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01/12/2020

Lac d'Annecy

 

Lac d'Annecy2.JPG

Aspire aux sources

coule-toi dans la lumière

Évapore-toi !

 

30/11/2020

La mue (5)

La sonnerie du réveil… J’ai beaucoup de mal à émerger… Enfin, j’ouvre un œil. Très vite, je comprends que quelque chose a changé. Non, pas à l’extérieur, mais en moi. J’ai comme un éclair de lucidité. Je me lève d’un bond. Ma peau a pris une couleur sale, elle est pleine de boursouflures, comme de petits volcans qui n’osent pas exploser. J’en ai partout. Je me précipite dans la salle de bain. Oui, j’en ai également sur le visage. La mue a commencé et il n’y a rien à faire. Que vais-je devenir ? J’appelle Joséphine qui dort plus que de coutume depuis qu’elle est rentrée. Je vais jusqu’au lit et la secoue énergiquement :

– Regarde, cela commence. Mon Dieu, ce que je suis laid.

Elle met quelque temps à se réveiller, me regarde sans rien dire, n’ose se jeter à mon cou et me dit simplement :

– Oui, j’en ai bien l’impression. Mais tu es mignon comme cela. On dirait un petit perdreau qui prend son duvet. Non, peut-être un reptile qui revêt sa carapace.

Quelle idée de dire de telles choses ! Je trouve cela sec et ça manque de chaleur humaine. Elle pourrait au moins me serrer dans ses bras pour compatir tendrement à mon malheur. Mais, il est probable qu’elle n’éprouve plus aucune attirance envers mon corps et probablement moi-même en entier, corps et âme et toutes les subtilités que chaque homme ou femme détient au fond de soi. Sans cesse, on nous dit que l’habit ne fait pas le moine. C’est vrai, mais le corps est-il un habit ? J’étais un moine et je ne sais ce que je vais devenir.

Je dois partir au travail malgré tout. J’utilise la trousse de maquillage de Joséphine pour paraître normal. Oui, là au moins, l’habit sert à jouer le moine. Même mes collègues au bureau ne remarquent rien. Mais j’ai un mal de crâne terrible toute la journée. Je retrouve ma compagne pour le dîner. Elle a préparé une salade de quinoa. Je ne dis rien, mais cela me reste en travers de la gorge tant que je n’y ai pas goûté. J’ai toujours eu en horreur ces graines de blé ou d’autres céréales que l’on veut vous faire manger. Ah, mais… Elle est délicieuse. Quelles merveilleuses petites graines ! Je finis par ne manger que cela. Joséphine a beau me proposer une tranche de rôti qui semble appétissante. Je refuse en prétextant que je n’ai plus faim. Je n’aurai pu l’avaler. Nous nous couchons tôt, chacun dans ses pensées et nous tenons aux deux extrémités du lit.

29/11/2020

Cécité

Il vécut prudemment
Toujours aux aguets
Épiant les interventions
Fuyant les incapables
Grappillant sa nourriture
Sans connaître la somme
Des accumulations
Ni celle des pertes
Jamais il ne calculait
La dose à transmettre
Un secret bien gardé
Qui l’enchantait seul
Comme l’écureuil
De branche en branche
Il courrait vers la lumière
Et fut poursuivi sans fin
Jusqu’au jour du départ
Du dernier train
Pour le bout du monde
Sans billet de retour
Il connut la faim, l’absence
Le manque de sommeil
La solitude et l’ignorance
Jusqu’à la rencontre
Avec la finaude des nuages
Qui glisse son regard
Derrière l’opacité des mots
Et l’absence de clarté


Le monde est plus que ce qu’il était…

 

28/11/2020

La musique sacrée : ouverture et harmonisation de l'être (3)

          Les voies

 Pour Graf Dürckheim, il y a quatre champs privilégiés qui ouvre au numineux :

 . La grande nature : C'est ce champ qui parle le plus naturellement à l'homme. La contemplation de la nature émerveille. Elle dilate le corps et fait taire le mental. L'univers dévoile la beauté de la création et l'amour que Dieu lui porte.

 . L’éros : L'amour physique, lorsqu'il est l'aboutissement de l'amour, cette intense harmonie qui lie deux êtres jusqu'à ce qu'ils ne fassent plus qu'un, ouvre la porte aux mystères de la vie et de la mort. C'est une descente dans l'être pur qui se donne et qui donne. C'est la rencontre en un instant d'éternité.

 . L’art : L'œuvre d'art, lorsqu'elle remplit sa fonction, saisit et émerveille. Elle dévoile la beauté céleste à travers la matière, elle aide à contempler l'invisible derrière le visible. Voie de co-naissance, elle s'adresse à la part féminine de l'être humain et complète la connaissance intellectuelle plus spécifiquement masculine. Elle fait appel à l'intuition, elle englobe plutôt qu'elle ne dissèque, elle harmonise et permet de comprendre de l'intérieur.

 . La liturgie : Même pour le non croyant, la liturgie évoque l'invisible derrière le visible. Elle invite à s'agenouiller, à abandonner tout ce qui est moi et tout ce qui est savoir pour découvrir notre ultime réalité, celle où Dieu se dévoile dans notre nudité et nous comble de sa présence. Un des aspects de la liturgie est bien de pénétrer dans le mystère pour permettre à la Parole de Dieu de nous atteindre. Une liturgie qui n'inclut pas cette fonction ne permet pas de faire l'expérience intuitive du divin.

