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22/08/2020

L'humain

Lève-toi chaque nuit,
l'enfance est là.
Tu es l'humain,
l'enfant, l'adulte et le vieillard,
vis chacun pleinement !

21/08/2020

L'étrange bataille de San Pedro de Atacama (37)

Juan demanda à un des soldats s’il pouvait avoir besoin de ses produits. L’autre lui répondit :

– Mais certainement. Don Rodrigo Alcantera a toujours besoin de ce qui peut contenter une femme. Il leur fait de nombreux cadeaux en échange de pratiques plus gratifiantes.

En faisant un cadeau commercial au soldat, le colporteur obtint sa confiance et lui demanda de le présenter à cet homme si riche et intéressant en échange d’un billet. Sitôt que les soldats eurent fini leur emplette, ils partirent vers sa tente. Juan n’avait pas compris le rôle de Don Rodrigo dans ce siège, mais il était important de le connaître et, si possible, de le sonder. En chemin, il se dit qu’il n’avait pas perdu son temps. Il connaissait le nom de l’homme, savait qu’il était probablement un homme à femmes, mais qu’il était plein d’humour et de gentillesse, prêt à donner de sa personne et à faire des aumônes conséquentes. Il sut lui présenter des présents qui lui feraient honneur et celui-ci se montra d’excellente humeur. Il questionna Juan de manière un peu trop insistante. Ce dernier faisait très attention à ce qu’il répondait, car il se doutait que l’homme le testait. L’examen fut bientôt fini et sembla concluant pour don Rodrigo qui le retint encore quelque temps dans sa tente et lui fit promettre de revenir le voir le lendemain. Il voulait en effet choisir d’autres produits en prenant son temps.

Juan n’en resta pas là. Il installa son campement à l’autre bout du camp et se mêla aux soldats qui buvaient de l’alcool devant un feu. Il se laissa faire pour payer une tournée et devisa gaiement jusqu’à ce que les uns et les autres se mettent à parler. Ils évoquaient l’assaut qui avait été différé de quelques jours sous prétexte qu’un stratagème avait été mis au point. Ils ne savaient pas exactement de quoi il s’agissait, mais cela devait leur permettre de prendre San Pedro sans combattre, ce qui n’était pas pour leur déplaire. Un autre soldat confirma que Don Rodrigo s’était présenté avec une stratégie permettant de prendre le village en douceur et que cela avait été accepté après bien des discussions. Mais il ne dit mot de la stratégie annoncée, sans doute par ignorance. Les soldats semblaient apprécier Don Rodrigo bien qu’il ne fréquentait que les officiers.

20/08/2020

Voir l'invisible

Marie et Léo, en côtoyant Munier, des Vosges au Champsaur, avaient progressé dans l’identification de l’indiscernable. Sur le plateau désert, ils détectaient parfois l’antilope dans les roches blondes ou le chien de prairie regagnant l’ombre. Voir l’invisible : principe du Tao chinois et vœu d’artiste.

(Sylvain Tesson, La panthère des neiges, Gallimard, 2019, p.47)

 

Voir l’invisible inclut deux points de vue contradictoire : voir, c’est-à-dire percevoir les images des objets par le sens de la vue et l’invisible, c’est-à-dire voir une image que l’on ne peut pas voir parce qu’elle est invisible. Ne nous arrêtons pas à cette contradiction, allons au-delà ou plutôt tentons d’en faire le tour. Disons dans un premier temps qu’il importe de prendre conscience que l’invisible n’est pas forcément invisible pour tout le monde. Certains ont un don de perception plus développé et perçoivent ce que les autres ne voient pas. La contradiction s’efface d’elle-même. De plus, sachons que nous ne voyons que ce que nous avons envie de voir. La vision dépend de nos centres d’intérêt. Nous ne voyons pas ce que nous ne voulons pas voir, nous discernons ce que d’autres ne voient pas parce que nous sommes intéressés par l’image qui s’impose à nous.

Mais, au-delà de tout cela, sachons qu’il y a deux types d’images à discerner : les images visibles et les images invisibles. Les images visibles correspondent à la définition donnée plus haut. On voit par le sens de la vue physique. Les images invisibles ne deviennent visibles que par un entraînement et une qualité qui ne dépendent pas de la vue physique, mais d’un état d’être que l’on doit acquérir. Alors seulement l’invisible devient visible. Mieux même, on construit dans sa tête l’invisible à voir que l’on discerne peu à peu, selon l’état d’être que l’on se donne. Alors apparaît une troisième manière de voir qui ne dépend plus de nous. Il nous est donné de voir de manière inspirée, indépendante de notre volonté. Cette alchimie se produit indépendamment de notre volonté. Elle s’impose à ceux qui sont prêts à la percevoir. C’est la vision des sages et des saints.

18/08/2020

Humanité

 

Un soir, une chambre d’hôtel. Le vide devant ce monde qui va et vient. Pourquoi tout ce mouvement ? Qu’y trouve-t-on ?

Seul l’amour sauve du désespoir.

 

Avec l’amour, le monde devient humain.

Ne te laisse pas submerger par le monde.

