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08/05/2019

La vigilance

« La vigilance est une attention soutenue à veiller, sans défaillance, sur quelqu'un ou quelque chose » (CNRTL).

Quelle belle définition. Mais elle oublie le plus important : veiller sur soi-même. Veille sur ton être tout entier et non sur ce à quoi tu t’attaches. A chaque instant de la vie, je m’attache à ce que je pense, je fais, j’aime, j’évite, etc. Je m’attache à l’instant sans l’inclure dans le tout.

Ce tout c’est le rien ressentit lorsque je ressens ce trou dans la poitrine. Je suis parce que je ne vis plus au sens habituel du monde. Je pèse ce qui n’a plus de poids, cette légèreté qui ouvre mon personnage et lui rend sa liberté. Et cette lumière en moi est ce que j’ai de plus précieux. Je ne sais ce qu’elle est. Mais lorsque je l’approche, j’atteins le fond de l’être et deviens transparent. Et si je prends garde de me maintenir dans cet état d’être, je sens monter en moi une lumière inconnue qui me prend à la gorge et me sort de moi-même.

La vigilance est avant tout un contrat moral passé avec soi-même :

Le royaume est en toi-même.

07/05/2019

Vibration

Jusqu’où laisseras-tu vibrer ton inconstance
Le jaune citron rouille sur la toile étendue
Le pinceau se prélasse à la lueur des étoiles
Tu observes sans contester et chantes
La tiédeur du soir et la fraîcheur des nuits

D’autres fois, tu danses, insolite et mortel
Dans le paysage d’une vie rose et heureuse
Là où seules les pépites de bonheur
Résonnent dans l’air diaphane du matin
Et sautent à la gorge des égarés

Tu descends, tu remontes, tu ne sais
Où va ton cœur de pierre et de plastique
Qui sonne l’hallali et enrage d’être là
Dans la boue verte des rêves indécents
Et les vapeurs rougeoyantes des jours

Ainsi va la vie, indolente, mais intègre
Formées de particules incandescentes
D’ombre et de lumière selon l’heure et le jour
Elle traverse ton destin d’un seul trait
Et conduit au dernier plongeon, finalement sans savoir

©  Loup Francart

06/05/2019

Perfection

Elle repose débordante d’inconscience
Son pull rose fané serre ses pommes débordantes
Ombrant sa poitrine de candeur et d’innocence
Sa tête tombe, ses lèvres s’ouvrent
Les yeux restent clos, ouverts sur le vide
Sa franche rejoint les cils, arrêtée sur les sourcils
Elle dort en toute innocence, fraîche de sommeil
Ses mains reposent l’une sur l’autre à hauteur du nombril
Reste béant le haut du buste finissant dans le pli des seins
Ils sont là offerts aux regards comme deux collines assoiffées
Dévoilant leurs formes douces, pleines, joyeuses et rayonnantes
Que la nature est généreuse sous cette tête qui oscille
Seule la bouche tombe en deux plis égarés
Comme pour dire que rien n’est parfait dans cette nature florissante

©  Loup Francart

05/05/2019

Voyage

Noyés de vert comme dans un tonneau
Puis, plus haut, environnés de bleu azur
Nous partons au long de paisibles cours d’eau
Accompagnés des cris de mouettes qui rassurent

La gare annoncée se révèle vide de sens
Où donc avons-nous pris naissance aujourd’hui ?
Cette nuit le froid soulevait les jupes de sa présence
Maintenant il dévoile l’acidité du sourire qui nous suit

Sors de ton refuge, baigne-toi d’inconnu
Concasse tes souvenirs et broie le blanc des nus
Que la couleur rayonne au chant des possibles

Rien ne pourra empêcher le goût du paradis
D’arrondir les virages et de lancer sur la droite
Les espoirs et les projets de bonheur disponibles

©  Loup Francart

 

 

 

04/05/2019

Visite au bois de la Chaise (Noirmoutier)

