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30/04/2011

La terre chaude, accueillante

 

La terre chaude, accueillante et maternelle
Refuge de nos regards étonnés d’indécision
Accomplissant lentement son cycle quotidien
Et nous-mêmes, sensibles imperceptiblement
Inscrivant nos caresses au livre de notre histoire
Jusqu’au temps où sur chacune de ses pages
Devenues à la fois semblables et différentes
Se lise la volonté d’aimer

L’air aussi, incandescent, sans pudeur
Élément de rencontre de nos diversités
Plus étroitement proche de nos visages
Sous le feu du soleil diffusant notre amour
A tout ce qui existe et respire
Nous unissant dans la distance de notre séparation
Jusqu’à recueillir sur nos lèvres
Le même désir de durer

 

29/04/2011

Passepied, de Claude Debussy

 

Ecoutez :

http://www.youtube.com/watch?v=Ek0Gd6zfP38&feature=related

Une très bonne interprétation de Liubov Gromoglasova, enjouée, mais pleine de sensibilité et de tendresse.

 

http://www.youtube.com/watch?v=qieqnpF2yR0

Jouée par Marcin Parys, cette interprétation est vraiment différente de la précédente. Elle est belle, mais plus sévère, plus policée. Elle commence comme un air de Bach, ce n’est que peu à peu que l’artiste se lance réellement. On retrouve aussi parfois des relents de valse de Chopin.

 

Le passepied (ou passe-pied) est une danse traditionnelle bretonne. Danse à trois temps, elle est ardente et réjouie, assez voisine du menuet, mais plus rustique.

 

Cette création de Debussy est bien plus qu’une danse, une sorte de symphonie pour piano seul, dans l’interprétation de Liubov Gromoglasova. Tantôt endiablée, tantôt symphonique, parfois tendre, toujours en retour sur l’élément mélodique principal, égrainé par la main droite, accompagné par le rythme de la main gauche, énergique et apparemment décalé. Elle est parfois déroutante, car elle passe par des instants très mélodieux, alors qu’à d’autres moments, elle semble créer de véritables coupures pour revenir sur le thème principal de manière inattendue.

 

Pleine d’improvisations subtiles, cette danse dépasse le mouvement des corps pour s’emparer de l’esprit et le conduire, avec tendresse, vers un moment de liberté.

 

 

 

28/04/2011

Veille de Pâques, jour de baptême

 

Départ en train, tôt, très tôt, trop tôt, le matin, encore la nuit, les trottoirs sales, les yeux mi-clos, la jambe peu hardie, la valise roulant toute seule sur les bosses de l’avenir. Et pendant ce temps, en province, dorment à mains fermées (non, poings) les heureux parents d’un petit homme que l’on va baptiser.

 

Arrivée sous la pluie, tiède, chatouilleuse, ne mouillant pas, une pluie d’opérette un soir de théâtre déjanté. Le sol est lisse, collant, on soulève ses pieds pour s’assurer qu’ils suivent, puis l’on va le nez au vent, heureux de sentir l’air non pollué des montagnes. Montée en voiture jusqu’au refuge, sur les hauteurs, hors des marécages encombrés de la basse ville, vers un ciel devenu bleu, clair il est vrai, mais non rancunier.

 

Entrée dans la caverne-appartement, petite, mais équilibrée, à mi-chemin entre le ciel et la terre, rugissante d’espérance, plate de notre absence. Elle s’anime soudain, bousculée de présence, et la danse des chaises commence, autour de la table basse et de la table haute, un simple retournement de situation et tout s’adapte.

 

Dans la chambre dort l’heureux élu, le récipiendaire, le roi. Il est rouge, les reflets bleus, la bouche en cœur et les yeux clos. Il s’abandonne, inconscient de l’attention qu’il procure aux parents et amis, soupirant au chaud, se laissant aller de tous ses membres.

 

Demain, le grand jour : revêtu de pourpre blanche, tu recevras l’eau du baptême.

 

 

27/04/2011

Exposition van Dongen, Musée d’art moderne de la ville de Paris

 

Lumière et couleurs

Deux caractéristiques distinguent les tableaux de van Dongen : leur lumière et leurs couleurs. Les visages, quant à eux, ne cherchent pas la ressemblance, mais simplement l’expression.
La lumière par le blanc, franc, tenant de grands espaces, irradiant le tableau, parfois jaune pâle, ocre clair ou chair, mais toujours lumineuse.
Les couleurs : d’abord le rouge, en petites touches, très peu, mais expressif, rehaussant la lumière du tableau. C’est parfois une ombre en arrière du corps, ou encore le dessin lui-même, dont les traits sont de couleur rouge plutôt que le noir utilisé habituellement. Puis le bleu : bleu-noir, bleu-gris, bleu-vert. Souvent en fond, il fait ressortir la luminosité du blanc et les contours rougeoyants des corps.
Les visages sont esquissés non par le dessin des formes, mais par la couleur. Ils sont bruts, avec, parfois, quelques ombres bleutées. Ils sont beaux, d’une beauté pleine, colorée. Pourtant ils restent intemporels, sans expression d’un quelconque sentiment, comme figé, alors que l’attitude du corps exprime le personnage, hautain, naturel, familier, dansant, charmeur ou encore sexy.

 

Le Sacré Cœur, 1904

Je n’ai malheureusement pas trouvé de reproduction du tableau sur le web. Il est magnifique et peu dans le style adopté par la suite. C’est un tableau à la Turner ou à la Monet. Un ciel ocre, presque jaune, très pâle, qui tient la plus grande partie du tableau et, en bas, les toits de Paris, ou plutôt leur suggestion par des aplats représentant les surfaces reflétant le ciel. Le Sacré Cœur est le seul élément vraiment figuratif. Il se fond dans le ciel jaune pâle et ne ressort que par les gris et les ombres qui en tracent la forme. En haut, une bande bleu fondue avec le jaune, qui suggère une éclaircie dans le brouillard diffus du matin.

 

Lieuses ou les glaneuses de Chailly en Bière, 1905

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Un feu d’artifice de jaune, peint par grosses touches laissant la substance de la peinture pour simuler la matérialité du sol, alors que le ciel , poursuivant dans les mêmes tons, est moins chargé de matière, procédant plus en aplat. Deux tâches, l’une plutôt rouge et l’autre plutôt bleue, représentent les glaneuses, l’une debout, l’autre courbée vers le sol. Il tombe du ciel une neige d’or sur un fond de bleu, dans laquelle se meuvent les deux femmes, intemporelles, engluées dans le silence et la matière. Elles sont là, travailleuses dans la chaleur de l’été, les pieds dans le chaume, face à l’infini de l’espace et du temps.

 

Marchandes d’herbes et d’amour et Saïda, 1913


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Saïda.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les corps rouges feu, éclatants, fascinants, rendant les personnages lumineux et magiques. Pourtant le rouge est peint en aplat sans mélange, sans ombre, sans relief. Elles sont belles ces femmes. Elles couvrent le tableau l’une sur fond blanc, l’autre sur fond bleu nuit. Leurs yeux, immenses, comme maquillés, vous jette un regard hypnotique et ensorceleur, mais plein d’innocence. Ce sont les seuls tableaux de l’exposition où la luminosité vient du rouge et non du blanc des robes qui reste plus terne, volontairement.

 


La peinture de Van Dongen est libre, décomplexé, sans recherche de détails ou de finition. Son art est brut, pratiqué par touches que certains pourraient qualifier de grossières, aux coloris éclatants, mais souvent arbitraires. Il est résolument moderne, mais sans aucun intellectualisme. Il peint par instinct, très sûr de lui, riant et goûtant la vie à pleines dents.


« Vivre est le plus beau tableau ; le reste n’est que peinture », disait van Dongen en 1927.

 

26/04/2011

Perturbation

 

Au commencement, épars et immobiles, les grains de matière, auparavant comprimés avec l’énergie, errent sans raison, propulsés par le Big Bang qui met en mouvement le cadre espace-temps.

Environ 300.000 ans après cet évènement initial, sur une simple perturbation, telle que le "battement d'aile du papillon", ils se mettent en mouvement, lentement, puis plus vite, jusqu’au tourbillon des galaxies, se rassemblant, s’étirant, en impulsions multiples, entraînés dans la danse de l’univers jusqu’à la fin des temps.

Des travaux récents laissent penser que les premières galaxies se seraient formées plus tôt que prévu. En effet, une galaxie lointaine, contenant des étoiles âgées de 750 millions d'années, se serait constituée 200 millions d'années environ après le Big Bang.

