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14/04/2017

Vendredi saint

La mort a saisi le soleil
Et l’a fait tomber de son échelle
L’obscurité envahit les cieux
Et porte un coup fatal au cœur de la lumière
La terre tremble, son corps s’éteint
Son âme libérée suit la pesanteur
Puis d’un coup de pied trois jours plus tard
S’échappe des ténèbres acides
Enveloppée de lumière, revêtue de l’humain
Et plane sur le monde à jamais
Plus légère que la plume
Mémoire du divin
Dans le silence de l'oubli

 ©  Loup Francart

13/12/2016

Humanité

L’histoire du vivant est l’histoire d’une complémentarité matinée d’opposition. Cette dichotomie ne concerne pas que le sexe, elle est à la base de la construction de l’univers. Le noyau d’un atome est constitué de protons, chargés positivement, et de neutrons, électriquement neutres autour duquel se distribuent des électrons, chargés négativement. Grâce à la théorie quantique, on a découvert que les protons et les neutrons contenaient des quarks (nommés up et down), tandis que les électrons sont pourvus de leptons. Ce sont eux qui sont maintenant considérés comme des particules élémentaires. Sans entrer dans les détails, la matière elle-même est sexuée, certes d’une manière différente, mais réellement, d’une part par le fait des charges, positive ou négative, des particules élémentaires, mais également par l’existence de l’antimatière, dont les charges sont inversées.

La perpétuation des espèces est passée assez vite de la reproduction asexuée, assimilable à un clonage naturel, à la reproduction sexuée, assurant le brassage génétique. Dichotomie, là aussi, permettant l’éclosion de la diversité. La vie implique donc l’existence de deux individus différenciés, partenaires en concurrence, mais obligatoirement complémentaires, qui disposent d’instincts, de sensations, et, in fine, de sentiments eux-mêmes différenciés. On ne regarde pas et on ne vit pas le monde de la même manière que l’on soit femme ou homme. C’est cette différence qui fait la richesse de l’humanité et lui permet d’aspirer à une autre vie, la vie surnaturelle qui elle est neutre, c’est-à-dire asexuée. Et on retrouve là l’organisation des particules élémentaires.

Imaginons maintenant un monde sans sexe, une humanité qui se reproduit automatiquement sans intervention de la volonté, c’est-à-dire sans attirance entre les individus selon qu’ils sont hommes et femmes. Est-ce possible ? Très probablement oui, mais quelle perte de richesse et que la vie serait morne sans cette grâce qui englobe les deux sexes. Hier, en regardant un film, m’est apparue cette suggestion. Plus de 90% des attraits de l’univers sont dus à cette dichotomie : homme et femme il les fit. Imaginez une humanité sans sexe : morne plaine, horizontal désert, encéphalogramme plat. Que pourraient-ils se raconter ?

Oui, pour notre plus grand bonheur, nous sommes différents et cette différence est notre richesse. Elle donne à la vie le piment indispensable à la réalisation de soi, jusqu’au moment où l’on dépasse cette exigence. Mais peu d’hommes ou de femmes y arrivent !

03/11/2016

Maxime

 

Comme nous aimons nous vautrer dans notre condition d’homme

Ce n’est pas de l’orgueil

C’est l’effet de la pesanteur

 

 ©  Loup Francart

27/09/2014

Culture

Dans un premier sens du terme, la culture est la mise en valeur d’une terre pour y faire pousser  de quoi nourrir les êtres. La culture a donc pour fin la nourriture et l’épanouissement du corps de l’homme. Ce fut un progrès considérable que ce passage de la cueillette à la culture. L’homme s’y enrichit non seulement matériellement, mais également conceptuellement. Il passe par un intermédiaire qui devient indispensable et qui mérite tous ses efforts, la terre, pour enrichir son environnement et le rendre plus apte à l’enrichir lui-même.

Progressivement le sens du mot s’est élargi à un environnement général favorable au développement d’une espèce. C’est ainsi que l’on parle de bouillon de culture pour désigner un milieu nutritif approprié au développement des microbes. Pour l’homme on parle également de la culture physique en tant que pratique d’exercices et de mouvements permettant d’assurer le développement harmonieux du corps.

Enfin, le terme culture en est venu à désigner un ensemble d’activités et de processus mentaux permettant à un ensemble humain de s’élever au-dessus de sa condition purement naturelle et de se distinguer d’autres groupes. Ainsi la culture s’acquiert et n’est pas de l’ordre du naturel. L’Unesco en donne une définition intéressante : « Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd'hui être considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts, les lettres et les sciences, les modes de vie, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. » (Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles. Conférence mondiale sur les politiques culturelles, Mexico City, 26 juillet - 6 août 1982).

