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25/10/2019

Locédia, éphémère (31)

Une de ces affiches représentait une femme aux dents écarlates tenant à la main une brosse à dents. Elle s'écriait en lettres noires : « Ne vous brossez pas les dents avec n'importe quoi ! » A la suite de ces mots, on pouvait voir une brosse à dents électrique vibrante revêtue de ses pare-gencives. Pourquoi cette affiche anodine me fit penser à toi, Locédia ? Ce n'était ni la brosse à dents en elle-même, ni la couleur des cheveux de la femme, ni ses yeux d'ampoules noircies. Perdu dans la contemplation de cette femme au sourire carmin, arrivé au niveau du transporteur et bousculé par les enfants qui se pressaient pour monter les premiers, je redescendais déjà de l'autre côté de la station sans avoir pu monter dans la boite capitonnée, quand je découvris la raison de cette réminiscence bizarre ? Un soir, tu t'étais lavée longuement les dents et tu m'avais regardé en tenant en l'air ta brosse à dents, du même geste que la femme sur l'affiche.

_ N'est-ce pas que je suis belle ? Aimes-tu mes dents ?

_ Tu as les dents d'un jeune chien, lui lançais-je en riant.

_ Pourquoi ? Non, j'ai les dents d'un enfant.

Tu semblais vexée de cette réponse que j'avais faite en pensant à autre chose, absorbé par la contemplation du vent sur la chevelure feuillue des arbres municipaux.

_ Et tu es une enfant qui a vingt ans, remarquais-je. Ou sans doute es-tu une femme de quarante ans ou encore une grand-mère qui a quatre-vingt ans et les dents d'une enfant. Quand tu avais les cheveux gris, je te baisais la main. J'embrasse, Madame, la dentition de votre descendance.

Tu riais de ma folie, les dents rayées de tes cheveux que nous mêlions à nos jeux, ces cheveux que tu avais voulu teindre le jour où je t'avais dit que tu n'aurais les dents blanches que lorsque ceux-ci auront vieilli.

Je m'étais perdu dans la foule descendante. Comme les particules d'un fleuve déchainé, j'étais repoussé par la masse des autres contre une berge, comprimé entre deux racines, ralenti par le frottement familier de l'écorce et ramené ensuite par les lois de la gravité vers le milieu des flots. Je dus traverser d'interminables couloirs sonores, monter des escaliers tortueux, choisir une route dans ce labyrinthe, redescendre des marches rugueuses et attendre une place dans la file ininterrompue du tapis roulant. Je te revis à nouveau, verte, lumineuse, réclame impitoyablement humaine.

24/10/2019

Voir

 

L’ombre plus forte que la nuit
Lune plus lumineuse que le jour
Ainsi va le monde et la nature
Quand on marche les pieds en l’air

Il faut cependant s’y habituer
Le poids de la pesanteur
Attire l’œil vers le bas
Et les pas de la belle
Sur les nuages de la gloire
N’empêchent pas l’exaltation
Mal venue des voleurs

Bref, va et ne regarde pas en arrière
Rien de pire que la tentation de voir !

 

©  Loup Francart

23/10/2019

Apercevoir

Glissé entre deux

Venu d'un autre monde

jaillit le mystère

 

19-10-23 (13-03-07) Briques assemblées 1mx1m.jpg

Anodin est-il ?

Formes et couleurs semblables

Mais il est autre !

 

Le mystère est son bonheur

 

22/10/2019

Beauté

 

La beauté d'un temple grec ne se bâtit pas sur la grosseur d'une colonne par rapport aux autres,

mais sur l'harmonie des colonnes entre elles et leur agencement dans l'espace.

 

21/10/2019

Locédia, éphémère (30)

Le temps passait. Pourquoi cette flânerie esquissée ? Je m'obligeais à une quiétude apparente et m'interdisais de me hâter vers l'entrée du métropolitain. A son abord, les passants se faisaient plus denses. Je fus happé par une sorte de fleuve en furie. Les corps rembourrés des hommes et des femmes, projetés à droite et à gauche, semblaient attirés par une force invisible. Tantôt avalé, tantôt rejeté, je m'étais tant bien que mal trainé devant une cage de verre où évoluaient d'insolites monstres : des femmes tronçonnées dont le corps coupé à hauteur du nombril ou à la base de la boursouflure des seins, reposaient sur le comptoir comme un buste sur la cheminée d'un salon empire. Poussé par la foule, je défilais devant la cage de verre où une de ces femmes, d'un geste précis et sévère, avala de sa main ouverte les pièces que j'avais jetées tandis qu'un billet sortait de la gueule béante du comptoir argenté et froid. Le fleuve furieux des corps m'entrainait irrésistiblement. J'eus à peine le temps de voir le sens que je voulais prendre sur l'écran lumineux suivi d'une longue flèche aux formes tourmentées. Depuis la découverte de nouvelles lois relatives à l'orientation des corps dans l'espace, le mot direction avait été interdit par la Société des Sciences qui considérait comme anormale cette appellation du lieu où un individu est en instance de se rendre. Je me souviens encore du décret lu à la Voix Officielle et des transformations que cela avait entrainées dans la vie urbaine.

