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14/07/2018

Perte

 

Entre les feuilles fraîches et maladroites    
Restent les serviteurs de l’année écoulée
Noués comme les cannes des vieillards fatigués
Ils laissent encore passer le suc de la jeunesse
Tu m’as donné les meilleurs jours
Environné de désespoir, j’errais dans l’ombre
Fantôme détrôné à l’esprit déraciné
Me heurtant aux piliers du qu’en-dira-t-on
Tu es venu tendrement comme un nuage
Et tu m’as pris dans ton haleine vaporeuse
L’odeur de la vie m’a submergé et conquis
Ouvrant béatement le puits sans fond
Où j’ai jeté mon embarras et ma folie
Sais-tu que j’ai gardé longtemps ce parfum
Au creux de mes tempes endolories, muet d’étonnement
Je chevauchais la lune, bordé de garde-fous
L’œil acerbe sur mes propres défaillances
Ressentant au plus profond l’effondrement du personnage
Et le souffle vital du renouvellement
Quelle piste d’envol pour l’enivrement
J’ai tout perdu, fort la vie
J’ai trouvé l’âme, ce nid de plumes
Qui pépie et brûle les doigts
Et j’ai atteint le lieu de transparence
Où le cœur n’a plus d’attaches ni souvenirs

©  Loup Francart

 

12/07/2018

L'ambition

Quel mot curieux… A prononcer avec précaution
Un peu, beaucoup, à la folie ou pas du tout
Chacun l’accommode à sa manière, ni trop ni trop peu
Il convient de l’ajuster à sa taille et son poids
Certains se prennent pour la grenouille
Et enflent démesurément, sans vergogne
Jusqu’aux jours de la chute probable
D’autres la laisse dans leur poche
Recouverte de leur mouchoir et leurs rêves
Ils vont dans la vie sans savoir jusqu’où
Cela peut leur réussir, mais échoue le plus souvent
Mais quel est donc cet aiguillon diabolique
Qui pousse certains à l’inatteignable
Ou qui délaisse les neurones des plus faibles ?

L’ambition est ainsi appelée couramment
Folie pour les uns, nécessaire pour les autres
Démesure et rengorgement, pensent les premiers
Audace et gloire, comprennent les seconds
Où donc se trouve le juste milieu :
Est-ce un point sur la ligne du temps ?
Est-ce un pic où manque l’oxygène
Ou s’agit-il d’une source à partager ?
Seule elle ne peut exister et survivre
Elle doit être accompagnée et même encadrée
Pour quoi faire et pour quel devenir ?
Pour qui ? Pour moi-même ou pour l’autre
L’ambition peut devenir obsession
Elle peut aussi  traduire la passion
Ou encore conduire à la création
Elle se conclut parfois par la réalisation
Mais peut aussi mourir d’extinction

Alors laissons-la vivre sa vie
Sans trop se mêler de ses effets
Juste pour rappeler que l’on est
Semblable à l’autre dans son insuffisance
Taillons-nous une image à notre pointure
Et vivons sans y être attaché

©  Loup Francart

09/07/2018

Enfance

Qu’ils soient garçons ou filles
Ce sont des enfants
L’enfance est sacrée
C’est le temps des rires et des pleurs
Des bouderies et des câlins
Volte-face, je t’aime
Virevolte, je te déteste
Mais derrière ces comportements
Il y a l’innocence et la fraîcheur
Une pluie d’été qui lave
Et fait oublier la pesanteur
Les ombres et la noirceur

Chaque âge a son empreinte
Le premier n’est qu’un œil clos
Le second la mécanicité du geste
Puis l’odeur du cou béni
Des parents si gentils
Où l’on aime s’ensevelir

Viennent ensuite les premiers signes :
Non !
Rien de plus
Et c’est beaucoup de volonté
Que de remettre en cause
Ceux qui donnèrent la vie
Mais c’est un jeu utile et nécessaire
Pour acquérir l’individualité
Et vaquer dans le monde
En toute autonomie

Je ne veux pas !
L’enfant construit ainsi
Indépendance et caractère
C’est une période difficile
Et bien vivante aussi
Que cet affrontement soudain
Elle peut se traduire en sourires
Ou colère et pleurs de rage
Qui gagnera, nul ne le sait
Chacun joue son jeu
Et exerce son pouvoir
En tentatives de manipulation
Sans cependant avoir une idée précise
De ce qu’il convient de faire
L’expérience finit par créer le succès

