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15/09/2018

Délivrance

Il est là, assis, tranquille, en idylle
Insensible aux mouvements du monde
Le cœur ancré dans la légèreté velue
De son moi proéminent et chéri
Il rumine sa faconde, disserte
Raconte par le menu les détails
De son errance insolite parmi les étoiles
Il exalte le bien-vivre et la rondeur
Et passe parmi les hommes
Sans même les regarder

Soudain, un trou d’air, une dépression
Qui bloque son cœur et ouvre l’être
C’est une explosion sans précédent
Qui s’engouffre dans son enveloppe
Et déchire la façade de l’apparence
Les lambeaux de souvenirs s’échappent
Soulevés par le vent de la déraison
Ils tombent à terre, desséchés
Comme la mue fripée du serpent
Le vent grossi, c’est une tempête
Qui balaie les poussières collantes

Gratte, gratte encore et toujours
Ces déchets mémorables et sordides
Jusqu’à la transparence immaculée
Qui se cache au fond de ta créature

Délivre-la de ses concessions
Et affiche ta désinvolture aux dieux
D’une société ignorante du frisson
Qui te glace chaque matin
Et t’enferme le soir, perdu
Ouvert à tout vent, nu
Devant ton émerveillement
D’être présent et vaillant
Pour contempler la beauté
La vérité et la bonté
D’un monde où le vide
Devient le plein, empli de rien
Sauf de chaleur poignante
Qui étreint le cœur, dilate l’esprit
Écrase le corps, le laissant exsangue
Mais délivré du poids de l’existence
Et heureux de n’être rien

 ©  Loup Francart

14/09/2018

Ephistole Tecque (3)

Si vous l’avez donc vu dans l’une quelconque de ces circonstances, sans doute ne vous en rappelez-vous que très vaguement et éprouvez-vous des difficultés à faire renaître l’image de son visage devant vos yeux. Etait-il petit, grand, maigre, étoffé ? Si, comme vous, je ne l’avais connu que par hasard (et on ne prend jamais assez garde aux faits qui arrivent par hasard), si je n’avais fait que le croiser, parmi d’autres personnes sans doute plus originales et par conséquent plus attirantes au premier regard, j’éprouverais également une certaine difficulté à retracer les traits réguliers de son visage, ce nez qui n’est ni trop droit, ni trop courbé, cette bouche symétrique aux lèvres vives, ce menton enfin qui donne à son visage une douceur enfantine. Peut-être me serais-je souvenu, et ce doit être votre cas si vous avez un tant soit peu levé les yeux sur lui, d’une certaine lucidité du regard, une lucidité parfois cinglante, à la limite de l’ironie. Il est possible que vous n’ayez rien vu, soit qu’il fut alors absorbé par un problème intérieur, soit qu’il fut occupé à lire son journal. Dans ces circonstances, il est de règle générale que le regard des gens ne semble pas exprimer grand-chose, si ce n’est l’attention dans le second cas, ou l’inattention dans le premier (inattention aux événements extérieurs, j’entends). Ainsi, lorsque je veux évoquer le visage d’Ephistole Tecque, ce n’est pas ce visage qui m’apparaît en premier, mais un objet qu’il regarde, un objet ordinaire qui peut être une casserole, un cendrier ou une affiche. De cet objet, je déduis le regard qu’il peut avoir, qu’il a normalement en le contemplant, bien que ce ne soit pas une véritable contemplation, mais plutôt une sorte d’arrêt dans la permanente mobilité des yeux. Puis, peu à peu, se dessine autour de ce regard le reste de son visage en commençant par les lèvres qui sont sûrement le second trait sur lequel se fixe le souvenir.

En fait, pour être franc, et je suppose qu’il en est de même pour vous, ce n’est pas son visage dont j’évoque l’image, mais plutôt une de ses attitudes, une de ces multiples photographies que nous possédons en nous-mêmes d’un être que nous connaissons un peu  où même dont la connaissance semble très ébauchée ; une de ces photographies privées de décor comme si l’être évoqué avait été transporté en plein ciel, en dehors de toute matière visible, ou encore plongé dans l’eau claire d’une piscine où il évoluerait avec aisance. Et encore, est-ce vraiment une attitude ? Ne serait-ce pas plutôt l’ébauche d’un mouvement, ou son achèvement, ou même cet état de tension musculaire et rythmique qu’impose le mouvement pendant son accomplissement. Il est possible enfin d’évoquer plusieurs phases continues d’un même mouvement, par exemple Ephistole écrivant à son bureau et dont la main après être arrivée à l’extrémité droite de la feuille sur laquelle elle trace d’irrégulières lignes revient d’un mouvement périodique à l’extrémité gauche ou plutôt à l’endroit où la marge cesse.

13/09/2018

De quel dieu parle-t-on ? (2)

Lorsqu'on parle de Dieu, de quel Dieu parle-t-on ?

