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25/08/2011

Grandeur et misère de l’homme

 

L’homme, dans la contemplation intérieure de son propre corps, peut accéder à la compréhension de sa grandeur et de sa misère.

Il peut saisir sa grandeur par le fait que son corps est un univers à lui seul, qu’il constitue un tout indépendant par son physique et sa pensée du reste du monde. Mais cette vision le mène à la compréhension de sa misère par le fait même que tout serait néant sans le monde.

L’homme est l’exact intermédiaire entre le néant et l’infini et, par cela, il est partagé entre le bien et le mal. Il est heureux pour lui que Dieu n’est pas permis qu’il ait connaissance de ce qu’est le néant et l’infini, car seule cette méconnaissance lui permet de vivre.

La difficulté d’être ne vient qu’avec l’intuition de ces deux extrêmes. Cette difficulté est un premier pas vers l’accomplissement. Mais quel chemin à parcourir.

 

 

27/06/2011

Sagesse

 

L’homme moderne croit avoir atteint une plus grande sagesse morale que ses prédécesseurs sur terre, comme si les progrès de la civilisation matérielle avait permis son progrès moral. Pourtant, il y a cinq mille trois cent ans, il était écrit dans un des deux plus anciens livres du monde, les Instructions de Ptah-Hotep, écrit à l’usage des princes égyptiens :

« Si tu es sage, tu prendras soin de ta propre maison. Tu chériras ta femme, tu lui donneras la nourriture, tu la vêtiras et tu la soigneras si elle est malade. Remplis son cœur de joie pendant toute sa vie et ne soit point sévère… Soit bon avec tes serviteurs selon la mesure de tes moyens. La paix et le bonheur sont absents de la maison dans laquelle les serviteurs sont malheureux. »

Il est aussi dit :

« Si tu recherches des responsabilités, applique-toi à être parfait. Si tu prends part à un conseil, rappelle-toi que le silence vaut mieux que l’excès de paroles.

Ainsi il y a plus de cinq mille ans, l’homme possédait une morale aussi développée que la nôtre, pour un certain nombre, tout au moins.

Pour conclure et mettre en évidence l’universalité de cette morale, prenons l’exemple du Tao to king, écrit par Lao Tseu au XVIIème siècle, que l’on peut rapprocher de ce qui précède :

« Pour gouverner les hommes et servir le ciel, rien ne vaut la modération… Celui qui sait ne parle pas, celui qui parle ne sait pas. »

 

Mais alors rien n’aurait changé ?

Si, très certainement. Ces préceptes sont devenus la règle universelle, mais escortée de la judiciarisation qui le permet. Devenus règle de droit, ils s’imposent par l’action de la police et de la justice, avec les abus qui l'accompagnent. L’objectif de beaucoup est encore de dissimuler leur violence qu’ils considèrent comme naturelle et de droit. Alors avons-nous réellement progressé ? Ce n’est pas vraiment sûr !

 

 

05/06/2011

La compréhension du miracle : une co-naissance

 

Avez-vous remarqué combien il est difficile de parler des miracles. Nous sentons d’instinct que le sujet est gênant : ou il entraîne le refus, refus du miracle qui coïncide souvent avec le refus d’en parler parce que sujet trop intime qui nous engage au plus profond de nous-mêmes ; ou il entraîne une profusion verbale exprimant des opinions favorables ou défavorables à leur existence (car en fait, cela s’arrête souvent là : je crois ou je ne crois pas à leur existence). Le miracle déconcerte parce qu’il ne fait partie de notre vie. C’est un point d’interrogation. En fait la seule véritable interrogation que devrions avoir est : le miracle change-t-il quelque chose à ma vie ? Nous verrions alors que, pour ou contre, favorable ou défavorable, le résultat est le même. Il ne change rien parce que, même si nous y croyons, nous l’assimilons à une croyance, une sorte d’idéologie, sans qu’il bouleverse notre vie. Alors, qu’en est-il des miracles ?

A l’évidence, le monde a soif de miracles. Il les attend. Mais en même temps, il les refuse, au nom de la raison, bien qu’il commence à percevoir les limites que celle-ci lui impose. En fait, le problème n’est pas le miracle en lui-même, mais son appréhension. Celle-ci dépend de l’état d’être de chacun. C’est pourquoi l’église adopte une attitude très neutre qui semble sage. La véritable question n’est pas quelle doit être mon attitude vis-à-vis du miracle, mais quelle doit être ma vie vis-à-vis de l’action divine ? Alors vient la véritable compréhension du miracle.

 

1. La recherche du surnaturel

 

Le monde moderne refuse Dieu. La raison, utilisant l’approche scientifique, est supposée expliquer le monde. Dieu n’est plus utile, il est devenu une superstition qui enchaîne l’ignorant dans l’esclavage. « La religion est l’opium du peuple », disait Karl Marx. Si la pensée contemporaine de l’Occident ne va pas aussi loin, elle exclut néanmoins l’aspect spirituel de l’homme pour fonder le bonheur de celui-ci sur son aspect matériel.

Or, réaction curieuse, jamais le merveilleux n’a été autant accrédité. Une littérature nouvelle est apparue : la science fiction. Elle a d’abord puisé dans les possibilités matérielles de la science (Jules Verne), puis dans l’irruption d’êtres vivants venus d’autres planètes (H. G. Wells). Elle s’est tournée peu à peu vers les possibilités irrationnelles du cerveau humain, utilisant le rêve, la drogue, l’hypnose pour sortir du monde matériel ou tout au moins s’en affranchir (H. P. Lovecraft). Elle fait maintenant état des possibilités offertes par l’intelligence artificielle, échafaudant des mondes parallèles à notre monde d’atomes (B. et G. Bogdanoff). Cette littérature ne fait jamais appel aux notions de monde spirituel. Mais en fait, derrière tous ces mondes imaginaires, c’est l’appel d’un au-delà de nous-mêmes qui émerge. L’homme aspire à donner un sens non matérialiste au monde où il vit et derrière la littérature de science fiction se cache la soif de Dieu (et aussi malheureusement celle du démon à qui une certaine littérature laisse une large place).

D’autres formes littéraires ayant pour thème l’énigme, le mystérieux, le surnaturel, sont également apparues ce dernier siècle. Citons entre autres dans le genre littérature métaphysique les nouvelles de Jorge Luis Borgès, auteur argentin, ainsi que ceux de ces amis A. Bioy Casarès et Julio Cortazar. Citons aussi « Le matin des magiciens » et « L’homme éternel » de L. Pauwels et J. Bergier, traitant des grandes énigmes du monde et de l’homme. Constatons enfin le développement insolite de la littérature mystique et religieuse depuis une trentaine d’années. Enfin, notons d’autres formes d’accréditation du merveilleux ou du surnaturel : l’astrologie, le spiritisme, les sectes, qui font souvent profit de la recherche spirituelle des jeunes, recherche sincère et normale.

En bref, l’homme, malgré l’oppression idéologique actuelle tournant en dérision l’aspect spirituel de l’homme, non seulement ne cesse d’aspirer à un au-delà de son univers quotidien qui donnerait un sens à son activité, mais même espère l’irruption de Dieu dans notre monde. Cette espérance est un fait inconscient. Elle est réelle, même si elle se concrétise par un débordement de l’imagination.

 

2. Les limites du rationnel

 

Quelques grands savants commencent à prendre conscience des limites de la science. Ces limites ne sont pas d’ordre matériel. Elles sont conceptuelles. Le cerveau humain, fait de matière, n’échappe pas à la matière.

 

Jean E. Charon, auteur d’une théorie unitaire de l’univers, fait apparaître trois niveaux successifs d’appréhension du monde qui nous entoure :

.        Le connu qui s’appuie sur l’observation (méthode phénoménologique), mais qui ne peut faire abstraction de l’observateur. Son langage dit objectif s’appuie sur la notion d’objet.