L’enfant devient moi
Seul contre tous
Pour affirmer sa personnalité
Une nature qui grandit
Et le façonne par le frottement
Et l’affrontement avec l’autre
Il lui faut percer le mur
De la raison et de l’entendement

Alors l’enfant entre en conciliation
Avec lui-même et s’étonne
De son manque de cohérence
Il franchit le pas et saute
Dans le dialogue intérieur
Remuant la soupe des tracas
Assaisonnée de fulgurantes décisions

C’est un apprentissage lourd à vivre
Que celui que mène l’enfant
Face à lui-même et aux autres
Sans savoir qui il est
Ni ce qu’il deviendra
Certains s’en tirent bien
D’autres ont un profil boiteux
Quelques-uns finissent mal
Enfin il arrive qu’ils ne sortent pas
De cette bouillie d’émotions

Quel enjeu que devenir homme ou femme
Et former le meilleur de l’humanité

©  Loup Francart

03/07/2018

Buttes-Chaumont

 

L’arbre aux dix doigts exhibe ses œdèmes bravement.
Entouré de verdure, il trône sa fierté.
Sa jupe effilochée s’agite au gré des vents.
Est-il fort cet enfant ouvrant ses bras ouatés !

Entré dans ma bulle, je m’évade du corps.
Flottant à mi-pente, je suis vaporisé.
Pas un oiseau ne chante, la chaleur les endort.
Quel bel après-midi en ce lieu pavoisé.

Passent les promeneurs qui sont les bienvenus,
L’œil brillant de douceur, courbé sous la chaleur,
Devisant ou muets, à petits pas menus,
Sans décoller du sol, lié à la pesanteur.

Enfin, voici l’été, saison sans pénombre,
Les enfants courant nus saisis de vertige,
Les parents cherchant l’eau, ne trouvant que l’ombre.
Seul l’écureuil court au long des tiges.

©  Loup Francart

poésie,écriture,poème,littérature

 

01/07/2018

L'oeuf de Colomb

L’œuf de Colomb est un véritable défi.
Comment différencier la pensée du faire ?
S’il suffit de penser, Dieu ne peut stupéfaire,
L’homme devient dieu par agilité d’esprit !

Le crâne d’œuf des jeunes universitaires
En toute puissance d’imagination
Sonne des coups portés à sa conformation
Et donne à leur talent la vertu des œillères.

Il marche sur des œufs sans pouvoir avancer
Met-il encore ses œufs dans le même panier ?
Est-il plein comme un œuf et peut-il marcher droit,
Lorsqu’il court, nez au vent, tout en pensant à soi.

Elle venait de sortir, coquille encore intacte,
Mais ses yeux de braise tuent le désir dans l’œuf.
Elle contemplait les hommes le regard encore neuf,
Sans gêne par innocence, jeune autodidacte.

Elle fit l’œuf, comme le jour où elle s’en fut derrière,
Emplie de connaissance, résolue sans barrière.
Elle fit cadeau de l’œuf pour posséder le bœuf
Et du vulgum pecus devint la première meuf.

©  Loup Francart

27/06/2018

Au bout

 

Il n’y a personne. Et pourtant ?
Il est présent sans être là
Même son ombre n’imprime pas
Mais il m’accompagne cependant

L’autre jour non plus, personne
Et pourtant j’ai vu l’ombre du diable
Il y avait quelqu’un, là, derrière la forme
Invisible et présent dans le fourmillement des idées

Et depuis, chaque jour, je cherche le mirage
Qui se cache au fond des yeux clairs
Et donne au regard cet air halluciné
Qu’a celui qui contemple le bout de sa vie

© Loup Francart

 

22/06/2018

Jardin du Palais Royal

Tout d’abord, le bourdonnement :
Une multitude de sons collés les uns aux autres
Qui forment une bouillie épaisse et pâteuse
D’où sort parfois une voix ou un cri

Puis, le soleil, chaleureux, accueillant
Trop, trop chaud, trop brillant, trop puissant
Peu restent en sa présence, préférant l’ombre
Bienfaisante, enjôleuse, caressante

Enfin, le vif, le cru, le rebelle, encombrant
Telle la verdure qui descend des rangs carrés
Ou ces deux amies bavardes et inconscientes
Du calme qui émane du jardin encerclé

