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24/07/2022

Finitude

Efface-toi…
Que ta conscience descende en elle-même
Et s’amenuise en un centre
L’univers est ce point

La nuit, regarde le ciel d’été
Passe du voyageur palpable
Au vivant sans matière
Exhale ta vie matérielle

Anéantis-toi
Mais garde ton souffle de vie
Et ouvre ton être entier
Pour qu’il devienne

Devenir quoi ?
Ce point de conscience
Qui dévoile ton être
Et te fait tendre les bras

Un infime point de lumière
Un infini rayonnement
Le fini ultime de l’être
Une finitude libre de tout ce qui est

Chacun est l’être unique
Devenu libre par le souffle
Tu n’existes plus, tu es
Tu es l’univers et tu es là

Ici et maintenant
Rien ne te rattache
Le temps et l’espace
Et ce point devenu le tout

03/01/2022

Deviens-le !

S’ouvre devant toi la page blanche des jours
Comment la noircis-tu ?
Quelle ombre projette-t-elle devant toi ?

A-t-elle le parfum des jours heureux
Ou celui des désordres de l’être
Qui s’enfonce dans son autosuggestion ?

Ou encore sa blancheur fait-elle peur
À celui que tu prétends être
Pour qui le blanc s’assombrit au fil des jours ?

Choisis ton destin en ce premier mois
Fais-le devenir ton guide étincelant
Dans lequel tu t’oublies toi-même

Marche sans te retourner
Tu es autre que ce que tu crois
Alors, vis et deviens-le !

23/08/2021

Le monde

Le vide est-il néant ?
Le néant existe-t-il ?
Sûrement pas.
Ce n’est qu’un mot sans consistance
Et sans le moindre bout de matière

Le néant n’est rien
On ne peut qu’énoncer sa non-existence
Le vide est un tout, petit certes 
Qui existe par son absence de matière

Je suis, et toi, es-tu ?
Tu n’es que parce que tu me vois
Mais moi, je ne me vois pas
Alors, je ne suis rien, un néant

Il m’arrive de passer devant une glace
Je vois un être sans consistance
Un long fil sans fin et sans membres
Qui divague dans l’air et la rosée

Le néant est-il vide.
Le vide est-il néant ?
Je ne sais plus
Rien ne va en ce bas monde

 

22/05/2021

Aimable ou aimant

Rien n’est beau que le vrai !
Le vrai seul est aimable, dit Boileau.

Mais qu’est-ce qu’être aimable ?
Serait-ce être agréable ?
Certes non, même si c’est vrai.

Est-ce un être à aimer 
Ou est-ce un être qui aime ?

Qui aime qui entre les deux :
Celui qui aime ou celui qui se laisse aimer ?

J’aime me laisser aimer
Sans jamais chercher l’amour,
Qui vient à brûle-pourpoint.

L’amour seul te contemple et t’aime.

16/12/2020

La musique sacrée : expression de la parole divine (7)

Le verbe engendré et proclamé

Dans le Verbe et par le Verbe, en Christ, Verbe de Dieu, le chrétien découvre Dieu :

 

Il n'y a qu'un seul Dieu,
manifesté par Jésus-Christ, son Fils,
qui est son Verbe sorti du silence...
Ignace d'Antioche

 

             Dieu, en Christ, vient chercher l'humanité pour que l'homme trouve en Christ la déification.

             Nativité : l'immatériel s'incarne, le Verbe se fait chair, l'invisible se fait voir, l'impalpable peut être touché, l'intemporel commence, le Fils de Dieu devient le Fils de l’homme : c'est Jésus-Christ, toujours le même, hier, aujourd'hui et dans les siècles... Voilà la solennité que nous célébrons aujourd’hui : l'arrivée de Dieu chez les hommes, pour que nous allions à Dieu, ou plutôt pour que nous revenions à lui...

Grégoire de Naziance

 

             C'est en Christ que l'homme s'unit à Dieu et cette union est union avec chaque être et avec l'univers. Le Verbe réalise alors en l'homme l'harmonie. Le chant du monde devient le chant des anges. L'âme jubile, chante Dieu en des mots incompréhensibles : c'est le chant en langues, chant subtil, musique céleste d'où la science musicale est absente. Les voix s'harmonisent sans effort ni recherche. La pauvreté devient richesse : l'Esprit prie en nous. 