 

 

17/08/2020

Il est vivant.

« Le Christ est vivant ».

Deux voies conduisent à sa rencontre : une voie externe, une voie interne.

La voie externe est la contemplation du monde et des hommes (de tout ce qui est hors de son corps) en s’oubliant soi-même (et c’est là le plus important. Le Christ se manifeste alors à travers la création, à travers la vie puisqu’il est la vie.

La voie interne est la contemplation du Christ en soi, en oubliant le monde et en s’oubliant soi-même pour n’être que son tabernacle. Instant divin où l’on sait que le Christ est vivant puisqu’on le sent vivre en soi, agir en soi. Ce n’est qu’alors qu’on peut se dire témoin du Christ, en ayant celui-ci en soi et en étant en Lui.

16/08/2020

L'étrange bataille de San Pedro de Atacama (36)

Effectivement, de nombreux soldats chiliens se précipitèrent pour regarder, puis acheter toutes sortes d’objets inutiles pour eux, typiquement féminins, qui plairaient à leurs compagnes d’un jour. En attendant leur tour, ils parlaient entre eux ouvertement, sans se méfier du colporteur. C’est ainsi qu’il apprit très vite la présence d’un étranger qui fréquentait le commandement de l’armée chilienne. C’était un personnage bizarre, sûr de lui, attirant la sympathie de tous, apparemment sans arrière-pensée. Les hommes se racontaient des histoires à son propos. Comme il possède de l’argent, il eut l’audace un jour de mettre au défi un des généraux de l’armée chilienne lors d’un cocktail officiel :

– Je vous mets au défi de me tirer dessus à 50 mètres au pistolet et de m’atteindre en une seule fois, lui dit-il. Et il prit à témoin les personnes présentes.

Bien que le général n’avait aucune envie d’affronter l’homme, il dut se plier à la proposition : refuser serait perdre définitivement la confiance de son armée. Il accepta donc et, vers neuf heures du soir, l’homme se mit à cinquante mètres, immobile, le regardant droit dans les yeux attendant la balle qui pouvait le frapper. Il prit son temps pour viser, sachant que, soit il le ratait et il deviendrait la risée de l’armée, soit il le touchait et il allait en prison ou devait fuir à l’étranger. Il préférait la seconde hypothèse et s’appliquait. Le coup parti, la balle frôla l’homme, arrachant un morceau de sa veste à hauteur de la manche. Celui-ci dût quitter ses fonctions quelque peu après, étant devenu la risée de l’ensemble des officiers de l’armée. Et pourtant seul son honneur était en cause, alors que dans l’autre cas, sa vie en dépendait.

« Tiens, se dit Juan, il pourrait bien s’agir de notre bonhomme. » Il apprit également que cet homme assez extravagant était au fond un homme qui aimait plaisanter, mais qui avait de plus un cœur. Un des soldats raconta qu’il avait donné une véritable fortune à un enfant qui s’était présenté sans autre vêtement qu’une chemise déchiré. Il s’était déshabillé devant tout le monde et lui avait donné sa chemise, qui couvrit entièrement l’enfant. Puis il lui avait demandé où il habitait. L’enfant qui vivait dans la rue ne sut que dire. Alors il lui parla à l’oreille et, le lendemain, il l’emmena à la banque et lui remit un petit sac plein de pièces d’or.

15/08/2020

Où va-t-on ?

 

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Où va-t-on ?

©  Loup Francart

14/08/2020

Chercher

Presque chaque jour, il faut refaire le chemin, redécouvrir la porte de l’autre monde, s’en pénétrer et chercher, toujours chercher. On ne peut croire et vivre qu’en étant conscient de cet autre monde que l’on découvre en nous et qui nous submerge jusqu’à nous faire disparaître. La clé du royaume est en nous et sa serrure en est le cœur.

Quelle difficile montée que cette descente en nous. L’illusion sans cesse nous rattache au monde. Aller au-delà des contraires et passer de la perception habituelle du moi où l’on se perçoit face au monde à la perception d’un nouveau monde qui grandit en soi et où nous ne devenons qu’une enveloppe donnant sur l’extérieur qui grandit à l’infini jusqu’à abstraire le monde matériel. Le moi alors n’existe plus.

La porte de ce nouveau monde est le cœur. Lui seul, par la vie qui est en lui, nous ouvre les sens intérieurs et permet une vue pure. La lutte consiste à vivre avec la claire vision du monde spirituel en nous. La grâce est cette pulsion interne ressentie dans le cœur qui nous porte vers le monde spirituel et entretient la lumière et la paix intérieure. Mais cette paix n’est pas la paix divine. Il faut toujours s’efforcer de la chercher au-delà et nous surpasser pour entretenir sa présence.

13/08/2020

L'auteur

Une histoire, une histoire…

Rassemblés dans le salon,
Assis sur des tabourets bancals
Nous attendions tous la chaleur
Du discours d’Amédée
Quand va-t-il parler ?

