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26/12/2017

Le mur quantique de la noosphère (2)

Ce monde invisible ou plutôt ces mondes invisibles s’abritent derrière une frontière perceptible  que certains appellent le numineux. Le numineux est, selon Rudolf Otto et Carl Gustav Jung, ce qui saisit l'individu, ce qui venant « d'ailleurs », lui donne le sentiment d'être dépendant à l'égard d'un « tout Autre ». Là la compréhension du monde est en effet toute autre. Le mystère divin se laisse entrevoir, mais sans jamais se dévoiler réellement. Le réel et l’imaginaire peuvent se confondre. L’intérieur et l’extérieur de l’être se côtoient. Mieux même, ils s’appuient l’un sur l’autre. Le numineux procure un état de fascination et d’effroi conjugués. C’est une frontière marquant le passage d’un état à un autre, entre le monde matériel et le monde immatériel, mais bien réel de l’esprit. Le numineux est la frontière perceptible du passage du Moi vers le Soi.

Ce monde invisible peut commencer par le monde astral, c’est-à-dire le monde des expériences et des rencontres ésotériques. Il se caractérise par des expériences hors du corps (transes, bilocation, translation, dédoublement, décorporation, lévitation) ou par la présence d’entités de nature très diverses qui peuvent être maléfiques ou bénéfiques ou encore par des sensations (bourdonnement, voix, rires, légèreté, sensation d’énergie, de légèreté, de chute dans un trou, etc.). C’est un monde dans lequel les sensations peuvent être vraies ou imaginaires, comme le monde quantique dans l’univers physique. Ainsi l’ésotérisme pourrait disposer de ses propres lois, inintelligibles pour un esprit rationnel.

Mais plus profondément et sans passer par l'ésotérisme, le monde invisible ne se dévoile que dans la perte de sentiment du Moi. Il ne s’agit pas réellement de la notion de Moi telle qu’elle est développée en psychologie et en psychanalyse, comme, par exemple,  le soi primaire des nouveau-nés de Michael Fordham ou le soi de la pyramide des besoins d’Abraham Maslow (notion d’accomplissement de soi), ou encore la notion de concept de soi et d’estime de soi en psychologie sociale. Tournons-nous plutôt vers la notion d’un Soi au-delà du moi, qui ne se dévoile que lorsque l’être a pu se débarrasser de ce moi encombrant qui l’empêche d’accéder à une autre vision et à un autre monde, qui est tout autre que ce que le moi permet de percevoir du monde qui l’environne. C’est le Soi dont parlent les sages hindous, les maîtres du zen ou les mystiques des religions, même si ceux-ci emploient d’autres mots pour qualifier cet état d’être.

Pour faire une comparaison hasardeuse, on pourrait dire que l’idée de numineux s’apparente à l’existence, concept maintenant démontré, de trou noir en cosmologie. Le trou noir possède un champ gravitationnel tellement intense, qu’il empêche toute forme de matière ou de rayonnement de s’en échapper. Il est défini comme une singularité gravitationnelle occultée par un horizon absolu appelé horizon des évènements.

On pourrait également qualifier ce monde invisible de lieu de réunion des contraires, mais il est plus probable que ce lieu de réunion des contraires soit le véritable monde spirituel, rassemblant les contraires, c’est-à-dire le matériel et le spirituel, le réel et l’imaginaire, l’être le non-être.

Ce n’est pas encore le monde spirituel, car le monde spirituel est un monde sans temps ni espace, donc ni mouvement puisque le mouvement exige de l’espace pour se déplacer et du temps pour accomplir ce déplacement. Il est très vraisemblablement sans corporalité physique, mais peut-être pourvu d’une autre corporalité de nature différente telle que l’âme.

18/12/2017

Le mur quantique de la noosphère (1)

La poésie et l’imagination peuvent amener à des découvertes surprenantes. Cette nuit, devisant avec moi-même dans la cuisine devant un bol de café, s’assimilèrent en un éclair le monde physique et le monde des idées, c’est-à-dire la noosphère. Dans ce dernier monde, on navigue entre des idées, des impressions, des sentiments, des réactions, bref, en un univers ordonné et cohérent dès l’instant où l’on a su le découvrir avec rationalité et en tirer quelques règles relativement simples. Cette cohérence est donnée par la parole qui lie entre elles les représentations visuelles, sonores, tactiles, gustatives, odorantes et qui permet de les exprimer et de les partager. On pourrait dire que la parole est comme la gravité, elle maintient en cohérence le monde des idées qui nous entoure et nous permet d’appréhender la vie.