11/12/2020

La musique sacrée : expression de la parole divine (6)

L'annonce de la Parole

             Le Verbe parlé, répété, redit, perd sa force originelle. Aussi toutes les traditions font appel à la récitation chantée : cantillation, récitatif, psalmodie. Le mot vivifié par le son comme à l'origine de la création, pénètre et crée dans l'être un espace spirituel auquel il pourra se référer. La psalmodie restaure le Logos dans sa divinité. Elle permet de retrouver la Parole du début des temps et, par là, le nom véritable des êtres et des choses. Le chantre devient ainsi médiateur entre le monde d'en haut et celui d'en bas.

             La récitation du nom de Dieu est une pratique de concentration et de méditation utilisée par de nombreuses religions : prière de Jésus des moines orthodoxes, Dikr des soufis musulmans, Aum des hindous. Pour les non chrétiens, non enracinés dans l'incarnation, il s'agit du retour au Verbe en tant que son suprême :

 

* Pour les soufis, tous les sons supérieurs aboutissent à Hou. Ce son sacré, entendu dans le silence des méditations, est la secrète vibration de l'homme et des choses.

 

* Le sémitique Houa est à l'origine de Hava, Eve.

. Hou = Dieu non manifesté

. a = le manifesté

 

* Aum est la formule sacrée des hindous :

. A est le son clé du manifesté, le son pur avant l'articulation. "Parmi les lettres, je suis A", fait-on dire à Krishna. Il se chante sur Do.

. U ou O est l'état intermédiaire, la voie, modulé sur Mi ;

. M ferme la série des sons. Psalmodié sur Sol, Il est l'aboutissement, l'état informel.

L'accord parfait d'Aum résume la totalité des phénomènes sonores. Tous les mots qu'on peut créer y dorment.

 

* Le mot Amen a la même origine :

. A au début du mot, est le commencement,

. M au milieu est la fin,

. N est l'écho de M. En finissant naturellement dans le chant nasal du souffle, il représente la Vie.

 

07/12/2020

La musique sacrée : expression de la parole divine (5)

Dans beaucoup de religions, le Verbe est pensée, création et rythme :

* Le Verbe est d'abord pensée avant d'être parole. En lui, tout est présent avant d'être. Il est silence avant de s'exprimer. C'est pourquoi la musique religieuse authentique s'attache plus, grâce aux sons, à la découverte du silence intérieur qu'à une description sonore de la puissance divine. Avant d'être proclamée force de création, la Parole est méditée, contenue, jusqu'à ce qu'elle jaillisse en acte créateur.

* Le Verbe est création. Par le son, le Verbe extériorise les possibilités contenues en lui de toute éternité. La Voix dit, et en disant, elle crée le monde. La nature entière est faite de vibrations silencieuses que la musique fait découvrir. C'est la divine harmonie de Platon qui rejoint dans une intuition géniale les découvertes scientifiques les plus récentes sur la structure de la lumière et le jeu des atomes. La tâche du musicien consiste à recréer l'unité d'un monde qui nous parait parcellaire. Il met en harmonie les vibrations de l'être et de l'univers et re-crée ainsi le monde pour cet être.

* Le Verbe est aussi le rythme qui donne la vie. La vibration est rythme, le son est en soi rythme et les sons musicaux se combinent en rythme. Le vrai rythme régénérateur, qui dévoile le Verbe divin derrière les paroles humaines, est le fruit d'une confrontation entre notre temps intérieur et le temps musical et non une division mathématique du temps. Il conduit au retour du rythme premier, où les sons refont le geste du créateur.

 

02/12/2020

La musique sacrée : expression de la parole divine (4)

La musique sacrée est aussi et avant tout un moyen d'expression du Verbe, de la parole divine, créatrice et reconstructrice.

A l'origine : Le Verbe

Au commencement était le Verbe
Et le Verbe était avec Dieu
Et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement avec Dieu.
Tout fut par Lui,
Et sans Lui rien ne fut.

Saint Jean

 

L'idée que la création a pour origine la Parole, c'est à dire l'association du son et du mot matérialisant la pensée, n'est pas propre à la tradition chrétienne :

 

Au commencement était le créateur (Pradjapati))
Avec lui était le Verbe (Vak)
Et le Verbe était réellement le suprême Brahman.

Rig Véda

 

Hari Om! Ho ! Le Verbe est Dieu
Du Verbe, en vérité, toute chose est issue,
Tous nés du Verbe, ils vivent par le Verbe
Pour retourner à Lui, rentrer dedans !

