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09/01/2017

Harmonie

 

Chercher l’harmonie du monde à travers les dissonances que nous percevons.
Nous sommes sensibles à certaines harmonies. D’autres nous échappent.
Sans doute manquons-nous d’ouverture des sens,
ou peut-être nous fermons-nous à nos perceptions.

Ne pas refuser ce que le monde nous offre.

 

08/01/2017

Palimpseste, de Siméon ten Holt

https://www.youtube.com/watch?v=OSX-TK_8Y90


Décédé en 2012 à l'âge de 89 ans, Simeon ten Holt est un compositeur néerlandais très connu dans son pays. Lié au mouvement De Stijl, il a étudié pendant cinq années à Paris sous la direction d’Arthur Honegger et Darius Milhaud. Un moment tenté par l'atonalité, le sérialisme, il élabore un procédé qu'il appelle "dialogisme", Le dialogisme désigne l'art du dialogue, de la conversation, l'art de savoir mener une discussion. Selon Mikhail Bakhtine, qui a mis en place les bases du dialogisme, il s'agirait d'une interaction entre le discours du narrateur principal et ceux émis par les autres personnages. Le dialogisme compris par Simeon ten Holt se caractérise par l’utilisation des tritons (quarte augmentée ou quinte diminuée, soit un intervalle de trois tons).

« Souvent rattaché au courant minimaliste pour son écriture fondée sur des structures rythmiques répétitives, il conçoit des œuvres mouvantes, dont la durée n'est pas fixée, chaque interprétation permettant aux instrumentistes d'opérer des choix propres. De fait, chaque pièce devient une forme organique en perpétuelle évolution, travaillée par des boucles serrées variées. Je le comparerais volontiers à un Morton Feldman en raison de leur goût pour les longues tapisseries sonores. Mais autant l'américain crée un climat de quiétude par la juxtaposition de rares raréfiées, surtout à la fin de sa vie, autant le néerlandais (en tout cas ici) virevolte, caracole, donne à sa musique un caractère virtuose lié à une rythmique volontiers endiablée, infatigable...Deux compositeurs aux extrêmes de la constellation minimaliste, dans des marges très personnelles. » (http://inactuelles.over-blog.com/simeon-ten-holt-solo-pia...)

Musique répétitive, mais tellement endiablée...

07/01/2017

Labyrinthe, d’Henri Michaux

Les choses sont une façade, une croûte, Dieu seul est. Mais dans les livres il y a quelque chose de divin.

Henri Michaux, Lointain intérieur (1938)

 

« Labyrinthe, la vie, labyrinthe, la mort »
L’éclair zèbre la pensée qui dérive, altière
Dans la vague insatiable du souvenir
Labyrinthe sans fin, dit le maître de Ho

12-07-01 Fausse perspective2.jpg

Seul l’infini n’a pas de fin
Mais on ne peut le toucher
Ni même l’entrapercevoir
On l’éprouve dans l’obscurité du soi

Alors chaque jour fouiller au fond du moi
Pour retrouver sa fragrance
Et se retourner de bonheur
Car le divin est partout et nulle part

Mais il faut quitter ce moi
Pour adhérer à l’autre,
Ce soi qui déambule dans le puits
Et obscurcit la sortie du labyrinthe

Alors naît l’envol de la joie
Dans la chute du personnage
L’espace et le temps s’enrayent
Il débouche enfin à l’air libre

Et pourtant écrit Henri Michaux :
Rien ne débouche nulle part,
Les siècles aussi vivent sous terre
Dit le maître de Ho