.        Le réel, qui est une généralisation du connu permettant d’accéder à une description de la nature indépendante de l’observateur. Son langage est symbolique. Ainsi les mathématiques sont le langage approprié à une description de l’univers.

.        Enfin, ce n’est pas parce que l’on décrit le réel au moyen de la géométrie que l’univers est de la géométrie. Ce n’est que l’univers, nous n’en connaissons que l’image rationnelle que s’en fait l’intelligence rationnelle. On ne peut savoir « ce qu’est » l’univers que par intuition ; et, par définition, l’intuition est personnelle, don ne peut constituer les éléments d’une science. Elle ne peut s’exprimer, se faire partager, qu’à l’aide d’un langage symbolique qui ne donne qu’une description et non ce qui « est ».

 

3. Que penser des miracles ?

 

Voyons un peu comment les hommes conçoivent le miracle. Nous remarquons que selon leur état d’être, ils ne réagissent pas de la même façon et tirent des conclusions contradictoires.

L’homme frustre qui appréhende le monde à travers son aspect sensuel refuse de se laisser troubler par le miracle. Il l’ignore.

L’homme qui vit sa relation avec le monde dans son aspect émotionnel est sensible au miracle. Il trouve une résonnance en lui, car sa vision du monde est intuitive. Le miracle le touche, car il y sent une vérité qu’il ne peut s’expliquer. Mais malheureusement, sa vision émotionnelle le conduit souvent à la superstition, parfois même à la fausse illumination. Il se trompe lui-même inconsciemment par désir du merveilleux. Sa croyance aux miracles, cette recherche à la limite morbide du surnaturel n’est qu’une façon de fuir la réalité du monde et d’enfler son moi en confirmant sa vision des choses.

L’homme qui fonde sa vision du monde à partir de la raison ne rejette pas le miracle comme le frustre. Il ne l’ignore pas, mais il sait qu’il y a une explication naturelle. Il la cherche. Il croit la trouver parfois. Il n’a de cesse de se convaincre que s’il ne peut l’expliquer c’est que pour l’instant la science n’est pas allée assez loin dans sa connaissance de la structure de l’univers. L’homme rationaliste se veut objectif. Pour lui, le miracle est du domaine du subjectif qui un jour sera expliqué objectivement.

Le croyant, selon ce qui prédomine en lui, hésite entre ses diverses explications, qui cependant ne le satisfont pas. Il suit l’église qui lui propose des saints ayant vécu dans le passé et ayant accompli de nombreux miracles, qui reconnaît certaines apparitions. Mais souvent, il ne sait que penser au sujet d’hommes ou de femmes qui font preuve de manifestations surnaturelles : le Padre Pio, Thérèse Neuman, Marthe Robin. En fait, bien souvent, il n’est pas plus avancé que le non croyant et sa foi ne lui apporte que la caution de l’église qui elle-même est très partagée face à la réalité présente du mystère surnaturel. Les miracles sont faciles à accepter lorsqu’ils sont du domaine du passé, mais plus difficiles s’ils font partie du présent.

L’homme spirituel enfin a pris conscience que le monde lui-même est un miracle. Il y voit sans cesse Dieu à l’œuvre et derrière le visible transparait l’invisible, le sens des choses. Pour lui, le miracle est naturel. Il voit chaque jour des signes de la présence de Dieu. En fait, sa relation avec le monde a changé de niveau parce que lui-même a changé d’état d’être. Il ne cherche pas à juger, à penser quelque chose du miraculeux. L’homme spirituel n’a pas d’opinion. Il refuse toute réaction de l’égo, du moi. Il cherche à appréhender le monde, guidé par l’esprit. L’esprit n’a pas de jugement (ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas de discernement).

 

4. Attitude vis-à-vis de l’action divine

 

L’attitude de l’homme vis-à-vis de l’action divine doit se régler sur deux préceptes qui peuvent paraître au premier abord contradictoires.

1.      Accepter les choses telles qu’elles sont, le monde tel qu’il est, les hommes tels qu’ils sont ; et non les vouloir toujours conformes à son idéal. Nous rejetons le monde, nous critiquons les autres parce que nous ne les voyons pas conformes à l’idée élevée que nous nous faisons de l’homme et de l’univers. Mais nous ne voyons pas que cette attitude est créée par notre incapacité à atteindre cet idéal. C’est une excuse inconsciente que nous nous donnons à nous-mêmes. Il a toujours semblé à l’homme plus facile de changer le monde que de commencer par se changer lui-même.

Ceci suppose donc de nous accepter tels que nous sommes, non pas seulement avec nos qualités vraies ou imaginaires, mais avec nos défauts (nouvelle naissance avec nous-mêmes) qui ôtera nos peurs et nos critiques, qui apaisera l’exacerbation des contraires en nous.

2.      Etre disponible à l’action divine, au miracle. Comprenons bien que cette attitude n’a rien à voir avec la superstition ou le désir égocentrique du merveilleux. Les grands saints n’ont jamais cherché à faire des miracles. Ceux-ci se sont produits malgré eux au début, jusqu’à ce qu’ils comprennent que telle était la volonté de Dieu. Ils ont toujours dit qu’ils n’y étaient pour rien. En fait, le miracle ne peut se produire que si l’homme est vierge de tout égo, disponible, ouvert à l’action divine en lui. Disons que la sainteté consiste paradoxalement à ne pas rechercher le miraculeux tout en l’espérant, tout en le demandant, tout en faisant confiance à Dieu pour qu’il se produise. Attitude paradoxale, mais facile à comprendre : le saint demande à Dieu avec son esprit (le Soi, l’être profond au-delà du moi), il refuse le miracle avec son égo parce qu’il craint trop d’en tirer un peu d’orgueil.

 

 

*  *  *

 

 

La compréhension de ce qu’est le miracle n’est ni du domaine de l’opinion, ni du domaine de la conviction, ni du domaine du savoir. Elle est dans notre propre changement d’être. C’est une co-naissance qui ne peut venir qu’avec le retournement complet (conversion) de l‘être tout entier. C’est une nouvelle naissance : le monde prend sens, l’invisible transparaît derrière le visible. Le miracle est alors naturel, car la présence divine est derrière toute chose.

 

 

01/06/2011

Fragilité de l'humanité

 

Ce n’est que lorsque l’homme a pris conscience de sa vulnérabilité qu’il peut concevoir la fragilité des autres et éprouver de l’empathie pour eux.

Ayant découvert l’universelle fragilité du monde intérieur, il prend conscience de son appartenance à l’humanité et reconnaît en autrui un autre lui-même. Vulnérable comme lui à la dégradation, à l’inaction, au temps qui coule et se disperse, l’autre devient un égal, un proche à aimer. On n’aime que les gens dont on a pu mettre à jour la fragilité ou qui l’ont livré. L’homme qui nous semble invulnérable et craint, peut devenir une idole, mais il n’est pas l’objet d’un amour humain.

C’est à travers cette fragilité intrinsèque de l’homme que se conçoit sa grandeur. Et si sa fragilité n’est qu’une menace, sa grandeur n’est qu’une promesse qui reste à réaliser.

L’amour est la force intérieure qui nous aide à tendre vers ce but.

 

 

01/05/2011

Genèse1 (fin)

 

Voici la fin de l'introduction à la Genèse, méditation sur nos origines qui devient inéluctablement méditation sur le sens de notre vie et notre achèvement.

