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29/03/2017

Haïku

 

L'âme vierge

Vide de toute chose

Le cœur s'enflamme !

 

28/03/2017

Croyance et connaissance

 

Croire, c’est adhérer sans preuve

C’est-à-dire hors de la rationalité

Connaître suppose un effort complémentaire

Mais qui n’est pas toujours possible

Ce qui ne signifie pas

Que la croyance est inférieure à la connaissance

Elle peut parfois être d’un autre ordre

 

27/03/2017

Le nombre roi

L’infini…
Un mot qui ne signifie rien
Car on peut toujours ajouter
Un Un à un tout
Et ce tout devient un autre tout
Encore plus grand que le premier

Seuls trois concepts englobent le connu
Le Un, l’infini et le rien

Le Un est le roi
Dans le Un je suis
Et l’autre également
Plein, entier, seul
Oui, le roi des nombres est le Un
Inégalable, majestueux,
Distinct et multiple

Mais le Un est si petit
Qu’est-ce qu’un grain de sable
Sur une plage qui se perd dans l’eau ?
Même la plage n’est pas reine
Même l’océan n’est pas roi
Entre le grain de sable
Et la goutte d’eau
Qui a-t-il de commun ?

Si je peux compter l’un et l’autre
Je ne peux compter deux infinis
C’est l’explosion dans ma tête
Ma capacité à penser est limitée
L’infini, c’est la profusion,
L’au-delà au-delà de l’au-delà
On peut alors mélanger les au-delà
On n’atteindra jamais l’au-delà de l’au-delà
Et le Un se promène dans cet au-delà
Léger comme la plume dans le vent

Alors apparaît le rien
Il est rond, fermé, enclos en lui-même
Comme un tout déguisé en un Un
Mais qu’on ne peut dédoubler
Il pourrait être l’au-delà de l’au-delà
Il est également l’au-dedans de l’au-dedans
Si petit qu’il n’est presque rien
Mais ce presque rien est encore quelque chose
Qui est un Un perdu dans l’infini
Il n’est pas ce qui est
Mais est-il tout ce qui n’est pas ?

Alors quel est le plus beau ?
Le Un ouvert sur le monde
L’infini qui n’ouvre sur rien
Le zéro fermé sur lui-même ?

Un homme compta un jour le rien
Un autre homme compta les Uns
Enfin un dernier homme compta l’infini
Le rien multiplié par le rien
Donna le rien, l’absence, le néant
L’infini multiplié par l’infini
Donna l’infini, le plein devenu rêve
Le Un a seul une consistance
Je peux le toucher et le compter
Même si je ne peux tenir tous les Uns

Il y a pourtant deux sortes de Uns
L’un est né impair
Mais il ne se suffisait pas à lui-même
Car pour être plus d’Un
Il faut au moins être deux
Pour avoir un autre impair
Il faut un pair, semblable et différent
Additionnez deux pairs ensemble
L’étonnant est qu’ils forment un autre pair
Alors que si vous additionnez deux impairs
Surgira la diversité
Seul l’impair et le pair
Font un autre impair
Qui lui-même en formera un autre

C’est en cela que le Un est à l’origine du monde
C’est dans le mouvement même de celui-ci
Que naît l’infini et, en parallèle, le zéro
Oui, le Un est bien le roi de l’univers
A condition de n’être pas un, mais au moins deux !

 ©  Loup Francart

26/03/2017

Penser la pensée

Quoi de plus beau que de penser la pensée ? Il ne s’intéresse pas à ce qui est dit. Seul importe pourquoi c’est dit, c’est-à-dire comment cela lui est venu à l’esprit. Une telle recherche semble dérisoire, mais elle est devenue une science, et même plus puisque l’on parle des sciences cognitives. Mêler (pour penser) et démêler (pour penser la pensée) l’intuition et le connu est le propre de cette science. Mais peut-on dire qu’il s’agit d’une science ? A quel moment le savoir bascule dans l’inconnu et permet d’atteindre une compréhension différente qui fait avancer la solution ? La science cognitive est comme une outre, ou même un estomac plein. On bourre la poche. On trouve toujours  un peu plus de place, car elle est élastique, et puis, à un moment, elle explose. Son contenu se disperse ; il ne reste rien qu’une nouvelle solution qui l’a remplacé. Quel mécanisme a engendré cette révolution, pourquoi, comment ?

