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31/03/2019

Un samedi après-midi parisien

Nous avions marché longuement, échaudés par l’après-midi ensoleillé. Le printemps montrait sa tendresse, ouvrant les pores de la peau, obligeant à cligner des yeux de trop d’éclats. Sortis du métro aux pâles lueurs de l’électricité, nous étions bercés d’une chaleur languissante et bienvenue qui comblait notre désir de transparence. Nous avions plongé dans le monde des objets et du désir instinctif et humain de possession. Tout nous poussait à observer chacun d’eux d’un air de ne pas y toucher, des plus chatoyants au plus anodins. Mais ce qui nous attirait le plus était les livres, quels qu’ils soient. Les lignes dansaient, les images ronronnaient, les couvertures flamboyaient. Ouvrir une à une ces pages défraichies, déchiffrer les histoires qu’elles racontent, faire remarquer au marchand la reliure qui se détériore et, finalement, acheter le volume parce qu’il vous rappelle un jour lointain où vous aviez lu pour la première fois l’histoire drolatique de Jules Romain intitulée Les copains. Vous vous êtes plongés dans les Illustrations jaunies aux images de guerre et vous êtes dits que les fantaisistes batailles des gilets jaunes n’ont rien à voir avec une vraie guerre et son cortège de malheurs.

Puis vint le moment d’une certaine lassitude, d’une fatigue montant des pieds, d’une langueur dans le corps et d’un rêve de s’arrêter au bord d’une rivière, à l’ombre des arbres et des bruits. D’ailleurs, vous aviez terminé la lente remontée du boulevard. Il ne restait plus qu’un revendeur de l’autre côté du croisement. Un homme et une femme, assis à une devanture de café, se levèrent à côté de vous. Ils étaient installés face au soleil et leurs places vous parurent si enviées que vous vous assîtes aussitôt sans réfléchir. Un bistrot dans la rue, une table encombrée de verres sales, des voisins qui parlaient haut et fort. Peu importe, seul comptait ce calme soudain survenu qui détendait le corps et apaisait l’esprit. Il y avait pourtant du bruit, le passage des flâneurs à la recherche de l’objet rare, l’arrêt et le redémarrage des voitures et motos bruyantes au feu vert. Mais dans le rayon de soleil au travers des arbres qui vous frappait su le front procurait une telle joie qui rien ne vous aurait fait bouger de cette place enviable. Nous nous laissâmes entrer dans ce nirvana, sans un mot, sans hésitation, avec une tendresse amoureuse propre au parisien du dimanche, relâchant tous les muscles, nous enfonçant dans la nuit lumineuse du repos, attentif au moindre tremblement de l’être qui sévit au fond de nous-mêmes.

C’est fini. La magie s’estompe, le soleil s’affaisse derrière les maisons du trottoir d’en face, les bruits deviennent plus audibles et transpercent les tympans, les voisines qui fêtent l’enterrement de la vie de « jeune fille » (hum ! Elle a au moins trente-cinq ans) de l’une d’entre elles, chapeau de clown sur la tête, sourire obligé aux lèvres, joie subtilement étendue sur le visage, se lèvent. Alors nous nous levons aussi, traversons le boulevard, quêtons un dernier frisson chez l’unique brocanteur s’étant installé là, achetant un livre de poèmes illustrés qui nous rappellera cet instant magique  et hors du temps que nous avons vécu cet après-midi-là.

17/01/2018

Le cimetière du Père Lachaise (2)

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Des passages champêtres creusés à la charrue dans la verdure qui est pourtant rare à Paris:

 

 

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Et même des visions montagnardes comme une coulée de lave dans l'exubérance du vert.

 

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Toutes les époques sont représentées: le gothique

 

 

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L'antique

 

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les pleureuses

 

 

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les gros bras

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La sculpture impressionniste

 

 

 

alors ce monde miniature est bien la représentation d'un réel imaginaire, celui d'une éternité calme, mais pittoresque derrière laquelle se couche un soleil qui réchauffe les vielles âmes.

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16/01/2018

Le cimetière du Père Lachaise (1)

Entrée dans ce lieu étrange par une porte dérobée, au bout d’une ruelle bordée de petites1-IMG_6201.JPG maisons. Montée des escaliers gardés par une petite maisonnette de briques. Quel calme, malgré les promeneurs. Peu de bruits, les rayons du soleil rasent IMG_6199.JPGles monuments disparates, les arbres s’élèvent entre les tombes, parfois même prennent racines sur elles. Le minéral devient humain sous la forme de pierres taillées sur lesquelles s’inscrivent un nom, une prière ou un éloge.

 

 

On plonge dans le passé, celui des guerres mondiales,

 

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celui des luxueux logements des grands bourgeois du XXème siècle,

 

 

 

 

 

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celui de familles entières entassées dans ces murs de maçonnerie, faisant face à l’éternité dans leur concession à perpétuité.

 

Combien sont émouvants ces figures qui ne subsistent que dans la mémoire intime de quelques parents encore vivants.

 

 

Alors, pour mieux marquer leurs présences, certains s’entourent d’œuvres d’art subtiles :

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des bas-reliefs…

 

 

 

 

 

    Des mosaïques…

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02/10/2015

TGV

Je suis près de la porte du compartiment. C’est un va et vient incessant. La vitre reflète l’intérieur de la voiture et même l’extérieur que je regarde défiler tout en conservant le regard sur la porte. Au-delà, le couloir, les toilettes qui s’ouvrent parfois et laissent une lumière jaune rayonner. Le couloir est sombre, mais je vois une femme un téléphone à la main, parlant en souriant à son interlocuteur.

Ah ! Un intervenant. Oui, il entre dans notre histoire, la main sur la poignée de porte coulissante. Il est grand apparemment, cravaté, mais une cravate trop petite qui se bat les flancs sur un ventre un peu trop gros. Son pantalon laisse voir ses chevilles, quelle indécence. Il est passé. Je n’ai pas eu le temps de voir réellement son visage.

Le ver continue son chemin, se glissant entre les pieds de vignes, entre les collines, dans les vallées obscures et débouche sur l’autre versant, hilare, mais moins sûr de lui, plus discret, à l’image de la différence entre l’est et l’ouest.