Plus récemment on a distingué la culture individuelle de la culture collective. La première, dite culture générale, correspond à l’ensemble des connaissances qu’un être humain a sur le monde. Elle inclut des connaissances très diversifiées qui donne une valeur à chaque être d’une manière différente de l’avoir. Elle lui donne un surplus d’être au-delà des richesses matérielles. Certes, certains y voient  une conception élitiste de la culture qui s’oppose plus ou moins à la conception collective de la culture qui permet le vivre ensemble en harmonie et, in fine, de créer une civilisation propre qui se distingue des autres. Disons que la culture collective est un système de croyances, de valeurs, de coutumes et de comportements se transmettant de génération en génération et qui permet d’affronter les autres et de s’épanouir dans le monde. La civilisation englobe la culture et montre le résultat de celle-ci dans les réalisations matérielles et immatérielles qu’elle laisse en héritage.

Mais allons un peu plus loin. Comme l’explique Jean-Paul II (discours à l’Unesco à Paris, le 2 juin 1980), la culture est ce par quoi l’homme en tant qu’homme devient d’avantage homme, « est » davantage, accède davantage à l’ « être ». La culture élève l’homme au-dessus de sa réalité naturelle pour lui faire découvrir sa réalité surnaturelle. La culture spiritualise la matière, la soumet aux forces spirituelles de l’homme et, dans le même temps, lui permet d’incarner matériellement sa spiritualité. Elle procède ainsi d’un double mouvement entre le naturel et le surnaturel dans lequel l’humain est à la fois acteur et spectateur.

Et pour revenir à la définition première de la culture, il s’agit d’un terreau qui facilite l’épanouissement de l’homme grâce à l’apport des générations passées et de la société spécifique dans laquelle il vit. Ce terreau collectif lui permet de participer lui-même à cet enrichissement de la société grâce à son enrichissement personnel. Ainsi culture générale d’un individu et culture collective ne s’oppose pas, contrairement à ce que prétendent certains sociologues, mais se complètent et s’enrichissent mutuellement.

18/09/2014

La vie et le multiple

Assis devant sa table de travail, il ne sait que faire. Elle est jonchée de papiers et chacun d’eux est un morceau d’être : des cartes de visite à l’image de leur propriétaire, la présentation d’une exposition, les fils des nombreux appareils permettant de rester en contact avec le monde, des dossiers, une statuette africaine, un étui à lunettes et beaucoup d’autres choses encore.

La vie est semblable à cette multiplicité. Le plus souvent nous sommes fixés sur un but et ne voyons plus cette multitude inopportune. Mais si nous fouillons dans les poubelles, nous comprenons comment nous fonctionnons. D’ordinaire, nous rejetons ce qui ne nous intéresse pas. Parfois aussi, nous rejetons ce qui nous intéresse et que nous avons accumulé. C’est le grand ménage.

Alors la vie passe devant nous, nous la contemplons, nous lui disons adieu et nous ouvrons les yeux sur un monde nouveau.

07/09/2014

Sculptures de Ron Mueck

Drôle de sculptures! Des hommes et des femmes aussi vrais que nature, mais multipliés par deux, trois et même plus. Le sculpteur au travail.

Mais où va-t-il chercher ces idées ?

30/06/2013

La dernière traque

L’art de la guerre est l’utilisation du vide. Ne voir que le plein des armées conduit à l’affrontement avec ses risques d’échec ou au moins de blocage. La manœuvre consiste à utiliser le vide pour s’emparer du plein.  Celui-ci tombe comme un fruit mûr.

Le même constat est fait dans "Le rire de l’ogre", ce roman de Pierre Péju dans lequel Dodds dit : « Une sculpture, bien lourde, bien dure, c’est aussi à ça que ça sert : à révéler du vide. Tu vois l’espace entre les formes, c’est aussi une forme ».

De même encore, on ne se sent vivant que lorsqu’on se débarrasse de ses propres richesses. La difficulté de tout être vivant est de trouver cet équilibre entre la connaissance par l’expérience que donnent les années et l’amour ou la confiance qu’apporte une virginité à entretenir. Le noir et le blanc. Le blanc seul n’a pas de sens, il n’est que vide. Le noir seul est également vide. L’harmonie naît de cet équilibre entre le blanc et le noir, la marque d’une vie sous le regard de Dieu.

Selon les âges il appartient à l’homme de mettre l’accent sur un ou l’autre aspect. Il appartient à l’homme jeune de construire sa personnalité. Mais il lui faudra un jour ou l’autre la remettre en question sous peine de ne plus avancer. Il lui faudra se déconstruire pour poursuivre son enrichissement. Il devra abandonner certaines richesses physiques ou psychologiques (ses passions ?) pour progresser sur le chemin de la vie, et cela jusqu’à son dernier jour. Mais comment atteindre cette virginité d’esprit lorsque ces richesses sont grandes ? Plus l’on a reçu, plus il est difficile de ne pas s'enfler.

Méditer, c’est l’art de redécouvrir sa virginité, de redécouvrir le vide entre les pleins, c’est un art de guerrier. La dernière traque : celle de son propre fantôme fabriqué de toute pièce, qui n’est qu’apparence et fumée.