Paisible, ça glisse sur la planche…
L’église au beffroi raidi
Le château nu sur la place gelée
Le fil d’argent passant à ses pieds
Et filant vers le large au gré de l’heure
Les passants d’humeur sombre
Mais riant d’un rien, étonnés et peureux
Un soleil éclatant ouvrant les façades
Les feuilles en tortillons ruisselants
Effaçant le défilé permanent des vertus
Et l’élégance d’une inactivité recherchée
La mort aiguë des roitelets prudents
Enferme le drame dans la cellophane
Quand donc viendra le temps des maraudes ?
Plus loin, dans le bois de la Chaise
S’éventrent les maisons repues
Ruisselantes de laisser-aller
Et d’opportunité cachée
Sombre est l’environnement mi-clos
L’œil ouvert et la patte folle
Qui danse l’amour à petit prix
La lente promenade des boxeurs
Aux bras dressés vers un ciel clair
Infamie que cette procession morose
Qui troue l’après-midi de bruits suspects
Et d’aigreur indéfinissable
Marche sur le sable de l’inconstance
Et piétine tes souvenirs moelleux
Que le sable t’engage
A une plus grande prudence
Dont chaque grain te console
De ton inaction définitive
Seuls les arbres pleurent leur passé glorieux
Le vent des tempêtes emportant
Le feuillage vert acier de leur impuissance
Les cabanes bourgeoises courent sur la plage
En minuscules cailloux alignés
Mais où sont donc passés les sous-bois
Qui gonflent ainsi les tertres déboisés
Et font frissonner la peau dénudée

Il rentra le cœur vide, oublieux
Et plongea dans sa lecture sans fin
Des malheurs de l’humanité

©  Loup Francart

03/05/2019

Ordinaire

Il tenta de remonter dans la conscience
Mais comme toujours, il n’alla pas loin
Revenu au point de départ, il prôna
Un extrémisme plus radical
Pourquoi ne pas chercher l’anéantissement des fous
L’abêtissement des faibles ou la crispation des furieux ?
Faisant fi de la raison, écartant les sentiments
Il entra dans un avenir sans consistance
Enrobé de miel, parfumé de myrrhe
Toujours vulnérable et peu avisé
Proche d’une détonation de lumière
Cela arriva comme un cataclysme
Et l’ensevelit de silence décoiffant
Fin du monde ou fin du moi
Il ne sait plus et recherche dorénavant
La suave douceur des blessés de la vie
De ceux qui ne savent où aller et vivre
Hors de l’opium de la médication
Et le renversement des valeurs chéries
Des hommes de bon sens et de mauvais rêves

Depuis, il chaloupe entre les vagues de l’innocence
Comme un enfant perdu mais intègre
Plus rien ne l’agite ou le trouble
Il dort d’un œil et se déplace sans tête
Rien ne l’encourage à faire mieux

Glauque est la vie d’un homme ordinaire

©  Loup Francart

02/05/2019

Maîtriser le monde

Le savoir sur le monde est indispensable aux enfants pour progresser, il faut donc leur imposer un système de pensée pour connaître le monde.

Mais il importe ensuite d'aider les autres à trouver en eux-mêmes une démarche de recherche pour qu'ils avancent personnellement dans la maîtrise du monde tout en sachant qu'ils ne pourront jamais le maîtriser totalement.

01/05/2019

Retour

Un silence de velours… Chut…
Le raclement des pieds sur les souvenirs
Le sourire de la biche aux lèvres moites
Le plafond d’où tombe l’engorgement
La raison est faite de divine inconnue
Qui s’enchevêtrent mollement
Où part donc notre tendresse
Où coulent donc nos espoirs
Devant cette platitude abusive
Qui monte des poitrines ouvertes
Rien ne peut plus évoquer le passé
La course vive dans les flots de la haine
L’hiver enfoui dans la charpente humide
La bienfaisante prétention des marins
Qui se laissent souffler dans les vents
Et d’un "chaloupement" majestueux
Elle plonge son regard sous la tenue
Des sergents de ville bottés et casqués
Que croît-elle, la charmante déchaînée ?
Jamais elle ne pourra retrouver
Celui qu’elle a aimé un soir de vague à l’âme
Et qui lui donna la blancheur de ses yeux
Merci à tous ceux qui furent circonspects
Et craintifs devant la lune pleine
Elle tombe au coin de l’œil humide
Et emplit son humeur glaciale
D’une amertume sans précédant
Pars au loin derrière les monts de vertus
Secoue ta somnolence innocente
Et emplis-toi d’arrogance amère
Tu pourras alors marcher vers ta victoire
Sur le fil du temps et de l’espace
Et avancer au loin dans le pays sans fin
Des rêves dodus et voluptueux
Qui te bercent depuis l’enfance
Et obsède ton esprit curieux

©  Loup Francart

30/04/2019

Maxime

Faire taire en nous le désir pour que grandisse l'amour.