« La Société des Sciences et de ses Applications Morales décrète officiellement qu'à partir de ce jour, en vertu des récentes découvertes concernant la gestion des mouvements des corps dans l'espace métropolitain, il est interdit d'employer le vocable direction à propos des mouvements possibles du corps humain dus à l'aspiration spatiale du moment. En conséquence, seront punis d'une peine équivalente à un mois d'inaction forcée les contrevenants usant de ce vocable impropre. L'application de ce décret est confiée aux agents techniques de la Société des Sciences et des Applications Morales en relation avec la Police de la municipalité ciparsienne. »

Ce décret avait fait beaucoup de bruit, mais le bon sens des gens avait convenu qu'une direction ne pouvait avoir de sens, alors que deux sens pouvaient avoir une même direction.

On avait également découvert il y a plusieurs années que la principale perte de temps durant le trajet était due aux arrêts obligatoires à chaque station. Il fut décidé d'abolir ces arrêts. Comme il était néanmoins indispensable pour la bonne marche de l'entreprise que les clients montent dans le transporteur, celle-ci avait inauguré un système de tapis roulants progressifs, à étages accélérateurs pour être plus exact, qui permettait de monter dans le transporteur ralenti légèrement à l'abord de la station. A la suite de plusieurs essais, les ingénieurs s'étaient aperçus que les cobayes employés pour l'expérimentation, qu'on avait pris parmi les condamnés au peloton de cobayes, perdaient l'équilibre en raison de l'impression d'accélération qu'ils subissaient. Une étude approfondie révéla que le phénomène était psychique et dû uniquement au fait de voir défiler les murs à une vitesse toujours plus grande. Ils eurent alors recours à un trompe-l’œil utilisé jusque là dans les affiches et consistant à créer des bandes lumineuses mobiles sur un fond d'ampoules électriques. En faisant concorder la vitesse des bandes successives avec celle du tapis, ils annulèrent l'impression d'accélération puisque l'ensemble restait fixe par rapport au sujet transporté. Depuis, le système lumineux s'était perfectionné et il avait été possible de créer de véritables affiches.

20/10/2019

Fin

Le monde se ferme, ses mâchoires l’enserrent
Telles celles d’une huître, la pierre l’écrase
Il ouvre encore un œil, se croit toujours sincère
Les yeux bordés de larmes, il se noie dans la phrase

C’est fini, il n’est plus. Rien ne vient à nouveau
Le nuage de fumée s’enfuit dans l’espace
Ce n’est plus qu’une ombre qui part les pieds dans l’eau
Qui fait un entrechat, dernier tour de passepasse

Il erra longuement, oublieux du destin
Il marchait sans raison, lourdeur du clandestin
Un pas devant l’autre, en toute ignorance

Il s’arrêta enfin, raidi de toutes parts
Trou dans l’air épanoui à l’abri du rempart
Et mourut là sans fard, loin de toute espérance

©  Loup Francart

18/10/2019

Vrille (pictoème)

tourne le moulin

sans un regard vers l'arrière

vrille ton destin

 

19-10-18 Vrille A.jpg

 

de pourpre et d'or

va au centre

et montre-toi

17/10/2019

Cauchemar

Est-elle droite ou raide ?
Est-elle faite de roseau
Ou casse-t-elle au moindre coup de vent ?
La femme est ainsi faite
On s’y enfonce en plume
Jusqu’à tomber sur la tranche

Frappé de cécité
Je ne sens pas venir le coin de table
Je repars en boitant
L’âme pendouille et flotte
Dans l’air vicié de l’humanité
Froid des rencontres et chaud du large !

Revoici le début ou la fin
Début des illusions perdues
Fin des rêves impossibles
Il courut longtemps sans joie
Il perdit haleine dans la brume
Mais garda toujours confiance en lui

Elle se tient maintenant à la pointe du diamant
Là où rien n’évolue sans chute
Porté sur l’annulaire, la tache de bonheur
Imprime son indécente innocence
Au cœur même des passions humaines
Le regard au loin, marche jusqu’à l’abîme !

Depuis, rien ne varie
Ni la joie ni la peine
N’encourage l’ombre
Et ne force la couleur
A ternir l’avancée
Jusqu’à la noyade

Il est probable qu’un jour
Elle reviendra épanouie
Vêtue de pourpre
Elle ira devant elle
Et ne rougira plus
De se voir ainsi

Va biquette et...
Ne rue pas dans les brancards !

