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20/04/2017

Passé, instant de la séparation

Le passé commence à l’instant de la séparation. On n’éprouve le poids du passé qu’au moment  où l’être ou l’objet partagé se sépare de nous ou nous de lui. La vie est faite de coupures de présent et à chaque coupure ce temps devient une page du passé et ces pages s’accumulent et se collent affectivement, oubliant toute chronologie.

La vie sous sa forme dynamique est celle de l’instant, le passé est la vie devenue statique. Accéder à la contemplation, c’est réunir ces deux formes de vie en une force neutralisante, résultante de l’inertie et de la dynamique.

01/01/2016

Méditation

Qu’est-ce que la méditation ?

On trouve deux définitions assez différentes dans le dictionnaire. Dans la première définition, non religieuse, la méditation consiste à penser avec une grande concentration d'esprit pour approfondir sa réflexion sur un sujet. Dans l’oraison mentale, elle est un exercice spirituel préparant à la contemplation. Néanmoins de nombreuses méditations spirituelles commencent par une méditation sur un objet particulier et, inversement, la méditation a tendance à devenir une science de l’esprit répondant à un besoin intérieur inhérent à la nature humaine comme l'expliquent Rudolf Steiner ou Krishnamurti. Les deux aspects de la méditation se rejoignent dans une expérience objective et subjective des mondes matériel et spirituel.

Mais plus profondément et surtout pratiquement, la méditation consiste à entrer en soi-même, c’est-à-dire à franchir la frontière entre le monde visible et extérieur et le monde invisible et intérieur. C’est une frontière subtile, non discernable réellement (vous ne savez pas quand vous l’avez franchi). Mais à un moment donné, vous êtes de l’autre côté, sans savoir pourquoi exactement. C’est un monde sans couleurs, sans saveur, un monde nu, mais qui transforme et porte l’âme vers une sérénité et un attrait sans fin. Le cœur s’ouvre et se dévoile la beauté des mondes à la fois visible et invisible. Une tension reposante imprègne l’être qui, délivré, s’épanouit.

Vous n’en savez pas plus sur Dieu. Mais il devient autre chose qu’un savoir appris qui relève d’une doctrine formelle. Vous ne savez qui Il Est, mais vous savez qu’Il Est, objectivement et subjectivement. Alors, simplement, vous contemplez et cette contemplation vous transforme. C’est simple, mais c’est vrai : une vérité expérimentale.

Alors, que cette année nouvelle conduise à ces horizons incommensurables !

01/08/2014

Une vague…

Vous êtes là, impuissant, quasiment mort, incapable d’une pensée suivie. Votre esprit erre dans des impasses enchevêtrées les unes dans les autres. Parfois vous vous reprenez : stop ! Mais vous ne faites qu’arrêter cette course sans fin pour qu’elle reprenne de plus belle. Vous vous promenez dans vos souvenirs, dans vos rêves, dans vos ambitions, dans vos déceptions, comme si vous exploriez un grenier immense sans buts, sans finalités définies. Quel maëlstrom !

Puis, en un instant la vague ! Vous ne l’avez pas sentie venir. Elle vous a surpris. Une ondulation qui vous a propulsé dans un autre paysage, plus serein. Vous avez bien perçu cette onde calme, énergique, comme un turbo qui vous fait sortir de vous-même. Vous respirez plus librement, vous regardez par la fenêtre et le jour se lève à peine.

Cette lueur balbutiante vous réjouit, enchante vos neurones, exalte vos papilles, dégage vos bronches. Le monde respire autour de vous et vous le contemplez. Il s’éveille, s’ouvre, s’épanouit, s’enchante de sa propre résurrection. Les objets prennent forme, vous ne percevez pas encore les couleurs, mais vous voyez le blanc sur le noir, la clarté sur l’ombre, la solidité sur l’éphémère. Cette onde bienfaisante n’est qu’un simple tremblement de votre sens intérieur, comme une porte qu’on ouvre doucement et qui laisse passer un filet d’air rafraichissant. Vous ne la sentez pas immédiatement, mais peu à peu elle vous fait glisser dans l’extase de l’ignorance de soi. Et plus vous vous oubliez, plus vous rencontrez le monde et sa magnificence. Vous devenez le monde, vous êtes ce moustique qui tourne autour de vous et que vous ne chassez pas, vous êtes la tourterelle qui réjouit vos oreilles, vous êtes l’arbre tordu qui se dresse vers l’aube. Quelle aération en vous. La transparence s’empare votre être. Mais… Où est-il ? Vous essayez de vous rattacher à vous-même, vous vous palpez, mais vos mains passent au travers de votre corps. Vous touchez la terre poussiéreuse, les feuillages caressants, l’étincelle de la dernière étoile. Vous aspirez à cet au-delà infini qui transforme le ciel en livre du rien et du tout. Et vous demeurez là, immobile, résonnant des bruits de l’éveil, devenu le monde.

