiseaux. Je ne suis pas inquiet. Je l’attends avec impatience, sans chercher à imaginer ce qu’elle sera. Ma vie continuera sous une autre forme et je serai toujours Imer.

5 septembre, je ressens les premières transformations. J’ai l’impression de retrouver mes jambes d’humain et je perds pas mal de plumes. C’est véritablement une mue. Qu’est-ce qui va les remplacer ? Mon bec devient mou, je ne peux plus casser une graine. Pourtant j’ai bien encore mes ailes et elles me soutiennent en l’air sans aucune difficulté. Elles semblent même plus agiles que d’habitude.

6 septembre. Je ne me sens pas bien. Reste sous ton arbre et attends, me disent mes compagnons. Je voudrai bien, mais je suis tiraillé sous ma peau. J’ai perdu presque toutes mes plumes, sauf sur les ailes, mais elles ont blanchi et deviennent plus lisses d’heure en heure. J’ai presque retrouvé mes jambes. Elles sont alertes, beaucoup plus qu’auparavant.

23/08/2016

La mue (18)

Je perçois un éclair dans ma tête et le vide m’envahit. Rien ne me vient à l’esprit, je flotte dans un bain huilé qui me transforme. Mais s’il est facile de constater que l’on a découvert la vraie vie, il est impossible de dire ce qu’elle est. La vraie vie est indéfinissable. La seule chose qu’il soit possible de dire est que nous ne sommes plus le même. Nous connaissons un nouvel état d’être qui n’est pas notre état naturel. L’état lui-même ne peut être défini, car il est toujours différent. C’est cette nouveauté permanente, cette richesse infinie que l’on découvre en soi et dans le monde, qui font dire que l’on a trouvé la vraie vie et qui constituent la preuve de son existence. Ceci nécessite d’abandonner toute idée d’acquisition. On n’acquiert pas cet état, il nous est donné. Il faut le vivre dans l’abandon et ne pas chercher à le revivre. Cependant, si l’on ne peut définir rationnellement ce qu’est cet état, on peut décrire les nouvelles perceptions qui l’accompagnent.

La première perception est celle d’unité intérieure : la sensation habituelle du moi tiraillé en tous sens s’évanouit. La conscience s’élargit, ne se sent plus distincte du monde et, s’oubliant elle-même, se découvre. La seconde est l’absence de temps : C’est la sensation d’éternité. Le présent, intensément vécu sans rattachement aux structures mentales  élaborées par la combinaison du passé, du présent et de l’avenir, se transforme en éternité. La troisième est la lumière : cette lumière semble d’abord sans origine, comme une légère brume lumineuse. Puis on prend conscience de son rayonnement à partir du cœur. Elle n’éclaire pas matériellement ce que l’on voit. Elle éclaire notre compréhension  des choses et des êtres. Enfin, la dernière que j’ai perçue est la transparence : en acquérant la transparence, on perçoit que la lumière est en nous en permanence et que nous la voilons par le moi, c’est-à-dire notre propre idée de nous-mêmes et du monde. Par la transparence, l’homme devient frontière perméable entre le monde spirituel et le monde naturel.

19/08/2016

La mue (17)

– C’est quoi ce but ? dit un autre en équilibre sur un fil téléphonique.

– C’est le bonheur, quoi qu’il arrive dans notre vie. Cette compréhension demande du temps, certes, mais la transformation peut venir en un instant.

Je m’interroge. Comment cette colombe a-t-elle fait pour rallier tous ces oiseaux alors qu’hier j’étais pratiquement seul avec elle. Serait-ce tout simplement qu’elle possède la conviction et que celle-ci entraîne les autres, qu’elle possède la pureté et que celle-ci convainc les autres. Et moi, et moi, que deviens-je dans tout cela ? C’est alors qu’il m’apparaît clairement que je suis directement concerné par ce que proclame la colombe. Je me tiens immobile et médite cette nouvelle vie qui s’ouvre devant moi. Je me sens le cœur léger, l’esprit aventurier. Mes réflexes d’homme moderne ne m’ont pas sauvé du désastre ; inversement, je suis encouragé par cette colombe qui me dit de tout abandonner, ce que je vais faire à partir d’aujourd’hui. Voilà, c’est fait, j’ai oublié mon passé et me tourne vers le présent et l’avenir. Non, je me tourne vers le néant et celui-ci est aimable et grand. Quelle idée ! Et pourtant, c’est vrai, ce vide m’attire et me donne la chair de poule. Adieu ma vie, en route pour la vraie vie.

