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02/03/2017

Maxime

 

Sans l’amour des causes successives,

Celui de la cause initiale est imaginaire.

 

01/03/2017

L’essence de Pierre Heurtebise de Praguilande (9)

Il les avait parcourus du temps de sa jeunesse, chassant et braconnant de nuit, dédaignant le passage de sangliers ou de chevreuils, jusqu’à rentrer au petit matin, la gibecière bien fournie de quelques lièvres pris au collet et d’un faisan attrapé à la glue. Il n’avait donc nullement peur de ces bois qui lui rappelaient ses tendres années lorsque, dans le même temps, il louchait du côté de la ferme Sébastien où se tenait, éveillée, la grande Germaine, aux cheveux blonds. Il se souvint qu’il sifflait un air d’oiseau (lequel ? Il ne se savait plus) et qu’elle le rejoignait dans le noir, sautant de sa fenêtre qui se trouvait à presque deux mètres du sol. Là, il la prenait par la main et il s’enfonçait dans l’obscurité, marchant en silence, puis se serrant l’un contre l’autre, jusqu’au moment où ils s’arrêtaient sans pouvoir lutter contre le désir qui s’emparait d’eux et les rendait presque fous. Elle se laissait aller contre son corps, son visage à hauteur du sien, cherchait sa bouche et la pénétrait avec douceur de sa langue semblable à une guimauve que l’on mange les jours de fête. Lui ne prenait jamais l’initiative. Mais lorsqu’elle avait commencé, il n’était pas en reste. Il glissait sa main sous sa chemise, caressant son dos au grain délicat, puis remontait jusqu’aux aisselles pour passer devant, là où sa féminité le transportait en rêve, dans une fermeté et une douceur sans pareilles. Il s’attardait longuement sur cette pomme offerte, chaude, de la taille de ses mains, avant de saisir entre le pouce et l’index une pointe tendue, gorgée de bonheur et de désir. Une fois, il avait souhaité poursuivre ses investigations à hauteur de la taille, en glissant trois doigts entre la ceinture et un ventre rentré. Mais elle s’était écartée brusquement, poussant un petit cri craintif, agitant son corps jusqu’à ce que ses doigts se fussent dégagés de cette emprise délicieuse. Ces quelques secondes soulevèrent en lui des rêves enchanteurs, des fantasmes cuisants, un souvenir exaltant. Que se cachait-il sous cette jupe virevoltante qu’il contemplait les jours de messe quand elle arrivait avec ces parents sur le seuil de l’église et qu’elle prenait place dans son banc attitré ? Cela le tracassa longtemps, mais il ne put jamais, du moins en ce qui concerne Germaine, accéder à ce lieu rêvé qui se résumait à un paradis inaccessible.

28/02/2017

Sur la crête de la destinée

Sur la crête
Entre le bien et le mal
Entre le bon et le mauvais
Il oscille

Mais qu’est-ce que cette antonymie ?
Y a-t-il vraiment une droite et une gauche ?

Ne serait-ce pas plutôt une vallée
D’où chacun tente de s’extirper
Car d’un côté la gravité l’oblige
Et du mal ne peut l’alléger
Et de l’autre, la compassion
L’enferme dans un sursaut d’humanité :
Il ne peut les laisser seuls

La vallée s’enfonce dans la brume
Elle monte sans cesse
Dans les nuages de l’absolu
Vers l’enfer ou le paradis
Sans qu’il sache où il tombera

Ce n’est que le jour du départ
Après avoir laissé son corps
Qu’il saura s’il a pris
La vallée de la géhenne
Ou l’ascenseur de la transparence

Sa seule assurance :
Le parachute de l’optimisme !
Son seul frein :
Le poids de l’égo !