L’homme a toujours senti une attirance pour aller au-delà de notre monde physique. Tous les grands mystiques, chercheurs, artistes ont tenté de faire comprendre à leurs contemporains cette vision d’un monde tout autre qui les a transformés. Ils se sont exprimés selon l’objet de leurs recherches, mais derrière les apparences, c’est bien une même présence qui les attire et à laquelle ils consacrent leur vie. Certes, ce nouveau monde n’est pas perceptible directement et ne se dévoile jamais clairement. Mais des éclairs d’intuitions ont fait franchi le mur à ces élus et pénétrer dans le calme et la tempête, là où le temps et l’espace n’existe plus. On pourrait comparer cela à un trou noir du monde de la matière, mais c’est ici un trou blanc qui éclaire et guide la vision. Quelle exaltation les saisit ! Ces éclairs les transforment, les allègent, les enchantent. Revenu dans le monde habituel, ils ont contemplé leur vie et décidé d’approfondir cette surprise stupéfiante : il y a un monde invisible derrière le monde visible.

De même qu’il y a une frontière conceptuelle entre le monde de la physique gravitationnelle et le monde de la physique quantique, l’un et l’autre se comportant avec des lois différentes, on constate, par expérience personnelle, l’existence d’une frontière entre le moi bien ancré dans notre monde physique habituel et le soi appartenant au monde du sacré ou monde des symboles dont parle Jung. Peut-être même peut-on dire que ce monde qui se dévoile à nous est en lui-même une frontière qui mène au monde spirituel, frontière entre le moi et l’âme. Disons frontière parce que cet état est trouble et fait vivre dans les deux mondes sans que le choix soit fait définitivement par celui qui l’expérimente. Numineux, tel est le terme que certains emploient. Et ce terme est volontairement à double sens : d’une part, fascination à l’égard de la perception du divin et séduction  par cette présence immatérielle, d’autre part effroi et terreur  face à l’incompréhensible et au mystère. L’expérience de ce numineux est donc trouble et difficilement définissable, de même que l’expérience entre le monde physique géré par la gravitation et le monde quantique dont les lois sont fondamentalement différentes. Ainsi, dans le monde quantique, on peut être et ne pas être en même temps, comme l’a mis en évidence l’expérience du chat de Schrödinger à laquelle le physicien Everett a donné une étrange explication. L’univers serait une immense onde quantique, somme des possibilités et impossibilités de tout ce qu’il contient, imaginables ou non, toutes ces possibilités existant simultanément, comme autant de chats à la fois morts ou vivants. Toutes les possibilités existent à chaque instant, mais elles ne sont pas visibles. Il existerait donc une inconcevable multitude d’univers parallèles où toutes les possibilités sont réalité.

Pour ce qui est du monde de la pensée que l’on pourrait également appelé monde de l’information, on constate la même frontière entre le monde du rationnel (celui de la noosphère, somme des pensées sur le monde physique) et le monde spirituel ou monde du sacré, seul accessible par le numineux, état trouble et indéfinissable qui contraint l’être à revoir sa vision de l’univers et de la vie. Mais ce n’est que l’ouverture sur plusieurs mondes : le soi permet d’accéder à la connaissance de l’âme, entité du monde spirituel, puis, au-delà, au monde du Tout divin que certains appellent le Tout autre pour ne pas employer un terme rappelant celui de "Dieu", trop empli d'appropriations exclusives.

14/09/2015

Le fond de l’être

Deux jours, deux jours que je vis à la superficie de moi-même. Je racle les parois de la bulle sans jamais me promener  dans l’azur de la seule réalité, le Soi. Le paysage est rugueux, fait d’événements parcellaires, de rires et d’inquiétudes, de rencontres et de ruptures. Rien de suivi dans ces deux jours. La succession devient la norme, je suis sans continuité.

