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14/04/2017

Vendredi saint

La mort a saisi le soleil
Et l’a fait tomber de son échelle
L’obscurité envahit les cieux
Et porte un coup fatal au cœur de la lumière
La terre tremble, son corps s’éteint
Son âme libérée suit la pesanteur
Puis d’un coup de pied trois jours plus tard
S’échappe des ténèbres acides
Enveloppée de lumière, revêtue de l’humain
Et plane sur le monde à jamais
Plus légère que la plume
Mémoire du divin
Dans le silence de l'oubli

 ©  Loup Francart

13/04/2017

Petitesse et grandeur de l'homme

Nous sommes infiniment petits et notre pensée procède de ce micro monde.

L’homme se fait une fierté d’être un être pensant, mais qu’est-ce que cette pensée dans l’immensité du temps et de l’espace que nous n’arrivons même pas à concevoir. L’être pense. Mais que veut dire penser ? C’est une fonction du corps inhérente à l’homme, qui lui permet peut-être de comprendre certaines relations d’homme à homme, d’homme à nature, mais qui ne peut lui permettre de saisir la finalité de ses relations, le pourquoi des choses.

Songeons que notre vie n’est qu’une poussière de l’éternité. Un homme meurt, un autre le remplace, il n’en reste rien, si ce n’est que le souvenir que l’on en garde. L’homme fait partie de la nature. Il est comme un arbre, un rat, un champignon, éphémère et toujours renouvelé, sans qu’au fond cela change le monde. Penser, c’est  transformer l’état des choses et des êtres pour les mettre à la mesure de l’homme. L’homme transforme, c’est en cela qu’il domine la nature et son existence, mais il ne crée pas et reste un animal tributaire de la nature.

(écrit le 10 octobre 1967)

Cinquante ans après, écrirais-je la même chose ? Non, je crois que le propre de l’homme est justement la capacité de créer à partir de la nature, c’est-à-dire de penser autrement que ce qu’il connaît et de l’accomplir, c’est-à-dire d’en faire une réalité vivante qui parle aux autres. C’est la grandeur de l’homme et son originalité parmi les autres êtres vivants.

12/04/2017

Rires

Le rire frais d’un enfant résonne. Entre !
Ils sont trois à s’esclaffer, la main au ventre
Le regard rieur, surpris en plein délire
Ils cherchent, unis, à casser leur tirelire

Qu’y a-t-il dedans ? Deux misérables pièces
Offertes le matin avec gentillesse
Qu’ils ne pourront se partager sans dispute
Le moment vient, encore quelques minutes

Alors le rire devient pleurs et fuites éperdues
Les pièces s’égaillèrent et furent perdues
Roulant sous la table et le lit, discrètement

L’orage s’amplifia, l’air devint électrique
Ce fut leur habituel quart d’heure colérique
Avant le retour au rire, subrepticement !

 ©  Loup Francart

11/04/2017

L’essence de Pierre Heurtebise de Praguilande (17)