Ainsi il va vers son destin
Sans savoir qu’il le vit
Mais, en lui, se révèlent
L’attrait des neiges éternelles
Et la peur de la damnation

Alors l’effort le porte
Et l’espoir le guide
Il sera ou ne saura jamais
Mais il aura tout fait
Pour épouser son destin

 ©  Loup Francart

27/02/2017

La pêche de l’étang (2)

Dans la première clarté, plus fidèle et plus véridique que celle des autres heures, l’étang, asséché de ses eaux lourdes et sombres, voilait avec pudeur sa nudité désolante dans un scintillement poudreux, mais cette tache lumineuse et fade contrastait trop avec l’élégance ocrée des roseaux chevelus et la parure pacifique et verdoyante empreinte d’une ceinture chaude aux couleurs de sa vieillesse saisonnière. Les hommes avaient tiré du même geste que les haleurs dans leur lent cheminement à la remontée du canal, mais alourdis et empruntés par la boue dans laquelle ils imprimaient les traces de leur pas, le filet qui traînait derrière lui une onde plus pure et plus légère et avait enfermé la substance de l’étang, son véritable corps, dans ses mailles, laissant échapper cette partie impalpable de chaque chose qui ne les intéressait pas.

26/02/2017

Maxime

L’inspiration,

Comme ces marquises à qui l’on donne un rendez-vous

Et qui se font prier,

Vient de l’effort et de la patience.

Il faut la chercher dans le travail

Et non dans la passivité.

25/02/2017

L’essence de Pierre Heurtebise de Praguilande (8)

le numen serait la manifestation d’une volonté divine qui exprime la puissance propre d’un dieu. Plus intéressant encore, le mot est, pourrait-on dire, l’essence du terme signum, manifestation sensible par laquelle cette volonté se fait connaître (prodiges, oracles, etc.) puisqu’il en qualifie abstraitement l’exercice tout-puissant. Bien que tout ceci lui paraisse assez abscons, il réalisa que cette ombre qu’il voyait lumineuse, aux contours nets ou flous selon les moments, et qu’il ne savait nommer d’une manière explicite, pourrait être dénommée numen, c’est-à-dire l’essence même de la lumière, la vision d’une lumière divine différente de la lumière lunaire les jours de pleine lune. Elle serait donc de nature différente de ce qu’il connaissait dans l’existence et avait une signification spéciale qu’il lui fallait découvrir et qui le mènerait peut-être à une guérison fortuite ou miraculeuse.

Le soir même, il reprit sa promenade, comme à l’accoutumée, l’esprit dévoré d’interrogation et, oui, de curiosité. Son numen, car c’était bien ainsi qu’il devait désormais l’appeler, s’éclaira, lueur plus aveuglante que celle de la reine des ombres, qui diminuerait dans un ou deux jours. Pourvu de cet organe supplémentaire, dont il ne ressentait ni le poids ni l’encombrement et qui, même, semblait l’alléger, il pouvait marcher librement, y compris dans une densité conséquente de feuillages. Il fut à nouveau entraîné vers les bois de Saint-Roch, une véritable forêt en fait, mais appartenant à de nombreux propriétaires dont chacun possédait « son bois ».

24/02/2017

Le désir

Le désir est un compagnon encombrant.
Lorsqu’il est là, il prend toute la place.
S’il vous arrive de constater son absence,
Il accourt aussitôt sans aucune gêne.
Il ne vous laisse aucun répit
Et vous taraude sans cesse, insatiable.
Insidieux et libertaire, il exerce sa férule
Sans avoir l’air de rien, en toute quiétude.
Il vous faut attention et tromperie
Pour le renvoyer loin de vous.
Vous le chassez par la porte,
Il revient par la fenêtre, même close.

Le désir est un compagnon encombrant,
Comme un vernis qui vous recouvre
Et qui attire toute poussière de l’esprit.
Vous basculez du septième ciel
Au fin fond de l’enfer sans le savoir.
Il est déjà trop tard… Vous êtes pris…
Englué dans ce rappel permanent
D’exigences actives et incontrôlées
Qui surgit à l’horizon des pensées
Et finit en actions à vos côtés,
Vous basculez sans y pouvoir
Et perdez votre savoir-être,
Car il court à fleur de peau
Et vous submerge à tel point
Que vous n’êtes plus vous-même,
Mais l’être inconnu qui se prétend moi
Et qui n’est qu’un sosie malodorant.

