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18/08/2016

Destin

Le destin a ses limites.  Qu’est-il ?


L’inéluctable tombe en extase
Rien ne vient tout seul
Il est poussé par son destin
A commettre des crimes abominables
Et pourtant quel doux garçon
Lorsqu’il tenait la main de sa sœur
Et partait à la plage, souriant

Il connut la joie des baisers
La jouissance des unions
La solitude des reclus
La fidélité de certaines femmes

Mais rien de tout cela
Ne lui permit un jour
D’atteindre un réel nirvana

Il louchait vers autrui
Et contemplait leurs possessions
Sans pouvoir détacher son regard
De ce qu’il n’avait pas

Alors, un jour, il fut tenté
De prendre ce qui lui était interdit
Parce qu’appartenant à autrui

L’objet exerçait son envoûtement
Il s’en saisit d’un geste brusque
Fut rejeté par l’autre
Qui chercha à l’en empêcher
Il répondit de la voix, puis du poing

S’ensuivit le méli-mélo
Qui consacra sa victoire
Et la mort du possédant

Non, ce n’est pas de sa faute
Cette envie de possession
Qui le conduit au pire
Dans l’obscurité d’un cachot

©  Loup Francart

12/08/2016

Profil

Encore un jour, toujours je te regarde
Et te contemple, frêle et magnifique
Un profil si visible en ma mémoire
Dont au fil des années je déroule l’espace.

Je possède un coin de souvenirs réservés,
Un château dans la lande et des rires envolés
Dont j’ouvre les fenêtres pour une veillée
Devant ce profil qui fit longtemps rêver.

Je te revois ce premier jour, enluminée,
Tête haute et seins fermes, apprivoisée,
Ne sachant que tu allais devenir mienne.

Devant ce même profil les années ont passé
Et ce dessin chéri est un rêve comblé,
Un paradis dont tu es la gardienne.

©  Loup Francart

09/08/2016

Fidélité

Un cœur a sauté dans l’arène

Le sang est d’or

Et le sable d’argent

Le sang tache le sable

Et le sable boit le sang

C’est la fidélité

Mais le vermeil du sang s’est craquelé

Le soleil luit si bas sur nos têtes

Et le vent a emporté le sang

Qui s’accroche aux derniers grains de sable

La nuit, le silence et la lune

Hante cette marée noire

Le lendemain

D’une corrida

Sans mort

©  Loup Francart

04/08/2016

La chambre verte

Dans ce jardin immense où piaillent les enfants,
On trouve une petite chambre dissimulée
Sous des arbres menteurs et bien vêtus
Qui cachent un paradis de douceur ignoré.

Il faut s’enfoncer sans peur
Dans cette noire épaisseur
Que borde le soleil
Sans jamais la pénétrer.

S’ouvre alors devant vous,
Après un instant prolongé
D’obscure ambiance moite,
L’écoulement des eaux.

Elle franchit ses bassins
En roucoulant de joie,
Glougloutant sauvagement
Et pressée d’en finir.

L’architecte des liquides
Sournoisement a conçu
Un cheminement tortueux
Bordé d’arrêts obligés.

Et là vous méditez
Dans ce concert ailé
Sur le temps qui passe
Et l’espace qui s’enroule.

Cette chambre en plein air
Est le refuge des bien-portants
Qui y viennent ruminer
Leurs erreurs pardonnées
Et leurs espoirs d’un devenir meilleur.

©  Loup Francart

01/08/2016

Emprise

Et toujours tu me suis
Où que je sois parti
L’ombre a son emprise
Et dit sa traîtrise

Elle se lève aux rayons
D’un soleil tatillon
Elle englobe le jour
Et se veut sans retour

Tout sauf l’émergence
D’une folle connivence
Au jour anniversaire

Nul ne peut prédire
Le radieux avenir
De son propriétaire

©  Loup Francart

28/07/2016

Bille

Entre en toi-même, mais où ?
Je ferme les yeux
D’où vient ce fourmillement ?
Le haut du crâne me semble un lieu précis
Mais il ne différencie pas le dehors
Du dedans qui résonne dans la tête
Ce n’est qu’une bille de bois
Qui se cogne aux limites du vouloir
Et se heurte aux événements réels
Entre dans la bille et secoue-toi !
Tu tombes vers le néant
Est-ce tout ce que tu contiens ?
Mais bientôt les images t’envahissent
Tu es submergé.