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30/09/2015

Colmar, mardi après-midi

Vent et soleil, mélange détonant
Le cheveu en bataille, la peau desséchée
Vous marchez entre les rangs de vigne
Où quelques rares raisins restent accrochés

Vous visitez l’exposition « Le voyage en Orient »
Visages de bédouins chrétiens, de turcs chafouins
Architecture embrouillée sur un sol sans végétation
L’eau n’y est présente que par l’aridité des oueds

Les voix… isolées… retentissantes… douces pourtant
Une place sans un bruit où passent des fantômes
Et parfois une jeune fille pédalant vigoureusement
Evitant chaises et tables en attente de clients

Les carrés de chaleur où le soleil évolue discrètement
Sont enviés des personnes âgées en recherche de douceur
Elles passent, se tenant par le bras, boursoufflées de rides
A l’image de leur passé : rieur, envieux, chagrin

Vous poursuivez votre errance, étonné et curieux
Vous croisez des visages, évitant les corps
Vous contemplez la voûte de la cathédrale
Vous vous asseyez là… heureux… sans pensée…

13/03/2015

Galerie Vivienne

Au cœur de Paris, près de la bibliothèque nationale et de l’Ecole des Chartes, se trouve la galerie Vivienne.

« Luxueux passage couvert construit, en 1823, selon les plans de l'architecte François-Jean Delannoy, la Galerie Vivienne est inscrite aux monuments historiques en 1974. Sur 176 mètres de long et sous une lumière zénithale qui illumine le sol de mosaïque d'époque, s'affichent des boutiques au luxe raffiné. » (http://www.galerie-vivienne.com/la-galerie-r21721.html)

«P1040479 Paris II galerie Vivienne entrée rwk» par Mbzt Travail personnel. Sous licence CC BY 3.0 via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:P1040479_Paris_II_galerie_Vivienne_entr%C3%A9e_rwk.JPG#/media/File:P1040479_Paris_II_galerie_Vivienne_entr%C3%A9e_rwk.JPG »

 

 

 

Deux autres entrées donnent l’impression d’un terrier enfoui entre les immeubles. Et on y est bien, comme dans un cocon !

 

 

 

 

Les pas résonnent sur une mosaïque turlupinée que l’éclairage naturel illumine.

 

 

 

 

Des recoins permettent au promeneur de s’assoir pour passer un moment. Même les élèves d’une école de dessin viennent ici pour apprendre la perspective. Il y a de quoi faire.

 

 

Enfin, quelques boutiques originales donnent à l’ensemble un air de fête. 

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Allez donc passer quelques instants dans cette galerie qui garde tout le charme du XIXème siècle. S’il n’y a pas trop de monde, vous pourrez vous prendre pour un poète ou un musicien renommé qui ont hanté ce beau passage. Cela vous inspirera.

01/02/2015

Lisbonne

En moins de deux heures vous changez de vie. Du stress de la vie parisienne à l’indolence des bords du Tage. C’est un changement d’ambiance imperceptible cependant. Ici, on a le temps, celui d’errer, de rêver, de créer. Aucune urgence ne viendra vous déranger. Alors vous vous laissez aller. Certes vous ne perdez pas vos habitudes. Se lever dans la nuit, regarder par fenêtre dans un silence de sourd. Jamais une voiture ne passera dans la rue encombrée. Vous laissez divaguer votre pensée au fil des pas d’une promenade sans but. Vous passez de palais sublimes et d’églises prolifiques aux refuges misérables.

Lisbonne reste à l’image du tremblement de terre de 1755 : une vallée profonde dans laquelle s’engouffra le tsunami, noyant sous ses flots furieux ceux qui avaient échappé à la destruction des immeubles, une ville où la richesse côtoie la maigre existence du petit peuple. Sa beauté tient à cette avancée sur le Tage, où la place du Commerce  s’élargie dans une contemplation des eaux sages où passent d’immenses navires qui dominent les immeubles.

Usons donc nos pas dans cette ville d’escaliers où on se tord les chevilles et on glisse sur les pavés blancs.

13/07/2014

L'aquarium du Trocadero à Paris

Est-ce vraiment un aquarium et non un trou du diable ? Certes, l’entrée est avenante, mais on descend, on descend et on descend toujours plus bas, sous terre, dans le noir, pour mieux faire ressortir les fonds marins et ceux qui les habitent.  Les architectes qui ont construit ce lieu nous plonge dans le monde du silence par l’ambiance. Peut-on parler de silence d’ailleurs. Cris des enfants : « Oh ! Maman, regarde ! » Et réponse des parents : « Ne va trop près ! ». Mais, miracle, on ne les entend plus au bout d’un moment. On s’isole et l’on se plonge dans les profondeurs d’une eau chaude et bleu. On remue le bassin, on gigote des pattes, on ouvre un œil maussade, on donne un coup de nageoire pour s’éloigner d’un intrus qui vient pérorer à nos côtés. On fait un clin d’œil à la murène, un signe d’amitié au pageot rose, on jette un regard craintif au squale effilé qui se profile derrière le rocher. On ouvre la bouche en cadence, pour respirer, les poumons emplis d’eau. On sent même l’odeur aigre de la grande raie guitare qui vient vous effleurer le dos du bout de son aile et qui repart lentement, insensible au charme qu’elle vous a fait.

Première grande halte, les calanques de Cassis, grandioses : une grotte sortie des contes de Pagnol, environnée d’ombres glissant dans le liquide bleu. On distingue les énormes mérous, passifs et s’imposant d’eux-mêmes, les castagnolles aux petites rayures dorées, les coquettes rouges, le Crénilabre commun (peut-être, mais qui le connaît si bien ?). On sent la chaleur de la Méditerranée : pourquoi n’a-t-on pas amené notre maillot de bain ?

Un détour au cinéma avec les scientifiques qui devisent avec force conviction sur le sexe des anges, non, des poissons… 

Entrée dans l’eau des Outre-mers. Drôle d’appellation. Ce pourrait être également d’outre-tombe, car l’on descend progressivement dans les entrailles de la terre. On admire les poissons typiques des  Caraïbes et leurs fantastiques colorations qui proviennent de l'exposition importante et soutenue au soleil, un bronzage naturel dû à la faible profondeur des eaux lagunaires. On y voit le poisson papillon, le Gramma royal bistré, bleu à la tête et jaune à la queue, le sergent major aux rayures de zèbre, le chirurgien bleu à l’œil jaune.