Il médita ainsi toute la nuit avant de s’écrouler au matin dans un sommeil de plomb qui le libéra de ces interrogations et remords. Il se réveilla entre les quatre murs de sa cellule et réalisa qu’il se trouvait dans la même situation que Jeanne. Certes, il ne mourrait pas par le feu, comme une sorcière, mais par le fer comme un voleur ou un guerrier. Mais quelle différence ? Le résultat serait le même, la fin de l’existence. Est-ce tout ? Non. Il avait découvert en une révélation subtile et une guérison inespérée que si l’homme n’a qu’une existence, et encore, il n’en était pas sûr, ayant entendu parler de ce que certains appellent la réincarnation, une doctrine bizarre qui prétend que l’on vit plusieurs vies avant de s’améliorer et d’être délivré des séjours sur terre, il avait également une essence, c’est-à-dire un lieu originel qui ne peut être détruit et qui fait sa qualité, même si sa vie du moment s’arrête dans un désordre apparent et une faillite montrée du doigt par les contemporains. Ce qui comptait n’était pas le résultat tangible de son action, mais le pourquoi de ce qu’il avait fait et comment il l’avait vécu. Il lui fallait regarder en face son personnage, dépasser son égo et plonger dans les racines de son être, celui qu’il avait ressenti aux instants importants de sa vie, qui l’avait guidé malgré les embûches, qui l’avait soutenu face au danger et surtout à la couardise des gens et leur ignoble obéissance aux plus puissants et, en même temps, aux plus vils des hommes. Il avait refusé ce qui semblait aller de soi, rejetant l’impensable que les autres ne voulaient pas voir et maintenant que tout était accompli, il ne regrettait rien, juste que tout cela se soit passé si vite, qu’il n’ait pas réalisé pleinement ce qu’il avait vécu et qu’il allait mourir avant d’avoir pu être totalement délivré. Il prit conscience tout d’un coup que sa vie se réalisait comme celle de Jeanne, une vie de droiture, de soumission à un idéal et de rejet d’un asservissement à ennemi plus fort, une vie où il avait tout donné pour un bien inatteignable, mais qui lui laissait le cœur et l’âme en paix. Il avait cru à ce qu’il avait entrepris, avait échoué et était prêt à en subir les conséquences, la mort par l’épée. Il s’endormit ce deuxième jour sans difficulté, l’esprit pacifié.

10/04/2017

L’état du ciel, de Pierre Péju

Est-ce l’histoire d’un ange déjà déchu ou d’un couple en perdition ? Les deux sans doute sans que l’on sache au début qui fait quoi. Histoire bizarre que celle de l’ange, histoire banale que celle du couple.

L’histoire de l’ange : Aujourd’hui Dieu est mort, ou peut-être hier, je ne sais pas. (…) Nous, ses anges, sommes donc livrés à nous-mêmes. Sans emploi, sans mission. (…) Nous pouvons fouiller dans vos boites crâniennes, essuyer du doigt vos pensées sur les parois de verre de vos âmes comme sur un pot de confiture. Accoudés à nos balcons dorés, nous nous penchons encore un peu au-dessus de vos existences afin de tromper notre ennui. (…) Et pourtant, moi, Raphaël, j’aimerais beaucoup faire un dernier petit tour chez vous, malheureux mortels. Suis-je encore capable d’accomplir ne serait-ce qu’un minuscule miracle ? Le ciel s’ouvre. Le hasard fait – mais est-ce le hasard ? – que là-bas, tout en bas, dans une maison construite à flanc de montagne, surplombant un lac dont les reflets font paraître le ciel plus beau j’aperçois une femme endormie. Le jour se lève. Le coton de sa chemise de nuit fait une vive tache blanche au centre de ma vision angélique. Elle est seule dans son lit. Allongée dans son désespoir et ses draps froissés. Je me dis que je pourrais peut-être faire quelque chose pour elle… Mais quoi ?

Là commence l’histoire du couple : Elle, elle peint. Ou plutôt, elle peignait. A présent, elle est devenue une sorte de femme des bois et se sert de branches, de mousses et de roches pour confectionner des monstres dont on ne sait s’ils sortent de sa tête ou de la nuit des temps, mais l’accablement et la douleur n‘avaient pas eu raison de cet appétit d’ogresse. Rien ne va plus depuis l’accident et son mari n’en peut plus. Après avoir lui-même frôlé la mort, il décide de partir et de la laisser.

C’est un récit quelque peu bateau de par ses rebondissements, un récit presque midinette. Mais il est mené tambour battant, avec l’allant et la vigueur de Pierre Péju. L’ange y joue son rôle, la femme également ainsi que l’homme. L’ange s’enchante de réconcilier les deux, mais des grains de sable enraille la mécanique. L’ange sera déchu, le couple se réconciliera après l’irruption de nouveaux personnages. Mais il ne faut pas dévoiler ces deux histoires…

09/04/2017

Choral BWV 647 de Jean Sébastien Bach, interprété par Leo van Doeselaar

https://www.youtube.com/watch?v=08dRG-7KrHA&index=3&a...