Encore un fait, les ombres, sous les arbres
Fantômes avançant parcimonieusement
Coupés en deux par la haie, flottants sur les eaux
Et contemplant silencieusement l’épaisseur de l’après-midi

 

poésie,écriture,poème,littérature

© Loup Francart

17/06/2018

L'espérance

L’espérance est le ballon d’oxygène
Auquel s’accroche l’homme avec confiance
Et qui le ramène à la surface de la vie
Dans le désordre des bulles du destin

Elle est au-delà de l’espoir aveugle
En deçà de l’imagination délirante
Certitude absolue d’un bien à venir
Qui dépasse entendement et raison

L’espérance est bien plus que désir
Elle est fin supérieure à l’attente
Elle ne cherche rien de précis
Et ouvre à une assurance infinie

Elle n’est cependant pas fuite
Ni même refuge des incapables
Elle vous tire du marais quotidien
Et fait tomber le ciel sur la tête

Tout devient quiétude et verticalité
L’horizon ne fuit plus devant le regard
Ce n’est ni le rose de l’espoir
Ni le gris d’un triste ruminement

C’est une disposition de l’âme
L’ascenseur direct vers la joie
Qui vous donne la bouffée d’air
Et conduit l’être au bonheur

© Loup Francart

11/06/2018

Souvenir symphonique

Couché dans l’herbe, l’œil vert
Le dos élargi du soleil pavoisé
Parmi l’insecte, parmi les tiges mortes
Le souvenir symphonique de notre enchantement
Assaille le grenier nocturne
De la mémoire

L’horizon limité de l’herbe rase
Troublé des marguerites de nos rencontres
Accueille d’une brassée émouvante
Le vide de nos doigts ouverts

La rose ébouriffée des pleurs du matin
Déplie lentement le velours de son incarnation
Pour découvrir la chaleur pâle
De son nombril profané par l’abeille
Volage, infidèle dans son exaltation
Elle déploie l’antenne de ses pouvoirs
Sur chaque cœur aux perruques poudrées

© Loup Francart

05/06/2018

La fine pellicule du temps


La fine pellicule du temps engendre l’inconstance

A cet instant, là où je suis, où aller ?
En haut, en bas, à droite, à gauche
Droit dans le mur ou contournant les monts ?

A chacun sa stratégie

Il en est qui se lient au destin des autres
Tirant à eux leurs désirs et rancœurs

D’autres naviguent seuls dans leur bateau
Et voguent sur l’eau au gré des vagues  
Ils abordent les îles lointaines
Et chantent leurs amours à la lune

D’autres encore, la tête dans la terre
Préfèrent ne pas savoir où ils vont
Ils marchent ou se laissent aller
Tâtant du bout des pieds l’incertitude
D’un avenir inconnu et inenvisageable

J’ai connu ceux qui vont droit devant
Sans se poser de questions
Ils vont, viennent et reviennent
Tournant en rond sans avancer
Croyant avoir fait le tour du monde
Les yeux clos, ils se promènent
Dans l’avenir incertain du brouillard

Il y a aussi ceux qui savent
Ceux-là sont dangereux, voire malsains
Ils expliquent à tous où se trouve le chemin
Mais se gardent bien de l’emprunter eux-mêmes
Ils amassent leur magot et se moquent
Des benêts qui les suivent, haletants

Les pauvres diables sans aide
A qui il manque un sens
Ne s’orientent qu’avec d’autres
Se tenant par la main droite
Et cherchant de l’autre le vide
D’un calvaire qu’ils sont seuls à porter

Il arrive parfois qu’au détour d’un chemin
On trouve l’esthète aux cheveux roux
Qui ronronne de douceur et d’amour
Mais qui ne découvre que l’absence
D’émotions et sentiments
Rendant son cœur sans consistance
Et le laissant sans voix ni contentement

Où donc aller sur ce chemin sans faille
Qui ne conduit qu’à la fin des temps
Quand tout sera consommé, y compris la mort
Que verra-t-on alors au bout de la peine ?
Le sais-tu toi qui contemple chaque jour
Les humains qui se démènent et s’invectivent
 Ou encore qui s’entraident et se bénissent
Apportant lumière ou obscurité
Dans la pâle lueur du jour qui se lève

02/06/2018

Rêve vide

Quelle est cette part de rêve qui te prend comme la mort ?
Transpercé d’inconnus, j’erre dans un vide sans fin.
Il est certes plaisant, cet espace sans tort.
Peut-on imaginer un néant aussi plein ?