Ne pas faire de l'amour un globe de verre dans lequel la plupart finisse par se déchirer, mais dans l'amour des autres et du monde puiser la force vitale du nôtre.

29/04/2019

Foule

Fin de l’envol, le rideau tombe
Claque tes mains l’une contre l’autre
Sèche tes larmes de crocodile
La salle se lève et crie
Qu’ont-ils tous à hurler
Ce n’est pas d’admiration,
Mais de haine contenue
L’auteur est là
Caché par la loge
Bien lui en a prit
La boue de son cerveau
Imprègne l’air de volutes chargées
Rien ne peut plus convaincre la foule
Elle est morte aux idées
Et ne mesure que la violence
Qui se cache derrière les visages…
Dieu, que ces scènes se répètent

©  Loup Francart

28/04/2019

La connaissance

Co-naissance : naissance d'un lien inaltérable entre deux, c'est-à-dire entre l'objet (ou l'idée) et le moi.

Ainsi, la connaissance ne peut venir que d'une expérience vécue et ressentie et non d'une accumulation de savoir. Il y a un abîme entre le savoir et la connaissance. Celle-ci implique la conscience de soi par rapport au tout.

Connaître, c'est s'éveiller à la réalité universelle. Cela implique la compréhension, ce que le savoir, le plus souvent, n'implique pas (j'entends par compréhension une assimilation de l'objet ou de l'idée par l'être).

27/04/2019

Rappel

Adieu l’île
Dans le port aux eaux dormantes
Sonnent les pas sur le pavé
Rien que ces pas, lancinants
Elle s’étonna de se sentir si proche
D’une terre aussi accueillante
Mais elle n’en distinguait qu’un point
Dans le brouillard mat et épais
Il lui fallait traverser le liquide
Où ses jambes baignaient maintenant
Au fond, pourquoi ne pas continuer ?
Elle releva sa robe à fleurs
Étreignit sa valise verte
Enfonça son chapeau
Et fit un pas vers le large
L’eau était froide, mais sans plus
Elle sentit quelque chose grouiller
Et vit un crabe s’approcher
Alors elle fit un pas de plus
Vers la profondeur sombre
Le liquide l’atteignait aux genoux
Puis au bas des cuisses
Elle frissonna d’une sensation nouvelle
Qui la prit soudainement
Et sourit à la pression montante
Elle se sentait bien
Elle poursuivit sans crainte
Avançant dans la soupe
Écartant les algues qui l’entouraient
Quand l’eau joignit son buste
Elle laissa tomber sa robe
Qui s’évasa autour d’elle
Comme les pétales autour d’une corolle
Elle sentit qu’elle ne pourrait plus
Sortir de ce piège de sensations
En proie au malheur immémorial
Des filles du pays du soleil couchant
Elle ouvrit sa chemise
Avança de deux pas
L’eau enserra ses seins
Qu’elle protégea d’une main
Suffocant de douceur
Et fit un pas de plus
Un cri pourtant l’arrêta
Il venait de la terre
Elle entendit un deuxième cri
Et vit un homme lui faire signe
Il était blond et svelte
N’avait rien d’un voyou
La terre la rappelait
Elle ferma les yeux, soupira
Et quitta l’étendue d’eau
Regrettant seulement
Le tremblement ineffable
Que lui avait causé ce froid intense
Qui la prenait au ventre
Aujourd’hui, elle s’en était sortie…

©  Loup Francart

26/04/2019

A la tâche

Un nouveau tableau en préparation :

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Parallèles4.JPG

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25/04/2019

Scarabée

La rose traverse l’hiver
Laissant flétrir ses pétales
En tortillons affutés
Et pendre sa végétation assoiffée
Le vase reste de marbre
Où l’eau déborde d’envie.