 

* D’un Dieu unique, défini par des textes révérés, gelé dans une théologie quelque peu emprisonnante. Ainsi parle-t-on de Yahvé, du Père, d’Allah.

* D’un Dieu moins défini, non personnalisé, plus intérieur peut-être, comme les religions orientales le décrivent : bouddhisme, hindouisme, taoïsme, confucianisme. Ce sont tout à la fois des religions, des philosophies, des morales

* Des dieux multiples de la Grèce antique ou de religions indouistes : s’y rattache le vitalisme tradition philosophique pour laquelle le vivant n'est pas réductible aux lois physico-chimiques. Elle envisage la vie comme de la matière animée d'un principe ou force vitale, qui s'ajouterait pour les êtres vivants aux lois de la matière. Selon cette conception, c'est cette force qui insufflerait la vie à la matière. Selon André Lalande, le vitalisme est une « doctrine d'après laquelle il existe en chaque être vivant un "principe vital", distinct à la fois de l'âme pensante et des propriétés physico-chimiques du corps, gouvernant les phénomènes de la vie ». Le vitalisme est donc le mouvement philosophique qui tend à poser un concept immanent dont le fondement est la conciliation du matérialisme avec l'idéalisme ; tous deux pris dans leur vision grossière: le primat de la matière ou le primat de l'esprit sur le sens des choses.

* Des esprits : L’animisme, (du latin animus, originairement « esprit », puis « âme ») est la croyance en un esprit, une force vitale, qui anime les êtres vivants, les objets mais aussi les éléments naturels, comme les pierres ou le vent, ainsi qu'en des génies protecteurs. Ces âmes ou ces esprits mystiques, manifestations de défunts ou de divinités animales, peuvent agir sur le monde tangible, de manière bénéfique ou non. Il convient donc de leur vouer un culte. Ainsi défini, comme « croyance à l'âme et à une vie future et, corrélativement, croyance à des divinités directrices et des esprits subordonnés », l'animisme peut caractériser des sociétés extrêmement diverses, situées sur tous les continents.

* D’un Dieu concept, sans prise sur le réel, créateur d’un monde cartésien, tel celui du siècle des lumières et de la révolution française, opposant au Dieu d’une société figée la liberté par le rationalisme, allant du déisme de Voltaire et de Rousseau à l’athéisme de Diderot et d’Helvétius. L’homme devient le seul Dieu.

* D’un Dieu inconnu, le logos ou la monade indescriptible, indéfinissable parce que dépassant la pensée humaine, et qui est immanent et transcendant.

* De l’inconnaissance : l’inexprimable, qui laisse entrevoir à certains moments la porte d’une autre existence, l’indescriptible, qui ne peut être connu, l’inconnaissable, qu’on ne peut connaître conceptuellement, mais bien réelle et expérimentale par la révélation d’une expérience intérieure. On peut l’appeler le divin, sphère enveloppant le Tout et lui donnant existence et sens.

12/09/2018

La beauté

 

La beauté me sort de moi-même

et me donne d'aimer sans réserve

 

11/09/2018

Existense

 

Il était là et mourait de ne pas savoir.
Mais que cherchait-il encore à connaître ?
La vie, seule, qu’il chérissait, sans jamais pouvoir
En être malgré tout le véritable maître.

Oui, la vie ne lui offrait plus assez d’espace
Pour expérimenter la connaissance acquise.
Il naviguait sans oser regarder en face
Les trésors chinés et les rêveries conquises.

Il savait que la vie n’est affaire que de temps ;
Que quel que soit le lieu, elle s’appuie sur la durée,
Et que l’existence fonctionne à contretemps,
S’amenuisant sans même pouvoir murmurer.

Alors il fit aux dieux ce constat sauvage :
« Vous m’avez doté d’un immense territoire.
Je termine sur un glaçon sans rivage
Et me noyer devient ma seule échappatoire ! »

 ©  Loup Francart

10/09/2018

Ephistole Tecque (2)

Il est cependant peu probable, je n’irai pas jusqu’à dire impossible, que vous ayez eu une véritable conversation avec lui, une conversation mettant en jeu de grandes idées, telle qu’une discussion sur la solitude de l’homme ou la nécessité des rencontres sociales. Ephistole n’était pas un grand parleur. Il n’aimait pas vraiment parler, sauf de son travail qui paraissait l’intéresser jusqu’à ces derniers temps. Fréquemment, et peut-être était-ce pour cela que vous ne l’avez pas rencontré si vous avez l’habitude de sortir à l’heure de fermeture des bureaux, il restait assez tard à l’usine pour parfaire la mise au point d’un nouveau projet ou pour exploiter une idée qui lui était venue avant la fin du travail. Il ne retenait personne, pas même sa secrétaire. Il préférait de beaucoup l’immobilité et le silence du bureau après les heures de travail aux moments agités qui en précédaient la fin. Renvoyant donc Sigalène, sa secrétaire, il s’installait à son bureau de bois blanc sur lequel étaient posés ses instruments de travail : quelques feuilles de papier, des classeurs contenant les projets en voie d’achèvement et plusieurs revues concernant de récentes découvertes pouvant l’aider dans ses recherches. Il s’asseyait et restait là plusieurs heures, le front soutenu par la paume tiède d’une de ses mains tandis que l’autre couvrait la page blanche de mots et de chiffres. Puis il enfilait son imperméable beige et refermait la porte derrière lui.