Stop !

Rien, un voile noir te recouvre
Tu ne peux respirer ni penser
Progressivement l’étau se desserre
Ton souffle s’allonge et glisse
Entre toi et ce monde
Un feuillet blanc et vierge
L’œil rejoint le fond des globes
Et repose, innocent, sans frayeur
Tu te contemple, étranger
Dans ta propre consistance
Non, ne pas s’endormir
Rester éveillé et tendu
Vers le but suprême et ignoré
Le trouveras-tu aujourd’hui ?
Tais-toi et ne pense plus
Mais comment ne pas penser sa pensée ?

Tiens, ça y est !

Je perçois la limite
Elle est floue et me fuit
Elle s’évapore et me dissout
Dans le brouillard blanc de l’absence
Je n’ai plus de corps
Encore une tête ? Oui
Mais elle se liquéfie doucement
Je baigne dans le jus de l’ignorance
Et m’en trouve bienheureux
Quel repos ! Rien qu’un nuage incolore
Sur lequel repose la bille de bois
Elle ne résonne plus, ne bouge plus
Elle semble sans vie, mais énergique
Elle fonctionne à plein régime
Mais ne brasse que l’absence
De perceptions et sensations

Silence !

Le va et vient purificateur
S’installe en ta présence sereine
Le souffle devient ruisseau
Qui purifie ta grotte intérieure
Attention, tu t’endors
Et pourrais ne pas te réveiller…
Quel brouillard bienfaisant…

Dors sans souci…

©  Loup Francart

24/07/2016

Féminité

Il partit un jour, lequel ? Elle ne sait pas
Elle resta seule, perdue dans ses rêves
Jusqu’à ce qu'il revienne faire son mea culpa
Il était mort, piégé par les attrape-rêves

Rien de plus logique, pensa-t-elle, charmée
Il s’en va sans savoir et revient sans rien
Avec un mot proféré d’une voix sucrée
Innocent et digne d'un propre-à-rien

Ainsi le beau parti s’en est allé ce jour
Sans savoir pourquoi et même dans quel séjour
Jusqu’aux confins lointains au-delà des pensées

Elle resta seule, prisonnière des mots
Regardant ses rêves, séparés et jumeaux
Jusqu’à sa décision ferme de s’offrir un thé

©  Loup Francart

21/07/2016

Baptème

Il réalise à cet instant ce qu’est l’être.
Il le vit dans son corps et se sait épanoui.
L’être qu’il est, regarde par la fenêtre.
Est-il consistant comme ces nuages gris ?

Détaché de lui-même, il parcourt sa vie.
Qu’ai-je fais aux autres et pas à moi-même ?
Jeune, il erra longtemps possédé d’envies ;
Puis, assagi, il osa l’autre baptême.

Il rompit les amarres et s’en alla nu.
Il laissa derrière lui toute déconvenue,
Signant son destin d’être muni d’une âme.

Elle le porta au large sans appréhension.
Il flotta dans les cieux de la méditation
Et se divinisa dans les bras d’une femme.

©  Loup Francart

10/07/2016

Le grain de poussière dans l'oeil

Ce n’est parfois qu’un grain de poussière
Mais ce peut être l’aveuglement
Ou même le refus de voir et constater
Alors on laisse l’image fuir
Et on l’empêche de gigoter dans le cerveau
Elle revient cependant, forte et vivace
S’insinue derrière l’entendement
Et bouleverse subitement la compréhension
Naît alors la confusion et dérision
Oui, c’est bien lui ou elle, pourquoi ?

