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23/04/2017

Enfance

Pourquoi l’enfance est-elle ponctuée de pleurs ?
Un rien la rend fontaine débordante
Et les flots drainent espoirs déçus et terreurs
Jusqu’à l’oubli qui survient tout à coup

Tu pleures sur ton malheur ou tes maux
Tu pleures parfois même de bonheur
Tu t’entraînes à fondre en larmes
Pour te faire remarquer des adultes

Je suis un personnage, leur dis-tu
Faites donc attention à moi
Ne me laissez pas passer sans me voir
Et si vous vous retournez, indécis
Regardez-moi dans les yeux
Noyez-vous dans l’eau claire d’un savoir autre

Perception, sensation, impression
Les ions m’en sortent de la tête
Voient-ils la page blanche se remplir
De larmes de pluie et de hoquets

C’est une désolation que cette rancœur cachée
Qui courre dans tes souvenirs aigres
Les pleurs cachent ta misère inexistante
Redresse la tête, couvre-toi de fierté
Tu deviendras grand quoiqu’il arrive

Et tu seras forcé de vivre, solitaire
Face à toi-même, sans pleurs ni reproches
Au bord du ruisseau des larmes
De crocodile qu’un enfant a émis
Et qui se perd dans le désert de l’existence

 ©  Loup Francart

22/04/2017

Colère

Une fuite en avant qui engendre la colère !

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 ©  Loup Francart

 

21/04/2017

Maxime

 

Sens métaphysique de toute beauté : une voie ouverte sur l’éternité.

Bien que les critères de beauté évoluent, l’essence de la beauté ne change pas.

 

20/04/2017

Passé, instant de la séparation

Le passé commence à l’instant de la séparation. On n’éprouve le poids du passé qu’au moment  où l’être ou l’objet partagé se sépare de nous ou nous de lui. La vie est faite de coupures de présent et à chaque coupure ce temps devient une page du passé et ces pages s’accumulent et se collent affectivement, oubliant toute chronologie.

La vie sous sa forme dynamique est celle de l’instant, le passé est la vie devenue statique. Accéder à la contemplation, c’est réunir ces deux formes de vie en une force neutralisante, résultante de l’inertie et de la dynamique.

19/04/2017

Origine (2 : voir d'abord 1)

Que la lumière soit et la lumière fut !
La parole serait donc créatrice
Elle-même mouvement en mouvement
Mais la parole n’existe que parce qu’il y a
Derrière celle-ci la pensée
Peut-on penser sans parler ?
Oui, on peut maintenant parler sans penser
Parce qu’au commencement
La pensée a précédé la parole
Elle a créé le mot, miracle de création
Premier élément de logique en marche
Naissance de l’immatériel
Concept créateur créant la création
Ainsi est née la science et le partage de Galilée
Entre « comment l’on va au ciel », réservé aux théologiens
« Et comment va le ciel », domaine des scientifiques
Pourtant l’immatériel est aussi objet d’exploration
Mais c’est une logique molle, sans mathématiques
Le chiffre serait-il ce premier mot : Un ?
Auparavant la pensé était tout
Poussière immatérielle en mouvement
Qui par cette agitation a créé le Un
Et fait naître le temps, l’espace
Et la matière, inséparables

Le Un s’oppose au tout
Comme il s’oppose au rien
Il Est, seul né de la pensée
Immatériellement existant
Mouvement sans déplacement
A l’origine même du mouvement
Celui qui conçut la lumière
Opposée aux ténèbres
Qui conçut ensuite la matière
Opposé à l’absence
Une présence originelle
Qui brûle d’amour
Et engendre la pensée, puis le mot
Puis le temps, puis l’espace,
Puis la matière
donc le deux créateur
Origine du masculin et du féminin
Qui donne la vie par l’amour
Comme l’univers fut créé par amour

L’amour est-il l’origine de l’origine ?
Dans ce cas serait-il l’origine du mot
Et avant de la pensée inexprimable
Parce que feu sans combustible
vide ou plein, Tout ou rien
Mouvement sans impulsion
Car l’amour n’a besoin de rien
Pour exister dans le cœur
De Celui qui Est sans nom,
Et que l’homme conçoit
Comme celui qui est, qui était et qui vient
Pour les siècles des siècles
Amen !