 

EPILOGUE : re‑création

_____________

           

        "La foi est la porte des mystères. Ce que les yeux du corps sont pour les choses sensibles, la foi l'est pour les yeux cachés de l'âme. De même que nous avons deux yeux corporels, nous avons deux yeux spirituels (...) et chacun a sa propre vision. Par l'un nous voyons les secrets de la gloire de dieu cachés dans les êtres (...). Par l'autre nous contemplons la gloire de la sainte nature de Dieu, lorsqu'il veut bien nous faire entrer dans les mystères."

Isaac le Syrien

 

 

            Par la dé-création, l'homme spirituel entre en communion avec Dieu. Cette première phase de la contemplation conduit alors, par grâce, à la contemplation de la nature et de la connaissance des êtres, c'est-à-dire aux "secrets de la gloire de Dieu cachés dans les êtres."

            Dieu dévoilé dans l'âme dévoile le monde. Derrière l'image visible transparaît alors le sens invisible. L'homme ayant changé sa vision dans la lumière divine voit Dieu en toute chose.

            Le royaume de Dieu n'est plus alors une réalité lointaine qui nous concernera après la mort. Il est là, présent dans le monde, envers de l'endroit. L'ayant découvert en lui, le saint le voit autour de lui.

 

            L'homme entame alors une dernière étape, sorte de récréation de lui-même et de sa vision du monde. Il redécouvre le mystère de la nativité, du Dieu qui descend dans la matière, dans son être propre, pour le recréer à son image et à sa ressemblance.

 

        "Prendre conscience de notre être véritable, c'est réaliser le sens de notre vie en relation avec le cosmos tout entier, c'est nous identifier à la divinité qui pénètre toute vie, qui est derrière chaque pensée que nous avons, chaque forme que nous voyons, chaque fleur que nous rencontrons."

Ma Anandamayi

 

"La nativité apparaît ainsi comme une récréation secrète. L'origine assumée, restaurée, tout désormais tend vers l'ultime, déjà présent au cœur de l'histoire, comme un germe de feu. Le Christ révèle pleinement à l'homme, l'homme trouve pleinement en Christ, cette image de Dieu qui le fonde, l'aimant, et qu'il lui appartient maintenant de transformer en ressemblance."

Olivier Clément

 

 

*    *

 

Enfin, n'oublions pas qu'être à l'image et à la ressemblance, c'est avant tout voir en l'autre l'image et la ressemblance de Dieu :

 

"On atteint la perfection de la connaissance lorsqu'on voit Dieu en chaque homme."

Ramakrisna

 

 

 Cette méditation est à lire non pas de manière fragmentée, mais en entrant peu à peu dans le texte jusqu'à ce qu'il transforme. Aussi, pour disposer du texte complet, cliquez ci-dessous :

 

Genese.pdf 

 

 

24/04/2011

Genèse : 3ème partie

 

"La connaissance ultime nous saisit par pure grâce. L'homme s'y prépare par une dépossession ontologique, il n'est plus qu'attente. Pour reprendre l'expression certes approximative de Simone Weil, il lui faut se "décréer" jusqu'à descendre au-dessous de la plante et de la pierre, jusqu'à ces eaux lumineuses et profondes sur lesquelles souffle l'Esprit. Eaux du baptême, eaux originelles, eaux des larmes. Alors vient l'Esprit, comme il est venu sur Marie, et l'homme est recréé dans une paix et un silence indicibles."

Olivier Clément

 

 

            Septième jour

 

« Dieu chôma le septième jour. Il bénit et sanctifia le septième jour »

 

            L'absence de bonheur en l'homme tient souvent au fait qu'il court en permanence après quelque chose. A peine a-t-il achevé un travail que déjà il en entame un autre. Il n'y trouve plus de satisfaction. Il oublie de contempler son œuvre et de lui donner un sens.

 

            Pour goûter pleinement la vie, l'homme agissant doit aussi s'arrêter, rentrer en lui-même et réfléchir sur son action. Mieux, il doit la bénir. L'action est la vie : bonne, elle fait progresser ; mauvaise, elle fait également progresser si on en tire les conséquences. Mieux encore, il doit la sanctifier, c'est-à-dire la rendre sainte pour lui-même être sanctifié.

D'où l'importance de ce regard jeté sur soi-même après l'action. La clé du bonheur est là, en nous, dans cet arrêt et ce retour sur soi-même pour contempler, bénir et sanctifier la vie, notre vie.

 

C'est pourquoi Pythagore dit :

"Connais toi toi-même et tu connaîtras le monde et les dieux."

 

Et Saint Augustin, s'adressant à Dieu, s'écrie de même :

"Si je me connaissais, je te connaîtrais."

 

 

            Sixième jour

 

« Dieu fit l'homme à son image et à sa ressemblance.»

 

Avons-nous bien pris conscience que signifient les mots :

. Je suis à l'image de Dieu,

. Chaque homme que je vois, quel qu'il soit, est à l'image de Dieu.

 

Si la première affirmation peut parfois nous sembler acceptable, la seconde n'est jamais évidente. En fait, la seconde s'éclaire lorsque nous avons vécu la première. Et vivre la première consiste à trouver Dieu en soi.

            Je suis à l'image de Dieu signifie qu'en moi existe une part de divin, que je ne suis pas seulement un être de chair supérieur à l'animal par son intelligence, mais aussi qu'en moi s'ouvre les frontières de l'invisible.

 

"L'homme est un animal qui a reçu vocation de devenir Dieu."

Basile de Césarée

 

 

"Le grand architecte de l'univers conçut et réalisa un être doué des deux natures, la visible et l’invisible : Dieu créa l'homme, tirant son corps de la matière préexistante qu'il anima de son propre Esprit...Ainsi naquit en quelque sorte un univers nouveau, petit et grand à la fois."

Grégoire de Naziance

           

Cependant l'homme, image de Dieu, doit parvenir à la ressemblance. Seul le saint exprime Dieu en lui de manière visible. Les autres hommes, entraînés par leur matérialité, voilent la ressemblance. Ils cherchent Dieu à l'extérieur d'eux-mêmes et oublient de porter leur attention en eux. C'est pourtant en moi qu'est la frontière entre le visible et l'invisible.

            C'est pourquoi les Pères de l'église disent de l'homme tantôt qu'il est "microcosme" (Grégoire de Nysse), c'est-à-dire un univers à lui tout seul ; tantôt "macrocosme" (Maxime le Confesseur), car il dépasse le cosmos de toute sa grandeur d'image de Dieu.

 

        " Comprends que tu es un autre univers, un univers en petit, qu'il y a en toi soleil, lune, étoiles aussi. S'il n'en était pas ainsi, le Seigneur n'aurait pas dit à ses disciples : "Vous êtes la lumière du monde". Hésites-tu encore à croire qu'il y a en toi soleil et lune, quand on te dit que tu es la lumière du monde ?»

Origène

 

            Ceci nous annonce les luminaires du quatrième jour et proclame que chaque être humain est appelé à plonger en lui, à dévoiler l'univers en lui, pour se recréer et se découvrir être divin.

 

« ...Soumettez la terre, dominez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, le bétail et les bêtes sur la terre. »

 

            Dieu fait de l'homme le sommet du monde vivant. Comme l'animal, l’homme est créé et participe ainsi à la nature animale. Mais seul il est fait à l'image de Dieu. Il n’est pas appelé au statut de l'animal le plus évolué, mais à celui d’un être vivant différent, divinisable, qui ne peut s'accomplir que dans la réalisation de la part de divin qui est en lui. Désormais l'évolution du vivant, sa montée vers le divin ne se fera plus à travers les formes, à travers la diversité des espèces, mais à travers la manière dont l'homme va accomplir cette domination. C’est sa responsabilité devant le sacré : dans le respect de la création la conduire à sa réalisation.