Et l’on descend, suffoquant de la chaleur de volcan qui s’échappe des grilles d’aération, car il faut bien respirer malgré tout. Passage au "bassin caresses" où chacun peut toucher les carpes koï et les ides peu farouches. Les enfants s’en donnent à cœur joie, relevant leurs manches, se trempant le haut des bras, agitant leurs petites mains en tous sens. Certains adultes ne peuvent résister et font de même avec un sourire enchanté qui donne envie à ceux qui n’osent pas d’essayer ces caresses affriolantes. Retour à l’enfance, au temps des deux pieds dans l’eau, sautant pour éclabousser tout le monde, y compris soi-même.

Autres bassins et aquariums avec des fantômes aux formes et aux couleurs étranges. Ils sont nombreux et fastidieux à décrire. Enfin, on arrive au grand bassin après avoir traversé une multitude de bazars plastiques sous forme de Play mobil qui n’attire personne, même pas les enfants qui viennent voir la vie qui est plus palpitante, même sous-marine.

Ce bassin est immense et peuplé de créatures effilées, glissant dans l’onde comme l’oiseau vole dans l’air : requins gris, à pointe noire, requin-chabot, requin-zèbre indolents. Ils se déplacent lentement, mais d’un coup de queue se propulsent à l’autre bout de l’espace, en un instant. Oui, c’est vrai le temps diminue quand la vitesse augmente. On n’est pourtant pas près du mur de Planck ! Bizarrerie de la nature ! Ah, voici la grande raie qui plane lentement et creuse son ombre sur le roc, effrayant les Pompaneaux lune, argentés et majestueux. Après la contemplation de ce volume d’eau impressionnant, peuplé d’animaux extraordinaires, rien d’autre ne peut nous intéresser. Aussi est-on poussé vers la sortie avec un passage obligatoire dans le grand bazar où il n’y a pas grand monde pour sortir quelques billets supplémentaires. Sortie des méandres du volcan, dans un Paris ensoleillé. Le grand bassin des jets d’eau nous rafraichit fort heureusement.

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Ce n’était pas le grand bleu, mais ce fut un moment agréable reposant, méditatif si l’on s’abstrait des cris et des humains qui dénotent dans ce paysage aquatique.

L’on se prend à rêver être poisson. On retrouve ses jambes à la sortie. C’est moins palpitant qu’une torsion du buste pourse déplacer.

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C'est vrai, n'oublions pas ! Le 21 juillet...

18/06/2014

La grande cascade du bois de Boulogne

Côté pile, la campagne… ou plutôt le bois ou les bois. Calme, platitude et sérénité. Quelques silhouettes déambulent autour de la pièce d’eau sur laquelle quelques canards cherchent une vaine nourriture. Il fait bon à l’ombre des grands arbres. On s’endormirait facilement en regardant ces scintillements à la surface, les ondulations argentées en perpétuel mouvement, ces reflets palots de la majesté des arbres puissants qui s’élèvent autour des rebords du lac. Calme, platitude et sérénité.

Mais j’étais arrivé côté face, face à la cascade située à un grand carrefour. Impressionnante et harmonieuse. Au fond, une immense grotte enrochée, surmontées de cèdres qui donnent une hauteur supplémentaire. C’est une anfractuosité à deux étages. Du second coule la cascade en un rideau de gouttelettes d’argent qui tombent sur les roches baignant dans l’eau d’une autre pièce d’eau que côté pile. On pourrait être dans les Rocheuses aux Etats-Unis ou encore au Liban. Seul le bruit incessant des voitures nous rappelle la proximité de la capitale. Alors, bouchons-nous mentalement les oreilles et poursuivons cette promenade dans un autre siècle.

Côté intérieur, il est possible de descendre au bord de l’eau, derrière la chute dans un étroit boyau qui sent la verdure pourrissante des roches éclaboussées. Je suis l’acteur face à son public (les voitures tourbillonnantes sur le carrefour), isolé, éperdu de présence.

Un dernier coup d’œil avant d’enfourcher ma monture et de rejoindre la civilisation non civilisée.

« La Grande cascade du Bois de Boulogne a été aménagé en 1856, sous le Second Empire grâce à des rochers en grès amenés depuis Fontainebleau. La nappe d'eau provenant d'un plan d'eau tombe de 7,50 mètres. Napoléon III, afin d'agrémenter ses haltes au bois, fait construire le Buffet de la cascade en 1857. Agrandi pour l'exposition universelle de 1900, il adopte un décor Belle Epoque. Endommagé pendant les bombardements, le pavillon est démoli vers 1950. Il est remplacé par le restaurant actuel de la Grande Cascade au style “rétro-moderne”. »

(http://paris1900.lartnouveau.com/paris16/bois_de_boulogne/la_grande_cascade.htm)

08/04/2014

Est-ce vrai ?

Cette photo (rephotographiée) se trouvait au 104 (Le CENTQUATRE-PARIS,  5 rue Curial 75019 Paris). Je ne me souviens pas quelles explications étaient données, mais elle me fit rêver. 

Pierre était un grand marcheur. Il adorait sortir en fin d’après-midi de son appartement, après s’être réconforté d’un sandwich et d’un verre de bière au retour du travail. C’était sa récompense d’une journée bien remplie. Peu lui importait qu’il pleuve, qu’il y ait du soleil ou même qu’il neige. Il partait et visitait la ville, jour après jour, jusqu’à en connaître les moindres détails. Il avait bien sûr exploré les nombreuses caves qui communiquaient entre elles par des tunnels et qui débouchaient sur d’immenses salles avec d’énormes piliers. Elles avaient été creusées quand il y avait eu, au XIXème siècle, un besoin important de pierres pour construire les immeubles. La pierre de gypse y était également exploitée, emplissant ces grottes artificielles d’une épaisse couche de poussière blanchâtre dans laquelle les pas s’enfonçaient. Il aimait marcher sans bruit dans ces couloirs sans fin, découvrant de nouvelles excavations, des blocs taillés et jamais extraits et même, au coin d’un tournant, de petites sculptures anodines faites par un carrier en mal de création. Il lui arrivait également d’explorer les toits de la ville. Il montait les escaliers d’un immeuble jusqu’à l’accès au toit par une lucarne qui s’ouvrait sur le ciel. De là, il marchait pendant des heures, montant ou descendant des échelles, sautant parfois une ruelle étroite pour poursuivre dans un autre quartier sans jamais remettre les pieds à terre. Il explorait aussi les jardins, petits ou grands. On y trouve toujours des coins inconnus, insoupçonnés du grand public que seuls les employés municipaux utilisent pour se reposer, boire un coup ou même faire une petite sieste après le repas.