Un doigté sûr, un entrain sans pareil, une pièce qui est un trésor d’ingéniosité musicale, voilà de quoi satisfaire ce matin, les musiciens !

Bach est bien le meilleur. L’entrée dans la pièce est légère, enlevée, étonnante de fraîcheur, et puis, comme du fond des âges, le choral retenti, joué sur la pédale. Il laisse une impression d’ailleurs, comme un rappel, celui de la présence de l’éternité, sur fond de gaité des hommes. Le calme du royaume de Dieu dans l’agitation du monde des humains. Puis, peu à peu, les deux mondes se mélangent et s’organisent pour former un chant pur de louange qui monte vers le ciel, chant à la fois très structuré musicalement et très libre d’émotion retenue.

Oui, Bach est bien le meilleur.

 

08/04/2017

Interrogation

Pour la première fois depuis qu’ils ont fait connaissance, il ne se manifeste pas au matin. Rien ne bouge, aucune pensée ne vient troubler la sérénité de Charles. Habitué aux sautes d’humeur, au réveil en fanfare, ce dernier s’en étonne. Pourquoi cette indolence ?

Il l’avait connu plus gaillard, debout et fier de sa prestance, encouragé dans ses vagabondages, revendiquant sa souveraineté dès lors que les pensées Charles se tournaient vers elle, omniprésente, belle de présence d’odeurs et de frottements, cueillie dans ses vagabondages et offerte bravement aux rapprochements des corps et de l’esprit.

Chaque jour, il renouvelait sa foi et tendait son désir vers l’aimée. Et ces milliers de jours furent comme une seule vie, ensevelie dans la bulle de l’amour, deux en un, dans ce monde où chaque caresse devient un frémissement qui se transforme en feu vivant. Il accumula les souvenirs d’étreintes malhabiles, de passions dévorantes, de tendres apaisements après l’envolée lyrique. Que de fois son cœur vibra et son corps se mit en marche, brutalement, comme un autre lui-même, dressé au-dessus de toute autre préoccupation, assoiffé de ses instants sublimes où plus rien d’autre n’existe.

Aussi quel est donc cette douceur tendre qui fond dans le puit des âges et rend ses soupirs délaissés d’accompagnements des baisers ? Serait ce jour redouté où cette tension féroce s’assagit en lents vagissements, comme le veau que l’on mène à l’abattoir ? Serait-ce l’entrée dans le troisième âge, celui des bruissements de la nuit sans accompagnement de caresses, sans même l’image de ces  statues nues courant dans le cerveau déchaîné.

Va mon mignon ! Dors aujourd’hui. Demain tu reprendras ta danse éternelle et lumineuse devant celle qui t’a donné sa vie.

07/04/2017

L’essence de Pierre Heurtebise de Praguilande (16)

Tous furent pris et emmenés en prison. Il n’y eut pas de procès et la mort était l’unique peine prévue. Gaspard était le treizième, le Judas de la bande, celui dont ils ne savaient s’ils pouvaient lui faire confiance. Tout avait été minutieusement réglé par les Anglais avertis par Gaspard qui jouait double jeu, arguant que la paix ne peut venir d’une femme et encore moins d’une bergère qui aurait mieux fait de rester auprès de ses moutons, dans sa campagne de Donrémy. Pierre Heurtebise sut, dès l’instant où il fut fait prisonnier, que la mort s’ensuivrait, sans pitié ni procédure parce qu’ils étaient considérés comme de vulgaires gibiers de potence, fauteurs de troubles publics, ennemis du bien commun et de la paix. Combien leur restait-il de temps avant que la lame de l’épée ne vienne trancher leur tête ? Un jour, deux, peut-être trois au maximum.