Mais au fond de moi, auquel je n’ai plus accès, je sens la rébellion gagner. C’est une grosse vague que j’entends et qui va tout recouvrir. Que restera-t-il après son passage ? Je ne sais. Pour l’instant je fais le gros dos et préfère ne rien savoir, ne rien penser, n’être que sensations et émotions. Au-delà, une mousse trouble de pensées éparses qui constituent une soupe impénétrable. Une odeur, puis un bruit, puis le toucher frais d’un rêve… Rien de tout cela ne permet d’avancer. C’est une stagnation de l’être, une dissolution du moi dont on ne comprend le mécanisme que lorsqu’il est déjà enclenché. Comme il est difficile de s’en défaire. Je suis comme une bulle d’air enfermée dans une bouteille. Elle courre à la surface contre le verre, séparé par cette attraction du plus léger et désormais rien ne la fera redescendre dans le liquide bouillonnant de la vie réelle, dans cette douceur impensable de l’absence de moi-même. Qu’il est loin ce fond de l’être qui borde le moi et devient le soi.

Alors plonge en toi-même, rassemble tes forces pour te concentrer sur cette descente, prend une apnée, insuffle-toi l’absence pour vivre la présence !

 

24/12/2012

Musique religieuse chinoise

http://www.youtube.com/watch?v=zuvGyqCkwDM&NR=1&feature=endscreen

 

Où est-ce ? Peut-être en Chine. Pékin, Shanghai ? La cérémonie est probablement bouddhiste, reconstituée sur la scène d’un théâtre. C’est beau, c’est évidemment très médiatique ou théâtral, avec effets de sons, de lumières, de mouvements et bien sûr un présentateur à l’occidental. Mais derrière toutes ces apparences, il y a quelque chose qui dépasse la simple représentation : le mystère des traditions religieuses. Et derrière la tradition primordiale qui concerne le fond même de la religion (En qui croyons-nous et quel est notre Dieu ?) on trouve la musique, qui, comme la forme de la liturgie, permet d’accéder à l’au-delà des apparences. Et l’on s’étonne ! On pourrait se croire dans un monastère chrétien. C’est parfois assez proche du chant ambrosien ou du chant vieux romain, voire du chant grégorien. N’est-il pas étonnant que deux civilisations que rien ne rapproche, s’éveillent à l’invisible et à l’inaudible par les sons. La même expérience du « numineux », la même quête d’un monde absolument autre (R. Otto, Le sacré, Paris, 1929, p.22).

Voir en 52. Liturgie, la note du 29 décembre 2010, intitulée « Réflexions sur la musique sacrée ».

Cependant, même si les similitudes sont réelles, la forme et l’expression du chant sont fondamentalement différentes.

La forme est modale et pentatonique, ce qui signifie que la gamme sur une octave ne comprend que cinq notes et non sept comme notre gamme tempérée. Et cette gamme peut former des modes d’une étendue plus large que l'octave et comportant des fondamentales et dominantes très variées.

Voir en 42. Théorie de la musique, la note du 17 octobre 2011, intitulée « La musique extrême-orientale ».

On peut également noter que le chant lui-même est assez différent du chant occidental dans sa manière de le produire. Les modulations sont le plus souvent nasales, les sons sortent de la gorge en utilisent assez peu la caisse de résonance du conduit vocal.

 

Nous analyserons dans les jours qui viennent  toute cette musique d'Extrême-Orient. Pour l'instant emplissons-nous de ces chants qui réjouissent l'âme, malgré leur monotonie.

02/05/2011

Marcher sur un chemin de terre (promenade campagnarde)

 

Marcher sur un chemin de terre, quand encore la rosée mouille les chaussures et fait de chaque feuille une larme de fraicheur, et se laisser aller au rythme lent d’une marche sans but autre qu’une promenade, quel délice !

Déjà le soleil engage sa course folle à travers l’espace d’un ciel d’azur et ouvre de larges taches sur la verdoyance. Ebloui, l’on se laisse aller les yeux mi-clos, au long d’un chemin qui est plus qu’un sentier, mais moins qu’une allée. Entourés de frondaisons, rétrécis dans la pâleur lumineuse perçant celles-ci, nous marchons, devisant joyeusement sans y prendre garde.