 ©  Loup Francart

18/04/2017

Origine (1)

L’éclair primordial est-il aussi clair ?
En un quart de seconde, Dieu créa tout
Rien n’existait auparavant, pas de matière
Mais pas non plus d’espace ni de temps
Le néant inimaginable et sans fondement

Peut-on concevoir un tel paradoxe ?
Du rien naît le tout, du vide le plein
La danse des contraires s’est mise en route
Désormais tout marche en opposition
Matière et antimatière, passé et avenir
Là et ailleurs, obscurité et lumière
Auparavant le néant, puis le début
La terre était informe et vide
La genèse suppose un mouvement
Une série de faits et de causes
Qui s’enchaînent entre eux
Et conduisent à la cohérence
Mais comment un mouvement
Peut-il naître du néant et créer ?

Pourquoi y a-t-il quelque chose
Plutôt que rien ? demande Leibniz
Une solution : la pensée existe
La conception du monde est un présupposé
Avant sa création ex nihilo
La noosphère a de tout temps
Remplit le néant et créé le vide
L’absence précède la présence
Mais cette absence est présence
D’autre chose, immatérielle
Le lait nourricier de l’univers
Une voie lactée de pensée
Un singulier singulier, inquiétant
Parce qu’inconsistant, vide de tout
Plein du futur, jeté en une seconde
Dans la furie du mouvement
Qui engendre le tout opposé au rien

 ©  Loup Francart

17/04/2017

Le bonheur

 

Le propre du bonheur est de l’ignorer.

Seul l’homme qui ne connaît pas le bonheur y pense et en parle sans cesse.

L’homme heureux ne sait pas qu’il est heureux.

Il est.

 

16/04/2017

La dame blanche, de Christian Bobin

C’est un hommage poétique que cette vie de la grande poétesse américaine, racontée par un grand poète français. Ils sont tous deux des poètes de l’absolu, peignant le ciel de leurs mots subtiles, imprégnés du vide céleste, porteurs dans leur cœur de ce trou que laisse l’air purifié. Et cette vie est autre que la vie que l’on connaît : une vie de recluse volontaire. Emily a depuis des années élevé entre elle et le monde une clôture de lin blanc. Dans la bibliothèque du rez-de-chaussée, annoté de sa main, le livre de Sainte Agnès de Tennyson. Il y est question d’une nonne, de ses atours blancs et purs et de son attente d’un dimanche éternel.

La trop sage collégienne d’Amherst regarde Dieu improviser le monde à chaque instant. Ellelittérature,poésie,divin,illumination dresse en secret la liste de ce qu’elle aime : les poètes, le soleil, l’été, le paradis. C’est tout. La liste est close, note-t-elle, et le premier terme suffit : les poètes engendrent un soleil plus pur que le soleil, leur été  ne décline jamais et le paradis n’et beau que d’être peint par eux.

A la naissance quelque chose est donnée à chaque nouveau-né. Cette chose n’est rien. Elle n’a pas de forme, pas de nom, aucun prestige. Elle est notre seul bien. On l’entre voit par éclair. « Le simple sentiment d’être en vie m’est une extase. » Cette fleur blanche du rien qui par instants s’ouvre dans le cœur rouge, c’et la fleur commune des saints. Elle ne se fane jamais. Être saint, c’et être vivant. Être vivant, c’est être soi, seul dans son genre.

A quarante-sept ans, Emily rencontre Samuel Bowles, un journaliste. Quelques jours plus tard, elle joint un poème à une lettre où elle assure n’avoir ni vie, ni mort, aucun lien ni action à accomplir, « hors celle qui sort de l’amour de vous ». Ce n’est qu’un amant imaginaire qui meurt un an plus tard.