 

galaxie,big bang,matière

 

Cette linogravure, faite en 1973, tente de donner une image de la naissance d'une galaxie. Elle ouvre à l'inconnaissance de notre univers et, plus encore, de la place de l'homme dans celui-ci.

 

 

 

 

25/04/2011

Pourquoi te dire tout ce que je ressens

 

Pourquoi te dire tout ce que je ressens

Confusion des sentiments et des désirs

Pourquoi divulguer le plus profond de moi-même

Alors que seul compte notre entente ?

Je ne sais, je ne sais plus

Ce qui compte pour toi, ce qui est vécu pour moi

Je suis celui qui n’est pas

Je ne suis pas celui qui te suit

Je suis le double d’une ombre

Comme un désert sans façade

Comme un fantôme exacerbé

Et rien ne me rend grâce

Des citadelles de rêve

Des châteaux en Espagne

Des cataractes de la vie

Oui, rien…de rien

 

Pourquoi te dire tout cela

Toi qui un jour m’a tout donné

Toi qui es l’ombre de moi-même

Toi qui restes la vie, la joie et le quotidien

Je t’entends encore me dire

Je serai toi, tu seras moi

Ensemble nous construirons

La vie à deux pour n’en faire qu’une

De nos doigts enlacés

Nous construirons notre maison

Perchée sur la colline

Au sommet inaccessible

Et de nos corps nous ferons un rempart

A la malédiction des évènements

Et à l’écoulement du temps

Rien ne nous fera sortir de notre rêve

Ni la distance, ni la durée

Ni même l’absence de l’un de nous

 

Nous serons un

Par le pouvoir d’être deux

Nous serons deux

Parce que nous sommes un

 

24/04/2011

Genèse : 3ème partie

 

"La connaissance ultime nous saisit par pure grâce. L'homme s'y prépare par une dépossession ontologique, il n'est plus qu'attente. Pour reprendre l'expression certes approximative de Simone Weil, il lui faut se "décréer" jusqu'à descendre au-dessous de la plante et de la pierre, jusqu'à ces eaux lumineuses et profondes sur lesquelles souffle l'Esprit. Eaux du baptême, eaux originelles, eaux des larmes. Alors vient l'Esprit, comme il est venu sur Marie, et l'homme est recréé dans une paix et un silence indicibles."

Olivier Clément

 

 

            Septième jour

 

« Dieu chôma le septième jour. Il bénit et sanctifia le septième jour »

 

            L'absence de bonheur en l'homme tient souvent au fait qu'il court en permanence après quelque chose. A peine a-t-il achevé un travail que déjà il en entame un autre. Il n'y trouve plus de satisfaction. Il oublie de contempler son œuvre et de lui donner un sens.

 

            Pour goûter pleinement la vie, l'homme agissant doit aussi s'arrêter, rentrer en lui-même et réfléchir sur son action. Mieux, il doit la bénir. L'action est la vie : bonne, elle fait progresser ; mauvaise, elle fait également progresser si on en tire les conséquences. Mieux encore, il doit la sanctifier, c'est-à-dire la rendre sainte pour lui-même être sanctifié.

D'où l'importance de ce regard jeté sur soi-même après l'action. La clé du bonheur est là, en nous, dans cet arrêt et ce retour sur soi-même pour contempler, bénir et sanctifier la vie, notre vie.

 

C'est pourquoi Pythagore dit :

"Connais toi toi-même et tu connaîtras le monde et les dieux."

 

Et Saint Augustin, s'adressant à Dieu, s'écrie de même :

"Si je me connaissais, je te connaîtrais."

 

 

            Sixième jour

 

« Dieu fit l'homme à son image et à sa ressemblance.»

 

Avons-nous bien pris conscience que signifient les mots :

. Je suis à l'image de Dieu,

. Chaque homme que je vois, quel qu'il soit, est à l'image de Dieu.

 

Si la première affirmation peut parfois nous sembler acceptable, la seconde n'est jamais évidente. En fait, la seconde s'éclaire lorsque nous avons vécu la première. Et vivre la première consiste à trouver Dieu en soi.

            Je suis à l'image de Dieu signifie qu'en moi existe une part de divin, que je ne suis pas seulement un être de chair supérieur à l'animal par son intelligence, mais aussi qu'en moi s'ouvre les frontières de l'invisible.

 

"L'homme est un animal qui a reçu vocation de devenir Dieu."

Basile de Césarée

 

 

"Le grand architecte de l'univers conçut et réalisa un être doué des deux natures, la visible et l’invisible : Dieu créa l'homme, tirant son corps de la matière préexistante qu'il anima de son propre Esprit...Ainsi naquit en quelque sorte un univers nouveau, petit et grand à la fois."

Grégoire de Naziance

           

Cependant l'homme, image de Dieu, doit parvenir à la ressemblance. Seul le saint exprime Dieu en lui de manière visible. Les autres hommes, entraînés par leur matérialité, voilent la ressemblance. Ils cherchent Dieu à l'extérieur d'eux-mêmes et oublient de porter leur attention en eux. C'est pourtant en moi qu'est la frontière entre le visible et l'invisible.

            C'est pourquoi les Pères de l'église disent de l'homme tantôt qu'il est "microcosme" (Grégoire de Nysse), c'est-à-dire un univers à lui tout seul ; tantôt "macrocosme" (Maxime le Confesseur), car il dépasse le cosmos de toute sa grandeur d'image de Dieu.

 

        " Comprends que tu es un autre univers, un univers en petit, qu'il y a en toi soleil, lune, étoiles aussi. S'il n'en était pas ainsi, le Seigneur n'aurait pas dit à ses disciples : "Vous êtes la lumière du monde". Hésites-tu encore à croire qu'il y a en toi soleil et lune, quand on te dit que tu es la lumière du monde ?»

Origène

 

            Ceci nous annonce les luminaires du quatrième jour et proclame que chaque être humain est appelé à plonger en lui, à dévoiler l'univers en lui, pour se recréer et se découvrir être divin.

 

« ...Soumettez la terre, dominez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, le bétail et les bêtes sur la terre. »

 

            Dieu fait de l'homme le sommet du monde vivant. Comme l'animal, l’homme est créé et participe ainsi à la nature animale. Mais seul il est fait à l'image de Dieu. Il n’est pas appelé au statut de l'animal le plus évolué, mais à celui d’un être vivant différent, divinisable, qui ne peut s'accomplir que dans la réalisation de la part de divin qui est en lui. Désormais l'évolution du vivant, sa montée vers le divin ne se fera plus à travers les formes, à travers la diversité des espèces, mais à travers la manière dont l'homme va accomplir cette domination. C’est sa responsabilité devant le sacré : dans le respect de la création la conduire à sa réalisation.

            Ceci nous conduit à une autre compréhension de ce que Dieu attend de l'homme. La domination de l'homme sur le monde animal n'est pas seulement extérieure. Elle doit également être intérieure. L'homme doit dominer en lui la part animale. Il ne se révèle image de Dieu que lorsque cette domination est effectuée. Il est dit dans le texte que l'homme doit dominer :

. les poissons de la mer, c'est-à-dire l’inconscient ;

. les oiseaux du ciel, c'est-à-dire l'imagination, la rêverie, l'idéologie;

. le bétail, c'est‑à‑dire l'inertie, la paresse, l’indolence ;

. enfin les reptiles, forme la plus subtile de sa part animale, c'est-à-dire l'utilisation de son intelligence et de sa supériorité pour dominer par la ruse ou la force. Il s'agit du désir de devenir égal aux dieux par la connaissance, comme le dit le serpent de la deuxième genèse. 

 

« Je vous donne toutes les herbes portant semence et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture. »

 

Notons que Dieu ne donne pas à l'homme et aux animaux la même nourriture. A tout ce qui a souffle de vie, il donne pour nourriture l'herbe verte. A l'homme, il donne deux sortes de nourriture : toute herbe qui porte sa semence sur toute la surface de la terre (les graminées), et tout arbre dont le fruit porte la semence.

            Ici, la semence, nourriture spirituelle, c'est la parole de Dieu, c'est la manifestation de Dieu, extérieure à nous pour l'herbe et intérieure pour l'arbre. Dieu en effet se manifeste à l'homme de deux manières : dans le monde à travers les expériences qu'il fait et les événements qui lui arrivent, en lui lorsqu'il y porte attention. Nous pouvons même aller plus loin. Cette nourriture dont parle l'ancien testament, n'est-elle pas la préfiguration du nouveau testament et de l'eucharistie ? La semence, c'est le Christ, verbe de Dieu, qui est la vie.