Oui, le monde est en vous comme vous êtes en lui. Et cette découverte vous élève au loin, hors de vous et hors du monde.

26/05/2014

Deux boutons de nénuphar

Deux boutons de fleurs de nénuphar s’agitent dans une eau boueuse. N’est-ce pas un événement ordinaire, sans intérêt ? Pourtant ce matin, j’ai contemplé pendant une demi-heure deux boutons qui dansaient au milieu de la rivière, sans jamais me lasser ni penser à autre chose. Ils sautillaient tous les deux, très proches l’un de l’autre, comme deux êtres humains peuvent le faire s’ils sont attirés l’un vers l’autre. Et rien n’existait autour d’eux. C’était une danse amoureuse, le regard perdu, les bras ouverts, ils regardaient, se rapprochaient, se disaient deux mots avant de s’embrasser en petits baisers, traversés de tremblements discrets comme si, sous l’eau, une force extraordinaire irrésistiblement les amenaient au contact l’un de l’autre, infléchis par un courant discret, fluide, mais ferme, qui les empêchait de se séparer. En tremblant, ils s’embrassaient avec amour et s’étreignaient avant de se séparer sans cependant se quitter des yeux, pour finalement revenir l’un face à l’autre, se mettre à trembler et s’attoucher à nouveau comme aimantés. Et cela durait, durait, sans lassitude, au gré du courant invisible qui leur communiquait cette passion.

Sept heures du matin. La journée commençait sous un soleil radieux, un soleil dégagé de tout souci, dans un air pur et frais. Un instant d’éternité comme on en voit peu ou, peut-être, comme on en perçoit peu, car ces moments supposent un état d’esprit spécial, une fraicheur dans la tête rarissime. Gonflé à l’hélium, on se laisse dériver dans l’ouate claire sans ressentir autre chose qu’une évanescence qui pince le cœur et lui ouvre les portes de la prison quotidienne. J’étais venu pour regarder les carpes qui, habituellement à cette époque de l’année, frayent dans les nénuphars, s’ébattant lourdement, montrant leur dos puissants, éclaboussant la surface de leur ébats. Mais elles n’étaient pas là ou tout au moins je ne les voyais pas. Dans cette atmosphère figée d’un matin de printemps, seuls deux boutons de fleurs non encore ouvertes, frémissaient, se contemplaient, se caressaient avec passion comme deux amoureux transis. J’ai pensé pendant un moment que c’était deux carpes sous la surface qui s’ébattaient, mais cela durait, durait à tel point qu’il semblait impossible qu’elles ne se déplacent pas de quelques centimètres, rompant l’enchantement de cette danse insolite. J’étais hypnotisé en douceur, l’esprit uniquement préoccupé par cette rencontre surréaliste, un homme contemplant l’ébat de deux boutons de fleurs de nénuphars, sans autre préoccupation que cette irrésistible attirance du regard pour les frémissements enflammés qui se manifestait sous ses yeux.

Oui, ce fut un instant d’éternité, un aperçu du paradis, une bouffée d’invisible, très palpable. Je me demande parfois si le paradis n’est pas de ce monde, invisible en raison de nos préoccupations. Faire, faire, nous ne pensons qu’à cela, enfermés dans notre monde personnel, dans notre psychologie de pacotille, alors qu’à chaque instant l’Esprit nous met en contact avec l’invisible et nous offre gratuitement le meilleur de l’univers. Les ravis de ce monde ne seraient-ils pas les seuls sages ?

25/07/2013

Le kouan

Le kouan, c’est la contemplation d’un être sur le monde, en prenant de la hauteur, comme s’il regardait du haut d’une tour. C’est une vision nouvelle qui donne le pouvoir de passer du matériel au spirituel.

Ce dessin fait à l’encre de Chine met en évidence le contraste entre la verticalité du pont représentant le matériel et l’horizontalité de l’eau et de la terre. La lune crée le lien entre les deux.

