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20/05/2013

Aurore

Je me levais au moment où se glisse
Dans la fente entre étoiles et opacité
Un pâle rayon, une ombre de lumière
Derrière cette atmosphère sombre

Réveillé, dégrisé, ragaillardi
Je tendais les doigts vers la lueur
Mais j’eus beau allonger le bras
Je ne touchais que le vide et l’obscurité
L’œil est plus rapide que le bras
Il comprend d’un regard étincelant
Le feu du matin, même fragile
Et ce reflet grandit, s’élargit
Ouvre ses bras au vide de la nuit
Qui recule prudemment
Derrière les pans de murs

Même cachée, l’obscurité est traquée
Les traits de la nature se dévoilent
Comme la trame d’un tableau
Les contours du flou se précisent
Toucher enfin du regard
Les tiges élancées des bambous
Avant la fleur dans les prés

L’air se purifie, léger
Il me pénètre les poumons
Et éclaire mes pensées
Dispersant les miasmes du sommeil

Quelle prière muette
Les mains dans l’azur enfin
Je danse la chacone devant le soleil

Un jour nouveau est survenu
Instant d’apesanteur, les pieds légers

16/05/2013

Le pinceau

Un pinceau, c’est une mouche qui vole
De pots de confiture en lieux d’aisance
L'insecte décrit des cercles d’espoir
Navigue en entrechats et pirouettes
Soumis au gré de la concentration
D’une main et de sa réflexion

Voyons ? Un peu de rouge carmin
Au coin de ce cercle de lumière
Du jaune fluo dans ce trou évasé
Elle passe d’un pot à l’autre sans vergogne
La barbe engluée de couleurs
Et chante modestement son habileté

C’est ainsi que s’essaime avec modestie
Le liquide coloré sur la toile blanche
Et que le monde connaît une œuvre de plus
Un carré de tissu tendu sur un châssis
Qui représente le monde imaginaire
D’un homme à la main leste et sûre

Le peintre est bien le magicien
Attendu ce jour à la sortie du train

12/05/2013

Rêve du dimanche

Le dimanche se perd dans l’aquarium
Dont la solitude verte
Fait aux fenêtres dorées
Une rosée de pleurs

L’avenue bordée de pieds ronds
S’enfonce, infinie et chaude,
Vers la porte qui ne mène nulle part
Large tapis qui s’allonge, rigide

Les êtres s’étirent doucement
Vers trois coins opposés
Puis se laisse bercer
Par les vagues de leur lit

Parfois le soleil étale ses rayons
Jusque dans l’aquarium
Et cherche à détruire
Les ombres et la quiétude de l’air

Zébrée d’auréoles blondes
La cire ronronne et languit
Et des visages sans voix
Fuient leur cruelle engeance

L’aquarium émet des sons étranges
Rires alourdis de mains ouvertes
Dont chaque doigt cache
Un souffle de fumée

Les lits ouvrent leurs bat-flancs
À des jambes solitaires
Qui glissent dans leur ombre
Vers de longs tabourets

Et ceux-ci campés fièrement
Sur quatre pieds aux pattes décharnées
Offrent leur solitude
Au monde de chaleur

Une rangée de hallebardes
Dresse ses cache-flammes
À la brume prisonnière
Qui s’y attarde gaiement

Le soleil aussi semble profiter
De leur miroir d’huile
Pour caresser sa longue chevelure d’or
Et contempler ses éruptions

Univers clos
Monde parmi le monde
À la recherche d’une âme
Dans les brumes de son corps

08/05/2013

Flâner, c’est survivre dans le bonheur

Flâner, c’est survivre dans le bonheur

La bouche à la surface de l’eau
On se laisse dériver dans le courant
Les yeux ouverts, les idées vides
On se laisse pénétrer des lourdeurs
D’un paysage à l’accès difficile
Mais en toute liberté, en apesanteur
Le soleil à fleur de peau, ouvert à tous les vents

Ecarte ce décor connu et tends les bras
Prends dans tes mains inassouvies
Cette couleur jaunissante de la vie
Et laisse-la déborder en flots continus
Marche dans le vent aigu,
Chante dans l’air asséché,
Cours sur la vapeur transparente
Et poursuis ta quête de l’inconnu