La vie d’Emily a été spectaculairement imaginaire. Elle a vécu de ce qu’elle a vu, ressenti et recomposé dans sa vision poétique. Elle n’a jamais connu la gloire et elle écrit dans son dernier poème en date de 1886 :

 De cette gloire –
Pas une poutre
N’a subsisté –
Mais sa maison
D’éternité –

Les astérisques
Sont pour les morts –
Mais les vivants –
Pour les étoiles –

 

 Un autre livre, écrit par Antoine de Vial, intitulé Menus abîmes (Orizons, 2112) donne à lire ses poèmes avec les explications du traducteur qui vont au-delà du simple travail d’adaptation à une autre langue. Il permet d’entrer en poésie avec Emily Dickinson.

15/04/2017

L’essence de Pierre Heurtebise de Praguilande (18 et fin)

Il apprit au réveil que leur exécution aurait lieu le soir même. Isolé de ses compagnons, il pria pour eux : que Dieu leur donne la force d’accepter et de subir avec courage l’outrage du fer. Il se plongea à nouveau en lui-même et réalisa alors que le but de sa vie était atteint, c’est-à-dire l’union dans un mariage sacré de l’existence et de l’essence. L’existence seule sans percevoir l’essence est une fuite vaine devant la réalité. Mais vivre son essence sans exister dans le monde réel est comme se rendre infirme volontairement. Seule importait cette fusion propre à chaque homme, celle d’un être sûr de lui-même et agissant, mais en attente permanente de la vie éternelle.

14/04/2017

Vendredi saint

La mort a saisi le soleil
Et l’a fait tomber de son échelle
L’obscurité envahit les cieux
Et porte un coup fatal au cœur de la lumière
La terre tremble, son corps s’éteint
Son âme libérée suit la pesanteur
Puis d’un coup de pied trois jours plus tard
S’échappe des ténèbres acides
Enveloppée de lumière, revêtue de l’humain
Et plane sur le monde à jamais
Plus légère que la plume
Mémoire du divin
Dans le silence de l'oubli

 ©  Loup Francart

13/04/2017

Petitesse et grandeur de l'homme

Nous sommes infiniment petits et notre pensée procède de ce micro monde.

L’homme se fait une fierté d’être un être pensant, mais qu’est-ce que cette pensée dans l’immensité du temps et de l’espace que nous n’arrivons même pas à concevoir. L’être pense. Mais que veut dire penser ? C’est une fonction du corps inhérente à l’homme, qui lui permet peut-être de comprendre certaines relations d’homme à homme, d’homme à nature, mais qui ne peut lui permettre de saisir la finalité de ses relations, le pourquoi des choses.

Songeons que notre vie n’est qu’une poussière de l’éternité. Un homme meurt, un autre le remplace, il n’en reste rien, si ce n’est que le souvenir que l’on en garde. L’homme fait partie de la nature. Il est comme un arbre, un rat, un champignon, éphémère et toujours renouvelé, sans qu’au fond cela change le monde. Penser, c’est  transformer l’état des choses et des êtres pour les mettre à la mesure de l’homme. L’homme transforme, c’est en cela qu’il domine la nature et son existence, mais il ne crée pas et reste un animal tributaire de la nature.

(écrit le 10 octobre 1967)

Cinquante ans après, écrirais-je la même chose ? Non, je crois que le propre de l’homme est justement la capacité de créer à partir de la nature, c’est-à-dire de penser autrement que ce qu’il connaît et de l’accomplir, c’est-à-dire d’en faire une réalité vivante qui parle aux autres. C’est la grandeur de l’homme et son originalité parmi les autres êtres vivants.