  

En conclusion     L’expérience personnelle du numineux, inconsciente, puis, recherchée consciemment, conduit à la véritable conversion, au retournement (convertere) de l'être. C'est une expérience plus large que l'adhésion à une foi, à une église. Elle emplit l'être tout entier et le projette face à l'absolu.

          La musique sacrée, dans son acceptation la plus large, favorise cette prise de conscience. Elle englobe la musique religieuse, propre à une confession et à une culture, mais inclut aussi d'autres genres de musique, toutes celles qui dépassent la recherche du plaisir ou de l'esthétisme.

          Ces musiques ne se contentent pas d'exprimer l'homme, elles constituent le langage que l'Esprit infini parle aux esprits finis. Elles ne mettent pas le son en valeur, elles le mettent au service de l'infini et du silence de l'âme. La musique remplit alors son rôle sacré, elle glorifie le divin et non l'homme.

27/11/2020

La mue (4)

Quelques jours plus tard, je suis étendu sur mon lit. Joséphine est partie passer une semaine chez une amie qui avait besoin d’elle. Soudain, j’ai une démangeaison sur tout le corps, comme une poussée sous la peau. La même impression que la première montée d’herbe au début du printemps. On ne voit rien venir, mais l’air est chargé d’odeurs délicates de surgeons frais. Pourtant je n’ai pas, je crois, d’odeur spécifique sur mon corps. C’est juste une sensation bizarre, une espèce d’exaltation  de la peau légèrement plus colorée que d’habitude. Et si c’était cela le début de la mue ? Je me redresse brusquement. Mons cœur bat à tout rompre. Oui, c’est possible. Je me lève et allume mon ordinateur. Il y a de nombreux forums consacrés à la mue, avec des récits parfois épouvantables. On trouve cependant des conseils intéressants pour se préparer à un changement fonctionnel et sans danger. Malheureusement, je ne trouve rien sur les démangeaisons. C’est trop vague comme impression pour accéder à des conseils précis. Je me lève donc et pars travailler comme chaque matin. J’échange un petit coup de fil avec Joséphine qui est auprès de son amie et lui parle de manière détachée de mes démangeaisons. Toujours pratique, elle me conseille d’acheter une crème calmante en pharmacie. Elle a l’art de ramener à leur juste proportion les incidents qui émaillent la vie.

Le lendemain, je m’éveille plus tôt que d’habitude. Je décide d’aller courir au bois, n’ayant pas la douceur de Joséphine pour me laisser errer dans mon lit. C’est vrai, les hommes qui font de grandes choses se lèvent tôt. Mais surtout, ils ne connaissent que peu ces moments divins des petits matins  lorsqu’une femme se tient près de vous et vous serre dans ses bras. Je me débarrasse du pyjama et veux enfiler mon short de sport. Mais il ne glisse pas sur la peau des jambes comme d’habitude. Non, ce ne sont pas mes poils qui gênent. C’est une sorte d’opposition douce, mais réelle. Ça y est ! J’y suis arrivé. Bizarre ! Je regarde mes jambes, elles paraissent normales. Ah, tiens ! Là, entre mes cuisses, des petits points noirs. Effectivement, en les touchant, ils raclent un peu. Même impression  que lorsqu’on s’essuie les pieds sur le paillasson avant de sonner chez un ami. Ma barbe pousserait-elle à cet endroit du corps généralement peu enclin à de telles manifestations ? Je me rends dans la salle de bain, prends une lame et rase l’endroit suspect de façon à retrouver la peau douce que j’ai normalement en ce lieu. Cela va mieux. Je pars en petites foulées et m’immerge au milieu des Parisiens qui se précipitent au travail. Quelle chance j’ai ! Disposer de mes heures comme je l’entends. Certes, je travaille parfois très tard ou très tôt, mais au rythme que j’ai choisi, ce qui me donne une impression de liberté que vous n’avez pas, vous, l’ensemble des mortels adultes.

26/11/2020

Orthographe

https://www.youtube.com/watch?v=5YO7Vg1ByA8&feature=youtu.be&ab_channel=TEDxTalks


Orthographe… Le dogme
Qui n’est ni la langue
Ni même un son
Juste un simple outil
Pour passer de l’oral à l’écrit
Et mémoriser :
Les événements, les idées,
Les sentiments, les péchés,
Les envies, les fautes
Et tout ce qui passe par la tête…
Dieu, qu’elle est encombrante !

25/11/2020

Rat

Le rat n’est pas là
Le chauffeur râle
Je ne vais pas m’enraciner ici !
Crie-t-il à qui veut l’entendre
Il déraille, s’exclame le chat
Y a-t-il plus enragé ?

 

24/11/2020

La musique sacrée: expérience du lumineux

Le terme mystique, qui se rapproche en français du terme musique, est devenu un terme galvaudé et péjoratif. Pour l'esprit scientifique moderne, le mystique est un doux rêveur dont les fantasmes religieux lui permettent d'éviter les souffrances du monde. Pourtant depuis des milliers d'années, des hommes de toutes races, de toutes religions, ont consacré leur vie à ce désir impérieux qui les poussait vers Dieu.

           Ne pouvant exprimer cette expérience, ils l'ont transmise par d'autres moyens : symboles, rites, liturgie, musique spécifique.

           Mais d'abord, quelle est cette expérience ? Comment l'éprouve-t-on ?