Ma vue ne porte pas plus loin
C’est déjà beaucoup pour un scarabée !

Mais est-ce si vrai ?
Le scarabée poussant sa boule
Se guide sur les étoiles
Comme un capitaine de navire
Quel animal étonnant !

Il renaît chaque matin
Et protège les humains
Il dort près du cœur
Et est le siège de l’esprit

Alors par pitié
Contemplez-le sans courroux
Et admirez ses deux ailes
Qui vous font rêver
Malgré la lourdeur de son vol

©  Loup Francart

24/04/2019

Tel est pris qui croyait prendre

Il va sans savoir où, marche les pas perdus
Il revient en arrière et retrouve ses pieds
Ils sont bien tout crottés, ce qu’il n’avait point vu
Et tirent derrière eux la preuve de l’initié

A-t-il perdu la main et provoqué le pire
Y a-t-il plus malin et plus illégitime ?
L’homme court-il encore ou va-t-il s’accroupir ?
Tous l’entourent, le cernent. Mais est-il victime ?

Alors le policier, ne sachant que faire
Emploie une astuce, sans chercher à déplaire
Il demande l’aide de celui qu’il arrête

Voici l’homme enchaîné trainant un innocent
Le pauvre prisonnier proteste vaillamment
Mais l’autre s’est bel et bien laissé conter fleurette

©  Loup Francart

23/04/2019

Egarement

 

Une nuit, il décida de partir
Pour aller où ? Il ne savait
C’était un voyage dans la tête
Les pieds n’avaient rien à y voir
D’ailleurs il roulait benoîtement
Sans même se poser la question
Du carburant à fournir
Il quitta sans regret une vie désolée
Entra dans ses pensées sans voile
Et zigzagua entre les piliers
De règles et obligations impératives
Il sortit du port de la naïveté
Pris le vent de la liberté
S’enfuit à tire d’ailes
Et fut pris d’une transe
Devenue viscérale
Il s’égailla tant qu’il ne put rentrer
Il erre toujours dans les brouillards
Des pensées oubliées antérieurement
Par des générations de perdants
Et dieu sait s’il y en a !

©  Loup Francart

22/04/2019

Humilité

 

Pratique ton art en toute humilité.
Ne cherche pas les trucs pour impressionner le monde.
Laisse couler de tes doigts la fièvre qui t’habite.
Ignore-toi toi-même
Et tu dévoileras celui qui t’habite au plus profond de toi.

 

21/04/2019

Partita No. 2 & 6, Toccata in C minor, interprétées par David Fray

Encore lui ! Oui, c'est bien différent du jeu de Glenn Gould.

C'est une autre beauté, plus sage, plus coulante, moins chargée d'émotion, mais combien belle également.

Alors écoutons :


Dieu construit le monde, un monde en expansion...

 

20/04/2019

Sursaut

Il est venu le temps de laisser ton ardeur
Est venu le moment de te débarrasser
Du poids de ton néant et ta pauvre langueur
Dresse-toi ignorant et ne sois angoissé

La gangue du monde t’a assez endormi
Repose ton esprit et cours au vent furieux
Plus rien ne doit venir de cette académie
Largue tes chimères, tu sortiras glorieux

Oui, sors de ton sommeil et parcours librement
Les prairies désertées de ton avènement
Il est venu le temps du seul dépouillement

Ton regard est sacré, perçant la distance
Il t’ouvre l’hérédité d’une autre appétence
Dresse-toi et trouve ta réelle vaillance

©  Loup Francart

19/04/2019

Ballet Igor Moïsseïev

 


La transe au bout des pieds

jusqu'à la perfection ou l'exclusion

18/04/2019

Vide

 

Faire en soi le vide pour le combler des autres.
Plus exactement, l'amour consiste à faire le vide de soi en soi.
Le mouvement de l’âme est le même que celui qu’exige la musique :
Un vide où résonnent les notes devenues sensibles.