Mais ce jour-là il marchait le long des trottoirs, dans les rues fraiches, mais pas trop, d’une soirée de mai. Rien ne semblait vouloir apporter une surprise dans cette flânerie sans but, dans le simple plaisir de sentir ses jambes aller et venir comme un métronome bien réglé. Le temps était nuageux, mais sans trop. Les personnes qu’il croisait parlaient entre elles ou se pressaient de rentrer dans leurs appartements. Aucun signe d’insolite ou de nouveauté n’apparaissait dans cette promenade tardive. Il lui restait deux heures avant que le soleil ne se couche et il se laissait aller en songeant à sa journée. Arrivé au bout de la rue qu’il suivait, dans une de ces carrefours assez rares en forme de T, il prit à gauche sans attention particulière. Le paysage changea subitement. Il se trouvait au bord d’un parc, voire même d’une campagne implantée dans la ville, dans une rue montant légèrement et dominée par une colline. Il y avait peu de passants, mais ceux vaquaient à leurs occupations sans souci. Tout était naturel. Il croisa un jeune garçon chaussé de patins à roulettes qui descendait en se laissant glisser. Au loin quelques personnes devisant suivaient le trottoir. Ils rentraient du travail. Une voiture descendait de la rue, à allure modérée, le conducteur un coude sur sa vitre ouverte, écoutant une musique pas trop bruyante, respirant l’air du soir. Rien ne semblait vraiment différent jusqu’à ce qu’il s’aperçut que les maisons n’étaient que des façades, droites, minces, raides, qui montaient dans le ciel et semblaient tenir debout par miracle. Derrière la porte d’entrée rien que la campagne, une grande prairie fauchée, verte, dans laquelle on avait envie de se coucher et de flemmarder. Quelle drôle de rue pensa-t-il sans encore comprendre l’illogisme de cette architecture urbaine. Il continuait à avancer de son pas entraîné, montant vers le jardin, heureux d’avoir découvert un nouveau havre de paix qu’il pourrait explorer plusieurs jours de suite. Certaines façades semblaient des logements, mais toutes les fenêtres étaient fermées et vides d’habitants. D’autres semnlaient plutôt des bâtiments techniques, voire même des sortes de petites usines. Aucun personnel ne se montrait, mais tout semblait normal, conforme à l’heure tardive, après la sortie des bureaux. Il fut cependant frappé par le silence qui régnait dans cette partie de la ville. Les sons étaient étouffés, la voiture passa près de lui avec un très léger ronronnement, pas de cris d’enfants, pas de ce brouhaha urbain qui est le lot de toute les cités. Un calme ouaté, comme le ralenti d’une musique que l’on devine, mais que l’on n’entend pas encore. Il continuait à monter vers la colline, pas à pas, avec cette démarche habituée au grand trajet, comme un automate bien réglé, sûr de lui, à l’aise dans ce paysage nouveau qui ne l’inquiétait pas encore.  Passant devant une façade, il poussa la porte d’entrée. Elle s’ouvrit avec d’un maigre grincement. Elle donnait sur une petite entrée, avec un escalier et même un ascenseur. Montant quelques marches, puis un étage, il regarda par la fenêtre. Du vert, de l’herbe, de la terre, un chat marchant sur la pelouse. Il monta encore un étage et soudainement fut frappé par l’absence de portes sur chaque palier. Un arrêt dans la montée de l’escalier, une fenêtre ouverte sur cette campagne urbaine, rien d’autre. Il redescendit dans une demi-obscurité et regagna la porte d’entrée. Rien ne semblait anormal. Il la tira et se trouva à nouveau dans la même rue comme s’il sortait de chez un ami après avoir devisé et bu un verre. Mais il n’y avait rien qu’un vide caché, inaccessible et oppressant.

Il se sentit brusquement fatigué. Il ne parvenait plus à respirer correctement et avançait avec peine. La montée devenait plus raide, plus laborieuse. Les maisons semblaient se pencher vers la rue, laissant voir leur arrière nu, vide, ouvert sur les parterres. Il eut un léger malaise. Il ne comprenait plus cette irruption dans un quartier inconnu, dans lequel les maisons n’étaient que des façades, les piétons des spectres. Même l’herbe lui semblait trop vertes, les trottoirs trop macadamisés, les lampadaires allumées trop étincelants, les arbres de la colline trop jaunies alors que l’on était au printemps. Etait-il tombé dans une faille du temps ? Il se souvint avoir lu une telle histoire, un déni de réalité faisant irruption dans le cours habituel des événements sans crier gare. Il dut s’assoir par terre, sur la marche d’une porte, le visage transpirant. Il ouvrit son blouson, respira fortement, puis ferma les yeux et s’endormit. La ville autour de lui continuait à vivre, au ralenti certes, mais rien ne semblait extravagant, ni même objet de curiosité pour les quelques promeneurs de cette soirée de mai.

24/10/2013

La galerie Véro-Dodat

DéserEntrée.jpgte, mais splendide, aux boutiques regorgeant d’objets rares, chers ou insolites, la galerie Véro-dodat est une curiosité parisienne, précieuse et bien peignée.

L’entrée est discrète, en particulier dans la rue Jean-Jacques Rousseau. L’autre est plus grandiose de par ses statues qui surmontent le portail.

L’impression de profondeur est donnée par les carreaux de marbre noirs et blancs. On a presqu’envie de se laisser glisser sur les fesses jusqu’à l’autre bout, comme dans un toboggan. La symétrie avec la verrière en fait presqu’une œuvre d’art optique : quelle ligne de fuite parfaite !