           

          L'au‑delà du voile

            Tout homme un jour ou l'autre, sans en avoir une conscience bien nette, a fait l'expérience de la caresse de Dieu qui fait tomber les écailles des yeux, qui débouche les oreilles et dévoile l'empreinte de son amour sur le monde et les êtres:

C'était un matin d'hiver quand le givre envahit la campagne...
C'était un soir d'été lorsque le soleil cesse sa course à l'horizon et suspend le temps...
C'était un jour un regard qui bouleverse par sa transparence et sa profondeur...
C'était le chant des moines au cours d'un office, lors de la visite d'une abbaye...
Instant d'émerveillement, de pureté et d'éternité.
Le monde se dévoile alors dans sa beauté intime comme la jeune mariée se dénude devant celui qu'elle aime.   

          L'expérience de cet au‑delà du voile peut se manifester très différemment, bien que ce soit une seule et même expérience :

. tremblement et crainte : le tout autre nous fait prendre conscience de notre petitesse ;

. intuition du mystère : comme un mot que l'on cherche dans sa mémoire et que l'on ne peut trouver ;

. dévotion et respect : l'être est pénétré d’admiration ;

. joie et allégresse : elle s'exprime par les cris, le rire et la danse, mais aussi par l'oubli des soucis du monde ;

. amour et communion : c'est la découverte de l'agapè, amour pour tous les êtres, toute la création, que chante si bien le cantique des trois enfants dans le livre de Daniel.

 

         La quête du numineux

           Alors commence la quête. Alors l'âme, comme la bien-aimée du Cantique des cantiques, ne cesse de chercher le bien-aimé qui l'attire dans une distance toujours renouvelée.

  

                           L'épouse parle : "J'ai cherché dans la nuit à savoir quelle est son essence... Mais je n'ai pu trouver. Je l'ai appelé d'autant de noms qu'on en peut nommer, mais aucun nom n'a eu la force de l'atteindre. Comment en effet pourrait-on atteindre par un nom celui qui est au-delà de tout nom".

Grégoire de Nysse

 

Cours aux sources, aspire aux fontaines,
En Dieu jaillit la source de la vie,
Une source qui ne peut tarir.
Dans sa lumière se trouve une lumière
Que rien ne pourra obscurcir.
Que ton désir aille à cette lumière
Que tes yeux ne connaissent pas.
L'œil intérieur se prépare à voir la lumière.
(L'ouïe intérieure fait silence face au logos)
A la source, la soif intérieure brûle de s'abreuver.
Augustin d'Hippone

 

 

          Cette recherche est la recherche propre du mystique, au‑delà des doctrines religieuses. Elle s'exprime différemment selon les lieux, mais elle est même.

 

          Notre culture chrétienne l'évoque à travers des termes que nous avons peu à peu déchargés de leur contenu mystique. L'église catholique propose les termes de naturel et de surnaturel au risque de dénaturer la puissance évocatrice du second et son étroite communion avec l'autre. En effet :

 Le surnaturel est une adoption, une assimilation, une incorporation, une transformation qui assure à la fois l'union et la distinction de deux incommensurables par le lien de la charité... Il est fait pour être en nous, sans être jamais pour cela issu de nous, venu de nous.

Maurice Blondel

           Puisant ses sources dans les écrits des Pères de l’Église, l'orthodoxie parle d'invisible dans le monde visible, ou d'immatériel ou encore d'inconnaissance.                                                 

     La manière de connaître Dieu qui est la plus digne de Lui, c'est de le connaître par mode d'inconnaissance, dans une union qui dépasse toute intelligence.

­Denys l'aéropagite

          Cependant, on note chez un théologien orthodoxe contemporain, Paul Evdokimov, la recherche d'un mot qui pourrait lui permettre d'exprimer justement ce que la notion de surnaturel recouvre :

      Avant tout, le sacré s'oppose aux éléments de ce monde et présente l'irruption de ce que R. Otto appelle "l'absolument autre", différente de ce monde... L'acte qui rend sacré retire une chose ou un être de ces conditions empiriques et le met en communion avec le numineux, ce qui change leur nature et fait immédiatement ressentir à l'entourage le mysterium tremendus, le tremblement sacré devant la présence du numineux. Ce n'est point la peur de l'inconnu, mais un effroi mystique très caractéristique qui accompagne toute manifestation du transcendant, son rayonnement énergétique à travers les réalités de ce monde.

Paul Evdokimov

  

Le terme numineux est de R. Otto :

"Si lumen a pu servir à former lumineux, de numen (divinité, puissance divine), on peut former numineux." (Le sacré, Paris 1929, p.22)

 

23/11/2020

La mue (3)

J’en suis là de mes réflexions, lorsque Joséphine, réveillée, débarque dans la cuisine. C’est ma nouvelle petite amie. Elle est vive, a un cœur d’or et des boucles blondes qui font chavirer les cœurs. C’est vrai, parfois, elle prend trop de place et donne son avis sur tout. Mais je ne suis pas obligé de la suivre sur tous les points qu’elle propose.

– Tu m’as l’air d’avoir passé une mauvaise nuit. C’est encore ton attestation qui te tracasse ? De toute façon, on est obligé d’y passer. Alors cela ne sert à rien de faire sa mauvaise tête.

