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29/12/2016

Mémorandum

Étonnant que je puisse oublier (...) le principe à partir duquel seulement l'on peut écrire des œuvres intéressantes, et les écrire bien. [...]

Il faut d’abord se décider en faveur de son esprit et de son propre goût. Il faut ensuite prendre le temps, et le courage, d’exprimer toute sa pensée à propos du sujet choisi (et non pas seulement retenir les expressions qui vous semblent brillantes ou caractéristiques). Il faut enfin tout dire simplement, en se fixant pour but non les charmes, mais la conviction. »

Francis Ponge, Le parti pris des choses, suivi de proèmes, NRF Gallimard, collection Poésie, p. 109

 

Ponge invente le « proème » (Proêmes, 1948), mot forgé par contamination de PRO(se) et de (po)ÈME, mais qui reprend en réalité à la poésie grecque le terme de prooimon (« ce qui vient avant le chant » : oimè), qui désigne le prélude des joueurs de lyre (Dictionnaire mondial des littératures, entrée : “Francis Ponge”, Larousse). De manière plus simple, on peut dire qu’un proème est la partie introductive d'une œuvre, d'un poème, d'une prière ou d'un discours.

Ce mémorandum, c’est ainsi que l’appelle Francis Ponge, est justement l’introduction de son recueil Proèmes, c’est-à-dire ce qui ne doit pas être oublié avant de lire le reste. C’est bien en cela que l’auteur avance « le principe à partir duquel seulement l’on peut écrire des œuvres intéressantes et les écrire bien ». Il exprime sa conception de l’écriture qui est avant tout la conviction et non la recherche du style. Ce que les éditeurs appellent style est une manière d’écrire dans la mode du moment. Ils pensent que si vous n’avez pas de style, c’est que vos écrits ne valent rien. Ce fut et c’est vrai pour de nombreux auteurs, tels, par exemple, Proust, refusé aux éditions Gallimard par André Gide et Jean Schlumberger en 1912. Il faut attendre l’évolution progressive de la pensée de l’élite pour que le nouveau style instauré par l’auteur devienne Le Style.

Francis Ponge nous livre ici le fond de sa pensée : peu importe le style, c’est-à-dire la brillance ou les caractéristiques de l’écriture, seule compte la conviction de l’écrit et donc de l’auteur. Cette conviction s’acquiert d’abord par le choix, libre de toute mode et de toute influence, de ce que l’on veut écrire. On ne peut bien écrire que sur un sujet qui passionne et sur lequel on a réfléchi longuement. Ce n’est pas le sujet du jour, c’est vrai, mais peu importe, c’est un sujet qui vous intéresse, sur lequel vous vous êtes penché et que vous avez approfondi en vous questionnant en vous-même sans chercher à dire ce qu’en pensent les autres ou, peut-être même, en dépassant la pensée des autres. Dans Proèmes, Francis Ponge nous livre sa pensée avec sa conviction : « comment écrire pour exprimer quelque chose, c’est-à-dire soi-même, sa propre volonté de vivre par exemple, de vivre tout entier, avec les sentiments nobles et purs qui existent en vous » (Ibid p. 191). L’écriture est donc un engagement hors des conventions pour que l’auteur en exprimant sa vérité intérieure puisse trouver sa liberté et son épanouissement (même si elles sont difficiles à faire éclore).

Ponge ajoute qu’il faut « tout dire simplement, en se fixant pour but non les charmes, mais la conviction ». Dire simplement, tel est le mot d’ordre, et non chercher à briller ou être dans le goût du jour. Simplement ne veut pas dire, je le suppose, de manière simple, comme tout un chacun. Mais avec ses propres mots, sa propre manière de voir, et non déguiser sa pensée dans le moule des pensées du moment. C’est sans doute ce qu’il y a de plus difficile à faire : garder sa ligne de conduite, c’est-à-dire sa propre façon de voir plutôt que de la diluer dans le verbiage des autres.  Beaucoup objecteront, avec juste raison, que nombreux sont les auteurs qui ne réussissent pas parce qu’ils ne sont pas capables de produire un style agréable qui sied au lecteur du moment. C’est vrai. Mais le plus souvent, c’est plutôt par manque de réflexion et d’approfondissement que se produit ce dysfonctionnement entre l’auteur et le lecteur. L’auteur ne va pas au fond des choses. Le lecteur non plus. C’est l’échec. Le succès peut d’ailleurs ne venir que tard, même après la mort de l’auteur. On découvre ainsi des manuscrits qui se révèlent bons parce que le temps est passé sur les modes du moment.