            Ceci nous conduit à une autre compréhension de ce que Dieu attend de l'homme. La domination de l'homme sur le monde animal n'est pas seulement extérieure. Elle doit également être intérieure. L'homme doit dominer en lui la part animale. Il ne se révèle image de Dieu que lorsque cette domination est effectuée. Il est dit dans le texte que l'homme doit dominer :

. les poissons de la mer, c'est-à-dire l’inconscient ;

. les oiseaux du ciel, c'est-à-dire l'imagination, la rêverie, l'idéologie;

. le bétail, c'est‑à‑dire l'inertie, la paresse, l’indolence ;

. enfin les reptiles, forme la plus subtile de sa part animale, c'est-à-dire l'utilisation de son intelligence et de sa supériorité pour dominer par la ruse ou la force. Il s'agit du désir de devenir égal aux dieux par la connaissance, comme le dit le serpent de la deuxième genèse. 

 

« Je vous donne toutes les herbes portant semence et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture. »

 

Notons que Dieu ne donne pas à l'homme et aux animaux la même nourriture. A tout ce qui a souffle de vie, il donne pour nourriture l'herbe verte. A l'homme, il donne deux sortes de nourriture : toute herbe qui porte sa semence sur toute la surface de la terre (les graminées), et tout arbre dont le fruit porte la semence.

            Ici, la semence, nourriture spirituelle, c'est la parole de Dieu, c'est la manifestation de Dieu, extérieure à nous pour l'herbe et intérieure pour l'arbre. Dieu en effet se manifeste à l'homme de deux manières : dans le monde à travers les expériences qu'il fait et les événements qui lui arrivent, en lui lorsqu'il y porte attention. Nous pouvons même aller plus loin. Cette nourriture dont parle l'ancien testament, n'est-elle pas la préfiguration du nouveau testament et de l'eucharistie ? La semence, c'est le Christ, verbe de Dieu, qui est la vie.

            "L'homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais aussi de la parole de Dieu", disait Jésus. Et la parole de Dieu, c'était lui.

 

 

        " Voilà pourquoi, dans l'économie de la grâce, il se donne comme une semence à tous les croyants ; dans cette chair composée de pain et de vin, il se mêle à leur corps pour permettre à l'homme, grâce à l'union avec le corps immortel, de participer à la condition qui ne connaît plus la corruption."

                                              Grégoire de Nysse

 

 

 

 

            Quatrième et troisième jours

 

            Dans le ciel apparut le troisième jour, Dieu fait surgir les luminaires pour séparer le jour et la nuit. De même en nous, au‑delà des sens qui donnent une perception immédiate de ce qui nous entoure, existent l'intelligence et les sentiments pour nous guider dans notre conduite. Nous entrons déjà dans la compréhension intérieure de l'homme : le ciel, c'est l'âme humaine, les deux luminaires sont l'intellect et le cœur. Ce sont eux qui engendrent en nous la connaissance et l'amour. Mais ce n'est possible que par la purification de l'intellect et du cœur ; mieux, ce n'est possible que lorsque l'intellect et le cœur sont fondus dans une même attention à la source de l'être. C'est ce que la tradition hésychaste des orthodoxes appelle "la garde du cœur". Il s'agit pour l'homme qui se tourne vers son créateur, vers l'origine de lui-même, de rassembler son intelligence dispersée, jusqu'à la concentrer dans le cœur, organe principale de l'être humain physique et psychique, centre de la vie, lieu de l'âme, porte de l'esprit.

           

Ainsi pouvons-nous distinguer trois étapes dans la prière :

. la prière vocale, prière de l'homme extérieur ;

. la prière de l'intellect où l'homme discipline ses passions et son imagination ;

. la prière du cœur où l'intellect est unifié, ramené de la multiplicité à la simplicité et au vide, de la diversité à la sobriété. Cette prière de l'intellect dans le cœur fait naître la chaleur du cœur, signe que la prière est pure, spirituelle.

 

 

            Deuxième jour

 

L'homme pénètre alors dans les eaux du dessus, au-delà de l'âme frontière entre le visible et l'invisible, dans le lieu de l'esprit où brille la lumière originelle. S'oubliant lui-même, l'être humain franchit le pas de la véritable conversion, opère un retournement, une métanoïa. C'est ce qu'exprime Saint Augustin en décrivant son cheminement.

 

"Nous élevant par un désir de plus en plus brûlant, nous avons parcouru l'échelle de tous les êtres corporels jusqu'au ciel physique, d'où le soleil, la lune et les étoiles envoient leur lumière sur la terre. Puis nous sommes montés plus haut encore en pensant intérieurement à toi. Nous sommes ainsi parvenus à nos âmes et nous les avons dépassés pour atteindre cette région d'inépuisable abondance (...) où la vie est la sagesse même par qui a été fait tout ce qui est (...). Et tandis que nous parlions et que nous désirions intensément atteindre cette souveraine Sagesse, nous l'avons touchée un peu de tout un battement de notre cœur."

                            Augustin d'Hyppone

 

            Premier jour

 

 

" Lorsque l'âme est libérée du temps et de l'espace, le Père envoie son Fils dans l'âme."

                           Maître Eckhart

 

 

            Parvenu à ce que Saint Jean de la Croix appelle la nuit des sens, c'est-à-dire au-delà de toute image, l'homme reçoit la lumière. Le voile étant levé, Dieu se manifeste en lui. C'est en cela que le Christ est lumière du monde : médiateur entre Dieu et l'homme, il ouvre les portes de l'invisible.

 

"Afin de recevoir la lumière du Christ, il faut autant que possible se détacher de tous les objets visibles (...). Quand par de tels exercices l'esprit s'est enraciné dans le cœur, alors la lumière du Christ vient briller à l'intérieur, illuminant l'âme de sa divine clarté (...). Quand l'homme contemple au‑dedans de lui cette lumière éternelle, il oublie tout ce qui est charnel, s'oublie lui-même et voudrait ses cacher au plus profond de la terre afin de ne pas être privé de ce bien unique, Dieu."

                           Séraphin de Sarov

 

            Ce jour et cette nuit qui apparaissent le premier jour, ne marquent pas la fin de la temporalité. Il s'agit du jour et de la nuit de l'esprit, de ce qui se passe au fin fond de l'homme dans sa recherche de Dieu. Il est soumis aux affres de la lumière et des ténèbres. C'est la nuit obscure de la foi dont parle Saint Jean de la Croix. Là encore, malgré le degré de détachement atteint, le spirituel peut tomber : la lumière ou les ténèbres, Dieu ou le néant.

             Ainsi les sept jours de la genèse sont des étapes à franchir. Chaque étape implique une nouvelle compréhension de soi-même et de nos rapports avec Dieu et le monde. Le passage d'une étape à une autre est une épreuve, une nuit.

 

            Avant le premier jour

 

            La rencontre avec la lumière n'est pas un aboutissement, c'est un commencement. Auparavant l'homme errait dans le désert du monde pour trouver le chemin de ce qui est plus que lui-même. Il est maintenant sur le chemin, mais il doit le parcourir. Il entre alors dans la nuit obscure de l'esprit, au-delà de l'entendement, guidé uniquement par la lumière.

            "Aucune des connaissances humaines ne peut conduire à l'entendement immédiat de Dieu. Aussi, pour arriver à Dieu, avancer sans comprendre vaut mieux qu'avancer en cherchant à comprendre, et il est meilleur de s'aveugler et de se placer dans les ténèbres que d'ouvrir les yeux dans la pensée qu'on se rapprochera du rayon divin.

 

« C'est encore pour cette raison que la contemplation dans laquelle l'entendement reçoit l'illustration divine, est appelée théologie mystique, c'est-à-dire connaissance secrète de Dieu, car elle reste cachée même à l'entendement qui la reçoit."