Évidemment, cela lui est facile. Elle a dix ans de moins que moi et a donc une autre vision, plus détachée. Je n’ai pas envie de parler de cela. Elle va tenter de me raisonner alors que je ne désire que me laisser aller et oublier. Je l’embrasse donc dans le cou, lui susurre quelques mots câlins, la serre dans mes bras et peut sentir au travers du tissu de sa robe de chambre ses seins qui frémissent. Oui, c’est vrai, elle sait adoucir mes jours, provoquer en moi l’oubli de mon personnage et même me donner une autre vision de ma vie, très différente de celle que j’ai lorsque je me regarde devant une glace. Je lui sers un café, la laisse boire tranquillement, échange quelques plaisanteries, puis l’entraîne vers la chambre pour passer encore quelques moments ensemble. Elle se laisse dénuder, l’œil brillant, un sourire aux lèvres, ce sourire qui m’a tant séduit un jour d’hiver à la devanture d’un magasin. Je me suis retourné, je l’ai vu et l’ai contemplé jusqu’à ce qu’elle me remarque et arrondisse le coin de ses lèvres. Nous avons parlé, nous sommes aventuré dans un café, avons pris deux grands crèmes et discuté jusqu’au déjeuner. Le soir même, elle s’installait chez moi, avec ses valises. Je ne l’ai pas regretté, même encore maintenant. Elle est distrayante et revient chaque soir pleine de joyeuses anecdotes à raconter.

Mais ma vie privée ne vous intéresse sans doute pas. Pardonnez-moi. C’est probablement le stress de l’attestation reçue dernièrement. Ce soir nous irons danser, cela nous fera du bien, à moi surtout. Joséphine s’est rendormie. Elle a une faculté sans égale à dormir à tout moment, en particulier après l’amour. Et ce n’est pas cinq minutes ! Mais plutôt une heure. Je m’habille et pars travailler. Il le faut bien, sinon mon patron va devoir me signaler à la police des mœurs, celle qui est en charge des « muants ». Sitôt sorti de l’appartement, je suis agressé par les images et les mots qui ne cessent de parler de cet événement qui m’attend, je ne sais quand.

22/11/2020

La musique sacrée : ouverture et harmonisation de l'être (1)

Jamais la musique, telle qu'on l'entend actuellement, n'a été aussi présente dans le monde : chacun a la possibilité, sans avoir à jouer d'un instrument, d'en écouter quand il le veut grâce à la radio, au magnétophone, au disque, ou même de la subir (sonorisation des espaces commerciaux, etc.). La musique nous enchante, nous envoûte, nous sature. Elle est utilisée non plus pour elle-même, mais pour les effets psychologiques qu'elle produit en nous : refrains publicitaires, musiques de film, rock...

           La musique est partout présente et pourtant jamais l'homme n'a eu autant besoin de musique. On peut même dire que le bruit de fond musical dont beaucoup s'entourent est inconsciemment un appel à une autre forme de musique; celle qui va nous faire prendre conscience de notre véritable être, qui va l'harmoniser avec ce qui nous entoure, qui va nous aider à combler le vide de la vie et approfondir l'intuition d'un au‑delà du monde.     

     Ce constat fait ressortir les différents aspects recherchés dans la musique :

 Le plaisir et le divertissement : la musique me distrait et crée une ambiance favorable à la vie en société.

 L'oubli et le fantasme : la musique permet de s'évader du quotidien, d'oublier ses pensées et fait naître en nous des images et des rêves éveillés.

. L'ordre et la rationalité : la musique est un art très organisé. Platon voyait dans la théorie musicale une des clés de la connaissance du monde. Elle constitue un savoir à acquérir et une recherche à développer. Elle devient de plus en plus un domaine de spécialistes.

. L'évocation de l'invisible et l'éveil au spirituel : la musique est une porte qui permet d'accéder au voile du Temple et d'en soulever un pli. Elle transcende l'être et l'harmonise avec l'univers. Elle fait vibrer l'esprit de l'homme et le met en contact avec l'Esprit divin. 

           Ce dernier aspect de la musique est peu connu. C'est le jardin secret des hommes pour qui la vie est une montée vers la lumière à travers la transformation de l'ego. Il inclut les autres aspects, mais les purifie et les transcende. Cette forme de musique peut être appelée musique sacrée, terme préférable à celui de musique religieuse, trop restrictif, ou de musique spirituelle, trop manichéen.

            La musique sacrée englobe l'aspect le plus profond de la connaissance au-delà de l'aspect intellectuel, intégrant l'être avec l'objet de sa recherche : la co-naissance (naître avec...). Elle a pour finalité de faire renaître, et on peut dire que, comme la conversion, elle englobe plusieurs niveaux de co-naissance :

. Elle est d'abord moyen d'éveil à l'invisible à travers le visible, à l'inaudible à travers les sons. C'est la découverte du numineux.

. Elle est aussi expression de la Parole de Dieu, lieu où le mot et le son s'unifient et touche la profondeur de l’être ;

. Elle est enfin pour celui qui a expérimenté ces deux premières étapes, un chemin de purification et d'ascèse. Dans le chant sacré, l'être oublie le moi, s'unifie à l'Esprit et jubile de joie.

20/11/2020

Le chat qui pêche

Le chat qui pêche n’a plus vingt ans
Son poil lustré est couvert de farine
Il étire mollement ses membres
D’une grimace de dégout et de crainte
Laissant sa queue dans l’eau
Sous la contrainte de la faim

De l’autre côté du miroir, sous la surface
La raie étale son corps de rêve
Et caresse les vagues d’un air tendre
Attendant qu’un jour, lasse
Elle épuise ses dernières forces
À surfer sur le creux des eaux
Et s’enfonce dans l’ombre noire

Le chat, qui regarde en lui
Voit le manteau blanc de la raie
Passer sur son ombre grise
Caresser la queue luisante
Subjugué par la proéminence
Flottant au fil de l‘horizon

Oui, les raies ont aussi une queue
Qui danse à la surface ondulée
L’étincelle se produit
L’air et l’eau se rencontrent
L’étincelle explose
La mort a fait son œuvre

Le rêve s’est évanoui
Ne restent que quelques poils
Couleurs d’argent et d’or
Qui tournent en rond
Jusqu’à l’engloutissement

La faim de la fin n’est plus 

19/11/2020

La mue (2)

je me réveille. Dieu soit loué ! Je l’ai échappé belle !