 La vie n’est ni dans le passé ni dans le futur. Est-elle dans le présent ? Je ne sais pas, car qu’est-ce que le présent ? Est-ce ce que je sens ? Est-ce ce que je ressens ? Est-ce ce que j’ai été : souvenirs, succès, défaites ? Est-ce ce que je veux être et ce que je ne suis pas ? Est-ce mon projet de changement, d’amélioration de ma façon de voir ma vie ? Oui, comment le savoir puisque je suis immergé dans cette salade d’événements et de réactions à ceux-ci ? Ainsi, même le présent m’échappe. Je ne suis ni le passé que j’ai vécu, ni le futur que j’envisage, ni même le présent que je tente de vivre. Ma seule certitude : j’existe puisque je suis ici et qu’il est tel jour et telle heure. Le reste n’est que fumée que l’on prend pour la réalité. La fumée se façonne, prend des formes qui changent sans cesse. Un coup de vent et il n’y a rien de ce que je croyais être. Mais je suis toujours là, vivant malgré moi.

La colombe prend son envol, tournoie autour de moi, plane et se pose à mes côtés. Elle me regarde avec tendresse et fermeté et me dit :

– Toi, Rémi, je connais les événements qui t’ont conduit ici. Je vois tes efforts et ton cheminement intérieur. Tu as, par expérience, compris ce qu’est la vie, la vraie, celle qui est au-delà de ce que nous percevons et ressentons. Dorénavant tu ne t’appelleras plus Rémi, mais Imer. Tu te consolideras toi-même, tu flotteras pour aider les autres et tu connaîtras une nouvelle vie, la vraie, bientôt.

16/08/2016

La mue (16)

Que répondre à cette déclaration ? L’ai-je d’ailleurs bien comprise ? Cette colombe est assurément plus qu’un simple pigeon ou une vulgaire tourterelle. Alors je m’efforce de la voir sous un autre jour. Mes yeux s’ouvrent, mon cœur éclate, ma rationalité cède et je découvre l’amour. Cette simple créature devient un être à part entière, plus qu’un humain, au-delà de son apparence physique au demeurant charmante.

– Va mon frère. Tu en as assez appris aujourd’hui. Médite ces paroles et revient demain.

J’obéis et plonge dans le vide céleste apparu devant moi et qui me porte d’espérance. Je suis léger, détendu et plein d’énergie. La vie s’ouvre et devient nouvelle. Je la découvre et le monde devient autre.

Je me dirige vers mon appartement. Où irai-je autrement ? Elle est là, je vois son ombre dans la cuisine. Je m’approche de la fenêtre. Ah, elle n’est pas seule. Ça y est, il est adopté. Ça n’a pas duré longtemps. Mais, ayant maintenant un peu de recul, je constate que j’ai fait de même plusieurs mois auparavant. Alors, pourquoi reprocher à cet homme ce que j’ai fait moi-même ? Sur le rebord de la fenêtre, je médite : j’ai reçu Joséphine en cadeau du ciel, il l’a reçoit en cadeau, quoi de plus normal. Joséphine est-elle coupable. Non, ce sont les circonstances qui l’ont conduite à cette attitude. Ma disparition de sa vie est logique et correspond à ce que recherchent les autorités. Alors, laissons-les, éloignons-nous et parcourons le monde pour y trouver la paix. Hum, plus facile à dire qu’à faire. Je m’installe non loin de là. Je ne suis pas encore suffisamment libre pour m’éloigner sans un regard.

Ce matin, je m’installe tôt sur le toit de l’église. Je ne veux pas rater la venue de la colombe. Elle n’est pas encore là. Mais je remarque plusieurs races d’oiseaux qui sont là. D’ordinaire, ils ne se côtoient pas. Aujourd’hui cela ne les gêne pas, chacun pépie dans son propre langage, le front haut, la plume légère. Tous semblent attendre. Attendraient-ils la colombe ?