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Le plafond de verrière possède cependant quelques peintures du siècle dernier, romantiques comme le reste.  34942688.jpg

 Vous entrez dans un salon aux vitrines strictes, taillées dans le bois et un alliage de cuivre. Elles sont magnifiques, petites fenêtres arrondies en haut, portes somptueuses, éclairages de boules suspendues au-dessus de chaque porte.

Et chaque boutique est souvent un trésor de présentation, parfois d’objets inutiles, comme abandonnées, à la manière des romantiques du XIXème siècle. On s’attend à voir sur un lit de repos une créature rêveuse, pas tout à fait endormie, ni non plus entièrement réveillée. Mais le bruit des pas d’un passant résonant sur le carrelage vous ramène à la réalité : le vide d’un désert grandiose peuplé de cadavres exquis conservés dans leur bocal de verre. 

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Des friandises, bien sûr, ou des produits de beauté 

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Et même des jambes dans tous les sens 

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17/04/2013

Eurydice mourante, de L. Nanteuil

La galerie Colbert, rue Vivienne, ainsi dénommée parce qu’elle fut, à ses débuts, propriété de la famille du même nom, est splendide de néo-classicisme.

« Dans la première moitié du XIXe siècle, le quartier, profitant de l’animation des cafés, commerces et maisons de jeu du Palais-Royal, change de dimension : la rue Vivienne prolongée jusqu’aux grands boulevards assure désormais le lien avec ce secteur en développement. Il devient un des lieux privilégiés d’implantation des passages couverts, nouveaux espaces, à la fois publics et privés, offrant aux piétons des chemins protégés et aux marchands de nouveautés des vitrines. Les galeries Colbert et Vivienne constituent le premier maillon du réseau de passages qui relient le Palais- Royal au boulevard Montmartre. Sans raccourcir le chemin, elles permettent d’éviter les encombrements de la rue Vivienne, une des plus fréquentées de la capitale, ainsi que la boue et les crevasses qui sont alors courantes. » (Source : http://www.inha.fr/spip.php?rubrique273).

Elle abrite l’Institut National d’Histoire de l’Art (INHA). Elle est souvent déserte, alors que sa voisine, la galerie Vivienne, est un lieu de passage et d’achats.

 

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 Sous la grande verrière, au centre de la rotonde, se tient une reproduction d’Eurydice mourante, mais encore bien en vie puisqu’elle se tient debout. L’original est au Louvre et en marbre. Elle émeut d’être là, seule dans cette galerie déserte, n’ayant plus la force de lever la tête vers cette verrière qui donne sur le ciel bleu.

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Son sculpteur est Charles-François Lebœuf dit Nanteuil ou Lebœuf-Nanteuil, né à Paris en 1792. Il est l'élève de Pierre Cartellier (1757-1831). Son marbre, "Eurydice mourante", réalisé à Rome en 1822 et présenté au Salon de 1824, est acheté par le roi pour le jardin du Palais Royal. A l'exposition de 1827, Lebœuf-Nanteuil obtient la médaille d'or de première classe. Il reçoit de nombreuses commandes pour Paris, notamment le fronton de Notre-Dame de Lorette, les bas-reliefs situés au-dessus des portes du péristyle du Panthéon et plusieurs sculptures pour la décoration du Louvre.

En aviez-vous entendu parler ? Et pourtant, elle est belle cette Eurydice. Elle n’a pas le corps parfait tel qu’on l’entend actuellement, mais elle a la grâce de sa pose et la singularité de son attitude. Statue classique, elle donne néanmoins une impression de modernité indéfinissable. Allez la voir, cela lui fera plaisir !

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18/05/2011

Au fil des boutiques : La Maison Fabre

 

Les jardins du Palais Royal sont entourés de boutiques diverses, certaines vieillottes, d’autres trop modernes pour le décor, d’autres encore en perpétuel changement de propriétaires, enfin quelques unes insolites, comme la Maison Fabre, au 128, boutique de gants, extraordinaires de profusion et d’ingéniosité dans la présentation de leurs appareils à cinq doigts que l’on enfile gracieusement pour être élégant lors d’une occasion chic, pour avoir chaud dans ses extrémités, pour pratiquer des travaux réputés sales (mais ce n’est pas le genre de la boutique !), enfin pour se faire plaisir en toute occasion un soir de déprime quand l’alcool ne suffit pas.

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Il y a des gants dont la raideur du support fait penser aux épouvantails que l’on croise parfois, de moins en moins, dans les champs pour éloigner les oiseaux. Mais là, il s’agit d’attirer le client en faisant contraster le support rigide et neutre de son gris uniforme avec le velouté, la brillance d’un cuir de première qualité. Vous remarquez bien sûr qu’il manque le pouce dont la dissymétrie par rapport aux autres doigts choquerait ici le regard, c’est pourquoi ces gants semblent si élégants dans leur amputation discrète, mais réelle. Mains rouges pour les mariages, assorties avec un chapeau que l’on tient du bout des doigts ne serait ce que pour faire remarquer l’harmonie qu’il possède avec ces gants magnifiques,  mains jaunes pour le sport (carton jaune, évidemment), mains bleus pour les conversations affables en ville entre dames ou avec des messieurs, dans un lieu appelé bistrot qui fait plutôt penser aux salons de ces hôtels du style de « L’année dernière à Marienbad », enfin mains brunes des promenades dans les bois un après-midi de campagne lorsque le chien tire la laisse et vous oblige à marcher-courir sans relâche.

 

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D’autres gants sont alignés comme à la parade, formant des compagnies entières, massives, en arrière-fond des présentations plus originales mises en valeur par la sobriété de la quantité comme de la qualité. Ils sont couchés tels des alignements de dominos que l’on fait s’écrouler d’une pichenette pour les voir tomber les uns sur les autres avec la régularité d’un stand de tir. Mais ils sont plus divertissants que ces pièces de bois uniformes, surmontées d’ivoire maintenant faux et marquées de points de un à six, et ils donnent une impression de profusion colorée dans laquelle on a envie de mettre le nez pour sentir l’odeur subtile d’un cuir parfaitement tanné. Après un tel rite, il est évident que la deuxième envie est de les enfiler tous. Dommage que nous ne soyons pas Vishnou, incarnation de la création, car il est certain que le plaisir ne manquerait pas de créer des harmonies de couleurs au bout des bras qui, dansant discrètement, donneraient un spectacle enchanteur, comme des feux de Bengale tourbillonnant dans l’espace.