Mais ce n’est pas tout. Tout au long de la journée, j’ai droit à des rappels de ma condition de futur muant. Est-ce fait exprès, je ne sais pas, mais toujours est-il que cela me rappeler sans cesse l’urgence d’une bonne transformation. Tiens, tout à l’heure, juste après être sorti pour acheter ma baguette de la journée, j’ai été hélé par M Bougrenat, le marchand de chaussures qui me dit d’une voix doucereuse :

– Savez-vous ce qui est arrivé à M Rodogine hier ?

– Non, lui répondis-je.

– Eh ben, il a été transformé en bœuf à tout faire. Depuis, je m’attends à le voir passer chaque jour devant la porte et à devoir le saluer comme si de rien n’était alors qu’il transporte les légumes de tous les gens de la rue.

Vous me direz : « Mais pourquoi parle-t-on de muer plutôt que de dire qu’il y a une véritable métamorphose ? » Tout simplement par pudeur. La grande majorité des gens ne souhaite pas en parler, ni même entendre en parler. Alors plutôt que de dire qu’ils subissent une véritable renaissance, il parle de mue, ce qui n’est le cas que de quelques personnes parmi des milliers. L’exemple précédent vous donne une idée approximative des commentaires des gens. Ils ne font pas cela par bravade, mais plutôt par souci de vérité, fausse évidemment. Et puis l’habitude en est venue, en particulier de la part des plus jeunes. Eux ne risquent rien. Ce n’est que vers l’âge de quarante ans que le risque augmente terriblement d’être appelé. Et on ne peut pas refuser. J’ai connu des gens qui avaient fui  très loin, hors de France. Et bien, la police n’a pas mis huit jours pour les retrouver. Et si vous aviez vu ce qu’ils sont devenus après avoir été pris, vous n’auriez surtout pas tenté de fuir comme ils l’ont fait. L’un d’eux fut transformé en vers des sables, chaud en été, froid en hiver, le nez dans les grains, piétiné par les baigneurs, claqué sur la peau des femmes prenant leur bain de soleil. Un autre se retrouva cheval dans un puits de charbon, aveugle, ne pouvant respirer, devant tirer d’immenses bennes de charbon sur rails, se tordant les pieds entre les traverses et toussant comme un malheureux en raison de la poussière de la houille. Lorsqu’il remonta à la surface, il était méconnaissable et il s’est suicidé en se précipitant dans le puits d’où on venait de l’extraire. Enfin, le troisième se mua en ortie. Une grande tige pleine de poils urticants, des feuilles aux bords agressifs, coupée toutes les deux ou trois semaines et condamnée à repousser sans cesse pour se faire à nouveau couper, voire arracher. Oui, c’est vrai, j’avais oublié de vous le dire. Dans certains cas, on peut être transformé en plantes, généralement vénéneuses. Ce sont certes des cas extrêmes, mais ils existent. Enfin, une fois seulement, un homme fut transformé en pierre. Pourquoi ? Je ne sais pas, mais il avait dû commettre de nombreuses fautes pour en arriver là. On n’a d’ailleurs jamais pu le retrouver dans la carrière où il avait été affecté, si bien qu’il n’a jamais pu avoir une autre mutation programmée. Je vous avertis, lecteurs. N’en arrivez pas à de telles extrémités. Laissez-vous faire, il ne sert à rien de lutter. Mieux vaut coopérer et attendre le jour où une nouvelle mutation aura lieu. Certains ont même fini politiques après quelques années de mutation imposée. Les politiques sont des hommes et des femmes privilégiés. Si dès la fin de leurs études, ils choisissent ce métier, ils ne reçoivent leur attestation qu’à l’âge canonique de soixante-dix ans, et ils peuvent choisir en quoi ils veulent muer. La plupart ne demandent que des changements insignifiants et avantageux, par exemple disposer d’une jambe supplémentaire pour mieux courir après les votes et se reposer dans les meetings. Quelques années plus tard, vous les retrouvez toujours en place, rajeunis, pas ou peu affectés par le fait d’avoir dû muer.

18/11/2020

La mue (1)

J’ai commencé à m’inquiéter le jour où la mairie m’a envoyé une attestation m’indiquant que la saison de la mue était arrivée pour moi. Seule l’administration a le pouvoir de choisir la date de la mue de chaque personne. Elle ne donne jamais le jour exact, mais la saison à laquelle celle-ci doit se produire. Il appartient ensuite à chacun d’être prêt le moment venu. Pourtant, à la réception de cette attestation, je n’en sais pas plus et il est évident que cela m’inquiète. Que va-t-il se passer ? Comment les premiers symptômes apparaissent-ils ?  J’ai toujours été un enfant fragile, quelque peu malingre, craignant le sport, un enfant qui se blesse facilement et met longtemps à s’en remettre. Comment voulez-vous que je ne sois pas inquiet ? Je me souviens de la fois où mes parents m’avaient laissé seul dans la cour de récréation avec les autres garçons. J’avais bien essayé de me cacher derrière le bosquet d’arbres près des toilettes, mais j’avais été repéré par un garçon entreprenant qui avait appelé les autres et tous s’étaient d’abord moqués de moi, m’avaient bousculé et battu. J’ai bien tenté de me protéger des coups de poing, mais ils m’ont alors assailli de coups de pied qui m’ont vraiment fait mal. Dès lors mes parents m’emmenaient chaque jour jusqu’à la maîtresse qui me rendait à eux le soir. Et, prochainement, m’attend une longue épreuve, d’autant plus inquiétante que personne ne sait ce qu’il va advenir au moment de sa mue. C’est très variable. Certains ont une mue très bénigne, il peut leur pousser un bras supplémentaire, un autre nez ou encore une queue. Ce n’est qu’une toute petite mue. D’autres se transforment carrément en un animal quelconque, pas seulement terrestre, mais également sous-marin ou aérien, mais plus rarement souterrain. Ceux-là, je les plains en raison des difficultés à respirer et de l’obscurité permanente dans laquelle ils doivent désormais vivre.