Celui, arrivé peu auparavant
Parlait avec l’hôte réservé
Ne voulant pas interférer
Dans le déroulement prodigue
D’une soirée littéraire renommée

Enfin l’hôte sourit et annonça :
« Chers amis, voici l’instant attendu
Par vous tous. Le docteur Siestat
Va nous parler et nous enchanter. »
Chacun de se redresser et d’observer
L’auteur des Trois Mondes
Ronronnant de satisfaction

Celui-ci s’avança, salua, s’assit
Déplia un bout de papier froissé
Se racla la gorge, discrètement
Ouvrit la bouche et ne dit mot
Il recommença, toussant légèrement
Rien ne vint. L’homme restait muet
Tous tendaient le cou pour voir la célébrité
Qui ne pouvait s’exprimer
Y a-t-il un docteur dans la salle ?
Interrogea l’hôte, inquiet et gêné

Un homme se présenta, petit
Le crâne chauve, les lunettes sur le nez
Il observa le docteur en littérature
Lui tapa dans le dos d’un coup sec
De la bouche du conférencier
Sortit un petit magnétophone
Qui se mit à parler tout seul
Pendant que la célébrité
Restait assise, ne sachant que faire

Une femme, belle et affectueuse
Se leva et dit d’une voix faible
« Laissez donc cet homme déblatérer
Il n’a rien à nous dire sinon sa suffisance
Partez aux quatre coins du vent
Et recueillez les désirs des participants ! »

On éteignit l’engin parleur
Chacun exprima son souhait
Le silence se fit, le rêve s’installa
Un nuage se mit à flotter dans l’air
Obstruant la vue, libérant la parole
Le brouhaha prit de l’ampleur

En sortant tous se dire :
Quelle belle soirée nous avons passé
Rentrant chez eux ils s’extasiaient
Puis se couchèrent, heureux
D’avoir écoutés un auteur
Qui ne sait dire sa littérature

 

12/08/2020

L'étrange bataille de San Pedro de Atacama (35)

– Mon Capitaine, ce que vous me demandez là est fort risqué. Vous savez ce que font mes compatriotes des déserteurs. Je risque une fin déshonorante, et cela, je n’y tiens pas pour ma famille.

– Mon cher, je suis désolé, mais ce sont les contraintes de la vie militaire. A vous de ne pas vous faire prendre. Inventez-vous un personnage et jouez-le du mieux possible. Je ne peux rien vous dire d’autre. En échange, si vous réussissez, je vous ferai dégager de toute obligation militaire. Vous serez rendu à la vie civile avec un passeport bolivien. Libre à vous, par la suite, de rejoindre le Chili et votre famille pour vous expliquer. Cela vous convient-il ?

– Tout à fait, mon Capitaine. Je vais faire le maximum.

– Il me faut ces renseignements dans trois jours au plus tard, car il faudra ensuite que je prépare un plan qui dépend des renseignements que vous obtiendrez.

– Vous aurez les renseignements que j’aurai pu acquérir dans trois jours.

Le Capitaine, sachant qu’il envoyait Juan Baltazar à une mort possible, lui serra la main avec chaleur, en le remerciant. Il savait que l’avenir de la garnison et de ses filles était entre ses mains.

– Je vous fais entièrement confiance. J’espère ne pas me tromper.

Baltazar partit après un dernier regard en direction du Capitaine. La première manche était en route, mais qu’en feraient-ils, lui, le prisonnier, et lui, le Capitaine ?

Le soir même, après un long détour, Juan Baltazar arriva en vue du campement chilien. Il était sorti seul, habillé en paysan, comme s’il partait aux champs. Dans son sac, il avait caché une tenue de colporteur et l’argent nécessaire pour acheter un âne, une carriole et des bibelots à vendre. Ce qu’il fit sans même avoir besoin de se rendre au village voisin, assez éloigné. Il rencontra en effet un marchand de produits féminins, crème, lessive et autres matières liquides, pâteuses ou solides. Certes, ce n’était sans doute pas ce que souhaitaient les soldats chiliens, mais il pensait que ceux-ci seraient contents de disposer d’objets typiquement féminins pour négocier avec les filles qui leur tournaient autour. Ayant fait un long détour dans la journée, il se présenta par le côté opposé au village et fit étalage de ses frivolités.

11/08/2020

exhibition

Un ciel clair comme un voile de mariée
Découvert un matin comme les autres
Rien ne traversait l’extatique corridor
Qui conduit aux prémices du bonheur
Elle va et vient comme une princesse
Ses atours aux formes impalpables
Crème glacée aux chatoiements brefs
Qui monte vers le cœur et le fend
D’un sourire espiègle et désertique
Jusqu’au plus profond des entrailles
Là où rien ne bouge, mais tout émeut
C’est ainsi qu’il a découvert l’amour
Une plaque de métal qui résonne
Des astuces de l’autre pour exister
Et se montrer en toute puissance
Dans son plus simple appareil
La vie jaillit d’elle-même du vide
Comme une folie enchanteresse
Qui court à tout instant, en tout lieu
Et décore le cosmos de bulles roses
De rapprochements et d’éloignements
Que la soupe quantique ne peut prévoir
Cours aux bords de l’univers, cours
Et salue la foule qui t’acclame