©  Loup Francart

06/07/2016

Liberté (3)

Seuls peuvent accéder à la liberté
Ceux qui découvrent la frontière intérieure
Là où le moi n’est plus qu’un souvenir
Là où le soi vient sans être appelé
Dans cette magnifique solitude
Où vole, extasié, celui qui n’est plus rien
Il a franchi  le point de non-retour
Il a atteint le trou noir de la non-révolte
Il n’est plus et il est, vrai humain
Et presque Dieu parce que si proche
De celui qui l’a créé pour le faire
Egal à lui en toute liberté
Au-delà du cosmos, libre de toute pensée
Il va dans le monde et veille sur lui
Par la simple expression de son ouverture
Qui lui donne l’amour par filiation
Sans effort, en toute vérité

Alors, la liberté c’est le choix de se tenir droit
Dans la joie comme dans l’adversité
De ne se laisser atteindre par rien
D'être vivant parmi les vivants
Sous le regard de la beauté de la création
Insensible à la mort
Présent ici et maintenant
Un point dans l’univers
Devenu le cosmos entier
Une flèche entre celui-ci
Et celui qui est de toute éternité

©  Loup Francart

05/07/2016

Liberté (2)

Pour les plus démunis, la liberté
Est la capacité à faire face à la pénurie :
Survivre à la faim, à la maladie,
A la raison des plus forts
Ou à la déraison des fous
Enfouis en creux dans la glaise
Ils espèrent vainement la délivrance
Mais ne voient venir le soir
Que l’illusion du coucher de soleil
Demain, il fera jour et rien d’autre
Même pas l’artifice d’une pause
Ainsi en est-il pour une multitude d’humains
Esclaves enchaînés au mirage de la vie
Qui marchent sans fin dans la poussière
Et ne boivent à la source que par intermittence

D’autres se battent pour de nobles causes
Illusoires sans doute jusqu’à la vérité
La nécessité devient droit,
Le droit devient devoir
Le devoir devient tyrannie
La liberté s’en est allée
Elle a fui les lieux du pouvoir
Et s’est réfugiée dans la solitude
Des rêveurs d’autres temps
Oui, conquérir sa liberté est un devoir
Que peu acceptent d’accomplir
La plupart la veulent docile et soumise
Alors qu’elle est autonomie et volonté

©  Loup Francart

04/07/2016

Liberté (1)

Liberté, mot chéri de notre langue
Combien de fois as-tu été prononcé ?
Tu te pavanes dans la bouche du pouvoir
Tu te déhanches devant le micro médiatique
Tu t’ébroues au milieu des anarchistes
Tu étais pourtant bien parti parmi les Hellènes
Platon t’ajustait en bulles sphériques
Qui explosaient à la face des ignares
Socrate, qui ne l’a pourtant jamais écrit
Voit la liberté supérieure à la vie :
Mourir pour atteindre l’universalité
De la pensée et de la morale humaine

Tu montes telle une pyramide infinie
Devant des yeux écarquillés
La liberté se paye et se gagne
Elle n’est pas ou elle est
On la vit à chaque instant
De différentes manières
Elle s’adapte à chacun
Elle se prête à toutes les combinaisons
Elle prend toutes les formes possibles
Jusqu’à celle d’un nourrisson endormi
Elle t’accompagne toute ta vie
Et te contemple dans tes efforts
Même prisonnier ou mourant
Tu gardes ta liberté d’homme
Jusqu’à ton dernier souffle
Celui qui te conduit vers l’ultime :
La dignité devant la mort

©  Loup Francart

03/07/2016

Maxime

 

L’homme se protège telle la noix

Mais à celui qui sait casser sa coque

Le cœur est offert en toute transparence

 

01/07/2016

Grisaille

Le temps s’est arrêté, ce matin tout est gris.
Étonnant de couleur fade, le royaume
Quotidien est parti, tel un vieillard aigri.
Quel brouillard encalmine ce vaisseau fantôme ?

Referme tes paupières ! Bouche tes oreilles !
Ouvre tes bras à l’air tiède et sans odeur,
Secoue la couverture pesante du sommeil
Et trempe tes doigts dans l’inutile froideur !