©  Loup Francart

16/10/2019

Locédia (29)

On avait recouvert le cours du fleuve le jour où la municipalité, devant la surpopulation des cimetières, avait décidé d'immerger les corps des moins riches. Le problème de la planification des cimetières l'avait longtemps préoccupée. Il devenait plus coûteux de loger les morts que d'entasser les vivants. Cependant les vivants se contentaient plus facilement que les morts ; ces derniers ont le grand désavantage de ne pouvoir se déplacer sans installations spéciales et onéreuses. On avait pensé à plusieurs étages souterrains, sortes de catacombes, mais les tentatives d'enfoncement des corps par forage échouèrent en raison de la dureté du sol. Un architecte avait alors suggéré d'immenses buildings à air conditionné munis de salles de repos pour les visiteurs, de salles de jeu pour les désœuvrés et d'un système spécial de surveillance des enfants avec œil électronique. Mais les habitants, après un référendum, avaient protesté contre l'édification d'un édifice de couleur noire et surtout contre les hublots des tombes, ouverts sur la ville. Ils s'étaient finalement contentés d'une solution intermédiaire, d'une conception agréable à l'œil et qui ne choquait pas l’idée conventionnelle qu'ils avaient des cimetières. Malheureusement la solution était insuffisante. Les morts qui déjà de leur vivant ne pouvaient se payer un toit, devaient se contenter d'être immergés, accrochés à une pierre tombale où leur nom était gravé. Le cimetière fluvial comme l'appelait avec un petit air de dégout la société établie de la ville, avait élu domicile en amont des faubourgs. Constitué d'une sorte de jetée avançant dans le cours du fleuve, il était décoré les jours d'enterrement de mâts sur lesquels flottaient des pavillons noirs. A l'entrée, un employé des pompes fluviales percevait quelques sous de ceux qui désiraient assister à l'immersion. Des difficultés commerciales avaient empêché son installation en aval, malgré les recommandations des experts de l'hygiène municipale. Le comité des mariniers avait décidé une grève illimitée si le projet aval était voté. Depuis nous nous promenons tranquillement sur les morts, l'âme en paix, approuvant la bienheureuse gestion des affaires de la ville. Parfois, la nuit, par temps clair, lorsque les gens sont enfermés dans leur appartement, on entend le roulement d'une pierre tombale poussée par le courant. On peut voir à la surface de l'eau quelques bulles irisées indiquant la présence des corps.

15/10/2019

L'oeil rouge

 

L’œil rouge du fantôme erre dans ta mémoire
Tu ne peux le saisir, le pourpre t’envahit
Oh ! Combien est longue la liste des déboires
Accumulés en toi. Tu en restes ébahi

Dans l’angle du cerveau, au pied de masses informes
Se fabriquent les mots en désirs et hasard
Prends donc une pincée, mélange les formes
Élance ta colonne, façonne ton regard

Depuis des mois déjà, tu t’ouvres à tes fantasmes
Car verts sont tes rêves et blond ton enthousiasme
Et ses cheveux de rêve t’entraînent au pinacle

Aussi erres-tu en vers et dresse ta misère
Dans les acrostiches pour être plus disert…
Les mots chutent de haut sans te faire obstacle !

©  Loup Francart

 

14/10/2019

Passions et détachement

 

Les passions sont cause de la fugacité du temps.

Sans passion, une heure pourrait être une minute ou un jour,

Mais cela suppose le détachement face aux événements et à leur contexte.

 

 

13/10/2019

Acédie

Plus rien ne sort de ta boîte secrète
La porte s’est refermée un soir d’automne
Pas moyen d’y glisser même un feuillet…
Lit à sec d’un ruisseau sans éclat…
Ton esprit s’égaille dans l’ombre…
Mais rien ne sort de cette boîte
Dans laquelle les idées sont immobiles
« Ferme les yeux, camarade
Le jour point, la vie va reprendre
Alors laisse aller ta caisse
Laisse-la souffler quelque temps
Et réjouis-toi de ta santé
Tu reprendre ta tâche demain
Ou peut-être jamais…
Mais garde les yeux ouverts ! »

©  Loup Francart

12/10/2019

Locédia, éphémère (28)

 

 

Il lui arrivait de disparaitre brusquement. Elle se retirait en un endroit perdu ou encore se mêlait aux foules turbulentes pour rivaliser avec les plus extravagantes. Y cherchait-elle d'autres pièges à séduire ou un vain délassement de l'esprit ? Sans doute était-ce sa seconde nature : une Locédia infernale qui se dévoilait derrière son apparente quiétude. A-t-elle trainé de café à en café, de bras en bras, depuis ceux des marins en escale jusqu'à ceux des voyous de la ville basse ? A-t-elle erré des nuits entières entre les poutres mal équarries des dernières maisons de la jetée, dans les arcades sonores de la place Saint Traminède, dans les chambres sales des hôtels de la vieille ville ? Je souriais à ces récits qu'elle me faisait par bravade les jours de mauvaise humeur. Ils me semblaient d’une incroyable candeur et dénués de tout fondement. Me disait-elle une partie de la vérité ?