©  Loup Francart

10/08/2020

Ile de Ré: puissance du souvenir

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Souvenir retrouvé de l'ile de Ré

un instant d'éternité au bord de l'eau

dans la chaleur de l'émotion

et la langueur d'un après-midi

Passe le vent dans le désert de la mémoire

Seule reste cette trace du passé

uns des rares aquarelles faites à l'époque

©  Loup Francart

08/08/2020

Etapes

La méditation est double. Il y a une première méditation, méditation inférieure, dirigée par le mental, destiné à augmenter la concentration sur un point, puis une méditation supérieure où le mental est transcendé, moment où l’Esprit divin s’empare du moi et nous guide. Il y a alors une rupture perçue physiquement et consciemment dans un mouvement de double spirale, ascendante de l’âme vers le spirituel, descendante du corps vers le matériel (corps : mental, sentiment et physique)].

Là, il n’y a plus de pensées conscientes, mais des intuitions plus ou moins fortes selon la grâce de l’Esprit en nous. L’âme est orientée alors soit vers l’intelligence divine, soit vers l’amour divin.

Au-delà de la méditation est la contemplation du monde divin, grâce immense qui n’est pas toujours accordée malgré les efforts. Celle contemplation est au-delà de toute pensée, dans une tension entière de l’âme vers Dieu, amour sans imagination, mais très réelle, même plus réelle que l’amour avec imagination.

07/08/2020

L'étrange bataille de San Pedro de Atacama (34)

Pour lui, la première des choses était de se renseigner sur l’homme qui prétendait vouloir se marier avec une de ses filles. Il se souvint alors du soldat qui l’avait entretenu lors de la première rencontre avec l’homme. Il avait l’air intelligent et il connaissait bien son sujet. Arrivé au poste de commandement de la compagnie, il fit appeler l’adjudant major avant de faire venir le soldat.

– Major, puis-je compter sur l’officier chilien qui sert maintenant dans vos rangs et qui a décrit le premier l’homme qui a bouleversé le village hier ? Est-il fiable ?

– Je le pense, mon Capitaine, il a tout à perdre de repasser dans le camp chilien qui exécute systématiquement les déserteurs. De plus, il a l’air de vous apprécier.

– Pensez-vous que je puisse lui confier une mission de renseignement sur l’homme ?

– Oui, mais saura-t-il la mener ? S’il se fait prendre, c’est la mort pour lui.

– Nous n’avons pas le choix. Il faut savoir ce que les Chiliens manigancent. Et il connaît bien les habitudes de ses pairs. Trouvez-lui une identité chilienne et un déguisement. Faites-le venir, que je lui explique ce que j’attends de lui.

 Quels minutes plus tard, le soldat, qui se prénommait Juan Baltazar, entra dans la pièce, salua et attendit. Le Capitaine lui demanda s’il était prêt à faire une mission de renseignement au profit de la garnison.

– Si c’est cela ou la mort, oui, bien sûr. Je vous ai dit que je tiens à la vie. Mais si vous me le demandez comme un geste personnel, je vous répondrais que non. Je tiens trop à l’existence pour la risquer sans raison très précise.

– Merci de votre franchise. Comme cette mission peut sauver la garnison, c’est effectivement cela ou la mort. Vous connaissez la règle.

– Oui, je suis à votre disposition.

– Je veux que vous m’appreniez le maximum de choses sur cet homme qui nous nargue sans cesse. Sa prestation d’hier fut un comble qui m’atteint personnellement. Ce marché est infamant et je veux trouver le moyen de le déjouer. J’ai pour cela besoin de renseignements que vous seul pouvez m’obtenir. Qui est-il ? Que veut-il réellement ? Quelle est sa part de liberté dans le jeu qui nous est imposé ? A-t-il inventé seul ce stratagème ou lui fut-il prescrit ? Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est sa part d’initiative dans le manège qu’il mène. Lui dicte-t-on son attitude ou agit-il sans contrainte hormis celle de jouer le rôle d’un ardent patriote ?

06/08/2020

Flamboiement

Le flamboiement d’un être le distingue du mortel
Auréolé sans fin sa vue le déprécie
Effondré sur lui-même, il conserve son autel
De pâles admirateurs de nouvelles facéties

Ainsi s’ouvre l’horreur d’une manipulation
Environné de flammes, attirant les regards
L’homme n’ose avancer sans réconciliation
Errant sans relâche, avançant l’œil hagard

Le poil roux et vêtu d’un voile suffisant
Il étale son savoir et va euphorisant
Le poitrail découvert à l’assaut du monde

Plus rien ne paraîtra, pourvu de cheveux roux
Aussi trouve-t-on en vente le produit peu ou prou
Apportant la couleur aux douces têtes blondes

©  Loup Francart

05/08/2020

Sentence

 

Que d'hommes perdent leur vie

à vouloir imiter d'autres hommes

 

04/08/2020

Tournant

Me voici de nouveau seul face à la page blanche
Elle oscille sans vergogne dans le brouillard
Ne laissant que l’odeur de l’insuffisance
La souffrance du manque et la pauvreté de l’absence