Certains jours où une nouvelle idée concernant les projets entassés sur son bureau n’avait pu éclairer l’après-midi, il partait en même temps que le reste des employés de l’usine. Vous l’avez peut-être vu sortir un jour par la grande porte métallique enfoncée dans le corps du bâtiment principal, perdu dans la foule des employés qui le bousculaient pour attraper le premier autobus qui passerait à proximité. Importuné, Ephistole prenait le chemin des écoliers. Il remontait lentement le large boulevard bordé d’arbres, s’arrêtant en face de quelques boutiques plus alléchantes que les autres, s’arrêtant aussi dans un bar quand il faisait plus froid pour commander le café qui lui permettrait de continuer plus agréablement cette promenade vers son domicile.

09/09/2018

Que signifie le mot "Dieu"

Le mot « dieu » vient du latin deus, lui-même issu de la racine indo-européenne dei- « briller » qui, élargie en deiwo- et 'en dyew-, sert à désigner le ciel lumineux en tant que divinité ainsi que les êtres célestes par opposition aux êtres terrestres, les hommes. Étroitement liée à cette notion de lumière, c'est la plus ancienne dénomination indo-européenne de la divinité qui se retrouve dans le nom du dieu grec Zeus dont le génitif est Dios.

Avec majuscule, la notion de Dieu s’insère dans le cadre des religions monothéistes. Dieu est un être transcendant, unique, à qui on attribue la création de l’univers. Son essence est obtenue en maximisant tous les attributs positifs. Dieu est :

* omnipotent : il peut tout

* omniscient : il connaît tout

* éternel : il n’a ni début ni fin

* suprêmement bon

On le dit également parfait et infini. Un tel Dieu est souvent dépouillé de ses attributs anthropomorphiques, bien qu’ils restent latents.

A côté de ce Dieu unique, on distingue l’existence des dieux, êtres supérieurs, plus puissants que l’homme et doté de pouvoirs surnaturels. On peut également distinguer également des dieux :

* Créateurs du monde / non créateurs

* personnels / impersonnels

* matériels / immatériels

* intervenant dans les affaires humaines / ou non

Attention, ce n'est qu'une première approche, bien insuffisante ! La suite en dévoilera plus.

08/09/2018

Le bonheur

 

Le bonheur se vit dans le silence de l'âme.

L'homme qui ne connaît pas le bonheur en parle sans cesse.

L'homme heureux est heureux et cela lui suffit.

 

07/09/2018

Prière

 

Ô Seigneur, Toi l'Unique, le Parfait
Qui se tient au-delà de tout
Et au plus profond de nous-mêmes
Que ta lumière guide nos pas
Que tout être t’exalte
Et chante en toute justesse ta présence
Donne-nous la transparence du soi
Et la droiture de nos pensées et de nos actes
Insuffle-nous le vrai, le bien, le beau
Incite en nous l’amour du cosmos
Et accorde-nous de participer à ta création

 

 ©  Loup Francart

 

06/09/2018

Ephistole Tecque (1)

Ephistole Tecque était un de ces hommes tranquilles que vous pouvez voir chaque jour déambulant sur les trottoirs d’une ville. Vous l’avez peut-être rencontré un jour de promenade ou quand vous vous rendiez à la boulangerie pour acheter la baguette dont vous vous nourrissez avec quelques autres mets plus ou moins bien préparés, de votre main ou d’une autre. Vous l’avez peut-être croisé dans les couloirs de porcelaine sale du métro, dans l’escalier étroit qui mène au bureau de la perception des impôts ou encore en maillot de bain, affublé d’une peau blanchâtre laissant apparaître des touffes de poils à des endroits imprévisibles, alors que vous-même remontiez un peu plus vêtu, à peine, de l’étendue de sable doré où se meurent quelques vagues insuffisamment chaudes.

Il est possible également que vous ayez échangé avec lui quelques mots, peu, et sûrement sans signification, un jour où un petit déjeuner plus consistant qu’à l’accoutumée, vous avait rendu gai et sociable (c’est fou au fond ce que la nourriture peut changer un homme). Peut-être avez-vous échangé deux ou trois phrases dans le métro sur un titre de journal qu’il tenait à la main, qu’il tenait même ouvert entre ses deux mains écartées, et vous avez continué cette ébauche de conversation en parlant du temps pluvieux qui n’était plus le même qu’autrefois. Il est encore possible et sans doute probable, à moins que vous n’ayez pas eu ce soir-là à votre disposition ces petites boites à sons qui diffusent tant de phrases inutiles, que vous l’ayez entendu lors de l’explication qu’il a donnée au ministre de l’industrie qui visitait l’usine chimico-textile dans laquelle il travaillait.