Saint Jean de la Croix

 

"Abandonne les sensations, renonce aux opérations intellectuelles, rejette tout ce qui appartient au sensible et à l'intelligible, dépouille-toi totalement du non-être et de l'être et élève-toi ainsi jusqu'à t'unir dans l'ignorance avec Celui qui est au-delà de toute essence et de tout savoir. Car c'est en sortant de tout et de toi-même (...) que tu t'élèveras dans une pure extase jusqu'au rayon ténébreux de la divine Suressence, après avoir tout abandonné et t'être dépouillé de tout."

Denys l'Aréopagite

(théologiemystique)

 

            Alors l'homme parvient au terme de la décréation. Il découvre l'être de son être. Il n'est plus. En lui, est celui qui est. La dualité s'efface, l'homme se découvre divin.

 

"Qui est Dieu ? Je ne puis penser à une réponse meilleure que celui qui est. Rien n'est plus approprié à l'éternité qu'est Dieu."

Saint Bernard

 

" Mon Moi est Dieu, et je ne reconnais d'autre Moi que mon Dieu lui-même."

Catherine de Gênes

 

"Je suis allé de Dieu en Dieu, jusqu'à ce qu'ils eussent crié, de moi, en moi : O toi moi."

Bayazid de Bistun

 

"L'individu est un pouvoir d'être de l'éternel, un pouvoir conscient et éternellement capable de relations avec Lui, mais Un aussi avec Lui au centre de la réalité de son existence éternelle. Cette vérité, l'intelligence peut la saisir (...) mais c'est seulement en l'esprit que cette vérité peut être entièrement réalisée, vécue et devenir un fait. Quand nous vivons en esprit, non seulement nous connaissons, mais nous sommes cette vérité de notre être."

                            Sri Aurobindo

 

 

23/04/2011

Rien n'est fixe, tout est mobile

 

Rien n’est fixe, tout est mobile. Le monde est en perpétuelle évolution. Alors pourquoi l’homme n’aspire-t-il qu’à la stabilité ? Les mondes minéral, végétal et animal se satisfont de ce mouvement perpétuel, car ils ne font qu’un avec elle. L’homme seul souffre de l’instabilité.

Il n’y a qu’en l’homme qu’existe le goût de l’éternité. C’est la part du divin, la petite lueur de l’esprit qu’il possède au fond de lui qui le fait aspirer à la paix éternelle. Sur terre, dans son corps, l’homme ne peut trouver la paix complète. La grâce par moments peut lui donner un aperçu de ce qu’elle est, mais seuls de rares êtres peuvent l’acquérir définitivement après une longue lutte. L’acceptation du mouvement, du changement permanent, est indispensable. C’est la condition nécessaire pour réaliser sa vie.

Chaque jour l’homme part en recherche et cette recherche lui fait progressivement percevoir en lui un pont au-delà du mouvement. C’est la porte étroite, la lumière qui existe en lui. C’est par ce point qu’il existe et que la vie lui est donnée. Il lui appartient alors, étant allé au fond de lui-même, de faire de ce point le centre de son être.

 

L’ensemble du cosmos est une projection de la pensée du créateur. Ce globe même est un rêve objectivé de Dieu, qui a puisé toutes choses dans son Esprit, de même que l’homme, au cours du sommeil, reproduit et anime sa propre création avec ses propres créatures.

Lahiri Mahâsaya

 

 

 

13/04/2011

Méditation de Genèse 1 : du 1er au 7ème jour (suite de Genèse du 29 mars)

 

 

               "La plus belle et la plus profonde émotion que nous puissions expérimenter est la sensation mystique. C'est la semence de toute science véritable. Celui à qui cette émotion est étrangère, qui n'a plus la possibilité de s'étonner et d'être frappé de respect, celui-là est comme s'il était mort. Savoir que ce qui nous est impénétrable exige réellement, et se manifeste à travers la plus haute sagesse, la plus rayonnante beauté que nos faibles facultés peuvent comprendre seulement dans leur forme la plus primitive, cette connaissance, ce sentiment, est au centre de la vraie religion."

Albert Einstein

 

 

 

 

Avant le premier jour

 

* Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre

 

Ce commencement qui nous semble à l'évidence le commencement des temps, est une mauvaise traduction du mot hébreu "bereshit". Le latin "in principio" et le grec "arche" traduisent mieux le sens intemporel du terme hébreu.

Certains exégètes considèrent ce premier verset comme un résumé de ce qui va suivre. Saint Augustin considère quant à lui qu'il s'agit du premier acte créateur, un acte qui se situe hors du temps. Manifestement, ce ciel et cette terre ne sont pas notre ciel et notre terre, créés aux 2° et 3° jours.

 Ce commencement ne marquerait-il pas l'apparition de deux états, de deux possibilités d'être en dehors de l'Etre unique de Dieu. Le premier état serait céleste, divin, mais distinct de Dieu ; le second, évolutif, étant seul imaginable à l'homme. Ce commencement serait donc une limite conceptuelle au‑delà de laquelle la pensée humaine ne peut pénétrer.

Admirons la profondeur du texte en notant que ce premier verset pose en premier lieu le caractère fondamental de notre monde : la dualité. Nous évoluons dans un monde dualiste où rien n'est concevable sans oppositions, différences, changements, impermanence. La pensée humaine elle-même ne peut être qu'en raison de ce caractère dualiste. Au‑delà de la dualité, il n'y a plus de pensée.  

                   

  * La terre était informe et vide

 

Ce verset est sans doute le plus fascinant du récit. Il conduit la pensée jusqu'à sa limite : l'absence de quelque chose. Certains diront qu'il s'agit du néant. Ne serait-ce pas plutôt un état virginal. L'univers, ou ce qui sera l'univers, est vierge. Ce sont les eaux primordiales entourées du néant. C'est l'apparition d'un état qui va permettre à un monde nouveau d'être. L'Esprit de Dieu est là, veillant sur cette nouvelle possibilité d'être avant même qu'elle ne soit. Sans ce souffle divin, les eaux ne seraient pas. Cependant les eaux et le souffle divin sont distincts.

 

 

  

Premier jour

 

Dans cette possibilité d'être que sont les eaux primordiales, Dieu va faire surgir la lumière, premier état matériel de l'univers.

 

 Avant la théorie de la relativité restreinte d'Einstein, les savants avaient décrit l'univers comme le contenant de deux éléments distincts, la matière et l'énergie. Einstein a montré, dans la célèbre équation E = mc2, que la matière est de l'énergie et que l'énergie est de la matière.

 Deux cosmologistes, l'abbé Lemaitre, un jésuite belge, et l'américain Gamow, donnent comme origine à l'univers un prodigieux et unique atome primitif, sorte de noyau de feu fait de pure énergie. Ainsi, la lumière, ou l'énergie, serait bien à l'origine de l'univers. C'est à partir de cet événement que l'espace, le temps, la matière vont pouvoir exister.

           

 Notons aussi que la physique moderne a mis en évidence que la vitesse de la lumière est la plus haute vitesse possible dans l'univers et la seule constante universelle. Sa vitesse ne varie pas en fonction du cadre espace-temps (équation de la transformation de Lorentz).

           

 Enfin remarquons que les savants n'ont encore pu déterminer la nature même de la lumière. Celle-ci, à l'expérience, se révèle tantôt corpusculaire, tantôt ondulatoire. En fait ce sont les conditions de l'expérience, l'observateur lui-même, qui crée le résultat du phénomène observé. Nous sommes ici à la limite des possibilités d'appréhension de l'homme. Celui-ci, spectateur et acteur dans l'univers, est prisonnier de lui-même. Sa raison ne peut aller au‑delà de ce qui constitue les bases de sa propre existence.