            "L'homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais aussi de la parole de Dieu", disait Jésus. Et la parole de Dieu, c'était lui.

 

 

        " Voilà pourquoi, dans l'économie de la grâce, il se donne comme une semence à tous les croyants ; dans cette chair composée de pain et de vin, il se mêle à leur corps pour permettre à l'homme, grâce à l'union avec le corps immortel, de participer à la condition qui ne connaît plus la corruption."

                                              Grégoire de Nysse

 

 

 

 

            Quatrième et troisième jours

 

            Dans le ciel apparut le troisième jour, Dieu fait surgir les luminaires pour séparer le jour et la nuit. De même en nous, au‑delà des sens qui donnent une perception immédiate de ce qui nous entoure, existent l'intelligence et les sentiments pour nous guider dans notre conduite. Nous entrons déjà dans la compréhension intérieure de l'homme : le ciel, c'est l'âme humaine, les deux luminaires sont l'intellect et le cœur. Ce sont eux qui engendrent en nous la connaissance et l'amour. Mais ce n'est possible que par la purification de l'intellect et du cœur ; mieux, ce n'est possible que lorsque l'intellect et le cœur sont fondus dans une même attention à la source de l'être. C'est ce que la tradition hésychaste des orthodoxes appelle "la garde du cœur". Il s'agit pour l'homme qui se tourne vers son créateur, vers l'origine de lui-même, de rassembler son intelligence dispersée, jusqu'à la concentrer dans le cœur, organe principale de l'être humain physique et psychique, centre de la vie, lieu de l'âme, porte de l'esprit.

           

Ainsi pouvons-nous distinguer trois étapes dans la prière :

. la prière vocale, prière de l'homme extérieur ;

. la prière de l'intellect où l'homme discipline ses passions et son imagination ;

. la prière du cœur où l'intellect est unifié, ramené de la multiplicité à la simplicité et au vide, de la diversité à la sobriété. Cette prière de l'intellect dans le cœur fait naître la chaleur du cœur, signe que la prière est pure, spirituelle.

 

 

            Deuxième jour

 

L'homme pénètre alors dans les eaux du dessus, au-delà de l'âme frontière entre le visible et l'invisible, dans le lieu de l'esprit où brille la lumière originelle. S'oubliant lui-même, l'être humain franchit le pas de la véritable conversion, opère un retournement, une métanoïa. C'est ce qu'exprime Saint Augustin en décrivant son cheminement.

 

"Nous élevant par un désir de plus en plus brûlant, nous avons parcouru l'échelle de tous les êtres corporels jusqu'au ciel physique, d'où le soleil, la lune et les étoiles envoient leur lumière sur la terre. Puis nous sommes montés plus haut encore en pensant intérieurement à toi. Nous sommes ainsi parvenus à nos âmes et nous les avons dépassés pour atteindre cette région d'inépuisable abondance (...) où la vie est la sagesse même par qui a été fait tout ce qui est (...). Et tandis que nous parlions et que nous désirions intensément atteindre cette souveraine Sagesse, nous l'avons touchée un peu de tout un battement de notre cœur."

                            Augustin d'Hyppone

 

            Premier jour

 

 

" Lorsque l'âme est libérée du temps et de l'espace, le Père envoie son Fils dans l'âme."

                           Maître Eckhart

 

 

            Parvenu à ce que Saint Jean de la Croix appelle la nuit des sens, c'est-à-dire au-delà de toute image, l'homme reçoit la lumière. Le voile étant levé, Dieu se manifeste en lui. C'est en cela que le Christ est lumière du monde : médiateur entre Dieu et l'homme, il ouvre les portes de l'invisible.

 

"Afin de recevoir la lumière du Christ, il faut autant que possible se détacher de tous les objets visibles (...). Quand par de tels exercices l'esprit s'est enraciné dans le cœur, alors la lumière du Christ vient briller à l'intérieur, illuminant l'âme de sa divine clarté (...). Quand l'homme contemple au‑dedans de lui cette lumière éternelle, il oublie tout ce qui est charnel, s'oublie lui-même et voudrait ses cacher au plus profond de la terre afin de ne pas être privé de ce bien unique, Dieu."

                           Séraphin de Sarov

 

            Ce jour et cette nuit qui apparaissent le premier jour, ne marquent pas la fin de la temporalité. Il s'agit du jour et de la nuit de l'esprit, de ce qui se passe au fin fond de l'homme dans sa recherche de Dieu. Il est soumis aux affres de la lumière et des ténèbres. C'est la nuit obscure de la foi dont parle Saint Jean de la Croix. Là encore, malgré le degré de détachement atteint, le spirituel peut tomber : la lumière ou les ténèbres, Dieu ou le néant.

             Ainsi les sept jours de la genèse sont des étapes à franchir. Chaque étape implique une nouvelle compréhension de soi-même et de nos rapports avec Dieu et le monde. Le passage d'une étape à une autre est une épreuve, une nuit.

 

            Avant le premier jour

 

            La rencontre avec la lumière n'est pas un aboutissement, c'est un commencement. Auparavant l'homme errait dans le désert du monde pour trouver le chemin de ce qui est plus que lui-même. Il est maintenant sur le chemin, mais il doit le parcourir. Il entre alors dans la nuit obscure de l'esprit, au-delà de l'entendement, guidé uniquement par la lumière.

            "Aucune des connaissances humaines ne peut conduire à l'entendement immédiat de Dieu. Aussi, pour arriver à Dieu, avancer sans comprendre vaut mieux qu'avancer en cherchant à comprendre, et il est meilleur de s'aveugler et de se placer dans les ténèbres que d'ouvrir les yeux dans la pensée qu'on se rapprochera du rayon divin.

 

« C'est encore pour cette raison que la contemplation dans laquelle l'entendement reçoit l'illustration divine, est appelée théologie mystique, c'est-à-dire connaissance secrète de Dieu, car elle reste cachée même à l'entendement qui la reçoit."

Saint Jean de la Croix

 

"Abandonne les sensations, renonce aux opérations intellectuelles, rejette tout ce qui appartient au sensible et à l'intelligible, dépouille-toi totalement du non-être et de l'être et élève-toi ainsi jusqu'à t'unir dans l'ignorance avec Celui qui est au-delà de toute essence et de tout savoir. Car c'est en sortant de tout et de toi-même (...) que tu t'élèveras dans une pure extase jusqu'au rayon ténébreux de la divine Suressence, après avoir tout abandonné et t'être dépouillé de tout."

Denys l'Aréopagite

(théologiemystique)

 

            Alors l'homme parvient au terme de la décréation. Il découvre l'être de son être. Il n'est plus. En lui, est celui qui est. La dualité s'efface, l'homme se découvre divin.

 

"Qui est Dieu ? Je ne puis penser à une réponse meilleure que celui qui est. Rien n'est plus approprié à l'éternité qu'est Dieu."

Saint Bernard

 

" Mon Moi est Dieu, et je ne reconnais d'autre Moi que mon Dieu lui-même."

Catherine de Gênes

 

"Je suis allé de Dieu en Dieu, jusqu'à ce qu'ils eussent crié, de moi, en moi : O toi moi."

Bayazid de Bistun

 

"L'individu est un pouvoir d'être de l'éternel, un pouvoir conscient et éternellement capable de relations avec Lui, mais Un aussi avec Lui au centre de la réalité de son existence éternelle. Cette vérité, l'intelligence peut la saisir (...) mais c'est seulement en l'esprit que cette vérité peut être entièrement réalisée, vécue et devenir un fait. Quand nous vivons en esprit, non seulement nous connaissons, mais nous sommes cette vérité de notre être."

                            Sri Aurobindo

 

 

23/04/2011

Rien n'est fixe, tout est mobile

 

Rien n’est fixe, tout est mobile. Le monde est en perpétuelle évolution. Alors pourquoi l’homme n’aspire-t-il qu’à la stabilité ? Les mondes minéral, végétal et animal se satisfont de ce mouvement perpétuel, car ils ne font qu’un avec elle. L’homme seul souffre de l’instabilité.

Il n’y a qu’en l’homme qu’existe le goût de l’éternité. C’est la part du divin, la petite lueur de l’esprit qu’il possède au fond de lui qui le fait aspirer à la paix éternelle. Sur terre, dans son corps, l’homme ne peut trouver la paix complète. La grâce par moments peut lui donner un aperçu de ce qu’elle est, mais seuls de rares êtres peuvent l’acquérir définitivement après une longue lutte. L’acceptation du mouvement, du changement permanent, est indispensable. C’est la condition nécessaire pour réaliser sa vie.