L’homme de tous les jours n’a qu’une vision, celle qu’il a apprise de ses parents et de ses professeurs, parfois agrémentée de vues personnelles qui constitue sa liberté d’être et qui lui apporte sa maturité. Il lui faut beaucoup de temps pour comprendre que cette vision est ce qui l’empêche de connaître plus profondément l’organisation des choses et en particulier de sa pensée. Pourquoi à un certain moment se rattachent ensemble des objets différents et dispersés qui vont lui donner une autre vision ?

En ce qui concerne certains hommes, il s’agit avant tout de se frayer un chemin dans le connu pour trouver les fentes qui permettent de le traverser et passer de l’autre côté. C’est un voyage vers le vide qui, à un moment donné, va crever la surface du connu et l’entraîner vers une nouvelle approche. Ce n’est pas réellement encore une vision. Il lui faudra pour cela faire appel au connu, l’habiller de mots que tous connaissent et organiser ces mots en concepts et arguments démonstratifs. Ce sera un travail long et difficile car il lui faudra revenir sur le connu pour expliquer l’inconnu et décrire le chemin de l’un à l’autre. A quel moment trouve-t-on les failles et peut-on se glisser dedans ? Comment cheminer dans ce labyrinthe sans se perdre ou tomber dans des crevasses ?

Aussi simple que cela puisse paraître, il suffit de ne plus penser et de laisser apparaître la solution toute seule. Elle vient d’un coup, dans le vide de l’esprit, dans une transformation de l’être qui s’allège, se transcende et perçoit la lumière de la solution. Contrairement à ce que pensent de nombreux psychologues, ce n’est pas l’esprit d’ouverture et d'empathie qui va permettre cette transformation. C’est au contraire la fermeture aux influences extérieures, aux rappels incessants du connu qui permettra cette transformation de la pensée et enclenchera des rapprochements inédits et intéressants.

Cela lui rappelle une anecdote. Au cours de discussions en commun sur des sujets  tels que le destin, la liberté, la transcendance, il lui était reproché de se tenir les bras croisés et de regarder les autres sans participer réellement à la conversation. C’était pour lui sa manière de se détacher du connu pour laisser l’inconnu envahir sa pensée. Il faisait le vide en lui-même et pouvait alors relier entre eux des éléments qui, normalement, sont éloignés les uns des autres. Cela lui permettait d’acquérir un fil de pensée différent et original. S’il restait ouvert, le corps tourné vers l’autre, il lui était impossible de faire naître en lui ce fil qui l’aidait à se retrouver dans le labyrinthe et de franchir le Rubicon. Il appelait cela « transcender le connu ». C’est un phénomène étrange. Se creuse en lui un espace vide, une sorte de trou d’air qui l’aspire et le fait flotter dans une sorte de liquide amniotique qui le nourrit de liaisons et fabrique l’image qu’il recherchait sans la connaître. Le tableau est posé, il faut maintenant le lui donner la couleur et les formes qui le rendront compréhensible aux autres. Le Rubicon est franchi, le désert s’étend à ses pieds, il lui faut maintenant relier entre elles toutes les gouttelettes pour constituer le fleuve de nouvelles connaissances. Alors comment susciter en lui, comment faire renaître ce vide nourricier qui lui permet de se glisser entre les fentes du connu pour aborder l’inconnu ? C’est cela penser la pensée, c’est cela qu’il faut découvrir pour améliorer sa compréhension du monde, des autres et, in fine, de lui-même.