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Mais l’on trouve également des sortes de petits manchons destinés à recouvrir la main en laissant les doigts libres de jouer avec les plis d’une robe solennelle, blanche ou noire naturellement. Ornées de petits boutons sur les côtés, ils pourraient aussi servir d’ornements des chevilles, utilisés par les sportives qui s’adonnent à la gymnastique en salle, pour empêcher vraisemblablement la transpiration de pénétrer dans les chaussures unicolores qu’il ne faut pas abîmer en raison de leur prix.

 

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Certains sont réservés à des instants spécifiques où le rôle tenu doit être en accord avec l’importance de l’apparence, tels, par exemple, le mariage de William and Kate auquel vous auriez été invitée, empanachée et gantée de gris foncé, orné de fleurs aux pistils blancs, pour vous glisser subrepticement, dans la cathédrale et mettre en évidence cette parure des mains avec ostentation. La peau de serpent ne serait sans doute pas très bien vue dans une telle assemblée dans laquelle l’écologie est un art de vivre avec cependant quelques sélections des objets sur lesquels porte le graal de cette nouvelle religion.

 

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Ballets de « gantitude » ou ronde élégante de mains autonomes comme des prêtresses caressant leur dieu avec légèreté et admiration dans un silence respectueux et les sourires convenus de telles cérémonies. La déesse s’abandonne avec humilité à cette adoration, acceptant du bout des doigts de se laisser caresser tout en protégeant une main fine de dentelles tricotées pour lui assurer la sécurité contre toute violation de son intimité.

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Enfin la suprême élégance, plutôt masculine, mais que l’on verrait bien sur les mains de femme, ce gant simple, en veau d’un blond semblable aux cheveux d’une Ophélie nordique, au mi-doigts coupés à angle droit que compense la rondeur de l’arrière main faite pour montrer la peau tendre d’un poignet de femme ou la vigueur d’une poigne d’homme. Abandonné, comme flottant dans l’espace, les doigts élastiques, le poignet détendu, cette main attend une autre main, tout aussi délicate, peut-être une de celles du « ballet de gantitude », pour s’unir avec lenteur et respect pour la vie.

 

 

 

 

15/05/2011

Buttes-Chaumont

 

La campagne, et presque la montagne, à Paris. Quel dépaysement ! Créé par Haussmann sur demande de Napoléon III, le jardin (un véritable parc) des Buttes-Chaumont a été aménagé en 1866-1867 par Alphand et Barillet, sur les hauteurs dénudées (monts chauves, d'où Chaumont), d’une centaine de mètres d'altitude, qui forment le promontoire le plus occidental des collines de Belleville, à l’emplacement de carrières de gypse.

 

Tout fonctionne comme en ascenseur :

Rez-de-chaussée au ras du lac, là où l’horizon est bouché de verdure en profusion, comme les fumées produites par la lave d’un volcan façonnent un écran sur la surface du cratère.

 

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Entresol, sur la droite, là où s’écoule des hauteurs un ruisseau dans des rochers en béton, imitant de façon satisfaisante le naturel d’un coin de vallée, étroite et déchirée, dans lesquelles se glisse imperceptiblement un cours d’eau se manifestant par des pépiements gracieux pour le plaisir des yeux et des oreilles.

 

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Premier étage, celui du petit pont suspendu qui permet de passer du sud-ouest au nord-est en enjambant l’eau plutôt jaune que verte ou même kaki et dont le fond laisse deviner un limon épais et collant. Il tangue un peu pour vous laisser apprécier cette traversée, comme un temps de pause en deux rêveries. L’eau peut contempler, le long des rives, sur une herbe accueillante comme les bras d’une femme imaginaire, quelques couples, généralement homme et femme, allongés, parfois même étroitement enlacés, qui donne l’illusion d’une nuit au bord de la plage d’Acapulco.

Deuxième et dernier étage, après l’enjambement, vers le simili temple, grec ou autre, qui domine les toits et dévoile un ciel de petits nuages blancs, se fondant parfois dans le bleu d’un azur vu d’avion. Au loin, Montmartre se profile comme une (petite) carte postale et vous contemplez Paris nord, si différent de Paris centre (ou ventre ?), mais dont le charme est plus dans l’humain que dans l’architecture. Tel un fakir suspendu sur son tapis volant, un étudiant, son sac à dos posé à côté de lui, lit en tailleur à hauteur des toits. Rien ne le distrait, ni le bruit d’une classe d’enfants qui passe, ni le silence subit, trou d’air dans le brouhaha de la circulation. Et tout autour de vous, des nuages de verdure, moutonnements subtils de vert foncé, clair, presque brun rouge ou encore argenté et frémissant du vent léger qui rafraichit.

 

 

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Une jeune fille avance, vêtue d’une robe légère soulevée par ce même vent. Il gonfle le tissu et lui donne un air de bonhomme Michelin, sous la taille du moins, le haut restant à sa mesure, menu comme un oiseau aux ailes déployés lorsqu’elle lève les bras pour prendre une photo. Adonis, en marcel rouge, et Aphrodite, en marcel blanc, d’un tissu plus élégant, se font prendre en photo, appuyés mollement sur le parapet du temple. Trois grâces de trente cinq ans montent au temple, parlant fort, pour redescendre aussitôt, plus préoccupées de leur apparence, peut-on dire de leur beauté, que du paysage. Deux femmes d’âge mûr, assises de part et d’autre d’un banc, consultent deux plans de Paris semblables, échangeant leurs impressions par-dessus leurs sacs à dos les séparant. Si l’une se lève, l’autre tombe vraisemblablement, tellement elles sont assises aux bouts du bout du banc. Rassurez-vous, cela ne se produira pas.

Passage du pont, vu d’en bas et si haut, qui d’en haut mérite son nom de pont des suicidés ! Changement de décor : une prairie en pente, sorte d’alpage pour les parisiens étendus, panier repas à portée de main, certains et certaines en maillot de bain, s’épanchant au soleil, se retournant de temps à autre pour ne pas virer au rouge pâmoison. Nuage… Les silhouettes se revêtent, puis se dévêtent à la réapparition des rayons chauffants.