12/04/2017

Rires

Le rire frais d’un enfant résonne. Entre !
Ils sont trois à s’esclaffer, la main au ventre
Le regard rieur, surpris en plein délire
Ils cherchent, unis, à casser leur tirelire

Qu’y a-t-il dedans ? Deux misérables pièces
Offertes le matin avec gentillesse
Qu’ils ne pourront se partager sans dispute
Le moment vient, encore quelques minutes

Alors le rire devient pleurs et fuites éperdues
Les pièces s’égaillèrent et furent perdues
Roulant sous la table et le lit, discrètement

L’orage s’amplifia, l’air devint électrique
Ce fut leur habituel quart d’heure colérique
Avant le retour au rire, subrepticement !

 ©  Loup Francart

11/04/2017

L’essence de Pierre Heurtebise de Praguilande (17)

Il médita ainsi toute la nuit avant de s’écrouler au matin dans un sommeil de plomb qui le libéra de ces interrogations et remords. Il se réveilla entre les quatre murs de sa cellule et réalisa qu’il se trouvait dans la même situation que Jeanne. Certes, il ne mourrait pas par le feu, comme une sorcière, mais par le fer comme un voleur ou un guerrier. Mais quelle différence ? Le résultat serait le même, la fin de l’existence. Est-ce tout ? Non. Il avait découvert en une révélation subtile et une guérison inespérée que si l’homme n’a qu’une existence, et encore, il n’en était pas sûr, ayant entendu parler de ce que certains appellent la réincarnation, une doctrine bizarre qui prétend que l’on vit plusieurs vies avant de s’améliorer et d’être délivré des séjours sur terre, il avait également une essence, c’est-à-dire un lieu originel qui ne peut être détruit et qui fait sa qualité, même si sa vie du moment s’arrête dans un désordre apparent et une faillite montrée du doigt par les contemporains. Ce qui comptait n’était pas le résultat tangible de son action, mais le pourquoi de ce qu’il avait fait et comment il l’avait vécu. Il lui fallait regarder en face son personnage, dépasser son égo et plonger dans les racines de son être, celui qu’il avait ressenti aux instants importants de sa vie, qui l’avait guidé malgré les embûches, qui l’avait soutenu face au danger et surtout à la couardise des gens et leur ignoble obéissance aux plus puissants et, en même temps, aux plus vils des hommes. Il avait refusé ce qui semblait aller de soi, rejetant l’impensable que les autres ne voulaient pas voir et maintenant que tout était accompli, il ne regrettait rien, juste que tout cela se soit passé si vite, qu’il n’ait pas réalisé pleinement ce qu’il avait vécu et qu’il allait mourir avant d’avoir pu être totalement délivré. Il prit conscience tout d’un coup que sa vie se réalisait comme celle de Jeanne, une vie de droiture, de soumission à un idéal et de rejet d’un asservissement à ennemi plus fort, une vie où il avait tout donné pour un bien inatteignable, mais qui lui laissait le cœur et l’âme en paix. Il avait cru à ce qu’il avait entrepris, avait échoué et était prêt à en subir les conséquences, la mort par l’épée. Il s’endormit ce deuxième jour sans difficulté, l’esprit pacifié.

10/04/2017

L’état du ciel, de Pierre Péju

Est-ce l’histoire d’un ange déjà déchu ou d’un couple en perdition ? Les deux sans doute sans que l’on sache au début qui fait quoi. Histoire bizarre que celle de l’ange, histoire banale que celle du couple.