Le réveil est glacé, où va donc ton esprit ?
Il est parti si tôt, que fait-il entretemps ?
C’est donc cette part de rêve qui comble tes nuits
Et t’empêche de vivre le jour plein ?

Aussi demain c’est promis, je ne viendrai plus
Tourmenter tes journées de rêves insensés ;
Je resterai bien calme sans oser ces abus
Qui ont comblé mes nuits et mes jours enchanté.

   ©  Loup Francart

29/05/2018

Prière

A quoi crois-tu ?
A la lumière qui est en moi.
Elle n’est pas de moi.
Elle était avant que je sois.

Lorsque je ne suis plus, elle est.
Je ne peux la retenir.
Mais si je ne cherche rien,
Elle éclaire le néant.

Elle me consume,
Elle éclaire ma nuit,
Mais n’apparaît sans défaillance
Que dans l’anéantissement.

Alors prend-moi !
Éclaire ce vide immense
Qui s’ouvre au fond de moi
Et que ton feu réchauffe mon être !

  ©  Loup Francart

22/05/2018

Paradis ou enfer

L’enfer est pavé de bonnes intentions,
A constaté Bernard de Clairvaux.
A-t-on entendu dire que la route du ciel
Est pavé de mauvaises intentions ?
Si le chemin de l’enfer est pavé d’intentions
Pour mieux conduire à l’ébullition,
La route du ciel serait-elle plus belle
Parce qu’elle est faite d’interventions ?

Le paradis n’a pas de route,
Juste un petit chemin sans tension
Ni même pavés lourds comme un cœur.
On n’y monte pas en droite ligne,
Mais en s’égarant autour de soi.
Certains même, sans y penser, redescendent
Pour aider les inconnus à choisir
La route buissonnière et l’éclat de l'affection.

Le chemin du paradis serait-il pavé
D’aimables et légères attentions ?

  ©  Loup Francart

19/05/2018

L'amour

L’amour, c’est la vie en chœur
Perçue de tous les pores de ta peau
De tous les battements de ton cœur
De tous les lobes de ton cerveau

L’amour révèle l’invisible de l’être
Il est trou d’air sans parachute
Mais fait grimper l’altimètre
Et te transforme en cocotte-minute

C’est un personnage discret
Il arrive sans crier gare
Il se révèle toujours prêt
À assaillir les plus barbares

Alors le nuage d’inconnaissance
T’empoigne sous tes ailes
Et te renvoie à l’adolescence
À cheval sur un morceau de ciel

L’être aimé devient lumière
Qui éclaire la marche de la vie
De tes aspirations devenues sanctuaire
Il devient ton unique liturgie

Et dans ton exclusive église
Tu pries à genoux devant l’être
Qui t’incline à la prêtrise
Et à toi-même te fait naître

L’amour est le mystère dévoilé
Par la déchirure du quotidien
D’un geste brusque du désarmé
Devant le féminin ou le masculin

Mais l’amour reste un mystère
Car lorsque le mystère meurt
L’amour devient cimeterre
Et s’enfuit, emportant le bonheur

  ©  Loup Francart

13/05/2018

Merci au Très Haut

Tu m’as donné les meilleurs jours
Environné de désespoir, j’errais dans l’ombre
Fantôme détrôné à l’esprit déraciné
Me heurtant aux piliers du qu’en-dira-t-on

Tu es venu tendrement comme un nuage
Et tu m’as pris dans ton haleine vaporeuse
L’odeur de la vie m’a submergé et conquis
Ouvrant béatement le puits sans fond
Où j’ai jeté mon embarras et ma folie

Sais-tu que j’ai gardé longtemps ce parfum
Au creux de mes tempes endolories, muet d’étonnement

Je chevauchais la lune, bordé de garde-fous
L’œil acerbe sur mes propres défaillances
Ressentant au plus profond l’effondrement du personnage
Et le souffle vital du renouvellement
Quelle piste d’envol pour l’enivrement

J’ai tout perdu, fort la vie
J’ai trouvé l’âme, ce nid de plumes
Qui pépie et brûle les doigts
Et j’ai atteint le lieu de transparence
Où le cœur n’a plus ni attaches ni souvenirs

 ©  Loup Francart

11/05/2018

Bruits

Il se tut. Pourquoi parler encore ?