Ce premier jour, c'est le big-bang, proposé en 1927 par le chanoine catholique belge Georges Lemaître. Cette théorie de l’expansion de l’Univers fut ensuite mise en évidence par Edwin Hubble en 1929. Consultez les sites consacrés au big-bang et à la première photo de l'univers:

 

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 From : http://fr.wikipedia.org/wiki/Big_Bang

 

     

 Deuxième jour

 

Qui, en regardant le ciel un soir d'été, n'a jamais été saisi par le spectacle angoissant et fascinant de l’univers ? Fugitivement l'être entier se laisse pénétrer par l'immensité de l'espace, par l'inexorable écoulement du temps, par la froideur de la matière stellaire. Empli d'humilité, l'homme entrevoit les limites de la pensée, du savoir, en raison même de sa dépendance cosmique.

 

 Ce deuxième jour est celui où Dieu pose le cadre de notre monde : cadre conceptuel dans lequel la pensée va pouvoir s'exercer, cadre matériel qui est l'univers. Séparant les eaux du dessus des eaux d'en dessous, Dieu limite l'univers et en fait quelque chose de fini, un système propre à lui-même, se développant selon ses lois propres. Après avoir fait apparaître l'énergie et par là la matière originelle, il la limite dans l'espace et par là dans le temps.

 C'est encore Albert Einstein qui, dans la théorie de la relativité générale, mit en évidence que l'univers pouvait être décrit comme un "continuum à quatre dimensions" : l'espace (à trois dimensions), le temps (quatrième dimension) et la masse sont indissociables. Toute réalité existe la fois dans l'espace et dans le temps, et les deux sont inséparables. L'espace est simplement l'ordre de relation des choses entre elles. Si rien ne l'occupe, il n'est rien. En d'autres termes, sans matière, pas d'espace. Et de même que l'espace est seulement un ordre possible des objets matériels, de même le temps est seulement un ordre possible des événements.

 

L'univers se définit donc par la masse de matière qu'il contient. Cette masse originelle reste fermée sur elle-même, immense courbe cosmique close. Dans cet univers, il n'y a pas de lignes droites, seulement de grands cercles, et l'espace, quoique fini, est sans limites.

 

Une bulle de savon ridée à la surface en est peut-être la meilleure représentation. L'univers ne se trouve pas à l'intérieur de la bulle de savon, mais à sa surface, et nous devons toujours nous souvenir que, tandis que la surface de la bulle de savon a deux dimensions, la bulle de l'univers en a quatre, trois dimensions d'espace et une dimension de temps. La substance à travers laquelle la bulle a été soufflée, la mousse de savon, n'est qu'un espace vide. De plus, les observations astronomiques ont montré que toutes les galaxies de l'univers s'éloignent les unes des autres à des vitesses considérables comme si la bulle de savon grossissait en permanence.

 

Voir : http://ciel.science-et-vie.com/2010/07/05/lunivers-entier...

 

 

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Photo de l'univers prise par le satellite Planck.  Depuis sa lointaine orbite, parallèle à celle de la Terre, à 1,5 million de km d’ici, le télescope spatial de l’Agence spatiale européenne (ESA) vient tout juste d’achever la première partie de sa mission : scanner le ciel entier avec son télescope.

   

Enfin, cet univers fini n'est pas seulement une limite matérielle pour l'homme. Il représente également une limite conceptuelle, c'est à dire qu'il limite la pensée qui ne peut fonctionner que dans le cadre espace-temps-objets.

 

Jean E. Charron, auteur d'une théorie unitaire de l'univers, fait apparaître trois niveaux successifs d'appréhension du monde qui nous entoure :

- Le connu, qui s'appuie sur l'observation (méthode phénoménologique), mais qui ne peut faire abstraction de l'observateur. Son langage dit objectif s'appuie sur la notion d'objets.

- Le réel, qui est une généralisation du connu permettant d'accéder à une description de la nature indépendante de l'observateur. Son langage est symbolique. Ainsi la géométrie est le langage approprié à une description de l'univers.

- Enfin, ce n'est pas parce que l'on décrit l'univers au moyen de la géométrie que l'univers est de la géométrie. Ce qu'est l'univers, nous n'en savons rien. Nous n'en connaissons que l'image rationnelle que s'en est faite l'intelligence rationnelle. On ne peut savoir "ce qu'est l'univers" que par intuition, et, par définition, l'intuition est personnelle, donc ne peut constituer les éléments d'une science. Elle ne peut s'exprimer, se faire partager, qu'à l'aide d'un langage symbolique qui ne donne qu'une description et non ce qui "est".

 

  

 Conclusion

A chacun de poursuivre au‑delà cette méditation : apparition de la vie végétale, puis animale, enfin de l'homme. Elle nous a conduits de l'origine du monde à l'homme. Nous avons vu que le problème de l'appréhension de cette origine est moins matérielle que conceptuelle : la pensée rationnelle, fondée sur la dualité, ne peut aller au‑delà d'une certaine frontière. Le monde englobe l'homme ; l'homme, en tant qu'être matériel, est inséparable de l’univers ; il ne peut donc en franchir les limites.

 

 

         En appendice et à titre de curiosité sur ces réflexions qui ne sont pas nouvelles, empruntons ces dix propositions aux "Commentaria en scripturam sacram", de Cornélis Cornelissen von des Steen (1567-1637), jésuite belge, professeur d'écriture sainte à Louvain, puis à Rome.

 

1. Le monde des corps n'est pas éternel, car il a été créé par Dieu au commencement des temps.

2. Toute la création n'a pas eu lieu en un moment, mais elle s'est parfaite peu à peu dans les ères successives.

3. Le premier état de la terre était chaotique.

4. Le premier phénomène dans notre monde fut une grande lumière, ou un feu.

5. La loi que Dieu s'est imposée en créant le monde, c'est que les choses les plus simples et imparfaites apparussent d'abord et que les plus parfaites et complexes se produisent ensuite.

6. La terre, qui plus tard devait apparaître comme sèche et commencer à se couvrir de verdure, a émergé des eaux.

7. Pendant quelque temps, il n'y eut sur terre nulle vie, ni végétale, ni animale.

8. Les plantes terrestres ont émergé avant que les êtres nageant, rampant, marchant, eussent animé les eaux, l'air et la terre.

9. Les mammifères ne sont nés qu'après d'autres animaux moins parfaits et tandis que déjà les eaux grouillaient d'animaux divers.

10. La création de l'homme marque la fin du règne animal.

 

 

 

 

 

12/04/2011

Parabole soufie

 

Ecoute une parabole soufie :

 

Un homme frappe la nuit à la porte de sa bien-aimée. Elle demande de l’intérieur : « Qui est-ce qui frappe ? » Il répond : « C’est moi ». « Va-t-en », répond-elle avec dureté. Furieux et déçu, il s’en va.

Il essaie d’oublier sa bien-aimée en se livrant aux plaisirs du monde. Il n’y arrive pas. Il sent un vide immense et au bout de quelques années, il se tient à nouveau devant la porte de sa bien-aimée. Elle demande à nouveau : « Qui est-ce qui frappe ? » et il répond une fois encore : « C’est moi ». Et la dure réponse tombe à nouveau : Va-t-en ». Mais elle ajoute cette fois-ci une parole énigmatique : « Pourquoi ne trouves-tu pas le mot qui me ferait t’ouvrir ? »

Il se retire abattu, mais non pour aller au monde, mais vers la solitude. La sagesse grandit peu à peu dans son cœur, son amour se fait moins passionné, mais plus profond. Cet amour le conduit, maintenant paisible et humble, encore une fois jusqu’à la maison de sa bien-aimée. Il frappe doucement. Elle demande : « Qui frappe ? » Il répond silencieusement : « C’est toi ! » Et la porte s’ouvre immédiatement.