Chaque jour l’homme part en recherche et cette recherche lui fait progressivement percevoir en lui un pont au-delà du mouvement. C’est la porte étroite, la lumière qui existe en lui. C’est par ce point qu’il existe et que la vie lui est donnée. Il lui appartient alors, étant allé au fond de lui-même, de faire de ce point le centre de son être.

 

L’ensemble du cosmos est une projection de la pensée du créateur. Ce globe même est un rêve objectivé de Dieu, qui a puisé toutes choses dans son Esprit, de même que l’homme, au cours du sommeil, reproduit et anime sa propre création avec ses propres créatures.

Lahiri Mahâsaya

 

 

 

22/04/2011

Transition

 

Revenir aux fondamentaux, le cercle et le carré, et quelques intermédiaires, et les laisser s'enchevêtrer en glissements impliquant la profondeur du temps.

 

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21/04/2011

Plage des Vosges

 

Place des Vosges ou plutôt plage des Vosges, où nombreux sont les promeneurs qui s’installent couchés, retirant leurs espadrilles, ôtant le haut, pour les hommes du moins, certains abaissant même leur pantalon jusqu’à moitié du caleçon. Quelques femmes, jeunes de préférence, se dressent en soutien-gorge noir, comme s’il s’agissait d’un maillot. Farniente…

 

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Les uns, en rond, parlent en gesticulant. Les autres, solitaires, laissent reposer leur tête sur un sac à main débordant de rouge à lèvres et autres crèmes. D’autres encore, assis ou plutôt soutenus par les bras tendus reposant sur le sol légèrement en arrière du buste, contemplent la foule, l’air tantôt intéressé, tantôt perdu dans leurs pensées.

Des mères de famille, poussant leur Maclaren d’une main, soutenant de l’autre un enfant qui vacille sur ses jambes torses, font deux ou trois tours de la pelouse avant de reprendre le chemin du macadam.

Certains, précautionneux, boivent à même une petite bouteille d’eau, la rebouchant ensuite, pour, très vite, à nouveau, la déboucher, boire une gorgée d’eau, puis la reboucher.

 

 

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Un homme, torse nu, assis jambes écartés, téléphone d’un air conquérant, le coude sur le genou, l’autre bras tombant le long du corps comme une branche morte. Avance majestueux un homme grand, la tête haute, tenant sa veste sur son bras replié. Il passe au milieu des gisants comme un étranger, dédaigneux et solitaire.

Deux adolescentes, le jean déchiré, fument alternativement une seule et unique cigarette, se souriant, les yeux dans le vague, jusqu’à l’instant où l’une d’entre elles se brûle les doigts. Alors elles s’allongent, les seins hauts, comme des odalisques.

Plus loin, noyé dans la foule, un pseudo-sportif canari, vêtu d’un short et d’un maillot plus jaune que le citron, pose en bombant le torse, agitant des bras frêles avec beaucoup d’énergie. Ses cuisses blanchâtres méritent le soleil de l’après-midi. Seul son crâne est véritablement protégé par une casquette, jaune évidemment, comme une glace au citron débordant de son cornet.

Trois jeunes filles jouent aux cartes, discutant entre elles de leur jeu, poussant quelques jurons, les pieds nus, le verbe haut. Puis, lassées, deux d’entre elles s’étendent tête bêche, la dernière poursuivant une partie de carte en rêvant.

Et l’eau coule aux quatre fontaines, apportant un chant d’air frais, le flot ruisselant de la vasque principale par des gargouilles à tête de lion, pour en bas devenir perles étincelantes dans le bassin. Un pigeon, perché sur la margelle, boit, inclinant l’ensemble de son corps presque à la verticale vers le bas. Pas facile pourtant de boire ainsi.

 

 

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Plus loin, la stature des hôtels de la place dresse en rouge et blanc, derrière les arbres taillés au carré, un décor immuable depuis plusieurs siècles, sans cependant paraître désuet. Les vieux glissent le long de leurs murs cachés sur les arcades, à la recherche de l’ombre. Seuls les conversations, les rires, la cataracte du flot des fontaines troublent un silence brouillardeux, fait d’un tremblement de l’air et du mouvement des voitures circulant autour de la place.

 

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Seul horizon, les toits à forte pente, hauts comme des chapeaux, alignés comme à la parade, neuf par côté, contenant deux étages, le dernier habité ou non selon les maisons. Au-delà des cheminées, dominantes et variées, le ciel bleu, pur, troublant d’uniformité, avec un petit nuage passant d’est en ouest dans une pâleur diffuse.

 

 

20/04/2011

Existence

 

Il n’y a pas de joie dans la platitude, dans l’horizontalité de la vie. Ne cherche pas à aplanir le sol devant toi, car on n’aplanit que dans le renoncement. C’est devant l’obstacle que tu créeras ta joie. Si tu peux le surmonter, et beaucoup sont surmontables, escalade-le à la force de tes muscles, de ton intelligence et de ta volonté. S’il est insurmontable, apprends à le contourner dans la plénitude. C’est en passant d’un sommet à un autre que se trouve la joie et non en suivant les courbes de niveau de l’existence.

 

Il y a des larmes de joie. Celles-là, ne les sèche pas, mais fais-en un ruisseau où tu te baigneras chaque jour. Et tu attendras que le soleil te sèche.

 

 

19/04/2011

Dans le désert vert de la terre

 

Dans le désert vert de la terre

Se dresse une silhouette macabre,

Croix aux os décharnés,

D’une  ligne à haute tension.

Ses bras étendus

Laissent sur le sol

L’ombre de ses doigts

Qui tiennent, ô fragile poids,

Les rênes de la civilisation.

 

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18/04/2011

Noire et blanche

 

Noire et blanche, peut-être verte,

Une main caresse le ciel

Et les étoiles et Mars et Pluton,

Soleil aux cinq rayons

Qui réchauffe la neige de longs bras

Courbés sur l’espérance de la vie.

 

Elle perd parfois ses doigts un à un

Au fil des paroles

Qu’elle lance solitaire aux nuages

Qui s’enfuient à ses provocations.

 

Seuls, quatre petits monts

Témoignent du bon plaisir de la nature

Et se penchent vers le lac de leurs reflets.

 

Une main, toute une vie

Racontée sur une ombre.

 

 

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17/04/2011

Les cahiers d’André Walter, d’André Gide

 

André Walter, dont les cahiers ne sont pas seulement le journal de ses pensées, mais aussi de sa sensibilité, de ses souffrances et de ses joies, est ce personnage mythique que tout écrivain invente à ses débuts, imprégné de ses pensées et de sa sensibilité. Il est à la fois l’endroit et l’envers d’André Gide, adolescent ne sachant encore de quel côté pencher (il hésitera d’ailleurs longtemps), vers une complaisance envers lui-même ou un durcissement de lui-même.

Imparfait certainement dans le style et la pensée, le livre n’en décèle pas moins une surprenante sensibilité, certainement trop grande, car elle devient une obsession, pour un auteur qui n’a pas vingt ans. Ce n’est pas encore le style volontaire et dépouillé des nourritures terrestres, qui, bien qu’empreintes d’une même sensibilité, vibre plus dans sa simplicité.

 

16/04/2011

L'aleph

 

Aleph : Lieu où se trouvent, sans se confondre, tous les lieux de l’univers, vus de tous les angles.

La nouvelle de Jorge Luis Borges, auteur argentin, intitulée l’Aleph, décrit une histoire banale entre l’auteur et un écrivain présomptueux et vain dont le seul travail n’est pas dans la poésie, mais dans l’invention de motifs pour rendre la poésie admirable. Celui-ci prétend détenir sa brillance d’une maison lui appartenant qui doit être démolie. Dans la cave de celle-ci se trouve un Aleph qui lui donne l’inspiration, une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part. « L’aleph est la première lettre de l’alphabet de la langue sacrée. Pour la Cabale, cette lettre signifie le En Soph, la divinité illimitée et pure. »

Le dessin représente Borges, installé dans la cave par Carlos Argentino Daneri, le bibliothécaire-écrivain, et sa vision de l’Aleph, petite sphère aux couleurs chatoyantes qui répand un éclat presqu’insurmontable. Les yeux entassés à droite de l’auteur, suggère que chaque chose est vue de tous les points de l’univers.

 

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Borgès est avant tout un métaphysicien. En tant que poète, il tend vers le but principal de toute poésie, c’est-à-dire la transmutation de la réalité palpable en réalité intérieure et émotionnelle. Mais sa métaphysique n’est pas que littérature. Elle est d’abord expérience de l’angoisse, angoisse de l’irréalité du monde des apparences.