L’histoire de l’ange : Aujourd’hui Dieu est mort, ou peut-être hier, je ne sais pas. (…) Nous, ses anges, sommes donc livrés à nous-mêmes. Sans emploi, sans mission. (…) Nous pouvons fouiller dans vos boites crâniennes, essuyer du doigt vos pensées sur les parois de verre de vos âmes comme sur un pot de confiture. Accoudés à nos balcons dorés, nous nous penchons encore un peu au-dessus de vos existences afin de tromper notre ennui. (…) Et pourtant, moi, Raphaël, j’aimerais beaucoup faire un dernier petit tour chez vous, malheureux mortels. Suis-je encore capable d’accomplir ne serait-ce qu’un minuscule miracle ? Le ciel s’ouvre. Le hasard fait – mais est-ce le hasard ? – que là-bas, tout en bas, dans une maison construite à flanc de montagne, surplombant un lac dont les reflets font paraître le ciel plus beau j’aperçois une femme endormie. Le jour se lève. Le coton de sa chemise de nuit fait une vive tache blanche au centre de ma vision angélique. Elle est seule dans son lit. Allongée dans son désespoir et ses draps froissés. Je me dis que je pourrais peut-être faire quelque chose pour elle… Mais quoi ?

Là commence l’histoire du couple : Elle, elle peint. Ou plutôt, elle peignait. A présent, elle est devenue une sorte de femme des bois et se sert de branches, de mousses et de roches pour confectionner des monstres dont on ne sait s’ils sortent de sa tête ou de la nuit des temps, mais l’accablement et la douleur n‘avaient pas eu raison de cet appétit d’ogresse. Rien ne va plus depuis l’accident et son mari n’en peut plus. Après avoir lui-même frôlé la mort, il décide de partir et de la laisser.

C’est un récit quelque peu bateau de par ses rebondissements, un récit presque midinette. Mais il est mené tambour battant, avec l’allant et la vigueur de Pierre Péju. L’ange y joue son rôle, la femme également ainsi que l’homme. L’ange s’enchante de réconcilier les deux, mais des grains de sable enraille la mécanique. L’ange sera déchu, le couple se réconciliera après l’irruption de nouveaux personnages. Mais il ne faut pas dévoiler ces deux histoires…

09/04/2017

Choral BWV 647 de Jean Sébastien Bach, interprété par Leo van Doeselaar

https://www.youtube.com/watch?v=08dRG-7KrHA&index=3&a...


Un doigté sûr, un entrain sans pareil, une pièce qui est un trésor d’ingéniosité musicale, voilà de quoi satisfaire ce matin, les musiciens !

Bach est bien le meilleur. L’entrée dans la pièce est légère, enlevée, étonnante de fraîcheur, et puis, comme du fond des âges, le choral retenti, joué sur la pédale. Il laisse une impression d’ailleurs, comme un rappel, celui de la présence de l’éternité, sur fond de gaité des hommes. Le calme du royaume de Dieu dans l’agitation du monde des humains. Puis, peu à peu, les deux mondes se mélangent et s’organisent pour former un chant pur de louange qui monte vers le ciel, chant à la fois très structuré musicalement et très libre d’émotion retenue.

Oui, Bach est bien le meilleur.

 

08/04/2017

Interrogation

Pour la première fois depuis qu’ils ont fait connaissance, il ne se manifeste pas au matin. Rien ne bouge, aucune pensée ne vient troubler la sérénité de Charles. Habitué aux sautes d’humeur, au réveil en fanfare, ce dernier s’en étonne. Pourquoi cette indolence ?

Il l’avait connu plus gaillard, debout et fier de sa prestance, encouragé dans ses vagabondages, revendiquant sa souveraineté dès lors que les pensées Charles se tournaient vers elle, omniprésente, belle de présence d’odeurs et de frottements, cueillie dans ses vagabondages et offerte bravement aux rapprochements des corps et de l’esprit.

Chaque jour, il renouvelait sa foi et tendait son désir vers l’aimée. Et ces milliers de jours furent comme une seule vie, ensevelie dans la bulle de l’amour, deux en un, dans ce monde où chaque caresse devient un frémissement qui se transforme en feu vivant. Il accumula les souvenirs d’étreintes malhabiles, de passions dévorantes, de tendres apaisements après l’envolée lyrique. Que de fois son cœur vibra et son corps se mit en marche, brutalement, comme un autre lui-même, dressé au-dessus de toute autre préoccupation, assoiffé de ses instants sublimes où plus rien d’autre n’existe.