Le désir est un compagnon encombrant.
La fuite n’est qu’une mascarade
Qui conduit à l’abdication.
L’acceptation de sa présence
Fait de vous un fantôme vivant.

 ©  Loup Francart

23/02/2017

La pêche de l'étang (1)

A l’heure où la nuit mêle encore à l’air plus libre le jeu d’ombres chinoises de l’horizon terrestre sur la pâle renaissance d’un ciel bleuté, nous avions regardé avec l’émerveillement des enfants qui s’essayent à démêler le nom des couleurs bien qu’ils en aperçoivent chaque nuance, apparaître d’abord un léger embrasement entre les branches noires et frêles des arbres, comme une rougeur imperceptible la veille que l’on découvre au matin sur l’épiderme, puis de longues trainées de sang et d’or mêlés, formées par chacun des particules de lumière du soleil que nous devinions derrière l’horizon et réfléchies par la densité opaque des bourrelets nuageux du ciel. Chacun de nous sentait la frêle et délicate joie que donne l’air léger et pur, sonore de chaque évènement  qu’on ne perçoit pas à la lumière du jour , et le réveil des formes du monde que nous retrouvons intactes, mais encore cristallisées dans notre perception du mystère de leur vie nocturne.

Dans la première clarté, plus fidèle et plus véridique que celle des autres heures, l’étang, asséché de ses eaux lourdes et sombres, voilait avec pudeur sa nudité désolante dans un scintillement poudreux, mais sa tache lumineuse et fade contrastait trop avec l’élégance ocrée des roseaux chevelus et la parure pacifique et verdoyante empreinte d’une ceinture chaude aux couleurs de sa vieillesse saisonnière. Les hommes avaient tiré du même geste que les haleurs dans leur lent cheminement à la remontée du canal, mais alourdis et empruntés par la boue dans laquelle ils imprimaient les traces de leur pas, le filet qui traînait derrière lui une onde plus pure et plus légère et avait enfermé la substance de l’étang, son véritable corps, dans ses mailles laissant échapper cette partie impalpable de chaque chose qui ne les intéressait pas.

22/02/2017

La liberté

 

La liberté est une affaire collective et non individuelle.

C’est pourquoi elle ne peut être pure.

 

21/02/2017

Pensée

La grandeur des arbres se perd dans l’enceinte de l’univers. Pourtant, ce n’est pas leur taille qui nous illusionne, mais l’ignorance de l’enceinte. Nous ne sommes que des fourmis qui se disent pensantes. Qu’est-ce au juste que penser : confondre l’univers avec le monde des fourmis ? L’esprit y tourne en rond et ne peut en sortir. La pensée, c’est de la fumée dans une bouteille de verre. Nous sommes comme ces marins qui construisent leur bateau dans une bouteille et la pose sur la cheminée pour la contempler. Si l’océan et le désert attirent l’homme, c’est qu’il y voit la possibilité d’une évasion. La pensée se noie ou meurt de soif en cours d’évasion. Ce qu’il faut trouver, c’est la substance vitale qui traversera le verre. Alors la fumée s’échappera. Encore faudrait-il procéder prudemment et ne pas rompre ce fil qui relie l’astronaute à sa cabine.

20/02/2017

L’essence de Pierre Heurtebise de Praguilande (7)

