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04/11/2011

Cultiver l’unicité du moi

 

 

Dans notre monde (…), l’homme n’a pas la tâche facile s’il veut se confirmer l’originalité de son moi et réussir à se convaincre de son inimitable unicité. Il y a deux méthodes pour cultiver l’unicité du moi : la méthode additive et la méthode soustractive. Agnès soustrait de son moi tout ce qui est extérieur et emprunté, pour se rapprocher ainsi de sa pure essence (en courant le risque d’aboutir à zéro, par ses soustractions successives). La méthode de Laura est exactement l’inverse : pour rendre son moi plus visible, plus facile à saisir, pour lui donner plus d’épaisseur, elle lui ajoute sans cesse de nouveaux attributs, auxquels elle tâche de s’identifier (en courant le risque de perdre l’essence du moi, sous ces attributs additionnés).

(Kundera, L’immortalité, 3ème partie : la lutte, L’addition et la soustraction)

 

Oui, tout homme est constamment à la recherche de soi-même, et très peu se trouve en réalité. Il a bien pour cela deux attitudes : être introverti (chercher le moi par soustraction) ou être extraverti (chercher le moi par addition), comme l’a si bien mis en évidence Carl Gustav Jung.

Mais auparavant il convient de poser la question du moi. De quoi parlons-nous ?

 

            L’homme n’a pas de moi immuable et permanent. Chaque pensée, chaque humeur, chaque désir, chaque sensation dit “ moi ”. Et chaque fois, on semble tenir pour assuré que ce “ moi ” appartient au tout de l’homme, à l’homme entier, et qu’une pensée, un désir, une aversion sont l’expression de ce tout. En fait, chacune des pensées de l’homme, chacun de ses désirs se manifeste et vit d’une manière complètement indépendante et séparée de son tout. Et le tout de l’homme ne s’exprime jamais, parce qu’il n’existe que physiquement comme une chose et abstraitement comme un concept. L’homme n’a pas de moi propre. Il a une multitude de petits moi, qui le plus souvent s’ignorent ou au contraire sont hostiles les uns aux autres. A chaque minute, l’homme dit ou pense “ moi ”. Et chaque fois son moi est différent.

(Ouspensky, Fragments d’un enseignement inconnu, Stock, 1974, p.96)

 

Alors de quelle unicité parle-t-on ?

Ce que l’on pressent, c’est ce dédoublement de nous-mêmes, entre l’homme extérieur qui s’intéresse au paraître et l’homme intérieur qui s’intéresse à l’être. Et nous sommes les deux à la fois, quoi que nous puissions faire, en dehors de ceux qui choisissent la vie d’ermite. Simplement notre nature nous conduit plus vers l’un que vers l’autre.

Si vous êtes extraverti, vous vous intéresserez à l’addition du moi et accumulerez des objets et des personnes pour construire votre moi. Vous le ferez enfler et le rendrez brillant car il importe qu’il soit vu et admiré. Et comme le dit Kundera, vous vous perdrez vous-même par accumulation d’attributs additionnés.

Si vous êtes introverti, vous rechercherez au-delà d’un moi social, celui que les autres voient en vous-mêmes, un moi intime, personnel, que vous ressentez et qui seul vous donne satisfaction dans ce monde. Cela ne vous empêchera pas de rechercher également un moi social, il est nécessaire, mais ce n’est pas lui qui est important pour vous. C’est ce nuage d’inconnaissance que vous soupçonnez en vous, qui fait parti de vous-même et que vous devez chercher.

En fait, tout ceci se résume à la question de l’Ame ou du Soi au-delà du moi. Toutes les grandes traditions tentent d’initier à cette différence et de conduire l’homme au-delà de lui-même. Mais encore faut-il qu’il le veuille. En effet, si quelques hommes peuvent, par soustraction, se rapprocher de leur pure essence, la plupart ont besoin, pour vivre, d'une société et de relations sociales, malgré tous les risques qu'elles comportent.

Ces deux attitudes façonnent fondamentalement votre vie, vos attitudes et votre comportement. Evidemment, la société s’efforce de cultiver en vous l’extraverti, plus simple à contrôler.

 

N'est pas nécessairement admirable ce que tout le monde admire ; l'un se soumet aux circonstances données parce que l'expérience montre qu'il est impossible de faire autrement, tandis que l'autre est persuadé que ce qui a été mille fois peut très bien, la mille et unième fois, devenir quelque chose de nouveau. Le premier (l'extraverti) s'oriente d'après les faits extérieurs donnés, l'autre (l'introverti) se réserve une opinion qui se glisse entre lui et la donnée objective

(Jung, Types psychologiques)

 

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