05/09/2018

Fin

 

Il chut sans crainte

Le blanc de l’éternité

Et la mort du noir

 

04/09/2018

Un professeur remarquable

Ce professeur était un homme remarquable, à la fois professeur de philosophie et de physique dans les classes de terminale. Il maniait les concepts scientifiques avec autant d’aisance que ceux de philosophie. Sa salle de classe était une toute petite pièce disposant d’une fenêtre  qui donnait sur un puits de lumière, sans autre paysage que le mur d’en face à 2 m de distance. Les élèves étaient serrés ; des tabourets permettaient de s’assoir derrière des tables en fer gondolées. Mais peu leur importait, ils entraient dans le salon de Mme de Sévigné, dans la chambre d’un philosophe ou dans le laboratoire d’une université américaine.

Ils l’avaient surnommé Einstein. Il s’appelait Monsieur Moréas. Il portait comme le célèbre savant des cheveux crépus en envol autour de sa tête et se laissait pousser une petite moustache. Il marchait lentement en raison de son âge, un peu courbé, mais ses réparties étaient fulgurantes et drôles. Nous l’écoutions religieusement, subjugués par son verbe. Il disserta un jour sur la femme enchanteresse du monde : « La femme est une amphore, serrée à la taille, s’élargissant aux hanches, sans angles droits, une courbure parfaite, façonnée pour la procréation. La femme est la poésie de la terre, elle nous donne le goût de vivre par sa simple beauté naturelle. » Ses camarades jeunes filles en rosissaient, quelque peu gênées, mais fières de cet hommage du vieux professeur. Il éclairait sur l’origine du monde, leur parlant du Big Bang, étrangeté à l'époque, tout en gardant le mystère de la création présent dans son discours. Il les initia à la pensée logique, à l’imagination créatrice.

Homme complet, il avait un sourire charmant dont il usait lorsqu’il disait quelque chose de personnel et le plus souvent en plaisantant. Sa pensée était profonde, mais il parlait comme s’il disait des choses banales et ses élèves ne soupçonnaient pas les trésors qu’il leur divulguait. Ils l’ont tous remercié à la fin de l’année. Jérôme n’a qu’un regret, c’est de ne pas l’avoir revu. La jeunesse oublie, préoccupée par son entrée dans la vie adulte.

03/09/2018

Fuite

 

18-09-03 Parallélépipèdes entassés.jpg

Fuite des cerveaux

Enveloppé de brouillard

Il fut l’horizon

02/09/2018

Transparence

 

Être passivement lucide :
Se contenter de l’instant pur
Sans aucun regard
Sur le passé ou l’avenir

 

01/09/2018

Crainte

Il était là et mourait de ne pas savoir.
Mais que cherchait-il encore à connaître ?
La vie, seule, qui embrasse tout le pouvoir
Et qui déploie l’échelle au-delà de son être.

A certains moments, il sentait monter en lui
Le vide de l’espérance et la part de rêve
Que tout homme doit affronter sans sauf-conduit.
Mais il ne pouvait laisser seule son Eve.

Alors il tendait les bras vers sa bien-aimée.
Il la couvrait de caresses amènes et prodiges
Et lui dévoilait la cause de ses vertiges.

Elle ouvrait ses grands yeux et ses lèvres enflammées.
Lançait son cri de désespoir, avec crainte,
Et refusait la joie d’une tendre étreinte.

 ©  Loup Francart

31/08/2018

Pranayama

Prânâyâma…

Retenue du souffle

Qui lave les impuretés

Les émotions prennent du recul

Les pensées vident le mental

L’esprit se révèle

Car le souffle signifie esprit

Enfin… Accès à l’invisible

11-04-03 Prânâyâma red.jpg

 

30/08/2018

Lullaby in Celestial Night, composé par Takashi Yoshimatsu

Pacifiant, telle pourrait être la qualification de ce compositeur.

 https://www.youtube.com/watch?v=JtpVk_2RZyI


 

Voici ce que dit wikipedia de ce compositeur japonais :

“ Il était un fan des Walker Brothers et des Ventures quand il avait 13 ans, mais à 14 ans, il a été fasciné par les symphonies de Beethoven et de Tchaïkovski. Il a commencé à composer de nombreuses pièces avant de se faire un nom en 1981 avec « Threnody for Toki » marqué par le sérialisme. Peu de temps après, il s'est éloigné de la musique atonale, et a commencé à composer dans un style néo-romantique libre avec de fortes influences du jazz, du rock et de la musique classique japonaise, renforçant sa réputation avec son concerto pour guitare de 1984. En 2007, Yoshimatsu avait composé cinq symphonies, des concertos pour basson, violoncelle, guitare, trombone, saxophone alto, saxophone soprano et pour les instruments traditionnels japonais, ainsi que deux concertos pour piano (un pour la main gauche seule et un pour les deux mains), un certain nombre de sonates, et diverses pièces plus courtes pour les ensembles de différentes tailles. Ses « Atom Hearts Club Suites » pour orchestre à cordes rendent explicitement hommage aux Beatles, aux Pink Floyd et Emerson, Lake & Palmer.”