Elle ne cessait de dire
Qu’elle n’avait rien à dire.
Lui... Que dire ?
Il écoutait chancelant.
Il aurait bien voulu
Dire son désarroi,
Proclamer son originalité.
Mais plus rien ne sortait,
Pas le moindre souffle.

Elle ne cessait de dire
Qu’elle n’avait rien à dire.
Elle affirmait sa certitude.
Quand pourrait-elle
Lui dire ce qu’elle ignorait ?
Où pourrait-elle
Lui chanter son amour ?
Saurait-elle un jour
Dire son innocence ?

Elle ne cessait de dire
Qu’elle n’avait rien à dire.
Ils allaient ainsi dans le monde,
Nus de baisers maladroits,
Avares de paroles inconsidérées.
Désespérés, ils se voyaient
Collés l’un à l’autre,
Froids des pieds à la tête,
Chauds en deçà…

Elle ne cessait de dire
Qu’elle n’avait rien à dire.
Enfin, un jour,
Dans la fraîcheur matinale,
Elle se tut, avare soudainement
De paroles inédites.
Il allait lui dire son amour,
Elle fit "chut" du doigt
Et l’attira à elle.

Alors elle ne cessa de dire
Qu’elle avait à lui dire
Cette flamme insensée
Qui lui prenait la gorge,
Qui la chatouillait en bas,
Qui la poussait au silence
Et la forçait à s’ouvrir
Pour lui donner son amour
Et l’envelopper de baisers.

 

06/05/2018

Ombre et lumière

Devant toi, je me contemple
Hors de toi, plus rien n’existe
Que des souvenirs sans vie
Pourtant, ils sont bien là
Présents dans les greniers,
Mais je ne trouve pas la clé
Qui les mettra en marche
Pour danser l’existence

J’attends ton retour espéré
Que l’horizon découvre sa verticalité
Que se dresse ton image
Et grandisse l’étreinte prenante
De tes doigts sur mon visage
Jusqu’aux larmes de bonheur
Rien n’est plus
Seule ta présence en moi

Un jour viendra où ne sera plus
Cet amour qui nous lie
Et nous donne la grâce
Qui de nous partira le premier ?
Peut-être nous sera-t-il donné
De quitter ce monde palpable
Pour nous ancrer solidement
Dans l’éternité de notre unité

©  Loup Francart

26/04/2018

Confiance

Au bout du rouleau…

Que faire ?
Plus rien ne s’offre à toi
Tu es délaissé
Tu as mis tout cœur
A faire grandir ton projet
Tout et tous le rejettent
Ton cœur saigne
Et ton âme te regarde

Que faire ?
Tu ne peux même plus
Te réfugier en toi-même
C’est un bourbier infect
Qui colle aux pieds
Et te donne la nausée
A peine peux-tu survivre
Le nez hors de l’eau

Que faire ?
Plus rien ne s’offre à toi
Tu t’abandonnes
Et deviens néant
L’ombre de la fin
Te couvre de solitude
Tu as froid et faim
De chaleur humaine

Au bout du rouleau
Vient l’absence
Qui devient présence
Elle réchauffe l’âme
Qui n’en peut plus
Sa braise t’active
Éclaire ta route et sauve
La lumière est bienveillance…
Retour de la conscience…

©  Loup Francart

21/04/2018

Crépuscule

Le jour se poursuit dans la nuit
Pourquoi changer les aiguilles de l’’horloge
Et prolonger plus tard la lumière ?
On n’atteint pas plus de transparence,
Mais on vit une heure de plus

Alors, il faut l’occuper, cette heure
Lui donner du relief, enjoliver son passage
Y a-t-il meilleure occasion de s’oublier
D’entrer dans le vif de sa chair étourdie
Et de chasser les miasmes d’une vie insipide ?

C’est l’heure de la reconstruction
Mais d’abord se déconstruire et même se dévêtir
On erre tel un fantôme dans le crépuscule
L’œil vif encore, mais le corps endormi
Va-t-on mourir aussi d’un jour si long ?