Il se plongea en lui-même, à la recherche de son essence qui l’avait abandonné pour mener ce combat qu’il avait perdu. Qu’avait-il appris ? Il ne comprenait pas, ne savait plus à quel saint se vouer et tomba dans un immense désespoir, le cœur fêlé, le corps torturé, l’esprit détraqué. Il n’aurait jamais dû se lancer dans une telle aventure ! Il avait trouvé sa voie, mieux même, il s’était donné à son essence et l’avait lâché pour un vulgaire complot qui ne pouvait mener à rien. Pourquoi s’était-il sacrifié avec ses amis ?

06/04/2017

Un jour de plus

Le chat aux mouvements ailés
Se coule, imprévisible et matinal,
Dans l’air saturé de la nuit

J’engage ce lent glissement
De la pensée immobile
Et enrage de ne pouvoir crier
La violence de ce réveil

Étire ton être fossilisé
Brise ce tas d’os et de chair
File au-delà du geste
Rien ne te retient plus
Dans le maquis du verbe

La vapeur du jour nouveau
Te conduit à cette lueur
Qui pointe entre les cils
Et embarrasse ton bien-être

Il est temps d’émerger
De la machine à laver
Pour emprunter, un jour encore
Le chemin des écoliers
Et apprendre la vie
Une fois de plus…

 

 ©  Loup Francart

05/04/2017

Maxime

 

La vie commence où finit la haine

La haine s’achève où finit l’incompréhension

La compréhension naît de la méditation

Alors, regarde en toi et ne dis rien !

 

04/04/2017

Chérir un objet

On s’attache aux objets comme aux personnes. Il y entre de l’amour, car aimer, c’est s’attacher au point de ne plus voir les défauts. Mais avec les objets, l’amour naît de l’habitude et de l’usage.

Cet attachement se définit entre l’amour et l’amitié, en ce sens qu’il naît lentement en franchissant une succession d’épreuves, mais qu’il est aussi aveugle que l’amour. Cependant l’amour et l’amitié s’adresse à une personne, c’est-à-dire à quelqu’un qui éprouve lui-même des sentiments et qui peut vous les rendre ou non. Alors ne parlons pas d’aimer, mais simplement de chérir un objet.

 

03/04/2017

L’essence de Pierre Heurtebise de Praguilande (15)

Deux jours plus tard, ils entraient sans coup férir dans la place, soigneusement déguisés en paysans rustres et avinés, ayant caché leurs armes dans les tonneaux emplis de vin. Réfugiés dans une auberge à cent sous, ils partirent en reconnaissance, dispersés, se mêlant au bon peuple qui n’avait pas l’air si réjoui de la présence anglaise. Le plan fut mis au point pour la prochaine sortie de Jeanne de sa prison, quel que soit le moment, avant ou après le jugement. Laissant traîner leurs oreilles, ils apprirent assez vite le jour et l’heure approximative du transfert. Il n’avait personne pour donner le signal de l’assaut, quelqu’un qui pourrait voir tous les participants à l’action et donner, d’un signal discret, le coup d’envoi de l’assaut.

Une nouvelle fois, Bernard de Loutre proposa Gaspard le Brugeois, le même qui leur avait permis d’entrer dans la ville. À court de volontaires, Pierre Heurtebise accepta l’offre et confia la mission à Gaspard. Chacun devait se tenir prêt à bondir sur son objectif lorsque Gaspard retirerait son chapeau comme s’il avait trop chaud. C’est ce qui se passa lorsque le convoi arrivait à hauteur de la boulange dans la rue principale. Aussitôt, chacun des hommes bondit et se précipita sur le ou les soldats assignés dans le plan établi ensemble. Mais chacun d’eux fut arrêté dans son élan par deux gardes déguisés eux-mêmes en paysans et qui braillaient à leur côté contre Jeanne la prisonnière honnie.