 Sa musique de piano est calme, envoûtante et légère en même temps. Les notes s’égrainent peu à peu, en cascade ou isolément. Elles introduisent un rêve imaginaire, une sorte d’état second, proche de l’avant-sommeil : encore une perception de la réalité, mais doublée d’un léger strabisme. Alors votre être est pacifié et repose dans le creux de votre main, clignotant de douceur.

29/08/2018

Haïku et plus

 

Il tendit la main

Elle tressaillit sous l’invite

Ils partirent à deux…

 

L’esprit libre

Le cœur ouvert

L’âme sereine

 

Jusqu’au dernier jour

Ils "nuagèrent" dans le bonheur...

Finir, œil dans l’œil !

 

 ©  Loup Francart 

 

 

28/08/2018

Science

La grande faiblesse de la science, qui fait en même temps sa force, tient à ses méthodes mêmes : l’analyse scientifique d’un phénomène, qu’il soit statique ou dynamique, suppose l’isolement de ce phénomène par rapport à ce qui l’entoure. Cet isolement, nécessaire pour mettre en évidence les lois le régissant, fausse la réalité qui est faite  de relations s’établissant sur une ligne d’évolution spatiale et temporelle. L’isolement du phénomène permet l’analyse de son apparence après observation, mais ne permet pas la connaissance du réel. C’est pourquoi la physique moderne en est venue à distinguer le connu du réel et à tenir compte de cette distinction dans ces équations.

Plus tard sans doute,  les sciences arrivant à un stade de développement où l’analyse des phénomènes isolés aura été poussé à son maximum (et non jusqu’à la connaissance totale, puisque l’explication finals n’est possible que par l’explication de tous les autres phénomènes et de leurs relations), on en viendra à l’élaboration d’une science des relations qui sera la véritable science issue des autres sciences (la chimie et la physique expliquant la cytologie, celle-ci expliquant avec les deux autre la biologie, etc.).

 

27/08/2018

Zhangjiajie (Hunan, China)

De beaux films de propagande ou de publicité ?

Mieux que cela, l’image d’une Chine éternelle, suspendue dans les siècles et les airs, emprunte de majesté et de beauté.

Un rêve éveillé, entre ciel et terre, passé, présent et avenir…

 

https://www.bing.com/videos/search?q=zhangjiajie+hunan&qpvt=zhangjiajie+hunan&view=detail&mid=EB8710D5261B7C03AB98EB8710D5261B7C03AB98&&FORM=VDRVRV

 

25/08/2018

Beauté

Il y a deux sortes de beauté :

* La beauté issue de la fragilité. Elle s’identifie en tant qu’unité isolable et possède certaines caractéristiques personnelles indissociables. Dans cette identité fragile, l’homme retrouve les mobiles de son angoisse et plus elle semble fragile, plus elle est belle.

* La beauté issue de la puissance. Elle caractérise un ensemble qui possède certaines caractéristiques personnelles, mais celles-ci peuvent être dissociées en éléments isolées. Dans cet ensemble, l’homme retrouve les mobiles de son optimisme et plus il semble puissant, plus il est beau.

La première est émouvante et creuse le vide en soi. La seconde est impressionnante et tasse le plein en soi. Que vaut-il mieux : un vide qu’il convient de combler ou un plein qu’il convient d’employer ? Disons que la jeunesse recherchera la seconde et que l’âge mûr choisira de se dépouiller.

 

24/08/2018

Violoncelle et piano

Petites routes et chemins pour se rendre au "concert". C’est ainsi qu’est appelé ce rendez-vous avec un piano et un violoncelle : repérage cartographique, puis l’aventure, facilitée par une lecture attentive. Entrée dans un chemin couvert, un long bras sorti des feuillages, comme un trou de souris dans la ouate doucereuse. Débouchée sur un bâtiment, à gauche, environné de personnages fantômes. La maîtresse de maison s’avance. Oui, nous la connaissons : quelques jours avant, elle était venue nous porter un papier expliquant le concert. Elle s’avance d’un pas serein, vêtue d’une robe longue, dévoilant le bas des jambes, modestement. Une ceinture portée haute, presque sous les seins, rappelle ce XIXe siècle romantique, sage et endolori. Et ce sera bien l’intonation de la soirée, la marque que garderont nos esprits dans ce brouillard irréel d’un soir de fin de vacances.