Mais rassurons-nous, n’en est-il pas de même pour toute idée nouvelle, d’abord rejetée par sa nouveauté, puis adopter par quelques-uns, puis par tous, en oubliant d’ailleurs qui l’avait exprimé le premier ?

28/12/2016

Maxime

Seuls les sages et les innocents peuvent imaginer le monde sans eux. La plupart des humains ne voient le monde qu’à travers la distance de leur regard d’abord, puis de leur vision. C’est pourquoi l’objectivité est une qualité inusitée.

27/12/2016

Clone

Semblable à lui-même et pourtant différent, c'est bien le même dessin que celui du 22 décembre, vu sous un autre angle et sous d'autres couleurs, enrobé de nués.

1-16-12-27 Noël.jpg

26/12/2016

Bamboo dream, d'Arvo Part

https://www.youtube.com/watch?v=_6JzOjJAWhw


 

Une chorégraphie sur une musique minimaliste : des êtres irréels dansant sur une surface d’eau striée de bambous. Sont-ils vrais ? Ils errent dans un monde sans fin, semblant chercher ils ne savent quoi dans une certaine sérénité. Et la musique vous obsède. On passe du masculin au féminin, avec souplesse, dans une danse virevoltante (en 14 :30), puis au couple, jusqu’au groupe.

C’est envoûtant, mystérieux, étonnant, choquant parfois. Une beauté qui ne veut pas se donner…

25/12/2016

Noël

L’enfance, ce privilège ignoré
Donné à tous sans qu’ils le sachent
Et vécu différemment selon le cas

Vite oubliée par les soucis de la vie
Elle resurgit plus tard, vivace
Dans un souvenir pur de désir
D’un retour au monde perdu

Il faut s’en extraire, résolument
Pour ne pas tomber immanquablement
Et continuer à voir l’avenir
Pour vivre encore et toujours

Aujourd’hui, Noël nous rappelle
Ces jours heureux que l’on ignore
Lorsqu’on les vit et que l’on revit
Sans vouloir vraiment croire
Qu’ils furent et nous ont formés
Pour que l’on devienne
Ce que nous ne savions pas être

©  Loup Francart

24/12/2016

La barque

Faire un tour en barque, quelle aventure !
Quand on a une dizaine d’années derrière soi
Ce moyen de transport devient un mythe
Et elle est là, attachée par une chaîne au mur
Derrière la porte en fer forgé, flottant
Au gré des vents sous son auvent de pierre
Ah, monter dedans et s’en aller pour oublier
Le poids des ans et l’incertitude de l’avenir
Se laisser glisser sous le vieux pont grisâtre
Et partir au loin, quelques dizaines de mètres
Des mesures de géant pour de si petites jambes
L’envie les démange, leur corps est déjà assis
Sur le petit banc, tendu vers l’exaltation
D’un voyage merveilleux sur l’étendue liquide
Et se contempler dans ce miroir mobile
Sans pouvoir respirer pour ne pas le voiler
D’un souffle d’apaisement et de bonheur
Seules les rames ont ce pouvoir de l’onde
De marquer leur avancée sur la surface
Ils rament sans cadence tout au plaisir
D’agiter leurs bras et de pousser, en extase
Pour sentir sous leur être l’avancée du rêve
Mais la barque a sa volonté, elle va ou vient
Dans un sens, puis dans l’autre, en crabe
Ou comme une grenouille asymétrique
Ils sont passés sous une arche du pont
Criant leur joie qui résonne sur la voûte
Emmenée par le courant, la barque tressaille
S’agite, se rétracte, s’amuse de tant de naïveté
Elle sourit de cette turbulence sereine
Et se laisse porter, indifférente et polie
Sous l’injonction de petites mains sur les rames
Que d’émotion, de cris, d’effroi et de bonheur
Ont été ressenti cette après-midi-là
Dans ce petit bateau vert flottant sur l’eau
Pour exprimer ce qui deviendra un souvenir
Dont ils se rappelleront quelques années plus tard
En regardant le pont du haut de la terre ferme :
« Tu te souviens, la barque… C’est loin… »