02/04/2017

Après-midi poétique

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01/04/2017

Rencontre, lecture et dédicace à Laval

 

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31/03/2017

Maxime

 

Encouragé par l’imprévision des événements

Comment ne pas se laisser aller à l’inconséquence des décisions ?

 

30/03/2017

L'ordonnancement du monde

Réveil quatre heures dix ! Je mets la cafetière sous tension et attends les premiers glouglous de la machine qui ne tardent pas à arriver. Je tourne les yeux vers la fenêtre, noire, silencieuse, un trou béant devant l’inconnu, lorsque ceux-ci tombent sur un tas de cuillères dispersées dans l’égouttoir. Vision banale au possible. Mais ce matin, l’illuminharmonie,ordre,monde,univers,divination. Me vient à l’esprit les mots L’ordonnancement du monde. Comment, à partir d’un tas de cuillères jetées là en arriver à penser à un ordonnancement du monde ? Comment a pu me venir cette association d’idées ?

Le terme ordonnancement fait penser immédiatement aux termes ordre, organisation, arrangement. Mais l’association des termes ordonnancement du monde est assez rare. Parle-t-on de l’univers visible, des atomes qui s’organisent dans l’espace et forment des galaxies qui s’équilibrent entre elles ? Je cherchai sur Internet ces deux termes associés et tombai sur un titre : Plotin et l’ordonnancement de l’être, de Bernard collette-Ducic[1]. Pour Plotin, le monde intelligible est formé de trois substances : l’Un, l’intelligence et l’âme. L’Un est inconnaissable, on ne  peut le définir, on ne peut que dire ce qu’il n’est pas. Il est source de tout et assure la cohésion de toutes choses. C’est Dieu. L'Intelligence ou l'Esprit est l'être intelligible de Platon qui rend la réalité cohérente et harmonieuse. Elle est principe de toute justice, de toute vertu, de toute beauté. L'âme est la médiation entre l'Intelligence dont elle procède et le monde sensible qui en émane. L'âme est une sorte de mouvement logique, rationnel, organisateur. Elle crée un monde ordonné et se divise en âmes individuelles (celles des hommes, des animaux et des plantes). L'âme humaine est donc une parcelle de cette Âme engendrée par l'Intelligence contemplant l'Un. Autant dire que chaque âme est une parcelle de Dieu, que Dieu est donc présent en chacun de nous. Le monde matériel est le point ultime de la diffusion divine (http://sos.philosophie.free.fr/plotin.php).

Pour Plotin, chaque être sensible doit être compris comme une partie d’un tout et contribue à la plénitude de ce tout. La raison qui est en elle produit l’harmonie et l’ordonnancement. Cet ordonnancement n’abolit pas les différences entre les êtres, mais permet leur communication, leur interaction que Plotin nomme sumpatheia : l’unité du monde sensible vient du fait que l’univers est un tout en sympathie avec lui-même ; c’est comme un vivant qui forme une unité.

Sans entrer plus avant dans le monde de Plotin, considérons cependant cette profonde intuition : le monde sensible est en harmonie et ordonné et il appartient à chacun d’en goûter les bienfaits et de participer à cette harmonie. Et ces quelques cuillères ramassées ensemble par la main de celui ou celle qui a fait la vaisselle m’a, en un instant fortuit, fait accéder à cette idée merveilleuse : le monde a un sens, même si nous le comprenons pas. Seule notre âme sensible nous permet d’y accéder, sans compréhension intellectuelle, par le fait qu’elle entre en harmonie avec le monde. En un éclair, l’âme s’échappe et devient une, à l’égal de Dieu qui devient accessible par osmose.

Baigné par l’ordonnancement du monde, je commençai la journée libre de tout désagrément, vide tout souci, exalté par cet infini qui devient intime et pénètre chaque parcelle du corps.

 

[1] https://books.google.fr/books?id=MP9dN4KtQ00C&pg=PA21... p.21)

29/03/2017

Haïku

 

L'âme vierge

Vide de toute chose

Le cœur s'enflamme !