 

 

Le soufisme est un mouvement mystique apparu au VIIIème siècle dans l'islam. Initialement né dans l'orthodoxie sunnite, il a également influencé les chiites. Les soufis se sont organisés en confréries fondées par des maîtres spirituels. Chaque soufi se rattache à une "chaîne" qui représente sa généalogie spirituelle, grâce à laquelle il est relié par différents intermédiaires au Prophète.

Selon les soufis, toute existence procède de Dieu et Dieu seul est réel. Le monde créé n’est que le reflet du divin : "L’univers est l’Ombre de l’Absolu". Percevoir Dieu derrière l’écran des choses implique la pureté de l’âme. Seul un effort de renoncement au monde permet de s’élancer vers Dieu : "L’homme est un miroir qui, une fois poli, réfléchit Dieu". Le Dieu que découvrent les soufis est un Dieu d’amour et on accède à Lui par l’Amour : "Si tu veux être libre, sois captif de l’Amour".

 

29/03/2011

Genèse

 

"Qui suis-je ?"  Chaque homme, à un moment ou à un autre, se pose la question. Très vite, cette interrogation se dédouble : "D'où viens-je et où vais-je ?" Cette curiosité que nous avons sur nos origines est bien souvent une manière d'évacuer l'angoissante question de la mort. L'interrogation viscérale sur notre fin se transforme souvent, inconsciemment, en curiosité intellectuelle sur notre commencement. Chaque civilisation tente, avec ses moyens, de répondre à cette question des origines de l'homme. Notre civilisation n'y échappe pas. Matérialiste, elle cherche dans la matière, avec la science, l'origine de l'aspect visible et palpable de l'homme. Spiritualiste, l'hindouisme explique l'homme comme étant l'Un divin englobant la totalité (atman) qui revêt à chaque incarnation un corps différent qui lui permettra de prendre conscience de sa divinité originelle et de la réaliser.

Le livre de la Genèse, premier livre de la Bible, semble donner une réponse aux interrogations du chrétien. Cependant, cette explication, ou tout au moins la manière dont on nous l'a souvent transmise, nous gêne. En effet, certains catéchismes ont repris et simplifié la Genèse pour en faire un récit quelque peu enfantin où les deux premiers chapitres s'amalgament.

Il nous faut découvrir, en les relisant attentivement, ce que nous disent les deux récits de la création; puis prendre conscience que contrairement à ce que l'on pense, ils ne s'opposent pas à la conception scientifique de l'homme et de l'univers ; enfin tenter de comprendre comment à travers ces récits, c'est une conception globale de l'homme qui est révélée et non son origine dans le temps. Chaque récit apporte une vision différente de l'homme. Le premier en révèle l'aspect cosmique. Il est construit comme une pyramide à étages dont l'homme est le sommet. Le deuxième insiste plus sur l'aspect psychologique et pourrait se définir comme un cercle dont l'homme est le centre.

De nombreux exégètes se sont penchés sur les récits de la Genèse. Ils les ont décortiqués, analysés selon de nombreuses méthodes, comparés avec les mythes de l'époque. Il ne s'agit pas de reprendre les résultats de ces savants travaux qui n'étudient que l'aspect humain de l'Ancien Testament. Il ne s'agit pas non plus d'ajouter de nouvelles explications destinées à satisfaire notre curiosité intellectuelle. Il ne s'agit pas au fond d'éclairer le texte, mais au contraire de voir comment il peut nous éclairer sur les questions que nous nous posons. Il s'agit donc de faire naître une certaine harmonie entre nous et la révélation contenue dans le texte. Nous comprendrons alors que la Bible répond à la question "Qui suis-je ?" sans référence à une origine temporelle et matérialiste. Elle ne procède pas par raisonnement. Elle révèle l'homme dans sa globalité et son unité et le situe dans ses relations avec Dieu et avec l'univers.

 

CONTENU DU CHAPITRE 1 DE LA GENESE

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En lisant le premier chapitre de la Genèse, laissons nous porter par la beauté du texte, envahir par la vision cosmique qu'elle engendre et dépassons nos petites interrogations terre à terre et matérialistes sur l'origine de nos chromosomes. Au‑delà du visible commence un monde nouveau. Le récit entrouvre le voile de l'invisible à qui le médite en oubliant sa vision égocentrique des êtres et des choses.
Dieu est bien le centre du récit, celui par qui tout arrive, celui par qui tout existe. Il est présent à chaque phrase et est bien le sujet de toutes les actions accomplies.

 

Comment Dieu crée-t-il ?

En Dieu, la pensée, la parole, l'action sont une.

v Dieu crée d'abord par la parole
Dieu dit. Il crée en disant. Et comment dit-il, sinon par le Verbe ?

Deux sujets de méditation :

r Evangile selon Saint Jean :
" Au commencement était le Verbe, la parole de Dieu. Et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. Par lui tout s'est fait, et rien de ce qui s'est fait ne s'est fait sans lui."

r La parole est créatrice.
Notre parole est action, elle agit. Si la parole est mauvaise, elle engendre le mal, et inversement.
Prenons-nous garde à nos paroles ?

v Dieu crée ensuite par l'action
. Il sépare la lumière des ténèbres, les eaux du dessus des eaux du dessous.
. Il fait le firmament, les luminaires, les animaux terrestres.

v Dieu crée enfin par la pensée
Il se dit à lui-même "Faisons l'homme à notre image..."

 

Que crée-t-il ?

Il crée huit ensembles qui correspondent aux huit "et Dieu dit".  Ce sont :
. la lumière,   
. le firmament,
. le continent ou la terre ferme,   
. le monde végétal,    
. les luminaires (les astres),   
. le monde animal,    
. l'homme.

  Genèse tableau.JPG

 

Dieu crée dans le temps

Apparemment, Dieu crée en une semaine le ciel et la terre. Cependant ce n'est que le quatrième jour qu'apparaissent les luminaires dont un des rôles est justement de marquer les jours, donc de définir le temps. Sans astres, il n'y a ni jour, ni nuit. Les jours de la création seraient donc d'un autre ordre que les jours marqués par le soleil.  
La litanie "Il y eut un soir, il y eut un matin" ne marque-t-elle pas l'idée d'une lente gestation, d'un mûrissement progressif, d'une évolution de la création qui conduit l'homme jusqu'à l'image de Dieu. Il y a donc bien création dans le temps, mais ce temps n'est pas le nôtre. On pourrait dire que chaque jour de la création correspond à un cycle, une ère particulière qui, arrivée à maturité, permet la création d'une nouvelle période.

 

La création est bonne

"Dieu vit que cela était bon", "et Dieu vit tout ce qu'il avait fait : c'était très bon." 

v D'abord, que signifie "bon" ?
Il semble que le terme renferme deux significations :
. la beauté physique : la création est belle.
. le bien moral : la création est bien, conforme à la volonté de Dieu.

v Maintenant demandons-nous si nous sommes capables de voir cette qualité de la création. L'univers et l'homme nous apparaissent-ils comme bons ?
Il semble malheureusement que notre civilisation a perdu la faculté d'apprécier cette qualité. Pourtant tous les saints voient le beau et le bien de la création. A nous d'acquérir cette vision ! Et surtout n'objectons pas que c'est se voiler la face que de ne pas voir ce qui ne va pas. L'objection peut être renvoyée et les pensées pessimistes entraînent le malheur.

 

Poésie du texte

Admirons la poésie du texte et sa beauté. Il est scandé par des phrases clés qui reviennent à chaque étape :

v Il y eut un soir, il y eut un matin, ce fut le ... jour"
Seul le septième jour ne comporte pas cette phrase et rompt volontairement le rythme.

v "Dieu dit"
Cette phrase marque la création d'un nouvel ensemble.

v "Dieu vit que cela était bon"
La phrase revient dix fois. Seul le firmament n'est pas dénommé bon parce que les astres n'y règnent pas encore.