Dors encore ma belle, emplis ta virginité
De cette mémorable vacuité.
Cours vers le fleuve immobile et béant.

Un jour de plus ou de moins, est-ce possible ?
Dans la grisaille du temps admissible,
Tout vous attire vers un éternel néant.

©  Loup Francart

28/06/2016

Haïku (en contre saison)

 

Nuit sans lune

Elle va, sur la neige, vierge

Devant l’infini

 

©  Loup Francart

 

23/06/2016

Le poète

Le poète n’a pas peur de la mort
Il est plus vivant que les vivants
Il est entré en osmose avec le monde
Celui des faits, des idées, des espoirs
Il compile ses impressions à sa façon :
Une petite boule entre deux doigts
Qui contient tout son être et plus
Elle brille de mille feux sans brûler
Elle réchauffe les cœurs purs
Elle ouvre à l’autre lieu, celui
De l’inconnaissance et de la joie

Le poète décrit un présent éternel
Propre à chacun selon son étonnement
Il y contemple la splendeur de son éternité
L’expression de sa personne réelle et vivante
Ce présent est son seul trésor
Car chaque être est unique pour l’éternité

Ainsi, chaque poète a sa vision poétique
Aucun n’entre en poésie, il est dedans !
La poésie, c’est le monde vu de l’intérieur
Derrière la peau de la sensibilité
Aux poils hérissés par les aléas de la vie


Le poète crée de l’être, donc de la vie
Il poétise le monde en se poétisant lui-même
Il crée le monde naturellement et quotidiennement
Et cette création lui permet d’être
Unique et conscient de sa valeur d’homme
Comme l’ivrogne au bord du chemin
Le sol vire à 90 degrés. Quel tournis !


Alors les mots sortent seuls du chapeau
Et montent fermes dans l’espace céleste
Et là, rien ne peut plus l’atteindre
Si ce n’est le vide cosmique de la poésie

©  Loup Francart

19/06/2016

L'espace

Il commence par un point, mais s’étale bien vite
Comme une tache d’huile sur le carrelage du destin
Il est plat comme une crêpe, et pourtant
Il a de la profondeur à l’image d’une serrure
Dans laquelle la clé des voyages s’épanouit
Mais comme il est long de marcher sur son ère
Fatigue… Cors aux pieds… Ne plus y penser…

Mais il y a d’autres espaces, plus souples
Tel le cyberespace, une invention du diable
On ne sait jamais où il est ni où il va
Noyé dans les enroulements des espaces de Calabi-Yau
Il surgit à l’improviste et disparaît aussi vite
Personne ne croît à son existence, et pourtant,
Il ne cesse de vous enlacer et de vous charmer

L’espace conceptuel est une construction de l’esprit
Qui s’écroule à chaque nouvelle découverte
Et repart dans un nouveau cycle chaotique
Nombreux sont ceux qui y pénètrent
Et tentent des jeux d’esprit et de pouvoir
Avant de sombrer dans l’anonymat

La noosphère est un espace qui se construit
Avec l’avancée du temps dans l’espace physique
Bien qu’il n’ait rien de solide et ne contient
Que les étincelles fulgurantes des plus grands
Elle entoure d’une aura discrète, mais réelle
La planète des créateurs et travailleurs
C’est un musée où l’on peut glaner
Et ressortir avec une idée de génie

Seul l’espace spirituel s’ouvre à l’entreprenant
Qui, un jour, a ouvert son troisième œil
Et qui regarde, étonné, cet espace vide
Au goût de miel et d’éternité