Ce matin, au lieu de me lever dès le réveil, je me laisse aller. À quoi bon faire des efforts si c’est pour finir en ver de terre ou en poisson ? Je m’imagine en toutes sortes d’animaux, mais j’ai beaucoup de mal à suivre les différentes étapes de la mue. Les poils ou les plumes poussent-ils en premier ? Comment vais-je devenir ovipare ou m’engendrer moi-même comme les petites cellules du corps humain ? Ces questions vous paraissent idiotes, mais je vous assure que lorsque le moment approche, elles créent des tensions invraisemblables, à la fois corporelles et psychiques, que vous êtes de plus incapables de dissocier. Alors, je laisse mon esprit vagabonder et le tourne vers des choses plus agréables : les vacances de l’an dernier dans le midi de la France, sur cette petite plage abritée par les pins. Mais aussitôt ma pensée je pense aux poux de plage, aux araignées et je m’imagine poilu et nu, affrontant les pieds énormes des enfants du voisin. Je change de sujet de délibération. Je suis pianiste et je joue dans un orchestre. Le basson crache énergiquement dans son instrument et je me vois petit microbe projeté au loin par l’air compressé, devenu sourd au passage dans les tuyaux. Bref, toujours je me vois plus petit que je ne suis, incapable de faire quoi que ce soit pour mon avenir, subissant sans résistance le broyage de ma vie passée. Qu’en sera-t-il le jour où la mue commencera ? J’ai beau me dire que si je m’en fais cela va encore plus mal se passer, rien n’y fait.  Ah ! Je me rendors… Un étrange animal vient se coller contre moi. Il ne sent pas bon et ses pattes velues commencent à m’enserrer. Je m’écarte, mais il revient près de moi. Que faire ? Au moment où je crois qu’il va m’embrasser ou me manger, je me réveille. Dieu soit loué ! Je l’ai échappé belle !

17/11/2020

Concerto pour piano et orchestre N°21, de Mozart

https://www.youtube.com/watch?v=fNU-XAZjhzA


Voir en 15.00 la reprise, tendre et émouvante

l'envol vers l'inconnu

sans commentaires...

12/11/2020

Anniversaire

Il y a deux jours, c’était mon anniversaire. Une surprise : j’ai perdu ma jeunesse et commencé une nouvelle vie. En un instant, j’étais devenu adulte. Je n’ai plus le droit de lire Tintin, le journal des jeunes de 7 à 77 ans.

Dorénavant ne me sont autorisés que les lourds livres sérieux. Ah, j’ai quand même gagné quelque chose, j’ai maintenant le droit de jeter un œil sur les bandes dessinées olé olé. Adieu jeunesse, adieu les grasses matinées au lit en lisant le sceptre d’Ottokar ou Tintin en Amérique et en mangeant un sandwich au pâté. Je n’ose plus chanter l’opéra d’une voix cassée ni même jouer aux billes avec un petit voisin qui me regarde d’un œil nouveau.

Adulte, je m’habille sérieusement, je téléphone d’une voix assurée, je vais chercher le pain tout seul, je ne penche plus au-dessus du pont pour me regarder dans l’eau trois mètres plus bas, je ne mange plus un paquet de bonbons le soir en lisant Nietzsche.

Dieu, quel ennui cette nouvelle vie. Rendez-moi ma jeunesse !

Oui, j'ai encore le droit d'écrire n'importe quoi !

 

11/11/2020

Sincérité

Pouvoir et savoir toujours être sincère. Être de plus sincère non seulement avec les sentiments, mais également par la raison. Se référer plutôt à ce que l’on sait qu’à ce que l’on croit. Il n’est pas donné à tous de savoir par l’amour. Si nous savions tout aimer, nous n’aurions pas besoin de la connaissance pour savoir.

10/11/2020

Anniversaire

Elle a muri toute l’année cette date
Elle s’est gonflée d’importance et de vanité
Elle se tenait derrière lui, solennellement
Jusqu’à se déclarer au jour fatidique

C’est fait… ou donc se trouve son double chéri
Il n’entend plus que le cri de la descente
Et voit les visages horrifiés et distendus
Un pas de plus vers le destin sans rien pouvoir

Adieu fidèle compagnon, encore un
Qui troublera les nuits en attendant le jour

 

09/11/2020

Solitude

 

Le silence de la nuit
Tombe-t-il auprès des sourds ?

L’obscurité des tombeaux
Frappe-t-il ton corps tremblant ?

Le froid te glace
Tes pieds nus s’envolent-ils ?

Où donc se trouve l’espérance ?