Ce bonheur que tu perçois
Tu le tiens éveillé en toi
Tu le caresses de tes poumons endoloris
Tu ne le laisses pas partir
Même s’il semble t’échapper

Cette survie est la vraie vie
Partir les mains vides, les yeux transparents,
Les idées évacuées, et plonger sa tête
Dans ce monde que nous respirons

Ah, les délices de cette promenade
Qui bientôt finira au bord de la vie

Oui, flâner, c’est survivre dans le bonheur

04/05/2013

Prudence et parcimonie

Prudence ! Viens, la petite, viens !
Gambade encore devant mes pieds
Soulève mes chaussettes trouées
Et découvre sous mes pas
Les pièces semées par inadvertance

Froid, désolation, rien ne vient
Aujourd’hui est le jour raté
D’un retour au primitif
A la valse lente des mirages

Le matelas des cieux, moelleux
S’endort au-dessus des frissonnements
Du jardin englouti dans sa torpeur
Pourtant la nature s’est éveillée
Elle a fait grandir les pousses
Mais sitôt fait, elles ont stoppé
Leurs gambades allègres
Elles se sont rétrécies de crainte
Elles attendent leur heure qui ne vient pas

La lassitude s’enracine dans les membres
Bouges-tu ton petit doigt
Tu réalises un exploit
La chair de poule t’envahit
Tes frissons te couvrent d’une carapace
D’indolence fiévreuse

poésie,écriture,poème,littérature

Et pourtant ces bouquets de blancheur
Se dressant en écume de vie
Sont bien le signe d’un mouvement
Un appel à la décontraction
Quand donc nous relâcherons-nous
Laisserons-nous aller nos oripeaux
Pour nous laisser rôtir nus
Et dansez le sabbat au jour le plus long ?

30/04/2013

Chapeau !

Quelle engeance, cet étrange galurin
Sur la tête d’une aussi jolie statue
Immobile, elle s’égare dans son indolence
Et pique un fard au bain-marie 

Haut de forme, serrant le crâne
Il permet de se distinguer des autres
Par une étrange stature rehaussée
Mais quel malheur lorsqu’il faut saluer

Certains aspirent au chapeau
Rouge cardinal, il attire l’œil
Dans la foule des prétendants
Et fait ressortir la majesté du personnage

D’autres les préfèrent ruisselants
De fruits débordants et veloutés
Elles imaginent la bouche ronde
D’amants gobant les cerises

Il peut arriver que l’on en bave
Comme les ronds de fumée
Qui sortent de la bouche du fumeur
Et font trembler l’air d’extase irréelle

On peut le tirer jusqu’à terre
Et saluer ainsi une inconsolable
Qui au sortir d’une relation
Entre au purgatoire des amours

Chinois il ne pèse pas la paille
Qui le garnit en conque ouvragée
Vissé sur le caillou par son attache
Il peut devenir le toit des humbles

Certains le mettent en tête
D’articles énigmatiques
Pour atténuer l’impression désobligeante
De savantes et vaines recherches

Mais lorsque celui-ci commence à travailler
Il est temps de tremper sa tête dans l’eau fraiche
Pschitt ! Quel dessalement d’enfer !
Mais quelle idée de vouloir se couvrir ?

26/04/2013

Quand donc viendra le printemps ?

Quand donc viendra le printemps
Ce titilleur de notre humanité
Parfois bourgeonnent en nous
D’étranges sentiments
Divisés, nous ressentons l’appel
Des jours sans fin et enivrants
Mais notre léthargie reste tenace
Et paralyse nos élans
Quelle danse ! Passer du rien au tout
Puis revenir en arrière
L’ange de la paix s’est transformé
En diablotin qui chatouille
Le vivant en vous
Découvrez-vous, braves gens !
Bientôt viendra l’orgueilleuse
Dont le direct est un hommage
A votre éternité cachée
Le sang s’agite et bout
Mais les extrémités refroidies
Ne peuvent émouvoir
Ce corps grippé de rouille
Bouger est un calvaire
Pourtant, le grincement des sentiments
Laisse place au rire débridé
Lorsque pointe la langue rose
Sur le minois de la nature

Quand donc viendra le printemps
Cet éveilleur des corps
Cet agitateur de l’esprit
Ce marchand de rêve qui ensorcelle

Les cheveux dressés sur la tête
Vous chantez le renouveau
Réveil oublié, qu’attends-tu ?