De poète, Borgès devint auteur de nouvelles métaphysiques, avec trois grands sujets : le dédoublement (non d’une personne par un double identique, mais de deux personnes opposées ou complémentaires), le voyage dans le temps et la propagation du rêve dans la réalité.

« Sous les métaphores de ces récits se cache finalement une conception idéaliste de la réalité, une métaphysique profondément enracinée dans les expériences obsessives de l’écrivain en tant qu’homme. La multiplicité des masques ramène ici à l’unité d’un seul être, l’auteur. » (E.R. Monegal, Borgès par lui-même, 1970, éditions du Seuil)

 

 

15/04/2011

Le veilleur, qu'est-il ?

 

Le veilleur, qu’est-il ?

Celui qui succombe à la tentation de l’insomnie

Ou celui qui refuse l’achèvement nocturne de l’existence ?

L’un est passif et s’en relève difficilement.

L’autre est volontaire et activiste.

N’y a-t-il pas d’autres choix ?

 

Eveillé cette nuit, j’ai su l’état de veilleur

A la perspicacité de ma vision au réveil.

Il n’y a plus qu’à se lever, déambuler,

Puis partir à la découverte de l’envers,

Cet au-delà des sens diurnes,

Pour aboutir à cette absence de moi

Qui me dit plus que tout ce que je suis.

 

Devenu pellicule transparente,

Je tâte le monde par le vide qui m’emplit,

Et je jouis de cette odeur d’infini

Qui m’enivre et me transporte

Loin du cercle oppressant des pensées.

Echappé de l’esclavage du quotidien,

Je ne suis plus et je suis tout.

 

Ce ressourcement derrière la réalité

Existe-t-il réellement ?

Au fond, je ne le sais.

Mais je sais néanmoins que ces instants d’aspiration,

Ou d’expiration si vous le préférez,

Sont l’inspiration heureuse de chaque jour.

 

Le veilleur se surveille,

Tend vers l’absence

Pour se découvrir pleinement,

Cosmétique du cosmos.

 

 

14/04/2011

Patchouli ou les désordres de l’amour, pièce d’Armand Salacrou (1899-1989)

 

« Ce n’est pas une pièce de jeunes, c’est la pièce de la jeunesse. », a dit Jean Giraudoux de Patchouli. Oui, le propre de la jeunesse est bien de se poser milles questions et d’essayer de réaliser le rêve qu’elle s’est faite de la vie. Ce n’est que lorsque le rêve n’exalte plus que l’on devient adulte, pensent certains, avec tous les soucis que cela comporte puisque l’espoir s’est assoupi.

Ecoutons comment l’auteur, Armand Salacrou, définit Patchouli. « Il ne sait rien, pas même exactement qu’il n’est pas heureux. Il va l’apprendre. Puis, il ira à la recherche de son bonheur. Il n’a vécu que dans un rêve. Un jour, il voudra vivre dans la vie, mais se sera pour réaliser son rêve. Il lui semble que choisir, que délibérément écarter un sentiment, c’est fausser le problème et qu’on a trop beau jeu. Il met tout en question. Il ne sait pas se contenter d’un sentiment. Il lui faut le rattacher à un autre, jusqu’au dernier qui est le sentiment de son existence, de sa vie. »

Le sujet est grave, c’est la recherche de l’amour véritable ; ce que Patchouli trouvera, non pas matériellement, mais par raisonnement de ses sentiments. Il cherche avant tout à en être maître et il va s’efforcer de faire naître en lui les sentiments de l’amour par la raison. Il n’y arrivera pas, il ne vivra pas l’amour, mais il arrivera à le comprendre en s’incarnant dans le personnage d’un prince qui s’est, paraît-il, tué d’amour pour une comtesse. Il comprendra qu’en réalité le prince ne l’aimait pas, qu’il n’avait pas assez peur des femmes pour les aimer. Car telle est la conclusion de la pièce : aimer, c’est avoir peur de que l’on aime.

Il ne s’agit pas ici d’engager une discussion pour donner une réponse à la question et décider si l’amour c’est la crainte. Il s’agit de vivre avec Patchouli sa vie, sa recherche et sa découverte. Les critiques n’ont pu le faire. « Le rôle d’un auteur est un rôle assez vain. C’est celui d’un homme qui se croit en état de donner des leçons au public. Et le rôle des critiques ? Il est bien plus vain encore. C’est celui d’un homme qui se croit en état de donner des leçons à celui qui se croit en état de donner les leçons au public. » Voilà ce que pense Salacrou des critiques. Un critique ne devrait avoir le droit que de juger de l’adaptation de la pièce et non de décider par lui-même si la pièce est bonne ou mauvaise. C’est à chacun d’écouter vibrer en lui celle-ci et ce n’est pas à un seul d’avoir un cœur pour tous. Peut-être cela vient-il du public lui-même qui est rarement capable d’écouter battre son cœur et qui veut entendre battre celui du critique pour aller écouter battre le sien au théâtre. C’est là un des torts de notre civilisation où tout fonctionne par l’information et la contre-information. Si l’on affirme assez haut les choses, la majorité vous croît, que vous ayez raison ou tort. Or les critiques ont la voix qui porte. Après l’échec de Patchouli, Dullin fait passer dans les journaux d’énormes placards de publicité avec une seule phrase : « Je crois à Patchouli. Charles Dullin. »

Ce qui fait le charme de la pièce, ce n’est pas tellement le thème en lui-même, c’est la façon de le présenter avec poésie, lyrisme, jeunesse. La lecture laisse rêveur et suggère mille questions. C’est bien là sa profondeur.

Salacrou sait nous montrer l’homme à la recherche de sa vie. Comme le dit Patchouli : « Je veux tenter ma vie ! »

 

 

13/04/2011

Méditation de Genèse 1 : du 1er au 7ème jour (suite de Genèse du 29 mars)

 

 

               "La plus belle et la plus profonde émotion que nous puissions expérimenter est la sensation mystique. C'est la semence de toute science véritable. Celui à qui cette émotion est étrangère, qui n'a plus la possibilité de s'étonner et d'être frappé de respect, celui-là est comme s'il était mort. Savoir que ce qui nous est impénétrable exige réellement, et se manifeste à travers la plus haute sagesse, la plus rayonnante beauté que nos faibles facultés peuvent comprendre seulement dans leur forme la plus primitive, cette connaissance, ce sentiment, est au centre de la vraie religion."

Albert Einstein

 

 

 

 

Avant le premier jour

 

* Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre

 

Ce commencement qui nous semble à l'évidence le commencement des temps, est une mauvaise traduction du mot hébreu "bereshit". Le latin "in principio" et le grec "arche" traduisent mieux le sens intemporel du terme hébreu.

Certains exégètes considèrent ce premier verset comme un résumé de ce qui va suivre. Saint Augustin considère quant à lui qu'il s'agit du premier acte créateur, un acte qui se situe hors du temps. Manifestement, ce ciel et cette terre ne sont pas notre ciel et notre terre, créés aux 2° et 3° jours.

 Ce commencement ne marquerait-il pas l'apparition de deux états, de deux possibilités d'être en dehors de l'Etre unique de Dieu. Le premier état serait céleste, divin, mais distinct de Dieu ; le second, évolutif, étant seul imaginable à l'homme. Ce commencement serait donc une limite conceptuelle au‑delà de laquelle la pensée humaine ne peut pénétrer.

Admirons la profondeur du texte en notant que ce premier verset pose en premier lieu le caractère fondamental de notre monde : la dualité. Nous évoluons dans un monde dualiste où rien n'est concevable sans oppositions, différences, changements, impermanence. La pensée humaine elle-même ne peut être qu'en raison de ce caractère dualiste. Au‑delà de la dualité, il n'y a plus de pensée.  

                   

  * La terre était informe et vide

 

Ce verset est sans doute le plus fascinant du récit. Il conduit la pensée jusqu'à sa limite : l'absence de quelque chose. Certains diront qu'il s'agit du néant. Ne serait-ce pas plutôt un état virginal. L'univers, ou ce qui sera l'univers, est vierge. Ce sont les eaux primordiales entourées du néant. C'est l'apparition d'un état qui va permettre à un monde nouveau d'être. L'Esprit de Dieu est là, veillant sur cette nouvelle possibilité d'être avant même qu'elle ne soit. Sans ce souffle divin, les eaux ne seraient pas. Cependant les eaux et le souffle divin sont distincts.

 

 

  

Premier jour

 

Dans cette possibilité d'être que sont les eaux primordiales, Dieu va faire surgir la lumière, premier état matériel de l'univers.