Tu me téléphonais après quelques temps. Je reconnaissais le son grave de ta voix, un peu musical, que j'avais en vain tenté de recomposer. Pendant que tu parlais, je retenais une phrase et m’efforçais de la répéter pour m'imprégner de sa tonalité. A ton flot de paroles, d'explications, je répondais par monosyllabes, sans même chercher à comprendre ce que tu disais. Je me laissais envahir par la musicalité de ta voix qui résonnait dans l'écouteur. Comme je restais silencieux, tu me demandais ce que j'avais. Rien. Je ne pouvais te l'expliquer. C'eut été trop long et j'étais las de maintenir l'appareil contre mon oreille.

Pourquoi hésitais-je à te revoir ? Une immense fatigue m'envahissait. Il fallait parcourir la ville, monter à travers les rues chaudes, entre les maisons vides, gravir des escaliers tordus, m'engager dans d'étroits couloirs, ouvrir de lourdes portes, en refermer, redescendre d'autres escaliers, parcourir une ville hirsute, inégale, boursouflée par la chaleur. Avais-je encore envie de te revoir ? Peut-être ton souvenir me contentait-il plus que ta présence ? Ce sentiment de gène, d'inquiétude, d'inachevé que j'avais parfois face à ton immatérialité m'envahissait à nouveau. Qu'allais-je retrouver ? Ton indifférence, ta tendresse, la complicité que nous avions en commun. Je ne savais plus. J'hésitais. J'avais peur. De quoi allions-nous parler ? Je ne savais plus ce que je voulais te dire. Était-ce l'envie de revoir ta maison, de parcourir ces escaliers, ces couloirs, ces soupentes que je connaissais si bien, qui m'avait décidé ?

J'ai lentement longé la palissade du terrain vague en suivant de la main les anfractuosités des planches, comptant leurs jointures et cherchant dans ces interruptions une symétrie avec les dalles qui composaient le trottoir. Le bruit des pas sur les dalles. A croire qu'elles étaient creuses. Résonance des dalles en accord avec les battements du cœur. Le gardien était toujours là, assis sur sa chaise, une casquette crasseuse vissée sur la tête. Nous nous fîmes un petit signe de reconnaissance. Je n'osais m'approcher de peur de devoir engager une conversation. J'avais besoin d'être seul, de me préparer à cette nouvelle rencontre. Descente vers le fleuve, acheminement vers la grande avenue où circulait une multitude de personnes au dessus de l'eau. Autour des ouvertures carrées entourées de balustrades qui permettaient aux promeneurs de voir l'écoulement du fleuve, s'aggloméraient des gamins, les chaussettes sur les chevilles. Ils laissaient tomber de petits bouts de papier dans une ouverture et courraient en grappes, bousculant les passants, à la trouée suivante pour les retrouver imbibés d'eau. Combien de passants comme moi ont noyés leurs pensées dans ce lent voyage des eaux, appuyés au dessus du parapet, le regard vide. Hypnose de leur écoulement, plus subtile que celle du feu en raison de sa lenteur.

11/10/2019

Notre Père

 


L'enregistrement mériterait une meilleure prise de son, mais, malgré tout, la beauté reste là, présente, et envahie l'être.

10/10/2019

Pantins

Pantins ivres, désespérés
Perdus dans l’immensité de l’espace
Couverts sur les étoiles
Fermés sur l’orage déchaîné
Tout vibrait dans le calme des ténèbres

Écoute le chant des violons dans la nuit, comme ils savent pleurer sur la solitude infinie des jours monotones. Les arbres tendent leurs membres échevelés au cœur des déserts de l’obscurité où nous jetions nos pas incertains et les danses de l’ivresse. Les rues éclairent leurs grands corps fermés sur les volets de l’ennui. Le jour, la nuit, tout se confond suer les fils noirs et soyeux qui entourent le velours nacré de tes joues.

Je suis lourd, harassé, perdu dans la vague ; tu es là, couchée, debout, assise, les mains sur ton cœur ou sur la pesanteur de leurs doigts de verre. Tu es toi, je suis moi, et soudain tu deviens moi et je suis toi. Nous sommes un. Et je vois tes yeux noirs luire de l’éclat des miens pour se pénétrer des vérités qu’on croit lire dans le miroir des larmes noires. Le rire des creux de ton cou affronte mon sourire étonné qui remonte à la source de ton souffle. Je ne pense plus, je ne sais plus ; je suis tourné vers toi, bras ouverts au silence de l’oubli.

09/10/2019

Sens cosmique

 

Le sens cosmique, c’est le sens de l’affinité des éléments entre eux et par Dieu.

C’est le sens de l’amour universel à travers l’amour des particuliers.