17/04/2019

Epilogue

Décoré, le fut-il, de l’ordre du Capriçon
Chaussettes vertes et caftan bleu
Il pleura longtemps sur la perte
D’un troisième œil sans ouverture
Et caressa le cou du chat couché

Il s’en fut ensuite, seul, dans le désert
Marcher à l’ombre des dunes
Sans trouver de quoi le satisfaire
Alors il se jucha sur la plus haute
Et proclama ces mots :

« Que crois-tu être, toi qui cours
Et n’attrapes jamais rien
Depuis longtemps tu erres
En solitaire et l’âme triste
Sans rencontrer ton double ! »

Puis il s’enfonça dans l’eau
Regarda autour de lui
Fit un clin d’œil au chat
Et se laissa glisser tranquillement
Vers l’être sidéral et sans forme

©  Loup Francart

14/04/2019

Haïku

 

L’horizon barré

Le tonnerre gronde au loin

Un coup de poignard

 

13/04/2019

Pluie de couleurs

Bleu du ciel
Vert des prairies
Jaune des sables
Turquoise des mers
Rouge des baisers
Blanc des corps
Vanille des jeunes filles
Pourpre de l’amour

Gris perle des flatteurs
Noir des vilénies
Violet des enquiquineurs
Zinzolin des pervers
Viride des indécis
Topaze des bilieux

Bleue nuit des fougueux
Vert impérial des classiques
Bisque des peureux
Abricot des tristes
Brique des têtus
Terre d’ombre des veules
Souffre des vantards

Elles peuvent être :
Chatoyantes comme un vitrail
Pâles comme la mort
Odorantes comme le jasmin
Mais elles ne sentent
Que la couleur que vous leurs prêtez

©  Loup Francart

12/04/2019

Sublimer

Tournant la tête

Fermant les yeux et les mains

Il la sublima

 

Elle partit sans peur

Prit part à la bataille

Et mourut sans foi

 

La femme était là

Se tenait rayonnante

sans pleurs ni raisons

 

poésie,poème,haïku

 

 

11/04/2019

Pluie de mots

Ouverte la main qui se tend

Obscène le visage de l’autre
Qui n’est plus toi-même

Séduisante la bouche qui profère
Et pépie à la face des hommes
La lente valse des souvenirs

Le panier de mots secoué en mains
Il sort sous la lune jeter le trop-plein
D’ivresse et de bonheur
A-t-il jamais rêvé ?

Elle se tient devant lui, blanche
Sur la réserve et éveillée
Elle tend ses lèvres entrouvertes
Et rit de voir l’effroi dans ses yeux
Où donc es-tu passé ?

Lente montée des sons
Brouhaha d’un passé révolu
Chaleur des mains sur la chair
Le tremblement du cœur exaspéré
A quoi peut bien servir
La dune des baisers perdus ?

Et maintenant, redevenu l’enfant
Marchant d’une voix rebelle
Il décline l’offre du bien-être
Et va affronter l’ombre obscure
Des réserves insoupçonnées
Qui courent sur le toit du monde
Et planifient le devenir

Quel jour quitteras-tu ce corps ?
Quand revêtiras-tu l’évanescence
Pui reviendras-tu pourvu de nouveautés
Pour plonger à nouveau dans l’absurde
Des jours qui chavirent devant l’inconnue
Chaque nuit, seul face au souvenir
De bribes de vie et d’absence de mots
Quand donc s’ouvrira la lumière ?

©  Loup Francart

10/04/2019

Humanité

 

Toute femme mérite de devenir ce puits de chaleur physique et moral

dans lequel l'homme puise sa force

 

 

Sans elle, rien n'existerait, la nature serait abandonné.

 

 

 

09/04/2019

Immémorial : Convento de Cristo (Tomar, Portugal)

L'entrée vue des remparts. Toujours aussi impressionnant. 