©  Loup Francart

23/12/2016

The hours , de Philip Glass

https://www.youtube.com/watch?v=DrXyMywvHF0 


On parle de musique répétitive et c'est une caractéristique de la musique minimaliste, mais ce n'est pas la seule. La musique répétitive se choisit un thème musical qu'elle répète à l'infini en faisant des changements infimes dans les tonalités. On pourrait aussi l'appeler musique de Mobius du nom de l'inventeur du ruban. Cela a un certain charme hypnotique comme l'utilisation d'une seule couleur en peinture ou d'un motif de répétition en deux ou trois dimensions. Si l'on se plonge dedans, on constate qu'il y a une infinité de possibilités de faire varier le thème, beaucoup plus que l'on ne le pense au départ. Alors l'esprit commence à entrapercevoir la notion d'infini ou même d'éternité.

 

 

22/12/2016

Noël froid

Quel glaçon, inerte, transparent, désolé. Il erre dans la tête et bloque la circulation jusqu’au moment où il sort de l’imagination. Il peut se développer à l’infini ou se réduire jusqu’à plus voir. C’est la marque de Noël : du plus petit sortira le plus grand !

 

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21/12/2016

L’espoir, au contraire d’E.M. Cioran

Moments philosophiques :

Dans ce café du Quartier latin, j’observe mon jeune voisin. Le voilà étaler une feuille blanche, plus grande que de coutume ; il serre son stylo comme un poignard. Des minutes et des minutes passent : il prend sa tête entre les mains : on dirait une pièce détachée d’un monument funéraire. Mais bientôt il se redresse, béat de [lui]-même, et laisse glisser sa plume. Et je lis : « La Vie, quel mystère, quel problème insoluble !…» C’est tout. Mais qu’importe ! Il vient d’avoir son moment philosophique…

(E.M. Cioran, Exercices négatifs, en marge du Précis de décomposition, Ed. Gallimard, 2005, Vers les syllogismes de l’amertume, p.124 )

 

La vie est bien un mystère parce qu’elle est un problème insoluble. La philosophie s’arrête à sa porte. Elle ne peut aller plus loin. Cette réflexion va dans le sens de cet autre aphorisme d’une jeune paralytique qui assure à Cioran en réponse à ses discours les plus noirs : « Pourtant la vie est belle » (ibid. p. 122).

C’est le propre du mystère, l’incompréhension. Cioran rit de cette philosophie bon marché. C’est peut-être pour cela qu’il est condamné à errer sans raison dans un univers vide de sens. Et pourtant, que n’a-t-il été encensé pour son pessimisme et son cynisme !

La vie est belle parce qu’elle est incompréhensible, n’en déplaise à tous les philosophes de courte vue. C’est le propre du mystère. Et ce mystère est ce qui nous fait supporter la vie et la rend belle. Accepter l’inconnaissance pour vivre et apprécier la vie. Cela revient à sortir du monde des chiffres pour regarder soit vers le bas, le zéro, soit vers le haut, l’infini. Et dans les deux cas, nous sommes terrassés par cette incompréhension qui nous rend plus forts que la connaissance.