Les lieux ? Arbres et verdure, une éclaircie sur la droite, un pré sans clôture, à l’herbe mi-haute, dans lequel nous garons la voiture. Quelques bâtiments que nous distinguons peu, enfouis sous les pousses d’arbrisseaux. Nous n’y prenons pas garde, préoccupés par les quelques personnes semblant attendre d’un air las. Nous en saluons quelques-unes, échangeons quelques mots avec l’hôtesse nous rappelant notre rencontre de la veille. Elle nous indique l’entrée dans un grand bâtiment, ressemblant plus à une grange qu’à une maison, dont la béance grise reste mystérieuse. Allons-y !

Nous pénétrons dans une grande pièce, mi-empierrée, mi-chaulée, recouverte de deux poutres monumentales. Un piano, un Schimmel si me souviens bien, sévère et tendre, étale son clavier. À ses côtés, un fauteuil vide. C’est le seul décor sur cette partie de la pièce où il faut maintenant accéder à une place. Peu de sièges, disparates, quelques bancs, quelques coussins, plusieurs tapis. Des gens silencieux, en attente, dont on se demande s’ils vont se mouvoir et s'émouvoir lorsque résonneront les premières notes. Nous finissons par trouver un canapé dans lequel est assise une jeune fille, ou plutôt une jeune femme d’une trentaine d’années. On s’assied en se tassant et ce rapprochement des corps réchauffe le cœur et donne à l’inconnu une impression de civilité. On attend, dans le silence compassé de l’ignorance de ce qui va advenir. Alors, on regarde la pièce. Une magnifique cheminée, forte, seigneuriale, mal jointe, il faut le dire, prend la salle sous sa protection, telle une main immense se fermant sur la passivité des spectateurs languissants. Nous sommes dans la salle d’apparat d’un châtelet et, ma foi, nous nous y trouvons bien. Elle est, malgré sa sobriété, chaleureuse et décorée avec goût.

Enfin, les derniers arrivants installés, la compositrice et pianiste Christine Jeandroz présente en quelques mots la jeune violoncelliste Mathilde Reuzé et la première partie du concert. Applaudissements… Silence… Installation de l’artiste… recueillement et… les premières notes : courante de la 6e suite pour violoncelle de Jean Sébastien Bach, mon musicien préféré. C’est difficile pour une jeune musicienne de commencer seule un concert. Elle le fait avec assurance, une technique parfaite, le cœur un peu serré, ce qui l’empêche d’y mettre toute la chaleur de l’âme qu’on attend d’une écriture musicale si assurée. Peu importe. On se laisse emporter par ces phrases de Bach qui prennent et reprennent le thème, explorant toutes les possibilités qu’offre le professionnalisme et l’intensité de l’émotion du grand compositeur. Précise, presque mathématique, mais empreinte de mysticisme, la mélodie se déroule et enchante nos oreilles, notre corps, notre cœur et notre esprit. Oui, Bach reste inégalé par sa capacité à émouvoir l’ensemble de l’être et à l’élever au-delà de l’apparence quotidienne.

Du piano, je ne retiendrai que le premier impromptu de Franz Schubert et le commentaire du programme : « Une femme amoureuse se souvient : la rencontre avec l’homme, les battements de sœur, l’attente.. Le reverra-t-elle ? L'amour naissant, la douceur, le désir, la complicité, puis les tensions, les apaisements, la passion, les ruptures, les retrouvailles, la douleur, la douceur, à nouveau. Et toujours, dans son cœur… l’amour. » Les notes s’égrainent, la mélodie se déploie, les sentiments s’expriment et l’âme s’envole. Je suis dans le salon de Georges Sand, parfois de la comtesse de Ségur, revivant les jours de l’adolescence où le romantisme prédomine.

Retour au violoncelle, accompagné par le piano dans la troisième partie du concert. Le jeu de la violoncelliste dépasse maintenant le seul aspect technique. À dix-sept ans, elle joue merveilleusement, avec retenue. Nocturne de Tchaïkovski, puis une composition de Christine Jeandroz. Enfin, un bis de Chopin, comme toujours, aérien.

Nous restons sous le charme de cette soirée hors du commun, parlons avec les uns et les autres autour d’une table emplie de verres et de friandises. La nuit est tombée, on fait connaissance sans presque se voir, ce qui ajoute au mystère de la soirée.

Il fait froid, il faut rentrer. Merci aux deux musiciennes de nous avoir enchantés en nous plongeant dans l’atmosphère intimiste du XIXe même si les pièces jouées dépassaient ce siècle mouvementé.  