Celle-ci apparaît, un brin d’olivier dans le bec, semblable à son image. Elle la dépose à ses pieds, regarde les oiseaux présents, les salue de la tête et leur parle dans leur cœur :

– Chers amis, je suis heureuse de vous retrouver. Cela prouve que vous avez médité mes paroles et que vous avez commencé à vous transformer. Je ne vous demande pas une métamorphose. Non, une simple mue. Restez ce que le créateur a fait de vous, chacun unique et possédant sa vocation propre. Mais transformez votre cœur, réveillez votre intelligence, ouvrez votre âme à la vie et celle-ci deviendra enrichissante et multiple. Ne vous souciez pas de ce que vous allez devenir, vivez que diable, sans aucune arrière-pensée. Soyez dans l’instant, là où vous êtes, sans penser à un autre temps ou un autre lieu. Faites le vide en vous et l’univers vous pénètrera. Vous vous unirez à lui ; vous ne serez plus, vous vivrez.

– Mais il faut du temps pour arriver à une telle chose, objecta quelqu’un.

– Non, il faut que vous soyez possédés par le sentiment de l’urgence : urgence à vivre la vraie vie, urgence à aider les autres à découvrir ce que j’avais découvert, urgence à transformer le monde par l’amour qui peut tout. Savoir qu’au bout du chemin existe la mort et ne rien faire jusque-là, c’est gâcher sa vie et celle des autres par absence d’attention. Néanmoins, je concède que le temps est indispensable pour parvenir au but.

13/08/2016

La mue (15)

Je suis présentement perché sur le toit de l’église, au soleil. Le clocher est haut ; il domine la ville et cela m’enchante. Je me sens élevé, plus spirituel, moins préoccupé de mes problèmes quotidiens. Je m’interroge sur ma vie. Qu’a-t-elle été jusqu’à maintenant ? Une succession d’événements, des joies et des peines, des gens à côtoyer ou à rejeter. Rien qui ne m’incline à réfléchir sur ce que j’ai fait ou même ce que je vais faire. Je ressens un grand vide lorsque je me penche sur tout cela, un vide un peu écœurant, très différent de ce que j’imaginais à vingt ans. J’avais alors la flamme de la jeunesse, le rêve des entrepreneurs, la richesse du début de l’existence, la tendresse envers ceux qui partageaient avec moi ces moments privilégiés d’un avenir non encore décidé. Je dévorais la vie à pleines dents et n’avais pas besoin de dentiste. Cela a changé depuis. Les émotions se sont tassées, les sensations se sont amoindries, les sentiments ont évolué, mon approche rationnelle des événements s’est même modifiée. L’infini n’est plus ouvert, il se referme peu à peu, surtout ces derniers temps. Il est même tellement fermé que je me demande ce que je fais sur terre. Prisonnier d’une cage ou libre de mourir seul, quel choix ridicule et malsain.

– Mon ami, pourquoi te rends-tu malade comme cela ? me dit tout à coup une voix dans ma tête.

Je sais bien que je ne me parle pas à moi-même. Alors, qui est-ce ? Je regarde autour de moi. A côté, sur le même toit, je vois une colombe qui me regarde. Elle est arrivée sans bruit et s’est posée là, comme pour converser avec moi. Elle parle comme vous et moi alors que je ne comprends rien aux pépiements des autres oiseaux. Mieux même, elle me parle directement dans ma tête sans avoir besoin de la voix, organe naturel de la parole.

– Croyez-vous ma situation enviable ?

– Ce ne sont pas les situations qui comptent, mais la façon dont on les vit.

– …

– D’ici tu vois toute la ville, tu devines les peines et les joies selon les circonstances, mais tu sais intimement que ce n’est pas ça l’important. Ce qui compte, c’est ce que l’on fait de ce qui nous arrive. Fabrique-t-on du miel ou du fiel ? Et tu sais qu’il n’appartient qu’à toi de choisir, même si tu ne penses qu’à toi pour l’instant.

– Mais qui êtes-vous, vous qui me parlez ?

– Je ne suis qu’un simple pigeon. Ma seule liberté tient à l’amour. Celui-ci est tout puissant et universel. Je vole sur le monde sans m’attacher à ce qui se passe, mais à ce qui est vécu. Je ne connais que l’intérieur de l’homme et le laisse se saisir des situations. Il apprend dans l’expérience, il saisit dans la science, il comprendre dans la conscience et enseigne l’obédience aux intuitions de l’âme.