22/04/2013

Où sont parties les larmes qui mouillaient ton corps ?

Où sont parties les larmes qui mouillaient ton corps ?
Je me suis mise au soleil pour oublier mon sort.

D’où vient que tes yeux brillent ainsi sans pleurs ?
Je ris de voir que j’avais en moi tant de rancœur.

Pourquoi n’entends-je plus ton pied léger caresser le gravier ?
J’ai donc perdu toute envie de voir la lune se lever.

Pourquoi cours-tu tout le jour après les éphémères ?
Pour qu’un jour enfin tu puisses te taire !

18/04/2013

Suis-je bien là où je suis ?

Suis-je bien là où je suis ?
Vivre dans deux lieux sans savoir
Activités ou méditation, que choisir
La solitude ou la gare de voyageurs
L’évaporation ou la noyade humaine ?
C’est la corde raide de l’inconnu
Le voyage sans fin de l’Entre deux
(et pourquoi pas Antre ?)
Un lieu qui n’en est pas un
Une aspiration immatérielle
Qui vous vide le cerveau

Agité, je cours à l’action
Empli de bon sens et d’escampette
Je mouille ma chemise
Pour la tordre dans le no man’s land
J’arrive dénué de désirs
Dans le jardin des folies conceptuelles
Et plonge à grandes brasses
Dans l’orgie des idées sans fin
Elles gonflent, ces pensées malhabiles
Elles se trouent de bulles odorantes
Elles envahissent l’espace vierge
Et le peuplent de chaleur nocive
Le rêve devient réalité

Alors surgit la pâle résurgence
De la fébrilité de l’autre monde
Des rendez-vous diserts
Des réunions fantomatiques
De colloques envoûtants et creux
Fièvre ou apathie, je ne sais

Oui, suis-je bien là où je suis ?
D’ailleurs, où suis-je
Et que suis-je moi-même ?

14/04/2013

Le bonheur

Un ver de terre sort du sol
S’est-il rompu le cou pour la vacuité
Ou découvre-t-il l’absence de souci ?

Il chemine sur la surface
A la frontière de l’inconnu
Quelle ivresse et quelle arrogance !
Comment ce misérable vermisseau
Peut-il tout seul goûter le bonheur ?

Et contrairement à l’idée que l’on s’en fait
Ce n’est pas la satiété qui le réjouit
Mais le vide indolore de l’air
Plus d’exercices et d’efforts

Je vais et viens comme je l’entends
Exerçant mon autocritique pleinement
Et cela me procure un allégement
Qui me donne un frisson élégant

Le bonheur, n’est-ce pas cette goutte d’ivresse
Au creux des courbes du corps
Ce chatouillement inédit qui prend le rein
Cette absence de raison raisonnable
Qui ouvre les portes du paradis

Alors je déploie mes ailes
Et part loin de tous
Vers des horizons ignorés
Là où rien ne limite
Cette aspiration  à être

10/04/2013

Rêverie

Le dimanche se perd dans l’aquarium
Dont la solitude verte
Fait aux fenêtres dorées
Une rosée de pleurs

L’avenue bordée de pieds ronds
S’enfonce, infinie et chaude,
Vers la porte qui ne mène nulle part
Large tapis qui s’allonge, rigide

Les êtres s’étirent doucement
Vers trois coins opposés
Puis se laisse bercer
Par les vagues de leur lit

Parfois le soleil étale ses rayons
Jusque dans l’aquarium
Et cherche à détruire
Les ombres et la quiétude de l’air

Zébrée d’auréoles blondes
La cire ronronne et languit
Et des visages sans voix
Fuient leur cruelle engeance

L’aquarium émet des sons étranges
Rires alourdis de mains ouvertes
Où chaque doigt cache
Un souffle de fumée

Les lits ouvrent leurs bat-flancs
À des jambes solitaires
Qui glissent dans leur ombre
Vers de longs tabourets

Et ceux-ci campés fièrement
Sur quatre pieds aux pattes décharnées
Offrent leur solitude
Au monde de chaleur

Une rangée de hallebardes
Dresse leur cache-flamme
À la brume prisonnière
Qui s’y attarde gaiement