 

23/08/2018

Glissade

Se lever dans la nuit et errer dans ses pensées
Jusqu’à l’instant attendu, coupant comme une lame…
Lente glissade du corps hors de ses parois…
Laisser le foret creuser le trou de l’absence

C’est une rupture imperceptible et volage
Un vol diaphane de libellule dans la lourdeur de l’air
Il faut le saisir avant qu’il ne s’enfuie
Et tendrement enlacer ce rien qui brûle l’être

Entrer en vibration, c’est une aventure
À renouveler chaque matin, sans fard
Se dégager du poids des miasmes éthérés
Et ouvrir le corps et le cœur à l’imprévu

Elle entre par une fuite dans la carapace
Un petit bruit proféré sans attention
Qui doucement, emplit l’être d’effroi ou d’ardeur
Le dedans devient le dehors, sans effort

C’est un bain rafraîchissant d’apesanteur
Qui transporte l’être vers le plus être
Un coup de vent qui balaye l’occupant
Et le rend craintif comme une biche

Au cœur de ce rien qu'est l’humain transi
Surgit l’être isolé dans sa magnificence
Revêtu de sa robe de gloire immaculée…
L’âme est dévoilée… Incline la tête…

 ©  Loup Francart

22/08/2018

L'homme riche

Parabole de l’homme riche : « Insensé, cette nuit même, on va te réclamer ta vie, et ce que tu auras amassé, qui l’aura ? »

État d’esprit de la société actuelle qui est une société d’accumulation. Gagner sa vie pour la perdre ! L’accumulation n’est qu’un bonheur en devenir qui n’est jamais satisfait. La prévoyance n’est pas dans l’accumulation des richesses ou du savoir. Elle est de pouvoir se dire qu’à chaque moment on peut partir sans rien perdre.

Ne pas vivre dans le quantitatif, mais dans le qualitatif.

 

21/08/2018

La beauté

 

Sens métaphysique de toute beauté : une voie ouverte vers l’éternité.

Les critères de beauté évoluent,

Mais l’essence de la beauté ne change pas.

Plus l’homme s’oublie lui-même, plus il est accessible à la beauté.

 

20/08/2018

La pensée

La sagesse et la folie sont les deux extrêmes de notre pensée dite normale. L’une et l’autre procèdent de la perte de l’habitude de pensée.

Dans le cas de la sagesse, cette perte d’habitude est volontaire, impliquant le parfait contrôle de soi alors que, pour la folie, la perte de l’habitude est involontaire et tourne autour d’une idée fixe.

L’une procède par intériorisation et conduit au plus être, l’autre appartient à l’évasion et aboutit au moins être. Entre les deux, évoluent différents types de conscience qui se rapprochent plus ou moins des deux extrêmes.

Ne pas se laisser tenter par l’imagination combleuse dont parle Simone Weil, car cette recherche ne peut conduire qu’à un manque d’être de plus en plus prégnant.

19/08/2018

Les petits gestes et paroles

Ce matin, je réveille après un rêve dans lequel je cherchais la profondeur d’une relation avec les autres. Et ce n’était que des petits gestes et paroles de tous les jours, anodins et sans intention, gestes faits sans y prendre garde et paroles dites sans y penser. Centaines de gestes faits et paroles dites sans même savoir qu’ils sont émis et surtout sans savoir pourquoi. J’ai ma manière personnelle de descendre de ma voiture, de me donner un coup de peigne, de me lever le matin, d’ouvrir la porte à un inconnu, de demander mon chemin à un passant, de m’installer au piano, de me laver les dents, de rire d’une plaisanterie. Et la somme de ces petits gestes et paroles, finalement, me représentent mieux auprès des autres que ceux que je dispense en connaissance de cause, avec attention.

Voilà le mot lâché : l’attention. Mais il lui manque son compagnon, l’intention. L’attention suppose l’intention. Lequel précède l’autre ? L’attention rappelle qu’il faut une intention pour agir. L’intention fait de l’être un humain et entraîne une attention dans l’exécution de l’action. Laquelle est première ? Tantôt l’une, tantôt l’autre, selon les circonstances. Ainsi, à chaque instant, je suis libre de devenir véritablement humain ou de vivre à côté de mon être. L’attention suppose un minimum de concentration. Penser à ce que je fais. Penser à ce que je fais suppose bien de  savoir pourquoi je le fais. Si je ne sais pourquoi je le fais, je ne fais pas attention ; mais si je ne fais pas attention, je n’ai pas d’intention.

Derrière ces deux mots se cache tout l’humain : je suis homme ou femme parce que je sais que je le suis. Si je l’oublie, je ne suis rien. Être homme ou femme suppose une double démarche : je suis dans le monde et y agis, mais je suis également hors du monde pour savoir pourquoi j’agis. Certes, il ne s’agit pas de devenir moine ou moniale, encore que ceux-ci agissent et parlent sans doute avec plus d’attention et d’intention, mais simplement d’introduire un dialogue avec soi-même qui instaure la conscience. Un troisième mot est lâché : la conscience. Certes, l’humain n’est pas seul à disposer d’une conscience. Le règne animal et probablement le règne végétal disposent d’une conscience. Comme l’homme, l’animal et, dans une moindre mesure, le végétal entretiennent la vie, leur vie, avec attention et intention. Mais la conscience humaine dispose d’un effet miroir supérieur à celui des autres règnes terrestres. J’agis dans un but immédiat et lié au maintien de ma place dans le monde, mais je peux aussi agir dans un but plus lointain dans lequel ma personne n’a plus la première place. La conscience se dédouble et produit un effet miroir qui fait de l’homme un être achevé ou, plutôt, s’achevant par cette démarche consciente qui lui permet de s’échapper de son moi immédiat. Il agit dans le monde, mais se voit également agissant le monde et s’interroge sur cette deuxième démarche. C’est ce deuxième temps de la conscience qui fait de l’homme un être à part, responsable pleinement de ses actes et paroles.