 

 Avant la théorie de la relativité restreinte d'Einstein, les savants avaient décrit l'univers comme le contenant de deux éléments distincts, la matière et l'énergie. Einstein a montré, dans la célèbre équation E = mc2, que la matière est de l'énergie et que l'énergie est de la matière.

 Deux cosmologistes, l'abbé Lemaitre, un jésuite belge, et l'américain Gamow, donnent comme origine à l'univers un prodigieux et unique atome primitif, sorte de noyau de feu fait de pure énergie. Ainsi, la lumière, ou l'énergie, serait bien à l'origine de l'univers. C'est à partir de cet événement que l'espace, le temps, la matière vont pouvoir exister.

           

 Notons aussi que la physique moderne a mis en évidence que la vitesse de la lumière est la plus haute vitesse possible dans l'univers et la seule constante universelle. Sa vitesse ne varie pas en fonction du cadre espace-temps (équation de la transformation de Lorentz).

           

 Enfin remarquons que les savants n'ont encore pu déterminer la nature même de la lumière. Celle-ci, à l'expérience, se révèle tantôt corpusculaire, tantôt ondulatoire. En fait ce sont les conditions de l'expérience, l'observateur lui-même, qui crée le résultat du phénomène observé. Nous sommes ici à la limite des possibilités d'appréhension de l'homme. Celui-ci, spectateur et acteur dans l'univers, est prisonnier de lui-même. Sa raison ne peut aller au‑delà de ce qui constitue les bases de sa propre existence.

Ce premier jour, c'est le big-bang, proposé en 1927 par le chanoine catholique belge Georges Lemaître. Cette théorie de l’expansion de l’Univers fut ensuite mise en évidence par Edwin Hubble en 1929. Consultez les sites consacrés au big-bang et à la première photo de l'univers:

 

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 From : http://fr.wikipedia.org/wiki/Big_Bang

 

     

 Deuxième jour

 

Qui, en regardant le ciel un soir d'été, n'a jamais été saisi par le spectacle angoissant et fascinant de l’univers ? Fugitivement l'être entier se laisse pénétrer par l'immensité de l'espace, par l'inexorable écoulement du temps, par la froideur de la matière stellaire. Empli d'humilité, l'homme entrevoit les limites de la pensée, du savoir, en raison même de sa dépendance cosmique.

 

 Ce deuxième jour est celui où Dieu pose le cadre de notre monde : cadre conceptuel dans lequel la pensée va pouvoir s'exercer, cadre matériel qui est l'univers. Séparant les eaux du dessus des eaux d'en dessous, Dieu limite l'univers et en fait quelque chose de fini, un système propre à lui-même, se développant selon ses lois propres. Après avoir fait apparaître l'énergie et par là la matière originelle, il la limite dans l'espace et par là dans le temps.

 C'est encore Albert Einstein qui, dans la théorie de la relativité générale, mit en évidence que l'univers pouvait être décrit comme un "continuum à quatre dimensions" : l'espace (à trois dimensions), le temps (quatrième dimension) et la masse sont indissociables. Toute réalité existe la fois dans l'espace et dans le temps, et les deux sont inséparables. L'espace est simplement l'ordre de relation des choses entre elles. Si rien ne l'occupe, il n'est rien. En d'autres termes, sans matière, pas d'espace. Et de même que l'espace est seulement un ordre possible des objets matériels, de même le temps est seulement un ordre possible des événements.

 

L'univers se définit donc par la masse de matière qu'il contient. Cette masse originelle reste fermée sur elle-même, immense courbe cosmique close. Dans cet univers, il n'y a pas de lignes droites, seulement de grands cercles, et l'espace, quoique fini, est sans limites.

 

Une bulle de savon ridée à la surface en est peut-être la meilleure représentation. L'univers ne se trouve pas à l'intérieur de la bulle de savon, mais à sa surface, et nous devons toujours nous souvenir que, tandis que la surface de la bulle de savon a deux dimensions, la bulle de l'univers en a quatre, trois dimensions d'espace et une dimension de temps. La substance à travers laquelle la bulle a été soufflée, la mousse de savon, n'est qu'un espace vide. De plus, les observations astronomiques ont montré que toutes les galaxies de l'univers s'éloignent les unes des autres à des vitesses considérables comme si la bulle de savon grossissait en permanence.

 

Voir : http://ciel.science-et-vie.com/2010/07/05/lunivers-entier...

 

 

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Photo de l'univers prise par le satellite Planck.  Depuis sa lointaine orbite, parallèle à celle de la Terre, à 1,5 million de km d’ici, le télescope spatial de l’Agence spatiale européenne (ESA) vient tout juste d’achever la première partie de sa mission : scanner le ciel entier avec son télescope.

   

Enfin, cet univers fini n'est pas seulement une limite matérielle pour l'homme. Il représente également une limite conceptuelle, c'est à dire qu'il limite la pensée qui ne peut fonctionner que dans le cadre espace-temps-objets.

 

Jean E. Charron, auteur d'une théorie unitaire de l'univers, fait apparaître trois niveaux successifs d'appréhension du monde qui nous entoure :

- Le connu, qui s'appuie sur l'observation (méthode phénoménologique), mais qui ne peut faire abstraction de l'observateur. Son langage dit objectif s'appuie sur la notion d'objets.

- Le réel, qui est une généralisation du connu permettant d'accéder à une description de la nature indépendante de l'observateur. Son langage est symbolique. Ainsi la géométrie est le langage approprié à une description de l'univers.

- Enfin, ce n'est pas parce que l'on décrit l'univers au moyen de la géométrie que l'univers est de la géométrie. Ce qu'est l'univers, nous n'en savons rien. Nous n'en connaissons que l'image rationnelle que s'en est faite l'intelligence rationnelle. On ne peut savoir "ce qu'est l'univers" que par intuition, et, par définition, l'intuition est personnelle, donc ne peut constituer les éléments d'une science. Elle ne peut s'exprimer, se faire partager, qu'à l'aide d'un langage symbolique qui ne donne qu'une description et non ce qui "est".

 

  

 Conclusion

A chacun de poursuivre au‑delà cette méditation : apparition de la vie végétale, puis animale, enfin de l'homme. Elle nous a conduits de l'origine du monde à l'homme. Nous avons vu que le problème de l'appréhension de cette origine est moins matérielle que conceptuelle : la pensée rationnelle, fondée sur la dualité, ne peut aller au‑delà d'une certaine frontière. Le monde englobe l'homme ; l'homme, en tant qu'être matériel, est inséparable de l’univers ; il ne peut donc en franchir les limites.

 

 

         En appendice et à titre de curiosité sur ces réflexions qui ne sont pas nouvelles, empruntons ces dix propositions aux "Commentaria en scripturam sacram", de Cornélis Cornelissen von des Steen (1567-1637), jésuite belge, professeur d'écriture sainte à Louvain, puis à Rome.

 

1. Le monde des corps n'est pas éternel, car il a été créé par Dieu au commencement des temps.

2. Toute la création n'a pas eu lieu en un moment, mais elle s'est parfaite peu à peu dans les ères successives.

3. Le premier état de la terre était chaotique.

4. Le premier phénomène dans notre monde fut une grande lumière, ou un feu.

5. La loi que Dieu s'est imposée en créant le monde, c'est que les choses les plus simples et imparfaites apparussent d'abord et que les plus parfaites et complexes se produisent ensuite.

6. La terre, qui plus tard devait apparaître comme sèche et commencer à se couvrir de verdure, a émergé des eaux.

7. Pendant quelque temps, il n'y eut sur terre nulle vie, ni végétale, ni animale.

8. Les plantes terrestres ont émergé avant que les êtres nageant, rampant, marchant, eussent animé les eaux, l'air et la terre.

9. Les mammifères ne sont nés qu'après d'autres animaux moins parfaits et tandis que déjà les eaux grouillaient d'animaux divers.

10. La création de l'homme marque la fin du règne animal.

 

 

 

 

 

12/04/2011

Parabole soufie

 

Ecoute une parabole soufie :

 

Un homme frappe la nuit à la porte de sa bien-aimée. Elle demande de l’intérieur : « Qui est-ce qui frappe ? » Il répond : « C’est moi ». « Va-t-en », répond-elle avec dureté. Furieux et déçu, il s’en va.