25/03/2017

Retour sans départ

Il vous est souvent arrivé d’accompagner quelqu’un qui part en train avec une grosse valise, si grosse qu’elle ne peut la soulever (c’est forcément elle). Arrivée gare de Lyon… Noyé dans la foule bigarrée, vous peinez à diriger sur ses quatre roulettes le monument, qui, lui, ne sait où il va. Une légère déviation de la main l’entraîne inexorablement vers des lieux inconnus où vous ne souhaitez évidemment pas aller. Mais dès l’instant où il faut éviter quelques passants, vous vous retrouvez capitaine d’un bateau avec l’obligation d’anticiper longtemps à l’avance. Pour peu qu’un obstacle s’annonce au dernier moment, vous ne pouvez éviter l’accrochage.

Aïe, c’est un enfant incontrôlé, comme moi, qui se précipite sous les roues ! Dieu, quel effort surhumain, vous déviez la machine par un pur hasard. Ouf, l’incident n’a pas eu lieu…

Enfin, vous sortez du métro, prenez moult escaliers roulants aux soubresauts inattendus, montez in fine l’ascenseur, ouvre la porte. Vous êtes chez vous, hors de danger d’accident, épuisé, heureux d’être arrivé à bon port.

Les voyages forment la jeunesse, dit-on.

24/03/2017

L’essence de Pierre Heurtebise de Praguilande (14)

Ainsi débuta le projet de Pierre Heurtebise de Praguilande, délivrer la pucelle lors de son charroi de la prison au tribunal ou même au bucher. Tous ces hommes étaient fiers d’une telle mission, quitte à y laisser l’existence. Lorsqu’ils furent tous choisis, Pierre leur raconta l’apparition de son numen et sa guérison. Bien qu’ils ne comprirent pas tout en ce qui concerne le fait que derrière l’existence on  trouvait l’essence, ils y virent un signe de volonté et d’accompagnement divin. Il ajouta que le temps pressait, que le jugement pouvait être rendu d’un jour à l’autre et qu’aussitôt proclamée la sentence serait exécutée de peur d’une réaction des partisans du roi de France. Il fallait de plus faire une reconnaissance, entrer dans Rouen sans se faire repérer, alors que les portes étaient gardées de nombreux soldats armés et sans foi ni loi. Cette phase préliminaire de l’attaque était particulièrement risquée du fait que tous les compagnons de la bande étaient plus ou moins connus de nombreux Anglais parce que rencontrés sur les champs de bataille ou les guets-apens. Il convenait de se méfier, car si le moindre signe d’une attaque déclencherait l’exécution, le lendemain, jugement ou pas proclamé, de la pucelle dans la cour de la prison, quitte à faire annuler la mise en scène macabre, par le feu, de la puissance anglaise. Bernard de Lourte, un des douze, proposa une facilité : il connaissait un homme, rouennais, qui n’avait pas froid aux yeux et qui saurait les faire passer au nez et à la barbe des gardes. Il pourrait le contacter et lui demander ce service sans bien sûr lui dire quelles étaient les intentions de ceux qu’il introduirait dans la ville. Ils feraient semblant d’entrer en contrebande des boissons alcoolisées que les Anglais, grands buveurs d’eau chaude aromatisée, avaient interdites aux habitants de la cité. Après quelques hésitations et avoir demandé à chacun leur accord, Pierre Heurtebise acquiesça et demanda à Bernard de prendre contact avec cet homme. Puis, dans le plus grand secret, ils préparèrent leur attaque, la prise de Jeanne en pleine rue en barrant le passage avec deux chariots fortement chargés, dont l’essieu se casserait peu avant le passage du convoi emmenant la prisonnière, empêchant tout demi-tour et facilitant l’assaut de la charrette transportant Jeanne. Il ne restait plus qu’à espérer que le nombre de gardes formant le convoi ne soit pas trop important.