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24/07/2013

le bourdon

La chaleur a l’avantage de nous sortir de notre mode de vie habituel. L’activité forcenée n’est plus de mise dans cette atmosphère moite et étouffante, quand le ciel surchargé de nuages ne sait où déverser son déluge. Aussi, hier, à l’instar du chat crémeux à la queue bariolée, ou encore de l’écureuil caché derrière la branche, à l’ombre, m’étais-je étendu sur l’herbe attendant que la canicule ne me pousse dans la piscine. Je lisais tranquillement, savourant cet instant de solitude et de calme, lorsque mon regard fut attiré par un mouvement dans l’herbe rase. 

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Un bourdon voletait de fleur en fleur, ces fleurs proliférantes, aux pétales pointus, fleurs de trèfle qui jonchent la pelouse. J’avais le visage au même niveau que ces fleurs et observais ce ballet inlassable accompagné du bourdonnement caractéristique de ce corps rondouillard et agile. Je m’aperçus très vite qu’il s’agissait réellement d’un véritable travail, incessant, un travail à la chaîne, solitaire certes, mais reproduisant sans cesse les mêmes gestes : voleter au-dessus du trèfle pour repérer une fleur chargée de pollen, l’aborder en essayant d’accrocher ses pattes sur deux ou trois pistiles ou sur une feuille à proximité, plonger sa langue pour aspirer le nectar dans chaque calice et reprendre son vol vers une autre fleur. Une récente découverte a mis en évidence que « les fleurs se manifestent aux butineurs par un signal électrique, un peu l’équivalent d’une enseigne au néon au-dessus d’une vitrine. A leur surprise, les chercheurs ont découvert que les bourdons terrestres (Bombus terrestris) sont effectivement capables de détecter les champs électriques des fleurs, et apprennent à utiliser les variations de ces champs comme indication pour reconnaître les fleurs les plus intéressantes à butiner – celles où ils pourront trouver le plus de nectar. (…) En somme, la situation d’interdépendance entre les fleurs et les insectes pollinisateurs fournit, selon Daniel Robert, « une leçon de publicité sincère », l’intérêt de la fleur étant de « dire la vérité » sur son état. » 

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Et, inlassablement, le bourdon ne cessait de voler, se poser, aspirer, repartir pour une autre fleur plus blanche, plus chargée de pollen. Un ballet au premier abord, puis, en observant plus longuement, un travail de forçat, car sans un instant d’arrêt, il ne cesse d’aspirer pour, plus tard, dégorger sa récolte et revenir avec autant d’allant et de célérité vers le champ permanent des fleurs de trèfle. J’ai eu la vision des ouvriers en usine, accomplissant sans cesse le même geste, infatigables, s’essuyant parfois le front pour retenir les gouttes de transpiration au bord des cils.

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Un bruit proche me fit lever les yeux et perdre cette contemplation fascinante. Retour à la vie normale après une plongée dans le petit monde des parterres piétinés.

03/07/2012

Intemporel

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Du haut du pont de pierre, je contemple l’écoulement de l’eau dans les deux jambes du barrage.

 

Quelle paix, malgré le bruit puissant de l’effusion de l’écume. On n’entend plus le P7010015.JPGfrémissement de la brise dans les arbres. Seules les voitures qui passent sur le pont troublent le grondement monotone. L’écume blanche se festonne de jaune sable lorsqu’elle touche la surface inférieure du plan d’eau. Rien d’autre ne bouge. Seule la cime des peupliers ébauche un balancement. En amont P7010007.JPGl’eau est un miroir piqué de nénuphars. Quelques fleurs jaunes émergent du tapis vert qui rappelle les pierres plates des jardins japonais.

 

 

 

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A droite, le jardin d’eau. Les arbres ont les pieds dans l’onde qui envahit le sol, voilant la réalité d’un reflet argenté ou noir selon l’exposition au soleil. Mystérieux ce paysage lacustre, si petit en réalité, mais qui s’ouvre sur les perspectives du fleuve Amazone.

 

Je traverse le pont et m’assieds sur le parapet opposé. TouP7010006.JPGt est différent.P6300167.JPG Un barrage de grosses pierres traverse le cours, laissant couler entre elles des rides ondulées qui s’épaississent et deviennent écume un peu plus bas. Au-dessus, l’eau frémit, se ride, s’ébroue gentiment, s’éclaire de reflets vivaces qui surgissent et s’évanouissent.