Oui, dans les livres il y a quelque chose de divin…

 ©  Loup Francart

06/01/2017

Anesthésie

Parfois me prend une tentation folle
Un trou noir et l’évanouissement de l’être
Plus rien qu’un vide immense
Comme un ballon qui se crève
Mon corps et mes pensées se rétractent
Il n’y a pas d’oppression
Tout juste un pincement
L’avertissement d’un autre monde
Encore inaccessible, tentant
Comme un fil d’araignée
Suspendu à la branche de l’avenir
Concentration des cellules projetées
Et passage dans le trou de l’aiguille
Où cela mène-t-il ?
Cet instant dérisoire et doucereux
Est une cicatrice que l'on aime gratter
Une seconde de bonheur suspendue
A des minutes d’angoisse
Et la paix au bout du tunnel
Derrière je pressens la lumière
La respiration translucide
L’évasion attendue de la pesanteur
L’entrée dans le liquide amniotique
Qui anesthésie le toucher de la vie
Approche, approche, me dit-on
Mais ne franchis pas la ligne
Car tu ne reviendras plus !

 

©  Loup Francart

05/01/2017

Le marais

Derrière le bâtiment du moulin, il y avait un espace mystérieux que l'on appelait le marais. Empli de joncs et de petits arbustes rabougris, il laissait se couler dans ses flancs l'eau qui débordait de la rivière principale et formait des canaux insidieux. C'était l'Amazonie ou Venise selon l'imagination du moment. Il fallait s'équiper pour s'y rendre, c'est-à-dire revêtir un pantalon, car les culottes courtes ne protégeaient pas des petites coupures qui s'infectent ensuite à force de séjourner dans l'eau.

A la fin d'une des vacances d'été, leur mère ramena de chez leurs grands parents un canoë, vaste embarcation à fond plat, très instable, qui prenait plaisir à se renverser au milieu de la rivière, en hiver plus particulièrement. Jérôme se souvient encore d’une messe de minuit pendant les vacances de Noël où il ne portait qu’une culotte courte, ses deux pantalons étant trempés par des explorations brutales du fond de la rivière en crue, dans une Amazonie inhospitalière. Ils partaient à deux sur cette périssoire, l’un tenant son arme vers l’avant, prêt à frapper quelque ennemi qui se présenterait, l’autre pagayant sans bruit, faisant glisser l’embarcation entre les branches d’arbres, remontant ainsi le canal clôturant l’île, étroite de deux mètres maximum et encombré de racines de saules, d’aulnes ou de frênes qui s’enchevêtraient pour ne laisser qu’un étroit passage au canot. Il suffisait d’une mauvaise manœuvre de l’embarcation pour que celle-ci, déséquilibrée, laisse tomber leurs voyageurs dans une eau boueuse et froide.

De façon à pouvoir jouer à leurs jeux dans lesquels il y a toujours un personnage ou un groupe contre un autre, ils avaient découvert une grande planche de quatre mètres de long sur trente centimètres de large, qui, grâce à son épaisseur  tenait sur l’eau. Un enfant tenait debout au milieu et pouvait ainsi naviguer plus ou moins à son gré. Mais quelle instabilité ! Au moindre faux mouvement, c’était la chute assurée et redoutée. Mais cette embarcation improvisée, extraordinaire de délicatesse d’utilisation, permettait de conduire de véritables batailles navales en aval du moulin, là où les flots se font plus calmes et la profondeur moindre. Ceux qui tombaient ne se mouillaient que jusqu’à la taille, donc de manière insignifiante, sauf s’ils devaient empêcher la pirogue (c’était un terme plus authentique que planche) de partir avec le courant vers l’entrée dans les marais. Alors, ils devaient courir dans l’eau pour la rattraper et remonter dessus. Il arrivait malgré tout qu’ils passaient des après-midi entiers sans avoir besoin de se changer. Miracle du sens de l’équilibre ou miracle du jeu qui, malgré un bain forcé, continuait comme si de rien n’était. Ils s’amusèrent des années avec ces deux engins jusqu’au jour où une crue plus importante les emporta. Leurs recherches restèrent vaines. Ils partirent avec leurs jeunes années, au moment de l’adolescence où les préoccupations prennent des orientations différentes. Mais Jérôme, en fermant les yeux, conserve dans sa mémoire trouée, l’odeur de marais qui imprégnait leurs vêtements en fin de journée, le bruit sourd de la pagaie contre la coque de bois du canoë, les gouttes de rosée qui coulaient dans son cou au passage d’un arbre dont il fallait soulever les branches pour poursuivre leur chemin, les battements de son cœur à l’approche de l’ennemi qui lui-même les cherchait dans leur canot pour une bataille finale et définitive. Quelle journée de cris, de fureur, de courage et d’amertume lorsqu’ils étaient perdants. Le soir, le repas se faisait en silence et aussitôt ils allaient se coucher pour s’endormir en s’imaginant toujours pirates, explorateurs ou guerriers. Une des belles images que Jérôme garde dans sa mémoire défaillante est celle d’un nid de poules d’eau déniché près d’une racine, dans lequel reposait quatre petits œufs dorés, à ne toucher sous aucun prétexte. C’était l’écologie de l’époque, qui valait bien celle de maintenant : respecter la nature et non la restaurer, comme le disent les écologistes des villes qui la détruisent pour la reconstruire à leur vision.