23/03/2017

Confusion

Nous n’avons jamais tant vu d’agitations
Et de navrantes piques pour une élection.
Seul, l’empereur règne sur le médiatique,
Proclamant à qui mieux mieux sa gymnastique.
Il n’est pas atteint par la fièvre dévoreuse
Et sort toujours plus blanc de la lessiveuse.
Il navigue sans se fixer entre les extrêmes 
Et affirme vouloir gentiment faire carême.
Les autres, sous les coups des assassins,
Jouent les utilités contredites sans fin.
Leurs paroles se perdent dans le brouhaha
Qui finira prochainement par un hourra.
Et pendant ce temps, survit le monarque
Qui, dans la désolation, assis sur sa barque,
Contemple hilare les ruines de son château
Et annonce : « Il n’y a jamais d’égaux ! ».
C’était bien pourtant la promesse délirante
Qui enthousiasma les foules trépidantes.

 ©  Loup Francart

22/03/2017

L'amour

 

L’amour est le sable

que les dieux jettent dans les yeux

pour éblouir la longue peine des hommes,

mais l’espoir est le grain de folie

qui leur permet de survivre à la froideur des nuits.

21/03/2017

Sonatine en fa majeur

La revoilà cette sonatine (voir le 21/11/2016), cette fois-ci en majeur, pimpante et trépidante :

musique,partition de piano

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20/03/2017

L’essence de Pierre Heurtebise de Praguilande (13)

Au plus profond de ses entrailles de guerrier, il sentit monter en lui une résolution implacable contre les Anglais, sans haine, mais sans pitié, comme un œil qui l’éclairait et lui permettait de voir Jeanne dans sa prison, seule, livrée aux Anglais, les pieds enferrés, les cheveux à moitié tondus, dépouillée de ses armes et de ses vêtements de combat, en liquette, presque nue. Alors, presque malgré lui, il résolut d’agir, de s’accorder le privilège de sauver Jeanne, quitte à y laisser son existence. L’essence avait parlé, lui avait dicté ce qui lui était monté du cœur et des tripes, c’est-à-dire se donner pour sauver une presque sainte qui savait sans connaître, qui trouvait sans savoir. Et dès cet instant où il perçut au fond de ses entrailles ce désir et, dans le même temps, ce retour à lui-même, le guerrier qu’il avait été, il n’eut de cesse de monter son projet, envers et contre tous, car ils étaient nombreux à lui refuser toute aide sous prétexte que l’Anglais était fort, trop fort, et que la partie était perdue d’avance. Alors, conscient que ses recherches ouvertes d’aide pouvaient aller à l’encontre de son but, il résolut de créer non pas une armée, ni même une compagnie de gens d’armes, dont il prendrait le commandement, ni même encore une horde hurlante d’assassins audacieux, mais une bande de douze hommes résolus moralement et physiquement, qui se jureraient solennellement de sauver la pucelle des mains des traîtres à l’abri dans leur ville tenue par les étrangers. Il convoqua individuellement ses amis et quelques connaissances dont il était sûr, leur expliqua son projet auquel tous adhérèrent dès qu’il eut parlé de Jeanne et de sa détermination intérieure. Chacun lui jura d’aller jusqu’au bout, quitte à perdre la vie, mais pas la foi.

19/03/2017

Zéro

Il n’existe que dix nombres
Qui servent en arithmétique.
L’un d’eux n’est qu’une ombre,
Évidemment un peu fantomatique ;
Il ne signifie rien, mais c’est un chiffre.
Il est la présence de l’absence.
Ce n’est pourtant pas un sous-fifre ;
Il fait grandir la connaissance,
Mais reste enroulé sur lui-même.
Fait comme un O, tel un païen,
Il constitue un enthymème :
Il est fermé et il n’est rien.

C’est ainsi que Shakespeare fit dire
Au roi Lear : rien ne sortira de rien !