Les minutes s’en vont, les secondes passent
Le jour est encore là, revêtu de paillettes
Il s’incruste, sans aucune honte
Il trinque avec la nuit et ne trouve plus son lit

Son chemin le conduit au-delà du temps
Dans cet espace immobile et aérien
Où l’homme se regarde vivre
Les pieds illuminés et la tête dans le noir
Il craint plus que jamais la peur
Et l’absence, et ce jour qui n’en finit pas

Est-il encore temps de rêver ?
Doit-on mettre la tête dans le sable
Et agiter ses bras comme un fou
Pour finir ce jour et ouvrir la nuit ?

©  Loup Francart

17/04/2018

Transhumance

Il traversa lentement l’espace vide.
Dans le hublot, il contempla la mer immense.
Elle lui demanda : "Pourquoi ces yeux avides ? "
Il lui dit : "Je vois le début de la transhumance."

"Viens à moi. Ferme les yeux à la tentation.
Le bonheur n’est pas au bout de la route,
Il est là, maintenant, dans notre association.
Je t’en prie, mon chéri, reste à mon écoute."

Ainsi échangeaient-ils leurs vagues impressions,
Hélas, sans aucune faculté de renonciation.
Il cherchait l’air, elle n’offrait que son giron.

C’est ainsi que débordant d’amour pour le monde,
Il en vint à détester la belle Edmonde,
En laissant échapper ses remords sur les ondes.

©  Loup Francart

13/04/2018

Le sel

Va et ne te retourne pas

Le sel de la terre est là

Avance sur ton chemin

Et ouvre ton cœur aux humains

 

lui,toi,humain

 

 

08/04/2018

Stupre

Tu es mon rêveur, lui dit-elle
Rêve encore à cette nuit magique
Où nous avons fait connaissance
Il noua la ceinture de sa robe de chambre
Il chaussa ses lunettes d’inconnaissance
 Et partit les bras tendus vers les bas-fonds
Environné de fumée, d’espoir et d’inquiétude
Il croisa le diable qui remontait de la cave
Les bras chargés de maigres turpitudes
« Tu te trompes de chemin », lui dit-il
« Non, je vais voir ma sœur aux longs cheveux »
Il se retourna, le voyant poursuivre sa route
Elle attendait le gaillard en haut de l’escalier
Câline et souriante, ouverte à tous vents
Lui-même rata une marche, se laissa aller
Et plein d’horreur, plongea dans la lave bouillonnante
Il eut ce dernier mot, surpris d’autant de connivence
« Adieu Zibeline, le rêve se finit mal
Je voyais en toi la quintessence humaine
Et je ne trouve que le pâle reflet
Du monde des ténèbres et de la stupre
Et toi, le noir et chevelu mage
Des songes enracinés en l’homme
Puisses-tu t’évanouir face à la lumière
Que tu trouveras si tu poursuis ta montée »
Telle fut la dernière pensée du rêveur…

©  Loup Francart

06/04/2018

Les meilleurs jours

Tu m’as donné les meilleurs jours
Environné de désespoir, j’errais dans l’ombre
Fantôme détrôné à l’esprit déraciné
Me heurtant aux piliers du qu’en-dira-t-on
Tu es venu tendrement comme un nuage
Et tu m’as pris dans ton haleine vaporeuse
L’odeur de la vie m’a submergé et conquis
Ouvrant béatement le puits sans fond
Où j’ai jeté mon embarras et ma folie
Sais-tu que j’ai gardé longtemps ce parfum
Au creux de mes tempes endolories, muet d’étonnement
Je chevauchais la lune, bordé de garde-fous
L’œil acerbe sur mes propres défaillances
Ressentant l’effondrement du personnage
 Et le souffle vital du renouvellement
Quelle piste d’envol pour l’enivrement
J’ai tout perdu fort la vie
J’ai trouvé l’âme, ce nid de plumes
Qui pépie et brûle les doigts
Et j’ai atteint le lieu de transparence
Où le cœur n’a plus ni attaches ni souvenirs

 ©  Loup Francart

25/03/2018

Dimanche des Rameaux

Un cri de détresse, dans le noir, à la nuit
Un seul. Il l’entendit et écouta, encore
Des entrailles de la terre, il montait
De toute part, assourdi par l’épaisseur :
Sauve, sauve-moi, sauve-nous !
Quel impératif ! Le cri sort du ventre
Ils ne veulent rien demander, rien…
Et pourtant, cela vient à leurs lèvres
Ces gémissements du cœur
Ils ne peuvent les contenir
Ils jaillissent comme une exhalaison
Oui, ce fut un cri de détresse, humain
Naturel devant ce monde immobile