Un nuage passa. L’ombre s’éteignit, il se retrouva dans un noir d’autant plus absolu qu’il succédait à une clarté franche. Cela sembla l’éveiller ou tout au moins lui faire prendre conscience d’un signe. Il fit demi-tour dans une obscurité difficile à traverser, semblant se comporter comme une bille dans un tunnel, se cognant aux bordures du chemin, c’est-à-dire aux piquants des ronces des deux haies qui le bordaient. A certains moments, il dut prendre entre ses doigts les tiges piquantes, se blessant la partie la plus innervée des phalanges, puis décrocher les épines de ses vêtements pourtant lourds et bien protégés contre les agressions naturelles d’une campagne hostile. Enfin, il vit la lueur de la fenêtre de son bureau où il avait laissé une chandelle allumée pour garder la maison contre toute intrusion malencontreuse. Simultanément, il s’interrogeait sur le sens du mot entendu. Numen. Que désignait-il ? Il connaissait le terme latin de « lumen », qui signifie lumière, mais pourquoi remplacer le L par un N ? Il faut que je cherche sa signification, se dit-il en franchissant le seuil de sa maison. Après avoir fermé sa porte à double tour, il se coucha, poussé par une réflexion qui lui échappait et qu’il ne pouvait contrôler. Cela dura longtemps. Il entendait les heures sonner au clocher de l’église, mais ne put compter au-delà de quatre, s’étant endormi, épuisé par sa marche et ses réflexions.

Au réveil, sa première pensée fut « numen ». Le mot surgit avec force dans le brouillard des songes et le réveilla instantanément. Mais le lecteur sait bien qu’à cette époque Internet n’existait pas et qu’il lui fallait soit trouver dans sa bibliothèque de quoi satisfaire sa curiosité, soit écrire à différents imprimeurs pour qu’ils lui recommandent divers volumes susceptibles de le renseigner. Commençons donc par fouiller dans notre propre et précieuse bibliothèque, s’avisa-t-il. Sans même prendre un léger repas qui l’aurait maintenu en forme jusqu’au milieu du jour, il se plongea dans les pages de volumes lourds et noircis, d’abord des dictionnaires d’où il ne tira pas grand-chose, quelques explications sur l’origine étymologique, un verbe nuo, nuere qui voudrait dire « faire un signe de tête ». Enfin, après d’autres recherches dans d’autres volumes, il découvrit ce qu’il cherchait.

19/02/2017

Abstraction

L’aurore est abstraction.
Tout d’abord, noir et blanc.
Un point tout court, faible,
Grandit dans l’espoir du jour,
Puis dessine une à une les formes
À grands traits d’obscurité,
Diffusant la lueur entre elles
Plutôt que sur elles, si frêles.
Enfin se distingue chaque ensemble,
L’arrondi des buis dans leur bac,
L’aplat de la pelouse qui s’échappe
Hors de la vue palpable,
Le miroir de l’eau qui s’étire
En fils d’argent revêches.
Plus loin encore, hors du tangible,
La goutte de conscience s’élargit,
Se manifeste avec une étonnante douceur
Pour s’emparer, avide, du paysage
Qui apparaît alors, nu et neuf,
En ce nouveau jour, comme un poussin
Qui casse sa coquille et découvre
La splendeur renouvelée de la création.

 ©  Loup Francart

18/02/2017

Bach, le géant de la musique

Oui, c'est bien un géant, la preuve !

https://www.youtube.com/watch?v=JKaM3_8Hx0s


On aura tout vu !

17/02/2017

Le ney, flûte sacrée des soufis turcs

https://www.youtube.com/watch?v=qsqcmRNODwQ


Des sons venus de l’absence du moi, dans ce vide indéfini que l’on peut également qualifier d’éternité. L’absence devient le tout, supérieur à la somme des parties. Résonnant d’abord à l’extérieur de soi, les vibrations entrent  dans l’être intérieur, le purifient et le font accéder au soi, cette partie de nous-même, supérieure au moi qui entre en contact avec le divin.

" l’homme est un miroir

qui, une fois poli, réfléchit Dieu ".

16/02/2017

Prendre ce qui vient

 

Chercher l’harmonie du monde à travers les dissonances que nous percevons.

Nous sommes sensibles à certaines harmonies.

D’autres nous échappent.

Sans doute manquons-nous d’ouverture des sens

ou, peut-être, nous fermons-nous à nos perceptions.

Ne pas refuser ce le monde nous offre.