 

19-04-08 Tomar couvent (5 ter).JPG

 

La couronne de vertus
Surmontée du clocher de l’orgueil
Menacée par la nature
Et l’étouffement des pierres

Pourtant rien ne vient troubler
L’impressionnante assise
De ce couvent ouvert sur le bleu
Et tourné vers les étoiles

08/04/2019

Votre double

Accoutumée à se défier tout autant des sentiments qu’elle ressentait que de ceux qu’elle suscitait chez les autres, la jeune fille marqua devant moi un temps d’hésitation. (…)

Je ne dispose pourtant pas des mêmes qualités qu’elle. De vingt ans son aimée, sans prétention de beauté, vêtu comme un valet de ferme qui rentre les foins, aucun signe ne lui permettait de savoir qui j’étais ; je ne pouvais faire impression sur elle par aucun pouvoir ni artifice. Et pourtant, je le sais, elle a dans cet instant éprouvé un profond sentiment pour moi.  (…)  L’explication qu’elle m’a donnée n’a guère éclairci le mystère. Elle m’a, d’après ses dires, reconnu immédiatement  « comme son double ». C’est un mot bien étrange, je vous l’accorde, et jamais double ne fut plus dissemblable. Mais elle vivait dans un monde qui lui appartenait en propre et auquel le monde réel ne participait que peu. Sans doute était-ce le refuge qu’elle s’était créé pour se protéger des agressions de la vie. En tout cas, seuls entraient dans ce monde ceux qu’elle élisait en secret et j’eus le privilège douloureux d’y prendre une place éminente dès notre première rencontre.

Jean-Christophe Rufin, Le grand cœur, Gallimard, 2012, Folio p.322

 

C’est un sentiment violent que celui éprouvé en un instant pour quelqu’un que l’on n’a jamais vu et qui se révèle comme son double. Peut-être n’est-ce pas le mot juste. Mais existe-t-il un mot qui vous donne ce sentiment inconnu jusque là de connivence et d’aisance envers une personne de sexe opposé qui vous fait penser que vous la connaissez depuis toujours et qui vous attire avec autant de force et de mystère. Ce contact vous submerge de transparence. Vous changez d’être physiquement et moralement tout en ressentant l’impression de déjà vu, déjà entendu, déjà vécu avec cette personne, même si rien ne vous permet de dire quand et où vous pourriez l’avoir rencontré et aimé.

Elle avait quarante ans de moins, peut-être même un peu plus. Adolescente, elle n’était pas encore femme au plein sens du terme. Elle était vive comme l’éclair, discrète comme un poisson, indépendante comme un sauvage. Au premier coup d’œil, nous nous comprîmes, une étincelle au fond de l’être nous anima sans cependant qu’aucun n’ait un mouvement vers l’autre. Pas besoin de rapprochement, nous savions que l’autre était notre double intérieur : même sentiments, même réactions, même vision de son avenir, même respiration venant du cœur et de la pensée, même si notre vie extérieure est si profondément différente.

De telles intuitions sont rares. Elles n’arrivent qu’une ou deux fois dans la vie. Vous découvrez votre double qui vit une autre vie dans un autre contexte. Mais vous savez qu’il est vous-même. Quel choc ! Des années après vous vous en souvenez et ressentez un trou dans votre poitrine, un ouragan qui vous impressionne, vous dévaste et vous fait du bien malgré tout. Vous avez entrebâillé une porte inconnue et regardez ce que vous n’êtes pas normalement autorisé à connaître : le mystère de l’être avant la naissance et après la mort. Oui, vous n’êtes pas seul au monde. Des liens indéfinissables vous relient à d’autres dimensions dépassant vos capacités d’appréhension du mystère de la vie au-delà de la simple existence individuelle.

 

07/04/2019

Convento de Cristo (Tomar, Portugal)

 

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Pluie qui frappe les joues…
Eau qui ruisselle sur le pavé…
Brillance du soleil sur le buis mouillé…
Parfum huilé qui flotte dans l’air…
Portugal, pays de contraste
De l’indolence à la fureur

Le monastère dresse ses créneaux
Sur les nuances de gris
Parfois réveillées par l’éclat
De la verdure dans le soleil
Comment croire à la consistance
D’une végétation envahissante
Dans laquelle on rêve de se rouler

 

 

Le couvent de l'ordre du Christ (en portugais : Convento de Cristo), situé dans la ville de Tomar, était à l'origine une forteresse des Templiers bâtie au  XIIème siècle. Lorsque l'ordre du Temple a été dissous au XIVème siècle, la branche portugaise de l'ordre a été transformée en chevaliers de l'ordre du Christ, qui soutiendront les découvertes maritimes du Portugal du XVème siècle.

Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Couvent_de_l%27ordre_du_Christ