04/01/2017

Ne pas vivre de certitudes

 

Il est à la fois plus simple et plus difficile de vivre de certitudes.
Plus simple parce que cela soutient devant le vide.
Plus difficile parce qu’il faut perpétuellement les rebâtir.
La seule certitude est l’amour.
La connaissance n’apporte pas de certitudes, elle aide à ne pas en avoir.
Comme il est difficile de n’être sûr de rien, sauf de l’amour.
Garder l’espérance devant toutes les incertitudes.

 

03/01/2017

La course de chevaux

J’avais quatre ou cinq ans, l’âge de la curiosité. Je ne sais pour quelle raison, je couchais dans la salle à manger, l’appartement ne disposant pas de suffisamment de chambres pour loger tous les enfants. Non, ce n’était pas ainsi. Les quatre enfants dormaient dans cette pièce, dans de petits lits à barreaux et nous nous chauffions en hiver autour du poêle en faïence verte dans lequel les bûches pétillaient.

Cette antiquité nous échauffait l'imagination et se transformait en voiture lorsque nous mettions quatre chaises devant, alignées par deux. L’ainée était le conducteur, ouvrant sa porte avec sérieux, faisant monter notre jeune sœur qui tenait le rôle d’une femme bien éduquée et sévère avec ses enfants. Nous étions deux enfants, assis derrière et nous chamaillant. Alors elle se retournait et faisait mine de nous donner une paire de claques, nous avertissant qu’ils allaient nous laisser sur le bord de la route. Alors nous nous tenions tranquilles deux minutes avant de reprendre nos agacements jusqu’à ce que l’un de nous pleure réellement. Pendant ce temps, notre père (en réalité l’ainé des enfants) partait en voyage en faisant exploser dans sa bouche fermée milles bruits de moteur et cent coups de frein, pris dans un embouteillage, râlant de ne pouvoir avancer à la vitesse maximum de la voiture. Notre jeune sœur nous reprochait d’avoir oublié notre valise, il fallait revenir à la maison, monter l’escalier, prendre la valise en carton, redescendre quatre à quatre et plonger le tout dans le coffre imaginaire situé derrière les deux chaises que nous occupions. Ce simulacre de la vie quotidienne pouvait durer des heures, jusqu’à ce que notre mère, la vraie, crie : « A table ! » Aussitôt les quatre enfants se précipitaient et s’asseyaient autour de la table, impatients d’avoir quelque chose à se mettre sous la dent.