Cet espace dont l’accès est lié au temps
Est le seul qui n'y est plus sensible

©  Loup Francart

14/06/2016

Le temps

De sa naissance à sa fin, il prend la ligne droite
Rien ne le fera revenir en arrière, même pas Dieu
Pourtant, est-il plus élastique que la volonté
Il s’étire dans les nuits en un fil ténu
Il s’enroule en boule dans le nœud de la gorge
Quand l’angoisse monte dans le cœur
Il ne connaît qu’un seul but : devant toi !
Que tu marches serein ou que tu cours, échevelé
Que tu regardes à tes pieds ou à l’horizon
Tu ne vois qu’un point blanc ou noir
Selon le jour, ton humeur et ton âge
Il t’ouvre les portes du succès, modeste
Ou il clôt des tentatives malheureuses
Dans les jeunes années, le fil est monotone
Il se dévide avec lenteur, sans motivation
Hormis les sensations et les émotions
Progressivement il éprouve des sentiments
Et fait monter en toi des larmes amères
Jusqu’à ce qu’il conceptualise tes aventures
Et les transforme en leçons apprises
Pour certains événements, il fabrique des nœuds
Qui enflent comme une hernie de chambre à air
Elles explosent parfois et le fil semble perdu
Le noir total ! Mais tu tiens le fil, toujours
Et te hisses pour remonter la pente
Oui, il est fait de monts et de vallées
De paysages arides ou de marais putrides
Tu cours, tu voles, tu patauges
Mais l’étincelle est toujours là,
Et avance devant toi, sans t’éclairer cependant
Ce n’est qu’un trou vide de tout
Une absence de ta personne, et, peu à peu
Tu prends place dans le paysage
Et joue sans relâche ton rôle avec fermeté
Tu regardes derrière toi sa trace
Et ne vois qu’un personnage falot
Qui, souvent, ne sait ce qu’il fait
Et il passe, il passe le temps dévoreur
Jusqu’au jour où tu disparais du paysage
Pour toi le fil est coupé, mais repris par un autre
Il poursuit sa route inlassablement
Jusqu’à la fin des temps…

©  Loup Francart

12/06/2016

Noosphère

Coupe les circuits de ton infosphère
Coupe les turbulences de la mondialité
Et ouvre-toi à la noosphère céleste

Étends tes ailes et couvre de ton ombre
Les faits et méfaits de tes contemporains
Et commence par ceux que tu as commis

Il est temps d’envisager un autre temps
Il est temps de construire d’autres espaces
Il est temps de voir au-delà des corps

Vois les idées qui volent sans retenue
Vois les envies de qui les fait tomber
Vois l’amertume de qui ne les voit pas

Plus loin encore, dans l’immensité
Où seule l'âme pénètre sans dommage
Brillent les lueurs de la créativité

Là se trouve la Jérusalem céleste
L’irradiante agitation des neurones
La paix bousculée des créateurs

Alors tu partiras sans peine
Sans un regret sur ton destin
Et bondiras dans l’immortalité

©  Loup Francart

04/06/2016

Renouveau

L’eau emplit les caniveaux
Puis, très vite, déborde ce niveau
S’enfile dans les caveaux
Enjambe les barreaux
Se transforme en bourreau

L’eau envahit les boqueteaux
S’enroule autour des roseaux
Grimpe aux jambes des puceaux
Jette un regard aux jouvenceaux
Et pépie sans cesse tel un moineau

L’enfant assis dans son vaisseau
Va de village en hameau
A l’imitation des chemineaux
Et rassemble son troupeau
Portant haut et fier son drapeau

L’eau est partout, dans ce tombeau
Le froid congèle même les bigorneaux
Y nagent encore quelques barbeaux
Et les cris effarouchés des damoiseaux
Proclame le jour du renouveau

©  Loup Francart

02/06/2016

Maxime

 

Tous nous avons soif de nouvelles connaissances,

comme si les anciennes ne nous suffisaient plus.

N’est-ce pas en permanence vouloir reproduire ce que nous avons déjà vécu :

la soif de l’inconnu et l’illusion d’un changement ?

 

 ©  Loup Francart

31/05/2016

Décision

L’indécision est une faille dans le roc.
Un coin s’enfonce et ouvre les lèvres
Qui s’entrebâillent et sourient devant le troc.
Être ou ne pas être donne la fièvre.

Comment te parer des meilleurs raisonnements ?
Es-tu de conviction ou d’humeur batailleuse ?
L’opinion est plus facile que l’argument,
Mais contraint à la défense laborieuse.

