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19/07/2017

Spiritualité et spirituel

Les termes spiritualité et spirituel sont issus d'une racine latine "spir" signifiant le "souffle" qui se trouve dans "spirare" ("souffler"). A cette racine a été ajouté le suffixe "-tus" qui sert à former des noms et qui a donné en latin  "spiritus" ("le souffle"). Puis, à ce dernier mot, a été ajouté le suffixe "-alis" qui permet de former des adjectifs et qui donne "-el" à la fin des mots français. "Spiritualis" signifie en latin  "relatif au souffle", mais aussi "relatif à l'esprit" : le mot a donc évolué dans un sens abstrait. Enfin, à cet adjectif, on  ajoute encore le suffixe "-itas" qui permet de former des noms : "spiritualitas" désigne  la vie  de l'âme,  l'immatérialité. D'après son étymologie, ce mot désigne donc "ce qui est de l'ordre de l' "esprit".

On ne peut évoquer la spiritualité et le monde spirituel sans, dans le même temps, l’opposer au monde matériel. La spiritualité ne relève pas des lois de la nature, d'un système d'explication rationnel. Elle appartient à un univers supérieur au monde terrestre. Le simple fait de cette opposition dans les définitions impose immanquablement deux modes opposés et une dichotomie qui est en réalité mal venue. Si l’on se réfère au souffle, c’est-à-dire à la fois au mouvement et à ce qui déclenche le mouvement, c’est-à-dire le mystère insondable de l’origine de la vie, et si l’on se réfère à la genèse de l’univers, on constate qu’il s’agit du même phénomène. La création est le commencement du monde matériel qui naît du souffle qui se manifeste par la lumière. Ainsi le matériel et le spirituel, loin de s’opposer, s’assemblent, vont de pair et restent inséparables dans notre monde. Sans aucune prétention intellectuelle, je pense qu’on peut rapprocher les termes naturel et surnaturel des termes matériel et spirituel, plus volontiers employés au Moyen Âge. Le monde matériel est notre monde naturel, celui où nous sommes nés et qui est notre cadre de vie, le monde surnaturel est un monde hors de la nature, hors du matériel, un monde hors du corps. Ce qui signifie qu’il y a une vie spirituelle hors de la vie naturelle ou matérielle.

L’erreur humaine est de les opposer, plutôt que de tenter de les assembler. Oui, ils s’opposent concrètement dans la vie quotidienne et la vie intellectuelle, mais le souffle originel les rapprochent et les assemblent. En fait, l’homme ne peut accéder à la vie spirituelle que parce qu’il possède une vie matérielle. Cette opposition est à l’origine des affrontements religieux, des idées d’une morale incarnant le bien et s’opposant au mal et, in fine, des guerres, chacun définissant le bien et le mal selon ses propres critères.

Une autre manière de voir les choses peut être l’opposition faite entre l’extérieur et l’intérieur de soi-même. Lorsque je dis "Je", je me réfère à quelqu’un qui se considère Un, à la fois dans le monde grâce à son corps et en même temps, distinct du monde par son unité propre. Mais quelle est cette unité distincte du monde ? Telle est la question. Il faut, avant d’en arriver là, développer en nous la connaissance de cet intérieur de nous-même. Nous avons tellement l’habitude de vivre à l’extérieur en raison de l’omniprésence de nos cinq sens (et même six comme le pensent les hindous, ajoutant l’intellect) que la plupart des gens hésitent et même refusent de chercher en eux-mêmes. Alors ils se réfèrent à de préceptes qui leur sont donnés dans des livres ou par la parole humaine.

« Cherche en toi et tu trouveras ! », mieux même, « le royaume de Dieu est en dedans de toi ». Alors l’opposition cesse et la jonction des contraires s’opère.

Se réaliser, c’est comprendre et vivre le fait qu’au-delà du moi existe l’être spirituel, le souffle, le soi, qui dépasse le monde matériel et sa compréhension de la spiritualité, pour vivre pleinement ce rien qui est le Tout.

Comprenne qui pourra !

08/09/2014

Soyez naturels

On entend souvent cette expression : « Soyez naturel ! » Quoi de plus naturel que de l’entendre dans la bouche d’un photographe, d’un professeur, d’un éditeur, d’un metteur en scène et de bien d’autres encore. L’entendant l’autre jour à propos de recommandations faites à des jeunes mariés, je me suis demandé ce qu’elle signifiait. Qu’est-ce qu’être naturel ?