 

 

 

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Alors vous vous dites qu’il est temps de repartir, sans toutefois que cette pensée ait un effet quelconque sur votre volonté et moins encore sur votre corps. Vous vous levez, faites quelques pas pour découvrir une vallée bordée d’un ruisseau et de quelques arbres de différentes essences auprès desquels les plaids et ceux qui les recouvrent font penser aux dimanches après-midi dans les faubourgs de Genève, là où la campagne et la montagne se confondent, à deux pas des immeubles envahissants.

 

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Retour au rez-de-chaussée, passage sous le pont, si haut vu d’en bas, et découverte de grottes dont l’une se pare d’une cascade bruyante déversée par un « trou blanc » (voir Marcher sur un chemin de terre » du lundi, 02 Mai), comme un halo de lumière dans l’obscurité de la voute. L’eau coule, dévale, escalade les pierres, se joue de la lumière et de l’ombre, livrant une odeur sucrée et pourrissante qui donne à ce type de lieu un charme vieillissante, mais toujours rajeuni par le scintillement des gouttelettes dans les rayons d’argent d’une lumière rare, mais vive.

promenade, Paris insolite, campagne

Fin du tour du lac, de l’étang, de la pièce d’eau, on ne sait pas bien. Là encore la pelouse et le spectacle d’étendues d’eau attirent l’amour ou tout au moins les couples aux balbutiements de l’art d’aimer, s’enlaçant sans vergogne au vue et au sus de tous, petits et grands.

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Passage de la grille, tremblement du macadam au passage du feu vert, halètement des personnes âgées au passage du feu rouge. Quel bel après-midi à la campagne, presqu’à la montagne. Une éclaircie dans la vie parisienne, à l’image du petit clos entouré de grillage, plus vert et tendre que la pelouse  presque jaunie qui l’entoure, à l’entrée du parc, où l’on s’attend à voir un âne brayant en écho aux pétarades des motos.

 

 

 

07/04/2011

Palais Royal

 

Brouhaha habituel des jardins publics : cris d’enfants, conversations d’adultes, raclement des pieds ferrés des chaises sur le sol, titillements sonores des jets d’eau du bassin qui se meuvent en corolles blanches de différentes hauteurs, foisonnement de couleurs et de sons qui donnent l’ambiance insolite de ce jardin enserré entre les galeries du palais édifié pour le cardinal de Richelieu, qui devint ensuite résidence royale puis lieu d’agitation révolutionnaire, pour, après un nouvel intermède royal, recevoir le Conseil d’Etat.

 

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Passage le long des galeries, où un magasin de gants fait étalage de sa marchandise diversifiée, mains mortes pendant dans le vide ou mains dressées comme un sceptre héraldique. 

 

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Les promeneurs passent à pas lents, concentrés sur leurs chaussures, faisant crisser le gravier à chaque nouvelle enjambée. Ils errent sans but, avec pour seul plaisir un regard au soleil qui passe près des toits. Certains discutent entre eux, calmement, posément, comme un club d’intellectuels sur une question épineuse. Chacun passe à côté du bouquet fleuri éclairé par le soleil de printemps.

 

 

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Assis en rond autour de la fontaine, les uns et les autres vaquent à leurs occupations. L’un, lunettes noires couvrantes, les pieds sur la margelle du bassin, téléphone d’un air entendu à un mystérieux correspondant. L’autre lit, dans la même position, un foulard autour du cou, lunettes noires également, la chevelure abondante obscurcissant son visage. En fait, je le découvre avec un temps de retard, c’est une femme. Je l’ai perçu à son geste, féminin malgré tout, bien qu’elle porte la tenue unisexe, blue-jean et tennis. Un autre encore, un homme, c’est certain, toujours dans la même pose, les pieds sur la margelle, jambes tendus, à moitié allongé sur sa chaise, les mains croisées sur le ventre, semble dormir. Il écoute de la musique, ouvrant parfois un œil, peut-être même les deux, les rayons du soleil luisant sur son crâne rasé. Quatre jeunes filles installent leurs chaises à proximité, en uniforme, collants noirs et tennis rouges, le haut leur laissant l’initiative de l’improvisé, chacune d’elles sirotant une boite d’aluminium contenant un jus de citron plus jaune que la normale.

 

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Jeu de reflets de la fontaine dans le rayonnement du soleil, l’eau montant et descendant au gré d’un ordonnateur invisible, s’égrainant à mi-hauteur en mille perles étincelantes avant de retomber sous le poids de la pesanteur. Au pied de ces jets d’eau, la surface bleuissant du bassin se pare de mousse argentée piquetée d’éclaboussures semblant sortir de sa profondeur comme la lave à la surface d’un volcan laisse éclater des bulles de gaz dans lesquelles se noie le regard. Le reste du bassin, par le jeu de la bise et du soleil, est couvert de nénuphars virtuels, bleus clairs, presque gris, flottant sur l’eau et scintillant de légèreté. Le vent parfois projette quelques gouttelettes sur la margelle, jusqu’à couvrir le visage d’une très légère brume qui rafraichit les idées et ramène à la réalité.

 

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Immuable, rien ne bouge autour du bassin, comme immobilisé dans une béatitude intemporelle. Si, cependant ! La femme unisexe s’est métamorphosée en une autre femme ou jeune fille, également unisexe, mais chaussée de boots montant aux lacets jaunes. Même attitude, même foulard enserrant le cou, juste les cheveux moins proliférants, mais lisant également un livre semblable posée sur ses cuisses allongées.

 

Lentement le soleil descend, rase une première cheminée, puis une deuxième, pour progressivement s’éteindre derrière le toit plat. Il est l’heure de quitter ce moment d’observation et de vagabondage de l’esprit. A regret, je me lève et pars, sans un regard sur le collier de perles du bassin.

 

 

27/03/2011

Marcher le long d'un cours d'eau

 

Marcher le long d’un cours d’eau,

Promener sa paresse au fil des pas

En regardant défiler l’herbe verte

Et se laisser aller à une douce somnolence,

A chaque seconde qui s’égraine.