20/12/2016

Maxime

 

L’araignée tisse sa toile de prudence.
Elle travaille avec un filet,
Archaïsme des jeux du cirque.
Ainsi l’orateur de ses notes,
Filet de l’émotion.

 

19/12/2016

Aspirations

 

A la fin de la vie, seules vous maintiennent vos aspirations. Alors vous réalisez que ce sont elles qui sont la vie. Qu’elles aient échouées ou soient advenues, vous n’êtes fort intérieurement que de vos rêves.

 

18/12/2016

L'infini

Contrairement à ce que beaucoup pensent
L’infini peut être moins grand qu’on l’imagine
Il n’est pas ce Tout nébuleux contenant tout
Il n’est pas ce qui ne contient rien d’extérieur
Il est l’inverse de ce que l’on imagine, dit Aristote
Car ce qui n’a rien d’extérieur est un tout
Et un tout complet parce que fini
Non, à l’infini il manque quelque chose
L’infini est incomplet et imparfait
On peut toujours le diviser ou le multiplier
En cela il n’est pas le contraire du zéro
Il procède du Un qui n’a pas de limite
Tout chiffre est divisible infiniment
Ou multipliable par un autre chiffre
Y compris par un Un qui, lui, ne multiplie pas
Et qui ne divise, hélas, pas non plus
N’est infini que ce à quoi il manque quelque chose
Et à qui il manquera toujours quelque chose
L’infini est donc un intérieur remplissable
Et non un plein parfait sans extérieur
Il ne sera jamais rempli, jamais complet
Il n’englobe pas tout, car il peut encore plus
Ou encore moins, si l’on part à reculons
Mais en chacun de nous se développe
Cette infinité qui ne peut compter jusqu’au bout
Mais qui peut tout concevoir au-delà
Dans le brouillard d’un tout devenu Un
L’infini est en toi, contemple-le
Mais ne te laisse pas prendre dans ses filets
Tu ne reviendras pas et ne sera pas délivré
La délivrance vient de l’ignorance
Qui t’envahit et te glace d’effroi
Ce n’est pas non plus le rien
Peut-être le Un, plein et entier
Mais innommable parce qu’inconcevable
Ce chiffre est le contraire du zéro
Il n’est pas infini, il est le plein
Et le plein est plus que l’infini
Il n’est pas mathématique
Il n’est ni divisible, ni multipliable
Il est lui et lui seul, plein et entier
Couvrant l’univers de son voile
Créant la transparence pure
Que sont la transcendance et l’immanence

©  Loup Francart

17/12/2016

Une porte

Une porte est un passage entre deux mondes, celui que l’on connaît et un autre, inconnu avant de la franchir. Elle peut n’être faite que de brindilles séchées ou de chêne épais, ou même renforcée de ferrures, la porte reste un mystère, car elle cache ce deuxième monde, que l’on ne voit que lorsque la porte est ouverte.

Les grands se cachent derrière leur porte et la font garder. Nul ne sait ce qu’ils font et ce qu’ils vivent derrière. Les rois n’ouvrent jamais une porte. Elle leur est ouverte. Ils peuvent parfois saluer d’un signe de tête l’homme qui tourna la poignée et fit faire un quart de tour à la cloison. Mais le plus souvent ils passent sans s’en rendre compte d’un monde à l’autre sans qu’ils y trouvent le changement. C’est pourquoi les rois disposent d’une continuité de pouvoir que les autres humains n’ont pas. Pour eux, il n’y a pas de mystère. Notons qu’il en est de même des malheureux qui n’ont, eux, pas de porte. Ils errent dans le monde sans pouvoir en trouver d’autres, ils portent leur misère sur le dos et restent à leurs côtés, car elle est leur seule richesse.

Les autres humains, ces hommes et femmes normaux, sachant se servir de leur poigne pour faire faire un quart de tour à un rond de porcelaine ou à un levier rigide, usent et abusent de cette faculté notoire : passer d’un monde à l’autre sans savoir ce qui se trouve de l’autre côté. Il peut leur arriver d’étranges choses : trouver un cadavre fraîchement expédié, ouvrir sur une femme faisant sa toilette, surprendre un enfant les doigts pleins de confiture. C’est toujours un choc que cette rencontre avec l’inconnu.