Têttiriya Oupanishad
(cité par Lanza del Vasto dans Vinôbâ)

 

Lorsque Dieu exhala son nom, la lumière et la vie jaillirent avec le Verbe. C'est à dire qu'auparavant aucune vie n'existait, excepté Dieu lui-même. Et la parole fut prononcée à la manière prescrite par l'ordre de Dieu, et par le fait que le nom de Dieu fut prononcé, la Lumière et le principe de Vie jaillirent, l'homme et tout être vivant jaillirent ensemble.

Le BARDDAS (1,16) Tradition celtique

 

 

28/11/2020

La musique sacrée : ouverture et harmonisation de l'être (3)

          Les voies

 Pour Graf Dürckheim, il y a quatre champs privilégiés qui ouvre au numineux :

 . La grande nature : C'est ce champ qui parle le plus naturellement à l'homme. La contemplation de la nature émerveille. Elle dilate le corps et fait taire le mental. L'univers dévoile la beauté de la création et l'amour que Dieu lui porte.

 . L’éros : L'amour physique, lorsqu'il est l'aboutissement de l'amour, cette intense harmonie qui lie deux êtres jusqu'à ce qu'ils ne fassent plus qu'un, ouvre la porte aux mystères de la vie et de la mort. C'est une descente dans l'être pur qui se donne et qui donne. C'est la rencontre en un instant d'éternité.

 . L’art : L'œuvre d'art, lorsqu'elle remplit sa fonction, saisit et émerveille. Elle dévoile la beauté céleste à travers la matière, elle aide à contempler l'invisible derrière le visible. Voie de co-naissance, elle s'adresse à la part féminine de l'être humain et complète la connaissance intellectuelle plus spécifiquement masculine. Elle fait appel à l'intuition, elle englobe plutôt qu'elle ne dissèque, elle harmonise et permet de comprendre de l'intérieur.

 . La liturgie : Même pour le non croyant, la liturgie évoque l'invisible derrière le visible. Elle invite à s'agenouiller, à abandonner tout ce qui est moi et tout ce qui est savoir pour découvrir notre ultime réalité, celle où Dieu se dévoile dans notre nudité et nous comble de sa présence. Un des aspects de la liturgie est bien de pénétrer dans le mystère pour permettre à la Parole de Dieu de nous atteindre. Une liturgie qui n'inclut pas cette fonction ne permet pas de faire l'expérience intuitive du divin.

  

En conclusion     L’expérience personnelle du numineux, inconsciente, puis, recherchée consciemment, conduit à la véritable conversion, au retournement (convertere) de l'être. C'est une expérience plus large que l'adhésion à une foi, à une église. Elle emplit l'être tout entier et le projette face à l'absolu.

          La musique sacrée, dans son acceptation la plus large, favorise cette prise de conscience. Elle englobe la musique religieuse, propre à une confession et à une culture, mais inclut aussi d'autres genres de musique, toutes celles qui dépassent la recherche du plaisir ou de l'esthétisme.

          Ces musiques ne se contentent pas d'exprimer l'homme, elles constituent le langage que l'Esprit infini parle aux esprits finis. Elles ne mettent pas le son en valeur, elles le mettent au service de l'infini et du silence de l'âme. La musique remplit alors son rôle sacré, elle glorifie le divin et non l'homme.

24/11/2020

La musique sacrée: expérience du lumineux

Le terme mystique, qui se rapproche en français du terme musique, est devenu un terme galvaudé et péjoratif. Pour l'esprit scientifique moderne, le mystique est un doux rêveur dont les fantasmes religieux lui permettent d'éviter les souffrances du monde. Pourtant depuis des milliers d'années, des hommes de toutes races, de toutes religions, ont consacré leur vie à ce désir impérieux qui les poussait vers Dieu.

           Ne pouvant exprimer cette expérience, ils l'ont transmise par d'autres moyens : symboles, rites, liturgie, musique spécifique.

           Mais d'abord, quelle est cette expérience ? Comment l'éprouve-t-on ?

           

          L'au‑delà du voile

            Tout homme un jour ou l'autre, sans en avoir une conscience bien nette, a fait l'expérience de la caresse de Dieu qui fait tomber les écailles des yeux, qui débouche les oreilles et dévoile l'empreinte de son amour sur le monde et les êtres:

C'était un matin d'hiver quand le givre envahit la campagne...
C'était un soir d'été lorsque le soleil cesse sa course à l'horizon et suspend le temps...
C'était un jour un regard qui bouleverse par sa transparence et sa profondeur...
C'était le chant des moines au cours d'un office, lors de la visite d'une abbaye...
Instant d'émerveillement, de pureté et d'éternité.
Le monde se dévoile alors dans sa beauté intime comme la jeune mariée se dénude devant celui qu'elle aime.   