10/08/2016

La mue (14)

Je me réveille. Je n’entends rien, ils doivent dormir. Ah, voici Joséphine. J’entends ses pieds nus sur le plancher. Elle va se faire un café à la cuisine. Elle passe devant ma cage. Je suis toujours sous le voile. Je pépie. Mais rien n’y fait. Elle fait semblant de ne pas entendre. Elle vit sa vie sans s’occuper de mon sort. Que vais-je devenir ? Je ressens l’angoisse des relégués, de l’employé que son patron cherche à virer, du sportif moins performant qui ne convient plus à son entraîneur, de l’amant évincé, de l’enfant sans parents. C’est dur cette vie inutile qui n’intéresse personne. Je pleure doucement derrière mon voile, hoquetant de petits gazouillis. J’entends l’homme se préparer à partir. Pourvu qu’elle ne parte pas avec lui. Non, la porte claque et je l’entends marcher. Elle vient vers moi, retire le voile, me regarde sans animosité, mais sans amour. Je suis devenu un meuble de plus dans l’appartement qu’elle a adopté alors qu’il m’appartient. C’est sans doute pour cela qu’elle ne me met pas à la porte. Elle n’ose pas. Je vois son œil noir. J’ai bien envie de me jeter dessus avec le bec et de le crever. Mais je ne bouge pas. Que se passerait-il si elle me mettait à la porte ?

Nous sommes mardi. La femme de ménage arrive après le départ de Joséphine. Elle aussi a pris l’habitude de recouvrir la cage du voile opaque. Elle peut fouiller dans nos affaires sans vergogne, personne ne la verra. Je l’entends farfouiller dans le secrétaire, là où je mets mes papiers. Que peut-elle bien faire ? Je l’entends ouvrir grand les fenêtres. Tout à coup, j’ai envie de promenades. J’ouvre la cage sans qu’elle me voie, je me glisse sous le voile, jette un œil et comme elle se trouve dans une autre pièce, je m’envole par la fenêtre. Enfin, de l’air frais et un peu de liberté ! C’est agréable de virevolter dans le soleil du matin, d’aller dans toutes les directions, de se poser sur une branche ou un toit et de rêver devant l’étendue de la ville et le nombre de buildings.

07/08/2016

La mue (13)

Aujourd’hui, il est huit heures du soir. Je perçois la clé dans la serrure. La porte se referme. J’entends parler Joséphine. Je ne sais ce qu’elle dit, mais une voix d’homme lui répond, assez grave et douce. Puis j’entends « Chut ! » Elle vient vers moi, seule et l’air de rien. Elle prend le voile opaque et le met sur la cage. Je ne vois plus et entends très mal, d’autant plus qu’elle met une symphonie de Beethoven assez fort, la 3e dite héroïque, si vivante qu’elle me fit dresser les plumes sur le corps et plus particulièrement mon aigrette qui se tient raide comme un balai. J’ai beau tendre l’oreille, je ne comprends pas ce qu’ils se disent. J’ai beau faire du bruit, agiter mes ailes, cogner mon bec sur les barreaux, rien n’y fait. Je ne suis plus là pour elle et elle m’ignore totalement.

Après leur diner, il semble s’incruster. La musique devient douce et moderne. Un chanteur noir remplace le classique. Oui, ce n’est pas mal, mais que font-ils ? Je n’entends plus rien, sauf quelques soupirs de temps à autre. Je comprends que j’ai définitivement perdu l’amour de Joséphine ou, au moins, que je suis remplacé comme prétendant. Cela me fit une drôle d’impression. C’était une deuxième rupture, presque plus pénible que celle de la mue. Joséphine, que fais-tu ? Je me souvins des nuits passées à nous raconter nos vies respectives, à nous caresser doucement, à échanger nos salives dans des baisers de feu, à explorer nos corps et à les rapprocher. Elle avait un grain de peau très doux, elle savait m’embrasser avec fougue, passer ses doigts sur mon dos pour le faire frémir. Je lui prenais la tête et baisais son cou qui sentait le caramel. Je lui imprimais mes mains sur ses seins et parfois m’aventurais plus bas. Et tout cela n’est plus. Je suis remplacé par un inconnu qui peut faire la même chose, sans vergogne. Non, je ne chanterai pas pour protester, je resterai silencieux. Je finis par m’endormir, blotti sur mon nid douillet.