Alors certains n’osent ouvrir, ils entrebâillent. Ils jettent un œil sur la partie visible de l’inconnu, croît connaître l’autre partie, entrent d’un pas assuré pour tomber dans un inconnu qui les surprend. Les plus malins n’entrent pas, ils ne passent que la tête. Certaines finissent au panier, guillotinées de surprise, les yeux ouverts sur l’inconnu pour toujours. D’autres enfin ne mettent que le pied dans cet entrebâillement, n’osant tirer plus en arrière la cloison, mais n’ayant pas non plus la force de la refermer, par faiblesse sans nul doute.

La mémoire reste un argument essentiel pour ce passage. La plupart connaissent ce qui se trouve au-delà de la ligne de la porte lorsqu’elle est fermée. Ils ne regardent même pas, ils poursuivent leur rêve ou leur dialogue mental et ne vivent ainsi qu’une vie, bien triste parce que toujours la même. Seuls quelques curieux, distraits, innocents ou éclairés, savourent cet instant où, la clenche cédant, l’inconnu se dévoile auréolé de sa splendeur occulte, voilée aux yeux des passants peu curieux qui restent du côté de la vie, refusant de plonger dans l’inconnu. À peine ouverte, la porte crée l’aspiration. Ils sont projetés de l’autre côté de la frontière, muets d’étonnement, sourds aux injonctions du passé encore présent, les bras tendus vers l’inconnu, aveuglés de déraison qui leur chatouille les idées. Nombreux sont ceux qui ne s’en remettent pas. Certains se figent sur la ligne, n’osant aller plus avant ; d’autres tombent de saisissement, les deux pieds dans le même sabot, peu entrent en majesté ou alors les yeux fermés. Ils retardent l’instant où l’inconnu se dévoile. Les écaillent tombent des globes oculaires, un jour nouveau apparaît, la vie nouvelle s’offre à eux, ils sont légers, neufs et nus devant le spectacle de la nouveauté.

Alfred de Musset, ce grand voyant devant l’éternel, avait raison de proclamer qu’il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée. Quand on est chez soi, on est dans la rue, dit la marquise. Oui, seuls les rois et les indigents n’ont pas de chez eux !

16/12/2016

Ce que nous sommes

 

Même dans l'amour le plus authentique, on ne peut se confondre avec l'autre. Chacun reste ce qu'il est.

Il y a toujours en soi-même une partie de l'âme qu'on ne peut communiquer.

 

15/12/2016

Reproche

 

On reproche aux autres ce qu’on n’ose reprocher à soi-même.

 

 

14/12/2016

Dés

A nouveau l’être maléfique et blanchi
Qui courre sans vergogne dans la montagne
A-t-il toute sa tête ce spectre jauni ?
Mérite-t-il vraiment ce retour du bagne ?

Sait-on ce qui vient ensuite, derrière l’ombre
De ce grand chacal enfiévré de douceur ?
Aurais-tu perdu au jeu des dés sans nombre
Ou donc serais-tu passé sans ta demi-sœur ?

Et cet autre monde sans corne ni fureur
Se prête aisément à l’échange d’imposteurs
Dieu soit loué, il se refuse à l’entrée

Quel rêve étincelant et maléfique
Tourne dans la tête du pasteur séraphique
Et l’entraîne vers une innocence feutrée ?

©  Loup Francart

13/12/2016

Humanité

L’histoire du vivant est l’histoire d’une complémentarité matinée d’opposition. Cette dichotomie ne concerne pas que le sexe, elle est à la base de la construction de l’univers. Le noyau d’un atome est constitué de protons, chargés positivement, et de neutrons, électriquement neutres autour duquel se distribuent des électrons, chargés négativement. Grâce à la théorie quantique, on a découvert que les protons et les neutrons contenaient des quarks (nommés up et down), tandis que les électrons sont pourvus de leptons. Ce sont eux qui sont maintenant considérés comme des particules élémentaires. Sans entrer dans les détails, la matière elle-même est sexuée, certes d’une manière différente, mais réellement, d’une part par le fait des charges, positive ou négative, des particules élémentaires, mais également par l’existence de l’antimatière, dont les charges sont inversées.