Rien ne m’oblige pourtant à croire au but
Je marche les yeux fermés, sans gestes brusques
Courant de-ci de-là, les yeux ouverts
Sur la nuit profonde et le rêve intérieur

Le temps s’écoule cependant, vert comme le bois
Pris d’envies, de maladresses et d’encouragements
J’erre dans le vide de ma mémoire perdue

Enfin, j’approche de la lumière finale
Celle qui court seule sur l’asphalte
Et qui sera bientôt coupée net

Panne et résurrection
Ou flash et extinction

Tu ne peux que choisir

©  Loup Francart

02/08/2020

L'étrange bataille de San Pedro de Atacama (33)

A la surprise d’Alexandro et d’Emma, les trois, en levant la main en même temps, annoncèrent aussitôt qu’elles étaient prêtes à se marier avec lui.

– Mais, qu’est-ce que cela veut dire ?

– Mais Maman, il est beau ! dit Ernestina d’une voix extasiée.

– Oui, il nous regarde avec un tel air de certitude et de douceur ! dit la dernière Libertad, pourtant encore très jeune pour penser à de telle chose.

– Et il est drôle. Il n’est pas comme tous les jeunes hommes qui se cherchent. Il sait ce qu'il veut ! dit enfin l’ainée qui donnait ainsi la clé de leur engouement.

Les deux époux se regardèrent avec un sourire :

– Au moins vous nous simplifiez la tâche. Et le père serra contre lui la plus jeune, ému à la fois par la spontanéité de ses filles, leurs impulsions et leur méconnaissance de la vie.

– Toi aussi Libertad, tu te vois au Chili, dans un pays inconnu, avec un homme que tu ne connais pas, et, qui plus est, est soldat, peut-être même pas officier ?

– Il n’est surement pas officier de carrière. Il doit plutôt être artiste pour mettre en scène une telle histoire si bien tournée et qui vous laisse pantelante et sans réponse.

– Tu as raison, mais vois-tu, le problème n’est pas si simple. Je ne peux faillir à la mission que j’ai reçue, défendre le village et ses habitants et faire en sorte qu’il reste bolivien. Même si nous acceptions ce mariage avec l’une d’entre vous, je ne serai plus digne de me montrer devant vous et votre mère. La mission est sacrée pour un soldat et plus encore pour le chef d’un détachement comme le nôtre. Je ne peux accepter que mes hommes soient faits prisonniers sans combattre et eux-mêmes ne l’accepteront pas. Mais, je l’avoue, je ne peux non plus admettre que je vais laisser les habitants de ce village, qui n’ont rien à voir avec la politique d’accès à la mer, mourir sous les coups des Chiliens. Mes hommes sont prêts à se battre et à mourir s’il le faut, mais les villageois sont piégés de manière odieuse par cette histoire. Je ne peux l’admettre. Et pourtant, je ne vois pas d’autre alternative pour l’instant. Votre mère non plus.

– Sans même savoir qui d’entre nous sera la femme de cet homme désirable, nous sommes prêtes à vous aider à trouver une solution qui satisfasse tout le monde, dit l’ainée Abigail. Nous avons huit jours pour cela.

– Oui, et ce n’est pas de trop, dit Alexandro. Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il fera son possible pour qu’aucune de ses filles ne se marie avec l’individu. Ce n’était pas une manière de demander, sans même savoir laquelle il voulait, la main d’une demoiselle sans même la connaître.

 

01/08/2020

Construire un livre

Construire un livre est une histoire sans fin qui germe tranquillement dans l’esprit jusqu’à prendre le pouvoir sur les autres pensées. On écrit quelques lignes sans penser à mal, pour le plaisir de phrases bien ordonnées et leurs enchaînements. Ce ne sont que des bribes de mots attachés les uns aux autres, liés par un fil invisible qui s’appelle le thème, même si on ne le connaît pas encore. Il se façonne de lui-même imperceptiblement, secrètement, en douce diraient les garçons devant un parterre de filles, un peu comme une pluie qui ne dit pas son fait. Progressivement, avec douceur, ces bribes se rassemblent, puis dansent leur barbarie dans vos oreilles sourdes, jusqu’au moment où l’on entend sa vibration dans la tête, par intermittence, comme une mélodie mal jouée, mais devenue indispensable à certaines heures. Vous n’êtes pas encore le chef d’orchestre, tout juste un petit violoniste parmi les autres, mais déjà là à occuper son siège sans encore disposer de la partition. Puis, dans le silence de la nuit se construit l’idée : un livre, pourquoi pas ?