 

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Par endroit, la roche se présente nue

Comme coupée au couteau,

Mais environnée des guirlandes de buis

Qui poussent, sauvages,

A l’image des millénaires écoulés,

Et pourtant domestiquées

Par la proximité des prés.

 

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Au fond de la vallée, un village.

Pas un bruit, pas une âme.

Seul le chuintement de l’eau sur les pierres

Donne vie à cet immobilisme.

 

 

Je m’arrête, observant l’eau,

Apprivoisé par la pâle chaleur

D’un soleil dispersé entre les branches

Et insaisissable dans sa totalité.

 

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J’avance, l’œil aux aguets,

Porté par une brise tendre et acide,

Et traverse la rue principale

Enhardi par la chaleur du soleil.

L’église, plantée sur le carrefour,

Côtoie les pentes escarpées

Où paissent des fantômes de vaches.

 

Au retour j’aperçois une femme

Qui sort de chez elle, sans bruit,

Un tableau à la main,

Ou plutôt rabattu sur son buste

Comme pour le protéger.

Elle s’éloigne calmement,

D’un pas assuré, le regard perdu,

Montant le chemin herbu,

 Vers un l’on ne sait où, fuyante.

 

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Chemin du retour, au pas de la nostalgie,

Laissant aller le corps au rythme de l’écoulement

D’une eau sereine et apaisante,

Le soleil face à moi,

Provoquant de minuscules étincelles

Sur les flots tourbillonnant entre les pierres.

 

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14/03/2011

Vivre en contemplation

 

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Vivre en contemplation,

N’est-ce pas se contempler soi-même,

N’est-ce pas se regarder dans le miroir

De l’étang qui lui-même reflète l’éclat du soleil ?

 

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J’examine mes sensations diverses,

Je les analyse selon les rencontres,

Celle d’un éclat reflété sur l’eau,

Celle d’un cri dans le silence du vent,

Celle d’un canard qui s’envole à mon approche.

Et de tout cela je me construis,

Je me reconstruis, brisé en mille morceaux,

Pour franchir le miroir des souvenirs

Jusqu’au silence bienfaisant de l’absence de pensée.

 

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Au loin, derrière l’étang, dans les bois,

Des enfants jouent bruyamment.

J’entends leurs cris étouffés,

Des bribes de paroles et de rires,

Sans pouvoir discerner le lieu de leur présence.

Puis à nouveau, le silence,

Entrecoupé d’un tressaillement de moteur

Et prolongé par le frémissement de la bise.

 

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Silence. L’eau même s’immobilise

Et se pare de petits scintillements

Qui constituent autant de reflets

Des pensées qui partent au fil de l’eau.

 

 

08/03/2011

Promenade campagnarde

 

Laissant la voiture dans un chemin empierré auprès d’une ferme inhabitée, je poursuivis ma route à pied, contemplant la campagne ouverte, aux champs bleutés par un soleil d’hiver, envahie par des haies qui s’étiraient au loin jusqu’à l’abri du regard. Rien, ou presque rien, ne pouvait accrocher l’attention. L’horizon dentelé des bois se détachait sur la luminosité inhabituelle du ciel, comme une lame de glace à la surface de l’eau. J’avançais, affrontant un vent froid, mais la chaleur des rayons bruts du soleil agrémentait le temps d’un bienheureux soulagement. Prenant à droite, vers un chemin qui montait légèrement, tapissé de boutons d’or, mais clos d’une haie d’arbres plus ou moins morts, j’eus la surprise, après une cinquantaine de mètres, de découvrir une longue allée ensevelie sous les arbres dénudés qui s’effilochait dans la lumière à contre-jour en une descente progressive vers un jardin lointain dans lequel on devinait des tourelles, peut-être même des tours.

 

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Cette allée était bordée de deux haies d’arbres aux multiples branches qui se terminaient comme des bras et des mains aux mille doigts s’entrelaçant dans la bise, éclairées par moments des éclats d’un soleil acide et tranchant. Lentement, comme dans une longue promenade au bord d’un fleuve, je descendis le parterre d’herbes et de fleurs, regardant un bouquet de jonquilles poussées dans une végétation desséchée. Arrivé au bout de l’allée, je m’installais au creux du chemin perpendiculaire, abrité du vent par le talus.

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Dans cet abri, je ne ressens rien que le tiède et cotonneux éclat du soleil vers lequel je tends le visage. Sous la couche rouge de Chine de mes paupières, seules existent la chaleur de son disque et la fraicheur du petit vent d’hiver qui agite les branches mortes. Je suis assis sous la butte d’un ancien chemin creux, auprès de jeunes pousses du début de printemps et de quelques jonquilles qui se dressent fièrement. Pas un bruit, sinon celui de ce vent qui court sur la terre et fait bruisser les herbes hautes. Un calme profond s’étend et envahit progressivement l’être. Peu à peu, les idées s’arrêtent devant cette magnifique solitude, comme si j’avais passé les bras, puis le corps tout entier au travers de ce voile rouge pour, par un hasard extraordinaire, regarder, de loin, d’un œil indifférent, cette vie qui souffle et va et vient dans laquelle j’ai l’habitude d’errer. Dans la chaleur du corps et du cœur, je suis, seul, devant une nature immobile et je descends au plus profond de mon être, là où il n’y a nulle pensée, nul sentiment, mais seulement des sensations, des impressions, des titillements du corps qui résonnent en moi et me font vivre intensément. Rien n’est plus immortelle que cette minute.

 

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Mais déjà je ressens dans mes jambes qui soutiennent le poids de mon corps à demi-couché sur la butte, d’indélicats picotements qui m’oblige à me lever et remuer une partie de l’être qui n’arrive pas à goûter les sensations de l’autre partie. Alors, boitant un peu parce qu’une jambe était ankylosée, je repris le chemin du retour, à regret, me retournant parfois pour encore m’emplir de ce chemin irréel comme une invitation vers un paradis qui n’est pas perdu, qui est là, sous nos yeux, mais que nous ne voyons pas, imaginant l’éden comme une île lointaine, inaccessible et intemporelle.

Un arbre, dans sa solitude herbeuse, me tends les bras, ouvert à l’air pur et à la beauté de l’instant.

 

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