 

28/03/2017

Croyance et connaissance

 

Croire, c’est adhérer sans preuve

C’est-à-dire hors de la rationalité

Connaître suppose un effort complémentaire

Mais qui n’est pas toujours possible

Ce qui ne signifie pas

Que la croyance est inférieure à la connaissance

Elle peut parfois être d’un autre ordre

 

27/03/2017

Le nombre roi

L’infini…
Un mot qui ne signifie rien
Car on peut toujours ajouter
Un Un à un tout
Et ce tout devient un autre tout
Encore plus grand que le premier

Seuls trois concepts englobent le connu
Le Un, l’infini et le rien

Le Un est le roi
Dans le Un je suis
Et l’autre également
Plein, entier, seul
Oui, le roi des nombres est le Un
Inégalable, majestueux,
Distinct et multiple

Mais le Un est si petit
Qu’est-ce qu’un grain de sable
Sur une plage qui se perd dans l’eau ?
Même la plage n’est pas reine
Même l’océan n’est pas roi
Entre le grain de sable
Et la goutte d’eau
Qui a-t-il de commun ?

Si je peux compter l’un et l’autre
Je ne peux compter deux infinis
C’est l’explosion dans ma tête
Ma capacité à penser est limitée
L’infini, c’est la profusion,
L’au-delà au-delà de l’au-delà
On peut alors mélanger les au-delà
On n’atteindra jamais l’au-delà de l’au-delà
Et le Un se promène dans cet au-delà
Léger comme la plume dans le vent

Alors apparaît le rien
Il est rond, fermé, enclos en lui-même
Comme un tout déguisé en un Un
Mais qu’on ne peut dédoubler
Il pourrait être l’au-delà de l’au-delà
Il est également l’au-dedans de l’au-dedans
Si petit qu’il n’est presque rien
Mais ce presque rien est encore quelque chose
Qui est un Un perdu dans l’infini
Il n’est pas ce qui est
Mais est-il tout ce qui n’est pas ?

Alors quel est le plus beau ?
Le Un ouvert sur le monde
L’infini qui n’ouvre sur rien
Le zéro fermé sur lui-même ?

Un homme compta un jour le rien
Un autre homme compta les Uns
Enfin un dernier homme compta l’infini
Le rien multiplié par le rien
Donna le rien, l’absence, le néant
L’infini multiplié par l’infini
Donna l’infini, le plein devenu rêve
Le Un a seul une consistance
Je peux le toucher et le compter
Même si je ne peux tenir tous les Uns

Il y a pourtant deux sortes de Uns
L’un est né impair
Mais il ne se suffisait pas à lui-même
Car pour être plus d’Un
Il faut au moins être deux
Pour avoir un autre impair
Il faut un pair, semblable et différent
Additionnez deux pairs ensemble
L’étonnant est qu’ils forment un autre pair
Alors que si vous additionnez deux impairs
Surgira la diversité
Seul l’impair et le pair
Font un autre impair
Qui lui-même en formera un autre

C’est en cela que le Un est à l’origine du monde
C’est dans le mouvement même de celui-ci
Que naît l’infini et, en parallèle, le zéro
Oui, le Un est bien le roi de l’univers
A condition de n’être pas un, mais au moins deux !

 ©  Loup Francart

26/03/2017

Penser la pensée

Quoi de plus beau que de penser la pensée ? Il ne s’intéresse pas à ce qui est dit. Seul importe pourquoi c’est dit, c’est-à-dire comment cela lui est venu à l’esprit. Une telle recherche semble dérisoire, mais elle est devenue une science, et même plus puisque l’on parle des sciences cognitives. Mêler (pour penser) et démêler (pour penser la pensée) l’intuition et le connu est le propre de cette science. Mais peut-on dire qu’il s’agit d’une science ? A quel moment le savoir bascule dans l’inconnu et permet d’atteindre une compréhension différente qui fait avancer la solution ? La science cognitive est comme une outre, ou même un estomac plein. On bourre la poche. On trouve toujours  un peu plus de place, car elle est élastique, et puis, à un moment, elle explose. Son contenu se disperse ; il ne reste rien qu’une nouvelle solution qui l’a remplacé. Quel mécanisme a engendré cette révolution, pourquoi, comment ?