          L'expérience de cet au‑delà du voile peut se manifester très différemment, bien que ce soit une seule et même expérience :

. tremblement et crainte : le tout autre nous fait prendre conscience de notre petitesse ;

. intuition du mystère : comme un mot que l'on cherche dans sa mémoire et que l'on ne peut trouver ;

. dévotion et respect : l'être est pénétré d’admiration ;

. joie et allégresse : elle s'exprime par les cris, le rire et la danse, mais aussi par l'oubli des soucis du monde ;

. amour et communion : c'est la découverte de l'agapè, amour pour tous les êtres, toute la création, que chante si bien le cantique des trois enfants dans le livre de Daniel.

 

         La quête du numineux

           Alors commence la quête. Alors l'âme, comme la bien-aimée du Cantique des cantiques, ne cesse de chercher le bien-aimé qui l'attire dans une distance toujours renouvelée.

  

                           L'épouse parle : "J'ai cherché dans la nuit à savoir quelle est son essence... Mais je n'ai pu trouver. Je l'ai appelé d'autant de noms qu'on en peut nommer, mais aucun nom n'a eu la force de l'atteindre. Comment en effet pourrait-on atteindre par un nom celui qui est au-delà de tout nom".

Grégoire de Nysse

 

Cours aux sources, aspire aux fontaines,
En Dieu jaillit la source de la vie,
Une source qui ne peut tarir.
Dans sa lumière se trouve une lumière
Que rien ne pourra obscurcir.
Que ton désir aille à cette lumière
Que tes yeux ne connaissent pas.
L'œil intérieur se prépare à voir la lumière.
(L'ouïe intérieure fait silence face au logos)
A la source, la soif intérieure brûle de s'abreuver.
Augustin d'Hippone

 

 

          Cette recherche est la recherche propre du mystique, au‑delà des doctrines religieuses. Elle s'exprime différemment selon les lieux, mais elle est même.

 

          Notre culture chrétienne l'évoque à travers des termes que nous avons peu à peu déchargés de leur contenu mystique. L'église catholique propose les termes de naturel et de surnaturel au risque de dénaturer la puissance évocatrice du second et son étroite communion avec l'autre. En effet :

 Le surnaturel est une adoption, une assimilation, une incorporation, une transformation qui assure à la fois l'union et la distinction de deux incommensurables par le lien de la charité... Il est fait pour être en nous, sans être jamais pour cela issu de nous, venu de nous.

Maurice Blondel

           Puisant ses sources dans les écrits des Pères de l’Église, l'orthodoxie parle d'invisible dans le monde visible, ou d'immatériel ou encore d'inconnaissance.                                                 

     La manière de connaître Dieu qui est la plus digne de Lui, c'est de le connaître par mode d'inconnaissance, dans une union qui dépasse toute intelligence.

­Denys l'aéropagite

          Cependant, on note chez un théologien orthodoxe contemporain, Paul Evdokimov, la recherche d'un mot qui pourrait lui permettre d'exprimer justement ce que la notion de surnaturel recouvre :

      Avant tout, le sacré s'oppose aux éléments de ce monde et présente l'irruption de ce que R. Otto appelle "l'absolument autre", différente de ce monde... L'acte qui rend sacré retire une chose ou un être de ces conditions empiriques et le met en communion avec le numineux, ce qui change leur nature et fait immédiatement ressentir à l'entourage le mysterium tremendus, le tremblement sacré devant la présence du numineux. Ce n'est point la peur de l'inconnu, mais un effroi mystique très caractéristique qui accompagne toute manifestation du transcendant, son rayonnement énergétique à travers les réalités de ce monde.

Paul Evdokimov

  

Le terme numineux est de R. Otto :

"Si lumen a pu servir à former lumineux, de numen (divinité, puissance divine), on peut former numineux." (Le sacré, Paris 1929, p.22)

 

22/11/2020

La musique sacrée : ouverture et harmonisation de l'être (1)

Jamais la musique, telle qu'on l'entend actuellement, n'a été aussi présente dans le monde : chacun a la possibilité, sans avoir à jouer d'un instrument, d'en écouter quand il le veut grâce à la radio, au magnétophone, au disque, ou même de la subir (sonorisation des espaces commerciaux, etc.). La musique nous enchante, nous envoûte, nous sature. Elle est utilisée non plus pour elle-même, mais pour les effets psychologiques qu'elle produit en nous : refrains publicitaires, musiques de film, rock...