 

  

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Qu’il est bon d’être là, inactif, sans pensée, en éveil cependant. Je ne donnerai ma place pour rien au monde. Enfermé dans la bulle de l’écoulement de l’eau, le temps s’est arrêté. C’est ce mouvement perpétuel, lent et continu qui ralentit l’horloge : agitation dans le micro, calme dans le macro !

 

 

 

Enfin, je descends jusqu’au plan d’eau supérieur. Je marche sur les eaux dans l’apesanteur de l’après-midi, dans cette absence de temps. L’eau est agitée de petites, toutes petites rides qui me donnent une image insolite du vieillissement : rien en bouge, rien ne change, mais à chaque instant passe le présent et se construit l’avenir.

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21/02/2012

Hanezu, film de Naomi Kawase

 

Bande annonce :

http://www.youtube.com/watch?v=9-SC3QuVUm0

 

Extraits :

http://www.youtube.com/watch?v=ylHbpEVcQGw   

http://www.youtube.com/watch?v=LfdbYc0uRwA

 

 

Dans la vallée d’Asuka, berceau de la civilisation japonaise, on met à jour les ruines defilm japonais,société,nature,contemplation,moeurs l’ancienne capitale. Ses habitants pensaient que les trois montagnes environnantes, Unebi, Miminashi et Kagu, étaient habitées par les dieux. Un poème japonais du VIIème siècle conte l’affrontement de deux de celles-ci pour l’amour d’une autre. « C’est ainsi depuis le temps des Dieux, les hommes se disputent leur femme. » Et cette histoire se répète : une femme d’aujourd’hui y aime deux hommes, sans pouvoir choisir, jusqu’au suicide de l’un des deux. Takumi, la femme, vit une vie paisible avec son mari Tetsuya. On partage cette vie faite de gestes lents et simples, naturels pourrait-on dire. Mais elle poursuit dans le même temps une liaison avec Kayoko, un sculpteur, amoureux de la nature. Elle est enceinte, ce qui bouleverse sa vie, leurs vies à tous.

Très belle image du début, la montée du soleil sur l’un des monts et la voix-off énonçant le poème. Une description de la vie quotidienne de ce couple japonais, la descente en bicyclette vers son amant et le délire des corps, façon japonaise. Le tout enrobé d’une nature visionnée par la caméra enchanteresse de Naomi Kawase : rizières et plans d’eau, nid d’hirondelles et archéologie, gouttes de rosée et feuillage des arbres.

 

C’est un cinéma contemplatif et intimiste, si intimiste qu’on se demande ce que l’on vient y faire. Le temps s’étire comme les filaments d’un chewin gum. C’est la même impression de celle de Kundera dans La plaisanterie, dont nous avons parlé le 6 février : mais ici le temps est perçu de manière cyclique, il est un éternel recommencement dans la chronique des Dieux et des hommes. Et sans doute parce qu’il est toujours la même histoire, il laisse une impression d’asthénie par son indolence, sa lenteur et l’impassibilité des personnages. L’orage passé, le cycle reprend. Qu’a-t-on appris ? Rien, l’inanité d’un monde éternel que l’on peut contempler dans les ruines de l’ancienne capitale.

On s’y ennuie, mais avec élégance et esthétisme !

 

 

14/03/2011

Vivre en contemplation

 

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Vivre en contemplation,

N’est-ce pas se contempler soi-même,

N’est-ce pas se regarder dans le miroir

De l’étang qui lui-même reflète l’éclat du soleil ?

 

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J’examine mes sensations diverses,

Je les analyse selon les rencontres,

Celle d’un éclat reflété sur l’eau,

Celle d’un cri dans le silence du vent,

Celle d’un canard qui s’envole à mon approche.

Et de tout cela je me construis,

Je me reconstruis, brisé en mille morceaux,

Pour franchir le miroir des souvenirs

Jusqu’au silence bienfaisant de l’absence de pensée.

 

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Au loin, derrière l’étang, dans les bois,

Des enfants jouent bruyamment.

J’entends leurs cris étouffés,

Des bribes de paroles et de rires,

Sans pouvoir discerner le lieu de leur présence.

Puis à nouveau, le silence,

Entrecoupé d’un tressaillement de moteur

Et prolongé par le frémissement de la bise.

 

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Silence. L’eau même s’immobilise

Et se pare de petits scintillements

Qui constituent autant de reflets

Des pensées qui partent au fil de l’eau.