L’homme de tous les jours n’a qu’une vision, celle qu’il a apprise de ses parents et de ses professeurs, parfois agrémentée de vues personnelles qui constitue sa liberté d’être et qui lui apporte sa maturité. Il lui faut beaucoup de temps pour comprendre que cette vision est ce qui l’empêche de connaître plus profondément l’organisation des choses et en particulier de sa pensée. Pourquoi à un certain moment se rattachent ensemble des objets différents et dispersés qui vont lui donner une autre vision ?

En ce qui concerne certains hommes, il s’agit avant tout de se frayer un chemin dans le connu pour trouver les fentes qui permettent de le traverser et passer de l’autre côté. C’est un voyage vers le vide qui, à un moment donné, va crever la surface du connu et l’entraîner vers une nouvelle approche. Ce n’est pas réellement encore une vision. Il lui faudra pour cela faire appel au connu, l’habiller de mots que tous connaissent et organiser ces mots en concepts et arguments démonstratifs. Ce sera un travail long et difficile car il lui faudra revenir sur le connu pour expliquer l’inconnu et décrire le chemin de l’un à l’autre. A quel moment trouve-t-on les failles et peut-on se glisser dedans ? Comment cheminer dans ce labyrinthe sans se perdre ou tomber dans des crevasses ?

Aussi simple que cela puisse paraître, il suffit de ne plus penser et de laisser apparaître la solution toute seule. Elle vient d’un coup, dans le vide de l’esprit, dans une transformation de l’être qui s’allège, se transcende et perçoit la lumière de la solution. Contrairement à ce que pensent de nombreux psychologues, ce n’est pas l’esprit d’ouverture et d'empathie qui va permettre cette transformation. C’est au contraire la fermeture aux influences extérieures, aux rappels incessants du connu qui permettra cette transformation de la pensée et enclenchera des rapprochements inédits et intéressants.

Cela lui rappelle une anecdote. Au cours de discussions en commun sur des sujets  tels que le destin, la liberté, la transcendance, il lui était reproché de se tenir les bras croisés et de regarder les autres sans participer réellement à la conversation. C’était pour lui sa manière de se détacher du connu pour laisser l’inconnu envahir sa pensée. Il faisait le vide en lui-même et pouvait alors relier entre eux des éléments qui, normalement, sont éloignés les uns des autres. Cela lui permettait d’acquérir un fil de pensée différent et original. S’il restait ouvert, le corps tourné vers l’autre, il lui était impossible de faire naître en lui ce fil qui l’aidait à se retrouver dans le labyrinthe et de franchir le Rubicon. Il appelait cela « transcender le connu ». C’est un phénomène étrange. Se creuse en lui un espace vide, une sorte de trou d’air qui l’aspire et le fait flotter dans une sorte de liquide amniotique qui le nourrit de liaisons et fabrique l’image qu’il recherchait sans la connaître. Le tableau est posé, il faut maintenant le lui donner la couleur et les formes qui le rendront compréhensible aux autres. Le Rubicon est franchi, le désert s’étend à ses pieds, il lui faut maintenant relier entre elles toutes les gouttelettes pour constituer le fleuve de nouvelles connaissances. Alors comment susciter en lui, comment faire renaître ce vide nourricier qui lui permet de se glisser entre les fentes du connu pour aborder l’inconnu ? C’est cela penser la pensée, c’est cela qu’il faut découvrir pour améliorer sa compréhension du monde, des autres et, in fine, de lui-même.