Le soir notre mère nous couchait dans nos petits lits et nous permettait de lire quelques instants avant d’éteindre. Nous adorions ce moment de calme dans lequel nous laissions aller notre imagination. Elle venait alors fermer la lumière, laissant allumée la lampe dans le couloir qui nous permettait encore apercevoir les formes et objets insolites de notre chambre. La lueur éclairait particulièrement le plafond et la rosace d’où partait le lustre. C’était une belle rosace arrondie qui se terminait  par des feuilles ou des branches qui avaient la forme d’un cheval, donnant l’impression d’un manège tournant autour de l’axe du lustre. Avant de m’endormir, je jouais à la course de chevaux (c’était prémonitoire !) ou au manège selon les jours. Les chevaux se courraient après, galopant à qui mieux mieux. J’entendais le bruit de leurs sabots sue le sol, sentais l’odeur de leur transpiration, les frappant d’une cravache pour qu’ils finissent épuisés, mais heureux d’être vainqueurs dans cet hippodrome merveilleux. La nuit, je rêvais alors de courses de chevaux, courbé sur l’épaule d’un pur-sang, franchissant le premier la ligne d’arrivée. Ce furent mes premiers contacts avec l’équitation, purement imaginaires.

02/01/2017

Voyager, pour le poète

 

Voyager, c’est sortir de l’habitude :
Recherche du dépouillement par le déplacement.
Le poète sait voyager sans bouger.
Il est maître de l’espace.

 

©  Loup Francart

 

01/01/2017

Premier de l'an

Premier de l’an, mais lequel ?
Il en a tellement vécu qu’il ne sait plus
Pourquoi marquer d’un trait au calendrier
Ce jour délicat d’hiver blanchi
Contente-toi de frôler le verre
Pour percevoir le froid qui vient
Et qui dépasse ce que tu connais
Il te prend aux tripes par son brio
Et la blancheur du gel sur les branches
Te délaisse de tes espoirs insensés
Pause… retour aux quatre coins
Lequel de vous deux est pris
La main dans le sac à puces
Et l’oreille collée à la porte verte
De l’espoir d’un jour nouveau
Et d’une nuit fidèle à l’orage
Qui gronde au loin, près du buisson
Des cloches de verre, rompant
La série de flatulences inédites
Quel jour de nouveau jour
D’une nouvelle année, encore ?
Demain tu seras un homme neuf
Fraîchement éclos de cette année
L’œil vif, le poil lustré, le verbe haut
Pourquoi ?
Rien ne saurait te donner
Ce qui est en toi
Fouille ! Fouille encore !
Et naît de cet espoir insensé
Celui d’être à tout jamais celui que tu es
Chéris-le, il ne durera pas
Alors presse-le contre ton cœur
Et dis-lui ton amour de la vie
En ce jour nouveau d’une nouvelle année

 

©  Loup Francart

31/12/2016

Se voir

Écrire pour se voir et non pour se montrer,
c’est le début de mon crédo en poésie.
(Luc Bérimont, poète)

 

Jaillissant du cœur, la poésie tombe en pluie
Et lessive la mémoire de ses odeurs de suie
Elle envahie l’homme jusqu’à le faire femme
Et l’emmener au plus profond de l’âme
Alors, dressé sur la pointe des pieds
Il reconnaît sa déshérence et cherche un équipier  
Il trouve son regard dans le miroir
Et se dit qu’il est digne d’un tel homme
Il ouvre son cœur au plus offrant
Et rien ne l’empêche de devenir celui
Qui se presse et se hâte auprès de lui-même
Pour se contempler, hilare, en face à face
Et sourire dans l’adversité du destin

 

©  Loup Francart

 

30/12/2016

Situation poétique

Vivre avec un poète n’est pas une chose aisée,
Car on sait que toute situation est observée.
Qu’elle soit ordinaire, drôle ou insolite,
Elle est bonne à devenir objet de poésie.
Cela germe dans la tête du poète subitement
Et la litanie des vers sans fin se dévide.
D’où sortent-ils ? Nul ne le sait.
Ils montent dans la gorge en foule,
Se heurtent au portail de la parole,
Se transforment en écriture arrondie
Jusqu’à n’être plus qu’un peu d’encre sur le papier
Qui danse sous les yeux des non avertis.
Il s’isole donc pour écrire ses vers
Qui grouillent dans sa tête jusqu’à la sortie.
Il est délivré, heureux, et peut enfin se détendre.