Alors, dans un instant, quand vous fermerez cet écrit, conservez attention et intention, et vivez pleinement cet effet miroir de la conscience qui fait de vous un être humain.

18/08/2018

Sentence

 

Critère de la laideur : une certaine indisposition d’être en face de l’objet considéré.

Critère de la beauté : une contemplation qui oublie tout.

Mais celle-ci implique la renonciation, y compris celle de l’imagination.

 

16/08/2018

L'incertitude

L’incertitude est cet épais brouillard
Qui vous prend à la gorge sans préambule
Et vous plonge dans une mélasse opaque
Alors que vous ne pensez qu’à elle

D’où vient-elle ? Vous ne savez
Vous ne connaissez que le dernier maillon
Celui d’une fausse origine de la frappe
Une cuillerée de confiture noire
Qui tombe dans votre gamelle
Sans crier gare ou même crier tout court

Elle est là, vous n’y prenez pas garde
Elle s’installe tranquillement dans votre tête
Puis produit sa première étincelle
Comme un caillou qui tombe à l’eau
Et qui éclabousse votre pré tranquille
Les ondes s’étalent avec lenteur
Débordant du cercle habituel
Et gagne peu à peu votre inconscient
Venant frapper le rivage obstinément
La plage s’élargit, découvrant le sable fin
De votre égo vulnérable et dénudé

Apparemment vous marchez normalement
Mais le feu est subtilement entré en vous
Et vous lèche la pointe des pieds
L’incertitude vous ronge et vous broie
Elle est entrée dans la place
Par où ? Vous ne savez
Pour combien de temps ? Ignorance
Avec quels dommages ? Tout s’écroule
A la place du cœur une épine
Le lac des pensées devient un torrent
Qui bouleverse tout sur son passage
Si encore vous saviez d’où cela vient
Qui s’introduit dans votre pré carré
Ce qu’il sait et ce qu’il ignore
Rien ! Le blanc opaque et propre
D’un drap qui sèche sur une corde

Parfois l’incertitude n’est pas méconnaissance
Elle est plus subtile et dangereuse
Et empêche la résolution attendue
Que faire ?
Penser l’ignorance est une chose
Décider d’agir est une autre
Vous vous réfugiez dans votre immobilisme
Vous vous y complaisez benoîtement
Et votre corps lui-même refuse toute avancée
Vous tendez le bras, mais jamais entièrement
Vous touchez l’objet de l’incertitude
Mais refusez de le serrer entre vos mains

Alors votre être dévoilé et pantelant
Offert à la vindicte populaire
S’offre en sacrifice suprême
Crucifié dans l’indifférence
Meurtri pour de longs mois

L’incertitude est un piège mortel
Qui entraîne aux confins de l’enfer
Mais qui peut devenir également  
Une étrange voie de guérison
Pour celui qui se laisse porter
Et plonge au-delà de l’égo

Dépouillez de vous-même
Vous errez dans un paysage sans décor
Quand, d’un mouvement impulsif
Le silence s’installe et vous broie
Le monde s’immobilise
Vous n’avez plus rien
Et ce rien devient tout
Vous n’êtes plus là
Puisque tout est là
La puissance créatrice
Vous rend inatteignable
Vous n’êtes rien
Et vous devenez tout

Va où t’entraîne l’incertitude
Mais reste droit et souple !

©  Loup Francart

15/08/2018

Après les moissons

Dans la nuit, j’ai vu
Des monstres d’acier
Avaler les champs de blé
Et laisser le chaume nu.

Comme des vers luisants
Ils allaient dans la nuit obscure
Chercher tout ce que procure
Les moissons du bon vieux temps.

De petites larves sombres
S’affairaient pour recevoir
Leur pitance en avoir.
Ils allaient tels des ombres.

Puis la pluie est venue
Comme la mort étend sa main
Et les rigoles du chemin
Se sont élargies, nues.

Il a plu tous les jours.
Il pleuvra toutes les nuits
Jusqu’à ce que s’ensuive
La naissance du blé, toujours.

Ainsi l’homme attend
Les monstres sont rangés
Pendant que les blés
Sont à la merci du temps.

Dans le ciel moutonnent
Quelques nuages irascibles
Qui, espérons-le, ne serviront pas de cible
Aux piétons qui randonnent.

Le temps s’est fait meilleur.
Souvenir des belles moissons d’antan
Où le ciel d’azur n’était jamais blanc
Et où les foudres de Zeus vont ailleurs.

©  Loup Francart