15/02/2017

L’essence de Pierre Heurtebise de Praguilande (6)

Le lendemain, la lune était encore suffisamment pleine pour permettre à son ombre de le guider, vers quoi, il l’ignorait ; mais il excellait dans cet art de ne pas dire ou provoquer les choses pour qu’elles adviennent inexorablement, dans une simplicité qui les rendait justes et bienvenues. Sur le seuil de sa maison, il ne put contempler l’astre de la nuit et dut faire quelques pas pour le laisser envahir sa personne et l’auréoler de lumière blanche, crue comme un légume fraîchement coupé prêt à être versé dans une marmite bouillante. Guidé par la lueur, il ne s’attachait qu’à l’inclinaison de son ombre, suivant celle-ci dans ses moindres frémissements, attendant même le souffle court qu’elle s’offre à lui par quelques mouvements qui lui faisaient dire qu’elle s’était emparée de lui corps et âme. Il se rendit compte qu’il y avait quelque chose de changé en lui. Quoi ? Il ne savait pas exactement, mais il se sentait plus libre, moins prisonnier de cette carcasse déglinguée que son corps était devenu. Il peinait toujours à marcher, mais cette gêne s’était atténuée au point de le laisser libre d’aller et venir sans contrainte. Serait-ce le début d’une guérison ? Cela ne lui était pas venu à l’idée et ne l’intéressait nullement. Il se sentait libre et cela lui suffisait. Il pouvait laisser aller sa pensée à des considérations plus hautes, s’interroger sur cette essence qu’il avait devinée derrière cette ombre lumineuse qui lui disait où il devait aller.

Tiens, que se passe-t-il ? L’ombre, ou la lumière dévie dans sa course. Elle le guide vers les bois de Saint-Roch, profonds et ténébreux. Connaissant son infirmité, il ne s’était jamais aventuré vers cette immensité ombragée d’où il ne pourrait sortir seul s’il lui advenait quelque chose. Dans le même temps, lui vint à l’esprit un mot, prononcé clairement dans sa tête : numen. Il lui vint de manière impromptue, comme un enroulement sur elle-même de sa pensée, une échappée brutale et prodigieuse du cerveau, tel un pet dans un salon que l’on ne peut retenir et que l’on cache d’une toux feinte. Que signifie ce mot ? Pourquoi lui est-il venu à l’esprit brusquement et pourquoi ne peut-il s’en débarrasser ?

14/02/2017

Inversion

Un autre monde, mais toujours aussi sauvage !

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13/02/2017

Collection

La jeunesse adore les collections. Pourquoi ? Peut-être la nostalgie d’une vie passée où l’on a accumulé de nombreuses richesses ou encore l’envie de posséder quelque chose à soi seul. La collection fait de l’enfant un personnage de rêve, un roi sans royaume, un homme plus riche de lui-même. Aucun n’y échappe : collection de gommes, de buvards, de bons points et, pour certains, de mauvais, mais pas intentionnellement. Les commerçants et industriels ont bien compris cette passion dévorante des enfants. Ils en imaginent sans cesse de nouvelles, pas chères, mais qui peuvent rapporter gros comme les Pokémons ou les soldats de plomb en plastique. Certaines collections finissent dans des musées imaginaires.