Le soleil aussi semble profiter
De leur miroir d’huile
Pour caresser doucement sa longue chevelure d’or

Univers clos
Monde parmi le monde
À la recherche d’une âme
Dans les brumes de son corps

06/04/2013

Ecume

L’écume des nuages dans les flots
Secoués de tremblements

L’écume de chaleur des chevaux
Après une course effrénée

L’écume de colère que profère
Celui qui noue la violence

L’écume des individus méprisables
Qui portent leur aigreur rentrée

L’écume de mer des pipes
Dont la magnésite se culotte

L’écume de l’épileptique
Prenant par surprise l’humain

L’écume de terre de l’aphrophore
Protégée par son crachat de coucou

L’écume de résidus de la chauffe
Regorgeant d’impuretés

L’écume des jours, de littérature
Emportée par le déclin du temps

Toutes ces écumes sont-elles
Signe de vie ou de mort
L’écume n’est-elle qu’une éphémère
Excroissance de renoncement
Ou preuve de résurrection ?

L’écume des mots seule
Peut le dire en bulles
Et pétillements sauvages
Sortant de la bouche d’innocents
Frêles, vierges et extasiés

 

poème,écriture,poésie,littérature

02/04/2013

Inexorablement, se déversent du ciel

Inexorablement, se déversent du ciel
Les gouttes d’une froide solitude
Le temps s’est divisé, recroquevillé
En nuages noirs et denses
Comme les bourres de poussière
Sous les meubles de votre passivité

Autour de vous, au pied de votre île
L’eau monte en écume blanchâtre
Et file sous vos yeux inquiets
Elle atteint sa côte d’alerte
Et envahit votre esprit occupé
Jusqu’à faire dériver vos pensées

Les gouttes sont devenues flots
Les flots deviennent fleuves
Les fleuves emplissent l’immensité
Des eaux des mers bordant la terre

Observons cet étrange ballet
Une goutte tombe, se perd
Se fraye un chemin dans la végétation
Ruisselle avec ses compagnes
Vers d’étranges récipients
Qui déversent leur bouillonnement
En vomissures permanentes
Dans des canalisations saturées
Jusqu’aux rives des ondes courantes

Là s’arrête son aventure
Elle meurt de trop de gouttes
Elle laisse la place à plus épais qu’elle

Adieu goutte fraîche et caressante
Qui m’honora de sa présence
Avant de finir engloutie
Dans les affres de la nature débordante

28/03/2013

Pourquoi certains jours te revêts-tu de gris ?

Pourquoi certains jours te revêts-tu de gris ?

Tes verres sont-ils devenus opaques ?
Le vide dans ce corps froid et insensible
Que plus rien n’attache au sourire
Un gouffre sous les pieds, un voile sur le visage
Tu avances, mortel parmi les vivants
Mais tu ne parviens pas à te détacher
De cette paroi silencieuse et nubile
Qui te colle à la peau et t’immobilise

Parvenir à l’âge adulte, quel déclin
Plus de noir, plus de blanc, plus de couleurs
Rien qu’un immense champ de gris
En labour permanent, acharné
Et l’homme court derrière la charrue
Tel l’insecte rougi au feu du travail
Qui apporte chatouillements et démangeaisons
Lové dans son rêve ou ses cauchemars
Tu regardes passer ces années, atone

Pourquoi certains jours te revêts-tu de gris ?

24/03/2013

Ruisseau des villes

Ruisseau des villes au long des pierres
Où plongent les pas de passants rêveurs
Tournes autour des pavés de lumière.
Une fleur, rouge, une tulipe, je crois,
Glisse sur ton chemin et pleure.

Tu vois de grands pieds sales,
Ensuite des têtes de roi.
Des doigts roses s’allongent vers toi.
Les gamins plongent les leurs, impudiques,
Dans ton sein. Une pièce brillante en sort.

C’est le sort des pièces hiératiques,
Tortueuses et sans beauté. Les rues
Défilent leurs ventres gris, encore
Une autre, et la même sans voix
Et une autre sans vie. Il n’y en a plus.
Tu ries dans le noir d’égouts, rue Quinquempoix.