 

08/10/2019

Locédia, éphémère (27)

Ce matin, Locédia, je me suis enfoncé dans la brume. Plus encore que les autres jours ton souvenir s'appesantissait en moi et me forçait à une constante attention, des trainées lumineuses qui flottaient en troupeaux épars. C'était à l'heure où les prés sont encore bleuis par le souvenir de la nuit, avant que le véritable jour leur redonne leur verdure. Je regardais les vaches noircies par le soleil de l'après-midi. Pourrais-je comme elles me coucher dans l'herbe et attendre patiemment que l'ombre de la lune s'oppose à celle du soleil ?

Le soir, souviens-toi, je cueillais tes cheveux sur l'herbe. Tu riais de ce jeu et remuais la tête pour me voir courir d'une touffe à l'autre sans parvenir à cueillir celle sur laquelle ils se posaient. Je me dépensais en efforts inutiles dont tu te moquais. Enfin tu me laissais, épuisé, cueillir une touffe de graminée. Solennellement, j'allais la repiquer à l'ombre de la lune. Je devais chercher une motte de terre plus fragile que les autres ou le cratère arrondi d'une taupinière. Alors nous regardions se noyer le disque rouge du soleil entre les vagues figées de la forêt. Tu prédisais pour le lendemain une mer houleuse selon la frénésie de l'écume à la cime des arbres. J'inscrivais sur le journal de bord ces réflexions ainsi que le nombre de rayons que portait la lune au même instant. Le silence régnait dans la clarté lunaire. Je regardais tes lèvres closes. Tu écoutais monter peu à peu les bruits inaccessibles au jour. Nous avions appris à reconnaitre le murmure du réveil des limaces, le bâillement fatigué des grenouilles, le grincement de dents des rats contre les brins de paille. Parfois un bruit nouveau troublait notre silence et tu m'interrogeais du regard pour en connaitre l'origine. L'ombre de ton corps s'amincissait peu à peu sous la lune et m'offrait une plus complète connaissance de toi.

Mais déjà tu te levais en souriant et m'entrainais avant que je ne puisse m'emparer de ta véritable forme sur l'herbe tiède. Je ne devais, disais-tu, arriver que lentement à ta connaissance et tu t'efforçais de te soustraire à mon avidité, n’accordant qu'avec parcimonie chaque morceau du puzzle que je cherchais à reconstituer.

_ A quoi te servira la connaissance fugitive de mon intimité, m'avais-tu dit, si c'est pour la perdre aussitôt. Tu n'auras qu'un souvenir déformé de moi-même après ton assouvissement.

Que pouvais-je répondre à tes raisonnements. J'avais d'abord cherché à lutter contre ces propos relatifs à notre entente.

_ Peut-être as-tu raison, disais-je, mais nous pourrions aussi aller plus vite si tu consentais à t'abandonner à tes sentiments.

Tu trouvais alors de nouvelles raisons et je devais m'incliner bien qu'il subsistait en moi un sentiment de malaise fait de regret et d'insatisfaction.

07/10/2019

Trinité

 

L’homme possède sa propre trinité
Il est, lui aussi, trois personnes en lui

L’homme brut ne se perçoit que dans son corps
Ses émotions sont immédiates
J’aime ou je n’aime pas
Le palpable est son évangile
Il croit et ne soutient que le présent

L’homme accompli se perçoit autre
Il sent en lui la légèreté de la réflexion
Prisonnier, il peut se sentir libre
Libre, il s’élève hors de l’immédiat
Et contemple la vie en créateur

L’homme spirituel fait un avec le cosmos
Il perçoit sa propre transcendance
Mais également, directement, l’immanence
Il sait que sont être tout entier
N’est qu’une fragrance de toute chose

Cette conscience de la conscience
Fait que le un se révèle trois
Et que le trois n’existe que par dualité
En complétude masculin-féminin
Devenant neutre par grâce

©  Loup Francart

06/10/2019

Nuit

 

Ombre dans le noir
Sur la pointe de l’âme
Danse l’inconnu

 

19-10-06 Nuit pictoème.JPG

 

 

05/10/2019

Vie de David Hockney

Je termine La vie de David Hockney, un des livres de Catherine Cusset de 2017. Un très beau livre. On entre dans la vie du peintre par une porte dérobée, on en ressort sur la terrasse de la vie, ouverte sur le monde. Et ce monde est vaste. On s’y promène de Bradford à Londres, puis à l’Amérique, New York, Los Angeles, puis le monde entier, sans véritables attaches. Une seule constante : la peinture, l’amour et la passion, c’est-à-dire un travail acharné à dix ou quinze heures par jour.littérature,peinture,dessin,vie,amour

En toile de fond, une certaine analyse de la peinture, non pas académique, mais plus sensuelle, plus proche des petits riens qui font d’un paysage apparemment anodin un petit chef-d’œuvre inédit qui fait battre le cœur. Quelques rappels aussi de grands peintres dans quelques détails : perspective inversée, arbres rouges, piscine aux reflets incertains.