Un jour, enfant, je trouvai par terre, dans un champ, une pierre magnifique, une sorte de gros galet cassé qui renfermait une pierre bleuâtre et formée de cristaux, un monde en soi, mystérieux et attirant. Frères, sœur, cousins et cousines décidèrent de faire un musée dans une des chambres du moulin encombré machines, de roues, d'engrenages, de courroies de godets et de toutes sortes d’instruments mystérieux. Il nous fallut un mois pour atteindre une collection d’une quinzaine de pièces. Chaque découverte nous faisait pousser des cris d’extase. Nous les passions sous l’eau, les lavions avec une brosse, les séchions avec nos serviettes de toilette et même, pour certains, les cirions ou les enduisions d’une pommade luisante propre à leur donner un aspect brillant. Des pierres rutilantes, aux formes insolites ou au contraire parfaites, ou d’autres encore, cassées et recelant en leur intérieur un cristal pauvre, mais qui attirait le regard et en faisait un chef d’œuvre de la nature. Chacun fut chargé d’une tâche précise à exécuter dans un délai prescrit : trouver des étagères de présentation, balayer la chambre, décorer ses murs de photos de pierres merveilleuses arrachées de magazines au papier glacé, préparer le comptoir d’accueil des visiteurs et la tirelire devant recevoir le prix d’entrée. L’un de nous devait trouver un uniforme de gardien de musée et se tenir prêt à patrouiller au sein de la pièce pour surveiller les collections. Oui, elles étaient passées d’une collection à des collections, ces quinze pierres. Que d’effort pour arriver au jour J, celui de l’inauguration du musée. L’un de nous devait faire un discours devant les officiels représentés par les parents. Ce fut long et laborieux, plein de mots savants cherchés dans le dictionnaire et un livre consacré aux pierres du Sahara. Dans le regard de chacun des enfants on pouvait voir les espaces pierreux des déserts, le lit caillouteux de rivières, les plages douloureuses imposant un matelas pour s’y étendre ; et, au centre, dans l’œil embué, le caillou adoré, cajolé, caressé, lustré, celui des rêves les plus fous et des explorations les plus épuisantes.

C’est vrai, l’enfant a une autre vision du monde. Tout lui paraît merveilleux. Le moindre petit caillou est un mystère sans nom qui permet l’évasion d’un réel qui est pourtant à découvrir. Mais n’est-ce pas passionnant de s’inventer un monde que les parents ne peuvent comprendre, mais qu’ils doivent approuver à grands cris d’extase simulée.

Pendant longtemps, à certaines périodes, je me suis promené avec ma collection dans la poche ; une pierre parfaite,  en ellipse, choisie longuement sur une plage de la Méditerranée ou de l’Atlantique. Elle me donnait confiance et sa douceur dans la main se laissait caresser chaque fois que j’allais chercher quelque chose dans les profondeurs secrètes que sont les poches pour un homme ou le sac pour une femme.

12/02/2017

Fin

Je n’ai plus l’éternité devant moi
La fin approche à grands pas
Elle ouvre sa gueule béante
Et fait ses yeux enjôleurs

Je ne veux pas me laisser faire !
Mais comment lutter sérieusement
Contre le lot de tout un chacun

Certes, il me reste de nombreux jours
Et autant de nuits solitaires
Où je pourrai encore dire
Tout ce qui me vient à l’esprit

Mais je sens la mélasse venir
Ma course se ralentit
Elle tourne autour du pot
Et souvent ma pensée
S’ouvre à d’autres horizons
Là où il n’y a plus de différences
Entre le réel et l’imaginaire

Et ce vide immense, sans fin
Couvre de son ombre velue
Les désirs qui s’échappent

Partez au loin, je vous rattraperai
Mes petits moineaux chauds
Et nous irons nous perdre
Dans l’obscurité et la froideur
D’une nouvelle vie, inconnue
Dont on ne sait rien
Mais dont on espère tout

Oui, l’éternité est morte
Il faut se dépêcher de remplir
Ce pour quoi nous avons été créés
Différent pour chaque homme

Maintenant que j’ai découvert
L’absolue solitude, tranchante
Qu’entraîne cette exigence
Je couvre d’écritures et d’interjections
Les pages blanches et vierges
Qui sont devenues
Ma robe de marié
Pour l’éternité

 ©  Loup Francart

11/02/2017

Féminin

Toute femme est un mystère fragile
Qu’il convient de découvrir et choyer
Modeste, elle s’annonce faite d’argile
Mais pour la vie ne cesse de guerroyer

Serais-tu la beauté profonde et tendre
Ou l’innocence invaincue et pudique ?
Peux-tu te laisser couvrir de cendres
Ou te vêtir de pouvoirs encyclopédiques ?

Toi, toujours présente et impitoyable
Dans mes rêves devenue impalpable
Nuage hypothétique poussé par les vents

Comment t’octroyer une réelle consistance
Alors que nos corps pleins d’inconstance
Ne rêvent que de solides adjuvants

  ©  Loup Francart