La perpétuation des espèces est passée assez vite de la reproduction asexuée, assimilable à un clonage naturel, à la reproduction sexuée, assurant le brassage génétique. Dichotomie, là aussi, permettant l’éclosion de la diversité. La vie implique donc l’existence de deux individus différenciés, partenaires en concurrence, mais obligatoirement complémentaires, qui disposent d’instincts, de sensations, et, in fine, de sentiments eux-mêmes différenciés. On ne regarde pas et on ne vit pas le monde de la même manière que l’on soit femme ou homme. C’est cette différence qui fait la richesse de l’humanité et lui permet d’aspirer à une autre vie, la vie surnaturelle qui elle est neutre, c’est-à-dire asexuée. Et on retrouve là l’organisation des particules élémentaires.

Imaginons maintenant un monde sans sexe, une humanité qui se reproduit automatiquement sans intervention de la volonté, c’est-à-dire sans attirance entre les individus selon qu’ils sont hommes et femmes. Est-ce possible ? Très probablement oui, mais quelle perte de richesse et que la vie serait morne sans cette grâce qui englobe les deux sexes. Hier, en regardant un film, m’est apparue cette suggestion. Plus de 90% des attraits de l’univers sont dus à cette dichotomie : homme et femme il les fit. Imaginez une humanité sans sexe : morne plaine, horizontal désert, encéphalogramme plat. Que pourraient-ils se raconter ?

Oui, pour notre plus grand bonheur, nous sommes différents et cette différence est notre richesse. Elle donne à la vie le piment indispensable à la réalisation de soi, jusqu’au moment où l’on dépasse cette exigence. Mais peu d’hommes ou de femmes y arrivent !

12/12/2016

Malade

Entrer dans la chambre d’un malade
C’est déjà être malade soi-même
L’un l’est véritablement, le pauvre
L’autre, le visiteur, se rend malade lui-même
Dès l’entrée, il se sait vulnérable
Il jette un dernier coup d’œil dehors
Avant de poser son regard sur le sujet
Ses traits sont-ils altérés ?
Sa main tremble-t-elle dans l’adversité ?
Rien ne transparaît apparemment
Pas la moindre faute de comportement
Mais toujours il guette le défaut
Ne pouvant s’empêcher de l’attendre
Alors il joue la comédie de l’espérance
Tout sourire, voir tout rire
Une décontraction désopilante
Avec un rien de compassion
Le geste large, la mèche en bataille
Il s’invente des propos hors de saison
Étire ses jambes en les croisant
S’essuie les yeux avec son mouchoir
Et dit sentencieusement : quelle chaleur !
Le malade n’ose dire qu’il est bien
Au chaud dans ce lit de douleur
Ne pouvant bouger, ni même respirer
Alors il sourit aimablement
À l’être qui lui fait face et le regarde
Avec, lui aussi, un rien de compassion
Le visiteur est surpris et lève le sourcil
Que diantre, se dit-il, est-ce lui
Ou moi qui se trouve si mal
Il ne sait plus et se contemple
Dans ce miroir du jeu mondain
L’œil embué, il desserre sa cravate
Il se sent réellement mal, sinon malade
Mais un mal étrange, qui colle à la peau
Comme un mauvais rêve, un soir de bringue
Ou encore un réveil d’une nuit sans sommeil
Il refait enfin surface et devient aimable
C’est-à-dire aimant, sourires et en verve  
Il enclenche la première, avec douceur
Comment vas-tu ? As-tu mal ? Es-tu bien mis ?
De petites phrases qui ne coûtent rien
Qui permettent de se mettre dans le bain
En immersion dans le brouillard de la maladie
Il cherche le mot juste et ne le trouve pas
Il rit lui-même de son manque d’aisance
Bredouille une phrase incompréhensible
La rend sensible par une caresse dans l’air
Se reprend et finit par entrer dans le bleu
D’échanges intimes et de souvenirs communs
Une sorte de lévitation qui prend la gorge
Qui l’élève gentiment sous les aisselles
Et le transporte sur le nuage de l’entente
Enfin, il redevient lui-même, dans ce moi
Qui court à la surface de la peau
Et rayonne à l’extérieur sans rien dévoiler
De ce qu’il cache en lui, derrière la frontière
De la bien-portance et du bien-être
Il ne peut s’empêcher de se comparer
À un infortuné malade imaginaire
Qui n’en peut plus de traîner sa carcasse
Devant d’autres plus miséreux que lui
Que fait-il ici, lui l’indolent d’un jour
Malade de voir un vrai malade
Jouant la comédie de l’osmose
Jusqu’au moment où n’en pouvant plus
Il annonce doucement qu’il se fait tard
Qu’il a encore beaucoup de chemin à parcourir
Qu’il doit acheter telle chose, avant de rentrer
Que sa voisine l’attend, que son chien doit sortir
Qu’il doit porter son linge à la laverie
Bref, mille prétextes et excuses imaginaires
Qui lui sortent de la bouche en flots continus
Il lui dit presque à Dieu, se rattrape
Il le revoit bientôt, dans une nouvelle visite
Tout aussi malencontreuse et feinte
Laissant une lueur d’espoir au malade
Qui n’en dit mot et sourit d’un air las
Oui, tu dois te reposer ! Mais qui parle à qui ?