©  Loup Francart

29/12/2016

Mémorandum

Étonnant que je puisse oublier (...) le principe à partir duquel seulement l'on peut écrire des œuvres intéressantes, et les écrire bien. [...]

Il faut d’abord se décider en faveur de son esprit et de son propre goût. Il faut ensuite prendre le temps, et le courage, d’exprimer toute sa pensée à propos du sujet choisi (et non pas seulement retenir les expressions qui vous semblent brillantes ou caractéristiques). Il faut enfin tout dire simplement, en se fixant pour but non les charmes, mais la conviction. »

Francis Ponge, Le parti pris des choses, suivi de proèmes, NRF Gallimard, collection Poésie, p. 109

 

Ponge invente le « proème » (Proêmes, 1948), mot forgé par contamination de PRO(se) et de (po)ÈME, mais qui reprend en réalité à la poésie grecque le terme de prooimon (« ce qui vient avant le chant » : oimè), qui désigne le prélude des joueurs de lyre (Dictionnaire mondial des littératures, entrée : “Francis Ponge”, Larousse). De manière plus simple, on peut dire qu’un proème est la partie introductive d'une œuvre, d'un poème, d'une prière ou d'un discours.

Ce mémorandum, c’est ainsi que l’appelle Francis Ponge, est justement l’introduction de son recueil Proèmes, c’est-à-dire ce qui ne doit pas être oublié avant de lire le reste. C’est bien en cela que l’auteur avance « le principe à partir duquel seulement l’on peut écrire des œuvres intéressantes et les écrire bien ». Il exprime sa conception de l’écriture qui est avant tout la conviction et non la recherche du style. Ce que les éditeurs appellent style est une manière d’écrire dans la mode du moment. Ils pensent que si vous n’avez pas de style, c’est que vos écrits ne valent rien. Ce fut et c’est vrai pour de nombreux auteurs, tels, par exemple, Proust, refusé aux éditions Gallimard par André Gide et Jean Schlumberger en 1912. Il faut attendre l’évolution progressive de la pensée de l’élite pour que le nouveau style instauré par l’auteur devienne Le Style.

Francis Ponge nous livre ici le fond de sa pensée : peu importe le style, c’est-à-dire la brillance ou les caractéristiques de l’écriture, seule compte la conviction de l’écrit et donc de l’auteur. Cette conviction s’acquiert d’abord par le choix, libre de toute mode et de toute influence, de ce que l’on veut écrire. On ne peut bien écrire que sur un sujet qui passionne et sur lequel on a réfléchi longuement. Ce n’est pas le sujet du jour, c’est vrai, mais peu importe, c’est un sujet qui vous intéresse, sur lequel vous vous êtes penché et que vous avez approfondi en vous questionnant en vous-même sans chercher à dire ce qu’en pensent les autres ou, peut-être même, en dépassant la pensée des autres. Dans Proèmes, Francis Ponge nous livre sa pensée avec sa conviction : « comment écrire pour exprimer quelque chose, c’est-à-dire soi-même, sa propre volonté de vivre par exemple, de vivre tout entier, avec les sentiments nobles et purs qui existent en vous » (Ibid p. 191). L’écriture est donc un engagement hors des conventions pour que l’auteur en exprimant sa vérité intérieure puisse trouver sa liberté et son épanouissement (même si elles sont difficiles à faire éclore).