16/03/2013

L'union des contraires

C’est par l’union des contraires
Le blanc et le noir
Le feu et la glace
La haine et l’amour
Que l’on vit sa vie

Et ces sautes d’humeur
Combat sur une mer déchaînée
Sont le lot de tous
Même du divin
Satan et l’ange Gabriel
Se côtoient en chacun de nous
Comme ils luttent dans les cieux

Loi universelle, avec modestie
Elle nous contraint
Nous enserre dans ses griffes
Pour que parfois s’envole
De nos corps étonnés
L’oiseau pudique
Qui se mêle aux nuages
Roucoule dans l’espace
Et enchante nos cœurs
Qui de pierre deviennent de chair

Oui… Les contraires
Nous conduisent à la tombe
Qui s'avère délivrance
Tel l’oiseau moqueur

12/03/2013

L'attente

Suspendu dans le mouvement,
Vous vous évadez du présent
Où êtes-vous ?

Hors des minutes
Dans les secondes éloquentes
Après l’appel du plongeoir
Avant l’éclaboussure de l’impact
Le corps arqué d’impatience

Dans le brouhaha, le silence
La tête vide d’occasions manquées
Seule compte l’avènement
Cet instant de complétude
Dont la flèche viendra toucher le cœur

Et vous n’êtes pas seuls
De longues files se forment
Serpentant devant l’ouverture
Unique, gardée par un cerbère
La matraque à la main

Patientez, il en reste le bien
D’un arrêt sur image, forcé
Equilibre précaire et symptomatique
D’espoir, de crainte, d’appréhension
Sur la pointe de l’âme

Vous n’êtes plus maitre de votre destin
Suspendu dans le mouvement
Vous attendez, vous entendez
La cloche de bronze d’une mort annoncée
Ou d’une vie jaillissante d’explosions

Frottez l’allumette de la flamme
Fermez les yeux et les oreilles
L’inconnue est au bord des lèvres :
La coupe du salut ou le couperet sordide

08/03/2013

Arrondi et bleuté comme l’encre

Arrondi et bleuté comme l’encre
Le ciel referme sa voûte imperceptiblement
Sur la dentelle fragile de l’arbre mort
En haillons de feuilles décolorés.
Une à une, les brindilles s’évadent
Dans l’ombre. Mais vers le soleil disparu
Elles survivent plus longuement
Soutenues par le souffle du crépuscule.

04/03/2013

La délicatesse

Sur des pincettes, j’approche
Du bout des yeux, je dévisage
L’oreille attentive, silencieuse
Crissement du verre sur le fer
Tempête dans la tête
Au sein de nuits débordantes
Je flotte dans la salive
Des neiges d’antan
Là dans le ruisseau
Le plus beau des trésors
Trois perles d’Ankara
Blanches, translucides

Delicatessen : charcuterie
Ou restauration de luxe ?
Extrême pointe de l’être
En équilibre sur les cieux
Montée sensible du nectar
Dans la colonne vertueuse
Jusqu’à l’explosion sucrée
Sans ces gouttes subtiles
Que serai-je devenu ?

Delicatessen : épicerie fine ?
Légère et élégante, elle reluit
De mille feux de légende
Fille de roi ou princesse tam-tam
Que sait-on de cette solitude ?

La délicatesse est bigote
Elle se pâme de différences
Caresse ses airs évaporés
Et chante ta chanson d’amour

La délicatesse est sirupeuse
Elle colle aux doigts de miel

La délicatesse fatigue
Exigence de limpidité
Le rare tue, comme l’acier

Mais toujours la délicatesse attire
Quelle ombre au soleil ardent
Sous son parapluie doré
Se cache les ruisseaux d’avenir

02/03/2013

Promenade montagnarde

J’ai vu les montagnes étirer leur blancheur au réveil des matins, aux veilles des soirs. A l’aube, de grisâtres nuages voilaient leurs cimes endeuillées et se jouaient des lumières accrochées comme des vers luisants sur leurs flancs arrondis et tachés de rousseur. Leur tristesse insolite couvrait les forêts bleutées de larmes transparentes, prisonnières des trames d’araignées oisives.

Les promontoires allégés sentaient au réveil l’encre et le papier-peint, peint de fleurs inconnues et de blanches opuscules. Je riais de voir leur lente paresse à lever leur vieilles têtes vers la lumière des cieux.