Il est venu, a regardé, a écouté, a parlé
Ils se turent devant sa parole prophétique
C’était un trou dans la poitrine
Qui précipitait l’être face à lui-même
Sans décor, sans possession, sans épaisseur
Rien qu’une pellicule transparente
Qui résonne des chants de fête
L’air vibrait, les corps dansaient
Les consciences s’émerveillaient
Les âmes tremblaient de joie
Alors jaillit la bénédiction de la libération

Béni soit celui qui vient !
Le jour fait place à la nuit
La lumière illumine le monde
Et le regard transcende la matière
Les filaments s’étirent et relient toutes choses
Elles prennent leur place naturellement

Respire cette joie qui t’envahit
Pleure devant la beauté de l’instant
Où tu découvres l’immensité
Au-delà du fini, du grain de sable
De l’émotion, de la pensée même
Il est celui qui vient au nom du créateur
Il entraîne au-delà de la compréhension
Dans le maelström de la joie
Et conduit à la résurrection
Hosanna n’est crié que ce jour-là
Mais il réveille pour les siècles à venir
Et résonne dans toutes les poitrines
La joie te sauve et tu crois…

 

23/03/2018

Demain

Demain est toujours un meilleur jour
Même les lendemains de fête sont auréolés
D’une vigueur implacable d’espérance
Les questionnements sont multiples
Et la première question est celle de la survie :
Verrai-je encore le jour, ce lendemain si proche ?

Elle s’efforçait de ne plus penser à ce futur
Vers lequel elle tombait inexorablement
Entraînée par le poids de ses fautes
Et la fanfare de ses instants de volupté
Rien n’y faisait, elle revenait au point de départ
Ce goût immodéré pour les frottements
Pour la chaleur amère des rapprochements
Pour l’odeur inconnue de ses semblables
Et pourtant si différents d’elle-même

Rêve toujours ma petite, demain est là
Piège mortel d’affrontement des corps
Face à l’atonie des esprits vagabonds
Qui peut encore aller bien plus loin
Toujours plus loin, jusqu’au jour où disparaîtra
Ce lendemain si proche et si lointain
Plein d’espoirs amers et de joies amènes

Viendra alors la délivrance de cette lenteur
Des écoulements, des successions, des effusions
Pour ne vivre plus qu’un état d’abandon
Qui flotte depuis toujours dans la tête
Des humains en quête d'anéantissement

 ©  Loup Francart

18/03/2018

Le dimanche de la solitude

Froid ! Le dimanche de la solitude s’étouffe
Marron, vert, qui va-là ?
Un canard court sur sa jupe
Pour voir la nuit se lever au matin
Je cherche une barre pour glisser sur une main
Gel, froid ! Glace rompue sans ou pied de corne
Qui cherche la fraîcheur d’une herbe blanche
Courre,
    Saute,
        Courre,
Là, là, arrêtes, arrêtes !
Trois fois ma tête tombe
Je la relève, lui prend l’oreille
Et lui chuchote
« J’aime ta bouche de sucre »
Mes doigts sont tombés
Une rêne prend sa place
Je la cherche sans la trouver
J’ai des gants, mais je n’ai plus de doigt
Ma main en fer ne sent plus que ton cœur

©  Loup Francart

10/03/2018

L’œil

L’œil est le fond de l’âme,
On y admire la pointe de l’humain.
Il peut être un soleil chaleureux,
Une lune chafouine, une étoile scintillante,
Ou même un trou noir aspirant les regards…
De braise, certains le portent,
De jais, il roucoule tendrement,
Noisette, il sort des bois, croquant,
Vairon, l’âme boite dans son logement.
C’est le monde vu de l’œil-de-bœuf.
Seul, l’œil de verre est impassible,
il ne voit pas le blanc des yeux.
Faut-il tourner de l’œil pour apercevoir l'âme ?