           La musique est partout présente et pourtant jamais l'homme n'a eu autant besoin de musique. On peut même dire que le bruit de fond musical dont beaucoup s'entourent est inconsciemment un appel à une autre forme de musique; celle qui va nous faire prendre conscience de notre véritable être, qui va l'harmoniser avec ce qui nous entoure, qui va nous aider à combler le vide de la vie et approfondir l'intuition d'un au‑delà du monde.     

     Ce constat fait ressortir les différents aspects recherchés dans la musique :

 Le plaisir et le divertissement : la musique me distrait et crée une ambiance favorable à la vie en société.

 L'oubli et le fantasme : la musique permet de s'évader du quotidien, d'oublier ses pensées et fait naître en nous des images et des rêves éveillés.

. L'ordre et la rationalité : la musique est un art très organisé. Platon voyait dans la théorie musicale une des clés de la connaissance du monde. Elle constitue un savoir à acquérir et une recherche à développer. Elle devient de plus en plus un domaine de spécialistes.

. L'évocation de l'invisible et l'éveil au spirituel : la musique est une porte qui permet d'accéder au voile du Temple et d'en soulever un pli. Elle transcende l'être et l'harmonise avec l'univers. Elle fait vibrer l'esprit de l'homme et le met en contact avec l'Esprit divin. 

           Ce dernier aspect de la musique est peu connu. C'est le jardin secret des hommes pour qui la vie est une montée vers la lumière à travers la transformation de l'ego. Il inclut les autres aspects, mais les purifie et les transcende. Cette forme de musique peut être appelée musique sacrée, terme préférable à celui de musique religieuse, trop restrictif, ou de musique spirituelle, trop manichéen.

            La musique sacrée englobe l'aspect le plus profond de la connaissance au-delà de l'aspect intellectuel, intégrant l'être avec l'objet de sa recherche : la co-naissance (naître avec...). Elle a pour finalité de faire renaître, et on peut dire que, comme la conversion, elle englobe plusieurs niveaux de co-naissance :

. Elle est d'abord moyen d'éveil à l'invisible à travers le visible, à l'inaudible à travers les sons. C'est la découverte du numineux.

. Elle est aussi expression de la Parole de Dieu, lieu où le mot et le son s'unifient et touche la profondeur de l’être ;

. Elle est enfin pour celui qui a expérimenté ces deux premières étapes, un chemin de purification et d'ascèse. Dans le chant sacré, l'être oublie le moi, s'unifie à l'Esprit et jubile de joie.

04/06/2019

Matière et esprit

Comment définir ce lien intime qui peut surgir entre un objet et la conscience, entre la matière et l’esprit ? Il ne s’agit pas d’un mouvement de va-et-vient partant de soi et réfléchi sur l’objet jusqu’à une intensification de la conscience en présence de l’objet. Il ne s’agit pas non plus d’une pénétration de l’objet par une perception plus vive et plus consciente jusqu’au fond de nous-mêmes. Peut-être s’agit-il d’une sorte d’entrée en phase de rayonnements émis entre les deux, créant un champ de vibrations concentriques. Ce champ aurait le pouvoir de nous sortir de nous-mêmes et de faire monter vers une conscience plus aiguë l’être dans son ensemble. Elle est à la fois connaissance (projection de l’univers vers l’homme) et amour (projection de l’homme vers l’univers).

Cette osmose supprime toute forme de dualité sujet-objet, créant non plus une harmonie de la pensée et l’être, de la pensée et de l’action, mais une unité d’être qui pourrait aussi constituer un nouvel humanisme.

03/10/2018

Être

 

« Je suis celui qui est »

 Ramener toute chose à l’être, car, s’il n’y avait pas d’être, il n’y aurait pas de pensée.

C’est pourquoi il est nécessaire de se dire en face de chaque personne : « Il est », de la même manière, avec la même intensité que l’on se dit : « Je suis ».

En poursuivant cette démarche, on en viendra à dire :

« Je suis parce qu’il est ».

 

29/06/2017

"Je suis celui qui suis"

Dieu ne se nomme pas lui-même. Il n’est que celui qui est. Il est le seul qui sache qui il est.

L’homme se cherche en permanence sans jamais se trouver. Il se cherche à l’extérieur de lui-même, sans cesse aux aguets. Puis il se cherche en lui. Mais qui cherche qui ? Débarrassé de son moi, il continue de se chercher. Dieu devient Toi et non plus Il. L’autre est peut-être la réponse à cette interrogation. Mais cet autre n’est pas moi, juste un double de moi-même qui ne sait qui il est. Dans un troisième temps, je parle à Dieu et l’écho résonne dans la caverne de l’univers, puis, au-delà, du vide. Ce vide est-il le néant ou autre chose, Dieu peut-être ?