Lorsque la nuit étendait son manteau, comme un cavalier sur les flancs de son cheval, la neige bleue riait de ses lèvres gercées sous nos pas malhabiles. Mes bâtons frappaient sa coquille comme les voyageurs sur l’huis des auberges inconnues. Je sentais le silence infini comme on sent l’odeur de l’obscurité. Dans les ravins obscurs, même l’eau suspendait son chemin en de longs filaments, comme les doigts d’une morte de verre et l’on n’entendait plus le mélancolique frémissement des pleurs de ces monstres alanguis. Parfois, les cimes respiraient l’air pur et buvaient les rayons dorés des soleils brûlants, tandis que leurs pieds nus ou nantis de poils verts, flottaient au caniveau des dieux.

Mon âme était naïve, elle avait perdu la perversion des couleurs humaines, le gris de leurs vêtements, le brun des cheveux ébouriffés et le rose de leurs mains avides.

Un jour, je possèderai une montagne. Elle aura les flancs lisses comme ceux d’un enfant et les pieds burinés des sages qui marchent en Inde, nus. Sa barbe verte aura des reflets bleus en regardant le ciel bronzé ; j’y enfouirai les pieds, écartant les orteils, comme dans le sable chaud. J’étirerai mes pas tout au longs de ses rides et caresserai du doigt ses phalanges mauves. Ses yeux bleus serviront de miroir aux étoiles riantes et aux robes des fleurs. Elle sera coquette et futile, aimant ses nombreuses parures, mais gardera la pureté des visages d’enfants.

28/02/2013

Multivers

Est-il possible…
Oui, est-il possible que l’univers ne soit pas unique?
Notre univers qui contient toute la matière
Et donc, par définition, le tout
Serait-il un parmi d’autres de matière différente ?
Mieux même, ces univers autres interpénètreraient
Le nôtre, lui causant des perturbations
Comme le papillon réorientant la trajectoire d’une tempête
Le souffle d’une femme sur votre joue
Déchaînerait-il de semblables perturbations
Dans votre univers intérieur et unique
Oui. Sûrement. Quel tremblement !
Ce soupir mêlé au vôtre n’introduit-il pas
Une tempête intérieure bouleversante ?
Et  c’est ce coup de tonnerre dans votre monde
Qui vous fait dresser l’oreille vers l’espace
Mais aussi loin que le permettent votre vue et votre ouïe
Vous ne voyez rien, vous n’entendez rien
Mais vous ressentez dans vos entrailles
Cette révolution inhabituelle et chaude
Bouillie d’émotions et de sensations
Ah, quel malheur et quel bonheur
Que ce tremblement de terre
Que l’amour met en nous comme une semence
D’une vie meilleure et plus large

24/02/2013

Pourquoi faut-il que le temps s’accélère ?

Pourquoi faut-il que le temps s’accélère ?
Jeune, il se traîne comme l’escargot
Les jours vous paraissent des mois
Les vacances sont au-delà de l’océan
Quand viennent les premiers examens
Il accélère son rythme. On s’essouffle !
Puis il reprend son lent cheminement
Au gré des occupations professionnelles
Jusqu’au stress des échéances immanquables
Pourtant, en soi, il ne concède rien
Il se tient immuable dans sa robe rose
Et regarde les hommes s’agiter
Comme des pantins échevelés
Et l’autre, en face, soupire
Quand nous arrêterons-nous ?
Les enfants passent et partent
Et tu es toujours là, le même
Ou du moins le crois-tu
Mais tout s’accélère et s’emballe
Tu ne sais plus où te tenir
Les mois sont des jours,
Les années sont des mois
Et file la laine sur le rouet
Qu’ai-je entre les doigts
Ce bout de fil qui devient si petit
Qu’il finit par casser, par maladresse
Ignorance ou parce que c’est l’heure
Tu n’as pas changé en réalité
Tu restes l’heureux enfant
Qui courrait dans les prés
Et cependant la vie t’a marqué
S’est imprimé en toi subtilement
Tu es un homme, un de plus
Dans la longue liste des passages
Qui s’agrandit imperceptiblement
Je suis, j’ai été et que serai-je ?
Au-delà de l’horizon s’étend
La longue nuit, calme et envoûtante
Mais elle reste inaccessible
Tant qu’on n’a pas franchi le pas