 ©  Loup Francart

18/03/2017

Rencontre, lectures poétiques et dédicace

A Laval, à la librairie Corneille, située en centre ville, le samedi 1° avril, entre 16h et 18 h, rencontre, lectures poétiques et dédicace :

affiche dédicace Loup Francart 04 2017 b.jpg

17/03/2017

Le hasard ou la nécessité

Hasard ou nécessité ?

Est-ce un équilibre ou un désordre ?

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16/03/2017

Maxime

 

L'ennui engendre la violence

comme le calme précède les grands vents

 

15/03/2017

L’essence de Pierre Heurtebise de Praguilande (12)

Le lendemain était justement jour de marché. Il décida de s’y rendre seul, traînant sa brouette et non plus sa jambe, et de montrer au monde son corps intact, réhabilité, magnifié dans l’ensemble de ses fonctions y compris la marche qui, jusque-là, lui était interdite. Il salua ses connaissances en bon campagnard qui se respecte, vendit ses salades et tubercules sans prendre garde au prix ridicule qu’il recevait en échange, heureux de parler et d’être écouté. Il finit même cette matinée dans le café de la place centrale où la plupart des vendeurs et acheteurs (ils étaient le plus souvent les deux à la fois) se retrouvaient pour parler, encore parler, toujours parler, puisque la campagne n’offre pas quotidiennement l’occasion de discourir avec un tiers. Il s’enquit des dernières nouvelles et apprit que Jeanne, la très fidèle, avait été vendue aux Anglais par Jean de Luxembourg et qu’elle était emprisonnée à Rouen pour un jugement qui la conduirait très certainement à la mort, brûlée sur un bucher comme un vulgaire porc, en expiation de ce qu’elle leur avait fait subir malgré sa petitesse et sa modestie. Il en fut attristé, se rappelant les cavalcades conduites par la Jeanne dans l’Orléanais, dans ces chemins boueux et débordant de moustiques, pour surprendre les Anglais, si fiers de leurs personnes, si sûrs de leurs droits, si dédaigneux des natifs de cette terre difficile à cultiver.

Il reprit alors la route de Saint Bègue, son village, au nom mal connu parce que difficile à prononcer malgré son apparente simplicité, rangea sa brouette, entra dans la salle principale de sa maison et s’assit, le visage défait, l’œil interrogateur, le menton dans sa main gauche, cette sénestre sans droiture au convenu, seule à imaginer des idées folles. Il resta là tout l’après-midi, sans bouger, ni même penser, c’est-à-dire laisser aller ses idées où elles voulaient se rendre, sans ordre ni préséance, au fil des minutes, puis des heures. Progressivement, il se concentra sur ce qu’il avait entendu, Jeanne, en prison, vendue comme un vulgaire légume sur la place d’un marché, cette jeune fille qu’il avait connue, pas trop belle, mais pleine d’une énergie qu’aucun homme n’égalait, qui savait lorsque cela lui semblait nécessaire avoir le verbe haut et l’épée dégainée, maintenue enfermée dans une tour immonde au cœur du quartier général anglais, à la merci de Pierre Cauchon, l’évêque de Beauvais, un renégat à la solde des étrangers, qui ne pouvait trouver un chef d’accusation valable. Non, cela ne pouvait se passer ainsi, il fallait faire quelque chose !

14/03/2017

C'était toi

C’était toi, l’ombre entrevue
Comme un double de moi-même
Cette glissade des personnalités
Jusqu’à l’emmêlement des genres
Nous nous retrouvons nus
Sans vêtements ni même sentiments
Et contemplons nos chairs incolores
Rien ne sert de nous caresser
L’empreinte de nos mains sur les corps
Reste sans conséquence ni mystère
Elles passent au-delà du rideau de l’être
Et s’enfoncent dans l’inconnu
Les bras s’allongent et ne peuvent saisir
Le vent, la pluie et les larmes
Le monde s’en est allé, que me reste-t-il d’autre
Que ton regard de fer et tes mains de velours
Le souvenir d’une après-midi ensoleillée
Et de ta fraîcheur dévoilée comme une orange ouverte

 ©  Loup Francart

13/03/2017

Puissance

La puissance ne tient pas à la valeur de chacun

Mais à l'assemblage de tous.