Ponge ajoute qu’il faut « tout dire simplement, en se fixant pour but non les charmes, mais la conviction ». Dire simplement, tel est le mot d’ordre, et non chercher à briller ou être dans le goût du jour. Simplement ne veut pas dire, je le suppose, de manière simple, comme tout un chacun. Mais avec ses propres mots, sa propre manière de voir, et non déguiser sa pensée dans le moule des pensées du moment. C’est sans doute ce qu’il y a de plus difficile à faire : garder sa ligne de conduite, c’est-à-dire sa propre façon de voir plutôt que de la diluer dans le verbiage des autres.  Beaucoup objecteront, avec juste raison, que nombreux sont les auteurs qui ne réussissent pas parce qu’ils ne sont pas capables de produire un style agréable qui sied au lecteur du moment. C’est vrai. Mais le plus souvent, c’est plutôt par manque de réflexion et d’approfondissement que se produit ce dysfonctionnement entre l’auteur et le lecteur. L’auteur ne va pas au fond des choses. Le lecteur non plus. C’est l’échec. Le succès peut d’ailleurs ne venir que tard, même après la mort de l’auteur. On découvre ainsi des manuscrits qui se révèlent bons parce que le temps est passé sur les modes du moment.

Mais rassurons-nous, n’en est-il pas de même pour toute idée nouvelle, d’abord rejetée par sa nouveauté, puis adopter par quelques-uns, puis par tous, en oubliant d’ailleurs qui l’avait exprimé le premier ?

28/12/2016

Maxime

Seuls les sages et les innocents peuvent imaginer le monde sans eux. La plupart des humains ne voient le monde qu’à travers la distance de leur regard d’abord, puis de leur vision. C’est pourquoi l’objectivité est une qualité inusitée.

27/12/2016

Clone

Semblable à lui-même et pourtant différent, c'est bien le même dessin que celui du 22 décembre, vu sous un autre angle et sous d'autres couleurs, enrobé de nués.

1-16-12-27 Noël.jpg

26/12/2016

Bamboo dream, d'Arvo Part

https://www.youtube.com/watch?v=_6JzOjJAWhw


 

Une chorégraphie sur une musique minimaliste : des êtres irréels dansant sur une surface d’eau striée de bambous. Sont-ils vrais ? Ils errent dans un monde sans fin, semblant chercher ils ne savent quoi dans une certaine sérénité. Et la musique vous obsède. On passe du masculin au féminin, avec souplesse, dans une danse virevoltante (en 14 :30), puis au couple, jusqu’au groupe.

C’est envoûtant, mystérieux, étonnant, choquant parfois. Une beauté qui ne veut pas se donner…

25/12/2016

Noël

L’enfance, ce privilège ignoré
Donné à tous sans qu’ils le sachent
Et vécu différemment selon le cas

Vite oubliée par les soucis de la vie
Elle resurgit plus tard, vivace
Dans un souvenir pur de désir
D’un retour au monde perdu

Il faut s’en extraire, résolument
Pour ne pas tomber immanquablement
Et continuer à voir l’avenir
Pour vivre encore et toujours

Aujourd’hui, Noël nous rappelle
Ces jours heureux que l’on ignore
Lorsqu’on les vit et que l’on revit
Sans vouloir vraiment croire
Qu’ils furent et nous ont formés
Pour que l’on devienne
Ce que nous ne savions pas être

©  Loup Francart

24/12/2016

La barque

Faire un tour en barque, quelle aventure !
Quand on a une dizaine d’années derrière soi
Ce moyen de transport devient un mythe
Et elle est là, attachée par une chaîne au mur
Derrière la porte en fer forgé, flottant
Au gré des vents sous son auvent de pierre
Ah, monter dedans et s’en aller pour oublier
Le poids des ans et l’incertitude de l’avenir
Se laisser glisser sous le vieux pont grisâtre
Et partir au loin, quelques dizaines de mètres
Des mesures de géant pour de si petites jambes
L’envie les démange, leur corps est déjà assis
Sur le petit banc, tendu vers l’exaltation
D’un voyage merveilleux sur l’étendue liquide
Et se contempler dans ce miroir mobile
Sans pouvoir respirer pour ne pas le voiler
D’un souffle d’apaisement et de bonheur
Seules les rames ont ce pouvoir de l’onde
De marquer leur avancée sur la surface
Ils rament sans cadence tout au plaisir
D’agiter leurs bras et de pousser, en extase
Pour sentir sous leur être l’avancée du rêve
Mais la barque a sa volonté, elle va ou vient
Dans un sens, puis dans l’autre, en crabe
Ou comme une grenouille asymétrique
Ils sont passés sous une arche du pont
Criant leur joie qui résonne sur la voûte
Emmenée par le courant, la barque tressaille
S’agite, se rétracte, s’amuse de tant de naïveté
Elle sourit de cette turbulence sereine
Et se laisse porter, indifférente et polie
Sous l’injonction de petites mains sur les rames
Que d’émotion, de cris, d’effroi et de bonheur
Ont été ressenti cette après-midi-là
Dans ce petit bateau vert flottant sur l’eau
Pour exprimer ce qui deviendra un souvenir
Dont ils se rappelleront quelques années plus tard
En regardant le pont du haut de la terre ferme :
« Tu te souviens, la barque… C’est loin… »