Depuis ses promenades dans Holland Park en avril 2002, depuis qu’il avait été touché par la grâce – car s’était bien de cela dont il s’agissait : de grâce, religieuse, spirituelle_, le sujet ne cessait de se préciser. Il brûlait, comme on dit dans ce jeu un l’enfant aux yeux bandés s’approche du but. Des champs cultivés il passa aux arbres. Un chemin bordé d’arbres, dont les branchages se rejoignaient en formant une voûte naturelle, lui plaisait particulièrement et il le peignit à chaque saison, en enregistrant chaque variation de lumière et de couleur. Rien n’était plus beau que les saisons. Elles étaient l’essence même du changement. La vie. (p. 163, Gallimard).

 

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04/10/2019

Locédia, éphémère (26)

Non, je ne me suis pas vraiment endormi. Ce n'était pas le sommeil. Ce ne fut pas non plus une veille. Etat de somnolence qui, à un certain niveau, influence la perception extérieure jusqu'à provoquer l'évènement. J'étais, Locédia, entre toi et moi. T'avais-je oublié ou m'oubliais-je ? Je ne sais plus. Non… Ce n'était pas l'oubli, mais l'absence, une absence totale de pensées. Et soudain te voilà. Je reviens, je reviens très vite. Pourquoi attendre, pourquoi prétendre une telle attente, pourquoi vouloir une telle absence ? Je suis là, à bout d'absence et d'incompréhension.      

Peut-être un jour n'aurai-je plus besoin de toi ? Peut-être un jour aurai-je horreur de toi ? Nous errerons côte à côte, sans même nous reconnaitre.

Lorsque tu seras là, étendue, humaine, pitoyable à mes côtés, seras-tu autre chose qu'une forme de chair, un amas de viscères écarlates. Conserverai-je ce désir qui me dévore pour l'instant ? Tu es là, compagne de solitude, faiseuse de silence, lumière et ombre.

Je guette un souffle tiède sur tes lèvres endormies. Tu dors comme les enfants, repliée sur toi-même. Tu cherches l'affection de ton corps refroidi et je ne suis plus celui qui le réchauffera. Tu t'étais déshabillée sans fausse pudeur, sûre de toi et de moi, en babillant. Tu t'étais glissée dans les draps peur y gouter la volupté de leur fraicheur. Tu les avais réchauffé de ton corps et je te contemplais, immobile et ramassée comme une chienne. Seras-tu ainsi ? Etrangère.

Tu t'étais endormie. Je guettais le mouvement de tes doigte inconscients sur ma main, le tressaillement de tes jambes lointaines. Comment placer ma tête pour qu'elle se repose de ta présence, où donc mettre ces bras qui sont deux protubérances gênantes de mon corps ? Je n'étais plus que ces mains posées sur les tiennes. Je m'accrochais à l'immobilité de ton corps, à la passivité de tes poignets, comme si ce corps eût pu m'empêcher de tomber dans le puits de ma pesanteur imaginaire. Cette sensation de chute s'accompagnait d'un incompréhensible allégement du corps, d'une impossible aération des tissus que seul le poids de tes mains retenait cloués au lit. Peut-être à ton réveil m'aurais-tu retrouvé collé au plafond, incapable de redescendre sans ton aide, m'efforçant de repousser avec les bras l'incroyable pesanteur inversée du plafond qui eût gêné ma respiration. Je vérifiais l'étroit encerclement des couvertures et en enfonçais profondément les coins entre le matelas et le sommier de façon à être retenu si le sommeil me laissait sans force. Locédia, savais-tu que tu possédais un tel pouvoir de pesanteur ? J'étais comme ces ballons de caoutchouc retenus par la fine cordelette encerclant Is poignée d'une fillette qui se promène dans le jardin ensorcelé de ses rêves diurnes.

Locédia, je t'ai contemplé morte, étendue pour toujours sur l'herbe, sur le sable, sur la neige, sur la pierre froide.

Je t'ai contemplé morte. J'ai pris du plaisir à ma peine. Tu m'appartenais maintenant. Ton corps immobile et blanc avait retrouvé la consistance et l'inertie de la matière.

03/10/2019

Feu (pictaïku)

 

Feu dans la tête
Cœur battant la chamade
L’univers s’offre

19-10-03 (16-04-05) Feu.jpg

Réjouit l’âme
Lueur de l’invisible
Donne-nous la paix

 

NB. Un pictaïku, comme le pictoème, est l'association d'un haïku à un dessin, tableau, photo. Plus encore que le pictoème, il se doit d'être incisif et constitue un flash mêlant la vue et la voix.

01/10/2019

Vivaldi : «Filiae maestae Jerusalem»(RV 638)

Vivaldi : «Filiae maestae Jerusalem», interprêté par Ph.Jaroussky et l'ensemble Artaserse


 

Vivaldi est le plus souvent joué pour sa musique endiablée. Mais ce morceau n'est-il pas un des plus beaux qu'il ait composé.
 