20/02/2013

J'ai retrouvé mon âme

J’ai retrouvé mon âme d’adolescent
La vie s’ouvre à moi grandement
Comme un livre inépuisable
Dans lequel les mots sont des actes
Délivré de la lutte quotidienne
Je coule des jours sans fin
Dans les délices de la créativité
Quel envol ! Mille hirondelles
Qui virevoltent dans un ciel pur
Pas d’heures, pas de soucis
Une promenade dans la nuit
Seul face à la vacuité ineffable
Et laisser son cœur et son esprit
Divaguer dans l’immensité
A la recherche du diamant brut
Qui se cache en soi, voilé
Par la lourdeur du savoir
L’expérience n’est rien sans fraicheur
Alors en se versant un seau d’eau
Sur le corps dénudé
Laisser tourbillonner le moteur
De la renaissance en vous
Sans faux combustible
Sans fausse richesse éperdue
La transparence vous prend
Et vous envoie dans l’univers
Pour vous enchanter les yeux
D’un parfum d’inconnu

16/02/2013

La peinture

La peinture. Elle me colle au cerveau
Blanche ou noire, elle se déploie
Et envahit mon champ de vision interne
Il n’y a plus qu’elle, immense
Etalée en couches serrées, striées
Mes mains s’agitent, ouvertes
Sur un monde de couleurs vives
Entre la forme et le trait
Fine pointe de rasoir sur le regard
Etincelle de brillance aiguë
Pierre précieuse qui résonne
Dans l’univers impitoyable
Des sensations rondes et chaudes
Certes, je fatigue, je me bas
Contre l’erreur, le poil de pinceau
Qui se tord et chavire
Contre l’angle qui se courbe
Contre le trait qui fuit
Contre la goutte qui déborde
Contre la lassitude qui m’ensevelit
Mais lorsque tout est fini
La lumière apparaît dans la nuit
Déborde de la toile
Et illumine l’esprit
Oui, peindre est une tâche
Sublime et épuisante
Qui, au final et à chaque fois
Fait respirer un air d’éternité

12/02/2013

L’éternité est-elle cette grande page blanche

L’éternité est-elle cette grande page blanche
Vide de signes, volant dans le silence assourdissant
Ne l’attrape surtout pas ! La mort t’attend
Cours derrière, mais attention au changement de vent
Tu frissonnes dans la pâleur du jour levé
Dernier jour d’une multitude d’autres
Pas une tache sur la feuille immaculée
Partir sans laisser d’adresse comme un voleur
Dans le ciel clair, le cœur étreint
Par une envie d’air frais. Mais pas un souffle
Où est donc passé l’écriture de l’éternité
Rien que le blanc, noyé dans cette laine
Et tu t’envoles dans l’espace entre les astres
Tu contemples ce monde bleu quitté à jamais
Il s’éloigne et tu ressens le froid de l’absence
Tu oublies la caresse de la lune sur tes joues
Tu… Tu… Mais es-tu, toi ? Tu ne te connais plus
Tu voles de concert avec la page blanche
Enfoui dans ses grains, sourd au sifflement du vent
Et tout devient blancheur immaculée
Ah, le blanc est fini. Il m’a bien fait rêver.

08/02/2013

Le rêve

OK… Voilà la poupée huilée et cosmétique
Des publicités tapageuses et anonymes
Elle est prête à tout, peu importe
Ce qui compte, c’est attirer l’œil et l’attention
Pendant une minute ou deux
Pas plus, pas moins, et encore…

Le rêve, nature indissoluble d’une réalité
Inventée de toutes pièces et entraînant
Des débordements tumultueux

Le rêve, nuage poussé par les vents
De l’imagination incontrôlée
Pour notre plus grand plaisir personnel

Le rêve, méditation interne  et exaltée
Qui conduit aux extrêmes la vision
De la comédie humaine

Et pourtant, on peut rêver aux anges
De plaisirs à venir et de délires joyeux
De départs pour des contrées lointaines
De séjours dans des grottes oubliées

Oui, les rêvoirs sont infinis
Une vie ne suffirait pas à les connaître
Les plus beaux ne sont pas les mieux aimés
Un rêve dans les étoiles et le cosmos
Vaut bien celui de bals enchantés