Le vieux geste des français, dit cartésiens alors qu’ils sont généralement le contraire, est d’ouvrir le dictionnaire au mot naturel. « Qui appartient à la nature ; qui en est le fait, qui est le propre du monde physique par opposition à surnaturel » (Larousse). Là il me semble que nous sommes tous naturels, ou tout au moins la très grande majorité des gens. Seuls quelques mystiques baignent naturellement dans le surnaturel. Alors quelle idée de nous demander d’être naturel. Nous le sommes tous.

Poussons donc nos investigations un peu plus loin. « En grammaire, le genre naturel désigne l’opposition de sexe mâle-femelle » (CNRTL). Tiens, quel étonnement ! La théorie du genre s’oppose à cette opposition naturelle. Elle prétend justement qu’elle n’est pas naturelle : nous sommes tous du même sexe à la naissance. Mais on nous dit dans le même temps que « le naturel n’est pas le produit d’une pratique humaine » et que ce produit  « n’a pas été acquis ou modifié ». Avouons qu’il est difficile de s’y retrouver.

Trêve de plaisanterie : le naturel est ce « qui est conforme à l’ordre normal des choses, au bon sens, à la raison, à la logique » (Larousse). Là, il est vrai, il devient difficile d’être naturel. D’abord, tout le monde n’a pas forcément du bon sens et encore moins de raison et de logique. Et puis la notion de bon sens n’est pas la même pour tous. Le bon sens d’un chinois n’est pas le bon sens d’un africain. Et même s’il s’agit d’un « Ensemble des manières habituelles de sentir et de réagir » comme le prétend l’Office québécois de la langue française. On constate bien que cet ensemble est assez varié sur terre. Le bon sens et la raison ne sont que très rarement naturels, de même que la manière habituelle de sentir et encore plus de réagir.

Qu’en conclure ? Qu’il n’est justement pas naturel d’être naturel. Etre naturel est plus qu’un apprentissage, c’est le résultat de toute une vie. Je me débarrasse de mon manque de naturel parce que je me suis débarrassé de moi-même. Je suis naturel parce que j’ai laissé mon personnage à la porte de ma vie et que je m’éloigne seul sans mon ombre à mes côtés. Quel soulagement. Je peux courir sans fatigue, je peux penser sans  béquille, je peux vivre sans mémoire et m’envoler vers l’avenir ou le tout ou le rien sans regret du passé. Mais est-ce si naturel que cela ? Non. S’il m’arrive parfois de faire abstraction de moi-même pendant quelques instants, la plupart du temps, mon premier réflexe est bien de tout ramener à moi-même pour prendre position dans le monde et m’y maintenir. D’ailleurs, admirons tous les portraits de peinture jusqu’à l’apparition de l’abstrait, mouvement né lui-même de l’apparition de la photographie. Sont-ils naturels ? Ils s’efforcent d’en avoir l’air et pas le fait même ils manquent de naturel. Les premières photographies également. Elles sont figées dans un immobilisme de bon aloi, contraire totalement au naturel. Il y manque le mouvement, il y manque la vie.

Ah ! Là nous avons abordé un point important. Le naturel est dans le mouvement. Etre naturel, c’est ne pas arrêter de faire, mieux : d’être. L’homme, naturellement, cherche la plupart du temps à s’arrêter. Il a besoin de se contempler lui-même pour exister. Il doit se voir dans le monde et prendre sa distance pour se savoir vivant. L’animal est naturellement naturel. Il mange, dort, défèque avec naturel. Il ne cherche pas à se situer dans la nature. Il y est et cela lui suffit. L’homme procède inversement. Son naturel est un apprentissage de vie et le résultat de l’atteinte d’un état quasi mystique. Être naturel suppose que l’on soit bien avec soi-même, avec les autres et avec notre environnement, c’est-à-dire avec la nature. Or ce qui empêche cet état, c’est moi. C’est mon moi qui me fait me contempler sans cesse, me situer parmi les autres, chercher ma place dans un monde où tous cherche une place et veut très souvent la place du voisin. Et cela est vrai dès la naissance. Le jeune enfant ne voit que lui, ne connaît que lui et cela lui demande de nombreuses larmes avant de comprendre qu’il n’est pas seul au monde et qu’il doit faire de la place aux autres, voir leur céder la place.

Être naturel suppose l’oubli de soi. Être naturel consiste à se débarrasser de tout ce qui nous empêche d’être naturel. C’est le contraire du naturel animal, c’est une perfection difficile à acquérir. Les jeunes mariés ont encore beaucoup à faire pour devenir naturels et les mariés et les plus âgés ont trop souvent encore plus à faire pour atteindre cet état idéal qui n’a rien à voir avec le naturel de la nature.