L’idée grignote votre cerveau comme un rat empoisonné, maladroitement, mais sans cesse, et vous vous soupçonnez à y penser par inadvertance, jusqu’à ce qu’elle recouvre vos dernières résistances d’un liant doucereux, envahissant et persuasif.  Mais ceci ne fait bien sûr pas un livre. Ce n’est qu’une injonction prenante et obsédante qui doit murir jusqu’à éclater dans la tête sans cependant savoir en quoi elle consistera réellement. J’ai bien un thème, mais celui-ci ne suffit pas. Encore faut-il le remplir de consistance comme un panier au marché. Alors vous en cherchez les ingrédients selon le thème enfoui dans votre mémoire. C’est un vide à remplir progressivement, par petites touches fluettes qui contient de nombreuses coquilles à trier ou à éliminer, d’autres à développer, d’autres encore à accueillir sans raison, parce qu’elles vous plaisent. Un plan se dessine, doucement, comme un miel collant aux parois du cerveau. Ça y est, vous êtes atteint, la machine commence à tourner à plein régime sans que vous vous en soyez rendu compte. Mais attention, rien n’est joué.

Commence alors la rédaction. Elle vient toute seule, les phrases sortent d’elles-mêmes, s’alignent gentiment à partir du toucher des lettres de votre ordinateur, les doigts tricotent, la pensée siffle comme un train pressé, puis soudain s’arrête. Le trou. Ah, quelle misère ! Qu’est-ce que je cherche : un mot, une expression, ou, plus grave une suite aux idées qui pourtant s’enchaînaient tranquillement et sans difficultés. Suspendu au-dessus du trou, je fouille de mes yeux ce vide immense à mes pieds, encombré encore de notions mal taillées ou de néant sans attaches.

– Attend demain, me dit une partie de moi-même. L’autre s’acharne encore, mais roule les quatre roues dans le vide, malgré les coups d’accélérateur que je tente de donner. Je m’embourbe, impuissant, malheureux. Alors je ferme le couvercle de l’engin, laisse ces pensées reposer et vais me coucher sereinement. Bientôt un ronflement régulier flotte au-dessus du lit. L’esprit n’est plus là.

31/07/2020

Frontière

 

Entre la résignation et la révolte…

Une frontière à rebâtir chaque jour, un équilibre à trouver.

Peut-être est-ce cela la richesse : ne tomber ni dans l’un ni dans l’autre.

Être, c’est sans doute ne plus pouvoir choisir.

Mais cette pauvreté est richesse personnelle !

 

30/07/2020

L'escalier

Comme chaque nuit, après avoir pris un café, je remonte l’escalier dans le noir après avoir cherché mon chemin entre les meubles, m’efforçant de ne pas les toucher. J’aime trouver la trajectoire parfaite, comme si je voyais mon passage dans l’obscurité : éviter le fauteuil du bureau, le coin du billard qui rentre dans les côtes, les deux montants de la porte pénétrant dans l’entrée, puis la première marche de l’escalier qui monte au premier étage. Enfin, je touche le début de la rampe, qui m’indique que là commence la montée.

Ce matin, tout se passa comme chaque nuit, dans la rectitude de l’habitude. J’engageais le pied sur la première marche, puis la seconde, lorsque je me sentis sortir du connu de l’habitude. Je m’élevais hors de moi, montant sur le nuage de l’existence, franchissant chacune des marches avec aisance, tendu vers la marche finale et le passage sacré de la fin de la vie. Ce n’était pas désagréable, cela faisait partie d’un processus normal de désappropriation, d’un moment de logique dans la destinée. Au contraire, c’était un moment de libération sans aucune angoisse, un instant de connaissance qui élève l’âme au-delà des voies habituelles.

Je réalisais brusquement cet état suprême que chaque humain doit franchir à un moment ou un autre pour accéder à la connaissance de la réalité spirituelle : une apesanteur du corps et de l’âme qui flotte dans le contenu de son enveloppe et permet de saisir l’immensité du don divin, une montée joyeuse vers un autre moi-même libre de ses précautions et interrogations quotidiennes, une ivresse sans pareil, comme une aspiration vers le meilleur de l’être.

Tout cela s'accomplit dans l’obscurité, dans l’attention de ne pas tomber, de ne pas se prendre les pieds sur quelque objet ou quelque retenue d’émotions. Je franchis les dernières marches et posai un pied sur le palier lorsque tout cessa. Le cœur battant, j’avais contemplé la profondeur de la vie et le moment suprême de son achèvement, sans crainte, avec joie.

29/07/2020

L'étrange bataille de San Pedro de Atacama (32)

Le lendemain, après une nuit de rêve, de cauchemars, de cris voilés, ils se réveillèrent et purent commencer à parler. Ce fut un véritable déchaînement. Il y eut d’abord l’indignation : quel marché scandaleux ! Puis la colère : Ces Chiliens sont bien tous les mêmes ! Puis l’accusation : pourquoi nous ? Que leur avons-nous fait ? Puis la pitié : nos pauvres filles, quel choc ! Enfin l’impuissance : qu’allons-nous faire ? Nous n’en avons aucune idée ! Il fallait néanmoins parler aux filles et connaître leurs sentiments. Aussi le capitaine et son épouse, après le petit déjeuner, leur demanda de rester et de les écouter. Emma laissa parler Alexandro :