©  Loup Francart

11/12/2016

Virtus

La vertu et la valeur sont deux notions qui ont la même origine étymologique. L'une ne va pas sans l'autre. On peut les symboliser par ces deux colonnes qui ne ressortent que grâce à leur lumière intérieure.

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10/12/2016

Parution de "Récits insolites"

Le recueil de nouvelles "Récits insolites" est sorti de presse :

« Remontant à la surface pour respirer, elle regarda l’au-dehors, puis l’au-dedans. Aucune rupture. Elle n’éprouva aucun changement d’impression, aucun décalage entre les deux regards, aucun déclic inaudible. Rien, un monde lisse et pourtant ô combien différent. »

1e de couv RI.jpgAprès quoi courons-nous ? L’argent, la gloire ou l’amour ? Au fond, qu’est-ce qui nous anime, nous transporte et nous imprègne ? Enfin… qu’est-ce qui nous fait vivre ?

 Avec ce recueil de nouvelles, Loup Francart reprend la plume avec une profondeur nouvelle, affûtée au contact du fantastique. En prenant le quotidien pour cadre, dans tout ce que la vie courante se réclame de banale, il baisse notre garde et nous touche en plein cœur. Voyages initiatiques à part entière, chacun de ses récits sonde nos existences, nos doutes et nos attentes. Que sont devenus nos espoirs d’une vie meilleure ? Décorseté par le surnaturel, l’ordinaire vibre de sa fonction primaire : donner un sens. Épris de liberté, nos existences prennent enfin le chemin différent, éveillé et souriant auquel nous sommes destinés. Sitôt affranchis, le fantastique s’estompe pour laisser place à l’accoutumée. Insolites, ces nouvelles le sont assurément : mais n’est-ce pas le cas de chacun d’entre nous ?

 Avec humour et tendresse, Loup Francart patine de nostalgie cet ouvrage intimement philosophique, le troisième paru aux Éditions du Panthéon.

€ 21,90 TTC
314 pages
ISBN 978-2-7547-3158-4

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En souhaitant à chacun d'entre vous une agréable lecture !

Une suggestion : pour Noël ou le nouvel an, faites cadeau de ce livre aux amateurs de lecture et d'histoires.