Mieux vaut rêver sa vie
Que vivre sans motif

04/02/2013

J'ai vécu de multiples vies

J’ai vécu de multiples vies
Pour chercher celle qui me convient
J’ai trouvé la folie, la persévérance…
Toujours à fond pour tirer la corde
Du rêve qui ne mène à rien…
J’ai chevauché les centaures,
Etroitement enlacé à leur piétinement
J’ai parcouru en pensée
Toutes les geôles endoctrinées
J’ai contemplé l’océan des sentiments
Et subi les balbutiements mondains
Je me suis donné aux notes, fraiches
Qui font naître l’élégance et le secret
J’ai tordu le fer et assoupli le bois
Fait de la matière une ébauche de vie
Représenté ce que je ne pouvais dire
Couleurs et formes répandues
Je me suis adonné à la méditation
Contemplant l’épais nuage de l’ignorance
Jusqu’à ce qu’il devienne blancheur
J’ai quitté la pensée et l’action
Pour plonger hagard et bienveillant
Dans les univers dépeuplés
Et j’ai trouvé dans cette immensité
Ce creux de chaleur intense
Qui guide la vie et voile les heures…
Explosion !
Quel chemin depuis le jour
Où je me suis réveillé dans la nuit
Planant au-dessus du destin…
C’est là que j’irai, mais comment ?

31/01/2013

Quand reviendras-tu de ton pays des rêves ?

Quand reviendras-tu de ton pays des rêves ?
Tu es là, absente, seule dans la foule
Hésitante, trébuchante, sans but ni projet
Une vie, pourtant, ce n’est pas une promenade
On ne démarre pas assis dans la voiture
Sans plein d’essence ni biscuits
Silence, en réponse... Je me cache
Derrière mes esbroufes et pirouettes
Tu n’as rien à connaître de ma vie secrète
Blanche, transparente, je passe
Sourires, rires même, discrets
Qui transforme la statue en marionnette...
Ton ombre s'en va, légère, uniforme
De lassitude heureuse et dénudée
Tu marches, tu marches, je te vois
Je te perds de vue...
Où se trouve l’horizon de la vie ?

27/01/2013

Sortir sans conscience dans le froid

Sortir sans conscience dans le froid
Vous la laissez à la maison, au chaud
Et allez libre de toute contrainte…

L’air vivifiant envahit vos poumons
Comme une sucette à la menthe
Vous êtes retourné de fraicheur
Qu’il est bon de ne plus disposer
De pensées délétères et ruineuses

Pas à pas vous laissez le pavé résonner...
Il sonne plus fort aujourd’hui
Cloches environnées de crème chantilly
Les sons ont une autre allure
Secs, revigorants, ils s’affrontent
Dans la tête vide et éclatent
En bruits de verre éparpillé
Ils remplacent le toucher interdit
Par la caresse collante du métal refroidi
Et le pincement détaché des doigts

Et soudain vous vous envolez
Dans la nuit blanche de froidure
Contemplant la ville émasculée
Repliée sur elle-même, résorbée
Dans ses cubes rayonnants
Où l’homme et la femme reposent
Sous les couettes des délices...

23/01/2013

Téléphone

Un coup de fil, qu’est-ce ?
Le téléphone sonne
On suit le grésillement du câble
Sans savoir où l’on va
Et qui nous appelle
Exclamation,  déception
Peut-être enchantement, qui sait !
C’est toi, c’est vous, c’est nous
A nouveau réunis, collés à l’écouteur
Cela revient, l’ancien langage
L’intonation chaude des voix de femme
La glaciale attitude des hommes d’affaires
La camaraderie bon enfant des adolescents
Et les souvenirs explosent
Mais ce qui compte c’est l’évanescence
D’une sensation, d’un sentiment
Là tu étais assise, riante
Ici vous avez versé vos larmes
Tous nous laissons tourner
Ces éclairs en volutes
Et entretenons nos souvenirs communs
Au revoir, adieu ou à bientôt
Qui sait ce qu’il adviendra de nous
Mais ce réveil de la mémoire
Regonfle ces instants délicieux
Où nous avons connu
L’osmose, la superposition des émotions

A quand ? Tout à l'heure, demain...