Il essaie d’oublier sa bien-aimée en se livrant aux plaisirs du monde. Il n’y arrive pas. Il sent un vide immense et au bout de quelques années, il se tient à nouveau devant la porte de sa bien-aimée. Elle demande à nouveau : « Qui est-ce qui frappe ? » et il répond une fois encore : « C’est moi ». Et la dure réponse tombe à nouveau : Va-t-en ». Mais elle ajoute cette fois-ci une parole énigmatique : « Pourquoi ne trouves-tu pas le mot qui me ferait t’ouvrir ? »

Il se retire abattu, mais non pour aller au monde, mais vers la solitude. La sagesse grandit peu à peu dans son cœur, son amour se fait moins passionné, mais plus profond. Cet amour le conduit, maintenant paisible et humble, encore une fois jusqu’à la maison de sa bien-aimée. Il frappe doucement. Elle demande : « Qui frappe ? » Il répond silencieusement : « C’est toi ! » Et la porte s’ouvre immédiatement.

 

 

Le soufisme est un mouvement mystique apparu au VIIIème siècle dans l'islam. Initialement né dans l'orthodoxie sunnite, il a également influencé les chiites. Les soufis se sont organisés en confréries fondées par des maîtres spirituels. Chaque soufi se rattache à une "chaîne" qui représente sa généalogie spirituelle, grâce à laquelle il est relié par différents intermédiaires au Prophète.

Selon les soufis, toute existence procède de Dieu et Dieu seul est réel. Le monde créé n’est que le reflet du divin : "L’univers est l’Ombre de l’Absolu". Percevoir Dieu derrière l’écran des choses implique la pureté de l’âme. Seul un effort de renoncement au monde permet de s’élancer vers Dieu : "L’homme est un miroir qui, une fois poli, réfléchit Dieu". Le Dieu que découvrent les soufis est un Dieu d’amour et on accède à Lui par l’Amour : "Si tu veux être libre, sois captif de l’Amour".

 

11/04/2011

Un dimanche matin

 

On y pense déjà la veille, sans le dire, moutonnant en soi-même un plan ou plutôt des interrogations : trainasser dans son lit en lisant un bon livre, se lever tôt pour aller courir loin et longtemps, faire du rangement dans les notes accumulées ? Et puis, l’on se dit que ce n’est que samedi et le samedi reste fébrile bien qu’on ne travaille pas. Alors, on verra demain.

Et le lendemain arrive. Comme tous les matins, on ouvre un œil, on regarde dormir l’amour de notre vie et soudain, on se dit que c’est dimanche, jour spécial, qui peut en un instant virer de l’ennui à l’intérêt, de la solitude à la réunion de famille, du cocon maison aux foules anonymes. Mais pour le moment, le nez enfoui sous le drap, l’œil clair malgré tout, l’on se demande que faire ou même comment ne rien faire.

Alors, on se lève, doucement, et on va à la cuisine, préparer un café : mettre de l’eau fraiche dans le réservoir, ajouter le filtre de papier, puis laisser couler de la boite au cratère de la cafetière le sable brun-noir jusqu’à ce que l’on juge qu’il y en a trop. Alors, avec une cuillère, remettre un peu de poudre dans la boite, jusqu’à ce que l’équilibre soit trouvé, jamais vraiment en équilibre, mais plutôt dans l’attitude fallacieuse des enfants qui estiment qu’ils en ont fait assez et qu’il faut passer à autre chose. Puis, on regarde par la fenêtre et comme celle-ci donne sur l’est, les premières lueurs du jour apparaissent. Les gargouillis de la cafetière viennent troubler cette contemplation et rappellent ce besoin vital, le matin, de boire un breuvage chaud, au goût défraichi parfois, ou même un peu écœurant lorsque la veille le repas fut prolongé. On revient vers la cafetière qui déjà a déversé son arôme dans l’air de la cuisine, envahissant peu à peu le salon, sans cependant atteindre la chambre où dort encore l’aimée. On se verse une tasse de café, on y ajoute un peu de lait et on boit en regardant le jour se lever.

C’est décidé, grasse mate jusqu’à 10h, les pieds sous la couverture, le livre sur le ventre, pendant que l’aimée se rendort dans le creux de votre épaule. Je me laisse aller à la rêverie imposée par la lecture, l’imagination galopante, le corps écrasé sur le lit, là où je l’ai posé quelques minutes auparavant. Une heure ? Déjà !

Le charme est rompu par la remarque. Partir, prendre la voiture et rouler où bon nous semble, c’est-à-dire n’importe où, en ayant cependant ausculté la carte et longuement discouru sur une promenade dont le seul but est de nous décharger de la responsabilité d’une occupation culturelle ou intellectuelle en un dimanche comme les autres, sous un ciel gris et tiède. S’habiller, déjà ? La moitié de la matinée s’est à peine écoulée que le ressort est de nouveau tendu, prêt à être déclenché pour remettre en route la machine humaine, la faire active et vivante.

Qu’elle était bonne cette matinée où ne rien faire signifie se laisser faire !

 

 

10/04/2011

Gisant

 

On a tort de sourire du héros qui git en scène, blessé à mort et qui chante un air au théâtre. Nous passons des années à chanter en gisant.

Frantz Kafka, Lettres à Milena (Posthume, 1952)

 

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09/04/2011

Je suis la préhistoire

 

Je suis la préhistoire, l’histoire des histoires

On m’écrit sans majuscule

 Mais je possède la tendresse des renoncules

Je ne vis pourtant que le soir

Lorsque la lune montre ses quartiers

Aux yeux effrayés du hibou malchanceux

Qui se branche sur les oliviers

Je n’ai pas plus de raison d’ailleurs

Que la taupe au cri caverneux

 

 

08/04/2011

Ballade pour piano et orchestre, de Gabriel Fauré

 

From : http://www.ina.fr/audio/PHD07008833/gabriel-faure-ballade-pour-piano-et-orchestre.fr.html

 

Le piano introduit le thème et l’énonce en rythmant la ballade de la main gauche d’une manière cadencée comme les pas d’un promeneur sur un chemin de terre et pour qui l’orchestre serait le motif de la rêverie, le paysage de paix et de douceur en parcourant le cheminement des images du cerveau.

L’orchestre joue aussi le rôle de catalyseur de la sensation pour entraîner le piano dans une rêverie plus prolongée et irisée comme la pluie qui tombe goutte à goutte sur la surface lisse de l’eau, la violant d’ondes multiples, mais lui donnant la consistance d’une matière palpable.

Il s’agit bien d’une ballade, d’une promenade pourrait-on dire, reposante, dans sa première partie, plus agitée dans la seconde, comme une course d’enfants dans la campagne, dévalant les prés vers une rivière qui court et s’échappe dans le lointain. Le paysage à l’horizon est fait de forêts mystérieuses, mais tendres, au point que l’on a envie de les caresser. Parfois, la ballade est une marche lente, comme si le promeneur s’arrêtait pour regarder le paysage, s’emplissait les sens de bienfaits rayons qui l’enchantent. Puis, le rythme reprend d’une marche, parfois course, vers la liberté retrouvée d’un jour d’été quand les fleurs essaiment encore les prés et que les bourdons s’en donnent à cœur joie pour recueillir leur suc.

 

 

07/04/2011

Palais Royal

 

Brouhaha habituel des jardins publics : cris d’enfants, conversations d’adultes, raclement des pieds ferrés des chaises sur le sol, titillements sonores des jets d’eau du bassin qui se meuvent en corolles blanches de différentes hauteurs, foisonnement de couleurs et de sons qui donnent l’ambiance insolite de ce jardin enserré entre les galeries du palais édifié pour le cardinal de Richelieu, qui devint ensuite résidence royale puis lieu d’agitation révolutionnaire, pour, après un nouvel intermède royal, recevoir le Conseil d’Etat.

 

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Passage le long des galeries, où un magasin de gants fait étalage de sa marchandise diversifiée, mains mortes pendant dans le vide ou mains dressées comme un sceptre héraldique. 

 

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Les promeneurs passent à pas lents, concentrés sur leurs chaussures, faisant crisser le gravier à chaque nouvelle enjambée. Ils errent sans but, avec pour seul plaisir un regard au soleil qui passe près des toits. Certains discutent entre eux, calmement, posément, comme un club d’intellectuels sur une question épineuse. Chacun passe à côté du bouquet fleuri éclairé par le soleil de printemps.