 

Arrêt magique… A un détour du chemin, nous découvrons une sorte de halo éblouissant, sortant de l’ombre des feuillaisons, mystère vivant de la nature qui offre au contemplateur des visions de l’incommensurable beauté de la création.

 

 

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Le mystère s’épaissit lorsque nous tombâmes sur un second trou blanc, à l’égal des trous noirs dont les astrophysiciens nous content les caractéristiques. Un trou noir est un corps qui empêche toute forme de matière ou de rayonnement de s’en échapper en raison d’un champ gravitationnel très intense. N’émettant pas de lumière, il est alors perçu noir. Ils ne sont décrits que par un très petit nombre de paramètres : la masse, la charge électrique et le moment cinétique. Ces trous ouvraient sur un autre monde, celui du rêve dans lequel la masse est sans consistance, la charge électrique déterminante et le moment cinétique spécifique. Ce moment entraîne l’espace et le temps dans son voisinage.

Ainsi la contemplation d’un trou blanc pourrait nous conduire à une sortie de notre univers mental pour nous induire à des comportements illogiques dans notre monde.

 

 

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Forts de cette déduction, nous prîmes de multiples précautions à son abord : avancée lente à pas menus et écoute discrète, le regard tendu vers les bords du trou blanc avant de pouvoir avancer jusqu’au moment où l’épaisseur du trou s’évanouit pour laisser place à un paysage d’une autre atmosphère, comme sortie d’un chapeau incontrôlable. La vraie campagne contre une feuillaison enjôleuse et geôlière. Ouverture sur un paysage à l’horizon lointain, aux mouvements ondulés dont les recoupements couverts de chênes pleins et sereins d’un vert composé donnent à ce tableau une beauté diffuse, que l’on ne saurait définir.

La promenade continua, suspendue aux nouveaux trous blancs que nous pourrions rencontrer au hasard d’une courbe du chemin. En voici un nouveau, qui est encore plus mystérieux au premier abord, mais qui se révéla assez décevant.

 

 

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Ainsi notre promenade nous conduisit aux confins d’un univers visible, là où se trouve une zone qui délimite la région d’où lumière et matière ne peuvent s’échapper, et que les astrophysiciens appellent « horizon des évènements ». Au-delà, seule l’imagination permet de naviguer à ses risques et périls. Nous n’en manquions pas et faillîmes ne plus revenir.

 

Les trous blancs sont des instants merveilleux à saisir chaque fois qu’ils se présentent. Hors du temps et de l’espace, l’esprit erre dans l’extase d’une compréhension innée qui ne vient pas de lui. Cette extase, qui n’est qu’un grand vide qui envahit l’être, laisse la place à la création ou l’exaltation de la beauté du monde et de son imprévisibilité.

Alors, dans cet instant magique, naît un sentiment de gratitude envers ce que Graf Dürckheim appelle le numineux, c’est-à-dire la manifestation d’une transcendance absolument autre qui nous empoigne et nous conduit à une autre vision du monde et de nous-mêmes, libre de toute contingence.

 

 

 

 

29/12/2010

Réflexions sur la musique sacrée

Il ne s'agit pas de la musique religieuse, mais d'une musique qui fait entrer dans le sacré. On pourrait également l'appeler musique spirituelle, mais le terme sacré fait appel à l'expérience, c'est-à-dire au numineux. Pour Rudolf Otto, le numineux regarde toute expérience non-rationnelle du mystère, se passant des sens ou des sentiments, et dont l'objet premier et immédiat se trouve en dehors du soi. Le numineux est aussi, selon Carl Gustav Jung: "ce qui saisit l'individu, ce qui, venant d'ailleurs, lui donne le sentiment d'être".

Entrons dans cet "absolument autre" par la musique.

La musique sacrée.pdf

 

En préparation, un opuscule sur les différentes traditions de musique sacrée : musique de la Grèce antique, chant grégorien, chant byzantin, musique de l'extrême Orient, musique arabe.