©  Loup Francart

23/12/2016

The hours , de Philip Glass

https://www.youtube.com/watch?v=DrXyMywvHF0 


On parle de musique répétitive et c'est une caractéristique de la musique minimaliste, mais ce n'est pas la seule. La musique répétitive se choisit un thème musical qu'elle répète à l'infini en faisant des changements infimes dans les tonalités. On pourrait aussi l'appeler musique de Mobius du nom de l'inventeur du ruban. Cela a un certain charme hypnotique comme l'utilisation d'une seule couleur en peinture ou d'un motif de répétition en deux ou trois dimensions. Si l'on se plonge dedans, on constate qu'il y a une infinité de possibilités de faire varier le thème, beaucoup plus que l'on ne le pense au départ. Alors l'esprit commence à entrapercevoir la notion d'infini ou même d'éternité.

 

 

22/12/2016

Noël froid

Quel glaçon, inerte, transparent, désolé. Il erre dans la tête et bloque la circulation jusqu’au moment où il sort de l’imagination. Il peut se développer à l’infini ou se réduire jusqu’à plus voir. C’est la marque de Noël : du plus petit sortira le plus grand !

 

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21/12/2016

L’espoir, au contraire d’E.M. Cioran

Moments philosophiques :

Dans ce café du Quartier latin, j’observe mon jeune voisin. Le voilà étaler une feuille blanche, plus grande que de coutume ; il serre son stylo comme un poignard. Des minutes et des minutes passent : il prend sa tête entre les mains : on dirait une pièce détachée d’un monument funéraire. Mais bientôt il se redresse, béat de [lui]-même, et laisse glisser sa plume. Et je lis : « La Vie, quel mystère, quel problème insoluble !…» C’est tout. Mais qu’importe ! Il vient d’avoir son moment philosophique…

(E.M. Cioran, Exercices négatifs, en marge du Précis de décomposition, Ed. Gallimard, 2005, Vers les syllogismes de l’amertume, p.124 )

 

La vie est bien un mystère parce qu’elle est un problème insoluble. La philosophie s’arrête à sa porte. Elle ne peut aller plus loin. Cette réflexion va dans le sens de cet autre aphorisme d’une jeune paralytique qui assure à Cioran en réponse à ses discours les plus noirs : « Pourtant la vie est belle » (ibid. p. 122).

C’est le propre du mystère, l’incompréhension. Cioran rit de cette philosophie bon marché. C’est peut-être pour cela qu’il est condamné à errer sans raison dans un univers vide de sens. Et pourtant, que n’a-t-il été encensé pour son pessimisme et son cynisme !

La vie est belle parce qu’elle est incompréhensible, n’en déplaise à tous les philosophes de courte vue. C’est le propre du mystère. Et ce mystère est ce qui nous fait supporter la vie et la rend belle. Accepter l’inconnaissance pour vivre et apprécier la vie. Cela revient à sortir du monde des chiffres pour regarder soit vers le bas, le zéro, soit vers le haut, l’infini. Et dans les deux cas, nous sommes terrassés par cette incompréhension qui nous rend plus forts que la connaissance.