Ainsi, je suis homme et je suis par celui qui « suis ». En fouillant au fond du moi, l’homme trouve le soi. Mais s’il cherche à nouveau au-delà, il découvre que le soi n’est que le suis de celui qui est. Je ne sais qui je suis, mais je sais que je suis semblable à celui qui est, de toute éternité.

Dieu n’a pas de nom ou, plutôt, il a tous les noms. Dépouillé de moi-même, je n’ai plus de nom et je deviens tous les noms, sauf le seul qui est « Je suis ». Et je ne peux dire je suis parce qu’il est en moi, au plus profond de moi-même. Je ne suis plus parce qu’il est moi. Alors lui seul peut dire « Je Suis ».

Parce qu’il dit « Je Suis », le vide devient plein, le néant devient le tout, l’obscurité devient lumière. Il n’y a plus ni extérieur ni intérieur, il y a « Je Suis » qui est Lui, Toi et Moi, c’est-à-dire Soi.

Voilà pourquoi Dieu ne peut être la propriété des croyants d’une religion, quelle qu’elle soit. Dieu m’est si intérieur et je suis si unique, si singulier, que je ne peux dialoguer avec lui qu’en bannissant le moi. Alors, je suis parce que Je Suis est en moi.

02/12/2013

Le café du matin

L’homme se pencha sur sa tasse. Le café était noir. Il reflétait l’éclat de l’ampoule au-dessus de la table. En se penchant, il voyait même les quelques mèches de cheveux qui lui restaient. Pour la première fois depuis longtemps, il avait dormi jusqu’à six heures, enveloppé dans une couette chaude, la fenêtre ouverte sur la nuit calme. Il s’était réveillé avec douceur alors que bien souvent, en une seconde, il était sur ses gardes, prêt à tout.  

 Il n’avait pas pris conscience de cette exceptionnelle nouveauté. Il était allé fermer la fenêtre, avait passé sa robe de chambre et était descendu à la cuisine. Machinalement, il avait rempli d’eau le réservoir, avait versé le café moulu dans le filtre et avait attendu que la magie s’opère. Pendant ce temps, il avait été cherché dans le frigidaire le nuage de lait nécessaire pour combattre l’amertume du café au réveil. Il en versa un filet dans ce noir étincelant, lumineux. Celui-ci se troubla, commença à tourbillonner, laissant voir des filaments blancs dans ce maelstrom qui sembla accélérer, puis progressivement ralentir. Le noir dominait. Le lait cachait sa blancheur. Où était-il passé ? Bientôt, le liquide redevint sombre, juste un peu troublé. Il prit sa petite cuillère et la remua légèrement, avec douceur et précaution. Apparurent des nuages blanchâtres, accumulés en volutes, comme un ciel précédent l’orage. Ils se remuaient avec lenteur, comme chargés d’électricité, montaient vers la surface du liquide et redescendaient sans offusquer le miroir. Un petit coup de doigt sur la cuillère et les circonvolutions s’épaissirent, envahirent le liquide d’une crème chocolat mêlée de chantilly. En une seconde, le café prit la couleur de la savane, des dunes et de l’argile. La pureté de son ton dépassait l’espérance. La surface ne reflétait plus l’ampoule au-dessus d’elle. Elle rayonnait de l’intérieur, par sa blancheur crème, par sa noirceur voilée. L’osmose était là. Elle le laissa rêveur.

 « C’est ma vie. Je la voyais noire comme l’encre. Parfois j’entrevoyais quelques bonnes choses sous-jacentes. Mais, le plus souvent, elles étaient recouvertes de l’obscurité de l’effort et de mes insuffisances. Mon destin s’achève. Je l'imaginais noir. Il vient de prendre sa couleur finale, celle d’un galet usé par l’eau qui dévale maintenant sous la poussée du courant la pente des générations. Il a la fragilité d’une coquille d’œuf, la réfraction des embruns de la mer, la majesté d’une étoffe de lin. Oui, Dieu nous façonne à notre guise. Il est temps de partir et de laisser ce brassage à d’autres. Je ne suis ni le noir du café, ni le blanc du lait. Mais je vois maintenant un ciel d’ivoire dont la lumière intérieure éclaire un destin unique. »