 

Conclusion

L'analyse du contenu nous a permis d'écarter ce que notre imagination, nos souvenirs de catéchisme y avaient ajouté. Nous sentons cependant l'insuffisance d'une telle méthode, même poussée à l'extrême. Le texte n'est ni une démonstration, ni une explication. C'est un récit derrière lequel se cachent des vérités qui ne sont accessibles que par une démarche différente. Il ne s'agit pas de comprendre le texte avec sa raison, mais de se laisser entraîner par sa puissance évocatrice pour s'ouvrir à la contemplation du mystère des relations entre l'homme, le monde et Dieu.

Le monde masque le mystère autant qu'il l’exprime :
. La méditation du premier au septième jour écarte le masque. Elle ouvre à la contemplation du cosmos, c'est à dire de l'univers, de l'homme en tant que partie de l'univers, et de leurs limites.
. La méditation du septième au premier jour conduit au delà du masque. Elle ouvre l'homme à la contemplation de sa propre intériorité et à une nouvelle vision du monde où Dieu se dévoile à la fois comme origine et comme fin, car il n'y a pas d'en dehors par rapport à lui.

SUITE :
. Méditation de Genèse 1 : du 1er au 7ème jour ;
. Méditation de Genèse 1 : du 7ème au 1er jour.
 

13/03/2011

Le mystère de la mort

 

La mort est un mystère, mystère qui effraie et qui attire. Elle nous pose la question de notre propre mort et par là même de notre propre vie. A l’abri de nos certitudes et des barrières que nous élevons, nous refusons souvent de constater que, nous aussi, nous pouvons mourir demain. Constat d’adulte que nous ne sommes pas prêts à faire, car il implique le regard sur la vie, sur ma vie. Suis-je prêt à mourir ?

Chacun de nous est à chaque instant confronté à deux tendances profondes qui influencent inconsciemment ses actes :

        D’une part, la pesanteur de notre condition humaine, biologique, pourrait-on dire. Elle nous incite à vivre sur l’acquis, l’avoir, à rechercher sans cesse une stabilité matérielle qui, nous le pensons, nous permet d’échapper au temps et au changement.

        D’autre part, la réalisation de notre vocation humaine, c’est-à-dire ce qui, en nous, nous pousse sans cesse à nous dépasser, à lutter contre la pesanteur. Chacun de nous ressent en lui, plus ou moins consciemment, ce besoin qui fait la grandeur de l’homme. Il est enfoui au plus profond de nous-mêmes, souvent caché, ignoré ; mais a été à un moment ou à un autre, ressenti. C’est l’appel de notre jeunesse à nous dépasser, à créer en nous et autour de nous un monde nouveau, à renouveler la vie en nous et autour de nous. C’est en cela que la vie devient plus forte que la mort, c’est en cela que l’être, en nous, se réalise.

Nous n’avons pas souvent conscience de cette lutte intérieure. Nous sommes entraînés par le mouvement du monde qui nous anesthésie. La mort d’un proche nous réveille et nous pose la grande question, celle de la mort, et, en corollaire, celle de la vie.

Je crois que la seule attitude possible est celle de l’acceptation : acceptation de notre condition humaine (nous sommes mortels à tout moment), mais dans le même temps, acceptation active de notre vocation humaine : faire fructifier la petite flamme qui, en nous, nous pousse, presque malgré nous, à nous dépasser. L’une ne va pas sans l’autre : comment accepter notre condition humaine sans savoir qu’on pourra s’y réaliser, comment réaliser notre vocation humaine sans accepter notre condition humaine.

Alors, quelle est cette vocation ?

Elle est dans sa propre réalisation, différente pour chacun, puisque chaque être est unique. Mais elle procède du même esprit pour tous.

En effet, l’existence se vit sous deux aspects :

        Un aspect extérieur : notre vie visible par les autres, qui s'étend à notre activité professionnelle, notre vie familiale, nos responsabilités sociales. Lorsqu’on est jeune, c’est cet aspect qui nous semble le plus important. A travers lui, on cherche à changer le monde. Il est source de satisfaction, de joie, d’instants de bonheur même, mais on y trouve également difficultés, soucis, peines.

        Un aspect intérieur : le jour où l’on comprend que réaliser sa vocation d’homme est infiniment plus subtil, que cela dépend moins de ce qui nous arrive que de la manière dont on l’appréhende et dont on le vit. Alors, on accepte le monde tel qu'il est et non tel que nous le voulons. On accepte notre condition d’homme et on commence à s’y réaliser. On ne voit pas seulement le combat que l'on mène par rapport à lui, mais aussi sa beauté. On entre en harmonie avec lui.

Réaliser sa vocation humaine, c’est entrer en harmonie avec les autres, tous les autres et non seulement ceux pour lesquels nous avons de la sympathie ; c’est également entrer en harmonie avec soi-même. Alors se révèle sa propre réalisation : l’homme fait l’expérience de l’invisible derrière le visible. Il découvre que l’au-delà et l’ici et maintenant sont une seule et même chose, que l’extérieur et l’intérieur sont un. Une joie profonde l’envahit.

C’est donc le sens que l’on donne à sa vie qui permet d’accepter la mort au moment où elle vient.

mort, vie, réalisation de de soi, harmonie, invisible

25/12/2010

Noël : Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu

« La vie nous révèle à nous-mêmes comme une capacité d’infini », témoigne Maurice Zundel dans l’introduction au Poème de la Sainte Liturgie[1]. Ce sentiment intime de l’infini nous habite tous sans que nous en ayons conscience. L’âme aspire à la révélation de sa profonde unité, elle cherche une réponse au besoin d’infini qui la travaille. Besoin de comprendre à travers la science, besoin d’appréhender la beauté par l’art, besoin d’extase dans l’aimantation de l’amour, besoin de l’Autre moi-même que l'on devine en nous. Et « il vous faut entrer encore plus avant dans vos recherches, vous identifier plus intérieurement avec l’objet qu’elles poursuivent[2] » jusqu’à identifier l’Infini comme une présence spirituelle et comme une vie débordante. Alors se découvre l’inépuisable fécondité que la sainte Liturgie évoque et réalise à tous les instants. « L’Infini est là, à portée de l’Esprit, au cœur de la matière transfigurée, qu’on ne peut plus voir que par les yeux de l’âme[3] ».

En ce jour de la nativité, nous sommes appelés à vivre plus intensément cette communion d’aspiration qui nous libère de l’angoissante recherche pour nous conduire à l’ultime découverte de saint Irénée de Lyon : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ».



[1] Maurice Zundel , Le poème de la Sainte Liturgie, Mame/Editions du Moustier, 1991

[2]  ibid

[3] ibid

19/12/2010

Le mariage : voie d'accomplissement

L'amour est un mystère : mystère de l'homme qui se tourne vers la femme, mystère de la femme qui se tourne vers l'homme, chacun d'eux pour trouver en l'autre son propre accomplissement. Source de vie, l'amour ne s'explique pas. Il est.

Cette réflexion sur le mystère de l'amour et du mariage a pour but d'inciter à une méditation sur un des cadeaux de la vie  et de ne pas perdre le trésor reçu.

 

Le mariage.pdf

 

 

02/12/2010

La vie

La question de la vie pose celle du sens de la vie, celle-ci pose également la question de la mort et de son sens et, au delà, de ce qu'il peut y avoir derrière la mort.

Rien ne nous le dira, même si les "Near Death Experience" ou expérience de mort imminente semblent apporter quelques éléments de connaissance d'un au delà derrière la fin de la vie. Peut-être est-ce à rapprocher de l'antimatière découverte en 1931 par Paul Dirac, prix Nobel, l'un des créateurs de la physique quantique.

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