 
 
 

30/09/2019

Camille

Cheveux blonds et regard clair
Dans la transparence de l’instant
Visiblement, je voyais au travers
Et l’invisible se donnait du bon temps

C’est vrai, j’admirais ta grâce
Que toujours tu cherchais à cacher
Tu te réfugiais sur la terrasse
Sans jamais montrer que tu étais fâchée

Je me souviens de tes yeux tendres
Dans les larmes silencieuses du mal
Que je n’avais pas su comprendre

Et du jour où je t’ai délivré
De ce tiens-toi déloyal
Tu riais, joyeuse et soulagée

Alors, blottie comme un petit animal
Sans un mot, tu me fis ce bonheur partager

©  Loup Francart

29/09/2019

Locédia, éphémère (25)

Le premier jour du printemps, quand la sève nouvelle travaille le corps, les cadavres d'amour étaient enterrés au cours d'une grande fête. De grosses pipes, utilisées une fois l'an pour la circonstance, mues par des soufflets de forge, éclairaient le puits de leurs flammes violacées tandis que le fossoyeur opérait la mise en bière des cadavres. Bien payée, il ne travaillait qu'un jour par an. Le reste du temps, il allait de maison en maison établir sa clientèle. Puis on procédait à la mise en tombe. Ce soir là, la place était creusée de cratères quinconcés. On les franchissait à l'aide de petites échelles de bois rare courbées. Le soufflet des pierres tombales, empilées les unes sur les autres, se dégonflait peu à peu au rythme des flammes des pipes. Les derniers cadavres d'amour, moins chanceux que les autres, n'avaient pas la joie dernière d'être enterrés à la lumière. Souvent même le dernier, enterré dans le noir complet des nuits montagnardes, laissait échapper un bras ou un pied hors de sa tombe, légèrement écrasé par la dalle.

Hier, seul un arbre à femme mort coupait l'horizontalité de la place, comme un épouvantail posé là pour empêcher les enfants de jouer sur les tombes. Un étroit tunnel lumineux y prenait naissance et s'enfonçait en pente douce dans le flanc de la montagne. Après une demi-heure de marche, je débouchais au pied d'une colline, dans une vallée envahie de plantes piquantes et de pierres empilées. De longues ronces se déroulaient aux alentours du chemin caillouteux et s'enchevêtraient en un amas inextricable. Quelques fleurs noires égayaient leurs touffes. Ces fleurs se nourrissent d'insectes en les attirant avec le parfum d'amour dont se revêt la femelle à la période nuptiale. Elles les digèrent lentement, déchiquetant peu à peu de leurs courtes dents poilues l'aile, puis l'abdomen du mâle, rejetant la tête et les pattes trop velues à leur goût.

Au fond de la vallée habitée de pierres difformes, j'aperçus une ferme dont la ruine abritait ses dernières poutres sous des arbres décharnés. Soucieux d'un abri pour la nuit, j'avançais péniblement, escaladant les pierres. A ma grande surprise, une forte odeur de vie régnait dans l'une des pièces, la seule dont le plafond n'était pas défoncé. Dans la cheminée, quelques braises de bois dur gisaient éparses, grisonnantes au-dessous d'une bassine de cuivre verdâtre. Des herbes avec leurs tubercules y flottaient dans une eau trouble. Dans un coin, un lit de bois étirait ses pieds, revêtu d'une cretonne trouée comme un gruyère, tandis qu'à son chevet un fauteuil basculant à dents de scie naviguait sur le carrelage terreux. Je m'étendis douloureusement sur le lit boursouflé et m'endormis.

28/09/2019

Chute

 

Il chut sans crainte
Le blanc de l’éternité
Le noir de la mort

 