 

 

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Assis en rond autour de la fontaine, les uns et les autres vaquent à leurs occupations. L’un, lunettes noires couvrantes, les pieds sur la margelle du bassin, téléphone d’un air entendu à un mystérieux correspondant. L’autre lit, dans la même position, un foulard autour du cou, lunettes noires également, la chevelure abondante obscurcissant son visage. En fait, je le découvre avec un temps de retard, c’est une femme. Je l’ai perçu à son geste, féminin malgré tout, bien qu’elle porte la tenue unisexe, blue-jean et tennis. Un autre encore, un homme, c’est certain, toujours dans la même pose, les pieds sur la margelle, jambes tendus, à moitié allongé sur sa chaise, les mains croisées sur le ventre, semble dormir. Il écoute de la musique, ouvrant parfois un œil, peut-être même les deux, les rayons du soleil luisant sur son crâne rasé. Quatre jeunes filles installent leurs chaises à proximité, en uniforme, collants noirs et tennis rouges, le haut leur laissant l’initiative de l’improvisé, chacune d’elles sirotant une boite d’aluminium contenant un jus de citron plus jaune que la normale.

 

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Jeu de reflets de la fontaine dans le rayonnement du soleil, l’eau montant et descendant au gré d’un ordonnateur invisible, s’égrainant à mi-hauteur en mille perles étincelantes avant de retomber sous le poids de la pesanteur. Au pied de ces jets d’eau, la surface bleuissant du bassin se pare de mousse argentée piquetée d’éclaboussures semblant sortir de sa profondeur comme la lave à la surface d’un volcan laisse éclater des bulles de gaz dans lesquelles se noie le regard. Le reste du bassin, par le jeu de la bise et du soleil, est couvert de nénuphars virtuels, bleus clairs, presque gris, flottant sur l’eau et scintillant de légèreté. Le vent parfois projette quelques gouttelettes sur la margelle, jusqu’à couvrir le visage d’une très légère brume qui rafraichit les idées et ramène à la réalité.

 

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Immuable, rien ne bouge autour du bassin, comme immobilisé dans une béatitude intemporelle. Si, cependant ! La femme unisexe s’est métamorphosée en une autre femme ou jeune fille, également unisexe, mais chaussée de boots montant aux lacets jaunes. Même attitude, même foulard enserrant le cou, juste les cheveux moins proliférants, mais lisant également un livre semblable posée sur ses cuisses allongées.

 

Lentement le soleil descend, rase une première cheminée, puis une deuxième, pour progressivement s’éteindre derrière le toit plat. Il est l’heure de quitter ce moment d’observation et de vagabondage de l’esprit. A regret, je me lève et pars, sans un regard sur le collier de perles du bassin.

 

 

06/04/2011

Il rêvait de paysages sublimes

 

Il rêvait de paysages sublimes,

De grottes sonores et vierges,

De sommets aux émotions douloureuses,

De vallées apaisantes et fragiles,

De canyons rupestres et désertiques,

D’oasis endolories et charmeuses,

De collines chaleureuses et tièdes,

De plages alanguies et iodées,

De ruisseaux débordants et glacés,

De cratères cuisant et soupirant,

De forêts brumeuses et assourdies,

De plaines ouvertes, attendrissantes,

Où se noie le regard hébété

Des vieux et des plus jeunes,

Jusqu’au moment ignoré

Où tout ceci s’éteindra

Pour se concentrer sur le rien

Qui deviendra le tout

L’unique, la fin,

Le commencement,

L’incommensurable délire

De jours sans fin

Et de nuit sans sommeil.

 

Repose maintenant

Dans l’aurore qui se lève,

Etends tes membres endoloris

Dans le souffle du matin,

Trouve l’herbe odorante,

Pose ta joue sur la pierre ronde,

Et, les yeux ouverts,

Le cœur à vif,

Les doigts de pied croisés,

Endors-toi dans tes rêves d’enfant,

Jusqu’à l’anti-instant

Où la vie bascule,

Et se perd dans l’infini.

 

 

05/04/2011

Les chants de la messe catholique romaine

 

Le concile Vatican II publia en 1967 une Instruction de la Sacrée Congrégation des Rites sur la musique sacrée dans la liturgie. Cette instruction précisait le degré de participation des fidèles au chant et émettait un certain nombre de recommandations. Depuis, beaucoup de celles-ci ont été ignorées et le chant liturgique, en particulier en France, s'est malheureusement tourné vers la musique profane et populaire, c'est-à-dire la musique de variété. Ce n'était pas la volonté de Vatican II. Le dommage est grand. C'est à peu près comme si l'on avait rasé les cathédrales et églises anciennes, sous prétexte de modernité, pour ne plus accepter que les églises de béton.

 

Cliquez sur  -->     Les chants de la messe catholique romaine.pdf

 

 

04/04/2011

Prânâyâma

 

Prânâyâma est un terme sanskrit constitué des deux mots énergie (prana) et vitalité (ayama). Il signifie retenue du souffle de la respiration pour contrôler sa santé physique, émotionnelle et mentale. Le souffle lave le corps des impuretés accumulées dans la vie quotidienne. Il atténue l'impact émotionnel par la prise de recul. Il vide le mental de ses pensées permanentes qui s'entrechoquent. Il révèle l'esprit qui signifie souffle (spiritus) et donne accès à l'invisible.

Ce dessin à l'encre de Chine tente de mettre en évidence la réalité du prânâyâma : allégement du corps et du mental par la pratique contrôlée de la respiration sous la conduite d'un maître.

 

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03/04/2011

Jeune Finlandaise, de Sonia Delaunay (1907), au centre Pompidou

 

Est-elle réellement jeune ? Son corps d’adolescente le laisse supposer, mais son visage est marqué par la vie. Inquiète, elle se croise les mains, mais garde les bras tendus. Son corps bleu reste chétif alors que son visage, en grande partie rouge, semble presqu’enflé. On pourrait penser à un visage africain hormis ses lèvres trop fines. Visage disproportionné par rapport au corps. Elle regarde au loin, sans réelle expression. Aucun décor, fond ou paysage ; simplement un bleu de Prusse, plus foncé au bas du tableau comme pour suggérer un banc.

 

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Et pourtant ce tableau est beau, sans doute par ses contrastes, entre le fond et le personnage, entre le corps et la tête, entre le bleu et le rouge, comme si le personnage était éclairé par un soleil couchant qui l’inonde de lumière par le côté. Les couleurs, insolites pour un corps humain, donnent à la jeune fille une beauté irréelle, comme une fleur offerte au milieu du désert. Perdue dans sa contemplation, elle apparaît fragile, avec cependant une force intérieure cachée que suggère son attitude.

 

Sonia Delaunay est une adepte de la couleur pure qui remplace le dessin, devient dessin. Avec son mari, Robert Delaunay, ils fondent en 1911 un mouvement pictural, l'orphisme, ainsi dénommé par Guillaume Apollinaire. Ce mouvement se caractérise par l'utilisation de couleurs vives associées en formes géométriques dans toutes sortes de supports, peinture sur toile, céramique, textile, etc. Dans un de ses meilleurs tableaux orphiques, « prismes électriques », la couleur est toujours là, vive, tranchante, les cercles concentriques donnant l’illusion d’un regard face à face avec l’éblouissante lumière des ampoules électriques jusqu’à ce que l’œil pleure du trop plein de luminosité.

 

 

 

Sonia Delaunay - Prismes Electriques.JPG

 

From : http://beaubourg2010.blogspot.com/2010/05/sonia-delaunay-prismes-electriques-1914.html

 

 

 

 

 

02/04/2011

Merci à vous, passants d’un jour

 

Merci à vous, passants d’un jour,

Pour votre indifférence fébrile

Et vos pensées perdues.

Je peux marcher sans peine,

Sans arrachement difficile

Dans la cité virtuelle

Des avatars déjantés, mais sereins,

Courant au devant d’un autre lui-même

Pour finir le soir endormi sur la table

Des images luisantes d’un moniteur.

 

Merci à ceux qui passent

Sans voir la lente remontée

Des hébergeurs échevelés

Au lendemain des heures

Où dorment les malins dodus.

 

Merci aussi à toi,

Initiateur irréel et magique,

D’excursions abruptes et échevelées,

Dans les chambres fermées

Où d’étranges silhouettes

S’épanchent sans vergogne.

 

Adieu, vous qui m’avez donné

Idée de ces mondes délirants

Où l’homme redevient,

A l’égal des rois au pouvoir estimé,

Le seul propriétaire de rêves indolores.

 

Mes voyages s’arrêtent faute de courant.

Ce matin le maître de l’électricité

A coupé l’énergie qui m’alimente

En visions fantasmagoriques.

Plus rien ne me conduit

Vers les cieux glorieux de l’imagination.

« Dors », me dit-on, ou encore, « réveille-toi ».

 

 

01/04/2011

Circulaire

 

Telle une rose mécanique, elle s'ouvre en perspective inversée, s'épanouissant à l'extérieur et se concentrant à l'intérieur, en recherche d'un équilibre stable entre les oppositions.

 

 

dessin