Seul devant tous, tu recherches le ralliement.
Ce n’est pas l’affrontement mais la caresse
De l’amitié qui penche vers la tendresse.

Alors tu pèses dans ton cœur, habilement,
L’impact et la vigueur de ta résolution
Et jettes au caniveau ton irrésolution.

©  Loup Francart

 

 

27/05/2016

Guerre des mots

Ahiyaoua ! Ahiyaoua !
Ils se défient en onomatopées
Les unes sont connues, tellement
Qu’il est vrai, elles ne sont plus entendues
D’autres sont des inventions
Germées tout droit de l’exaltation
En réplique à une interjection

L’enfance rêve de nouveaux mots
Pour paver la marche vers la gloire
Ils sortent du chapeau envoûté
En cris d’apprenti sorcier

Hikedonk, hikedonk, le héros
Courant aux bords de l’univers
S’en est allé et s’est perdu
Dans la mer des lettres
Un plouf retentissant, mais muet
Visible à mille lieux comme un feu

Aussi le plus souvent possible
Les apocopes deviennent légions
Ils colocent dans la bizarrerie
Tels les paons en majesté
Sous la surveillance des profs

L’acronyme fait la sourde oreille
Les garçons sont sensibles à la Nasa
Les filles se voient dans une belle auto
Mais tous devant le Manneken-Pis
sont mdr quoi qu’il arrive

Quant aux sigles, réservés aux adultes
Ils commencent à fleurir à la cité U
Ils s’épanouissent dans les NTIC
Et les BD regorgent de lettres sans suite
Que l’enfant attentif et studieux
Cherche en vain dans le dictionnaire

Oui, c’est la foire du trône des mots
Une gélatine odorante aux oreilles
Que l’on brasse à pleines mains
Et que l’on s’envoie à la figure
Pour le plus grand plaisir des sourds 

©  Loup Francart

25/05/2016

Haïku

"Composer des haïkus, c'est déchirer la surface du quotidien d'un coup de fouet, en faisant claquer la cravache des mots." (Alain Kervern)

 

Horizon barré
Le tonnerre gronde au loin
Un coup de poignard

 

haïku,poésie,japon,présent

 

22/05/2016

silence

 

L’ombre dédoublée
Naissance du silence
Vivre malgré tout

 

1-IMG_3349 bis.JPG

 

 

21/05/2016

Le temps

Elle prit le temps d’avoir le temps
Ce ne fut pas sans peine ni courage
Elle avait tant de choses à faire, à dire
Et toujours elle n’avait pas le temps

Jamais elle n’aurait pu abandonner
Elle n’avait que deux mains et pieds
Ils étaient constamment en mouvement
Remuant jour et nuit, bien huilés

Etait-elle hagarde ou épuisée ?
Elle avait les paupières closes
Sans pleurs ni regard mêlés
Elle reposait à terre, en tas

Aurait-elle perdue la tête, cette enfant ?
Pourra-t-elle à nouveau s’adonner
A la souffrance du repos et de l’errance
Et se laisser glisser dans l’inconscience ?

Elle erre dans le désert de son esprit
N’y rencontre aucun être connu
Quelques cailloux et plantes sauvages
Pas une âme qui vive ou meurt

Dans ce refuge improvisé et stérile
Elle n’a rien à opposer au spleen
Qui l’a pris de vive force, sans un mot
Et projeté dans le vide sans parole

Ainsi elle perdit son temps
Pour prendre le temps
D’avoir le temps
Tant qu’il était encore temps

©  Loup Francart

18/05/2016

Vacances

Les vacances de l’enfance sont douces.
Elles exhalent le foin et les marais,
Ont la nostalgie du dictionnaire Larousse
Et des petites filles courant en mollets.

Nous avons tous rêvé de ces moments lointains
Où, ensemble, attablés dans la cuisine,
Nous attendions la sortie du four de ces pains
Que nous nous disputions avec nos cousines.