– Mes enfants, nous ne voulons que votre bien et ne seront jamais prêts à céder à un chantage dans lequel vous seriez partie prenante. Mais aujourd’hui il s’agit d’un véritable cas de conscience que,  pour l’instant, nous ne savons pas, comment aborder. Alors je vais vous rappeler ce qu’a dit l’homme pour voir si nous avons tous compris la même chose. Il nous a laissé huit jours pour décider. Soit l’une de vous trois accepte de se marier avec lui, et dans ce cas, le village ne sera pas pillé ni ses habitants passés au fil de l’épée. Soit, en cas de refus, le lendemain les Chiliens donnent l’assaut et tueront tous ceux qui s’y trouvent. Bien sûr nous pourrions tenter de résister, mais je suis certain qu’aucun d’entre nous n’en sortira vivant, vu leur nombre. J’avoue que je ne sais ce qui se passe dans la tête de nos ennemis, mais le marché est ainsi fait et vous êtes particulièrement concernées, allez savoir pourquoi. Vous êtes bien sûr entièrement libres de refuser ce marché immonde et ni votre mère ni moi ne vous en voudront. L’une d’entre vous est également libre d’accepter, en toute connaissance de cause. Mais j’y mets une condition : que ce ne soit pas pour sauver le village, mais parce que vous avez suffisamment réfléchi à ce qui vous attend et que vous acceptez cet homme parce que vous sentez que peut-être vous pourriez avoir plus que de l’amitié pour lui. Ceci étant dit, et je ne vous demande pas de réponse immédiate, l’une d’entre vous, veut-elle se marier avec cet homme ?

28/07/2020

Trame céleste

Si, il y a cent ans quelqu’un avait dit que l’espace et le temps pouvait se dilater et se concentrer, il eut été traité de fou. Pourtant ce n’est plus contesté par personne.

Le monde divin n’est-il pas celui en qui l’espace et le temps sont concentrés ? N’est-il pas l’espace et le temps ? Ce qui expliquerait qu’il soit sans repère pour notre monde.

27/07/2020

Pictoème

 

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Au fil du temps

au temps du fil

L'écho du passé

 

 

26/07/2020

Inconnaissance

Il ne sait plus où il est
Sait-il même qui il est
Souvenirs d’où il vient
Absence d’où il va
L’opacité de l’existence
L’obscurité de l’avenir
Une page noire…

Une tache blanche
Ouvre son destin
Le futur renouvelle
Une vie autre
Loin des représentations
Et du paraître
Puits de lumière
Dans la nuit obscure…

Va et marche vers lui
Avance dans le brouillard
Enjambe les nuages
Et force la porte
Du nuage d’inconnaissance
Entrouvre le passage
Et ne pense plus…

©  Loup Francart

25/07/2020

L'étrange bataille de San Pedro de Atacama (31)

En réalité, ils étaient effroyablement inquiets. Sans même en avoir encore parlé, aucun des deux ne voyait ce qu’ils pourraient faire pour contrer cette machination. Emma s’alarmait pour ses filles qui n’avaient pas vraiment semblé comprendre l’enjeu de ce qu’avait avancé le chilien. Elles partageaient un certain sentiment pour cet homme qui les troublait, voire les envoûtait. Mais de là à se jeter dans ses bras sans réfléchir, elle n’y croyait pas. En réalité, elle se refusait à croire qu’une de ses filles était prête à quitter le cocon familial pour une aventure, car ce ne pouvait être autre chose, avec un homme qu’elle n’avait jamais vu il y a encore huit jours et qu’elles ne connaissaient nullement de vive voix. Emma n’envisageait pas un instant ce projet d’un mariage qui lui paraissait un cauchemar heureusement irréalisable. Elle n’envisageait pas non plus l’autre possibilité, à savoir le passage au fil de l’épée des habitants du village. Un cauchemar encore plus difficile à concevoir. Et pourtant, entre ces deux possibilités, le blanc, le vide, le désespoir. Quant au capitaine, il était plus inquiet encore, car il portait la responsabilité de la défense du village et ne pouvait concevoir un instant de l’abandonner, de la même manière qu’il ne pouvait examiner avec sérieux un mariage tel que le concevait les Chiliens. Quelle solution lui restait-il ? Certes, il pouvait estimer les chances de la garnison d’assumer sa défense seule. Il était prêt à se battre jusqu’au bout et à mourir pour protéger sa famille et les villageois. Mais, cela suffirait-il ? Il lui semblait bien que non. Il pouvait également tenter une sortie avec l’ensemble de la garnison pour chercher du secours, laissant les villageois ouvrir les portes et accueillir les Chiliens en leur offrant ce qu’ils possédaient. Mais il n’était pas sûr que ceux-ci leur laisseraient la vie sauve. Il avait du mal à approfondir un tel plan, en raison de ce que sa femme et ses filles deviendraient si les Chiliens entraient dans la place. L’homme avait bien dit qu’il s’agissait d’un marché. Il était évident que si la partie bolivienne contrevenait à une des règles du marché ce serait un massacre. Cependant, l’homme avait également énoncé, en premier lieu, que les troupes chiliennes passeraient au fil de l’épée tous ceux qui s’opposeraient à leur assaut. Peut-être accepteraient-ils que les villageois leur ouvrent les portes sans opposition ? Mais pouvait-il courir le risque d’une mauvaise interprétation du marché ? Et, dans tous les cas, il aurait failli à sa mission : tenir la place forte de San Pedro qui appartiendrait alors aux Chiliens. Il avait beau essayer depuis le moment où l’homme avait énoncé son marché, de trouver une solution, il ne voyait pas ce qu’il pouvait faire. Alexandro et Emma se couchèrent sans avoir prononcé un seul mot, se tenant fortement serrés dans les bras de l’autre, s’embrassant sur la bouche pour éviter d’avoir à se parler, essuyant de leurs lèvres les larmes qui coulaient de leurs yeux.