 

08/11/2020

Nombres (6)


Mais on n’en resta pas là dans la duperie
On inventa l’analogique et le numérique
L’analogique reproduit les variations au plus près
Et reste le plus fidèle à l’état du sujet
Le numérique transforme le signal
En une suite de zéro et de un, soit deux amplitudes
Au lieu d’une multitude dans l’analogique
Le premier représente la danseuse idéalisée
L’image dans la tête du sculpteur
Le second n’est que l’essence du mouvement
Succession de sauts entre ciel et terre

Bon, on arrête ! Il n’y a ni moutons ni bergères
Il n’y a que des êtres diaphanes
Errant dans les mondes des nombres
Auquel s’ajoutent maintenant des lettres
Qui représentent des nombres
C’est l’invasion ! Sauve qui peut
Les migrants sont là, ils avancent
Les mots étouffent et la poésie s’effondre
Le numérique nous étrangle
Mayday… Mayday… Mayday…

07/11/2020

Nombres (5)

D’autres jeux de cache-cache existent et existeront
C’est ainsi qu’on inventa les pourcentages
Cela permit de renforcer les impressions
Et de mesurer les différences entre les produits
Quel pourcentage entre les nombres de bergères et de moutons ?
Quel pourcentage de taille entre la puce et l’éléphant ?
Ce comptage devint un changement d’horizon
Des plaines on passait aux montagnes
Les différences s’accentuèrent selon les administrés
Et l’on visait bien sûr les plus hauts ou les plus bas
Les moutons regardaient au plus terre à terre
Les jeunes bergères levaient les yeux aux cieux
Les uns restaient périssables pour le bien de l’homme
Les autres exaltaient le bonheur d’être humain

Puis, de bataille on passa à la guerre
Elle dure toujours. Le pourcentage en devint le nerf
On spécula sur la différence entre deux pourcentages
Non sur la réalité de l’évolution des sujets ou objets réels
Cela renforça le pouvoir des politiques
Commodément, ils avaient découvert la tromperie :
Passer de cinq pour cent à dix pour cent
N’est qu’une augmentation de 5 points de pourcentage
C’est une façon très utile pour ne pas dévoiler
Le doublement des impôts et des taxes

06/11/2020

Nombres (4)

Enfin on appela, parce qu’il faut bien les nommer
Les ensembles précédents des nombres réels
Soit le total de ces nombres, avec ou sans virgule
Positifs ou négatifs, qu’ils soient rationnels ou non
Le nombre réel est un nombre représenté
Par une partie entière et une liste finie ou infinie de décimales
Les moutons en gains ou en pertes
Les bergères qu’elles soient vierges ou déjà femmes
Même morts et coupés en morceaux
Font partie de cette foule infinie des nombres

Aurait-on fini cette énumération des types de nombres
Qui sont bien réels et manipulables ?
Au fond, y a-t-il des nombres non réels
Des nombres à part entière qui tirent leur existence
De la pensée sans réalité palpable ?
Eh bien oui ! Ce sont les nombres imaginaires
Et, encore, les nombres complexes
Une famille qui s’agrandit presque chaque jour
Les moutons créent des agneaux
Et les bergères deviennent mères de famille
Les prénoms y sont bizarres :
Quaternions, octavions, sédénions
Et même cyclotomiques
Mais là, ne m’en demandez pas trop
Mon imagination ne va pas jusque là
Car la complexité devient virtuelle

05/11/2020

Nombres (3)

Pythagore, un petit malin, découvrit les nombres irrationnels
On ne peut les écrire sous forme d’une fraction :
La diagonale d’un carré n’est pas exprimable
En un nombre rationnel qu’il soit entier ou fractionnaire
Tel est le nombre Pi, illimité en décimales
Serait-ce un nombre fini qui s’exprime en infini ?
Archimède en montra la transcendance
C’est un nombre non algébrique et non constructible
Pi serait-il un nombre univers, c’est-à-dire un nombre réel
Contenant n'importe quelle succession de chiffres de longueur finie ?
Si la bibliothèque de Jorge Luis Borges était de chiffres
Il en remplirait sans aucun doute la totalité, et même plus

Mais heureusement on s’aperçut qu’il n’était pas seul
On aurait pu penser que la transcendance est Une
(Au même titre que Dieu en tant qu’indénombrable)
Eh bien non ! Le nombre d’Euler, découvert bien plus tard
Est noté e, nombre dont le logarithme est l’unité
Il est irrationnel et transcendant
Et c’est un nombre réel et normal
Avouons que là moutons et bergères
Sont singulièrement coupés de la réalité
Jusqu’au moindre poil ou cheveux
Dommage, on aime bien les nombres de tous les jours !

 

03/11/2020

Nombres (2)

Mais un jour la tartine tomba à l’envers
Dévoilant les cuisses de dame numéro
Alors on compara les nombres entre eux
Certains en sortirent gonflés d’orgueil
D’autres se tournèrent vers la pauvreté
Et descendirent aux enfers
De plus, il arrive qu’il y ait des pertes
Les moutons se font manger par les loups
Les bergères perdent leur virginité
Alors, d’un coup de doigt, on conçut le moins
Les nombres pouvaient devenir négatifs
On comptait à l’envers et ce fut l’enfer
Il y eut ainsi les nombres entiers négatifs
On les plaça aux côtés des nombres positifs
Créant ainsi les nombres entiers relatifs

Mais on prit conscience, en toute innocence
Que si l’on multiplie deux nombres entiers
On obtient en toute logique un autre nombre entier
Alors que si on le divise peut surgir une fraction
Le nombre ainsi trouvé devient fractionnaire
Pourquoi l’appelle-t-on couramment nombre rationnel
Alors qu’il peut être totalement irrationnel :
La moitié de cinq bergères ne peut être deux et demie
Il faudra en ajouter ou en retrancher une
Si belle ou si riche soit-elle, dans l’une ou l’autre union

02/11/2020

Nombres (1)

L'homme, dans sa maison, n'habite pas l'escalier, mais il s'en sert pour monter et pénétrer partout ; ainsi l'esprit humain ne séjourne pas dans les nombres, mais il arrive par eux à la science et à tous les arts.