Aussi quel est donc cette douceur tendre qui fond dans le puit des âges et rend ses soupirs délaissés d’accompagnements des baisers ? Serait ce jour redouté où cette tension féroce s’assagit en lents vagissements, comme le veau que l’on mène à l’abattoir ? Serait-ce l’entrée dans le troisième âge, celui des bruissements de la nuit sans accompagnement de caresses, sans même l’image de ces  statues nues courant dans le cerveau déchaîné.

Va mon mignon ! Dors aujourd’hui. Demain tu reprendras ta danse éternelle et lumineuse devant celle qui t’a donné sa vie.

07/04/2017

L’essence de Pierre Heurtebise de Praguilande (16)

Tous furent pris et emmenés en prison. Il n’y eut pas de procès et la mort était l’unique peine prévue. Gaspard était le treizième, le Judas de la bande, celui dont ils ne savaient s’ils pouvaient lui faire confiance. Tout avait été minutieusement réglé par les Anglais avertis par Gaspard qui jouait double jeu, arguant que la paix ne peut venir d’une femme et encore moins d’une bergère qui aurait mieux fait de rester auprès de ses moutons, dans sa campagne de Donrémy. Pierre Heurtebise sut, dès l’instant où il fut fait prisonnier, que la mort s’ensuivrait, sans pitié ni procédure parce qu’ils étaient considérés comme de vulgaires gibiers de potence, fauteurs de troubles publics, ennemis du bien commun et de la paix. Combien leur restait-il de temps avant que la lame de l’épée ne vienne trancher leur tête ? Un jour, deux, peut-être trois au maximum.

Il se plongea en lui-même, à la recherche de son essence qui l’avait abandonné pour mener ce combat qu’il avait perdu. Qu’avait-il appris ? Il ne comprenait pas, ne savait plus à quel saint se vouer et tomba dans un immense désespoir, le cœur fêlé, le corps torturé, l’esprit détraqué. Il n’aurait jamais dû se lancer dans une telle aventure ! Il avait trouvé sa voie, mieux même, il s’était donné à son essence et l’avait lâché pour un vulgaire complot qui ne pouvait mener à rien. Pourquoi s’était-il sacrifié avec ses amis ?

06/04/2017

Un jour de plus

Le chat aux mouvements ailés
Se coule, imprévisible et matinal,
Dans l’air saturé de la nuit

J’engage ce lent glissement
De la pensée immobile
Et enrage de ne pouvoir crier
La violence de ce réveil

Étire ton être fossilisé
Brise ce tas d’os et de chair
File au-delà du geste
Rien ne te retient plus
Dans le maquis du verbe

La vapeur du jour nouveau
Te conduit à cette lueur
Qui pointe entre les cils
Et embarrasse ton bien-être

Il est temps d’émerger
De la machine à laver
Pour emprunter, un jour encore
Le chemin des écoliers
Et apprendre la vie
Une fois de plus…

 

 ©  Loup Francart

05/04/2017

Maxime

 

La vie commence où finit la haine

La haine s’achève où finit l’incompréhension

La compréhension naît de la méditation

Alors, regarde en toi et ne dis rien !

 

04/04/2017

Chérir un objet

On s’attache aux objets comme aux personnes. Il y entre de l’amour, car aimer, c’est s’attacher au point de ne plus voir les défauts. Mais avec les objets, l’amour naît de l’habitude et de l’usage.

Cet attachement se définit entre l’amour et l’amitié, en ce sens qu’il naît lentement en franchissant une succession d’épreuves, mais qu’il est aussi aveugle que l’amour. Cependant l’amour et l’amitié s’adresse à une personne, c’est-à-dire à quelqu’un qui éprouve lui-même des sentiments et qui peut vous les rendre ou non. Alors ne parlons pas d’aimer, mais simplement de chérir un objet.