©  Loup Francart

07/03/2018

Sable

Les sables sont le plus souvent mouvants
La confiance n’est pas de mise avec eux
Qu’un papillon passe, la tempête se produit
Vous étiez au sommet et vous voici à terre

Les vents sont contraires, vous dit-on
Le Sahara apporte les fantômes d’une nuit
Une neige jaune et gluante recouvre cet été
La campagne habituée au blanc hivernal

Chaque grain de sable n’est rien
Qu’un pet dans la symphonie de l’univers
Mais quel bruit effroyable se produirait
Si venait le vent du doute irrationnel

Bâtie sur le sable, votre vie s’affole
Vous avancez un foulard sur le nez
Et même vos yeux sont fermés. Seul
Le bruit de l’innocence vous fait avancer

Et pourtant, le sable peut servir de moule
Mais il ne sert qu’une fois et meurt
C’est la beauté du provisoire et de l’unique
Où l’on se moule pour la vie, seul au monde

 Certains échouent et proclament haut et fort
Je suis sur le sable, sur un banc en pleine mer
Aucun fou ne vient les voir. Personne n’ose
Affronter l’infini des mers et du sable réunis

D’autres ont les yeux qui piquent
Le marchand de sable est toujours présent pour eux
Ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez
Et se contentent de leur myopie reposante

Il arrive cependant que d’autres s’élèvent
En une rage incompressible et fugace
En statue de sable érigée sur la notoriété
Qui, un jour, fondra au soleil de la vérité

Les psychologues bâtissent des jeux de sable
Où l’inconscient s’ébat lourdement dans les grains
Jusqu’au moment où jaillit la guérison
Alors le patient s’étale au soleil et pleure

Dans le sablier s’écoule votre destin…
Se perdre dans les sables
Et ne plus voir l’horizon
Est bien une souffrance humaine...

©  Loup Francart

02/03/2018

Dédoublement

Il est quatre heures du matin, une heure humaine…
Je rentre en moi-même, ne sachant où je vais…
Soudain, un bouton déclenche le dédoublement
Comme si l’aile d’un oiseau l’avait enfoncé…
La vue se dédouble, comme une brisure
Je louche dans mon être et me sens bien
Je prends de la distance et me regarde
Je sens la fragilité de mon enveloppe corporelle
Comme une membrane déchirable
Qu’il faut protéger des meurtrissures…
La rendre transparente est mon premier devoir…
Je reviens à moi en suspension interne
Au lieu où rien ne peut m’atteindre
Là où se creuse le dédoublement
Et où se bâtit la réunion des contraires…
Descente en soi-même et montée hors de soi
D’un même mouvement instantané…
L’autre, l’ancien, reste à sa place
Ou plutôt s’efface dans le brouhaha
Des tableaux temporels quotidiens…
Je deviens ballon d’air chaud, libre
Tranquillisé, l’œil ouvert, le cerveau vide…
Plus de pensée, plus d’être non plus ?
Non, j’ai simplement changé de véhicule
Montée en flèche dans le noir protecteur
J’erre dans la mousse vaporeuse
D’une réalité nouvelle, enveloppante
Sur un nuage de brume chaude
Où le cœur fond et le corps repose
Ah ! Se tenir là toujours et...
S’ouvrir à la réunification…

©  Loup Francart

27/02/2018

Ta vie, ma fille

Ne te fais pas prendre ta vie, ma fille
Ne te laisse pas enjôler par les courants d’air
Par un regard subtil ou l’attrait du rêve
Traverse au large sur le trait pâle et vertueux
De l’insensible qui court en flèche, éperdu
D’étirement et d’enroulement sur lui-même

Seules celles éprouvant le feu intérieur
Qui entraîne l’être au-delà du néant
Et qui donne au visage l’étincelle vitale
Sont les vestales ignorées des égarés
Elles contemplent la foule immense et béate
D’un œil expert. Alors elles pleurent, en solitaires 

Poursuis encore, seule, ton chemin scabreux
Dédaigne les temples d’une douceur douteuse
Enjambe l’ombre des vertiges attirants
Et daigne offrir ton corps d’espérance
A la face lunaire des nuits sans sommeil
Qui portent en elles-mêmes leur accomplissement

Enfin, ne laisse pas disperser par les chants
De ceux qui n’ont que leur solitude à mettre
Aux côtés du chœur envié des déracinés
Pleine de toi-même et de désir de vivre
Ouvre-toi à ce long chemin dépouillé
Qui part devant toi jusqu’à la ligne

L’étincelle de ta rencontre avec la droiture
Qui se courbe dans l’espace vivifiant
Et qui se déroule dans le temps des amours
Te procurera l’apaisante délivrance
Tu te retourneras et admireras cette tangente
Qui te mène à toi-même en pleine conscience

 ©  Loup Francart