Comte de Rivarol

 

De nos jours, tout se fait avec des nombres
Le mot n’est rien, il est fait de lettres
Et les lettres ne sont que des sons
Certes, les chiffres sont parfois écrits en lettres
Et ne constituent qu’un élément d’écriture
Mais le chiffre est aussi un signe
Qui sert à l’écriture d’un nombre
Une lettre n’a pas de sens en soi
Tandis que le nombre engage qui l’utilise
Et peut le précipiter dans le tout ou le rien
Le chiffre a un poids que la lettre n’a pas

Auparavant la famille des nombres était simple
De zéro à neuf, puis mélange cousins cousines
On comptait les moutons avant de dormir
Et les jeunes bergères croisées dans la journée
Il suffisait de savoir compter pour vivre bien
La famille des nombres entiers naturels
Ce sont les nombres de tous les jours qui servent à compter.
Ils pèsent plus ou moins lourd et sont toujours positifs

01/11/2020

Avant le Big-bang

Un point crée l’univers
Puissance de la volonté divine
Il souffla sur la poussière
Et celle-ci devint créatrice à son tour
Engendrant la beauté et la vérité
Mais toujours caché
Au regard des hommes
Le souffle divin sur la braise cosmique
Crée l’infini
J’étouffe…

31/10/2020

Le confinement

 

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30/10/2020

Le slogan idéologique

"Le slogan idéologique doit devenir un réflexe". Tel est le but actuel de la subversion.

Car comment se défendre du slogan ? La pensée se fractionne en une somme de vérités assenées.  Elle ne sait plus suivre un raisonnement logique.

29/10/2020

Ecrire un livre

Il y a trois manières d’écrire un livre. Ces manières n’appartiennent pas à l’auteur, car il peut utiliser les trois selon les manuscrits à écrire et les circonstances.

La première est abrupte. C’est celle des fous, des instinctifs ou des génies. Après une maturation plus ou moins longue dans la tête, une consultation plus ou moins importante auprès d’amis ou de connaisseurs, l’auteur ou celui qui le deviendra se met à écrire. Il couvre de nombreuses pages, en proie à une fièvre sans équivalent. Certains vont jusqu’au bout, mais la plupart calent avant le dénouement. Le manuscrit reste enfermé dans un tiroir. Il est parfois sorti, admiré, montré même à certains, mais généralement remis à sa place, sans grandes modifications. Il peut cependant arriver qu’il soit repris, remanié et parfois publié. Il fait alors le plus souvent long feu, comme un pétard mouillé. Il peut cependant devenir un succès et faire naître un écrivain à sa vocation tardive.

La seconde est celle des universitaires et des thésards. Habitués à la consultation de nombreux documents et parfois aux voyages préparatoires, ceux-ci rassemblent, notent, trient, cherchent encore, remanient, s’épuisent en canevas, schémas, maquettes, plans, jusqu’au jour où, pris d’une inspiration subite, ils commencent l’écriture, la modifient, rajoutent des éléments, rayent une partie de leur travail, en parlent avec des interlocuteurs avisés, puis présentent leur manuscrit aux éditeurs. Certains sont recalés, d’autres franchissent la barrière. Le livre est publié, il intéresse les experts d’un domaine, les amateurs occasionnels, puis est placé dans quelques bibliothèques, enfin mis au « désherbage » et meurt de sa belle mort.

La troisième est courante et finalement productive. Après un premier plan sommaire, le livre est écrit une première fois, remanié plusieurs fois, corrigé par plusieurs personnes, jusqu’au jour où il est présenté à un éditeur en tremblant, pour être accepté, avec réticence ou, parfois, émerveillement. L’écrivain est né, il reprendra son labeur une seconde fois, puis, généralement, tous les ans, assuré de participer au Salon du livre et à d’autres manifestations épistolaires.

Malgré ce constat peu encourageant, beaucoup se bousculent au portillon et s’honorent d’un livre publié. Mais au fond, qu’est-ce qui pousse ces auteurs, en herbe ou déjà prolifiques, à écrire ? Nous en reparlerons prochainement.

27/10/2020

L'autre

L’autre est un être à part. Le vois-tu sans le voir ? Alors tu ne vois pas non plus l’univers, ni même le monde spirituel, pire, ni même le néant.

Tu n’es toi-même qu’un néant face à l’existence.

Ouvre tes yeux, ouvre ton cœur et habite ton être ! L’autre vaut plus que toi-même.

 

26/10/2020

Beauté

La beauté se lève chaque jour
Derrière un rideau de feuillages
Dans sa pureté originelle
Souriante et amène
Comme un papillon de nuit
Elle ouvre ses yeux de biche
Regarde son vis-à-vis
Louche sans complaisance
Vers l’être qui la regarde
Et rit de voir son air égaré

Admire mon corps nu
Caresse son grain de rêve
Mais ne touche pas
Seul mon bien-aimé
Pourra un jour poser sa main
Sur le creux de mes hanches
Pourra le lendemain
Baiser ce cou si tendre
Puis une semaine plus tard
Se repaître de ses formes
Et s’enfermer en elle

Alors viendra le temps
Des amours d’antan
Où il sera moi
Et je serai lui

©  Loup Francart