Souviens-toi de ces poulets hirsutes et mi-fous,
Poursuivis de bâtons maladroits mais mortels,
Puis déposés en trophée au pied de l’autel.

Et ces orages lointains de fin du mois d’août,
Quand nous nous réfugions dans les bras des parents,
D’où nous pouvions crier « j’ai pas peur », bravement…

L’enfance est belle parce que sans soucis.
Elle a l’arrière-goût des prunes cueillies sur l’arbre,
Des baignades défendues au retour transi
Et des adieux émus au mois de septembre.

Depuis, les cousins et cousines dispersés,
Nous avons vécu notre vie vaille que vaille,
Toujours en souvenance de ces jours d’été
Où nous étions indifféremment la marmaille…

©  Loup Francart

17/05/2016

Il est sorti de presse : Le souffle des jours

C'est un souffle léger qui ne décoiffe pas, mais qui fait frissonner l'âme et donne à chaque chose sa juste pesanteur.

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Le temps te presse… Et tu résistes
À l’appel de la fin des temps
Le temps te presse… Ne te presse pas...

Le poète n’est pas un être à part. Modestement, il dépeint ce qu’il ressent et tente de le partager avec les autres. Cet échange établit un pont entre deux êtres au-delà du langage rationnel. La poésie, ensorceleuse et généreuse, en est le véhicule, contraignant le poète à sortir de lui-même pour découvrir la vie, l’amour, la mort. Elle dévoile l’invisible qui se cache derrière le monde visible.

 200 pages
Prix du livre avec envoi par la poste compris : 15 €
A commander directement auprès de Loup Francart sur galavent@gmail.com

Il n'est pour l'instant pas diffusé dans le commerce, car il a été publié en autoédition.

Vous y retrouverez certains poèmes publiés dans ce blog. Alors... Bonne lecture...

15/05/2016

Printemps

 

Les bras grands ouverts
Il a vécu. Il est mort
Paix à son âme

 

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13/05/2016

Délire

J’ai deux cornes, il en a trois
Qu’ai-je à faire de cet homme
Qui pirouette chaque jour
Au spectacle des éléphants

La nouvelle bohème arrive
Elle est pleine de sarcasmes
Et survole habilement les trous
Où s’épanchent les petits noirs

Partie un matin d’avril sans un fil
Elle découvrit son fils dans la rue
Pêchant une sardine aux pieds
Des touristes ébahis et gogos

Lui resta de marbre, solitaire
Pris dans la glaise chaude
Les mains ruisselantes de baisers
Et le cœur large comme un camion

Où donc courraient-ils tous deux ?
Restez avec nous pour rire encore
Des vers mirifiques mangés de papier
Qui tombent  des échafaudages

Nuit… La poubelle passe devant nous
Où va-t-elle donc, cette chérie ?
Court-elle après l’azur et la paille
Qui encombrent les pas de porte ?

Jour… L’orage est passé, vert
Comme le gnome du divan
Qui décide de rompre ses fiançailles
Et de boire la ciguë au goût de fraises

Midi… Rien ne nous oblige
A prédire la vertu et la pétulance
Court au plus profond de toi-même
Regarde l’obscure dans ton giron

Minuit… tout est là, immobile
Au sein de la ville perdue
Dans le grain de sable
Et l’immensité des tours

Le fini n’a plus la force
De saisir sa chance
L’infini est là, hirsute
Et prend la main

Le vide ne remplit pas les pleins
L’absence ne remplace pas la vie
Qui s’en va au creux de l’ignorance
Et poursuit sa quête fatale

Est-il possible qu’un plus un
Ne soit pas un résultat
Mais une question essentielle
Pour atteindre la connaissance ?

Je ne sais plus rien, ni le vent
Ni la mer, ni les verts pâturages
Mes yeux sont tombés, mûrs
A côté de mes chausses fermées

Merci mon Dieu pour cette détente
Qui ne signifie rien que la joie
De parler pour ne rien dire
Et de chanter l’ivresse du pouvoir

©  Loup Francart