24/07/2020

Accomplissement de l'homme

Développer en soi l’image divine de la Trinité qui correspond à ces trois centres : l’intellect ou le mental, le cœur ou les sentiments et le corps ou le centre vital.

Faire en sorte que les trois moyens d’expression de l’existence soient en harmonie avec la volonté divine :

* la connaissance pour le mental,

* l’amour pour les sentiments,

* l’action pour le corps.

Quel voyage pour une vie !

22/07/2020

L'envol

20-07-22 (13-04-09 Symétries) Mouvement2.jpg

Où es-tu, toi, l’inconnu ?
Ce pincement au cœur
Est celui de toujours
Aux moments de détresse
Un arrêt du cœur
Un bruissement de la pensée
Le noir de l’absence
Le rouge de l’épouvante
Le jaune de la désolation
Le vert de la quiétude
Le bleu des regrets
Le pourpre de l’affolement
L’incolore du néant
Tout ce que j’ai aimé
Est perdu jusqu'à cette douleur
Qui me berce les entrailles
Et m’empêche de prendre mon élan
En sautant la barrière
Pour plonger dans l’après
Qui n’est probablement qu’un avant
En absence de présent
J’ai percé l’espace
J’achève le temps
L’envol devient mon mode d’existence
Jusqu’au dernier atome

Je travaille sur le prochain livre qui parle de la quête de Dieu. Mais c'est une longue histoire. Il ne se laisse pas ligoter au pilori de l'information.

©  Loup Francart

21/07/2020

Tout ou Rien ou Tout et Rien

Rien et ce rien engendre le Tout
Mais ce rien est-il le néant ?
Donner un nom à ce qui n’est pas
C’est livrer une chimère sans logique
Ce néant est-il le non-être ?
Qui peut dire non-être
S’il n’est pas lui-même
Il y a donc de l’existence dans l’absence d’être
Tout est lié au Tout
Même parler d’absence de tout
Implique la présence d’être
Dieu seul dans sa lunette
Voit l’homme devenir être
Dans un monde d’irréalité

©  Loup Francart

20/07/2020

L'étrange bataille de San Pedro de Atacama (30)

– Je vous propose un marché. Le capitaine Barruez, en charge de la défense de votre village, possède trois filles, toutes jolies et bien faites. Qu’il nous en offre une, celle qui le désire, pour convoler avec moi ! Aucun coup de feu ne sera échangé, les habitants auront tous la vie sauve, la garnison sera faite prisonnière et l’hospitalité est offerte à la famille du capitaine par le Chili. Vous avez une semaine pour vous décider. Je reviendrai dans huit jours exactement et vous devrez me donner une réponse. Cette proposition ne peut se discuter. Elle est à prendre ou à laisser !

Là-dessus, l’homme regarda en direction des trois jeunes filles, leur sourit aimablement, salua et repartit paisiblement. Une des sentinelles le tenait en joue, mais le capitaine leva la main pour lui faire comprendre qu’il ne devait pas tirer. Ses filles n’avaient pas réagi au discours Elles ne semblaient pas l’entendre ou ne comprenaient pas que le marché parlait bien d’elles. Mais la convergence des regards des personnes présentes les troubla. Elles rougirent légèrement, puis regardèrent leur père, semblant l’interroger sur l’attitude à prendre. Celui-ci, d’un geste discret, fit signe à sa femme qu’il était temps de partir avant que les conversations, voire les interrogations, ne commencent à fuser. La famille quitta la porte sous les regards interrogatifs de la population sans que celle-ci, cependant, n’ose poser une question. Et pourtant, les interrogations ne manquaient pas. Pourquoi la famille du capitaine était-elle visée ? Que comptait faire le capitaine ? Pourrait-il imposer quelque chose à ses filles ? Ne va-t-il pas entrer en conflit avec sa femme ? Comment se sortir de ce conflit digne des tragédies grecques sans y laisser des plumes ? D’ailleurs, très vite après leur départ, ces questions devinrent le sujet de conversation de toute l’assemblée près de la porte du village. Aucun n’avait une idée de ce qui allait se passer, mais tous avaient quelque chose à dire. Les villageois rentrèrent plus tard que d’habitude chez eux, emplis de curiosité.

Le retour à la maison du capitaine se fit sans difficulté, les filles papotant entre elles, les parents devisant de choses et d’autres sans une seule fois évoquer ce qu’avait dit le chilien. Ils leur dirent bonsoir, peut-être en les serrant un peu plus cette fois-ci. Puis ils se retirèrent dans leur chambre.