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26/09/2019

Métropolitain

Un pied en avant, deux valises à trainer
L’autre le rejoint, mais le premier est déjà loin
Derrière la poignée des valises, loin
Probablement trop loin
Je tire à moi ce poids qui résiste
Il ne vient pas et me freine
Mais mes pieds partent avec l’escalier roulant
Je pars en avant montant imperturbablement
Je pars en arrière tenant les valises
Me voici dissocié, le corps étiré
Je pars à reculons et plane une seconde
Où sont le haut et le bas, l’avant et l’arrière ?
Je suis sans référence ni attache
Une plume dans l’espace autour des corps
Je pars, je suis parti, les pieds trop haut
Le buste glisse au long du tunnel montant
Je franchis les valises prestement
La tête effectue une courbe parfaite
Le corps écrase mes bagages
Les corps des autres s’échappent en avant
Un coup de gong achève la chute
Je vois les jambes de ceux qui montent
Je vois les regards étonnés et curieux
J’entends un mouvement et un cri
Je suis toujours entraîné vers l’avant
Propulsé par le sol qui monte inexorablement
Ne laisse pas traîner tes doigts, me dis-je
Les pieds en l’air, planquant mes extrémités
Empêtré dans mes valises mouvantes
Je réfléchis dans le brouillard épais
J’entends les cris de la foule impressionnée
Ça y est, je reconnais le haut et le bas
La gauche de la droite, moi-même et l’autre
Je me redresse, malgré tout désorienté
Les images tournent et se succèdent
L’escalier avance, imperturbable
On arrive en haut, je vois la fin du calvaire
Les rayures, les marches qui entrent dans le sol
Je me redresse enfin avant l’entrée
Dans cette porte dentée qui s’enferme
Et broie présence et souvenirs
Un pied en avant ; l’autre qui le rejoint
Le corps debout, la tête en place
Les têtes autour de moi, anxieuses
Je suis infirmière, me dit l’une d'elle
Elle me tâte le haut du crâne
D’autres veulent appeler les pompiers
Je prends conscience de ce désordre
Je me cale les pensées et remercie
Fuyons ce brouhaha, cela ira mieux
Repartir comme si de rien n’était
Poursuivre la lente remontée dans le couloir
Jusqu’à la sortie de la pesanteur
Et l’échappée vers l’air libre
La liberté malgré le dépaysement
Deux jours plus tard, la tête va bien
Mais une côte vacille et étire sa douleur
Lorsque je me couche et ne peux dormir
Le silence de la nuit à côté de celle
Qui est là, toujours et encore
A m’entourer d’un baume fluidifiant

©  Loup Francart

25/09/2019

Affection

Immensité de la terre ou petitesse, selon la place qu'occupe dans le cœur l'être dont la distance nous sépare.

Sans doute est-ce parce que la pensée est plus vaste que l'univers qu'elle est aussi facilement vide. On oublie un être qui vit à côté de nous, mais un autre que l'on chérit reste beaucoup plus proche malgré la distance.

 

24/09/2019

Locédia, éphémère (24)

Mon âme ensevelie.

Descendu vers toi, je tends les bras à l'oubli et les bulles de souvenir éclatent au bout des doigts. D'autres m'échappent et m'ensevelissent. Partagées entre toi et moi, elles créent notre séparation. Je ne vois plus que l'herbe noire de tes cheveux et le contour de tes chevilles.

Hier, lassé du dédale incohérent de nos voyages, je suis retourné à ce village où Locédia m'avait fait venir après plusieurs semaines de silence. Il a vieilli. Haussé sur son bloc de pierre, il est devenu inaccessible. Une échelle de corde au pied d'un caillou mou et ventru pour protéger des chutes constitue maintenant la seule voie d'accès. Faite de fibres de limace, elle est légère et souple. Je dus me munir des gants de crin que j'avais dans le coffre de la voiture pour l'empoigner. Elle mène au soupirail d'une maison à moitié taillée dans le roc. Après de vigoureuses tractions des bras, je m'y laissais glisser. Aveuglé, je ne vis d'abord qu'un trou noir. Je m'aperçus ensuite que la pièce montait en colimaçon vers une porte de bois vert qui donnait sur l'étable à chats. Je me souviens de mon étonnement lorsque Locédia, habituée du village, m'avait appris qu'on n'apprivoisait pas les chats pour s'en faire des amis. On les domestiquait pour les détruire. Les montagnards qui les avaient longtemps combattus, jugeaient plus facile de les élever, puis de les tuer au moment où ils parvenaient à leur période nuisible. Un vieillard, aidé de jeunes enfants, suffisait à cette tache d'utilité publique (songez donc aux maisons envahies par les chats. On arrivait à peine à apprivoiser les souris blanches !).

Traversent la chatterie, j'arrivais à un épais corridor donnant sur une pièce en forme de puits où la lumière descendait en cascades rebondissant sur les pierres de mica. Je me regantais pour emprunter une nouvelle échelle de corde et débouchais sur la place du village. Locédia m'y avait conduit pour la fête du printemps. Je la reconnaissais difficilement. Elle servait de cimetière. Les dalles ondulaient entre les herbes bleues dont la barbe moussait aux jointures des pierres. Leurs fleurs de lèvres rouges émettaient un crissement de baisers lorsqu'elles se rencontraient. Seuls les morts d'amour, assez nombreux dans le village où la solitude des mois d'hiver encombrait les corps, y étaient enterrés. Durant ces mois, les cadavres d'amour, livides de plaisir, étaient entreposés dans une petite glacière réservée à cet effet. Creusée dans la roche, à l'abri des regards tentateurs, elle laissait apparaitre sur un rayon de soleil quelques mains ou jambes décolorées parmi les cristaux de neige. Le soir, à la veillée, les vieux du village venaient y fumer leur pipe qui dégageait une petite flamme violette s’ils se penchaient au-dessus du puits de la glacière. Aussi disait-on dans le pays que l'âme des morts d’amour a le pouvoir de transmettre la flamme aux mortels communs,

 

23/09/2019

Cubécar

 

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Douce comme toi

Le cœur tendre ou la peau dure

Aiguë comme lui