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12/03/2017

La poésie

La poésie, c’est un grand vide qui se remplit au goutte à goutte de l’inspiration.

Mais qu’est-elle celle-ci ? Impalpable comme le rêve, elle jaillit en silence et construit sans hésitation ni protestation ce qui deviendra les lignes couchées et ordonnées de l’instant magique où le cœur vibra et s’enfonça  dans la nuit noire jusqu’à la noyade.

Bienheureux celui qui survit et garde sur le papier les vers entremêlées du souvenir et des regrets. Ceux-ci  deviennent promesse et chantent le monde tel qu’il lui apparut un jour, magnifié et transparent.

Merci l’inspirateur anonyme qui transforme le sable en or et la chair en soleil. Un nouveau jour se lève sans un regard derrière.

11/03/2017

Maxime

 

L’amour, c’est cette odeur d’absence que je trouve loin de toi.
Je la transporte avec moi.
C’est ma façon de te retrouver.

 

10/03/2017

L’essence de Pierre Heurtebise de Praguilande (11)

Arrivé au terme de ces réflexions, il s’aperçut que le silence s’était installé dans la forêt. Plus rien, pas un son, pas un pas, pas un envol ; une immobilité absolue qui lui égratignait les oreilles et la vue. Cet instant de pur silence fut comme une rosée qui entraînait l’âme vers l’éternité. Plus une pensée non plus, plus un sentiment, pas même une sensation, mais une merveilleuse douceur, comme un miel de fleurs sauvages qui traverse le gosier. Immobilisé, il sentit des larmes couler de ses yeux, en un remerciement vers l’infini, l’esprit libéré, le cœur confondu, le corps allégé, l’âme enfin apparaissant dans une nudité émouvante, révélant son essence parfumée et vertueuse. La lune se dévoila alors, débordante de lumière, faisant jaillir un numen aux contours bien nets, aiguisés par la contemplation qui avait précédé son apparition. Il se déplaça pour mieux l’examiner, mais celui-ci ne bougea pas. Il fit encore un ou deux pas. Rien, une ombre morte, qui n'était déjà plus une ombre. Progressivement, sa lueur diminua jusqu’à n’être plus qu’un pâle reflet d’une âme qui prenait toute sa puissance et sa vertu. Son numen ayant rempli son rôle, Pierre Heurtebise le laissa là et rentra alors à petits pas ou plutôt à petits béquillements jusqu’à toucher la première marche du seuil de sa maison. Il ne savait ce qui s’était passé. 

Les journées suivantes transformèrent Pierre Heurtebise. Durant cinq jours, il ne sut si c’était le jour ou la nuit, si les lueurs venaient du soleil ou de la lune, s’il ressentait son existence ou son essence. Il ne mangeait plus, ne dormait que peu, assis sur une chaise, ne se rendait aux toilettes qu’en dernière extrémité, et ne rêvait à rien. Il était envahi par un rêve étrange et bouleversant, celui d’un homme qui n’en était plus un, redevenant un homme qui se révélait plus qu’un homme. Longtemps, il s’interrogea sur cette étrange impression, puis, à la fin de la semaine, il eut l’intime conviction d’être transformé : sa jambe ne saignait plus, n’exsudait plus ces odeurs infâmes ; ses fissures se fermaient doucement, lui procurant un sentiment de gratitude envers il ne savait qui, le laissant bienheureux comme un simple d’esprit, le sourire aux lèvres, le cœur débordant, le cerveau vide d’un désir inconnu.